Un Hiver à Majorque – George Sand – Livre de Poche

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

 

Ce mince livre de poche traine depuis 40 ans sur l’étagère. Persuadée l’avoir lu, je l’avais négligé. Après une série de podcasts écoutés en cette année anniversaire de George Sand, il me semblait ne plus rien avoir à apprendre sur ce voyage avec Chopin de novembre 1838 à février 1839 sur l’île de Majorque. Et j’avais bien tort! Encore une fois George Sand a su me surprendre. 

Ceux qui cherchent un roman d’amour ou des documents sur la musique que Chopin y a composée, seront également déçus. Chopin n’est pas nommé, il apparaît sous l’expression « notre malade ». Quant à la musique, George Sand n’y fait pas allusion sauf l’épisode où un menuisier aurait écouté sous le charme.

Ce court livre ( 280 pages, comprenant une longue préface, 50 p de commentaires, des notes, une chronologie) est une relation de voyage  parue en 1841 dans la lignée de Chateaubriand (1811),  Lamartine (1835), Nerval (1851) et bien d’autres. Je suis très friande de cette littérature de voyage.

George Sand s’appuie sur les écrits d’autres voyageurs (Grasset Saint Sauveur, , Tastu, Laurens et Marliani) pour présenter les monuments de  Palma et du reste de l’île. Elle n’hésite pas à les citer longuement pour décrire des curiosités qu’elle n’a pas pu visiter à son aise. Toutefois, ne pas craindre une insipide compilation. Un épisode m’a amusée  : au Palais du Comte de Montenegro : la carte nautique d’Amerigo Vespucci d’une valeur inestimable leur fut présentée. Le parchemin précieux déroulé tenu par un encrier plein qui se répandit sur les dessins anciens. Beaucoup moins intéressée par la tombe d’un Bonapart confirmant une origine majorquine au Corse. En dehors de la Lonja (j’ai pensé à celle de Valence) la plupart des curiosités de Majorque sont des couvents dont il sera largement question dans un Hiver à Majorque

Cet hiver-là, les circonstances ne favorisaient pas le tourisme : des guerres intestines carlistes ravageaient l’Espagne et les réfugiés s’entassaient à Palma. George Sand, ses enfants, et Chopin eurent toutes les peines du monde à trouver un logement. Majorque n’était pas  une étape d’un grand tour comme Venise ou Florence avec des hôtels de luxe. De plus, George Sand avec ses cigares, ses tenues, sa fille en pantalon, désarçonne la bonne société majorquine. Si, au moins, elle avait témoigné quelque dévotion et assisté à la messe…Le pire : la maladie de Chopin a terrorisé leurs hôtes  craignant la contagion. Le moins qu’on puissedire est qu’ils furent mal accueillis. George Sand ne manque pas de se plaindre des majorquins.

Avant de raconter leur installation et leurs mésaventures George Sand situe le contexte géographique et économique de cette île des Baléares dont la campagne aurait pu être paradisiaque avec ses vergers, orangeraies amandiers.  Ses exportations entravées, l’agriculture n’offre pas la prospérité attendue, seuls les cochons apportent quelque richesse. La propriété foncière étant accaparée par les couvents et les nobles, les paysans  ne font pas l’effort de la cultiver et les rendements agricoles sont extrêmement faibles. Dans une région, les Establisments, un démenbrement des grandes propriétés et la distribution des terres aux petits paysans a donné de très bons résultats. Je n’attendais pas George Sand dans ces préoccupations économiques et sociales .

Une autre approche est l’approche politique avec les lois de Mendizabal concernant la nationalisation des biens du clergé et le bannissement des Jésuites. A propos du Couvent de l’Inquisition, George Sand, aborde les ruines d’une manière tout à fait originale. Elle trouve un charme romantique aux ruines et personnifie l’Artiste confronté à un vieux religieux qui lui révèle la véritable nature du couvent dominicain

« Pleure qui voudra sur les ruines! presque tous ces monuments dont nous déplorons la chute sont des cacchots où a langui durant des siècles, soit l’âme, soit le corps de l’humanité. Et viennent donc des poètes qui, au lieu de déplorer la fuite des jours de l’enfance du monde, délèbrent dans leurs vers sur ces débris de hochets dorés et de férules ensanglantées, l’âge viril qui a su s’en affranchir!Il y a de bien beaux vers de Chamisso sur le château de ses ancêtres rasé par la Révolution Française… »

Et suit une dénonciation des horreurs de l’Inquisition qui était encore active, il y a peu. Subtil débat entre les contradictions des romantiques friands de belles ruines, de bâtiments anciens, leur regrêt du calme du couvent et le sentiment de liberté que procure la destruction du couvent de l’Inquisition. On retrouve les préoccupations sociales de George Sand, proche des Saint Simoniens, future révolutionnaire.

Autre anecdote amusante : les mésaventures d’Arago venu mesurer le méridien et persécuté par les obscurantistes.

Le fin du récit se déroule à la Chartreuse de Valldemosa, sa campagne charmante :  les balades en cariole dans des chemins impossibles, parfois transformés en torrent. Promenades à pied avec ses enfants. Descriptions de la nature merveilleuse, de la proximité de la mer. Pittoresque qui ferait le régal des peintres, évocation de Rousseau, de Delacroix et même de Huet que je ne connaissais pas et que j’ai découvert récemment. 

Pittoresques aussi les voisins occupant la Chartreuse, le pharmacien, la femme qui propose de tenir leur ménage et qui n’a de cesse de leur voler la nourriture…Pittoresque aussi le carnaval que les paysans ont organisé pour Mardi Gras…Rencontres avec des ermites ou avec trois sorcières (deux vieilles et une jeune gentille)…

Je suis sous le charme de la conteuse, séduite aussi par l’analyse sociale. Ce n’était pas du tout la lecture que j’imaginais. Livre mince mais très dense que je croyais finir en une soirée mais qui m’a occupée trois jours.

 

Plumes du Paradis – Voyage d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle Guinée au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 8 novembre 2026

paradisier

Quels oiseaux étonnants que ces oiseaux de paradis vivant dans cette contrée si lointaine : la Nouvelle Guinée. J’ai été fascinée par les parades nuptiales de ces oiseaux colorés et inventifs. Couleurs luxuriantes et plumes d’une texture incroyable.

voliière d’oiseaux empaillés

les oiseaux empaillés ou naturalisés m’attristent. Le plus souvent les plumes ont perdu leur éclat. Cependant il est indispensable de voir de près ces plumages si exceptionnels.

Utilisées par les autochtones pour faire des parures, des coiffes de prestige pour des fêtes et des danses traditionnelles, elles sont splendides et on a plaisir à contempler les costumes et les rituels de Nouvelle Guinée.

coiffe vaporeuse et aérienne

Le « voyage » de ces plumes devient plus problématique quand elles font l’objet d’un commerce mondialisé. Utilisées dans l’empire moghol et persan (merveilleuse évocation du Simorgh de la Conférence des oiseaux). Puis les plumes arrivent en Europe, jusqu’à Prague ou Paris…

oiseaux exotiques

Mais ces plumages, quand ce ne sont pas les oiseaux entiers, deviennent marchandises de luxe : matière première des plumassiers, chapeaux ou Haute Couture. Comment une belle pouvait-elle s’afficher avec l’oiseau entier sur la tête? Un couturier a fait une petite robe toute en plume, vaporeuse. Et on imagine les massacres. Dès le 19ème siècle des précurseurs(comment dit-on au féminin?) de mouvements de protection des animaux se sont élevées, surtout en Angleterre, contre cette exploitation.

Toute cette partie de l’exposition m’a mise fort mal à l’aise. C’est quand même très beau et instructif. Ce sont les oiseaux vivants du film d’introduction que j’ai préférés.

Cartes imaginaires – Inventer des mondes à la BNF

Exposition temporaires jusqu’au 19 juillet 2026

Si tu peux rêver des heures avec un atlas, Si tu ne pars jamais en randonnée sans une carte papier, si un plan de ville t’est plus utile que ton GPS. Si tu as suivi le tour du Monde de Magellan.Cette exposition est pour toi!

Très belle exposition, très populaire aussi. Pour les grands et les petits. Il y avait donc une longue queue  dimanche dernier , d’autant plus que les documents sont relativement petits et qu’on a tendance à rester très longtemps devant  chaque vitrine.

les mondes inexplorés

Tour du monde de Magellan

Cette section rassemble des cartes anciennes, surtout des cartes marines qui retracent les voyages de Christophe Colomb ou de Magellan  même une beaucoup plus ancienne : celle d’Al-Idrîssî.

monstres des mers froides

Sur ces planisphères (l’un d’eux est centré sur la Sardaigne) on trouve des lieux connus mais aussi des terres inexplorées « hic sunt dragones« . Ces dragons sont représentés, comme le mythique Prêtre Jean, des hommes sans têtes 

Sur la carte on fait figurer les navires mais aussi les habitants de ces contrées. De très jolies représentations montrent les Indiens avec le bois-brésil et des perroquets colorés.  Des gravures les figurent en anthropophages faisant griller des membres humains sur des grils.

les habitants du Brésil et le bois-Brésil

C’est très amusant de comparer les cartes anciennes avec nos représentations actuelles. On reste une éternité devant une vitrine! J’ai aussi beaucoup aimé un globe terrestre vert, malheureusement j’ai raté la photo.

Les cartes chinoises ne ressemblent pas aux nôtres.

Les mondes littéraires

Carte de l’Île au trésor

L’Île au Trésor figure avec l‘Île d’Utopia de Thomas More

utopia

Un manuscrit de Marcel Proust montre la ligne de train imaginaire allant à Balbec. On voit bien sûr des exemplaires de Jules Vernes. Déception : l’Odyssée est absente. Je suis passée rapidement devant les cartes du Monde de Tolkien, et des jeux vidéo qui ont des amateurs plus jeunes. 

On voit aussi des oeuvres de plasticiens contemporains sur le thème de la carte.

En conclusion une de mes préférées est la carte des méandres actuels et fossiles du Mississipi

Mississipi

Au Fil de l’Or- l’Art de se vêtir de l’Orient au Soleil Levant – Au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 6 juillet 2025

Guo Pei – 5 robes brodées de fil d’or 15 personnes et 5 années de travail

De soie et d’or, costumes d’apparat, de pouvoir, de noces,  ou d’Eglise, d’Orient en Occident, fils d’or, brocarts, lamés ont voyagé et l’exposition du Quai Branly emmène le visiteur pour un voyage éblouissant.

maroc

Mais attention, prévoir du temps, l’exposition est très riche, riche de l’or, bien sûr, mais riche en thématiques, le fil d’or et les techniques du travail de l’or, et les brodeuses au travail.  Un parcours chronologique au fil du temps, de la Préhistoire à l’invention du lurex qui imite le fil métallique.

Tunisie : Robes de noces

Un voyage d’Ouest en Est, du Maghreb au Pays du Soleil Levant.

Arabie Saoudite

Comme le fil d’or a souvent été mêlé au fil de soie, des digressions à Madagascar où on a essayé de filer la soie des araignées, et au Cambodge avec les petits cocons de soie jaune.

Non, ce n’est pas de l’or, mais des cocons de soie jaune cambodgienne

Et comme s’il fallait encore en rajouter, les mannequins habillées des robes prestigieuses de Guo Pei ponctuent le parcours. 

Guo Pei : Manteau traîne de l’Himalaya – 25 personnes y ont travaillé

Les techniques de broderies et tissages sont tellement variées qu’il est impossible de les résumer. Des pépites battues pour obtenir des bractées (feuilles d’or) dès la préhistoire, aux lamelles d’or collées à de la baudruche et découpées en rondelles, au fil tréfilé, puis enroulé … j’ai été fascinée par la vidéo montrant 6 femmes nouant dans leur doigts le fil que la maîtresse aplatissait en un galon précieux.

Broderie chinoise

Combien de points variés dans cette broderie chinoise?

Vous ressortirez ébloui!

 

 

 

 

 

Hiver au Proche-Orient – Anne-Marie Schwarzenbach – Payot Rivages

VOYAGE EN ORIENT

Encore une écrivaine-voyageuse! Une exploratrice dans le cortège des Gertrud Bell, Alexandra David-Neel, Ella Maillart, Agatha Christie…et tant d’autres. J’ai rencontré Anne-Marie Schwarzbach en compagnie d‘Ella Maillart dans La voie cruelle, les deux voyageuses, à bord d’une automobile sur la Route de la Soie, jusqu’en Afghanistan. Le podcast Vies de Voyages : Annemarie Schwarzenbach : « l’ange inconsolable » (1908-1942)  CLICm’a donné envie de télécharger ce récit de voyage.

Annemarie Schwarzenbach est née à Zurich. Amie de Klaus et Erik Mann elle fuit l’Europe à la prise de pouvoir par les nazis et passe l’hiver 33/34 au Proche -Orient. Journaliste, photographe, elle accompagne des archéologues à travers la Turquie, la Syrie, le Liban, la Palestine, l’Irak et la Perse. 

C’est ici que l’on rassemble des peuples venus des plaines d’Orient pour les jeter à l’assaut de l’Europe ;
des religions naissent, se scindent et se figent en idolâtrie dorée. Ici des flottes accostent, d’humbles
croisés deviennent des usurpateurs et des seigneurs orientaux, Hellènes et Barbares se succèdent, et l’
individu, fût-il porphyrogénète1, n’est rien.

La première partie se déroule en Turquie, Istanbul, Ankara, la nouvelle capitale , Kayseri, capitale de la Cappadoce. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les villages d’Urgüp et de Göreme et Konya que nous avons visitées autrefois.

Puis nous nous rendîmes par des chemins creux dans la mystérieuse vallée de Göreme. Le paysage
lunaire s’étendait à nos pieds, noyé dans des ondulations de brouillard et de raies de lumière jaune pâle, totalement irréelles, au milieu d’une forêt pétrifiée composée de cônes, de tours, d’aiguilles et de
pyramides

La deuxième partie  : la Syrie nous conduira à Alep, Damas bien sûr mais aussi à Baghras que je ne connaissais pas du tout sur les trace des Croisés

On raconte qu’en l’an de grâce 968 l’empereur byzantin Nicéphore Phocas2 et ses soldats victorieux
campèrent au pied de ses murailles. Il emmenait avec lui cent mille enfants païens, filles et garçons, tous
destinés au marché aux esclaves de Byzance.
[…]
est bien peu d’événements historiques qui nous troublent autant que les croisades et qui nous paraissent aussi difficiles à comprendre.
[…]
personne n’arrive à y discerner la part qui revient à l’Europe féodale – par exemple la splendeur tardive
de la cour de Bourgogne –, la part d’effervescence chrétienne et catholique contrainte de s’exprimer

A Beyrouth : soleil sur la côte méditerranéenne et neiges dans les montagnes et même du ski dans les vignobles. 

« le voyage de Beyrouth à Jérusalem fut extraordinaire »

note-t-elle, et l’arrivée à Jérusalem comme je l’imaginais.

La Troisième partie : Irak m’a énormément plu. De l’Irak, je ne connaissais presque rien en dehors des Antiquités Orientales du Louvre, la lecture récente de Mesopotamia d’Olivier Guedj a excité ma curiosité. En compagnie d’Annemarie Schwarzenbach et des archéologues le lecture découvre les sites antiques d‘Ur, Uruk et Babylone 

Lion de Babylone

« J’étais revenue vendredi soir de Babylone avec le professeur Jordan. Quel dommage que ces ruines soient
devenues si facilement accessibles ! Des foules de promeneurs, munis de leurs paniers pique-nique et
papotant en anglais, arpentent Babel et foulent sans le moindre respect le pavage de la voie
processionnelle de Nabuchodonosor. Ils sont tout heureux de reconnaître sur l’ancienne porte d’Ishtar
ces magnifiques animaux fabuleux à la démarche si noble, modestes cousins des émaux bleus plus
tardifs que l’on a vus auparavant au musée de Bagdad ; et le lion que Miss Bell a placé sur un socle pour
qu’on puisse le photographier plus facilement résiste avec patience à l’assaut quotidien des Kodak et des
Leica. « 

On marche sur les pas d’Abraham et de ses troupeaux, les nomades qui vivent encore ont peut être gardé les mêmes modes de vie. Ziggurat, Tour de Babbel,  palais antiques,  canal d’Hammourabi  cela me fait rêver.

Tello Hommes barbus

A côté des ruines antiques Annemarie Schwarzenbach n’oublie pas de visiter les villes saintes des Chiites Kadhimyia, Kerbela, Nadjaf. kerbela avec ses convois funéraires de pèlerins est bien funèbre. Elle présente une version bien sinistre des moeurs et processions chiites. Occasion de faire connaissance avec les tragédie d’Ali, Hussein. De croiser des pèlerins persans « blèmes, sinistres avec leurs barbes noires » sous l’influence de l’opium. A propos d’opium, justement, une anecdote ancienne :

Haroun al-Rachid envoya un peu de cet opium à Charlemagne : étrange cadeau, mais qui prouve en
quelle haute et confiante estime était tenue la drogue, puisque même à la Cour elle avait droit de cité

D’Irak  ils passent en Perse au début du printemps dès que les cols se libèrent de la neige. Le voyage continue en Iran

nous suivîmes alors la route des armées perses parties jadis faire campagne contre la Grèce.

Routes de montagne, Portes Caspiennes, nous rencontrons les Mongols nous approchons de la Russie. Dans la Caspienne on pêche l’esturgeon pour le caviar. Encore un autre monde à découvrir!

Un voyage passionnant pour découvrir une région aux traditions si variées et à l’histoire millénaire

PS. un autre podcast RadioFrance : la conversation littéraire : Sur les routes du monde, les reportages d’Annemarie Schwarzenbach CLIC

Par monts et par vaux – Petit abécédaire des paysages – Martin de la Soudière

PROMENADE GEOGRAPHIQUE POETIQUE

Un grand merci à Dominiqueivredelivres qui a chroniqué ce livre que j’ai immédiatement téléchargé. 

à quoi tient, ma, notre appétence pour la géographie et pour ses motifs ? Ils sont, me semble-t-il, comme des buttes-témoins de notre culture enfantine. Comme une parcelle de notre passé et des paysages jadis traversés, les dimanches ou durant les vacances. »

Au fil de l’abécédaire j’ai parcouru de nombreux paysages à la recherche de « motifs » tels qu‘alpages, bocage, brumes et brouillards, Chemin, col, colline.. Piémont, plaine, plateau jusqu’à Verger…

J’ai reconnu mon bocage percheron, et le Dévoluy dans les mots de Philippe Jacottet, la Brenne et ses étangs, landes et marais…

Célébration de la Géographie physique et aussi de la Géologie, comme m’a touchée ce distingo entre le Granite des géologues, roche rugueuse et intrusive et le Granit (sans e) des tailleurs de pierre, des maçons creusois:

« Granit, c’est le son de la pointe ou du ciseau cognant la pierre »

A fil des pages, j’ai découvert, reconnu, rêvé, de roches, de paysages, des plantes, des parfums. Et j’ai adoré.

J’ai aussi marché en très bonne compagnie, l’auteur cite Borges, Jacottet, Giono,  Lacarrière, Kenneth White, Ramuz, Elysée Reclus, Gilles Clément, George Sand et j’en oublie….de moins connus que j’aimerais fréquenter qui sont soigneusement répertoriés dans les nombreuses notes. 

A lire et à relire!

Figures – Malala Andrialavidrazana – Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Figures : fresque entière

Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation. 

Figures est une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque  principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie. 

Mobutu, le léopard et l’idole pop

Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.

Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.

mondialisation

Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours  personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.

Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?

En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….

La semeuse

On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.

Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.

 

les jardins suspendus du Havre

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Jardins suspendus du havre Serre des bégonias

Jardins suspendus

Dans les hauteurs du Havre, 17 hectares dans les vestiges du Fort militaire de Sainte Adresse bâti au XIXème siècle désaffecté en 1979.

La  Roseraie est proche de l’entrée nord. J’accède par un escalier et un tunnel au Jardin des Robinsons. Ces jardins du Havre sont connectés à l’activité portuaire, à l’exploration du monde, à l’importation des plantes du monde entier. Dans ce Jardin des Robinsons, de curieuses huttes sont tressées avec les tiges des saules vivants selon la technique du plessis.

jardins suspendus : jardin des robinsons

Un plan est fourni pour ceux qui souhaitent une visite exhaustive : suivant les flèches on découvre les jardins d’Amérique, d’Asie ou d’Australie. Sous la pluie battante, je préfère ne pas tremper mon plan et me laisse porter par le hasard.

Près de l’entrée sud je découvre un Labyrinthe qui occupe une terrasse.

jardins suspendus entrée sud

Le centre du fort est occupé par un « Tapis vert » encadré par des carrés odorants où l’on cultive des plantes aromatiques. Sous une température plus chaude ils sentent sûrement plus. Même sous la pluie fraîche ils embaument.
Les Serres ferment pour la pause méridienne. Il nous faut revenir un peu plus tard.

Le havre jardins supendus

En attendant leur ouverture, nous descendons au Port que nous parcourons en voiture, nous le plus près possible des bassins et des portiques immenses. Un grillage enferme de très longs tubes effilés. Il faudra un bon moment avant que je n’identifie les éléments d’éoliennes offshore de l’usine Siemens Gamesa. J’ai été très surprise de lire que ces éoliennes n’étaient pas en métal mais en balsa et résine. Nous sommes impressionnées par les dimensions.

éoliennes

Retour dans les Serres

Je suis restée deux bonnes heures pour profiter d’une promenade abritée de la pluie dans les 10 serres abritant les collections végétales. Chaque serre est dédiée à un botaniste.

Serre Poivre :  les plantes utiles qui ont toutes voyagé : le cotonnier (Gossypium) a été rapporté par Alexandre le Grand. Le piment (pili-pili),introduit à Séville par Christophe Colomb. Le sucre fut extrait dès le VIème siècle Av.J.C. en Chine,  la Canne à sucre arriva en Martinique apportée par les Juifs chassés du Brésil en 1654

Les premiers grains de café arrivèrent au havre en 1728 en provenance des Antilles. Les plantes étaient apportées dans des caisse de Ward, l’une d’elles est présentée ici.

La serre Adanson(1727-1808) abrite des plantes de sous-bois tropical. Souvenir de lecture la Porte du Voyage sans Retour de David Diop a pour héros le botaniste qui vint herboriser au Sénégal(1748-1754)

Serres des jardins suspendus épiphytes

La serre dédiée à Bonpland (1773-1858) contient des broméliacées et des orchidées, plantes épiphytes. Souvenir de lecture encore, Bonpland s’est lié d’amitié avec Humboldt et l’a accompagné en Amérique Centrale. Leur voyage est relaté dans le livre d’Andrea Wulf  L’Invention de la Nature

La serre Plumier (1646-1704) présente toutes les variétés possibles de bégonias. Plumier part à la découverte de l’Amérique avec Michel Bégon (1638-1710)

La serre suivante est attribuée à Lamarck(1744-1829) et à Armand David (1826-1900) avec des plantes sans fleurs : fougères et mousses, les premières dans l’Evolution.

Henri Cayeux (1869-1963) directeur des jardins de la ville du Havre est honoré par la flore des zones humides, avec de beaux nymphéas dans des bassins peuplés de charmants poissons minuscules. .

Il y a également une serre Tournefort(1656-1708) pour les plantes tropicales.

Non seulement la balade dans les serres est charmante mais c’est une leçon d’histoire de la botanique très instructive. Je suis tout à fait preneuse !

plante carnivore

Des serres, on arrive dans les Carrés d’essais  de plantes fleuries très colorées. Mon temps est compté je suis déjà restée très longtemps.

 

 

La traversée de Bondoufle – Jean Rolin

AUTOUR DU GRAND PARIS

la gare de Juvisy

« Du moment où j’ai découvert la campagne à la périphérie d’Aulnay-sous-Bois, même sous l’aspect peu
engageant d’un champ de maïs desséché et d’un chemin sans issue, l’idée m’est venue de suivre tout autour de Paris sa limite, ou du moins la ligne incertaine, émiettée, soumise à de continuelles variations, de part et d’autre de laquelle la ville et la campagne, ou les succédanés de l’une et de l’autre, se confrontent. »

A la suite de la lecture du Pont de Bezons, j‘ai suivi avec beaucoup de plaisir le parcours à pied autour du Grand Paris à la recherche des confins entre la métropole urbanisée et la campagne. Rolin a bouclé ce tour complet  en commençant à Aulnay-Sous-Bois le 2 Août 2020 pour y revenir le 24 avril 2021, parachevant son périple par une seconde Traversée de Bondoufle. 

Rolin a noté avec une précision confinant à la maniaquerie parfois, toutes ses observations avec le noms des rues et routes. A l’occasion j’ai appris un mot odonymie. Sa démarche ne manque pas d’humour :

 » Que le chemin des Glaises soit justement boueux, c’est le genre de petites satisfactions que ménage de temps à autre une entreprise aussi vaine que la recherche de la limite entre ville et campagne. »

Cette entreprise coïncide avec la tentative d’occuper une ZAD à Gonesse :

« dimanche 7 février 2021, « par un froid glacial », comme la presse ne manquera pas de le souligner, quelques dizaines de militants ont établi à Gonesse une nouvelle ZAD, ou « zone à défendre », en plantant leurs tentes sur un terrain vague enclavé entre la D 317, la carcasse évidée d’un hôtel de bas de gamme en cours de démolition, la ferme de la Patte d’Oie et le chemin dit « de la Justice ». De l’autre côté de celui-ci s’étendent sur quelques centaines d’hectares des terres agricoles, au milieu desquelles doit être implantée une gare du Grand Paris Express dont les occupants de la ZAD ne doutent pas qu’elle entraînera l’urbanisation accélérée »

Le promeneur recherche l’emplacement de la ZAD sans être investi d’une mission militante, d’ailleurs, la ZAD a été évacuée par la police à sa seconde visite. Cependant l’établissement de ces « zones à défendre » marquent une tentative d’arrêter l’urbanisation galopante et la bétonisation de la campagne. Plus loin dans le livre, à Brou- Chelles,  il note un autre emplacement menacé par l’entreprise Placoplâtre .

Sans entrer dans le détail de son grand tour, il note toutes les installations caractéristique de la limite entre ville et campagne

« Parmi les commodités qui fleurissent sur la limite entre ville et campagne, à côté des établissements
d’enseignement et des équipements sportifs, des Ehpad et des centres équestres, des plateformes logistiques et
des terrains de golf, des lieux à l’abandon et des installations militaires à demi enterrées mais trahies par leurs longues oreilles, à côté des fortifications déclassées ou des campements roms, il faut compter aussi, comme je devais le vérifier à maintes reprises au cours de ce périple, avec les petits aérodromes voués principalement aux activités de loisir. »

Je remarque la permanence de ces installations aussi bien dans le Val d’Oise, qu’en Essonne ou en Seine-et-Marne. Récurrence aussi des décharges de gravats ou de déchets qui enlaidissent la campagne quand ce ne sont pas des labourages sciemment organisés pour empêcher des squatteurs de s’y installer.

J’ai parcouru quelques uns de ces itinéraires avec le Voyage Métropolitain je retrouve ici les souvenirs de balades moins aventureuses puisqu’elles étaient en groupe et guidées. J’ai beaucoup souri aux passages de Boissy-Saint-Léger dans la forêt Notre Dame que je sillonne par tous les temps. mais où est donc cette Ferme de Beaurose que je n’ai jamais remarquée?

De Bondoufle, je n’apprendrai pas grand-chose, pourquoi a-t-il choisi cette commune pour la consonnance un peu originale qui rimerait avec pantoufle? Il ne la traverse que p. 140 sans y trouver rien d’extraordinaire si ce n’est une « extraordinaire monotonie » Et pourtant, il y est retourné avant de terminer son livre

 

« C’est alors que commence la traversée de Bondoufle à proprement parler, menée de bout en bout le long de la
rue de Villeroy, que je tiens à tort ou à raison pour l’artère principale de cette ville. Je n’ai pas songé, pas plus lors de ma première visite que lors de la suivante, au mois de juin, à minuter la durée de cette traversée de Bondoufle par la rue de Villeroy, mais je ne pense pas qu’en marchant d’un pas normal elle m’ait pris beaucoup plus d’une demi-heure, y compris plus longue, que j’ai remarqué à quel point l’homogénéité de l’habitat pavillonnaire, récent pour la plupart,
l’abondance et la qualité de la verdure, mais aussi l’extraordinaire monotonie qu’exhalait cet environnement, à quel point tout cela m’évoquait les quartiers résidentiels d’une petite ville australienne, »

j’ai préféré Le Pont de Bezons qui est un coup de cœur mais je relirai volontiers La Traversée de Bondoufle comme un topoguide quand mes pas me mèneront dans ceux de Rolin. 

le Pont de Bezons – Jean Rolin – P.O.L.

VOYAGE METROPOLITAIN

J’aime les récits de voyage, même si les pas de Jean Rolin ne me conduisent pas plus loin que Melun, en amont, et Mantes-la-Jolie, en aval, le long du chemin de halage de la  Seine.

Le pivot du projet que j’avais formé, et qui consistait à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes,
des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu.

Mais toute l’Histoire de la France, écrit-il dans cette dernière, passe par Bezons ! Précisément ! Au plus juste sur le pont de Bezons. »« Il faudrait à Bezons, poursuit-il, presque un pont amovible… Dix fois au cours de
l’Histoire il saute,

Jean Rolin est l’auteur du Traquet kurde . Ces deux mots s’appliquent également au Pont de Bezons . L’auteur, très attentif aux oiseaux,  fera entendre l’alouette grisoller ou tirelirer,  observer les nids des poules d’eau et  ceux des cygnes, découvrir le vanneau sociable, espèce très rare,  dans un groupe de vanneaux huppés.  Quant aux Kurdes il tentera de les approcher à Corbeil dans un café où était affiché le portrait d’Ocalan, sans beaucoup de réussite. 

l’écluse d’Ablons

Déambulation sur une courte distance  mais de longue durée:  de juillet 2018 à juillet 2019. L’auteur ne suit pas un itinéraire défini par un topo-guide de Grande Randonnée (GR2). Il  improvise son itinéraire sur les berges du fleuve. Il revient sur ses pas, saute des étapes. Parfois il passe la nuit à l’hôtel.

Un champ de céréales n’a pas été traité, ou traité avec tact, et du coup les coquelicots y sont presque aussi abondants que sur un tableau de Monet. C’est de celui d’en face, au demeurant, et de sa nudité, que s’élève en grisollant (ou en tirelirant) la première alouette de la journée. Au loin se profile la silhouette de l’usine Renault de Flins, vers laquelle le chemin, ayant décrit à nouveau un angle droit, se dirige maintenant, bordé d’un seul côté par une haie d’aubépines, de pommiers et de chênes rabougris. De part et d’autre les champs sont de nouveau plantés de blé ou d’orge, parsemés de coquelicots, dominés par des pylônes électriques dont les quatre pieds sont chaussés de lierre sur une hauteur de plusieurs mètres.

Voyage sur les traces des impressionnistes, sur les champs peints par Monet, dans les résidences de Caillebotte, inspiré aussi par Céline, par Maupassant. Voyage culturel, parfois historique mais ce n’est pas l’essentiel. Voyage très contemporain avec inventaire des friches industrielles, des ronds-points et des campements roms (et de leurs destructions), inventaire des bistros turcs ou kurdes, des coiffeurs de Villeneuve-Saint-Georges, des bouisbouis et MacDo. Au hasard des rencontres il tombe sur un pique-nique :

« les gens sont un peu surpris de me voir, c’est exact, comme moi de tomber sur eux, au moment où un groupe d’hommes, aux accents d’une musique balkanique – musique enregistrée, tout de même, nous ne sommes pas dans un conte de Noël –, est en train de faire griller sur un brasero, au milieu du chemin, de gros morceaux de poisson : et plus précisément, soupçonné-je, de gros morceaux de carpe. « Ça vient de la rivière ? demandé-je, après que nous avons échangé des saluts, en indiquant vaguement la direction de la Seine. « Non, non, se récrient les servants du brasero, pas la rivière ! acheté ! », car ils me prennent sans doute pour un inspecteur des pêches, ou quelque emmerdeur du même genre. Puis ils me signalent, tout cela plutôt par gestes, car autrement nous n’avons pas de langue commune, que le chemin sur lequel ils sont installés est sans issue, »

Il me semble que j’aurais pu le croiser, vers Vigneux ou Villeneuve, ou sur l’Île des Impressionnistes à Chatou.  Mais non! je marche sur les sentiers balisés de peinture rouge et blanche alors que Rolin n’y fait jamais allusion. Prudente, je franchis rarement les grillages et les murs, je fuis les campements louches, j’évite les talus glissants. Ce livre me dévoile les lieux pas très bien famés pleins de poésie. Je le relirai en rentrant de mes sages expéditions. J’éviterai les berges de l’Yerres à Villeneuve-Saint Georges de peur de rencontrer l’homme à la planche.

Vigneux : Port aux Cerises

Ce livre ne me quitte pas, il me hante encore dans mes promenades.