Le Pilote du Danube – Voyages Extraordinaires de Jules Verne

POLAR FLUVIAL ET DANUBIEN

….. »Ilia Brusch comprit le danger. Faisant pivoter la barge d’un énergique coup d’aviron, il s’efforça de se
rapprocher de la rive droite. Si cette manœuvre n’eut pas tout le résultat qu’il en attendait, c’est pourtant à elle
que le pêcheur et son passager durent finalement leur salut. Rattrapée par le météore continuant sa course
furieuse, la barge évita du moins la montagne d’eau qu’il soulevait sur son passage. C’est pourquoi elle ne fut
pas submergée, ce qui eût été fatal sans la manœuvre d’Ilia Brusch. Saisie par les spires les plus extérieures du
tourbillon, elle fut simplement lancée avec violence selon une courbe de grand rayon. À peine effleurée par la
pieuvre aérienne, dont la tentacule avait, cette fois, manqué le but, l’embarcation fut presque aussitôt lâchée
qu’aspirée. En quelques secondes, la trombe était passée et la vague s’enfuyait en rugissant vers l’aval, tandis
que la résistance de l’eau neutralisait peu à peu la vitesse acquise de la barge. »

Quel plaisir de s’évader au fil de l’eau à bord de la  grosse barque du pêcheur Ilia Brusch, champion  de la Ligue Danubienne des Pêcheurs au concours 1876 de Sigmarigen à Routchouk. Ilia a imaginé ce périple comme une véritable opération de communication : annonçant ses étapes par voie de presse, vendant aux enchères le produit de sa pêche.

Depuis plusieurs mois, en effet, les rives du Danube étaient désolées par un perpétuel brigandage.

Les voleurs, très mobiles, sont insaisissables et la police fluviale délègue un fin limier Karl Dragoch pour les arrêter. L’enquêteur, incognito, s’invite à bord de la barge d’Ilia Brusch. Jusqu’à Vienne c’est une véritable partie de pêche et de plaisir. Tout se complique quand le pêcheur fait escale dans la Capitale et que de nouveaux personnages s’immiscent dans la navigation. Véritable imbroglio d’identités, Ilia Brusch est-il le paysan Hongrois qu’il prétend?

A l’escale suivante, en Hongrie, une villa est dévalisée, une tempête chahute la barque et Karl Dragoch tombe dans le Danube…C’est un roman d’aventures!

L’action se déroule en 1876 avec les guerres d’indépendances des patriotes bulgares contre la Turquie, trafics d’armes, pirates du Danube.

Il y a aussi un une romance.

Tous les ingrédients pour un polar aventureux très réussi.

 

 

Sur la route du Danube – Emmanuel Ruben – Rivages

DANUBE

Je me suis laissé entraîner dans cette équipée à vélo, chevauchée effrénée de ces deux Haïdouks, cyclistes et nomades qui remontent la route du Danube de l’Orient vers sa source sur les pas des envahisseurs Huns, Avars, Magyars, Péchenègues, Turcs….et ceux des migrants Syriens ou Afghans. 

« Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion Européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment ces aventures ont terminé! »

Aventure cycliste, sportive, mais aussi littéraire. Emmanuel Ruben écrit comme il roule :  à perdre haleine dans les pistes et les chardons, paresseusement, prenant le temps d’un coucher de soleil ou de l’envol d’un héron. Il connait :

l’extase géographique, le bonheur de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores,  de se sentir traversé de lumière. 

Ambitieux, devant la copie de la Colonne Trajane de Bucarest :

il faudrait écrire un livre qui s’enroule comme la colonne Trajane, l’hélice de l’Histoire s’enroule en bas-relief où sont gravées les aventures de l’empereur Trajan et du roi Decebale sur les bords du fleuve – oui je voudrais une sorte de rouleau original du Danube, un rouleau sans ponctuation, sana alinéa; sans paragraphe, un rouleau sans début ni fin, un rouleau cyclique, évidemment car c’est cela aussi le Danube.

Partis d‘Odessa, les deux compères veulent goûter à la steppe comme les envahisseurs d’autrefois. Ils traversent la steppe,  le delta ukrainien sur des routes dangereuses ou sur des pistes poussiéreuses, traversent la Moldavie

« cinq minutes en Moldavie, une demi-heure à ses frontières »

En Roumanie à  Sulina  (=Europolis)

Sulina

« Au kilomètre zéro du Danube, à la terrasse du Jean Bart, le dernier café sur le fleuve, le capitaine Hugo Pratt buvait une bière. Cela se passait en juillet de l’année 2*** »

imagine-t-il comme incipit de son futur livre.

A Galati et Braila il évoque Panaït Istrati et ses romans Nerrantsoula et Tsatsa Minnka ainsi que Mihail Sebastian , « trop juif pour les Roumains, trop roumain pour les Juifs » et son roman prémonitoire L’accident. Dans le Baragan, le vent les freine, projetant les fameux Chardons du Baragan (mon livre préféré de Panaït Istrati). En Bulgarie, à Roussé, ils visitent la maison d’Elias Canetti transformée en studio ou répètent des groupes de rock local. 

les chardons de la steppe

Géographie et histoire :

En Bulgarie, il évoque aussi le Tsar de Bulgarie Samuel 1er (1014). Leur passage à Nicopolis est l’occasion de raconter la « grande déconfiture » selon Froissart, défaite des Croisés en 1396.  Souvenirs d’un voyageur Evliya Celebi(1611 – 1682). Visite en Hongrie du cimetière de la bataille de Mohacs (1687)…. 

La bataille de Nicopolis : la Grande déconfiture des Croisés

Leur voyage est aussi fait de rencontres :  Raïssa, lipovène parle Russe avec eux. Vlad, le compagnon de l’auteur est Ukrainien, Samuel (le héros) se débrouille en Russe, en Serbe, en Turc et en Italien. Tant qu’ils sont en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie, ils se débrouillent bien et ont de véritables échanges avec les piliers de bistro, les passants de hasard qui les aident pour réparer les vélos. Ils passent des soirées mémorables à boire des bières  de la tuica ou rakija, ou à regarder le coucher de soleil avec l’accompagnement d’une trompette de jazz tzigane. Rêve d’une île turque disparue Ada Kaleh, Atlantide qu’ils ne devineront pas, même en grimpant sur les sommets. 

la scène la plus kusturiciene de ce voyage : trois tsiganes dans une charrette tractée par deux ânes remorquent une Trabant

 

Les routes sont parfois mauvaises. Ils se font des frayeurs avec les chiens errants

Ces chiens sauvages sont les âmes errantes de toutes les petites nations bientôt disparues d’Europe. Le nationalisme est une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et les clébards qui survivront à l’homme porteront le souvenir de cette rage à travers les âges. 

Comme Claudio Magris, ils s’arrêtent longuement à Novi Sad en Voïvodine ou ils ont des amis de longue date, du temps de la Yougoslavie.  mais contrairement à Magris qui part à la recherche des Allemands venus en colons peupler les contrées danubiennes, Ruben reste à l’écoute du Serbe, du Croate, des Tsiganes à la recherche des Juifs disparus dans les synagogues en ruine ou dans le cimetière khazar de Celarevo. Au passage je note dans les livres références Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic, La treizième tribu d’Arthur Koestler (que je télécharge). Je note aussi Le Sablier de Danilo Kis. Inventaire des massacres récents ou moins récents, victimes du nazisme en 1942, ou bombardements de l’OTAN (1999) 

 « délires nationalistes de la Grande Serbie, Grand Croatie, Grande Bulgarie, Grande Albanie….etc d’où découlèrent les guerres balkaniques, La Première guerre mondiale et les guerres civiles yougoslaves. La balkanisation est un fléau qui touche chaque peuple et son voisin, une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et de pays en pays : la maladie de la meilleure frontière »

L’arrivée en Hongrie coïncide avec les pluies du début septembre qui les contraignent à traverser la puzsta en train. difficulté de communication, les Hongrois parlent Hongrois (et pas nos deux compères) les rencontres se font plus rares. De même en Slovaquie, en Autriche, en Allemagne, les deux cyclistes n’ont que peu de contacts avec la population germanophone. En revanche, ils ont le don de trouver  des guinguettes, bars ou restos où officient Croates, Kosovars ou Serbes avec qui ils sympathisent immédiatement.

Altedorfer

Les pistes cyclables (communautaires) sont plus confortables quand ils traversent l’Autriche mais elle n’ont plus la saveur de l’aventure. Ils croisent même un grand-père de 78 ans et son petit fils de 9ans. Un couple de retraités maintiennent la même moyenne que nos deux champions, grâce à l’assistance électrique. Leurs visites de musées et châteaux se font plus touristiques. Près de Vienne  musée Egon Schiele (mort de la grippe asiatique). Visite du Musée d’Ulm : musée de la colonisation des souabes. Toujours consciencieux ils ne zappent pas le musée de Sigmaringen, ni les autres curiosités touristiques mais l’élan d’empathie n’y est plus. Legoland à Audiville, Europa-park! 

Egon Schiele : Durch Europa bei Nacht

Le périple se termine devant les drapeaux du Parlement Européen à Strasbourg. En route ils ont découpé les étoiles du drapeau européen

un voyage d’automne dans le crépuscule d’une Europe qui a perdu ses étoiles en traquant ses migrants

Il s’agissait bien de parler d’Europe, de faire surgir une autre Europe de cette traversée d’Est en Ouest. En route, en Slovaquie, un monument de ferraille représente le cœur de l’Europe. mais pour l’auteur :

Le cœur de mon Europe bat au sud-est entre Istanbul et Yalta, Novi  Sad et Corfou dans l’ancien empire du Tsar Samuel…

 

Danube – Claudio Magris (3)

MITTELEUROPA 

Quittant l’Autriche, Claudio Magris et ses amis (plus présents que dans le début du volume) passent le Rideau de Fer (sans que cette expression n’apparaisse dans la narration) et font halte à Bratislava . Pas de visite touristique mais plutôt une méditation entre Châteaux et et drevenitsas. Les châteaux parsemant la campagne étaient ceux des nobles hongrois, tandis que les paysans slovaques logeaient dans des cabanes de torchis et de chaumes. Magris évoque les nationalismes hongrois, tchèques et slovaques dans l’empire Hongrois en 1848, les Slovaques s’opposant plutôt aux Hongrois eux même en rébellion contre l’autorité viennoise.

Considérés comme un simple groupe folklorique à l’intérieur de la nation hongroise, les Slovaques voient niées leur identité et leur langue »

Etrange opposition entre Slovaques (producteurs de vin)et Tchèques(aux brasseries mondialement réputées), les premiers refusent de servir la bière tchèques à Magris et ses compagnons.

Magris introduit dans son essai des évènements politiques étrangers à la littérature, procès staliniens de 1951, printemps de Prague. Il faut se rappeler que le voyage s’est déroulé vers 1983, bien avant la Chute du Mur de Berlin. Quand ils rencontrent des intellectuels, il prend parfois des précautions pour  évoquer les positions politiques de ces derniers.

Aux Portes de l’Asie? est le titre de la visite en Hongrie. 

Ce paysage magyar, plein de  force mais aussi d’indolence, ce serait déjà l’Orient, souvenir des steppes de l’Asie, des Huns, des Petchenègues ou du Croissant ; Cioran célèbre la bassin du Danube en ce qu’il amalgame des peuples bien vivants mais obscurs[…]Ce pathos viscéral qui se proclame à l’abri de toute idéologie, n’est qu’un artifice idéologique. Un arrêt dans une pâtisserie ou une librairie à Budapest apporte un démenti à celui qui pense qu’à l’est de l’Autriche, on pénètre confusément dans le sein de l’Asie

Sous la botte de Staline

Magris développe les antagonismes entre le nationalisme hongrois et la souveraineté des Habsbourg. Les pages hongroises sont passionnantes quoique un peu datées. Toute l’histoire communiste, les émeutes de 1956, les luttes politiques me semblent maintenant du passé alors que tout cela était bien vivant quand Magris se trouvait là. Les longues pages consacrées à Lukacs sont-elles encore actuelles? J’ai lu (un peu) Lukacs autour de 1968,  j’ai oublié; sans doute n’y avais-je rien compris. 

Budapest

La visite de Budapest est plus « touristique » que celle de Vienne. J’ai retrouvé avec grand plaisir l’Île Marguerite, le tombeau de Gül Baba dans les rosiers, le Café Gerbaud, les maisons colorées de Szentendre avec les céramiques de Margit Kovacs, de bons souvenirs pour moi…

« Le Danube s’écoule, bavard, sous les ponts titanesques comme écrivait Endre Ady ; il parle de fugue et même de mort dans la Seine, dans ce Paris dont Budapest est comme l’image dans une glace de style empire… »

Ici, il discute encore du concept de Mitteleuropa 

« Mitteleuropa devient le mot de passe de ceux qui refusent la politique, ou plutôt la politisation systématique et totalitaire en tant qu’ingérence de l’Etat et de la raison d’Etat dans tous les domaines de l’existence. La division de l’Europe entre les deux super-grands scellée  à Yalta …« p 371

Après Pecs,  Mohacs – défaite du roi de Hongrie en 1526 et invasion turque de la Hongrie – une très belle image du violoniste dans le champ de bataille. 

Le Danube coule alors en Yougoslavie (qui existe alors), en Voïvodine, il font étape à Bela Crkva (prononciation???) chez Mémé Anka , non loin de la Roumanie, où cohabite une mosaïque de peuples, de religions, de langues : Serbes, Hongrois, Roumains, Slovaques et Ruthènes mais aussi Allemands, colons souabes venus des pontons d’Ulm, Macédoniens, Grecs, Juifs, et même des catalans venus en 1734 pour repeupler les plaines désertes après le retrait des Ottomans. Mémé Anka,native de Bela Crkva, est triestine: Magris livre de cette femme pittoresque un beau portrait. 

Village saxon

Tout proche, en Roumanie, le Banat roumain avec Timisoara pour ville principale. Timisoara ou Temesvar? Magris cite les historiettes du barbier racontées par Kappus, qu’il compare au turc Nasreddine. Les Allemands du Banat furent maltraités par le pouvoir roumain, expropriés et déportés. Ceaucescu a  finalement condamné ces déportations mais ils restent sous un contrôle étouffant.  Magris note une vie littéraire « difficile et ardente » pour ces minorités du Banat et de Transylvanie (Siebenbürgen) citant Herta Müller. Une excursion à Sibiu, Brasov, Sigishoara,en Transylvanie est l’occasion d’approfondir la culture germanique de ces Saxonsprésents depuis 1224 appelés par le Roi de Hongrie Geza II. Magris cite de nombreux écrivains de langue allemande, quelques hongrois. On note la complexité des allégeances, le pouvoir fut hongrois, autrichien, jacqueries,  révoltes et rébellions contre ces pouvoirs se sont succédés pendant les siècles.

Puisque nous sommes arrivés dans les Carpathes, comment ne pas évoquer Dracula et les Sicules? Et de Transylvanie, on glisse en Bucovine aux vignes sauvages du Pruth, à Czernowitz. Monde disparu de Paul Celan, Rezzori, Rose Ausländer…. et (c’est moi qui ajoute) Aharon Appelfeld.

Cette excursion roumaine a éloigné l’auteur du Danube, il rentre donc à Bela Crkva pour aller à Subotica proche de la frontière hongroise. Ville Art Nouveau (que cite Greveillac), kitsch selon Magris. Puis retrouve le Danube à Novi Sad encore une ville multi-culturelle. C’est dans cette région que se déroule l’histoire des Confins sorte de cordon militaire ou sanitaire formant une sorte de no-mans land entre l’Orient ou les Balkans turcs et l’Empire Autrichien. 

Belgrade ne retient pas l’auteur.

Le maréchal Tito a fini par ressembler de plus en plus à François Joseph, no pas parce qu’il s’était battu sous ses drapeaux durant la Première Guerre mondiale mais parce qu’il était conscient ou désireux de recueillir un héritage et un leadership danubien supra national

Après les Portes de Fer le Danube trace la frontière entre la Roumanie et la Bulgarie. La partie bulgare diffère du reste du livre qui se déroule dans l’ancien empire austro-hongrois. La Bulgarie a vécu des siècles sous le joug turc, Ils méprisent les turcs est le titre du premier chapitre. Point de multiculturalité comme précédemment : la guide-interprète affirme qu’en Bulgarie « Il n’y a que des Bulgares! » Et pourtant, la joie de vivre, et de boire le raki est contagieuse, le voyage semble pittoresque et agréable.  Magris conte l’histoire de la Bulgarie et fait des propositions de lecture bien séduisantes : j’ai noté les récits de Tcherkazski de Yordan Raditchkov , Sous le joug d’Ivan Vasov et Auto-da-Fé de Canetti. Nous passons par la maison dElias Canetti à Ruse.

Delta du Danube

Matoas – le titre de la partie roumaine du voyage – est le nom Thraco- Phrygien du Danube (selon Wikipédia). Magris  passe le Danube sur le POnt de l’Amitié et entre en Roumanie par la Dobroudja que les anciens ont nommée Scythie Mineure ou Istrie. « Les Istriens sont-ils les Thraces? » se demande l’auteur Triestin qui voit une analogie avec l’Adriatique, il pense à la Toison d’Or et aux Argonaute. Nous voici proches de l’Antiquité, thrace, grecque ou romaine avec Ovide qui fut exilé à Constanta 

« L’Histoire ne connaît les origines d’aucun peuple » comme disait Curtius, parce que cela n’existe pas ; c’est une création et une production de l’historiographie, qui pose la question puis se livre à des recherches pour y répondre. Toute généalogie remonte au big-bang : les discussions sur l’origine latine des Roumains ou sur la lignée dace-gète-latine-roumaine, thème privilégié de l’historiographie et de l’idéologie nationale en Roumanie ne sont guère plus importantes que le litige entre Furtwangen et Donauschingen sur les sources du Danube »

Et la boucle est bouclée!

Bucarest palais de Ceaucesu

Enfin presque! Nous visitons Bucarest, le Paris des Balkans avec ses immeubles tarabiscotés, Art Nouveau des résidences fin de siècle mais aussi subissant le Hiroshima de l’urbanisme de Ceaucescu

« Les puissants dont Elias Canetti fait le portrait ont besoin pour exalter leur volonté de puissance de dépeupler les villes[…]Ceaucescu préfère chercher l’ivresse dans ce maxi-déménagement de l’Histoire et de ses vestiges… »

Des souterrains sont mis à jour, des maisons éventrées, des églises déménagées. Magris note que « la littérature aime les bas-fonds et les immondices » et cite Mircea Eliade pour son roman Le vieil homme et l’officier. 

Brauner

A Bucarest, nous rencontrons Grigor von Rizzori affectueusement surnommé Grisha et encore Cioran. Panorama d’une littérature bouffonne avec Caragiale, un Labiche roumain, qui a inspiré Ionesco et les dadaïstes. 

Rencontre avec un poète yiddisch : Bercovici et le monde de Chagall avec un peintre que je ne connaissais pas Issachar Ben Rybak. 

Enfin, à Braila et Galati : Panaït Istrati que j’attendais. Nous retrouvons le Danube et le livre se termine par une promenade enchantée dans la nature du Delta. 

Danube : Claudio Magris -(1) De la Forêt Noire à Vienne

MITTELEUROPA : LIRE POUR VOYAGER

Le Danube à Ratisbonne

Le Danube, est souvent enveloppé d’un halo d’antigermanisme; : c’est le fleuve le long duquel se rencontrent se croisent et se mêlent les peuples les plus divers; alors que le Rhin est le gardien mythique de la pureté de la race. C’est le fleuve de Vienne, de Bratislava; de Budapest, de Belgrade, de la Dacie…C’est le ruban qui ceint[…]l’Autriche des Habsbourg….

C’est un livre-fleuve qui va emporter le lecteur à travers l’histoire et la littérature germanophone (allemande mais plutôt autrichienne), dans les remous et l’érudition.  Ma lecture est entrecoupée de pauses. J’ai autour de moi, mon téléphone intelligent qui va faciliter mes recherches (dates et hommes illustres, écrivains connus ou méconnus de moi), un stylo et mon carnet pour prendre des notes, un crayon pour souligner. Lecture laborieuse? Non, plutôt jubilatoire!

2850 km de la source à la Mer Noire!

Mais au fait où est donc la source? Magris, tel les explorateurs des sources du Nil remonte le courant, et surprise : il trouve deux sources, deux ruisselets qui couleront vers la mer. Deux petites villes de Forêt Noire revendiquent cet honneur : Donauschingen et Furtwangen. Pour authentifier ses recherches Magris se réfère à un ouvrage ancien L’Antiquarius du Danube de Johann Hermann Dielhelm (1785). Après la controverse des sources, il pose un nouveau dilemme : Mitteleuropa « hinternationale » ou tout-allemande?

 » depuis la Chanson des Niebelungen, Rhin et Danube se font face et se défient. Le Rhin, c’est Siegfried, la virtus et la pureté germanique[…]Le Danube c’est la Pannonie, le royaume d’Attila; c’est l’Orient »

Me voilà avertie, je vais naviguer aussi bien dans l’histoire, la géographie que dans le mythe et les légendes! Il suffit de se laisser embarquer, ne pas refuser les paradoxes. 

A chaque étape, une rencontre, parfois plusieurs. Studieusement, je note  la page, la ville, le personnage.

P. 60 Messkirche : Heidegger revendiquant son appartenance au monde paysan de Forêt Noire, mais dont le culte de l’enracinement a flirté dangereusement avec le fascisme. En philosophie, je ne suis pas compétente. 

 

 

 

p. 64 Sigmaringen : Céline à la suite du repli de Laval et de Pétain. 

p.78 Ulm « A main nues contre le Reich » : un frère, une soeur, Hans et Sophie  Scholl, furent exécutés en 1943. Récit de l’enterrement de Rommel. Presque 40 ans après la fin de la guerre, les souvenirs sont encore prégnants. D’Ulm, sont parties les barges de colons allant peupler le Banat, les Souabes du Danube. Première occasion de rencontrer Grillparzer et Joseph Roth à propos des conquêtes napoléoniennes. Roth ayant écrit Les Cent jours et Grillparzer ayant écrit une pièce sur le roi Ottokar II de Bohème. Moins sympathique, Mengele

 

 

 

L’épopée napoléonienne a laissé la tombe vide d’un Grenadier, héros de l’Indépendance américaine combattant de la République et un monument à la gloire des peuples allemands en lutte contre Napoléon.

 

p. 133 : Ingolstadt : Marieluise Fleisser écrivaine des année 1928-29, compagne de Brechtéclipsée par la gloire du dramaturge. 

Le pont de pierre de Ratisbonne

p.141 : Ratisbonne . Son pont de pierre fut considéré comme la « merveille du monde ». Ville importante au 15ème et 16ème siècle. Elle fut le siège de la Diète permanente du Saint Empire Romain Germanique . Kepler y séjourna, étudia en plus de l’Astronomie la structure du flocon de neige! 

p.153 : Straubing se déroula une tragédie . La jeune Agnes Bernauer fut noyée après accusation de sorcellerie seulement parce que le fils du seigneur local l’avait épousée, mésalliance. Elle fut noyée dans le Danube et l’on dut entortiller sa chevelure pour la faire couler. « Dommage que ce ne soit pas Marieluise Fliesser qui ait écrit cette histoire  » regrette Magris, Hebbel qui l’a chroniqué s’est fait l’avocat de la « violence de droit », défendant la Raison d’Etat tandis que Grillparzer a traité la même thématique dans La Juive de Tolède

p.175 : Linz , ville prisée par Hitler a échappé de peu à l’urbanisme que le Führer lui destinait. S’y est déroulée une histoire d’amour entre Goethe et Marianne Willemer. Goethe y rédigea le Divan occidental-oriental qui comporte des poèmes de la main de Marianne Willemer (bien sûr signés par Goethe)

p.197 : Mauthausen

p.202 :  Saint Florian : la plus grande abbaye baroque d’Autriche. Bruckner, Altdorfer

Altdorfer : Saint Florian (détail)

p. 225 : Dans la plaine humide du Danube Konrad Lorenz menait ses expériences avec ses oies.

p.226 : nous assistons aux derniers instants de Kafka  

J’ai pris beaucoup plus de  notes que j’aurais pu transcrire. J’ai éliminé celles qui concernent des écrivains ou personnages que je connais seulement de nom ou complètement inconnus pour moi : Jean Paul, Stifter et beaucoup d’autres.

 

 

 

Le Traquet kurde – Jean Rolin – P.O.L

LIRE POUR VOYAGER

Mince ouvrage (171 p) qui commence légèrement comme la vingtaine de grammes de ce petit oiseau et qui raconte la traque de ce passereau improbable en Europe occidentale,  originaire du Kurdistan rappelant l’actualité quand les images du siège de Kobané occupait les journaux télévisés.

Le narrateur, un ornithologue amateur, intrigué commence sa recherche en Angleterre dans la collection ornithologique du British Museum et y croise les souvenirs d’un étrange personnage Meinerzhagen qui deviendra, plus que l’oiseau, le sujet principal du roman.

Quel homme n’a pas rêvé de parcourir le monde en compagnie de sa petite cousine, collectionnant les oiseaux (et de ceux-ci les poux)traquant ça et là des agents bolcheviques?

Meinerzhagen, savant et espion, tricheur mais ornithologue réputé fait partie de toute cette compagnie de britanniques, entre Egypte et Route des Indes, qui ont intrigué dans les sérails et les congrès autour de la Première Guerre mondiale. Archéologie et ornithologie étaient des couvertures parfaites pour les Services Secrets. On y croise T E Lawrence, Philby espions de père en fils, les plus connus, mais aussi Thesiger que je ne connaissais pas. Les 100 premières pages du Traquet kurde font penser aux romans anglais, entre Somerset Maugham et Durrell avec ironie, légèreté et humour british. Je me suis régalée de leurs aventures dans un Proche Orient qu’on explorait avec la bénédiction des souverains, ou clandestinement, selon….et dont les mission menaient les savants jusqu’en Espagne pendant la Guerre civile, puis en Allemagne.

Abandonnant ces espions-ornithologues qui ont offert les dépouilles des oiseaux au British Museum, le narrateur arrive en Irak et cherche son oiseaux au Kurdistan irakien puis en Turquie. La légèreté n’est plus de mise quand il raconte les dévastations de la guerre, les populations sur les routes de l’exil. Randonnée hasardeuse dans les montagnes kurdes : l’oiseau a une préférence pour les altitudes élevées. La piste est abandonnée, peut-être minée mais rien ne décourage l’ornithologue, il note les espèces rencontrées et poursuit sa quête du Traquet. En route, il rencontre aussi des hommes dont un évêque syro-orthodoxe dans un monastère suspendu au- dessus de la plaine dominant Mossoul. Avec ses jumelles, on pourrait le prendre pour un espion….

Curieux contraste entre les deux parties du livre, et pourtant une parfaite cohérence, une lecture agréable. Un livre qui fait voyager.

 

 

 

Voyages avec ma tante – Graham Greene

INVITATION AU VOYAGE

Une invitation au voyage un peu ancienne (1969). J’aime bien les voyageurs anglais surtout quand le voyage a une touche d’espionnage qui le pimente. Surtout quand humour et ironie me font sourire et parfois rire aux éclats!

Un banquier retraité, le plus conformiste qui soit, vieux garçon qui soigne ses dahlias, a ses habitudes au pub, et garde des relations éloignées avec ses anciens clients de la banque….Au décès de sa mère, Henry fait connaissance avec sa tante Augusta, une originale, que dire, une excentrique,3 comme peuvent l’être certaines vieilles anglaises.

Et Henry va l’accompagner en voyage!

Le premier le conduira à Brighton, et c’est toute une aventure !

Mais ce n’est qu’un début, le second le mènera jusqu’à Istanbul, via Paris. La tante Augusta est-elle une contrebandière? Elle connaît toutes les techniques pour passer des valises mystérieuses…fréquente des Turcs louches. Nous faisons un voyage dans l »Orient Express qui a perdu tout son lustre mais pas tout son mystère.

Pèlerinage à Boulogne.

Et pour couronner le tout, sa tante disparaît, et cette disparition intéresse toutes les polices et même la CIA pour aboutir en Uruguay!

Humour, extravagances, invraisemblances, exotisme : tout pour me plaire, avec un goût un peu désuet du temps où l’on traversait l’Europe en train et l’Atlantique en bateau.

 

 

Ma Cabine Téléphonique Africaine – Lieve Joris – Actes sud

INVITATION AU VOYAGE

J’ai reçu Ma cabine Téléphonique Africaine en cadeau au pique-nique de Babélio. Comme je n’avais aucune idée de ce que cachait ce titre original, le livre est resté longtemps dans ma PAL. Quelle bonne idée de l’en sortir!

164 pages, 10 récits, autant de rencontres en Afrique, au Moyen Orient, en Europe de l’Est.

J’aime les écrivains-voyageurs et encore plus  les écrivaines-voyageuses. Après Alexandra David Neel, Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt et d’autres, je découvre Lieve Joris  née en Belgique(1953) mais basée aux Pays Bas, donc néerlandophone. Journaliste, boulingueuse elle a écrit de nombreux livres que je compte bien lire!

Ma cabine téléphonique africaine est le titre du premier récit : rencontre avec Bina, receveur des postes dans un village malien en 1996, déjà les touaregs rebelles menacent les autorités ou leurs représentants. La téléphonie mobile n’existe pas dans cette contrée. La cabine de Bina est une institution….Comme j’ai aimé ce récit! Lieve Joris s’efface devant les personnages africains. Elle les campe magnifiquement.

Le second récit, Les Enfants de Mobutu, se déroule au Congo, en 1998, le règne de Mobutu s’ achève, il reste un grand désordre et pourtant l’auteure se promène dans la province qui paraît paisible. Elle accompagne un homme d’affaires qui vend, troque, ou achète un peu n’importe quoi. Elle nous fait imaginer l' »ambiance du poisson » sur le bord du lac, on rencontre des pauvres pêcheurs, des cyclistes qui font des kilomètres de pistes défoncées pour transporter 3 malheureux poissons….Aventure humaine, chaleur africaine…

On passe aussi par Dar-es-Salam ou par Saint Louis du Sénégal .

Lieve Joris a posé ses valises en 1982 au Caire. Elle nous invite dans l’appartement de Madame Taher, sa logeuse, bourgeoise déclassée qui fait survivre un monde féminin, désuet, étriqué et décalé.

Puis elle part à Alep et à la frontière de la Syrie et de la Turquie, rencontre Ismaïl,  Kurde qui préfère disserter sur Baudelaire et les surréalistes que de lui faire rencontrer la réalité, « Baudelaire est sans danger » : rencontre touchante.

Les 50 dernières pages se déroulent en Pologne (1987)et en Hongrie (1990) . Rencontre avec Kapucinski – un écrivain -voyageur que j’aimerais lire. Ils ne parleront pas de l’Afrique que les deux auteurs ont parcouru, Kapuscinski fera découvrir la Pologne grise de la fin du communisme. Enfin Lieve Joris aboutit dans un petit village hongrois  sur la Tisza.  Avec une grande délicatesse, elle nous présente les protagonistes de l’histoire récente, l’idéaliste qui voulait changer le monde, le maire communiste, l’institutrice aux prises avec les enfants tziganes qui ne supportent pas la sédentarisation imposée…Aucun jugement, juste une grande sympathie.

Lieve Joris ne se met pas en avant. Elle ne se vante pas de ses aventures. Elle laisse parler les personnages qu’elle rencontre, nous fait sentir les ambiances, les odeurs, les goûts, les manques aussi. Un tout petit livre, un concentré de saveurs!

 

Géométries Sud du Mexique à la Terre de Feu – Fondation Cartier

Exposition temporaire 14/10/18 au 24/02/19

Freddy Mamani Bolivie style « néo-andin »

Dans le salon, on peut s’asseoir face à l’écran où sont projetés deux documentaires sur le constructeur bolivien Freddy Mamany : les Andes et l’Altiplano d’où il est originaire ainsi que sa ville El Alto qu’il a souhaité repeindre de toutes les couleurs inspirées par les costumes de fête des indiens Aymaras. Certains ont appelé cette architecture « façadisme »  ou kitch post-moderniste.

Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier
Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier

Tout le salon est une installation!

La salle suivante est occupée par la construction ajourée de matériau brut de Solano Benitez et Gloria Cabral  (Paraguay) également crée exprès.

Solano Benitez & gloria Cabral : la géométrie comme un rythme…

en contrepoint de cette construction massive les sculptures graciles en fil d’acier ou d’aluminium formant treillis et résilles de Gego (Vénézuela)

stèles traditionnelles de pierre (3000-2000 av JC) confrontés aux tableaux contemporains

Les deux salles du sous-sol recèlent de nombreuses œuvres de taille plus modeste mais non moins variées et intéressantes : poteries anciennes ou grès et céramiques contemporains, acryliques ou huiles colorées et géométriques, de toutes couleurs et influences, stèles de pierre indiennes ou contemporaines…

Grès et céramiques de Gustavo Perez Mexique

Les œuvres sont si nombreuses, de provenances diverses que je ne sais que choisir. Difficile de se concentrer sur un objet, une photo ou un tableau.

La dernière salle est sombre, éclairée en son centre par une installation textile originale

Brumes 2013 Olga de Amaral Colombie

On semble immergée dans la sombre forêt amazonienne, où l’artisanat indien est très présent (tissage, bâtons-serpents) ainsi que les photographies de peintures corporelles très impressionnantes et d’une géométrie parfaire.

Luiz Zerbini : a primeira missa

Deux grands tableaux m’ont impressionnée.

Luiz Zerbini Brésil Coisas do Mundo

L’exubérance tropicale de la forêt amazonienne, les références historiques, les couleurs les motifs géométriques; tout me plait! Et j’en fais des photos de détail:

géométries délicates

 

J’aurais pu m’arrêter sur d’autres sujets, mais celui-ci est mon coup de coeur.

 

 

Géopolitique du moustique – Erik Orsenna

PRECIS DE MONDIALISATION

J’ai lu avec grand plaisir Le voyage au Pays du coton, Sur la route du papier  et l’Avenir de l’Eau qui sont les autres volets du Précis de Mondialisation. La biographie de Pasteur : la vie , la mort, la vie s’inscrit aussi en introduction logique à ce nouvel opus.

Orsenna est un merveilleux conteur et un vulgarisateur doué. C’est aussi un grand voyageur. J’aime me laisser guider dans les pays lointains où il mène son enquête. Panama, Guyane, Cambodge, Sénégal, Vietnam, Ouganda et j’en oublie….Il nous introduit dans les laboratoires des chercheurs de terrain, dans la forêt Zika qui a donné son nom au virus Zika. Il rend compte de l’histoire de sciences avec les découvertes de Carlos Finlay  (fièvre jaune 1870) Laveran(paludisme 1907) , Manson et Ross.

Les moustiques sont les vecteurs du paludisme et de la fièvre jaune – c’est connu depuis longtemps! mais actuellement des maladies émergentes : Ebola, Zika, Chikungunya sont aussi transmises par des moustiques. Au fait, qu’est-ce qu’une maladie émergente? « une maladie émergente est une maladie qui commence à toucher des pays riches ». Orsenna est toujours conscient des données sociales et économiques liées au développement des épidémies 

« chaque orpailleur est un réservoir d’agents infectieux particulièrement malfaisants. puisqu’il vit en forêt l’orpailleur est en permanence piqué : il ne peut donc qu’être infecté. Il n’est jamais soigné, car; toujours en situation illégale, il se garde bien de rendre visite aux dispensaires… »

Orsenna raconte l’histoire des découvertes des remèdes – passionnante et prometteuse, celle de l’artémisine mais aussi les reculs, les échecs, les résistances des insecte ou des agents infectieux. Le mieux c’est de ne pas être piqué! mais faut-il éradiquer les moustiques?

« Contrôler? Oui, mille fois oui de toutes nos forces ! Eradiquer? Jamais ! »

Il aborde aussi les pistes de la génétique et des organismes génétiquement modifiés, avec prudence….

C’est donc encore un ouvrage passionnant, avec un petit bémol dans la première partie, c’est bien de vulgariser et de simplifier, mais là, je m’ennuie un peu.

 

 

une Aventurière au Musée – Alexandra David Néel –

EXPOSITiON TEMPORAIRE AU MUSÉE GUIMET 

jusqu’au 22 mai 2017

Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt les récits et les écrits des grands voyageurs. Mais les exploratrices me passionnent encore plus. J’attendais avec impatience l’exposition du Musée Guimet qui vient tout juste de commencer. Il ne s’agit pas d’une grande exposition mais seulement dans la Rotonde du 2ème étage (décor prestigieux avec cariatides).

 

Alexandra David Néel (1868-1969) féministe, anarchiste, exploratrice, écrivains et « dame-lama » trouve toute sa place au Musée Guimet puisque c’est à la suite de la visite de ce musée après sa création en 1889 qu’elle découvre le bouddhisme. En 1891 Emile Guimard organisa des cérémonies bouddhiques au Musée et Alexandra David Néel adopta le bouddhisme en 1892. 

A cette époque elle se consacrait au chant lyrique. De belles photos et sa tenue de cantatrice datent de la décade 1890-1900.

L’exposition se compose surtout de photos de ses deux grands voyages en Asie de 1911 à 1925. Son voyage à lhassa (1923-1924) en hiver est le plus aventureux, à 56ans elle effectue ce voyage clandestin dans une région interdite aux étrangers et non cartographiée, 2000km à pied et souvent de nuit se faisant passer pour une tibétaine. . Dans des vitrines on voit aussi ses petits carnets et des lettres rédigées avec une impeccable calligraphie.

Elle légua au Musée 8 panneaux peints de toute beauté, des objets. On voit aussi des objets provenant de Digne-les Bains où elle passa ses dernières années entre autre deux masques effrayants et une belle statue à tête de lionne.

En 1959 Marie Madeleine Peyronnet entre à son service. Elle a contribué à l’élaboration de deux bandes dessinées retraçant ses aventures par Fred Campoy et Mathieu Blanchot ed Grand Angle. Je ne suis pas très fan de BD et je n’ai pas beaucoup aimé leur graphisme.

En revanche je garde un souvenir ébloui de L’Inde où j’ai vécu que j’ai lu il y a quelques temps en rentrant des voyage au Rajasthan.