Triptyque réalisé pour la Biennale de Venise 2019 Toussaint Louverture/Remember the Revolution#1 Glenn Ligon/ funérailles de Carole Robertson Alabama 1963
Henry Taylor est né en 1958 en Californie. L’exposition du Musée Picasso est une rétrospecfive présentant les différents aspects de l’oeuvre du plasticien; retracçant le cheminement de l’artiste qui fut soignant en psychiatrie dans les années 70-80, puis entreprit des études de journalisme en 1981, s 1993-1996. Sa première exposition à New York en 2005.
Screaming head
J’imagine, en regardant cette tête hurlante, la douleur d’un patient que Taylor a rencontré. Un cartel explique que ses patients « faisaient partie des plus belles personnes au monde »
Neighborhood Council
« The weight of ordinary » : le plasticien s’empare d’objets : boites, caisses, meubles qu’il repeint et assemble. « Comme une jungle » (2010) est constitué d’assemblages de bidons qui évoquent la sculpture de Louise Nevelson, que j’ai vu récemment à Pompidou-Metz. Les bidons font aussi penser à des masques africains, à des visages.
The 4th July – Barbecue pour la fête nationale américaine. j’ai laissé exprès la passante pour donner l’échelle de ce très grand tableau
Henry Taylor se décrit lui-même comme « chasseur-cueilleur d’images » il peint une chronique sociale des américains de la marge, des laissés pour compte. Une salle du musée a pour titre « Témoins » une autre « Icones » où figurent des sportifs, et curieusement, on croit reconnaître Martin Luther King qui joue au ballon.
jacky Robinson premier joueur noir à intégrer une Ligue de Baseball en 1947 ouvrant la voie à de nombreux joueurs noirs
Son récit inclue aussi la mémoire collective de la Grande Dépression, les communautés rurales
mary had a little lamb (on ne voit aucun agneau dans le tableau)
Taylorest attentif aux marginaux comme le Haïtien qui lave le parebrise au feu qu’il peint de sa voiture
Haitian worker
ou aux vétérans du Vietnam
My brother Gene, the tunnel rat
Taylorrend visible les inégalités, les violences, les discriminations. Dans Trail 2005, il évoque l’activiste George Jackson, emprisonné par son numéro de matricule, il représente un policier et je reconnais le portrait de Bob Dylan qui lui a consacré une chanson
Trail 2005
Autre tableau très violent
TheTimes they aint changing fast enough (2017)Philando Casti le mortellement touché lors d’un contrôle routier allongé sur la banquette de la voiture avec le pistolet meurtrier encore braqué sur lui.
Si on rapproche les deux tableaux, on pense clairement à la chanson de Dylan The Times are a’changing
Chroniqueur de la vie américaine, Taylor revisite aussi les tableaux de la peinture comme le Déjeuner sur l’herbe ou les Demoiselles d’Avignon
From Congo to capital and black again
C’est une belle découverte que cette peinture afro-américaine qui s’affiche en ce moment à Paris avec Mickelene Thomas image glamour, féminine/féministe.
Deux paléontologues : Edward Cope (1840 – 1897) et Charles Marsh(1831 – 1899)chasseurs de dinosaures dans l’Ouest Américain, se sont livré une guerre sans merci pendant des décennies de la fin des années 1860 jusqu’à leur décès.
Cette Guerre des Os, guerre pour des territoires fossilifères, guerre des publications, rivalité pour des honneurs et des postes universitaires, s’est déroulée dans le contexte de la Conquête de l’Ouest:
« les compagnies (de chemin de fer) rivales accomplissent leur jonction en Utah 10 mai 1869, elles célèbrent une fête mémorable et plantent un clou d’or à la rencontre des derniers rails : l’union géographique du pays est achevée ; déchirés par quatre ans de guerre civile, les États-Unis méritent à nouveau leur nom. »
Les chemins de fer faciliteront le travail des paléontologues qui vont explorer les territoires les plus isolés du Wyoming, Montana ou Colorado
Et le 30 juin 1870, après s’être ébrouée comme un animal énorme, la locomotive les emporte vers ces contrées dont ils ne se lassent pas de murmurer les noms à mesure que les miles défilent, Utah et Wyoming, Montana et Colorado
Extermination des bisons, dont les carcasses jonchent le trajet du chemin de fer.
Au long des rails, un cortège funéraire est formé par les dépouilles de bisons que les voyageurs de la voie transcontinentale ont abattus depuis les fenêtres des wagons en mouvement, comme ça, par jeu, pour le plaisir, pour voir leur masse se désarticuler et soulever la poussière en tombant.
Guerres et colonisation des territoires autochtones. Charles Marsh croise Buffalo Bill, Custer avec le désastre de la bataille de Little Bighorn. Les recherches de fossiles se déroulent en territoires indiens. Les paléontogues doivent négocier avec les chefs des tribus. Charles Marsh a donné sa parole à Red Cloud, il ira jusqu’à la Maison Blanche rencontrer Ulysses Grant pour plaider la cause des tribus natives.
« il offre un banquet aux chefs des principales tribus amérindiennes. Parmi les invités se trouvent Sitting Bull et Red Cloud, deux interlocuteurpensifs, le front raviné par la sagesse et les chagrins,que Charles s’efforce de convaincre par le truchement d’un interprète. Pour prix de leur assistance, il promet de se rendre à Washington afin d’exiger que l’intégrité de leur territoire soit respectée et que les rations promises par le gouvernement arrivent en temps et en heure. »
C’est cet aspect western qui m’a le plus intéressée. L’aventure des chercheurs d’os, comme des chercheurs d’or.
Tous les coups bas sont permis dans la guerre que se livrent Charles et Edward, y compris le vol de fossiles et pire encore, le dynamitage de gisments pour que le rival ne puisse pas les exploiter. Vandalisme choquant!
Aux yeux des paléontologues, il s’agit d’un crime trop effroyable pour mériter la rédemption. Anéantir des
spécimens uniques quand on connaît les chances infinitésimales de leur transmission, la durée vertigineuse qu’ils ont dû traverser pour se trouver sous la main d’un homme à même de les interpréter, c’est un acte qui va à l’encontre de toutes les valeurs d’une profession méticuleuse dont les membres passent leur vie à gratter,frotter, analyser les fossiles.
Le roman rend compte aussi du travail scientifique et de la reconstitution de l’animal entier à partir du puzzle des ossements, là se trouve la principale erreur d’Edward qui va le discréditer en plaçant la tête à l’emplacement de la queue. Le travail scientifique est aussi un travail d’équipe, il convient de recruter des assistants, de les payer, de ne pas laisser le concurrent les débaucher. Marchandages et traitrises.
Le but est de publier. Là aussi se jouent les rivalités, luttes d’influences et recherche d’alliés. Description des différentes espèces découvertes mais aussi interprétations. Les deux rivaux se situent dans deux courants d’idées de l’époque. Charles, darwinien. Edward suivant Lamarck encore influent.
Surprise, la vie d’un scientifique ne s’arrête pas avec ses recherches, m^me après le décès d’Edward Cope, ses restes vont encore subir un sort rocambolesque.
Août 1877, les hommes de Charles découvrent l’apatosaure : avec ses vingt-trois mètres de long, il remplace le Camarasaurus au sommet des plus grandes espèces terrestres. Avantage Yale. Mais, redoublant d’efforts, l’ équipe d’Edward exhume au mois d’octobre l’Amphicoelias, un membre de la famille des diplodocidés qui mesurait au moins vingt-cinq mètres. Égalité.
Finalement quel est le vainqueur de la guerre des os? Il faut pointer le nombre de publications,Edward serait gagnant, le nombre de fossiles reconstitués donne Charles vainqueur. Tous les deux ont fait sortir la paléontologie des cabinets de curiosité. Ils ont transformé la démarche scientifique et ce n’est pas forcément à leur avantage :
Dans le domaine scientifique, assènent-ils, Edward et Charles ont témoigné d’un instinct de prédation responsable du saccage de la planète,
Leur jugement est sans appel : Edward et Charles ont transféré dans la science l’esprit du capitalisme ; ils ne valent pas mieux que ces milliardaires qui continuent à s’enrichir en ravageant la terre.
Il y avait une lecture commune dans notre galaxie de blogs, j’ai raté la date. keisha ICIInganmic ICI, l’avis de SandrineICId’autres dont je ne retrouve plus les articles m’ont donné une furieuse envie de télécharger le livre.
EXPOSITION TEMPORAIRE DU 7 février au 12 avril 2026
Ocean’s lament
Le parcours de l’exposition commence dans l’Auditoirepar une vidéo : une femme dans le cercle d’un grand hublot contemple l’océan agité. Au About de quelques minutes, je sens le mal de mer. Mon cerveau ne sait plus interpréter les repères entre la figure immobile et l’eau mouvante. Déstabilisation océanique.La suite est à l’intérieur de l‘Orangerie. Deux tables au centre de la pièce, des photos et des objets aux murs.
La médiatrice me conduit à l’installation Ocean’s Lament. Aucune explication, elle me conseille de respirer, sentir l’odeur qui se dégage, puis de deviner l’origine de ces petits tubes crème montés somme les perles d’un improbable collier. Ce sont les tubes de pipes des marins provenant de la vase de la Tamise. J’ai déjà lu quelque chose sur les trouvailles dans les sédiments de la rivière à Londres. Combien de tubes? combien de pipes? combien de marins? de voyages transatlantiques? Cette matière première fait rêver et se relie au titre « Des océans et des ombres »
Une sorte de tapis tissé de cylindres rouge et blancs évoque clairement les bandes du drapeau étatsunien. Ce n’est pas un hasard. Nadia Myre est canadienne et algonquine; ses œuvres mettent en évidence les mémoires et les héritages coloniaux. les cylindres sont en céramique fabriqués par l’artiste elle-même
After the fire
les douze photos carrés au même motif m’interpellent : de loin je crois voir des radiographies de poumons . Quand je m’approche j’ai la surprise de découvrir des mocassins, des chaussons d’enfant sagement rangés par paire; la médiatrice m’explique qu’ils ont été trouvés dans une institution où sont morts de nombreux enfants enlevés à leurs parents autochtones pour être élevés par des soeurs. Histoire poignante de ces enfants enlevés, acculturés, puis décédés.
chaussons d’enfants
Un objet est la clé de l’installation : le wampum . A l’origine le Wampum est un collier de coquillages porté parfois comme une écharpe ou une ceinture. Le Wampum symbolisait un accord, un traité comme un document signé ou un sceau. Les colons britanniques ou français rapportèrent des wampum témoignant de la conquête de territoires autochtones
nadia myre : wampum
la plasticienne s’est inspirée de cet objet traditionnel pour construire cette installation. Les perles sont ici en céramique, comme dans le tissage à rayures rouge et blanches. Le collier de tubes de pipes procède probablement de la même inspiration.
Des plumes en porcelaine blanches rappellent encore les traditions algonquines.
Cette installation m’a fait beaucoup voyager, elle m’a aussi émue
Exposition temporaire au Grand palais jusqu’au 5 avril 2026
Clarivel Face Forward Gazing (2024)
Mickalene Thomas est une artiste afro-américaine, née en 1971 dans le New Jersey. Photographe, peintre, vidéaste…elle magnifie le mouvement des années 1960 -1980 Black is beautiful
RESISTE
Je définis mon travail comme un acte féministe et politique…Je suis noire, queer et femme
Photographe, elle réalise des portraits dans la lignée des photographes maliens Seydou Keita et Malick Sidibé, mise en scène en studio avec des textiles africains. Ses modèles portent des tenues choisies par l’artiste
Elle détourne les images comme le Déjeuner sur l’herbe, Olympia ou La Grand Odalisque.
Déjeuner sur l’herbe
Peintre, elle va agrandir les photographies, les repeindre, les recouvrir de strass, de paillettes, de miroirs pour faire briller ces déesses afro.
African Goddess looking forwards
Elles sont belles, puissantes, sensuelles et regardent bien en face
Renversement des Odalisques orientaliste des harems de l’imagerie occidentales. Ces tableaux colorés gais sont présentés dans des installations : des salons un peu vintage avec fauteuils, coussins, plantes vertes. « Espaces-refuges » où les femmes noires se réunissaient entre elles
Salon vintage et odalisque
les visiteurs peuvent même s’asseoir dans un des salons pour regarder et écouter des vidéos de Angelos negros, 3 chanteuses jouent le rôle de Eartha Kitt
La visite se fait en musique.
Dans une autre salle, les couleurs sont vert-bleu et l’atmosphère tropicale avec beaucoup de plantes vertes. Un mur vidéo avec 12 petits écrans déploie des images tantôt aux couleurs de wax, tantôt suggestive d’une femme nue qui se livre morceaux par morceaux, ou des images déformées comme vues sous l’eau.
Collage
A l’étage, une mezzanine présente des collages sous le mot d’ordre de Baldwin :
On ne peut changer tout ce qu’on affronte mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas
Les images sont moins glamour, plus grises faites de collages en référence à Picasso, Matisse, Faith Rainggold et Claude Cahun. Certains collages utilisent des photos de nus exotiques d’un photographe italien réalisées pour les plaisir de l’homme blanc. Les collages sont sous le regard d’une femme noire lesbienne.
Comme souvent j’ai trouvé un podcast des Midis de Culture« une exposition séduisante mais un peu frustrante » CLIC
A moment’s pleasure
Critique un peu sévère jugeant le travail de Mickalene Thomas comme peu subvertif reprenant les poncifs qu’elle veut dénoncer. A vous de voir…
Sheila Hicks est née au Nebraska en 1934, depuis 1964 elle est basée à Paris. Artiste textile, elle a fait de nombreuses expositions. Le Fil voyageur présenté à l‘Atelier Martine Aublet(mezzanine, 3ème étage) présente un nombre restreint d’œuvres, surtout des petits formats. Elle célèbre aussi une collaboration, entre la plasticienne et Monique Levi-Strauss , spécialiste des cachemires et auteure d’une biographie de Sheila Hicks. Une vidéo montre les deux femmes filer le fil voyageur de leur amitié .
La mer – à l’origine horizontale, cette sculpture évoque plutôt une cascade
On entre dans l’exposition en passant devant les cordons soyeux de la Mer – à mon grand regret rien n’indique que la sculpture qui se trouve dans les collections permanentes ne fait partie de l’exposition.
Minime
Les Minimes, comme un carnet de voyage en Amérique Latine tissés au fil des jours, des rencontres avec les tisserands des Andes. A leur côté elle apprend à filer et tisser.
minime
Elle inclue aussi des silex, des pointes de flèche ou les piques du porc-épic
minime porc-épic
Ses œuvres sont présentée en résonnance avec des tissus authentiques : un poncho, une broderie, de bizarres sphères aplaties à fonction funéraire.
Ses techniques sont variées, du tissage sur un métier, simple cadre ou nouage avec ses doigts, utilisant des outils traditionnels, à « quatre lisières« , Sheila Hicks se sent libre pour toutes les expérimentations.
Sheila Hicks improvise sous nos yeux (vidéo)
Symbolique aussi ce cadeau de mariage de son mari chilien, Enrique Zaffartu, un petit cadre et des outils traditionnels
boîte à ouvrage andine
Tapis, poncho, ou tissu arachnéen, le fil voyage et nous fait voyager et rêver
Condo né à Concord en 1957 est le contemporain de Keith Haring (1958 -1990) et de Basquiat(1960- 1988), il a également travaillé à la Factory de Andy Warhol et bassiste dans un groupe punk.
The Actress (2018)
Cependant, sa production est très riche et surtout très variée. De salle en salle dans l’exposition du MAM le visiteur découvre des facettes de son œuvre.
la première salle Le côté obscur de l’humanité nous introduit dans un univers étrange de couleurs violentes où des visages effrayants sont décomposés un peu à la manière cubiste, yeux globuleux exorbités, cheveux hérissés, dents carnassières qui semblent appartenir à un crâne plutôt qu’à un visage
three armed man
Tous ces personnages semblent crier.
The Fallen butler
Mon préféré est le Fallen Butler.
Après avoir grimpé une volée de marches, on parvient dans une salle très claire où l’ambiance est tout à fait différente : celle du Réalisme Artificiel
The portable Artist 1984
Plusieurs tableaux jouent sur les lettres de CONDO, l’un d’eux Self Creator joue comme un rébus. A la manière de Chirico le visage est anonymisé, sans yeux ni nez ni bouche, lisse.
Clown maker 1984
Certaines dégoulinades font penser à Dali, avant de voir le cartel qui explique le Réalisme artificiel, (interprétation des oeuvres anciennes) j’aurais qualifié cette salle de surréaliste. De nombreux tableaux jouent avec l’histoire de l’art. The portable Artist ci dessus figure le peintre comme un copiste du Louvre.
The executioner (1984)
The executioner serait une réinterprétation de l’enfant bleu de Gainsborough.
Collages et Combinaisons s’inspire plus de Braque et Picasso. The Spanish Hat est un grand collage autour du chapeau de Picasso.
The Spanish Hat
Black Rain est un hommage à Keith Haring dans le contexte de l’épidémie de SIDA avec des coulures noires
Black rain
Dans un couloir sont présentés les dessins de Condo. Si maladresses, graffitis et gribouillages suggèreraient que l’artiste ne saurait pas dessiner, ce cabinet prouve la virtuosité du dessinateur aussi bien que lavis et aquarelles.
les salles suivantes montrent encore la diversité des inspirations, des techniques avec les Peintures de compression et les peintures dessinées
Compression figures féminines
Une autre approche : le monochrome.
Les Peintures noires font référence à Goyaet leur aspect effrayant, aninsi qu’à la chapelle de Rothko.
Peinture noire
Condo sait se renouveler et encore deux autres salles montrent des peintures plus colorées, plus récentes.
Je sors ébahie devant une telle abondance de styles, une telle érudition, l’Histoire de l’Art manipulée avec ironie et humour, la variété des sujets….Toutefois, je suis aussi perplexe. En dehors du jeu, apporte-t-il quelque chose de nouveau?
Le nom de Gustonne m’était pas inconnu; je l’avais rencontré à la Fondation Vuitton lors de l’exposition Nymphéas, les derniers Monet et l’Abstraction Américaineen 2018 CLIC
Guston détail du rouge au centre du tableau
Exposé avec Pollock, Rothko, De Kooning, et d’autres. Je me souviens d’un grand tableau rouge complètement abstrait. je l’ai retrouvé au Musée Picasso.
Avant de peindre des tableaux abstraits, dans les années 50, Guston a peint des grandes fresques murales, des tableaux variés, des œuvres militantes, et il est revenu à la figuration dans les années 70. C’est donc un plasticien très complet, une personnalité américaine marquante que j’ai eu le plaisir de découvrir au Musée Picasso.
Mother and Child (1930)
Philip Guston a tout à fait sa place au Musée Picasso. Mother and Child est exposé en regard de La Jeune fille au chapeau (1921) et les deux tableaux dialoguent parfaitement. On peut aussi noter des analogies avec De Chirico, Max Ernst A propos de Guernica, moins célèbre que celui de Picasso, Bombardement de Guston, traite des horreurs de la Guerre d’Espagne. Il est présenté à côté du cheval du célèbre tableau.
Bombardement (1937)
La construction de ce tableau rond est impressionnante. On perçoit au centre l’explosion de la bombe tandis que les avions nazis survolent la ville. Au premier plan le personnage au masque à gaz à silhouette de Superman et à la cape rouge symbolise-t-il la mort (ou je fais un anachronisme?)
Esquisse pour une fresque murale – Study for Queensbridge Housing (1939)
Murals 1931 dénonce le lynchage judiciaire de 9 afro-américains accusé à tort de viol. -La fresque fut détruite par un groupe de policiers. En 1932, des peintres muralistes mexicains José Clemente Oxoco et Siqueiras l’entraînèrent au Mexique pour réaliser des murals. L’exposition présente une vidéo de la restauration de la fresque de Morelia The struggle against Fascism, fresque de 100 m2 recouverte puis redécouverte et restaurée.
Au temps de l’Action Painting
1947 à Greenwich village, Philip Guston s’engage dans l’abstraction en compagnie de Pollock, Rothkoet de Kooning. Il fréquente également John Cage et Morton Feldman. De cette époque, il réalise aussi des portraits amusants, plutôt des caricatures. je reconnais Cocteau, Apollinaire, Diaghilev et Poulenc.
Philip Roth (1975)
Nixon Drawings
En 1969, il rencontre Philip Roth. A la même époque, il retourne au figuratif et fait toute une série de 73 dessins Poor Richard exposés en face des dessins de Picasso : Songes et mensonges de Franco (1937). A propos de Nixon, du Watergate, et de sa propriété de Kaye Biscayn. Les caricatures sont féroces. je remarque les occurrences fréquentes des lunettes carrées de Kissinger.
Poor Richard!
Je ne peux m’empêcher de penser à Mar-a-Lago de Trump, son golf, qui pourrait maintenant faire une série pareille, insolente et inspirée?
Philip Roth, de son côté a écrit Tricard Dixon et ses copains. Fuyant le scandale, Roth s’installe à Woodstock ainsi que Guston.
Un mandarin qui joue les crétins
Studio Landscape
En 1970, Guston abandonne l’abstraction; expose des personnages encagoulés, esthétique évoquant la bande dessinée. Cet abandon lui est reproché ce à quoi il répond:
Ses tableaux récents venaient résoudre la schizophrénie dont Guston se sentait affecté : « la guerre, les évènements américains, la violence dans le monde. Quel sorte d’homme étais-je donc, assis chez moi, lisant des magazines, m’indignant de ce qui passait, puis retournant dans mon atelier pour accorder un rouge et un bleu »
Autoportrait peignant dans son atelier
Le rose qu’il emploie est une sorte de provocation : il déclare que le rose est la couleur la plus vulgaire symbolisant la bêtise. Guston se représente coiffé de la cagoule du KuKluxKlan qui symbolise le mal. Etrange inversion qu’il compare à la situation d’Isaac Babel se retrouvant avec les cosaques instigateurs des pires pogroms.
La dernière salle de l’exposition : Un monde tragicomique montre un grand tableau Black Sea
Black Sea
Guston se souvient de ses origines. Né Goldstein à Montréal, d’une famille de Juifs d’Odessa dont est originaire Isaac Babel. La Cavalerie Rouge serait pour le peintre « une tragicomédie où les idéaux se fracassent contre les murs du réel dérisoirement prosaïque » l’énorme fer à cheval serait un monument à l’écrivain de la cavalerie rouge.
J’ai découvert un artiste dont je me sens (modestement) terriblement proche, entre Roth, Babel, Pollock et Rothko. Lutte anti-apartheid, fresques sociales. Musique de Cage. Toute une Amérique qu’on aimerait voir se lever contre les horreurs actuelles.
Avec la COP 30 à Belem, l’Amazonie est d’actualité, occasion d’aller faire un tour au Quai Branly pour cette présentation des Autochtones d’Amazonie.
En 2021, à la Philharmonie de Paris s’était tenue une exposition immersive des photographies de Salgadosur la musique de jean Michel Jarre CLIC Somptueuses vues aériennes de la forêt et des fleuves, nuages….
peinture faciale
Au Quai Branly le propos est ethnologique : c’est une présentation de la richesse et de la diversité des populations autochtones dans cette région immense s’étendant sur 9 pays, où 300 langues sont parlées. Il s’agit de déconstruire les clichés et les idées reçues.
Mogahe Gihu – Abel Rodriguez Valse
L’Amazonie, une forêt vierge ? Cette première idée préconçue que la forêt serait un enfer vert, difficile d’accès, peu peuplé, est battue en brèche par l’archéologie. 5 vidéogrammes montrent le travail des archéologues sur un site habité depuis 6000 ans. Les fouilles montrent des vestiges d’une civilisation très ancienne. Des photographies aériennes mettent en évidence des fossés creusés, d’anciennes voies de communications, tout un réseau reliant des villages. Habitée depuis 9000 ans, l’Amazonie n’est pas une terre vierge mais peuplée au XVIème siècle de 8 Millions d’habitants.
le territoire des ancêtres
L’exposition montre une Forêt-jardin façonnée par les hommes qui ont géré de façon durable la forêt, soignant le milieu naturel avec une connaissance très fine de ses ressources végétale mais aussi animales.
A l’entrée de l’exposition : coiffes des jeunes garçons et installation
Créer la forêt, habiter les mondes
Les mythes amazoniens mettent l’accent sur la transformation, dynamique créatrice qui ne s’arrêt jamais. Les humains ont la responsabilité de poursuivre la création du monde à travers des savoirs chamaniques, des cérémonies et des rituels.
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De nombreux objets colorés de plumes colorées, d’écorces, de fibres : coiffes, masques, labrets sont présentés
Couronne de plumes
mais certains confectionnaient aussi de très belles poteries pour toutes sortes d’usages : culinaires, funéraires, ou même des jouets, poupées pour les petites filles.
coupe en terre cuite
Fabriquer les humains
Contrairement à nos conceptions occidentales la frontière entre les humains et le monde vivant qui les entoure est très floue. A sa naissance il faut « fabriquer » les « vraies personnes » au cours de cérémonies de nomination, de rites de passage et d’initiations. Les corps sont façonnés avec des peintures très sophistiquées très signifiantes. Les graphismes remplissent plusieurs rôles exprimant les phases de la vie, le deuil …
Peintures corporelles
L’exposition montre des sceaux pour décorer des motifs géométriques. Une mandibule de carnivore aux dents acérées est un scarificateur. Des labrets vont transformer les lèvres. Certains masques spectaculaires en vannerie sont de taille impressionnante.
L’ennemi, les morts, les Blancs
la guêpe qui coupa la queue des hommes
Le statut d’humain n’est donc pas figé, un membre de la communauté peut devenir un esprit ou un animal. Les pratiques chamaniques intègrent aussi les rêves. Avec des cultures aussi riches et sophistiquées on est très loin des idées « civilisatrices » de la colonisation qui introduiraient la « modernité » .
Le collier des ancêtres
Au contraire, nous avons beaucoup à apprendre de ces manières d’habiter le monde.
Et pour le plaisir, j’ai trouvé sur Internet les extraits du concert Aguas da Amazonia, de Philip Glass
James, c’est Jim, le compagnon de cavale de Huckleberry Finn,le narrateur du roman de Percival Everett.Ilraconte leur périple sur le Mississipi.Esclave de Miss Watson, la bienfaitrice de Huck, il apprend qu’il doit être vendu à un planteur et donc séparé de son épouse et de sa fille et décide de s’enfuir vers les Etats du nord où il n’y a pas d’esclavage afin d’y gagner de quoi racheter la liberté de sa famille. Jim et Huck vont se rencontrer sur l’Ile Jackson, aménager un radeau et se laisser porter par le courant. Mark Twain, dans Huckleberry Finn raconte leur aventure et Everett ne s’éloigne pas du récit mais il ne s’attarde pas aux périls de la navigation. En effet, le point de vue de Huck et de Jim sont bien différents. Qui se soucie d’un gamin de douze ans, sans famille, petit vagabond assez aimable pour qu’on lui laisse un dollar, qu’on l’invite à dîner ? Jim est esclave en fuite, une prime importante sur sa tête pour qui le dénoncera. Personne ne prend au sérieux la version de Huck qui serait le maître de Jim. La couleur de sa peau désigne l’esclave dans les Etats du Sud. Le sujet du livre d’Everett n’est pas un roman d’aventures mais la dénonciation du racisme et de l’esclavage.
« ce serait perdre mon temps que de vouloir discuter avec Jim. On ne peut pas apprendre à un nègre à raisonner. » pense Huck dans le roman de Mark Twain
Percival Everett prend à contrepied les clichés racistes qui dépeignent les Noirs comme naïfs, ignorants et crédules. Jim est instruit, même lettré. Dans la bibliothèque du Juge Thatcher, il a lu les philosophes, Voltaire et Locke. Ces deux derniers lui parlent dans ses rêves. Dans leurs naufrages du canoë ou submersion du canoë, il ne sauve que les livres qu’il fait soigneusement sécher. En plus de ses livres Jim possède deux trésors : un morceau de verre qui fait loupe pour allumer le feu et un crayon, très chèrement acquis.
Je m’étais introduit clandestinement dans la bibliothèque, je m’étais demandé ce que les Blancs feraient àun esclave qui avait appris à lire. Que feraient-ils à un esclave qui avait appris aux autres esclaves à lire ?
Jim sait aussi décoder les langues : l’anglais logique et correct des maîtres et des livres et le langage appauvri des esclaves. Il a même enseigné comme une langue étrangère ce parler-esclave aux enfants.
Essaie avec “sû’ que”, dis-je. Ce serait la version correcte de la grammaire incorrecte. – Ce pain de maïs, sû’ que jamais j’ai mangé un aussi bon
Jim a une passion : l’écriture. Il veut témoigner par écrit de la condition des esclaves. Se procurer du papier, un crayon voler un carnet répondent à cette nécessité d’écriture.
Jim a aussi une très belle voix de ténor. Au hasard de leurs pérégrinations, il est acheté/embauché dans un orchestre de musiciens qui se produit en blackface. Episode grotesque qui serait risible s’il n’était pas tragique.
Aide-moi à comprendre, dis-je à Norman. Je dois avoir l’air d’un Noir authentique, mais il me faut du maquillage. – Ce n’est pas exactement ça. Tu es noir, mais on ne te laissera pas entrer dans l’auditorium si ça se sait. Donc il faut que tu sois blanc sous le maquillage pour que tu puisses avoir l’air noir aux yeux du public. […] Jamais situation ne m’avait paru si absurde, surréaliste et ridicule. Et j’avais passé ma vie en esclavage. Voilà que, tous les douze, nous descendions d’un pas martial la rue principale qui séparait la partie libre de la ville de la partie esclavagiste, dix Blancs en blackface, un Noir se faisant passer pour blanc et grimé de noir, et moi, un Noir à la peau claire grimé de noir de façon à donner l’impression d’être un Blanc essayant de se faire passer pour noir.
Cet épisode de blackface fait aussi apparaître tout un camaïeu de nuances, le métis blanc de peau qui se veut noir, mais qui grâce à sa peau claire pourra passer pour un blanc et pour le maître …le chef d’orchestre antiesclavagiste déclaré qui achète Jim en insistant bien qu’il « l’embauche » amis qui ne le laissera plus partir…l’esclave qui se contente de sa servitude, celui qui fuit. La situation simpliste enfant blanc/esclave noir se complique encore quand une relation père/fils s’ébauche. Et Jimdevient James . Il se découvre même un patronyme Faber, la marque du crayon.
Même si l’auteur respecte le canevas du livre de Mark Twain qui l’a inspiré, il a créé une œuvre originale plus complexe qu’on ne l’imagine d’entrée. Réécriture très réussie.
Pressée de découvrir James de Percival Everett (Pulitzer 2024), j’ai préféré commencer par Huckleberry Finn qui a inspiré Everett. Précédemment, j’ai lu On m’appelle Demon Copperhead (Pulitzer 2023)de Barbara Kingsolver sans avoir lu David Copperfield et j’avais regretté de ne pas avoir en tête le roman-source. Bizarre, cette attribution consécutive pour deux « réécritures » de classiques !
Comme pour tous les classiques du XIXème siècle, l’édition numérique est très bon marché mais elle est aussi aléatoire. Le fichier arrivé sur la liseuse traduit par WL Hughes, est une adaptation pour la jeunesse. J’aurais préféré l’œuvre intégrale. En revanche, elle est très joliment illustré avec des gravures anciennes. Il aurait été préférable de lire en VO le texte original puisque la langue de M. Twainest( selon Wikipédia) fondatrice de la littérature américaine.
Huck, le copain de Tom Sawyer est le narrateur. Au début du roman, il a une douzaine d’années. Les deux compères ont découvert un trésor. La part de Huck est en dépôt chez l’avocat en attendant sa majorité. Huck est un sauvageon qui préfère dormir dans un tonneau et mener une vie libre. Miss Watson tente de lui inculquer une bonne éducation et de l’envoyer à l’école tandis que Tom Sawyer, grand lecteur de romans, l’enrôle dans sa bande pour des aventures rocambolesques – jeux assez enfantins où on fait « comme si... »
« Avec tout ça, dis-je à Tom, je n’ai pas vu un seul diamant. — Il y en avait des masses, répliqua-t-il, et des Arabes et des dromadaires aussi. — Pourquoi ne les avons-nous pas vus alors ? — Si tu avais lu les Aventures de Don Quichotte, tu saurais pourquoi. C’est la faute des enchanteurs. Les soldats, les mules et le reste étaient là ; mais les magiciens ont transformé la caravane en école du dimanche, par pure méchanceté. »
Ces aventures livresques ne m’ont pas passionnée.
L’histoire prend une tournure dramatique avec le retour du père ivrogne et violent qui le bat et le séquestre, espérant mettre la main sur la fortune de son fils. Huck s’évade et se fait passer pour mort. Plein de ressources, il se cachera en pleine nature dans l’île en face de Pitsburg de cueillette, pêche et chasse. Il va rapidement découvrir un autre fugitif sur l’île :Jim, l’esclave de Miss Watson, qui veut le vendre à un planteur, le séparant de sa femme et sa fille. L’action se situe vers 1840, avant la Guerre de Sécession, dans le Missouri, état du Sud esclavagiste. Jim pense trouver la liberté dans un état du nord et racheter sa femme et sa fille. Les poursuites des habitants de Pittsburg devenant pressantes, les deux fuyards s’embarquent sur le Mississipi sur un radeau et un canoë. Ce périple sur le fleuve m’a embarquée littéralement : les dangers du fleuve, courants, brouillard, orages, épaves ou trains de bois, les péripéties n’ont pas manqué de me ravir.
Au fil de l’eau Jim et Huck font des rencontres : deux aventuriers qui se présentent comme un Duc Anglais et même comme le dauphin Louis XVII. Ces personnages vivent d’expédients et de filouterie, ils entraînent Huck dans leurs supercheries et le lecteur tremble pour Huck parce que cela risque de très mal tourner. Huck est aussi entraîné dans une sorte de vendetta entre deux familles tandis que Jim est caché non loin de leur radeau. Finalement après des méprises et un hasard extraordinaire, Huck arrive chez la tante et l’oncle de Tom Sawyer qui détiennent Jim dans un cachot en attendant que le planteur viennent récupérer son esclave. Contraste entre la gentillesse de ces gens et la cruauté vis à vis de Jim.
Tom Sawyeraidera à la libération de Jim. Il voudra donner un aspect « littéraire » à cette nouvelle aventure. J’ai trouvé assez pénible la tournure de cette libération avec corde à nœuds, araignées, tunnels, inutiles alors qu’il aurait été si facile d’ouvrir la porte maintenant Jim en captivité.
Oui ; mais vous avez promis de ne pas me dénoncer. — Si l’on apprend que je t’ai gardé le secret, on me traitera de canaille d’abolitionniste et on me montrera au doigt. N’importe, j’ai promis, je tiendrai… — Vous vous êtes sauvé aussi, massa Huck. — Oh ! ce n’est pas la même chose ; je n’appartiens à personne ; on ne m’a pas acheté.
Au fil de leur navigation, Huck prend conscience de la condition d’esclave de son ami. Au début, il a des remords de ne pas renvoyer Jim à sa propriétaire, Miss Watson qui est aussi sa bienfaitrice. Les abolitionnistes sont des canailles très mal considérés dans le Missouri. Les deux fugitifs tissent une relation d’amitié. A plusieurs reprises Huck va sauver Jim.
puis, je songeai à moi. On saurait que Huck Finn avait aidé un nègre à prendre la clef des champs, et si, un jour ou l’autre, je regagnais ma ville natale, je n’oserais plus regarder les gens en face. Tom Sawyer lui même refuserait de me serrer la main. Plus j’y songeais, plus ma conscience m’adressait des reproches et plus je me sentais coupable. D’un autre côté, je pensai à ce long voyage durant lequel Jim avait si souvent tenu le gouvernail à ma place plutôt que de me réveiller. Je le voyais sautant de joie le matin où nous avions failli nous perdre dans le brouillard.
Anti-esclavagiste, Huck? Il le devient progressivement mais les très, très nombreuses assertions racistes témoignent des mentalités du Sud
Je vis que ce serait perdre mon temps que de vouloir discuter avec Jim. On ne peut pas apprendre à un nègre à raisonner.
Et ce n’est pas gagné, Huck veut sauver son ami. Il reste prisonnier des préjugés et il s’étonne même de la bienveillance de Tom Sawyer.
Voilà un garçon bien élevé, ayant une réputation à perdre, dont la famille avait toujours manifesté un
profond mépris pour les abolitionnistes et qui n’hésitait pas à se couvrir de honte, lui et les siens, en
protégeant un nègre évadé ! Non, je n’y comprenais rien. Moi, c’était différent. Jim était mon ami,
En tout cas, si on veut supprimer le n-word et récrire Huckleberry Finn, il y a du boulot!