Daniel Stern, comtesse d’Agoult de la Restauration à la IIIème République – Marie-Octave Monod – Ed des femmes Antoinette Fouque

CHALLENGE DES DEUX GEORGE 

Comme George Sand et George Eliot, ses contemporaines, Daniel Stern est le pseudonyme masculin sous lequel Marie d’Agoult publia ses écrits. Daniel, le prénom de son fils. Stern, comme étoile, en Allemand, langue que Marie D’Agoult maîtrisait depuis l’enfance. 

Qu’on se rappelle l’enthousiasme de George Sand à Chamonix: Marie est une princesse de rêve, une étoile, une grande âme! De son côté Marie exalte le talent, le génie de George. Mais George, au fond d’elle-même, trouve Marie maniérée, artificielle, mondaine et Marie ne peut souffrir les manières garçonnières et les cigares de George.

Marie d’Agoult et George Sand se connaissaient très bien, elles furent amies à Chamonix puis à Nohant où elle passa un bon moment avec Liszt. Elles fréquentaient le même monde. 

« Marie d’Agoult avec quelques autres jeunes femmes, la duchesse de Rauzan, Madame de la Bourdonnaye, Madame de la Grange, osa ouvrir son salon à tout ce que Paris offrait d’original, d’intéressant, de célèbre à un titre quelconque. Les artistes, les écrivains, les journalistes, les étrangers furent reçus soit dans l’hôtel du quai Malaquais, soit au château de Croissy. On y vit successivement: Vigny, Sainte-Beuve, Deschamps, Ingres, Mignet, les musiciens Meyerbeer, Chopin et Liszt, le baron d’Eckstein, Heine, Monsieur de Girardin. Les jeunes femmes un peu grisées de la liberté nouvelle voulurent être dans le mouvement et rivalisèrent dans ce qui était alors de l’audace. Elles assistaient aux premières représentations de Henri III, d’Antony, de Chatterton, lisaient Indiana, Lélia… »

J’ai eu envie de lire cette biographie de Marie d’Agoult et comprendre la brouille qui est survenue entre elles.

D’après l’écoute de différents podcasts, Marie d’Agoult une républicaine romantique…ICI

et George Sand, l’âme musicienne ICI

j’avais pensé que la jalousie avait eu raison de leur amitié : jalousie autour de Liszt à Nohant, ou jalousie d’écrivaines, George Sand ayant plus de succès littéraure. Surtout la parution de Béatrix de Balzac que George Sand aurait inspiré par des indiscrétions  a causé la rupture entre les deux amies. Pourquoi Balzac qui était pourtant l’ami de chacune d’elles a-t-il utilisé ces commérages? Le roman de Daniel Stern : Nélida, roman à confession qui devait être une réponse au Béatrix n’obtint pas le succès escompté, juste un succès de curiosité. 

« Elle voulut écrire un roman, elle n’avait point d’imagination, nous le savons déjà, elle puisa dans sa vie et dans ses souvenirs. »

Si Marie d’Agoult n’a pas su se distinguer comme romancière, elle était néanmoins très cultivée, polyglotte et fine analyste des révolutions à travers l’Europe, unification de l’Allemagne et de l’Italie. C’est comme historienne qu’elle a laissé une oeuvre. Historienne et philosophe avec sa connaissance des philosophes allemands.

On retient surtout son rôle  dans la Révolution de 1848 quand son salon devint un quartier général réunissant Ledru-Rollin, Lamartine, Lamenais, Carnot…Elle écrivit dans le Courrier Français, dix-huit Lettres républicaines 

Dans la lettre qu’elle lui (Lamartine)adresse le 5 octobre, elle le met en garde contre les dangers de l’élection du président de la République au suffrage universel, elle lui dépeint l’état d’esprit du peuple français qui pense à Napoléon, à Waterloo, à Sainte-Hélène, qui confond l’oncle et le neveu: «Ignorezvous
donc que l’élection se fera sur son nom?[..]
encore, son grave appel aux femmes françaises pour qu’elles demandent l’amnistie qui fera l’apaisement, car si «les hommes font les révolutions, les femmes font les moeurs». Les «Lettres républicaines» de Madame d’Agoult restent donc le témoin de l’intérêt passionné avec lequel elle suivit les événements de la révolution de 1848, du soin et de la précision avec lesquels elle notait au jour le jour
Elle fait preuve d’humour quand elle dépeint Ledru-Rollin en « ogre des salons »
Féministe cet appel aux femmes :
son grave appel aux femmes françaises pour qu’elles demandent l’amnistie qui fera l’apaisement, car si «les hommes font les révolutions, les femmes font les moeurs».
Elle publia l‘Histoire de la Révolution de 1848, dans une réédition, elle examine la suite des évènements, pensant que la Révolution n’avait pas été vaincue et qu’elle avait su faire naître des ferments dans l’Europe entière. 

Plus tard, elle écrit  L’histoire des commencements de la république des Pays-Bas (1872). 

Détail?  J’ai oublié d’écrire que Marie D’Agoult avait vécu une liaison romantique passionnée avec Liszt.C’est d’ailleurs par ce racourci qu’on la présente souvent « la maîtresse de Liszt » .Voyages romantiques en Suisse, Genève, puis en Italie… Elle lui a donné trois enfants, dont la fameuse Cosima qui devint Madame Wagner. Mais c’est une autre histoire. 

 

Un Hiver à Majorque – George Sand – Livre de Poche

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

 

Ce mince livre de poche traine depuis 40 ans sur l’étagère. Persuadée l’avoir lu, je l’avais négligé. Après une série de podcasts écoutés en cette année anniversaire de George Sand, il me semblait ne plus rien avoir à apprendre sur ce voyage avec Chopin de novembre 1838 à février 1839 sur l’île de Majorque. Et j’avais bien tort! Encore une fois George Sand a su me surprendre. 

Ceux qui cherchent un roman d’amour ou des documents sur la musique que Chopin y a composée, seront également déçus. Chopin n’est pas nommé, il apparaît sous l’expression « notre malade ». Quant à la musique, George Sand n’y fait pas allusion sauf l’épisode où un menuisier aurait écouté sous le charme.

Ce court livre ( 280 pages, comprenant une longue préface, 50 p de commentaires, des notes, une chronologie) est une relation de voyage  parue en 1841 dans la lignée de Chateaubriand (1811),  Lamartine (1835), Nerval (1851) et bien d’autres. Je suis très friande de cette littérature de voyage.

George Sand s’appuie sur les écrits d’autres voyageurs (Grasset Saint Sauveur, , Tastu, Laurens et Marliani) pour présenter les monuments de  Palma et du reste de l’île. Elle n’hésite pas à les citer longuement pour décrire des curiosités qu’elle n’a pas pu visiter à son aise. Toutefois, ne pas craindre une insipide compilation. Un épisode m’a amusée  : au Palais du Comte de Montenegro : la carte nautique d’Amerigo Vespucci d’une valeur inestimable leur fut présentée. Le parchemin précieux déroulé tenu par un encrier plein qui se répandit sur les dessins anciens. Beaucoup moins intéressée par la tombe d’un Bonapart confirmant une origine majorquine au Corse. En dehors de la Lonja (j’ai pensé à celle de Valence) la plupart des curiosités de Majorque sont des couvents dont il sera largement question dans un Hiver à Majorque

Cet hiver-là, les circonstances ne favorisaient pas le tourisme : des guerres intestines carlistes ravageaient l’Espagne et les réfugiés s’entassaient à Palma. George Sand, ses enfants, et Chopin eurent toutes les peines du monde à trouver un logement. Majorque n’était pas  une étape d’un grand tour comme Venise ou Florence avec des hôtels de luxe. De plus, George Sand avec ses cigares, ses tenues, sa fille en pantalon, désarçonne la bonne société majorquine. Si, au moins, elle avait témoigné quelque dévotion et assisté à la messe…Le pire : la maladie de Chopin a terrorisé leurs hôtes  craignant la contagion. Le moins qu’on puissedire est qu’ils furent mal accueillis. George Sand ne manque pas de se plaindre des majorquins.

Avant de raconter leur installation et leurs mésaventures George Sand situe le contexte géographique et économique de cette île des Baléares dont la campagne aurait pu être paradisiaque avec ses vergers, orangeraies amandiers.  Ses exportations entravées, l’agriculture n’offre pas la prospérité attendue, seuls les cochons apportent quelque richesse. La propriété foncière étant accaparée par les couvents et les nobles, les paysans  ne font pas l’effort de la cultiver et les rendements agricoles sont extrêmement faibles. Dans une région, les Establisments, un démenbrement des grandes propriétés et la distribution des terres aux petits paysans a donné de très bons résultats. Je n’attendais pas George Sand dans ces préoccupations économiques et sociales .

Une autre approche est l’approche politique avec les lois de Mendizabal concernant la nationalisation des biens du clergé et le bannissement des Jésuites. A propos du Couvent de l’Inquisition, George Sand, aborde les ruines d’une manière tout à fait originale. Elle trouve un charme romantique aux ruines et personnifie l’Artiste confronté à un vieux religieux qui lui révèle la véritable nature du couvent dominicain

« Pleure qui voudra sur les ruines! presque tous ces monuments dont nous déplorons la chute sont des cacchots où a langui durant des siècles, soit l’âme, soit le corps de l’humanité. Et viennent donc des poètes qui, au lieu de déplorer la fuite des jours de l’enfance du monde, délèbrent dans leurs vers sur ces débris de hochets dorés et de férules ensanglantées, l’âge viril qui a su s’en affranchir!Il y a de bien beaux vers de Chamisso sur le château de ses ancêtres rasé par la Révolution Française… »

Et suit une dénonciation des horreurs de l’Inquisition qui était encore active, il y a peu. Subtil débat entre les contradictions des romantiques friands de belles ruines, de bâtiments anciens, leur regrêt du calme du couvent et le sentiment de liberté que procure la destruction du couvent de l’Inquisition. On retrouve les préoccupations sociales de George Sand, proche des Saint Simoniens, future révolutionnaire.

Autre anecdote amusante : les mésaventures d’Arago venu mesurer le méridien et persécuté par les obscurantistes.

Le fin du récit se déroule à la Chartreuse de Valldemosa, sa campagne charmante :  les balades en cariole dans des chemins impossibles, parfois transformés en torrent. Promenades à pied avec ses enfants. Descriptions de la nature merveilleuse, de la proximité de la mer. Pittoresque qui ferait le régal des peintres, évocation de Rousseau, de Delacroix et même de Huet que je ne connaissais pas et que j’ai découvert récemment. 

Pittoresques aussi les voisins occupant la Chartreuse, le pharmacien, la femme qui propose de tenir leur ménage et qui n’a de cesse de leur voler la nourriture…Pittoresque aussi le carnaval que les paysans ont organisé pour Mardi Gras…Rencontres avec des ermites ou avec trois sorcières (deux vieilles et une jeune gentille)…

Je suis sous le charme de la conteuse, séduite aussi par l’analyse sociale. Ce n’était pas du tout la lecture que j’imaginais. Livre mince mais très dense que je croyais finir en une soirée mais qui m’a occupée trois jours.

 

Bilan N° 6 du Challenge des Deux George avec Claucialucia

CHALLENGE DES DEUX GEORGE

 

 Miriam : j’ai lu le roman fleuve Consuelo et les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus j’ai regretté de l’avoir fini ! Et Claudialucia me rejoint volontiers sur ce livre ! Roman protéiforme, picaresque, d’initiation, roman social épris de justice et d’égalité, il est une ode à la musique, à l’opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d’Autriche.
Miriam : J’ai aussi visité le Musée de la vie romantique et l’exposition Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.
Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d’habitude, une conteuse hors pair. Roman gothique, roman d’amour qui rappelle l’amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l’égalité sociales. Comme Sacha, c’est un roman que Claudialucia a énormément  apprécié.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma viedans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire qu’il est long ? Oui, c’est vrai, surtout à la fin mais dans l’ensemble claudialucia l’a lu avec beaucoup de plaisir surtout quand elle raconte sa jeunesse, la lutte  entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l’une issue du peuple, l’autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c’est aussi entrer dans l’Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,c’est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n’est pas le moindre plaisir, c’est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin … pour ne citer qu’eux ! C’est  aussi prendre la mesure de l’érudition de George Sand, de ses lectures étendues, de son amour de l’art et, en particulier, de la musique qu’elle connaît si bien.
(Par ordre alphabétique)

 

Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/george-eliot-les-tribulations-du.html

George Sand : Consuelo
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/le-roman-de-george-sand-consuelo-est-un.html

Histoire de ma vie (1) : George Sand
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/george-sand-histoires-de-ma-vie-1.html

Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholocisme/Socialisme et Féminisme
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/histoires-de-ma-vie-2-le-socialisme-et.html

Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/histoires-de-ma-vie-george-sand-jean.html

Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/histoire-de-ma-vie-6-george-sand-et.html

Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/08/histoires-de-ma-vie-4-george-sand-les.html

Miriam : 

George Sand : Consuelo
https://netsdevoyages.car.blog/2026/08/30/consuelo-george-sand/

Visite au musée de la vie romantique
https://netsdevoyages.car.blog/2026/08/13/face-au-ciel-paul-huet-en-son-temps-au-musee-de-la-vie-romantique/

Sacha

George Sand : Mauprat
https://des-romans-mais-pas-seulement.fr/romans/mauprat-george-sand/

Consuelo – George Sand

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

 

« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »

« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la
rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »

Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.

Pauline Viardot par Maurice Sand

L’histoire commence à Venise. Consuelo est la très jeune fille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane.  Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître  qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset à Venise  ; Consuelo  a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville. 

« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »

Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans  ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.

….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »

Château dessiné par Victor Hugo

Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.

« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette
très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la
lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une
demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de
son oeuvre savante. »

Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sand n’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs

« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. « 

L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn, qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporina sera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.

Vienne 1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora  ruiné et passablement aigri.  Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice. 

« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »

Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!

Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cette Consuelo : intelligente, douée, fidèle en  amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer. 

Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue  sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadt qui est la suite de Consuelo!

ma participation acu Challenge des Epais de l’été

Face au ciel, Paul Huet en son temps, au Musée de la Vie Romantique

Exposition temporaire jusqu’au 30 Aout 2026

Paul Huet : Soleil couchant à Seine-Port

Deux bonnes raisons pour retourner au charmant Musée de la Vie Romantique : le challenge des deux George et l’envie de retrouver George Sand et ses familiers, et l’exposition Paul Huet dont je n’avais jamais entendu parler. 

Paul Huet : ciel entrouvert

Paul Huet (1803 -1869) est un des précurseurs du paysage romantique, parfois qualifié de pré-impressionniste. Il fut l’élève de Gros, recontre Delacroix, remarqué par Victor Hugo et intime de Lamartine. 

Paul Huet : Le Retour du grognard

Les vues de Paris au début du XIXème siècle m’ont beaucoup amusée, les moulins du quartier de la Glacière au crépuscule avec le Val de Grâce comme repère avec  d’autres quartiers maintenant complètement urbanisés campagnards alors.

jezan-bruno Gassies: paysage d’Ecosse

On n’apprend guère sur le peintre dans cette exposition mais il est en très bonne compagnie avec ses collègues d’alors, peintres de paysages romantiques, comme cette Ecosse embrumée avec des personnages en kilts sortis de Walter Scott? de vues d’Italie ou de glaciers impressionnants. J’ai bien aimé la vue de Dieppe

Isabey : vue de Dieppe

Les peintres sont nombreux, certains connus, d’autres oubliés et parmi les inconnus un Corot, un Boudin, Constable ou Delacroix. Et toujours cette attention au paysage et surtout au ciel!

Une charmante exposition, prélude à la visite des collections permanentes du Musée de la Vie Romantique. On peut aussi prendre un verre sous les frondaisons, mais attention l’endroit est très prisé et les tables sont bien occupées.

Musée de la Vie Romantique : autour de George Sand

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1837 -1839)

On célèbre le 150 ans de la mort de George Sand.  Depuis que nous nous sommes fixé le défi du Challenge des deux George, George Sand m’accompagne dans mes lectures et mes promenades. J’ai donc tenu à lui rendre visite dans la maison d’Ary Scheffer qui héberge de nombreux souvenirs, représentations de l’écrivaine et de ses familiers

Le musée a été rénové mais j’ai retrouvé les objets proches de George Sand, peut-être dans une autre vitrine: sa plume et le matériel pour la tailler et écrire, le moulage de la main de Chopin …mais j’ai défit des découvertes inattendues comme les dendrites paysages artificiels de la main de l’écrivaine et de Maurice

Dendrites

Des peintures de Maurice ont attiré mon attention, après l’écoute des podcasts de RadioFrance, 

maurice sand

De même les nombreux portraits de Pauline Viardot, dont un petit peint par Maurice également :

Pauline Viardot peinte par Maurice Sand

En revanche, l’écoute de l’histoire de George Sand m’a fait prendre en grippe Clésinger  dont plusieurs oeuvres sont présentées ici, pas de portrait de Solange. 

Une découverte qui n’a pas de rapport avec l’écrivaine : la sculpture de Marie D’Orléans : deux élégants plâtres dont cette amazone qui m’a bien plu.

Marie d’Orléans : Amazone

Il me faudra revenir à une prochaine occasion, ce musée est très riche, trop riche pour tout explorer, surtout après une exposition.

Musée de la Vie romantique : salon de thé et jardin

Nous aurions aimé profiter du jardin et du salon de thé. Malheureusement, nous n’étions pas seuls. J’ai enragé de voir des tables occupées par des gens qui travaillaient sur leur ordinateur : aucune chance qu’ils nous cèdent une table.

 

 

Histoire de la Colonne infâme – Manzoni –

LIRE POUR L’ITALIE

Pour l’écriture de son chef d’œuvre, Les  Fiancés, Manzoni s’est livré à une préparation documentaire . L’Histoire de la Colonne Infâme devait figurer dans ce très gros bouquin, l’auteur a décidé d’en faire une œuvre à part entière. 

Claudialucia avait organisé une lecture commune des Fiancés de Manzoni ici

Milan, 1630. une épidémie de peste s’abat sur la ville. On cherche des coupables. Deux hommes ont été vus en train de recouvrir les murs de leur quartier d’un liquide jaunâtre qui aurait pour but de répandre le mal. On les arrête. Ils sont soumis à la torture et mis à mort en place publique; Sur l’emplacement de la maison détruite de l’un d’eux, afin que tous se souviennent, on érige une « colonne infâme »

C’est donc l’histoire du procès des « semeurs de peste ». C’est aussi un pamphlet condamnant la torture. C’est aussi un réquisitoire contre une justice qui ne cherche pas la vérité mais qui cherche à punir des coupables, à tout prix. Dans la préface, Eric Vuillard écrit :

« La Colonne infâme c’est J’accuse écrit par un Italien dans la première moitié du XIXème siècle »

Je pense à Zola,  à Voltaire… Mazoni n’est pas le premier à avoir étudié ce procès. Avant lui, Pietro Verri (1728-1797), économiste et philosophe avait dénoncé l’usage de la torture.

Pietro Verri s’était proposé, comme l’indique le titre même de son opuscule, de tirer de cette affaire un
argument contre la torture, en mettant en évidence que celle-ci avait pu extorquer l’aveu d’un crime
physiquement et moralement impossible. L’argument était probant, comme était noble et humaine la
thèse défendue.

Récemment, Sciascia a apporté un  regard contemporain dans l’Apostille qui est passionnante et surtout ne pas négliger. C’est la partie la plus percutante du livre parce qu’il nous renvoie à des préoccupations plus proches de nous. 

nous pouvons vérifier la justesse de la vision manzonienne en établissant une analogie entre les camps d’extermination nazis et les procès contre les propagateurs de la peste, leur supplice, leur mort. Lorsque l’historien Fausto Nicolini (que nous aurons plusieurs fois l’occasion de citer pour son livre La Peste et les Propagateurs de la peste [Peste e untori, 1937]) 

Ce livre assez court(185 pages) est dense. Le texte revient avec insistance sur toutes les étapes du Procès, les tortures mais aussi les espoirs des promesses d’impunité données aux accusés pour qu’ils dénoncent des « complices », toutes les failles juridiques (mais je ne suis pas juristes, j’ai donc eu du mal avec celles-ci).

Mais cela n’est pas nécessaire : car, même si toutes avaient été scrupuleusement remplies, il y avait dans ce
cas précis une circonstance qui rendait l’accusation radicalement et irrémédiablement nulle : le fait qu’elle
eût été conçue à la suite d’une promesse d’impunité. “À celui qui révèle des noms dans l’espoir de
l’impunité, que celle-ci soit accordée par la loi ou promise par le juge,

Il faut parfois s’accrocher pour saisir les nuances et les circonstances historiques : à Milan, le pouvoir était encore espagnol.

Une lecture un peu ardue mais tellement passionnante!

 

Les Rebelles Magnifiques – Les Premiers Romantiques et l’Invention du Moi – Andrea Wulf

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Andrea Wulf est l’auteure de L’Invention de la Nature qui m’avait enthousiasmée il y a quelques années : brillante histoire des sciences dans le sillage de Alexander von Humboldt, suivi de Darwin, Haeckel et bien d’autres. J’ai donc coché la case sur la liste de la Masse Critique et me suis réjouie à la réception du livre. Je n’ai pas été déçue. C’est un livre magistral. Seul regret : qu’il soit arrivé en juin alors que le Challenge des Feuilles Allemandes est en novembre. Il y aurait tout à fait trouvé sa place.

Littérature, Philosophie et Histoire, il y a de tout dans ce volume, même des histoires d’amour, des drames, des jalousies entre ces personnages hors du commun.

Qui sont-ils, ces Rebelles Magnifiques?

Tout d’abord les plus anciens, les personnages tutélaires : Goethe et Schiller, écrivains reconnus, piliers du Cercle de Iéna. Fichte, le professeur charismatique de l’Université de Iéna, qui a élaboré la Philosophie du Moi, le « Bonaparte de la Philosophie » qui attire dans cette petite ville des étudiants enthousiastes même de l’étranger. Les deux frères von Humboldt, le professeur Wilhem et l’explorateur Alexander, dans le sillage de Goethe qui s’intéresse à la science expérimentale. Les deux frères Schlegel, August Wilhlem  et sa femme Caroline, qui publient les traductions de Shakespeare en vers, Friedrich au mauvais caractère. Amis des Schlegel, Schelling philosophe professeur à l’Université de Iéna.  Novalis, poète emblématique du Romantisme Allemand, Tieck, autre poètes. 

Il faut ajouter à ces hommes célèbres des femmes, moins connues parce qu’elles n’ont pas publié sous leur nom propre alors qu’elles étaient plus que de simples collaboratrices de leurs maris ou des muses de salons littéraires. Figure centrale de ce Cercle de Iéna : Caroline Böhmer-Schlegel-Schelling,  admiratrice de la Révolution Française, fuyant Mayence où sympathisante de la Révolution elle fut emprisonnée enceinte avec sa fille Auguste, mariée à August Wilhelm Schlegel, puis amoureuse de Schelling… Dorothea Veit-Schlegel, (née Brendel Mendelssohn) également écrivaine et traductrice. Et bien sûr Madame de Staël « comme un feu d’artifice au dessus de Weimar » qui proposa à August Wilhelm Schlegel de la suivre comme précepteur de ses enfants.

Le Cercle de Weimar où l’on « symphilosophait » dans les jardins, en promenade ou dans les maisons des uns et des autres, se constitua en 1794 avec l’arrivée de Fichte, puis s’enrichit en 1796 de Novalis et des Schlegel . Théorie et pratique: Goethe et Humboldt se livraient à des expériences scientifiques. Schiller publiait dans sa revue littéraire essais théoriques, poésies et traductions. Théories de la Science, théorie du Moi, de Fichte, ou poésie et romans, fragments. Le Romantisme s’élabore avec le goût de la Nature 

p.265 Schelling, en cours dans un amphithéâtre, devant des étudiants enthousiastes :

« il rassemblait ce que la révolution scientifique avait désuni: la nature et les hommes »[…]Quelle que soit la nature est capable d’apaiser, de guérir ou simplement de remplir de joie.

Et, ce faisant, sa philosophie de l’unité devint le cœur battant du Romantisme »

Romantisme comme roman, on ne se contente pas de philosopher mais on écrit de la littérature, des romans où les expériences amoureuses sont publiées: p.300

Novalis, Friedrich, Caroline et Dorothea étaient convaincus que leurs expériences personnelles étaient le reflet d’un monde plus vaste[…]Tel un faisceau de lumière réfracté par un prisme ou un spectre de couleurs, l’accent mis sur le Moi reflété par leurs écrits ouvrait sur des perspectives plus larges….

Mais la belle entente, dans un groupe si intimement lié, ne pouvait pas durer. Les personnalités si affirmées de Schiller, Fichte ou des Schlegel, Schelling ont fini par se heurter. Il a fallu la diplomatie et la forte personnalité de Goethe pour adoucir certains conflits. Pamphlets et affrontements divers opposèrent ceux qui étaient les meilleurs amis du monde. en 1801-1802,  p. 384

« N’était-ce pas distrayant, demanda un autre, quand les philosophes se mettent à se dévorer les uns les autres comme des rats affamés »

Intrigues amoureuses, jalousies, divorces et aussi maladies ont raison du Cercle de Iéna. C’est l’arrivée des armées de Napoléon, la victoire de Iéna, qui sonneront le glas de cette période enchantée. Mais les idées essaimeront à Berlin, en Angleterre avec Coleridge et même jusqu’en Amérique avec Thoreau

Cet ouvrage est admirablement construit. Pour qui n’est pas familier de la philosophie ou de la littérature allemande, de courts chapitres autour d’une idée principale, d’une anecdote ou d’une personnalité rendent la lecture facile. Au début, je confondais les personnages, j’avais besoin de souffler. Ces chapitres donnent une respiration au lecteur. J’en lisais un, deux, avant de poursuivre. Ensuite, quand j’ai bien identifié les personnages, je me suis laissé entrainer dans leur roman personnel et dans le récit très vivant riches en détails de la vie quotidienne d’alors.

Toussaint Louverture – Poème dramatique de Alphonse de Lamartine

LECTURES CARAÏBES 

Après avoir terminé l’excellente biographie de Toussaint Louverture par Alain Foix, j’ai eu la curiosité de télécharger la pièce de Lamartine. 

Depuis 1834 les hommes politiques qui croient que les gouvernements doivent avoir une âme, et qu’ils ne se
légitiment aux yeux de Dieu que par des actes de justice et de bienfaisance envers les peuples, s’étaient formés à
Paris en société pour l’émancipation des noirs ; j’y fus admis à mon retour d’Orient ;

Dans son intéressante préface, Lamartine s’enorgueillit d’avoir été le signataire du décret de l‘Abolition de l’Esclavage,

Trois jours après la révolution de Février, je signai la liberté des noirs, l’abolition de l’esclavage et la promesse d’indemnité aux colons.

Ma vie n’eût-elle eu que cette heure, je ne regretterais pas d’avoir vécu.

En revanche, il n’est pas spécialement fier du poème dramatique. Le manuscrit fut perdu, et retrouvé par son caviste au fond d’un panier. Selon Lamartine,  le succès au Théâtre de La Porte Saint Martin où la pièce fut représentée est plutôt dû à la performance des acteurs qu’au texte lui-même. 

Une étrange Marseillaise noire a attiré mon attention, version d’époque ou poème de Lamartine? 

MARSEILLAISE NOIRE

. I. Enfants des noirs, proscrits du monde,

Pauvre chair changée en troupeau,

Qui de vous-mêmes, race immonde

Portez le deuil sur votre peau !

Relevez du sol votre tête,

Osez retrouver en tout lieu
 Des femmes, des enfants, un Dieu : Le nom d’homme est votre conquête !

REFRAIN.

Offrons à la
concorde, offrons les maux soufferts,

[…]
Ouvrons (ouvrons) aux blancs amis nos bras libres de fers. II.

Un cri, de l’Europe au tropique,

Dont deux mondes sont les échos,

A fait au nom de République

Là des hommes, là des héros

 L’esclave enfin dans sa mémoire

Épelle un mot libérateur,

Le tyran devient rédempteur :

Enfants, Dieu seul a la victoire !

Offrons à la concorde, offrons les maux soufferts, Ouvrons (ouvrons)…

Malheureusement, la suite se gâte. Je m’ennuie des péripéties lyriques et familiales. Une fade Adrienne, jeune pupille parfaite, guide Toussaint déguisé en mendiant aveugle qui épie les fortifications de Leclerc. Les fils de Toussaint, élevés en métropole, sont amenés comme appâts pour fléchir Toussaint. Foix raconte cet épisode, historique, mais le drame familial s’étire en guimauve. Pas d’analyse politique, ni stratégique, point de bataille homérique. Du sentiment sucré.

De même, le meurtre de Moïse n’est en rien contextualisé. Brutus et César! De la tragédie, certes mais pas d’explications. Décevant.

Le livre se termine par les discours prononcés par A de Lamartine, à la Chambre des Députés le 23 avril 1835, le 25 mai 1836, à un banquet le 10 Février 1840, le 10 Mars 1842

Winterreise – Angelin Prejlocaj

VOYAGE D’HIVER A LA MAC

Nous l’avons longtemps attendu, ce spectacle programmé en novembre dernier!

Les lumières s’éteignent, le pianiste, James Vaughan,  descend dans la mini-fosse d’orchestre, puis le chanteur, Thomas Tazl, baryton basse,  arrive . Je suis surprise, nous avons l’habitude de voir de la danse contemporaine à la MAC, je n’avais pas imaginé que ce Voyage d’Hiver soit si authentiquement schubertien. Plaisir de la musique vivante !

Décor très sobre, 6 danseurs en justaucorps noir évoluent sur la scène recouverte de tas gris. De la neige noircie? des cendres? Les danseuses émergent des tas. Ce sont des confettis gris anthracite brillants qui sont du meilleur effet quand ils volent.

Le voyage d’hiver commence par ce départ mélancolique :

Gute Nacht

 

Étranger je suis arrivé,
Étranger je repars.
Le mois de mai
M’avait bercé de maints bouquets de fleurs.
La jeune fille parlait d’amour,
La mère même de mariage,
Aujourd’hui le monde est si gris,
Le chemin recouvert de neige.

De mon départ en voyage
Je ne peux choisir le moment,
Je dois moi-même trouver le chemin
En cette obscurité.
Une ombre lunaire me suit

Par chance, ce lied m’est familier. Mon allemand est si rouillé. Je reconnaîtrai plus tard le Tilleul  et bien plus tard Die Post illustré par des carrés de carton noir : les lettres que le voyageur brandit sur son cœur « mein Herz! mein Herz ». Je m’en veux, j’avais tout mon temps pour me documenter et lire les 24 poèmes de Wilhelm Müller. Je vous le recommande vivement, à moins que votre allemand permette une compréhension fluide. 

Douze danseurs en noir et blanc, technique parfaite de danseurs classiques, portés audacieux, figures en couple, à trois, à beaucoup plus. Calligraphie.

Prudemment arrive la couleur, maillots bruns, orangés, violine… trois grands soleils. Prejlocaj serait il plus optimiste que Schubert?

 les 24 lieder de Schubert composent une atmosphère intime que je voudrais partager dans ce voyage d’hiver. Qui est, en fait le voyage de la vie. Je l’imagine comme un jardin d’hiver, un lieu où l’hiver est présent, mais où les prémices des autres saisons le sont également. Un laboratoire expérimental de la vie. » Angelin Preljocaj