Delacroix au Louvre

CHALLENGE ROMANTISME

Exposition temporaire jusqu’au 23 juillet 2018

Massacre de Scio

Est-ce bien nécessaire d’aller voir cette exposition Delacroix au Louvre qui possède les tableaux les plus fameux que chacun connaît comme la Liberté guidant le peuple ou les massacres de Scio, le grand tableau de La mort de Sardanapale est restée à sa place, de même bien sûr que le plafond de la Galerie d’Apollon!

Et bien oui! La présentation chronologique et pédagogique met en lumière d’autres aspects du peintre. Elle situe les peintures les plus connue dans le contexte de leur création. Esquisses qui précéderont les œuvres monumentales, études, petits tableaux : il y a deux petits formats de La mort de Sardanapale qui se font face alors que sur les murs on voit les études de carnation, des bijoux….

La mort de Sardanapale (absente de l’exposition)

Je connaissais Delacroix, peintre de guerre, propagandiste partisan de l’Indépendance grecque : la belle Grecque sur les ruines de Missolonghi.

La Grèce sur les ruines de Missolonghi

C’est Delacroix romantique qui m’a le plus frappé pendant la visite, romantique en peinture, fréquentant Théophile Gautier, George Sand et Alexandre Dumas. Je découvre Delacroix très littéraire, consacrant de l’énergie à l’écriture, lisant et traduisant de l’anglais. Ses sujets d’inspiration sont tirés souvent de Byron (la Grèce, encore! le Giaour, Byron est mort en 1924, la peinture est datée 1926),

Combat entre le Giaour et le Pacha

Le peintre s’est inspiré aussi de Walter Scott : prenant pour sujet un épisode de Quentin Durward pour l’assassinat de l’évêque de le Liège, d’Ivanhoé pour l’enlèvement de Rebecca. Il lit Shakespeare, illustre Hamlet  tenant en main le crâne dans plusieurs versions, j’ai préféré la plus sobre. Je découvre aussi ses estampes surtout celles de Faust. Delacroix utilise la lithographie qui est à l’époque un procédé nouveau et qui permet une grande finesse dans les nuances.

Faust

Evidemment j’ai beaucoup aimé Delacroix orientaliste. Ses carnets de voyages sont très émouvants, rassemblant écrits, dessins, esquisses, aquarelles.

carnets de voyage

Delacroix a tout essayé : le portrait, les peintures animalières avec une prédilection pour les chevaux et pour les fauves.

combat de lions

Sans oublier de magnifiques bouquets, des peintures religieuses….

Cette exposition est vraiment complète!

Ruy Blas – Victor Hugo

CHALLENGE VICTOR HUGO : LECTURE COMMUNE

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Avec un petit retard sur le planning, je rejoins Claudialucia et Nathalie dans notre exploration de l’oeuvre de Victor Hugo à la suite d’Hernani lu en février. 

Sacrilège ou provocation?

 

yves montandJ’ose à peine l’écrire, mon premier contact avec Ruy Blas a été cinématographique (jusque là,  tout va bien,  Claudialucia cite Vadim).  Là où cela se gâte, c’est que Don Salluste aura toujours pour moi la tête de Louis de Funès et Ruy Blas celle d’Yves Montand (j’adore), la duègne celle d’Alice Sapritch (je suis fan absolue) et la reine celle de l’oie blanche du film. J’ai vu et revu La Folie des Grandeurs qui passait autrefois à la télévision.

Après ce préambule, j’avoue que ma lecture a été parasitée par ce souvenir. Qu’est-ce qui est vraiment Ruy Blas , qu’est-ce qui est invention de La Folie des Grandeurs ?

 

Heureusement Victor Hugo a écrit une préface fort intéressante pour situer la pièce, dans le contexte historique et théâtral (et une postface aussi)

« Dans Hernani, le soleil de la maison d’Autriche se lève ; dans Ruy Blas, il se couche… »

« le royaume chancelle, la dynastie s’éteint, la loi tombe en ruine…. »

Drame romantique, il a mêlé comédie, tragédie 

« Don Salluste serait le drame, don César la comédie , Ruy Blas la tragédie… »

Critique de la vie de cour : Don César, grand d’Espagne, mais aventurier s’apparente plutôt à Hernani :

« Avec les gens de cour, vos pareils, don Salluste

Je vous laisse, et je reste avec mes chenapans

Je vis avec les loups, non avec les serpents » 

Tandis que son faux double Ruy Blas, le laquais amoureux, oublie sa condition et croit que la corruption qui ruine le régime peut être corrigée en cessant de pressurer le peuple:

« l’Etat s’est ruiné dans ce siècle funeste

Et vous vous disputez à qui prendra le reste »

 

Reproche-t-il aux Grands d’Espagne corrompus

« Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,

qui s’est couché dans l’ombre et sur qui vous vivez, 

Expire dans cet antre où son sort se termine

Triste comme un lion mangé par la vermine… »

Ruy Blas n’annonce  ni réforme ni révolution car Don Salluste, apparaît et lui fait retrouver son rôle de laquais. 

Toutefois, j’ai préféré Hernani,  plus riche en rebondissements imprévisibles – surtout le retournement de Charles Quint et en personnage plus complexes.

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Notre-Dame de Paris – Victor Hugo

CHALLENGE VICTOR HUGO

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Esmeralda, Quasimodo, la Cour des Miracle font partie de notre imaginaire si  bien que nous croyons connaître Notre Dame de Paris sans même l’avoir lu. Des adaptations au cinéma et au théâtre, une comédie musicale récente, contribuent à cette impression. Pourtant le roman mérite vraiment une lecture attentive.

Encore une fois, le challenge de Claudialucia m’a entraîné à  télécharger Notre- Dame de Paris. Avantage de la lecture électronique, c’est gratuit, et léger. Inconvénient : les notes sont inaccessibles et dans cet ouvrage, pourtant elles sont nombreuses et nécessaires. Le vocabulaire employé par Hugo m’a donc plongée dans une certaine perplexité : qu’est-ce que  le surcot de tiretaine, le hoqueton de camelot, ou la cotte-hardie, la brigandine ou le bicoquet, la passequille? des vêtements et des tissus, d’après le contexte mais j’aspire à plus de précision.

Jubilation de lecture du style imagé et foisonnant de Hugo. La fête donnée aux ambassadeurs de Flandre dans Paris avec la représentation  d’un mystère  au Palais de Justice  est un début étourdissant. Nous faisons connaissance avec Pierre Gringoire, l’auteur du mystère, le mari à la cruche cassée d’Esmeralda. Les nombreux dialogues, le chahut des écoliers et des clercs ou des commères dans un langage moyenâgeux m’ont beaucoup amusée.

« L’algarade du chaussettier flamand, en humiliant les gens de cour, avait remué dans toutes les âmes plébéiennes, je ne sais quel sentiment de dignité encore vague et indistinct au quinzième siècle. » 

Le concours de grimaces, épreuve pour devenir le pape des fous est tout aussi divertissant.  Quasimodo le sonneur des cloches de Notre Dame,bossu, contrefait et sourd, en est le gagnant.

Enfin, La Esmeralda, la bohémienne qu’on appelle plutôt l’Egyptienne avec sa jolie chèvre Djali met fin au mystère et entraîne tout le monde dans les rues. Péripéties, enlèvement, délivrance par le chevalier Phoebus. L’intrigue est mise en place avec ses personnages principaux.

L’arrivée de Pierre Gringoire à la cour des miracles continue la cohue pittoresque  qui m’a charmée. Dans ce monde interlope tous les langages ont cours. je me régale des inventions langagières de Clopin-Trouillefou, le Roi de Thunes qui fait régner son ordre sur les argotiers et les truands.

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Après ces deux livres endiablés, Victor Hugo change de ton pour présenter le sujet du roman: la cathédrale, elle-même, avec ses pages architecturales, façades, statues, gothiques ou altérées par les ajouts Renaissance ou classiques. Engouement romantique pour le Moyen Age et le style gothique. Réflexion sur le sens caché de l’architecture :

« les plus grands produits de l’architecture sont moins les œuvres individuelles que des œuvres sociales ; plutôt l’enfantement des peuples le travail que le projet des hommes de génie »

L’architecture occupe une partie importante dans Notre-Dame-de-Paris, architecture  détrônée par l’invention de l’imprimerie qui annonce justement les Temps Modernes et la fin du Moyen-Âge.

« l’imprimerie tuera l’architecture »

« C’était l’effroi du sacerdoce devant un agent nouveau, l’imprimerie.C’était l’épouvante et l’éblouissement de l’homme du sanctuaire devant la presse lumineuse de Guttemberg »

« Du temps de l’architecture, elle (la pensée) se faisait montagne et s’emparait puissamment d’un siècle et d’un lieu. Maintenant elle se fait troupe d’oiseaux, s’éparpille aux quatre vents, et occupe à la fis tous les points de l’air et de l’espace »

Victor Hugo pousse encore l’analyse et l’étend à la littérature :

« Dante, au treizième siècle, c’est la dernière église romane ; Shakespeare au seizième, la dernière cathédrale gothique » 

J’ai bien aimé cet éclairage.

Encore une fascination pour l’architecture : celle de Pierre Gringoire vers la fin du roman quand il a quitté la truanderie et qu’il n’est plus amoureux d’Esmeralda.

En revanche je me suis un peu ennuyée à son « Paris vu du ciel » reconstitution savante du Paris du quinzième siècle, trop détaillée.

Après ces parenthèses théoriques, l’action reprend. Nous faisons connaissance avec un autre amoureux d’Esméralda : Claude Frollo, l’archidiacre, l’érudit, le véritable maître de la cathédrale, le prêtre amoureux qui effraie tant la gitane, le protecteur de Quasimodo…

Roman d’amour, roman d’action. Rebondissements . Chevauchée, enlèvement, prise d’assaut de Notre Dame, fuite dans la nuit….il faut le lire.

Lecture commune avec Claudialucia, Nathalie, et Laure.

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Hernani

CHALLENGE VICTOR HUGO

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Ecoutez l’histoire que voici !

Trois galants, un bandit que l’échafaud réclame,

Puis un duc, puis un roi d’un même coeur de femme

Font le siège à la fois – L’assaut donné, qui l’a?

C’est le bandit.

Bien sûr, j’avais entendu parler de la bataille d’Hernani! Un très beau billet de Claudialucia présente son récit par Théophile Gautier. Je n’avais jamais lu ni vu cette pièce . Merci encore à Claudialucia de l’avoir proposée comme lecture commune.

Cinq actes, cinq tableaux différents, cinq humeurs. On dirait du Shakespeare!

 

Don Carlos, Charles Quint jeune
Don Carlos, Charles Quint jeune

ActeI – le Roi -, Scène I, presque farce, ce troisième homme caché dans une armoire. Dona Sol a trois prétendants. Dans le cas de l’armoire, c’est plutôt « Ciel mon mari! »et l’amant caché. Victor Hugo ne se contente pas de si peu. D’ailleurs, il n’y a pas de mari, c’est l’oncle, un barbon qui est le fiancé. Il y a l’amant de cœur : Hernani et le séducteur : Don Carlos. Ce dernier n’est pas n’importe qui, c’est le Roi d’Espagne. Et la pièce va changer de registre et devenir une pièce historique (je continue à penser à Shakespeare).

 

 

Acte II – Le bandit – Hernani, le bandit défie l’autorité royale. Allusion politique ? Don Carlos croit pouvoir séduire la belle uniquement en raison de son pouvoir  »

mais que fera le roi, la belle une fois prise? – Il  la fera comtesse, et puis dame d’honneur; Puis qu’il en ait un fils, il sera roi »

Abus de pouvoir et usage de la force, Don Carlos n’a pas le beau rôle. Hernani le rebelle mérite l’amour de Dona Sol.

Acte III – le Vieillard – Don Ruy Gomez De Silva, barbon amoureux, n’est pas le personnage ridicule auquel on s’attendrait, c’est un personnage noble très chatouilleux sur le sujet de l‘honneur. On croirait du Corneille! Don Ruy et Hernani rivalisent de grandeur d’âme.

Charles Quint empereur
Charles Quint empereur

Acte IV – Le Tombeau – est celui de Charlemagne à Aix-la-Chapelle à l’occasion de l’élection de l’empereur du Saint Empire Romain Germanique. Don Carlos  devient Charles Quint et, avec cette nouvelle grandeur se métamorphose. Ce n’est plus Shakespeare, c’est carrément Verdi (anachronisme!!!) : des conjurés, des chœurs…., de la GRANDEUR!

 

 

Acte V – la Noce –  tragique, bien sûrversion Roméo et Juliette?

 

Mais le théâtre lu est toujours plus pauvre que le théâtre sur scène. Existe-t-il une version DVD visible?

 

 

 

 

 

 

Victor Hugo – Bug-Jargal

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challenge Victor Hugo

On a toujours l’image de Victor Hugo dans sa vieillesse, on imagine moins l’adolescent qui déclara « je veux être Chateaubriand ou rien » à 14 ans ou qui, en 1818,  paria avec ses camarades qu’il écrirait un roman en 15 jours. C’est Bug-Jargal, ce premier roman de Victor Hugo paru d’abord en 1819 puis remanié en 1826.

 

Est-ce que les esclaves sont quelque chose?  – Oui monsieur, dit le vieux maréchal de camp de Rouvray, oui les esclaves sont quelque chose ; ils sont quarante contre trois ; et nous serions à plaindre si nous n’avions à opposer aux nègres et aux mulâtres que des blancs comme vous

Toussaint Louverture
Toussaint L’ouverture

l’insurrection des esclaves est un contre-coup de la chute de la Bastille.

Moins abouti que ses œuvres les plus célèbres, Bug-Jargal est  un livre à part entière.

Bug-Jargal raconte la révolte des esclaves à Saint Domingue en  Août 1791. J’ai eu envie de lire la vraie histoire. Victor Hugo s’est très bien documenté : le héros Bug-Jargal est sans doute imaginaire, mais les autres chefs de l’insurrection, Biassou,  Boukmann  ont bien existé. Les cérémonies étranges, les messes burlesques de l‘Obi correspondent au culte vaudou qui a réellement été célébré au début du soulèvement. Coïncidence amusante  : en juin 1794, une expédition commandée par Victor Hugues, libérera les esclaves- la proximité des patronymes m’a fait sourire. 

l'esclave se libérant de ses chaînes - Gorée
l’esclave se libérant de ses chaînes – Gorée

Bug-Jargal, qui a donné son titre à l’oeuvre a une personnalité exceptionnelle, son aura, son autorité digne d’un fils de roi africain qu’il est. Le capitaine d’Auverney, le narrateur rivalise de chevalerie et de noblesse. L’art de Victor Hugo est de ne pas avoir construit une oeuvre manichéiste avec tous les bons dans un camp, les méchants dans l’autre. Les personnages sont complexes. L’histoire d’amour – un peu mièvre – pour la parfaite Marie se complique dans la rivalité des deux héros qui s’estiment et s’appellent même frères. Les « méchants » se répartissent dans les deux camps aussi bien dans celui des colons blancs que chez les insurgés, la sauvagerie et les massacres sont dénoncés. Dénoncée l’horreur de l’esclavage. Raillée, l’hypocrisie de certains « négrophiles »,  confrontés au soulèvement, retrouvent les intérêts  des planteurs. Moquées aussi, les pratiques militaires qui veulent asseoir l’autorité des officiers sur une prétendue « connaissance du latin ».  Dénoncés aussi les massacres de la Terreur.

 

 

Sur la route de l'esclave à Ouidah Bénin
Sur la route de l’esclave à Ouidah Bénin

Cette oeuvre de jeunesse anticipe certains des thèmes hugoliens.

Dans le personnage du bouffon Habibrah, je crois deviner l’Homme qui rit. Encore un personnage complexe:

« Crois-tu donc que pour être mulâtre, nain et difforme, je ne sois pas homme? Ah ! j’ai une âme, et une âme plus profonde et  plus forte que celle dont je vais délivrer ton corps de jeune fille! J’ai été donné à ton oncle comme un sapajou…. »

Il a campé ces personnages forts et complexes dans la nature exubérantes des îles Caraïbes

Souvent même ses eaux étaient cachées par des guirlandes de lianes, qui, s’accrochent aux branches des érables à fleurs rouges semés parmi les buissons, mariaient leurs jets d’une rive à l’autre, et, se croisant de mille manières, formaient sur le fleuve de larges tentes de verdures

La grotte dans laquelle est réfugiée Marie me fait penser à la celle de Gilliatt des Travailleurs de la mer

Au dessus de cette salle souterraine, la voûte formait une sorte de dôme tapissé de lierre d’une couleur jaunâtre. Cette voûte était traversée presque dans toute sa largeur par une crevasse à travers laquelle le jour pénétrait, et dont le bord était couronné d’arbustes verts, dorés en ce moment des rayons du soleil. ….

J’ai été un peu agacée des scènes où Léopold d’Auverney  était prisonnier aux mains de Biassou, j’ai trouvé le grotesque trop outré, un peu condescendant. mais peut être était-ce vraiment comme cela? Ces uniformes déguenillé, ce latin de cuisine, ces drapeaux dépareillés.

 

Ouidah, porte du non-retour
Ouidah, porte du non-retour

Le souffle n’est pas encore celui des chefs d’œuvres les plus célèbres mais c’est celui de la révolte des esclaves, de la Révolution, avec toutes ses contradictions.

 lire également le billet de Moglug et celui de claudialucia ainsi que celiu de Margotte

Mr Turner film de Mike Leigh

CHALLENGE ROMANTISME

 

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J’aime la peinture de Turner et j’aime le cinéma de Mike Leigh.  Un film de 2h30 ne me fait pas peur. Toutes ces bonnes raisons pour aller voir le film

Je suis perplexe. Le  film n’est ni aimable, ni plaisant. Turner est un personnage assez désagréable à regarder, à la mine porcine, aux grognements et aux grimaces forcées. Pour éviter l’hagiographie, Leigh est tombé dans la caricature. Deux agonies pénibles. la maladie de peau de la fidèle servante s’aggrave au cours du film. Les altercations avec les peintres et amateurs de peinture sont récurrentes.

Et pourtant ce film est passionnant. Génial générique où un tableau se découvre dans des volutes de fumées.  Recherches sur la lumière, expériences d’optique. Images sublimes dans la nature et dans le studio de l’artiste. On retrouve les tableaux avant même de les voir. Lumière d’un coucher de soleil, marines…

le dernier voyage du Téméraire
le dernier voyage du Téméraire

Il s’inscrit dans l’avancée de la technique : le vapeur qui mène Turner à Margate, les premiers trains et finalement la photographie… chaque fois le peintre s’intéresse à ces nouvelles inventions, saisit le spectaculaire du nuage de vapeur, cherche à comprendre le cliché du daguerréotype. On voit même la jeune reine Victoria.

 

Pluie, vapeur vitesse
Pluie, vapeur vitesse

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Michael Kohlhaas-Heinrich von Kleist-Le combat contre le Démon Stefan Zweig

CHALLENGE ROMANTISME

 

Incipit :Michael kohlhass

« Sur les bords de la Havel vivait, vers le milieu du XVIème siècle, un marchand de chevaux nommé, Michael Kohlhaas, file d’un maître d’école. Ce fut un des hommes les plus intègres, en même temps l’un des plus redoutables de son époque. »

Conduisant ses chevaux au marché,  il se trouva en face d’une barrière qu’il n’avait jamais remarquée. « C’est un privilège seigneurial » ,péage nouvellement institué par le baron, maître du château, à peine eut-il qu’on lui réclama un laissez-passer, puis que le baron de Tronka, ne jeta son dévolu sur deux jeunes et magnifiques chevaux loirs qu’il confisqua, sorte d’otages en attendant que le maquignon ne revienne pourvu du laissez-passer. De retour du marché, Kohlhaas eut la désagréable surprise de voir que son domestique avait disparu et que ses poulains étaient devenus des haridelles épuisées par les travaux des champs.

Kohlhaas n’eut de cesse de saisir la justice pour le préjudice subi. Il rédigea donc une plainte avec l’aide d’un avocat, persuadé de l’appui de nombreux amis et de son bon droit. Des mois passèrent, puis on lui fit valoir que le baron Wenceslas de Tronka était parent de seigneurs influents. Kohlhaas se rendit donc auprès du commandant et rédigea une supplique à l’Electeur de Brandebourg. Cette nouvelle démarche n’aboutit pas plus que la première. Sa femme Lisbeth proposa de porter une  nouvelle requête fut repoussée brutalement et décéda du mauvais traitement qui lui fut infligé.

C’est alors que Kohlhaas, sûr de son bon droit, excédé par l’injustice se transforma en justicier de sa propre affaire, détruisit le château du baron de Tronka et  entraînant une troupe de valets et d’hommes d’armes incendia Wittenberg et la province, mettant à feu et à sang châteaux et villes mettant en déroute le prince de Meissen venu avec une armée l’arrêter.

« C’est dans ces conjectures que le docteur Martin Luther entreprit d’employer l’autorité que sa position dans le monde lui donnait, à faire rentrer Kohlhaas dans l’ordre en lui adressant des paroles énergiques et propres à réveiller les sentiments généreux dans le cœur de l’incendiaire »

L’intervention de Luther mit fin aux désordres, permit à Kohlhaas de bénéficier une amnistie pour que se tienne enfin son procès. Kohlhaas malgré ses succès militaires ne veut qu’une seule chose : que justice lui soit et que les deux chevaux noirs lui soient restitués dans l’état où il les avait laissés. Cependant, la justice entre un maquignon et de grands seigneurs est bien inégale et les tracasseries ne cesseront pas !

L’analyse dans la préface d’une œuvre est parfois frustrante, je n’aime pas qu’on me raconte l’histoire à l’avance. La collection MILLE.ET.UNE. NUIT offre une présentation différente. A la fin de la nouvelle (roman ?) tout un dossier concerne l’adaptation cinématographique d’Arnaud des Pallières. Ce dernier explique ses choix, entre autres de dépayser l’action dans les Cevennes,  le casting .  Le long entretien avec Mads Mikkelsen est aussi intéressant ;

Cela me donne vraiment envie de visionner le DVD à mon retour.

zweig le conmbat dontre le démonJ’ai téléchargé le Combat contre le Démon de Stefan Zweig, je n’ai lu que la partie concernant Kleist. Zweig,  avec sa culture immense, son esprit de finesse, l’éclairage freudien qu’il donne à la psychologie, ne me déçoit jamais. Seul bémol, Zweig écrit pour ceux qui possèdent une bonne culture allemande, ce qui n’est pas mon cas. Beaucoup de références manquent pour en apprécier davantage l’analyse. Zweig décrit Kleist en homme traqué « Il n’est pas de contrée de l’Allemagne que cet éternel vagabond n’ait habité »…. »c’est dans ce même état d’esprit que Rimbaud court d’un pays à l’autre, que Nieztsche change perpétuellement de ville et d »appartement, que Beethoven va de continent en continent : tous sont fouettés par une effroyable inquiétude qui fait l’instabilité tragique de leur vie ». … »toute son existence n’est qu’une fuite, une course à l’abîme »

Il oppose Kleist à Goethe.

Kleist se trouve « dans un état d’exaltation et de refoulement;cet intolérable tourment d’une âme trop pleine … »

Il attribue cela à une ambiguïté sexuelle – une pathologie sexuelle, écrit-il –

« Même en amour, Kleist n’est jamais le chasseur, amis toujours la victime, traquée par le démon de la passion ».

A propos de Michaël Kohlhaas il écrit :

« Quelle que soit la chose qui l’agite, elle tourne à la maladie et à l’excès : même les pendants spirituels pour la pureté, la vérité et l’équité, il les déforme ; le désir de justice devient chicane …. » « Mais Kleist – et c’est là, uniquement là, la racine du tragique kleistien – oppose à son tempérament passionné une volonté tout aussi passionnée, tout aussi démoniaque… »

Il faudra que je revienne à Zweig quand j’aurai comblé certaines lacunes!

Toujours Michaël Kohlhaas, une bien curieuse rencontre : dans le texte de présentation du film LEVIATHAN  d’Andreï Zviaguintsev, le cinéaste déclare que la lecture de Michaël Kohlhaas  l’a inspiré pour écrire le scénario.