Théophile Gautier dans son cadre à Sceaux

CHALLENGE ROMANTISME

Affiche de l'exposition

1811-1872, bicentenaire oblige, le Conseil Général des Hauts de Seine lui consacre une exposition presque « chez lui »( il résidait à Neuilly/Seine).

Sa famille, ses intimes

Occasion d’entrer dans son univers familial, de voir les photos de famille. Certaines Delacroix qui lui a peint une aquarelle singulière, Ingres: Les Tragiques Grecs, Hugo et la bataille d’Hernani, merveilleuse affiche où le portrait de Gautier est entouré de caricatures relatant les épisodes du Romantisme. Une tapisserie (reproduction) montre Théophile Gautier entouré de Dumas, Lamennais, George Sand, Hugo…

Théophile Gautier s’est essayé au dessin, on peut feuilleter (virtuellement) ses croquis. Journaliste, il était critique d’art ; les peintres, en toute amitié, (ou en remerciement) lui ont offert des œuvres de premier plan.

Une belle collection d’autographes, les poèmes Emaux et Camées écrits de sa main, des éditions anciennes complètent la bibliothèque…

affiche du film

A l’étage deux Le Roman de La Momie et le Capitaine Fracasse font l’objet d’une présentation illustrée.

 

 

 

 

 

 

Affiche des films tirés du Capitaine Fracasse.

Le Roman de la Momie a été illustré à nombreuses reprises, j’ai beaucoup aimé l’édition Art Déco  de Barbier (1929), les gravures du voyage en Égypte à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, effectué bien après la parution du livre et finalement un film muet de Capellani (1911), étonnant, colorisé au pastel (d’époque?).

 

 

C’est donc une exposition sympathique dans un cadre très agréable : sous le beau soleil d’hiver les jets d’eau du Parc de Sceaux se déployaient.

(jusqu’au 9 janvier 2012)

Les neiges du Kilimandjaro – Guediguian


Depuis Marius et Jeannette, je suis fidèle à Guédiguian, Ariane Ascarides, Daroussin et leur bande que je considère comme de vieux amis, des cousins, de la famille presque. Ils sont tellement sincères que je n’arrive pas à avoir le regard distancié du spectateur d’une fiction, je les sens exister.  Je n’ai jamais mis les pieds à l’Estaque,  leur monde m’apparait si proche. De film en film, témoins du temps qui passe, témoin d’un monde qui met de plus en plus de côté les ouvriers et les braves gens… le regard de Guediguiian n’est pas naïf, ses films sont de plus en plus noirs et pourtant …

Les neiges du Kilimandjaro, s’inspirant des Pauvres Gens de Victor Hugo, donnent  de l’espoir dans l’humanité.

marie claire

Qu’un ouvrier licencié braque un  autre ouvrier licencié, le moleste. Cela semble incompréhensible à Marie-Claire

 « je cherche à comprendre »

mais comprendre n’est pas suffisant. Ceux-là ont toujours été dans l’action..

LES PAUVRES GENS DE VICTOR HUGO

Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,
J’ai cru que le bateau se couchait, et l’amarre
A cassé. Qu’as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ? »
Jeannie eut un frisson dans l’ombre et se troubla.
« Moi ? dit-elle. Ah ! mon Dieu ! rien, comme à l’ordinaire,
J’ai cousu. J’écoutais la mer comme un tonnerre,
J’avais peur. – Oui, l’hiver est dur, mais c’est égal. »
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : « A propos, notre voisine est morte.
C’est hier qu’elle a dû mourir, enfin, n’importe,
Dans la soirée, après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.
L’un s’appelle Guillaume et l’autre Madeleine ;
L’un qui ne marche pas, l’autre qui parle à peine.
La pauvre bonne femme était dans le besoin. »

L’homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
« Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! tant pis ! ce n’est pas ma faute, C’est l’affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C’est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S’ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C’est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.
Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche,
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ?
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.

– Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, lès voilà! »

Retour sur le 20ème siècle, encore un peu de nostalgie :

Les neiges du Kilimandjaro dans le challenge Romantique, c’est un peu osé?

Mémoires d’Outre-Tombe : Chateaubriand enfant et son ami Gesril sur la plage de l’éventail…..

CHALLENGE ROMANTIQUE –
Devant les murs de Saint Malo
Le challenge Romantique de Claudialucia est l’occasion de lectures communes et de partages avec toute la galaxie des bloguesues romantiques (là j’exagère un peu). C’est aussi l’occasion de préciser la notion de Romantisme qui pour moi était bien floue.
Merci à Claudialucia pour les liens !
les murs de Saint -Malo sont protégés depuis bien longtemps par des pieux brise-lames .Chateaubriand
enfant raconte dans les Mémoires d’Outre-Tombe cette anecdote :
A marée haute!
Nous étions un dimanche sur la grève, à l’éventail de la porte Saint-Thomas à l’heure de la marée. Au pied du château et le long du Sillon, de gros pieux enfoncés dans le sable protègent les murs contre la houle. Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux pour voir passer au-dessous de nous les premières ondulations du flux. Les places étaient prises comme de coutume : plusieurs petites filles se mêlaient aux petits garçons. J’étais le plus en pointe vers la mer, n’ayant devant moi qu’une jolie mignonne, Hervine Magon, qui riait de plaisir et pleurait de peur. Gesril se trouvait à l’autre bout, du côté de la terre. Le flot arrivait, il faisait du vent ; déjà les bonnes et les domestiques criaient : « Descendez, Mademoiselle ! descendez, Monsieur ! ». Gesril attend une grosse lame : lorsqu’elle s’engouffre entre les pilotis, il pousse l’enfant assis auprès de lui ; celui-là se renverse sur un autre : celui-ci sur un autre : toute la file s’abat comme des moines de cartes, mais chacun est retenu par son voisin ; il n’y eut que la petite fille de l’extrémité de la ligne sur laquelle je chavirai qui, n’étant appuyée par personne, tomba. Le jusant l’entraîne ; aussitôt mille cris, toutes les bonnes retroussant leurs robes et tripotant dans la mer, chacune saisissant son marmot et lui donnant une tape. Hervine fut repêchée ; mais elle déclara que François l’avait jetée bas. Les bonnes fondent sur moi ; je leur échappe ; je cours me barricader dans la cave de la maison : l’armée femelle me pourchasse. Ma mère et mon père étaient heureusement sortis. La Villeneuve défend vaillamment la porte et soufflette l’avant-garde ennemie. Le véritable auteur du mal, Gesril, me prête secours : il monte chez lui, et avec ses deux soeurs jette par les fenêtres des potées d’eau et des pommes cuites aux assaillantes. Elles levèrent le siège à l’entrée de la nuit ; mais cette nouvelle se répandit dans la ville, et le chevalier de Chateaubriand, âgé de neuf ans, passa pour un homme atroce, un reste de ces pirates dont saint Aaron avait purgé son rocher.

Rob Roy – Sir Walter SCOTT

 CHALLENGE ROMANTISME

le donjon d'Urquhart sur le Loch Ness

Un voyage en Écosse fut l’occasion pour lire ce classique. Point n’est besoin d’être agrégé d’Anglais pour avoir entendu parler de Walter Scott. Mais l’a-t -o n vraiment lu? Ivanhoé est remisé dans la mémoire du côté des souvenirs préadolescents avec les Trois Mousquetaires, la conquête de l’Ouest ou le Livre de la Jungle. Régression enfantine délectable? En  visitant une ruine écossaise, je me suis enthousiasmée à Urquhart dans les donjons surplombant le loch Ness!

Le tourisme m’a replongée dans l’histoire romantique des rois et des reines…

Dès l‘Open tour d’Édimbourg, sur l’impériale du bus vert, rouge ou brun le premier monument que le guide vous montre est le « mémorial » kitschissime au célèbre écrivain.A Édimbourg, ou ailleurs en Écosse, la rencontre avec Sir Walter Scott est inévitable.
Écrivain et homme politique. Génial metteur en scène de la visite du roi George vêtu d’un   kilt trop court, à ses sujets écossais. Initiateur romantique d’un engouement pour les brumes, les tartans et les cornemuses qui s’est répandu dans tout le Royaume Uni pendant près de deux siècles.
C’est dans les Trossachs, à Aberfoyle et au Loch Lomond que la présence de l’écrivain est la plus prégnante.

Trossachs, lac écossais

J’ai trouvé le livre, Rob Roy, dans la bibliothèque du cottage de Beauly que nous avions loué, laissé à l’intention des touristes et je l’ai commencé là. A la fin du séjour, je n’allais pas le voler. Je n’ai pu le finir qu’à mon retour.

Je me suis plongée en immersion totale dans l’Angleterre et l’Écosse du début du 17ème siècle. Le héros est anglais, fils d’un commerçant,mêlé malgré lui dans la révolte jacobite de 1715.
Voyage périlleux à travers l’Angleterre, vie de chasse et de beuveries de nobliaux rustres du Northumberland, conflits religieux, chevauchées dans les landes et les marais écossais… roman d’aventure et peinture d’une grande vivacité des mœurs de l’époque.
L’arrivée, un dimanche, dans le Glasgow presbytérien paralysé par la dévotion du sabbat, est un chef d’oeuvre. L’embuscade dans un Glen en est un autre.
Seul bémol pour un francophone : lisez-vous l’Ecossais?

L’anglais classique de Scott est déjà d’une grande richesse de vocabulaire si bien que le Harraps n’est jamais loin de ma table de chevet. Tout se complique quand les personnages écossais conversent entre eux (rassurez vous, ce n’est quand même pas en Gaélique),  la déformation des mots ne permet plus le recours au dictionnaire, il faut alors deviner! En cherchant sur le site d’Amazon j’ai découvert un recueil dans la collection Bouquins réunissant 3 romans écossais en français. Mais on perdra la saveur de la VO.

Paris 9ème : musée de la vie Romantique

CHALLENGE ROMANTISME

Le musée est caché dans une cour fleurie

 

Derrière la Place Blanche, autour du métro Saint Georges et jusqu’à Notre Dame de Lorette, se trouve le quartier de la Nouvelle Athènes, rendez vous des artistes et des intellectuels du début du 19ème siècle au temps où la Grèce était à la mode…

Les façades haussmaniennes cachent des hôtels avec des jardins, des arrières cours, des théâtres.Le Musée de la Vie Romantique se trouve au 16 de la rue Chaptal, au fond d’une allée dissimulée.

George Sand

Sur une cour fleurie pavée, des maisons recèlent des souvenirs de George Sand et de ses intimes. A ma dernière visite en 2008 se tenait  une exposition des dessins d’Ingres.

Rien de spectaculaire, un intérieur bourgeois, des portraits,  différents objets ayant appartenu à George Sand, un moulage de son bras, de la main de Chopin….des aquarelles et de curieuses dendrites, procédé original pour obtenir de gentils paysages.
A l’étage, une exposition des œuvres d‘Ary Scheffer, l’ancien propriétaire de la maison.

Un salon  de thé dans une véranda ou à l’ombre d’un arbre offre une pause bien agréable.

C’est donc un but de promenade  tranquille dans un quartier méconnu.

Sur un blog ami, participant au challenge voici une autre visite illustrée

Prendre Chateaubriand pour guide?

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT-MALO

Chateubriand sur la place Chateaubriand à saint-Malo

Chateaubriand est omniprésent dans la région. On entre dans la ville close de Saint-Malo sur la place Chateaubriand où se trouve l’hôtel Chateaubriand non loin de sa maison natale. Du haut des remparts on devine son tombeau sur le Grand-Bé.

le tombeau de Chateaubriand et les nombreux pélerins

Plancoët, le village de sa nourrice, Combourg, le château où il a passé son enfance et son adolescence, Dol où il a été au collège, Dinan et de nombreux manoirs conservent des souvenirs de son passage….

Munies des mémoires d’Outre-tombe et du guide Gallimard, nous allons suivre la piste-Chateaubriand pendant les dix jours de vacances.

J’ai pourtant hésité  : au lycée, Chateaubriand n’était pas au nombre de mes auteurs favoris. J’avais choisi mon camp avec Saint Just et Robespierre. Le noble émigré, le serviteur de Louis XVIII et de la Restauration était du mauvais bord! Je n’ai pas changé d’idées.  Je me suis assouplie, j’ai perdu le goût des censures. Atala aurait pu me faire rêver. Le titre « Mémoire d’Outre-tombe » me paraissait funèbre et le Génie du Christianisme carrément une punition.

Quarante ans plus tard, j’ai croisé Chateaubriand au cours de mes voyages en Grèce, l‘Itinéraire de Paris à Jérusalem se trouve sur ma table de nuit. Coïncidence : Claudialucia a lancé le CHALLENGE ROMANTISME. Je me devais d’y participer!

château de Combourg

Méfiante, je n’ai pas fait l’achat des 42 livres qui composent les Mémoires d’Outre-tombe (parus en feuilleton, cela représente 3 ou 4 livres de poche). J’ai emprunté à la bibliothèque du collège les Livres I à III en Classique Larousse, annotés pour les lycéens.

Et je me suis régalée! Je le craignais geignard et pompeux, je l’ai trouvé  vif et plein d’humour. Les descriptions sont surtout merveilleuses.

Certes, les lieux ont un peu changé, le parc de Combourg a été redessiné à la fin du 19ème siècle, les épaisses forêts et les landes ont cédé la place aux choux-fleurs et carottes des maraichers. L’étang et sa caravane emplumée est toujours là de même que les écureuils. Je n’ai pu entendre les chouettes, elles dorment aux heures de visites!

les remparts de Saint Malo –

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT MALO

 

les remparts de Saint Malo

9h30, les cloches appellent à la messe. Au café de la place Chateaubriand, résonne la Marseillaise pour la finale de rugby, les remparts sont à nous !

Le guide Gallimard, comme toujours, est précieux. Passant la Porte Saint Vincent,il nous raconte l’anecdote de la salle située dans l’épaisseur de la   porte, où l’on consignait les retardataires qui arrivaient en ville après le couvre-feu sonné par la cloche la Noguette.

les dogues de saint Malo

En bonnes enseignantes, nous réagissons : « la permanence ! » . L’histoire est  plus cruelle puisqu’on lâchait des dogues sur la plage contre les intrus Ces dogues sont sur la plaque d’égout devant la porte.

La place Chateaubriand est bordée par deux beaux hôtels, l’un d’eux, blanc au nom de l’auteur, en face, l’Hôtel de ville et le Musée sont logés dans le Château.De l’autre côté de la porte,se trouve le célèbre restaurant, La Duchesse Anne (menu à 79€ quand même,  champagne et foie gras).

Après avoir photographié  le portrait de Chateaubriand, nous montons pour le tour de remparts. De là, la vue sur les maisons est idéale, les hautes fenêtres aristocratiques des étages nobles, les deux étages de mansardes avec de confortables fenêtre aux chiens assis comme les petites fenêtres carrées. Les toits d’ardoises sont parfois tachés de lichens jaunes, granite et ardoise, l’unité de style est respectée même s’il y a des différences dans les hauteurs de cheminées.

La ville a été reconstruite après les destructions de la deuxième guerre mondiale, modèle de restauration. Tout en marchant je me demande quelle ville sera Saint Malo pour moi. La ville des corsaires ?avec Surcouf dont nous voyons le grand hôtel particulier et Duguet  Trouin dont la statue en pied se trouve en majesté à un angle des remparts. Ou la ville de Chateaubriand ? Celle des écrivains-voyageurs ? A moins que ce soit celle des bars à marin avec les enseignes peintes ?

Je m’amuse à regarder les belles demeures, les rideaux encadrant des salons luxueux.

Le guide Gallimard raconte que les évêques de Saint Malo entraient par la porte de Dinan, venant de Saint Servan. de La grande maison de Surcouf est situé en face.

Quelques marches nous mènent au terre-plein du Bastion de Hollande où se trouve la statue  de Jacques Cartier. Des canons sont disposés face à la mer, les enfants les chevauchent  et j’ai bien du mal à faire une photo sans un de ces figurants.

A marée basse : le Grand Bé et le Petit Bé

Sur la plage, des théories rejoignent les îlots du grand Bé et du  Petit Bé  découverts, à marée basse. Je descends des escaliers très raides pour me joindre aux pèlerins qui vont défiler devant la tombe de Chateaubriand avant que la marée ne remonte. Des écriteaux mettent en garde les imprudents à qui on  recommande de rester dans l’îlot si ce dernier est entouré d’eau. La chaussée est glissante, on monte ensuite une rampe. Le tombeau est signalé par une croix de granite. Grande simplicité, un bouquet de fleurs séchées, des coquillages alignés sur la pierre tombale.

UN GRAND ECRIVAIN FRANÇAIS

A VOULU REPOSER ICI

POUR N’Y ENTENDRE

QUE LA MER ET LE VENT

PASSANT

RESPECTE SA DERNIERE VOLONTE

Tombeau de Chateaubriand

La situation, en face de la ville, battue par les vents, est exceptionnelle. Les touristes posent devant la tombe. Je médite sur mon ignorance. Comme cet été, devant la maison de Thomas Mann à Nida, je me rends compte que je ne connais rien du célèbre écrivain. Les Mémoires d’Outre-Tombe était un titre  qui ne m’avait rien dit étant adolescente, depuis j’ai lu des extraits au cours de mes voyages et justement je me prépare à lire le Voyage d’Orient.

Combourg et Dol de Bretagne Sur les pas de Chateaubriand

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT MALO

 

le château de Combourg


Sous la pluie, nous traversons champs de poireaux et de choux.  On récolte les choux-fleurs. Passons par Dol de Bretagne.

Combourg

Le château, en Octobre, n’ouvre que l’après midi pour deux visites guidées 14h et 15h30.  L’Office de Tourisme édite un plan de la ville avec les  maisons remarquables.

la maison de la lanterne

Le circuit commence justement à la Maison de la Lanterne, siège de l’office de Tourisme,   très belle maison de pierre flanquée d’une tourelle fine, bâtie en 1597 par Perrine Jonchée, « dame de la chasse » comme nous l’apprend une inscription gravée. Fille d’armateurs malouins, son frère reprit Bréhat aux Anglais en 1591, selon le guide Gallimard. La lanterne  attachée à la maison était censée éclairée le corps de garde à l’occasion de la fête de l’Angevine (Gallimard).

combourg : relais des Princes

Une autre maison remarquable est le Relais de Princes : un restaurant dans une maison à pans de bois peint rouge foncé:

Au XVIIème siècle, Benoit, le propriétaire du relais des diligences de Combourg. Ce relais, fort réputé à l’époque, au pied du vieux château féodal s’appelait déjà relais des Princes.

Cette auberge du relais de poste étaie déjà i, lieu où il faisait bon séjourner. Elle devint plus célèbre encore lorsque le cousin de Madame de Sévigné, le Marquis Pierre-Philippe de Coulanges, homme plein de vertu et bon vivant, l’adopta comme rendez-vous de chasse.

Plus tard, l’auberge fut cédée à Bonnaventure  Courtel qui fit supprimer le relais de poste pour prendre à son compte le transport des voyageurs. Il possédait deux diligences et son personnel ne se composait pas moins de garçons et de 4 Postillons.

Au XIX ème siècle, les écuries du Relais tenues par Lydie Corvoisier étaient familières des Combournais. Au fil des siècles les diligences, les postillons et les chevaux ont disparu, mais les pierres sont restées.

Nous avons cherché la Maison du Pendu qui a aussi une histoire : rivalité amoureuse de deux amis qui se termine mal : un duel, l’un des deux amis succombe, l’autre défiguré se pendit.

Le circuit passe devant la statue de Chateaubriand, inévitable! Sur un  mur, en trompe l’œil, Chateaubriand est à la fenêtre.

Un détour par l’Abbaye nous promène dans une rue tranquille bordée de très belles maisons de granite fleuries avec des portes cintrées.

Rien d’extraordinaire, mais une balade très sympathique sous un ciel voilé.Le soleil fait de rare. Le village, La Chapelles aux Fitzméens  a une église au toit remarquable avec  des mansardes en relief assez étrange. A la sortie du village, le Logis, un château du XVIIème a belle allure, juste derrière, un camping de luxe est installé. Nous pique-niquons dans son parking.

Château de Combourg

château de Combourg vu du parc

Le château de Combourg, propriété des Chateaubriand depuis les Croisades, se visite accompagné.  Avant la visite je parcours le parc sur des allées sablées entre des châtaigniers  et découvre l’étang beaucoup plus sauvage et joli que le lac qui borde la ville. Revenant sous une allée de beaux chênes je vois traverser un écureuil à la queue fournie. Cette rencontre m’enchante. A mon approche il grimpe sans se presser le tronc d’un chêne s’arrête à la fourche d’une branche à 3 ou 4 mètres. Assis, il tient entre ses petites mains un gland qu’il croque tranquillement en me regardant.

Un  haut escalier droit conduit au perron. L’entrée est décorée au goût du XIXème avec murs peints et trophées de chasse.  Dans la chapelle, la mère de l’écrivain, très pieuse, passait  beaucoup de temps à méditer et prier.  La cour, ouverte au temps de François-René a été couverte lors de la restauration un escalier de bois monumental.  De même, la grande salle, où Chateaubriand enfant, passait des soirées interminables auprès de sa mère et de sœur tandis que son père arpentait la pièce  jusqu’à ce que la cloche du village sonne l’heure du coucher, a été partagée en salle à manger et salon, deux cheminées Renaissance de belle pierre blanche. L’atmosphère assez lugubre du temps de l’enfance de Chateaubriand ne subsiste plus. De beaux tableaux décorent les murs : un Bellini me plait particulièrement.

La salle des archives occupe l’étage d’une tour. C’est émouvant de lire la grande écriture pointue  de Chateaubriand, de voir son portefeuille ministériel comme ministre des Affaires Etrangères, un cartable de maroquin, ainsi que des documents romains de son Ambassade à Rome. Par escalier en colimaçons et courtines nous accédons  à lachambre d’enfant de Chateaubriand justement dans la Tour du chat : tour hantée par un chat  noir et un fantôme à jambe de bois. L’enfant de huit ans dormait loin de tout. (Lire le texte du blog de Claudialucia ici)

voici comment Chateaubriand présente le château :

Le château se montrait entre deux groupes d’arbres. Sa triste et sévère façade présentait une courtine portant une galerie à mâchicoulis, denticulée et couverte.

…le château entier avait la figure d’un char à quatre roues….

Mêlez à cela dans les diverses parties de l’édifice, des passages et des escaliers secrets, des cachots et des donjons, un  labyrinthe de galeries couvertes et découvertes, des souterrains murés dont les ramifications étaient inconnues ; partout silence, obscurité et visage de pierre : voilà le château de Combourg;

Dol

Dol rue ceinte

Dol est une jolie ville animée. Nous cherchons les maisons remarquables Grande-Rue-Des- Stuarts, certaines à pans de bois d’autres à piliers de granite. La petite Rue Ceinte avec ses pavés semble d’un autre âge. La Cathédrale a une allure originale de forteresse avec une tour bizarre qui dépasse, l’intérieur est gothique et ne rappelle en rien l’extérieur.

 

De Paramé à Saint Jacut par la côte, retour par Plancoët

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT MALO et aujourd’hui un peu plus à l’ouest

Paramé

Saint Malo à marée haute vu de Paramé

 

On nous avait dit :

– « par grandes marées, il faut aller à Paramé ! »

Pleine mer : 9h30,

à 9h33, nous sommes sur la digue.

Pas un souffle de vent, la mer émeraude lèche le ciment. Deux chinois font une sorte de gym douce avec France Musique devant des affiches dénonçant la répression contre la secte Fuong  en Chine.

Nous ne résistons pas à ‘envie de voir les murs de Saint Malo baignés par la mer.

Barrage de la Rance

A 70km/h on ne se rend pas compte que la route en traversant la Rance sur le barrage, passe sur une merveille de technologie en matière d’énergies renouvelables : l’usine marée-motrice. La file de voitures est immobilisée : le pont s’est levé pour laisser passer des voiliers.

J’en profite pour descendre et marcher. Des tourbillons se forment devant les turbines. Une mouette semble prise dans le vortex. Je m’inquiète : va-t-elle être avalée dans le barrage : Non !elle a l’air de s’amuser quand elle atteint le centre elle retourne au bord.

EDF a installé une salle de démonstration dans le barrage à l’extrémité de celui-ci côté Dinard. C’est une très belle salle d’exposition : on peut voir la flore et la faune, les oiseaux de la Rance, les poissons de la baie,  des maquettes de barrages et des audiovisuels…et même des visites guidées. Mais nous sommes pressées, le programme de la journée est copieux.

Villas de la Vicomté

Nous voulons voir les belles villas de la Vicomté à Dinard. Les maisons sont toutes de granite, de style 1900 dans des parcs verdoyants. Vers le centre ville la circulation bouchonne à cause du marché.

Saint Lunaire

La vieille église romane de saint Lunaire

Deux sites remarquables à saint Lunaire : une très jolie église romane au toit d’ardoises, qui contient cinq gisants de pierre et le sarcophage de Saint Lunaire curieusement porté par quatre personnages.

De là nous allons voir la Pointe du Décollé, nom évoquant la fente qu’ aurait porté Saint Lunaire avec son épée, voulant fendre le brouillard. C’est une pointe rocheuse occupée par un restaurant et une boite de nuit à l’extrémité d’un quartier de très belles villas 1900. Nous cherchons le « manoir écossais » et la « villa coloniale » que signale notre guide.

Sentier côtier de Saint Lunaire à Saint Briac

Après avoir traversé le quartier des belles villas, je descends sur la plage de Longchamp, belle plage de sable assez animée aujourd’hui samedi. A l’extrémité, un escalier conduit au sentier des douaniers caché dans un bosquet d’éléanus qu’on est en train de tailler avec une très grande scie mécanique. Je piétine des rameaux odorants. Le sentier contourne la Pointe de  la Garde-Guérin, truffée de blockhaus, lande très sauvage de fougères déjà brunies ; coincé entre un golfe très vert et magnifique et les piquets de bois qui protègent la dune qui borde la plage de la Hue, il part ensuite vers la pointe de la Haye où se poursuit le parcours de golf.

Pique-nique à Saint Briac

piquenique à saint Briac et pont sur le Fremur

Les crevettes que le propriétaire du gîte nous a offertes, pêchées d’hier après midi, cuites juste après la pêche, petits bouquets roses minuscules sont délicieux. Le soleil fait son apparition, la plage est très calme, de nombreux bateaux reposent sur le flanc à marée basse. Un peu plus loin se profile le pont sur le Frémur. Avant de monter en voiture nous découvrons que, juste derrière le petit port où nous avons déjeuné, il y avait une plage charmante bordée de cabines de bois de style désuet. De nombreux rochers forment des îlets et îlots. A marée basse pendant les marées de fort coefficient toute une armée de pêcheurs à pied s’est déployée avec râteau, pelles binette, filets à crevettes. Près des cabines des familles se sont installées. Animation de vacances !

Comme le GR quitte le rivage et s’engage dans les rues de Saint Briac et de Lancieux je remonte en voiture. Curiosité signalée à Lancieux, un clocher d’une église disparue et un moulin à vent.

GR de la plage de Sieu à la Baie de Beaussais

Sur la plage de Sieu découverte jusqu’aux rochers et presque jusqu’à la Pointe de Saint Jacut qu’on atteindrait aujourd’hui à pieds secs, je n’ai pas envie de monter sur le sentier côtier. Je surveille qu’il se trouve bien en vue sur la falaise. Et je marche à ses pieds sur le sable mouillé entre les rochers couverts de grosses moules. Encouragée par tous les  pêcheurs à pieds je longe le rivage, un peu inquiète : comment vais-je monter ? La falaise s’abaisse : une femme et ses deux filles s’installent. J’ai envie de lui demander si le sentier côtier est accessible mais quand j’arrive près d’elle, je la trouve plongée en méditation ses mains retournées paumes vers le ciel gracieusement, les petites filles jouent sur les rochers mais elles sont trop petites pour me renseigner.

Sur le sentier au dessus de la Plage de Briantais, il y a foule, un groupe de randonneurs mais aussi des joggers, le site du Tertre de Colieu a de belles dunes protégées par des palissades et des fils de fer. Il faut attacher les chiens et ne pas quitter les parcours aménagés. Ensuite la dune s’abaisse, la plage se termine en un pré salé où sont creusées des mares avec des cabanes d’affût pour les chasseurs de gibier d’eau. Le GR a disparu, comme je m’inquiète un peu je vois des marques rouge et blanches : pas de chemin et pourtant je suis bien sur l’itinéraire. Le topoguide prévient que « le sentier suit le fond de la baie de Lancieux à la limite du schorre sur la digue qui protège le polder. » La digue est bien là, mais il est impossible de marcher dessus, l’herbe est très haute, des buissons d’épineux et des tamaris barrent la route. C’est plus facile de marcher sur les salicornes dans la boue. La pluie, les grandes marées et les chevaux  ont rendu impraticable le chemin très glissant et boueux.

Je vois les voitures filer un peu plus loin mais chaque fois que j’avance, j’ai l’impression qu’elles s’éloignent ; Un petit pont de bois a été construit pour passer un ruisseau : deux flèches de bois confirment que je suis bien sur l’itinéraire mais c’est interminable. Enfin, le sentier franchit la digue et je me retrouve dans un  pré avec des vaches normandes. La marche devient plus facile et enfin j’atteins la route !

Plancoët

Plancoët dans les Mémoires d’Outre-Tombe :

« En sortant du sein de ma mère, je subis mon premier exil ; on me relégua à Plancoët, joli village entre Dinan, saint Malo et Lamballe…. »

« Ma nourrice se trouva stérile…une autre chrétienne me prit en son sein. elle me voua à la patronne du hameau, Notre-Dame-de Nazareth et lui promit que je porterai en son honneur  le bleu et le blanc jusqu’à l’âge de sept ans … »

Nous avons cherché,  la maison de la nourrice de Chateaubriand–  pas très efficacement, je le confesse, nous étions fatiguées – dans la petite ville fleurie et avec encore moins de succès le chateau de Monchoix. Dommage!

Randonnée sur la digue de la duchesse Anne

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT MALO AVEC CHATEAUBRIAND POUR GUIDE

la digue rectiligne entre pré salé et polder

Sous un ciel bleu sans un nuage, la randonnée commence à la chapelle Sainte Anne sur la digue protégeant le polder. Le GR34-variante, va droit sur le Mont Saint Michel, 19 km.

Le Mont comme cap, encadré par les buissons taillés. Je rêve à cet autre Mont Saint Michel, celui des Pouilles au Gargano.

A ma gauche, les vagues et les salicornes très humides, à marée haute peut être après la pluie de cette nuit. Des mares avec des affûts ont sans doute été creusées par les chasseurs de gibier d’eau. A ma droite dans le polder, des vaches, des moutons, des salades…des petites routes aboutissent à la digue, de  Broladre,  de Palluel. Par ce jour ensoleillé, des familles arrivent pour un pique-nique, des cavaliers galopent dans les salicornes et s’éclaboussent  dans les flaques, belle vision.

Avec Chateaubriand pour guide

       » Entre la mer et la terre s’étendent des campagnes pélagiennes, frontières indécises des deux éléments : l’alouette de champ y vole avec l’alouette marine ; la charrue et la barque à un jet de pierre l’une de l’autre, sillonnent la terre et l’eau. Le navigateur et le berger s’empruntent mutuellement leur langue : le matelot dit « les vagues moutonnent », le pâtre dit « des flottes de moutons. »…..

Mémoires d’Outre-Tombe, livre I 102-105

 

Le Mont saint Michel est trop loin, je retourne sur mes pas. Nous déjeunons de crevettes et kouing aman.

la chapelle de Sainte Anne

Pour l’après midi, de la chapelle Sainte Anne vers le Vivier. La mer s’est retirée très très loin, la digues est bien tondue, j’arrive devant les moulins de Cherrueix , puis quitte la digue vraiment trop peuplée pour les chemins sur l’estran. Les coquilles des coques et des huitres craquent sous mes pas. Il faut rester sur ces bancs en relief. A la couleur, je choisis mon itinéraire : rose orange des salicornes, à éviter à cause des flaques et des ruisseaux, gris de la tangue à proscrire glissades et peut être pire, il faut se tenir au banc blanc de sable clair recouvert de coquillages.

Chateaubriand :

.... »Des sables de diverses couleurs, des bancs variés de coquillages, des varechs, des franges d’une écume argentée, dessinent la lisère blonde ou verte des blés »….