Le Turquetto – Metin Arditi – Babel

CONSTINOPLE ET VENISE

 

Un tableau a inspiré ce livre : L’Homme au gant  attribué au Titien. Un détail : la signature est étrange, le T de Ticianus n’est pas de la même teinte que les autres lettres. Et si un autre peintre en était l’auteur?

Métin Arditi brode son roman sur cette hypothèse et invente un peintre oublié, effacé plutôt : Le Turquetto.  Elie  est né à Constantinople, fils d’un Juif séfarade employé d’un marchand d’esclaves, orphelin de mère à sa naissance, il est confié à une nourrice grecque orthodoxe, puis élevé par  Arsinée, arménienne.A Constantinople, cosmopolite,  les communautés cohabitent en paix dans la diversité. Elie est capable de faire des portraits très ressemblants en mémorisant les traits de ses « modèles ». Il étudie la calligraphie auprès de Djellal Baba mais, non mususlman,  ne peut la pratiquer. Capable de reproduire les fresques de l’église grecque aussi. Il ne vit que pour le dessin qui lui est interdit. Interdit par la loi mosaïque. Il   embarque pour Venise où il préfère prendre une identité grecque : Ilias Troyanos.

Venise 1574, Ilias est desormais un peintre recherché, converti au catholicisme.  Marié à la fille d’un notable, il fréquente la bonne société, le doge est même présent au baptême de sa petite fille par le nonce du pape. Son atelier doit fournir de nombreuses commandes. La rencontre avec Rachel, une juive du Ghetto, qui devient son modèle préféré, va mette en danger ce succès bien établi. Avec elle, il retrouve le castillan, la langue de son enfance et tombe amoureux. la jalousie de sa femme va mettre un terme tragique à l’aventure. Une commande prestigieuse doit consacrer la carrière du peintre : une Scuola se construit, Ilias doit peindre la Cène dans le réfectoire de la congrégation dans des dimensions impressionnantes censée étonner tout Venise.

Le dévoilement du tableau est un scandale : Elias a peint une oeuvre provocante. Jésus et les apôtres, représentés comme des Juifs célébrant la Pâque, avec les plats traditionnels, kippas et lui-même assumant le rôle de Judas.  Aucun doute, le peintre est juif, coupable d’avoir entretenu des rapports intimes avec une chrétienne, et toute son oeuvre blasphématoire subi un autodafé. Seul ce tableau de l’homme au gant échappera au bûcher.

Constaninople 1576, Elie a réussi à échapper à la pendaison, il se réfugie dans le Bazar. Traqué, il prend l’apparence d’un portefaix musulman.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui transporte le lecteur au XVIème siècle dans l’apogée de ces deux villes si différentes et pourtant si liées. La promenade dans les deux villes aurait suffi à me ravir. Le thème de la peinture entre Constantinople et l’Italie a été le sujet de livres qui restent dans ma mémoire Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants de Mathias Enard, Les Turbans de Venise de Nédim Gürsel, et mon préféré Mon nom est Rouge d’Orhan Pamuk. 

 

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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