le Cahier volé à Vinkovici – Dragan Velikic

Littérature d’Ex-Yougoslavie ou de Serbie?

Dragan Velikic est un écrivain et diplomate serbe, Le cahier volé à Vinkovici est traduit du Serbe mais il se déroule entre Pula, Rijeka et des villes d’Istrie qui se trouve maintenant en Croatie et Belgrade  sa famille s’est installée après avoir quitté Pula.  Il évoquera aussi Ohrid en Macédoine, Ristovac à la frontière Turco-serbe, maintenant en Serbie. Mais pas seulement en Ex-Yougoslavie, Budapest , Trieste et surtout Salonique.

Une carte de l’Istrie m’a été indispensable pour localiser les plus petites localités de Rovinj, Rasa, Opatija….

Géographie et Histoire : l‘Istrie a été italienne du temps de Mussolini qui y a construit une ville-modèle à Rasa. Occupation par les Alliés à la fin de la guerre quand les frontières ont changé. Fiume est devenue Rijeka…Histoire aussi plus ancienne quand Trieste était autrichienne. Les fantômes des anciens habitants hantent les maisons et les appartements.

« Je feuillette à l’aveuglette le gros livre de la mémoire. Il en sortira bien quelque chose. »

C’est un livre sur la mémoire, la mémoire de sa famille, la mémoire de sa mère qui est en train de la perdre, malade d’Alzheimer dans une maison de retraite. Mémoire perdue dans le train avec le déménagement de Belgrade à Pula avec ce cahier volé

« Dans le cahier volé à Vinkovci, elle ne notait pas seulement les noms des hôtels et des pensions où elle avait séjourné, les histoires et les contes de fées qu’elle inventait, incitée par une puissante exigence de justice, de vérité, mais aussi ses rêves. »

Evocation de la mère et de sa personnalité originale.

Comme Mendelsohn et Sebald , Velikic mène son enquête de manière circulaire. Il tourne et retourne, digresse, retrouve d’anciennes photographies, interroge des témoins comme le vieil horloger nonagénaire. Il fait revivre les anciens souvenirs familiaux comme ceux de son grand père cheminot. Surtout il raconte l’histoire de son ancienne voisine Lizeta, grecque, italienne et juive de Salonique dont les anciennes photos ont enchanté son enfance. L’incendie de Salonique (Aout 1917).

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a promené dans des contrées que je ne connaissais pas. J’ai aimé ce regard sur la désintégration de la Yougoslavie, serbe mais aussi cosmopolite, critique  sans  parti pris nationaliste alors que la folie nationaliste a mis le pays à feu et à sang. Au contraire il dessine un palimpseste où interviennent les histoires, les photos de ses ancêtres , des voisins, et même d’inconnus comme les occupants anglais ou allemands à Pula.

« Comme étaient déterminants pour la survie de ce monde les socles invisibles sur lesquels grouillaient des vies si différentes ! Héritages, légendes, traditions séculaires, histoires privées – plongées dans la réalité socialiste avec ses rituels et sa propagande assurant la cohésion de ce monde – grouillaient sous la surface du quotidien. »

Lisière – Kapka Kassabova -Marchialy

 

BALKANS

J’ai débuté par la mer Noire, au pied de l’énigmatique massif de la Strandja, où les courants méditerranéens et balkaniques s’entremêlent ; je me suis aventurée vers l’ouest dans les plaines frontalières de Thrace, sillonnées
de couloirs marchands où se trament des échanges plus ou moins licites ; j’ai franchi les cols des Rhodopes, où
le moindre sommet fait l’objet d’une légende et où le moindre village réserve des surprises ; puis j’ai bouclé la
boucle en terminant par la Strandja et la mer Noire.

Un gros coup de cœur!

Kapka Kassabova est née en Bulgarie en 1973 à Sofia qu’elle a quitté avec sa famille après la Chute du Mur de Berlin. Elle habite maintenant en Ecosse et écrit en anglais. Elle est retournée en Bulgarie sur la Riviera Rouge plages de la Mer Noire où elle venait en vacances avec ses parents dans les stations balnéaires fréquentées par les cadres d’Europe de l’Est. Fréquentées aussi par les candidats à la fuite à travers le rideau de fer, allemands en « sandales« , Tchèques, Bulgares. 

Du fait de sa seule présence, la frontière est une invitation. Viens, murmure-t-elle, franchis cette ligne. Chiche ? Franchir cette ligne, en plein jour ou à la faveur de la nuit, c’est la peur et l’espoir amalgamés.

L’écrivaine ne convoque que très peu ses souvenirs d’enfance mais elle s’installe dans un petit village-dans-la vallée déserté de ses habitants. Ceux qui sont restés sont accueillants. Ils livrent à  Kapka Kabassova des secrets comme ceux des Agiasmes, les sources sacrées depuis la nuit des temps, ou les Nestinari qui marchent sur les braises et possèdent les dons du chant ou de la divination. 

On célèbre aujourd’hui le festival du feu des saints Constantin et Elena. Ils ne sont ni plus ni moins qu’une variante
du double culte de la déesse Terre et de son fils et amant, le dieu Soleil. Des représentations de la dualité dionyso-apollonienne au cœur du culte du feu. La rencontre du solaire et du chtonien.

La montagne sauvage recèlent encore d’autres mystères : des pyramides  – Le Tombeau de Bastet ,

Le « Grand Site », car on avait retrouvé dans les parages plusieurs strates d’habitations antiques : un lieu de culte
thrace composé de plusieurs édifices disposés en cercle baptisé Mishkova Niva, tout équipé, avec autel
sacrificiel et reliquaire orné d’inscriptions gravées par des prêtres orphiques ; un tumulus ; un fort thrace
romanisé ; une maison de villégiature romaine et un réseau de mines de cuivre datant de l’Antiquité.

De nombreux trésors furent enterrés dans le Grand Site, mais aussi par les habitants chassés de leurs maisons. La profession de Chasseur de Trésor fut répandue ainsi que celle de passeur de fuyards ou de migrants et parallèlement de gardiens de la frontière qui ont souvent abattu ceux qui voulaient passer en Turquie. Cette forêt possédait  du Barbelé dans le cœur. les souvenirs de l’époque communiste  sont encore très présents. Le franchissement du Rideau de Fer n’est pas le seul passage : contrebande, et maintenant Syriens, Afghans tentent de rejoindre l’Europe à travers cette frontière. Impossible de lister tous les mystères. Il faut lire Lisière

l’Or des Thraces

les Couloirs Thraces

La Thrace antique se déployait sur toute la partie nord-est de la Grèce actuelle, y compris les îles de Samothrace
et de Thassos, ainsi que la partie européenne de la Turquie et l’intégralité du territoire bulgare ; de l’autre côté
du Danube, elle englobait la Roumanie jusqu’au massif des Carpates, quelques régions serbes et la république de
Macédoine. Les Thraces n’ont guère laissé de traces écrites, mais on a retrouvé énormément de vestiges

[….]
leurs sépultures peintes et leurs objets en or demeurent inégalés dans le monde antique

[…]
Hérodote, notre principale source d’information sur les Thraces, les décrivait comme les tribus les plus
puissantes et nombreuses de son époque. 

Les « couloirs » font référence aux couloirs migratoires mais aussi aux couloirs des tombes thraces que j’ai eu le plaisir de visiter en Bulgarie. Kapka Kassabova descend de la montagne pour explorer cette région qui s’étend actuellement sur trois états : Bulgarie, Turquie et Grèce. Elle nous fait découvrir Svilengrad, la ville de la Soie, ville frontalière, Edirne et un fleuve : la Maritsa bulgare appelée Meriç en Turquie, Evros grec qui fait la frontière entre la Turquie et la Grèce, entre l’Union Européenne et la Turquie, presque l’Europe et l’Asie! Courants d’échanges de populations entre Grecs et Turcs, Turcs et Bulgares, Bulgares musulmans mais bulgarophones, populations qui ont dû choisir entre leur langue maternelle et leur religion, sans parler des Gitans et des Pomaques(musulmans parlant bulgare mais répartis sur la Bulgarie, la Turquie et la Grèce). Porosité de cette frontière. Je me souviens d’une photo ancienne vue dans la maison d’hôte d’un village bulgare : des files de réfugiés avec leurs paquets sur un pont….

Il serait tentant d’établir un parallèle entre l’expulsion des Turcs de Bulgarie et l’horreur que les nationalistes
serbes allaient infliger à la Bosnie, non loin de là, car dans les deux cas, on chercha à justifier les atrocités par
des anachronismes crasses en invoquant le « joug turc ».

[…]

La guerre en Yougoslavie était due à un virus nationaliste serbo-croate réactivé après être resté en sommeil
pendant des décennies,

[…]
alors que la purge ethnique en Bulgarie constitua l’ultime exaction imbécile du totalitarisme crépusculaire. 

Ces migrations ne sont pas terminées : Syriens, Kurdes et Afghans tentent de rejoindre l’Union Européenne, Kapka Kassabova les rencontre, noue des sympathies et met des noms, des histoires personnelles sur ces hommes et ces femmes qu’on désigne souvent par « migrants« sans chercher à les connaître.

Les cols des Rhodopes forment la troisième partie du voyage, fief des Pomaques. l’écrivaine s’installe dans Le Village-où-l’on-vit-pour- l’Eternité. Elle prend pour guide dans une randonnée sauvage Ziko, personnage original, (passeur de clandestins, contrebandier ou trafiquant de drogues?)  sur la Route de la Liberté qui traverse la forêt jusqu’à Drama et Xanthi en Grèce. Traversée aventureuse! Les Rhodopes, comme la Strandja sont des régions très mystérieuses depuis la plus haute antiquité – terre orphique, ou légende de la tunique de Nessos. Il est question de la culture du tabac, de la soie. Ne pas oublier la déportation des Juifs :des 11343 Juifs de Dràma, Kavala, Xanthi et de Macédoine aucun n’est revenu. J’ai pris des pages de notes et ne peux pas les copier toutes!

J’ai été bluffée, scotchée par ce gros livre (488 p).  Je regrette de l’avoir terminé.  J’ai découvert qu’elle avait écrit To the Lake pas encore traduit que je compte bien lire. 

Le sarcophage – Douleur du Vendredi saint – Yorgos Ioannou

LIRE POUR LA GRECE

 

« L’héroïne de ce livre est une ville Thessalonique au riche passé antique, byzantin, turc et juif, aux quartiers populaires grouillants de vie, à la fois jeune et plaine de fantômes. 

Le héros, c’est l »‘auteur : Yorgos Ioannou, tourmenté, solitaire écorché, vif, enfant de cette ville qu’il aime comme une mère qui l’étouffe.

En 1971, à quarante-quatre ans, quasiment inconnu encore, il publie comme un exorcisme ces vingt-sept histoires autobiographiques; Elles sont revivre les années noires de l’Occupation allemande et de ce qui a suivi, en alliant Eros et Thanatos, tragédie et humour, et l’auteur se révèle un merveilleux conteur. 

Le sarcophage, c’est l’acte de naissance d’un des maîtres de la prose grecque d’aujourd’hui. »

C’est le 4ème de couverture du livre. Rarement, j’en ai lu d’aussi juste et si bien écrit. 

D’ordinaire je déteste bandes-annonces de films ou 4èmes de couverture.  Dans le meilleur des cas, ils spoilent l’histoire et dans le pire vous font miroiter des promesses non tenues. Je ne l’ai donc lu qu’après avoir terminé de lire l’ouvrage et je ne sais plus que rajouter:

11 histoires avec  l’auteur  pour narrateur, à différents âges de sa vie, parfois amères et tragiques comme la déportation des Juifs de Thessalonique, ou la guerre dans les montagnes, parfois insignifiantes comme l’histoire du ficus, mais combien touchantes.

 

 Yorgos Ioannou,  j’ai aussi lu avec beaucoup de bonheur La Douleur du Vendredi saint, recits inclassables sur solitude, amours impossibles,  recueil de nouvelles courtes, un peu étranges.

 

 

 

la Dernière Page – Gazmend Kapllani – INTERVALLES

CARNET DES BALKANS/ALBANIE

C’est un vrai coup de cœur!

Un de ces livres qui me semble personnellement destiné. Pas seulement parce que nous rentrons de Tirana. Pas seulement parce que le destin des Juifs de Salonique m’émeut toujours. Quête d’identité dans le mélange balkanique,exil et  métissage. Faux-semblants. Aussi pour l’amour des livres. Pour ce poème de Cavafy, glissé comme  par mégarde.

Je venais de terminer le Petit Journal de bord des frontières qui m’avait beaucoup touchée. C’est parfois une erreur de lire à la file deux livres du même auteur. Parfois la petite musique de l’auteur se répète, radote. Et bien là, pas du tout. Le narrateur des deux ouvrages semble être le même,  un exilé albanais, écrivain, vivant à Athènes. Les lieux aussi sont identiques, Tirana, la Grèce. Pourtant ce sont bien deux livres très différents. La Dernière Page mêle deux histoires (comme Le Petit Journal mêlait deux points de vue). L’auteur a recours à la typographie italique dans l’histoire du père, droite dans celle du fils.

156 pages,  et pourtant un roman complet, avec une intrigue, et même deux, du suspense, une analyse historique. Bravo!

Lire les Métamorphoses d’Ovide sous l’Olympe…. ou …

LIRE POUR LA GRECE

le Mont Olympe à au sanctuaire de Dion

les Muses sont nées sur les pentes du Mont Olympe et les frais torrents et les sources qui ruissellent invitent Dryades, Sylphides et Nymphes à s’y baigner….comme il serait agréable sous les frondaisons des platanes de s’arrêter pour lire les Métamorphoses qui racontent toute la Mythologie sous le regard (concupiscent) de Zeus et celui (jaloux) d’Héra qui siègent au sommet rafraîchis par les névés encore présents l’été….

 

sous l’Olympe : gorges de Tempi

Presque 2 millénaires ont passé depuis qu’Ovide, exilé sur les bords de la Mer Noire, s’est tu. Et un peu moins de 50 ans que j’ai quitté le lycée et le latin…C’est donc en français (tant pis pour les vers latins) que j’ai téléchargé sur ma liseuse les chants.

Enlèvement de Persephone Vergina fresque macédonienne

J’affabule…je rêve. C’est dans mon autobus matinal, le 281 de 7h13, que je lis les Métamorphoses. J’oublie les immeubles, verre et béton, et voyage avec les nymphes, les déesses et les sylphides.

Rubens : Phaeton

 

 

Phaéton conduit les chevaux du soleil. Iris tend son écharpe colorée. Junon est jalouse, elle transforme ses rivales….

 

 

 

C’est vraiment sous l’Olympe que j’ai eu ce désir de Mythologie, au sanctuaire de Dion. D’autres lieux auraient pu convenir : en Sicile où l’Etna, bouche des Enfers, suggérant l’enlèvement de Perséphone, le mont Ida ou Délos.

Rubens : enlèvement de Proserpine

Si ce poème a traversé les siècles ce n’est pas pour rien!

Un enchantement de lire ces métamorphoses!

Narcisse et Echo Waterhouse
Mythologie fondatrice aussi pour l’histoire de l’art, évocation de tant de tableaux de la Renaissance… on pourrait aussi l’emporter au musée, chercher les Métamorphoses dans les tableaux et les mosaïques. Je le sortirai aussi au jardin et lirai l’histoire de Daphné quand nous taillerons le laurier qui commence à devenir encombrant!

Thessalonique : Salonique juive, Hammam, Agora et saint Dimitrios

CARNET MACÉDONIEN

 

Villa Modiano : musée ethnographique

Notre ticket d’autobus est encore valide jusqu’à 11 heures . J’ai envie de voir les belles villas que les Juifs ont fait bâtir au début du 20ème siècle : villa Modiano et villa Alatini. Les plus intéressantes se trouvent sur Vassilis Olga à l’est de la vieille ville. Vassilis Olga est en sens unique de l’est vers l’ouest parallèle à Megas Alexandrou qui borde la côte. L’autobus circule donc sur Megas Alexandrou et c’est un peu compliqué de trouver le bon arrêt d’autobus.

La villa Alatini, au n°198¸est un véritable manoir qui a servi de résidence au sultan Abdul Hamide de 1909 à 1912 après la Révolution Jeunes Turcs.

Le bus n°8 passe devant l’hôtel. Sur Megas Alexandrou, il y a un arrêt pour la Villa Modiano occupée par le Musée Ethnographique. On descend.

La villa Modiano est une grosse maison de trois niveaux dans un beau parc allant de Megas Alexandrou à Vassilis Olga. Maison carrée de brique, haut perron, de style français assez quelconque. Les villas sont noyées dans une muraille homogène d’immeubles à balcons des style des années 1960 qui caractérise les villes grecques, de la même manière que els ruines romaines ou les églises byzantines dans la vieille ville. Non loin, sur Vassilis Olga il y en a une autre style Deauville ou Biarritz. Mais ce n’est pas une promenade architecturale, plutôt un pèlerinage à cette Salonique juive qui a disparu. Recherche des absents,  comme à Vilnius, à Bucarest ou à Riga. Ces absents de la mer Egée, je les sens pourtant si proches !

La  villa Modiano a servi de résidence à la famille royale grecque, puis au Gouverneur de Macédoine. Le Musée  Ethnographique est fort bien présenté et très agréable. Une jeune femme m’accompagne, allume les lumières, commente les vitrines. J’aurais préféré lire seule les panneaux explicatifs forts détaillés. Les costumes thraces et macédoniens sont magnifiques, très colorés, très brodés, costumes paysans ou citadins, des bergers nomades aux riches femmes juives. Soieries précieuses lainage feutrés des montagnards. Dans la seconde exposition, on montre comment se fabrique le feutre dans les moulins à foulons, comment un bonnet tricoté devient un fez perdant 30% de sa taille, comment les manteaux de feutre protègent des froidures des hivers en montagne. L’exposition est consacrée aux moulins à eau, une présentation vidéo très bien documentée complète l’exposition. Trois sortes de moulins en Macédoine : les moulins à grain – classiques – les scieries mécaniques, c’est surtout le travail des textiles qui a capté mon intérêt. Nous avions vu à Edessa un de ces moulins sans vraiment en comprendre le fonctionnement et l’industrie textile de Naoussa utilisait l’énergie hydraulique. Je fais l’impasse sur la troisième exposition : 100ans de la Thessalonique grecque.

Au retour l’autobus 8 est bondé. On est debout, serré. Arrêt rue Tsimikis avant la place Aristotelous.

Hammam bey

 Nous traversons le marché très pittoresque pour aller aux Hamam Bey ou Bain  Paradiso, sur Egnatia au coin du jardin qui fait face à la Place Aristotelous. Série de petites coupoles couvertes de tuiles ou non, percées d’ouvertures caractéristiques. L’établissement a été construit en 1444 par le sultan Murat II et fut encore utilisé jusqu’eh 1968 sous le nom de Paradiso Loutra . Consruction double, les hommes entraient par la rue tandis que l’entrée des femmes, discrète était derrièe. Les deux parties étaient totalement séparées. Marbres et fresques, nids d’abeilles, stalactites, bassins et tables de marbre.

De l’autre côté des Jardins Aristotelous, dans un creux, une belle roseraie se trouve derrière l’église byzantine de la Panagia Chalkeon. Beaucoup de dorures éclipsent les fresques noircies .

Le Musée Juif se trouve à deux pas de la Place Eleftherias où les juifs furent rassemblés et battus par les nazis. Au rez de chaussée, exposition de photographies anciennes de plans du quartier pour situer les lieux juifs qui ont disparu, dans l’incendie de 1917 puis pendant la seconde guerre mondiale. Tout le quartier a été remanié. En face, des pierres tombales.

A l’étage, l’exposition est plus variée : objets du culte, tentures. Photos des enfants de l’alliance israélite. Je trouve des patronymes connus. Comment restituer le souvenir de toute une Communauté ?

Nos sacs ont été visités dans l’autobus. Le porte-monnaie avec la Carte Bleue de Dominique. Mon permis de conduire a disparu mais le voleur a laissé ma carte d’identité et la Carte bleue. Cette découverte met fin à nos projets. ! Retour à l’hôtel. Nous sommes anéanties.

En fin d’après midi, je sors de ma torpeur et de la trop longue sieste. Il reste tant de choses à voir et nous partons demain. J’aurais aimé voir la maison natale de Kemal Atatürk.

Agora

L’Agora est située au dessus du square Aristotelous, elle est  creusée au flanc de la colline, bizarrement sur deux niveaux. Les boutiques qui la bordent semblent être en sous-sol. Des caves ? ou l’effet de la déclivité du relief ? Au dessus il y a une belle plateforme bordée de colonnes. Ce péristyle a été remonté. Les colonnes sont trop blanches pour être romaines. Un petit théâtre se trouve à mi-pente. Le plan indique également des thermes que je n’ai pas trouvés ;

Basilique Saint Dimitrios

La grande Basilique Saint Dimitrios paraît toute neuve . Elle a brûlé en 1917 et a été reconstruite mais elle est très ancienne: 7ème siècle. Dès que j’entre je pense à Ravenne avec les mosaïques dorées et vertes, les colonnes de marbres précieux aux merveilleux chapiteaux. Basilique romaine à trois nefs comme Saint Apollinaire. Ce n’est pas un Musée mais une église très fréquentée. Je suis en short,  j’ai un peu honte de ma tenue. Les gens vont embrasser les icônes et se signent devant toutes les images. Certains font de larges signe de croix et même une révérence en touchant le sol de la main. Je n’ose pas prendre de photos ni des mosaïques, ni des colonnes ou des fresques qui sont fort belles.

Retour à Thessalonique : ville haute

CARNET MACEDONIEN

Thessalonique vue de la Ville Haute

Autoroute, périphérique de Thessalonique jusqu’à l’aéroport. Avis réceptionne la Toyota sans problème. Nous n’avons pas le courage de reprendre l’autobus avec nos trois valises, il nous en coûtera 20€ de taxi.

Le réceptionniste de l’Hôtel Atlantis est un véritable Office de tourisme à lui tout seul (heureusement, depuis que la Grèce fait des économies, les bureaux sont fermés).

Prendre un ticket : 4€ pour 24h dans l’automate de l’autobus, 3ème bouton (faire l’appoint, la machine ne rend pas la monnaie)

Ville haute.

 Les bus 22 et 23, à prendre sur Venizelou montent à la  Ville Haute.

Le 23 nous emmène d’abord à la petite église Taxiarchon, c’est un peu bas, on prend le suivant jusqu’aux remparts : Tour Trigonion, grosse tour ronde. De là, la vue est spectaculaire. On découvre les installations portuaires et la ville basse. Je reconnais la Tour Blanche, la Rotonde, la trouée du Palais de Galère.

les murs de Thessalonique

Au nord des remparts il y a un quartier de petites maisons balkaniques dans des jardins fleuris. Avec les rues étroites,  en pente raide, peu de voitures, on se croirait à la campagne. Le marchand de légume a arrêté sa camionnette avec ses cagettes et ses balances. On entend le micro du vendeur de melons et pastèques « karpousia pend évro » . Nous demandons le chemin du Monastère Vlatadon aux dames qui arrosent leurs plantes et leur perron.  En Macédoine, on n’économise pas l’eau. On arrose au tuyau, on chasse la poussière, on rafraîchit. Le Monastère Vlatadon est très tranquille avec ses cyprès et ses jardins. Les  fresques de l’église ont été martelées par les Turcs. L’atmosphère de calme nous séduit.

De là, nous rejoignons Osios David. Le quartier est un dédale de ruelles en pente, d’escaliers dérobés, de routes tortueuses et d’impasses. Les gens nous renseignent gentiment mais leurs conseils ne sont pas toujours avisés. On tournicote avant de trouver la toute petite église au toit de tuiles anciens et compliqués, nichée dans un jardin sur une terrasse pleine de pots de fleurs de géranium, plumbagos et jasmin. Une dame commente la mosaïque du fond du chœur qui ressemble à celles de Ravenne. Elle est très colorées, presque trop. Le Paradis est vert comme à Saint Apollinaire in Classe, mais le Christ a un peu trop de bleu et de rouge. Les fresques du narthex paraissent postérieures et sont compliquées.

Nous descendons encore,  à la recherche d’un autobus. Nous passons devant une grande mosquée. Vue de derrière, je l’avais prise pour une église byzantine, pierre et briques, coupoles. En en faisant le tour,  je découvre le mihrab et les inscriptions en turc. Je demande à une dame « Où sommes- nous ? » en lui tendant le plan de Thessalonique. Elle a du mal à se repérer et me déclare que nous sommes devant une « église turque ». Nous trouvons le 23 puis évitons la bruyante Egnatia en marchant dans de petites rues occupées par des commerces de textile, gros et détail, blanc, passementerie ou bonneterie. Je pense à Vidal et au Sentier.

Sieste à l’hôtel dans notre nouvelle chambre un peu plus grande que la précédente avec fenêtre sur cour.

Thessalonique : Tour Blanche

L’autobus 12 – en face de l’hôtel – nous rapproche de la Tour Blanche. Il descend jusqu’à la place Eleftherias, emprunte Mitropoulos, traverse la belle Place Aristotelous. Selon nos guides la Tout Blanche se visiterait le lundi après midi. Depuis les économies budgétaires, on ferme le lundi. J’essaie de longer la mer vers l’Est pour aller voir la Statue Équestre du Grand Alexandre. Chantier en plein soleil. Sans ombre, c’est une fournaise.

Face à la Tour Blanche la place est plantée d’un petit parc et bordée de cafés plutôt chics. Nous choisissons celui qui est le plus à l’ombre. Chaises en fer forgé, coussins, biscuits avec le café frappé, amande, pistaches avec l’ouzo (9€). Le serveur revient plusieurs fois renouveler les glaçons. J’écris. J’aime les terrasses, surtout maintenant qu’elles ne sont plus réservées aux hommes.

Ladadika : ouzeri

A la tombée de la nuit nous retournons à Ladadika. Les restaurants qui occupent les placettes et les rues sont encore déserts. En revanche les docks du port et la promenade du bord de mer sont bondés. Les docks sont transformés en pôle culturel. Dans les entrepôts de briques se trouvent le Musée du cinéma, la Biennale de Photographie, une exposition d’art contemporaine et deux beaux cafés. Sur les planches rouges (synthétique imitant le bois) des dizaines de jeunes sont assis. Les filles sont assises en groupe il y a quelques couples. Quelques garçons grattent leurs guitares. Des préadolescents  marchent en lorgnant les filles, crêtes ou touffes hérissées de gel. Le soleil se couche sur les grues du port.

coucher de soleil sur le port

Sur la Croisette de la place Eleftherias jusqu’à la Tour Blanche, on déambule. Il y a même des joggers. La mer bouge en petites vaguelettes. La brise se lève. La ville respire.

Festival de Dion : Theodorakis

CARNET MACÉDONIEN

 

Le soleil se couche sur l’Olympe, les crêtes se détachent. Vu de l’autoroute, le Mont Olympe semble double. Vu de la campagne, je découvre plusieurs pics. Lequel est le sommet ?

20h15 – le parking du Théâtre de Dion est déjà rempli.

Le théâtre antique est adossé à une colline herbue. Il ne reste plus grand-chose pour rêver. Plus de gradins de pierre, pas même une colonne. Les gradins, bois et métal, sont confortables. Une sono, un ordinateur et une table de mixage sont montés. Peu de place pour les instrumentistes. Essais de musique enregistrée.  Ce ne sera pas un orchestre symphonique comme je l’avais espéré. Pas de maestro à la baguette, non plus. Le décor est sobre : des partitions géantes sur le mur de scène, et trois portes, au sol encore des notes. Pendant une heure encore, l’amphithéâtre se remplit. Le public est composé en majorité de personnes u dessus de la soixantaine, équipé d’éventails et coussins, bouteilles d’eau. Des jeunes en T-shirts blancs essaient d’empêcher le déballages de sièges de plage plus confortables – sans grande autorité.

La nuit tombe, le spectacle commence.

Smyrne 1922 – la Grande Idée, la Grande Catastrophe. ..Des couples dansent un tango

Chios 1923, les réfugiés : procession avec des valises, projection de photographies d’époque.

Des tableaux dansés, des images projetées, le récitant raconte la vie de Theodorakis, j’ai du mal à suivre. Ce n’est pas un concert mais un montage qui hésite entre la comédie musicale et la reconstitution historique. Le père et la mère de Theodorakis errent de villes en villes. Seconde guerre mondiale, arrivée des Italiens, puis des Allemands … le rôle des parents  de Mikis me paraît obscur.

Difficile d’apprécier un spectacle quand on en comprend si peu. Pour une pièce classique, c’est plus facile : je lis le texte en français avant. Je connais des éléments de la biographie de Theodorakis, un peu de l’histoire de la Grèce moderne, je me raccroche aux branches. Le public est très réactif aux plaisanteries. Mes voisines connaissent toutes les chansons, elles chantent doucement, frappent dans leurs mains. Le choix de musique facile me paraît dans l’ordre de la comédie musicale. J’attends la période que je connais le mieux, les années de Guerre civile, Macronissos, plus tard l’Affaire Lambrakis. J’aurais dû visionner Z avant de partir. Je suis devant un puzzle dont j’ai identifié quelques pièces, mais pas assez pour avoir une idée d’ensemble. Le public communie dans l’admiration du grand homme, dans l’évocation de l’histoire grecque, dans cette musique populaire. Est-ce cela Theodorakis ?  Ou est-ce une version grand public ? Que raconte donc le récitant ?  J’ai passé néanmoins une excellente soirée mais je reste avec mes interrogations

Ta Kymata taverne de poissons à Plaka, journée à la plage

CARNET MACÉDONIEN

 

la taverne

La chaleur s’est abattue sur Akti Olympiaki . Difficile de prendre le petit déjeuner sur la terrasse à 8h15. Nous reprenons les routes secondaires en direction de Plaka et  retrouvons la taverne Ta Kymata (les vagues) .

A dix heures, un seul parasol est déplié, nous sommes tranquilles. Sur la petite bande de cailloutis il n’y a la largeur que pour une seule rangée de lits. Ambiance tellement différente de celle de la plage d’Akti Olympiaki.

La mer est agitée de vaguelettes. La matinée se déroule dans l’eau, assez paresseusement parce que j’ai gardé mon chapeau tricoté comme les vieilles grecques. Avec les vagues cela se prête mal à la natation sportive. J’ai apporté ma liseuse. Nerval conte la rencontre entre Salomon qu’il appelle Soliman et la Reine de Saba qui lui rabat son clapet et le traite de parvenu avec tout son étalage d’or . Déjeuner à la même table qu’hier. Comme c’est samedi, il y a plus de monde. On commande des macaronis (ce sera des spaghettis) des aubergines frites et un plat de sardines. Les aubergines sont servies avec du tsatsiki (18.5€ avec le vin blanc)

Les cris des rues

Les marchands ambulants circulent à bord de camionnettes équipées d’un micro.Das les îles circulaient les loueurs de chaises, les poissonniers ou les vendeurs d’oranges. Ici, tous les soirs, le vendeur et de pastèques et de melons, s’installe au coin du parking en face de notre balcon et crie :

          «  Ena evro, karpouzi, peponia «

C’est un peu cher, sur le bord des routes la pastèque se vend à 0.25 le kilo et il vend un euro la tranche ! mais il trouve preneur parce qu’il détaille des parts  aux estivants. Une trandche de pastèque est moins chère qu’un beignet.

Sur la plage, sifflet à la bouche, plateau à l’épaule, le vendeur de beignets se fraie un chemin entre les lits de plages

          «  loukoumades, loukoumades ! »

Ce soir j’entends un nouvel appel :

          « Ekho vassilika »

 je ne reconnais pas les noms de légumes ou des fruits. Parce qu’il vend des plantes en pots. Une femme armée de son balai vient choisir ses plantes vertes.

Ici c’est encore le domaine du petit commerce. Les supermarchés ne regorgent  que d’ennuyeux paquets de lessives ou de papier toilette et conserves bon marché. Dans les supérettes, j’ai appris à fuir les produits préemballés pour aller au rayon à la coupe. Évidemment il faut se faire comprendre, généralement avec des gestes cela se fait bien.

Litochoro et le Mont Olympe – plage à Plaka

CARNET MACÉDONIEN

les sommets du Mont Olympe portent encore des névés fin Juillet!

 

Nous avons garé la voiture à côté de l’église d’ Akti Olympiaki . Première alerte : impossible d’ouvrir le coffre. Deuxième alerte : la Toyota refuse de démarrer. Les phares ont été allumés toute la nuit, la batterie est vide. Je suis très fière de raconter cela en Grec à la dame qui va chercher un  voisin et parlemente: 10€ pour le déplacement (100m) et le dépannage. Premier grec intéressé rencontré.

Dédaignant l’autoroute,  nous suivons la route ethnique qui la double, nous parvenons à Litochoro, gros bourg installé sur les flancs de l’Olympe. Restaurants touristiques départ des excursions sur la Montagne Mythologique .

Entrée du Parc National : une jeune ranger en uniforme nous conseille une balade au départ du parking de Priona (1200m). Prendre le chemin balisé en rouge et descendre au monastère de Dionysos.

Le sentier franchit un ruisseau sur un pont de bois et s’enfonce dans une hêtraie ombreuse. Le thermomètre de la voiture marque 24°. Le sentier est très bien entretenu. Des marches en rondins facilitent la descente ? Aucune erreur possible. A gauche le ruisseau se fait entendre. Du pont de bois, je vois une cascade et un bassin d’eau bleuté d’une grand pureté « ne pas se laver avec ni faire sa vaisselle, elle est potable ! » préviennent les écriteaux.  J’ai emporté ne bouteille remplie à la fontaine. Je suis surprise par son goût agréable. L’eau de montagne est vraiment différente de celle qui se vend en plastique. J’en ai fait l’expérience en Bulgarie.

frais ruisseau

Je descends une bonne demi-heure arrive dans une zone de pâturages (crottes d’ânes, bottes de paille, mouches et taons). Toujours pas de monastère ! puis je trouve une sorte de camping, tentes rondes, hamacs. J’interroge les jeunes: » Le monastère est-il encore loin ? » -«  15 minutes, peut être 10 ! ». Je renonce redoutant que la remontée ne soit très longue. J’ai eu tort, cela se monte très bien, aussi vite que la descente et je regrette d’avoir abrégé la promenade.

Au parking de Priona, les cars ont libéré des troupeaux entiers de touristes bruyants. Nous reprenons la voiture pour descendre au monastère, à 2km. Du parking, le monastère est toujours invisible. Un sentier fléché conduit à une grotte sacrée (moines ou muses ?), je le suis et rate le monastère,  remonte, m’égare. Au dernier moment j’entrevois une coupole derrière les ruines et un chantier de restauration.

Sur une aire panoramique,  les belles plages de sables qui bordent le littoral. On prend tout droit après Litochoro. La petite station balnéaire s’appelle Plaka. Nous suivons les indications Psarataverna (taverne de poisson)et découvrons la taverne dont nous avons rêvé toutes les vacances : tables bleues et nappes à carreaux, bouées bleues et filets, tonnelle de vigne ; Sur l’étroite bande de galets, six parasols et une douzaine de lits. Sous l’eau on devine le sable. L’eau est transparente. Nous sommes les seules clientes (deux tables se rempliront plus tard) trois parasols sont occupés. Calme garanti. Impressions d’avoir découvert un endroit secret. Je commande des sardines grillées, Dominique des Calamars frits. Avec le pain et les boissons l’addition s’élève à 15€. Nous reviendrons demain !

La canicule s’est abattue sur notre balcon. Pas un souffle d’air. Pour la première fois depuis notre arrivée en Grèce, j’ai envie de rentrer dans la chambre climatisée pour lire. Même après 9heures du soir le ciment restitue la chaleur de la journée. Vers 21h30 le cordon du store s’agite faiblement : enfin de l’air !