Musée de Dieppe : peinture, ivoires, maquettes et photos

BALADE NORMANDE – PAYS DE CAUX 2022

Château de Dieppe

Le musée est logé dans la belle forteresse carrée. Je passe le pont-levis, néglige les fortifications et les canons pour visiter directement les collections.

EugèneBoudin : la falaise du Pollet

Dans la première salle, en introduction : les peintures représentant la ville de Dieppe, son port, son avant-port, la vente de poisson peinte par Pissarro, le petit Renoir : Chaumière à Berneval  est trop marron à mon goût. Mon tableau préféré est Les Falaises du Pollet d’Eugène Boudin.

Une vitrine contient de l’Art Précolombien rappelle avec les navigateurs anciens partis de Dieppe.

maquette en ivoire

La Collection d’ivoires du Musée de Dieppe vient aussi des expéditions lointaines des explorateurs dieppois qui rapportèrent les défenses d’éléphant ou de phacochère. 3000 ivoiriers étaient en activité au XVIème siècle ciselant cadrans de boussoles, maquettes de bateaux, tabatières et râpes à tabac ainsi que nombreux objets comme pions de jeu, éventails, médaillons….Le travail, d’une grande finesse s’apparente de la dentelle.

ivoire : de la dentelle!

Surgit un nouveau personnage : la donatrice, la duchesse du Berry Marie Caroline de Naples et Sicile, épouse du duc de Berry (fils de Charles X) vint à Dieppe entre 1824 et 1829 pour fréquenter les bains de mer. Elle encouragea les ivoiriers et fit don de sa collection au Musée de Dieppe.

Une salle est consacrée à l’Histoire maritime . elle contient de très belles maquettes et un tableau impressionnant : Le Naufrage du Steamboat l’Angers près des jetées de Dieppe.

le naufrage du steamboat

Le salon Camille Saint Saëns contient les objets que le compositeur a légué à la ville : pêcheurs Dieppe, collection hétéroclite rappelant aussi les voyages à Alger avec du mobilier oriental.

Graillon

Une très belle surprise : les petites statues de terre du sculpteur Graillon (1807-1872). Graillon fut aussi ivoirier et sculpta également le bois. Ses représentations du peuple dieppois : pêcheurs, marchandes de poissons, gitans, enfants sont très précises (comme les ivoires) très expressives et très touchantes.

Graillon : enfants

Souvent il ne se contente pas d’un seul personnage, il sculpte des saynètes comme la visite d’un médecin à un malade accompagné de sa famille, ou un groupe d’enfants. Ils m’émeuvent comme les tanagras grecques mettant en scène des morceaux de vie non pas figée dans le marbre mais vivants surgissant de l’argile.

L’exposition du Canadien Burtynisky est impressionnante avec de grands formats en Noir et Blanc ou en couleur selon le sujet. Les pyramides de charbon chinoises, accumulations incroyables, ou la montagne évidée des carrières de Carrare, les huttes africaines des campements miniers, la pollution du Delta du Niger avec des irisations se développant à l’échelle du paysage tout cela témoigne d’une vision de l’anthropocène comme les photos impressionnantes de la déconstruction de navires rouillés en Asie. Burtynisky peut être comparé à Arthus Bertrand ; C’est une vraie découverte pour moi et cela aurait justifié le voyage à Dieppe rien que pour cet accrochage.

Varengeville (3) l’orage, La chapelle du Cimetière vitraux de Braque

BALADE NORMANDE – PAYS DE CAUX 2022

Braque ! arbre de jessé

 

Le GPS nous fait faire le tour de Varengeville et nous admirons les maisons de brique imposantes, les chaumières luxueuses et les très grandes propriétés encloses dans de longs murs et des parcs très verts. Varengeville est très chic, pas de lotissement quelconque. Au village, il y a un vrai boucher-charcutier, un caviste et une très belle boulangerie pâtisserie où j’achète un crumble pistaches et fruits rouge délicat et parfumé.

le cimetière marin de Varengeville

L’orage se déchaîne. Il tombe des rideaux d’eau. Les automobilistes se garent sur le bas-côté de la route transformée en torrent en un clin d’œil. Pour repartir il faut attendre la fin de l’averse qui ne tarde pas. La chaussée est inondée et la 108 passe « à gué » à grand peine en soulevant une nappe d’eau qui gicle et s’étale sur le capot avant.

ChapelleBraque

Par des chemins creux dans le bois où se cachent de belles demeures, nous arrivons au Cimetière marin perché sur la falaise d’où on a une très belle vue jusqu’à Dieppe. La chapelle est de belles dimensions. Je n’ai d’yeux que pour les vitraux bleus de Braque surtout celui de l’Arbre de Jessé. Les piliers sculptés sur toute la longueur du fût sont originaux, figures naïves sont -ils modernes, contemporains de Braque ou anciens ? j’aurai la réponse à Veules-les-roses où il y a les mêmes dans l’église : c’est donc une spécialité locale ancienne.

Pour trouver notre « coin pique-nique » nous divaguons par les petites routes qui sortent des bois et s’éloignent du village, et qui passent à travers champs. A défaut d’une vue-sur-mernous avons une vue dégagée sur les chaumes.

Après le déluge je renonce à la descente dans la valleuse : à pied les chemins sont boueux et en voiture noyés.

 

 

 

 

 

Varengeville (2) Le Manoir Ango

BALADE NORMADE – PAYS DE CAUX 2022

Le Manoir Ango

Manoir Ango

500 m plus loin, au bout d’une allée bordée de très hauts arbres qui se prolonge par un alignement de topiaires taillés en cônes. Pas de symétrie, une grande variété de matériaux de construction, plusieurs bâtiments autour d’une cour rectangulaire, un énorme colombier. Variété de volumes, de toits, de motifs. Astucieusement, la façade de la loggia est légèrement de travers pour qu’on la devine de loin à travers l’arche du porche d’entrée.

Le manoir fut construit par Jehan Ango entre 1530 et 1544.

Jehan Ango musée de Dieppe

Jehan Ango (1480 -1551) fut le premier armateur de Dieppe. Il a affrété des expéditions en Amérique, Antilles, au Brésil, en Guinée, Inde, en Chine. Il a possédé jusqu’à 70 navires. Pirate, il a reçu de François 1er une « lettre de marque » l’autorisant à piller les bateaux espagnols et portugais. A son décès, François 1er lui a laissé des dettes, Ango ayant perdu sa fortune et son protecteur acheva sa vie, ruiné, au manoir. Ango est une figure importante encore maintenant à Dieppe : le pont levant est à son nom, son buste a sa place au Château de Dieppe.

Les capitaines d’Ango furent des explorateurs : Jean Cousin embarqua en 1488 pour explorer l’Afrique de l’Ouest et fut entraîné par le courant équatorial ; il débarqua devant un fleuve immense : l’Amazone ? on suppose qu’il a traversé l’Atlantique ans avant Christophe Colomb.  Jean Fleury en 1522 pilla le butin des Cortès, arrêté par les Espagnols il fut exécuté par Charles Quint

Giovanni Verrazano découvrir le site de New York et lui donna le nome d’Angoulême compte aussi au nombre des capitaines d’Ango ainsi que jean et Raoul parmentier, navigateurs et poètes.

manoir Ango : la tour d’où l’armateur pouvait surveiller ses vaisseaux

Comme toutes les maisons d’armateurs, le manoir possède  une tour qui permet d’observer la mer et les navires entrant ou sortant du port.

J’aime quand les châteaux sont habités et racontent l’histoire d’un personnage.

manoir Ango : loggia Renaissance

L’architecture du manoir est aussi intéressante. La loggia raconte la visite de François 1er figurant avec la reine sur des médaillons finement sculptés en compagnie d’Eole (dieu des vents donc important pour les marins, Ops la déesse de l’abondance, et les armes des Medicis. « Médicis de Dieppe » était le surnom d’Ango.  Cette loggia italienne rappelle que nombreux des capitaines étaient italiens. L’Italie était à la mode sous François 1er.

Sous la loggia, des hublots ronds étaient les ouvertures des étuves (salles de bains) Raffinement rare dans les châteaux.

Manoir Ango : cour et colombier

Spectaculaire : le colombier ! Alors, le plus grand du royaume. Il se composait de 1500 boulins, le nombre de boulins était proportionnel à la propriété foncière, ce qui donne une idée de la richesse de Jehan Ango. Encore aujourd’hui il est peuplé de pigeons. Le toit en forme de bulbe serait peut-être d’influence byzantine, rappel de l’alliance entre François 1er et Soliman.

manoir Ango : colombier

Je suis bluffée par la variété des décors : mosaïques de silex, alliance de la brique et de la pierre, façades à pan de bois incluant des briques à la place du torchis, jeux avec les briques dans le colombier…

Je vais retrouver Jehan Ango au Musée de Dieppe.

 

 

 

 

 

Arques-la Bataille, Saint Aubin-sur-Scie, Pourville-sur-mer, Dieppe

BALADE NORMANDE -PAYS DE CAUX 2022

Château d’Arques-la-Bataille

La forteresse impressionnante coiffant une butte se voit de loin. Le château est en restauration, un échafaudage est dressé sur l’un de ses flancs. Des grillages interdisent l’entrée mais un sentier en fait le tour. Je suis impressionnée par l’épaisseur des murailles construites de matériaux hétéroclites, pierre blanche, silex et briques parfois mélangés, parfois brique seule. Difficile d’imaginer la silhouette intacte. Les ruines sont son charme romantique ! Dans les fossés profonds on pratique l’éco-pâturage : les moutons noirs paissent sur les pentes raides.

Le château a été assiégé en vain par Guillaume le Conquérant, Philippe Auguste, Charles le Téméraire. La Bataille qui lui donne son nom en 1589 opposa les Ligueurs et l’armée d’Henri IV qui y pénétra par ruse : ses soldats déguisés en matelots vinrent proposer des poissons. Je regrette l’absence totale de panneaux explicatifs qui auraient rendu la promenade plus vivante.

Sandwiches jambon-beurre à la boulangerie d’Arques ; trop tard pour chercher le restaurant sur la plage dont nous rêvions.

Pisciculture de Saint Aubin-sur Scie

Pour notre arrivée aux Baguenaudiers les propriétaires ont organisé un apéro d’accueil très sympathique avec un musicien, des kirs normands (cassis, calvados, cidre) et des canapés aux spécialités locales : rillettes de truite et filets de truite fumée ainsi que Neufchâtel. Les truites proviennent de la pisciculture de Saint-Aubin-sur-Scie. Nous y achetons rillettes et filets. C’est un petit établissement qui a installé ses bassins non loin de la rivière ainsi qu’un étang où des jeunes pêchent eux-mêmes leurs truites vivantes.  Dans les bassins d’eau très claires se déplacent des truites énormes (4 ou 5 kg). Aucune indication sur la route, pas de publicité. Si on désire des filets à la découpe il convient de téléphoner avant et de venir les jours où ils fument le poisson. Je m’excite, Dominique m’a toujours parlé des fumeries de Norvège, de leur odeur. Le Monsieur me calme tout de suite « Vous ne verrez rien, vous ne sentirez rien ! »

Pourville-sur-mer

la plage du Pourville vue du belvédère

6 km est une petite station balnéaire qui ressemble à Quiberville en plus petit ; Mêmes falaises de craie encadrant une plage de galets gris derrière une digue avec des cabines de plage en bois au toit à double pente. A Pourville elles sont délicatement décorées en couleur. Une rivière la Scie, déroule ses méandres comme la Saâne de Quiberville.

En haut de la falaise en direction de Dieppe, un belvédère est aménagé sur l’emplacement où Monet a posé son chevalet. Continuant la route, en un clin d’œil nous sommes à Dieppe. Une corniche domine le château, la ville et la plage. Je suis un peu déçue : l’étendue plate en bord de mer occupée par la fête foraine et des parkings est bien laide. Il y a aussi des sortes de terrains vagues et une piscine. En revanche, côté plage, l’eau verte est immobile comme celle d’un lac. On s’y baigne. Un couple fait la planche. L’eau doit être tiède pour qu’ils restent ainsi longtemps immobiles. Il me vient une furieuse envie de nager.

la plage de Dieppe, vue du château

Le château de Dieppe ne se visite ni le lundi, ni le mardi. Château en silex, brique et pierre, carré avec de belles tours ; il a fière allure. Le ferry jaune Transmanche arrive au port.

les cabines de Pourville-sur-mer

Baignade à Pourville : à marée haute l’eau est tout de suite assez profonde pour nager. Des bouées jaunes délimitent une zone de baignade. Drapeau vert. L’eau est un peu fraîche Ce n’est pas la Méditerranée même si la canicule a réchauffé la Manche. A mon habitude, je me dirige vers les bouées. A mi-chemin, j’ai des doutes. Je suis seule dans l’eau et si j’avais du mal à rentrer ? L’eau est tranquille, il n’y a pas une vague mais un courant me fait dériver vers l’autre bout de la plage. J’ai du mal à nager à contre-courant au niveau des épis qu’on ne voit pas mais qui doivent jouer un rôle. D’ailleurs personne ne s’aventure au loin.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une année en Normandie – Hockney à L’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au février  2022

a year in Normandie (été)

J’avais été bluffée par la Rétrospective Hockney à Pompidou en 2017, surtout par la variété des œuvres et des techniques employées. David Hockney n’est pas uniquement le peintre des piscines californiennes, même si ces toiles sont géniales. J’ai regretté d’avoir raté son exposition à la Galerie Long Ma Normandie  rue de  Téhéran (2020) d’autant plus que j’ai vu sur Internet La place de Beuvron-en-Auge où nous avions déjeuné quelques semaines plus tôt. Je me suis donc précipitée à l’Orangerie dès l’ouverture! 

Hockney en majesté à l‘entrée de la salle des Nymphéas! Quel honneur! Certes, les deux tableaux d’ouverture sont très séduisant.

Hiver

L’idée serait venue à David Hockney de la tapisserie de Bayeux de réaliser une longue fresque imprimée sur papier de 90 m de long racontant le déroulement d’une année en Normandiede l’hiver à l’arrivée du Printemps, puis de l’été et de l’automne. Variations de lumière sur un sujet récurrent : sa maison en Normandie, les pommiers et collines l’environnant. 

printemps
été
automne

L’ensemble est séduisant, on se promène avec plaisir dans cette composition monumentale.

David Hockney « peint » avec son Ipad et il faudrait expliquer comment. Les traits sont bizarres, souvent répétitifs. on n’imagine pas la main de l’artiste. Certaines fleurs dans la pelouse, pissenlits( ? ) sont figurés par des ronds parfaits, cette nature artificielle simplifiée me dérange un peu. L’ipad pourqjuoi pas? un procédé parmi les nombreux que le peintre a expérimenté comme le polaroïd, les collages, la vidéo (géniale arrivée du printemps vue à Pompidou) . Simplement le voisinage avec les Nymphéas parait présomptueux et dessert plutôt Hockney.

Prévert : Le gardien du Phare aime trop les oiseaux

BALADE NORMANDE

 

Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent.

Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux il les aime trop
Alors il dit tant pis je m’en fous
Et il éteint tout

Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles
Un cargo chargé d’oiseaux
Des milliers d’oiseaux des îles
Des milliers d’oiseaux noyés.

 

Je me suis souvenue du poème quand j’ai lu Les Déferlantes de Claudie Gallay

La nuit du naufrage, il a vu arriver un vol d’oiseaux, des migrateurs, un vol magnifique. Ils ont commencé à
s’écraser, par dizaines. Je lui ai parlé de la lumière du phare qui se reflétait dans les yeux des oiseaux, de cette
pitié immense qui le submergeait,

parce qu’il les voyait s’approcher avec tellement de confiance. – Il dit qu’il n’aurait dû y avoir personne cette
nuit-là sur la mer. Il dit aussi que c’était impossible pour lui de voir mourir tous ces oiseaux.

Claudie Gallay : les Déferlantes (p.306)

Les Déferlantes – Claudie Gallay

BALADE NORMAND

Le pharer de Goury

 » Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’étaient des murs d’eau qui étaient
charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et
venaient s’effondrer sous mes fenêtres.

Ces vagues, les déferlantes.

Je les ai aimées.

Elles m’ont fait peur. »

520 pages, 4 jours de lecture m’ont permis de retrouver La Hague  après les deux livres de Didier Decoin : Les Trois vies de Babe Ozouf et Avec vue sur la mer. J’ai été éblouie par ce petit finisterre face aux îles anglo-normandes, battu par les vents, au climat si changeant. Un bon moment d’évasion par la lecture! 

« La Hague est une terre de légendes, un lieu de croyances. On dit que certains disparus reviennent la nuit,
incapables de se détacher de cette terre. De s’en séparer. »

La Hague, avec ses phares, ses tempêtes, les naufrages.

La Hague, ses falaises battues par les vents, les vagues : les déferlantes, habitées par les oiseaux.

lanse saint Martin

Justement, la narratrice du roman, est ornithologue  ; elle  compte les oiseaux pour une recherche de l’université de Caen.  Elle a choisi la solitude de ce village isolé, après un chagrin d’amour.  Théo, l’ancien gardien de phare, qui recensait les oiseaux avant elle, vit seul avec ses chats. Au café de Lili, les habitants passent, tout le monde se connait mais on devine de lourds secrets. Ils ressurgissent quand Lambert arrive par un jour de grand vent pour vendre son ancienne maison  et fleurir la tombe de ses parents et son frère qui ont péri en mer il y a quarante ans.

« Les questions, les réponses, ce complexe tricotage de mensonges et de vérités. Les choses dites en décalé, celles
dites seulement en partie et celles qui ne le seront jamais. Toutes les teintes du contre-jour. J’avais appris ça avec
les cormorans. »

Premier mystère : le phare s’est-il éteint pendant le naufrage? Théo est il responsable de la mort des parents du frère de Lambert?

Ce n’est pas le seul mystère. La vieille Nan, la couseuse de linceuls qui erre sur le rivage est un personnage assez étrange. Elle est à la recherche de Michel qui a disparu. Qui est donc Michel?

6

De fil en aiguille, le roman se trame, s’étoffe, dans le climat rude de cette pointe du Cotentin, au rythme des marées et des cafés et repas chez Lili.

La richesse du roman, et l’art de la romancière est  de faire vivre de nombreux personnages secondaires originaux   : Morgane, la fille au rat et son frère le sculpteur , Max, un peu simplet, qui construit son bateau et parle comme le dictionnaire, Monsieur Anthelme qui a connu Prévert…Richesse des thématiques : Les Déferlantes est un « roman maritime » mais pas que… Il est question de la couleur de la mer, des nuages menaçants, des oiseaux mais aussi de sculpture, d’environnement, de poésie, de chats et d’oiseaux…

J’ai aimé me laisser embarquer à ce rythme lent. En revanche, pour l’intrigue, j’ai vite deviné les circonstances du naufrage, pas besoin de 200 pages ! Les autres secrets (secrets de Polichinelle que tout le monde connait) se révèlent au lecteur avant le dénouement. Est-ce grave? pas vraiment, ce n’est pas un roman policier. Bien sûr, les impatients diront qu’il y a des longueurs. Aucune importance pour moi, j’avais envie de rester longtemps à  La Hague.

L’Atelier de la Nature (1860 -1910) Hommage à la Collection Terra à Giverny

EXPOSITION TEMPORAIRE JUSQU’AU 3 JANVIER 2021

Gifford : Crépuscule sur le Mont Hunter

Les expositions du Musée des Impressionnismes de Giverny sont toujours très intéressantes. Ce musée moderne est aussi très agréable, très discret contre la colline dans l’écrin naturel d’un jardin contemporain aux couleurs automnales,  créé en 1992 par le paysagiste Mark Rudkin. Jusqu’en 2006, le Musée des Impressionnismes était le « Musée Américain » créé par le mécène américain Daniel J Terra et administré au décès de ce dernier en 1996 par la Fondation Terra que se retira de la gestion  au profit de la Région Normandie et d’autres instances françaises. Cette exposition de la Collection Terra est, en quelques sortes, un retour aux sources. 

Bricher : TLeCity of St Paul sur le Mississipi

L’Atelier de la Nature fait allusion à la démarche des peintres américains, comme plus tard les Impressionnistes de sortir des ateliers pour aller peindre dehors sur le motif. Cette exposition retrace un demi-siècle de peinture américaine accompagnée de magnifiques photographies, toujours sur le thème du paysage. 

Bricher : Hudson River at West point

Hudson River School regroupe les peintres Sanford Robinson Gifford (1823-1886), Martin Johnson Heade (1819-1904) Alfred Thomson Bricher (1837-1908). La peinture est loin de l’impressionnisme mais elle donne une représentation précise de la Nature. Le Crépuscule au Mont Hunter  de Gifford, peint quelques temps après la Guerre de Sécession magnifie le paysage américain, les arbres coupés dans la clairière témoigneraient de la conscience (déjà!) de l’emprise de l’homme sur la nature. 

Crépuscule à Mont Hunter (détail de la Clairière)

Whistler  : l’art pour l’art « la nature n’a pas toujours raison »

Whistler : Variations en Violet et en vert

 La section suivante est presque entièrement consacrée à Whistler (1834 – 1903), peintre américain, certes, mais qui a beaucoup voyagé et qui fut plutôt basé à Londres  où il a peint ces variations en Violet et en Vert, plutôt japonisantes par le format vertical et surtout par les kimonos des femmes du premier plan. Japonisante aussi sa signature, un papillon dans un cartouche qu’il a également appliqué sur le cadre. Ce tableau est mon préféré de toute l’exposition. 

Whistler : Battersea (lithographie)

Ces lavis brumeux subtils subirent les critiques de Ruskin il s’en suivi un procès en  diffamation (1878) qui ruina Whistler. Whistler partit à Venise où il fit une série de très belles gravures

Whistler à Venise
Whistler : La Plage à Marseille

Les Américains à Giverny : Paysages d’émotion

Twachtman : Route près de Honfleur

La section suivante de l’exposition est beaucoup plus proche de l’Impressionnisme que nous connaissons. Les américains sont venus à Barbizon et peignent des paysages de Normandie ou de Bretagne.

Metcalf : l’Epte

Sept puis dix peintres américains s’installèrent à Giverny et peignirent le paysage de colline

Breck, à l’école de Monet a peint une série de meules : « Etudes d’un jour d’automne n°1 à 12″ : où trois meules se trouvent sous un éclairage changeant selon l’heure. Son tableau de 1892 Brouillard et soleil matinaux peint de retour en Amérique fut un succès

Breck : Brouillard et soleil matinaux

Une salle montre des série de tableaux fleuris colorés et plaisants mais qui n’ont pas retenu mon attention.

Une femme Lilla Cabot Perry s’installa à Giverny à l’hôtel Baudy et au fil d’une vingtaine d’annes et fréquenta Monet. Avec son mari critique d’art elle joua un rôle important dans la diffusion de l’Impressionnisme aux Etats Unis.

Lilla Cabot Perry

Cette exposition, très complète se termine par des tableaux plus modernes  avec Chase et Homer

HOmer : Nuit d’été

Quant à nous, nous avons imité les peintres en déjeunant à l’ancien hôtel Baudry : excellent repas, nous pouvons recommander l’omelette (très bien garnie) et la salade landaise et la promenade dans le parc à flanc de la colline

Hôtel baudy

Les trois vies de Babe Ozouf – Didier Decoin

BALADE NORMANDE – COTENTIN

Le nez de Jobourg

Elle avait pris la ferme de Jobourg pour cette sensation de vivre en face d’un espace illimité, d’un presque néant
de landes rases, d’eau et de nuées. Depuis la lucarne du fenil, le regard se perdait à l’infini. Parfois, sur le coup
d’octobre ou de novembre, un mur de brume venait s’appuyer contre les clôtures, mais Babe savait que ce
brouillard-là n’avait rien à cacher ; il était le prolongement visible du monde informe au-delà de sa ferme, terres
où levaient des murets si bas que les agneaux de Pâques eux-mêmes, dès le lendemain de leur naissance, se
sauvaient d’une pâture à l’autre. Sauf en été où les ombres étaient franches, les vagues de l’herbe et les vagues
de la mer avaient une même couleur – un malentendu gris et bleu fermait là-bas au bout. Le bout du monde, c’est justement là

Pour rester encore à La Hague après avoir fini Avec vue sur la mer du même auteur. 

Les Trois vie de Babe Ozouf est un roman en trois parties, trois vies, trois femmes. Babe Ozouf (1893), Catherine dans  les années 30, sa fille, Carole (1944) la petite fille. Unité de lieu : La Hague. Un destin commun : naufrageuses. Une constante : le feu. Et toujours la présence de la mer sauvage, des tempêtes. 

Didier Decoin évoque avec vivacité les falaises, la lande et les genêts, ainsi que la vie rurale traditionnelle au début du XXème siècle et j’ai eu grand plaisir dans ce dépaysement.

Histoires d’amour et de passion avec la figure fière et flamboyante de Babe Ozouf, en demi-teinte avec le mariage de Catherine, à peine sortie de l’enfance et du peintre Louis. Cette histoire à la limite de la perversion me laisse un peu dubitative. Il fut un temps ou Lolita ne posait aucun problème, maintenant on est plus critique. Pour Carole de Chicoutimi, l’amour est secondaire son destin se confond avec la Résistance, même si…

La Hague est autrement belle, ce soir, empourprée et toute retroussée de vent comme une fille qui danse. Je suis
moi-même une fille qui danse, pense Carole, je vais danser devant un feu, danser devant un grand bateau, un
navire orgueilleux qui a fait régner la terreur dans les fjords, à la fin je le faucherai d’un croc-en-jambe et il se
couchera sur le flanc, mais

La nuit sur la Hague, qu’elle soit feutrée par les brumes ou pleine du hurlement des tempêtes, libère de singuliers
démons.

je recommande ce livre à tout touriste, visiteur, vacancier dans le Cotentin. A lire sur place ou au retour!

 

Pique-nique au Gué de l’Epine

BALADE NORMANDE – BAIE DU MONT SAINT MICHEL

Gué de l’Epine : moutons dans les herbus

Le Gué de l’Epine se trouve sur les bords de la Sélune  à 8km d’Avranches sur la commune de Val-Saint-Père. La route à moitié inondée par les grandes marées d’équinoxe (coefficient 111) court le long des herbus où paissent en liberté les moutons grêvins avranchins qui se reflètent dans les flaques. Des hommes tirent de la rivière un carrelet . Par chance, il y a un bar!

Gué de l’Epine : pêcheurs

La route le long des herbus arrive à un petit aérodrome sur l’herbe. Sur la carte IGN les pistes sont dessinées dans l’eau. Le GR 223 continue mais la route carrossable s’enfonce dans les terres et nous sommes forcées de retourner à Avranches?

Nous terminons l’après midi à la Plage de la Dune près de Dragey où nous étions il y a une semaine.

Un dernier coucher de soleil!

Dernières photo de coucher de soleil sur la plage….et fin des vacances.