Miriam : j’ai lu le roman fleuve Consuelo et les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus j’ai regretté de l’avoir fini ! Et Claudialucia me rejoint volontiers sur ce livre ! Roman protéiforme, picaresque, d’initiation, roman social épris de justice et d’égalité, il est une ode à la musique, à l’opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d’Autriche.
Miriam : J’ai aussi visité le Musée de la vie romantique et l’exposition Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.
Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d’habitude, une conteuse hors pair. Roman gothique, roman d’amour qui rappelle l’amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l’égalité sociales. Comme Sacha, c’est un roman que Claudialucia a énormément apprécié.
Claudialucia
Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera dans ses oeuvres majeures.
Histoire de ma viedans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire qu’il est long ? Oui, c’est vrai, surtout à la fin mais dans l’ensemble claudialucia l’a lu avec beaucoup de plaisir surtout quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l’une issue du peuple, l’autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette, puis sa vie au couvent. Lire Histoire de ma vie, c’est aussi entrer dans l’Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,c’est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration, partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n’est pas le moindre plaisir, c’est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin … pour ne citer qu’eux ! C’est aussi prendre la mesure de l’érudition de George Sand, de ses lectures étendues, de son amour de l’art et, en particulier, de la musique qu’elle connaît si bien.
« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »
« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »
Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.
Pauline Viardot par Maurice Sand
L’histoire commence à Venise.Consuelo est la très jeunefille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane. Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset àVenise ; Consuelo a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville.
« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »
Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.
….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »
Château dessiné par Victor Hugo
Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.
« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de son oeuvre savante. »
Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sandn’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs
« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. «
L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn,qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporinasera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.
Vienne1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora ruiné et passablement aigri. Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice.
« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »
Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!
Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cetteConsuelo : intelligente, douée, fidèle en amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer.
Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadtqui est la suite deConsuelo!
Deux bonnes raisons pour retourner au charmantMusée de la Vie Romantique : le challenge des deux George et l’envie de retrouver George Sand et ses familiers, et l’exposition Paul Huet dont je n’avais jamais entendu parler.
Paul Huet : ciel entrouvert
Paul Huet (1803 -1869) est un des précurseurs du paysage romantique, parfois qualifié de pré-impressionniste. Il fut l’élève de Gros, recontre Delacroix, remarqué par Victor Hugo et intime de Lamartine.
Paul Huet : Le Retour du grognard
Les vues de Paris au début du XIXème siècle m’ont beaucoup amusée, les moulins du quartier de la Glacière au crépuscule avec le Val de Grâce comme repère avec d’autres quartiers maintenant complètement urbanisés campagnards alors.
jezan-bruno Gassies: paysage d’Ecosse
On n’apprend guère sur le peintre dans cette exposition mais il est en très bonne compagnie avec ses collègues d’alors, peintres de paysages romantiques, comme cette Ecosse embrumée avec des personnages en kilts sortis de Walter Scott? de vues d’Italie ou de glaciers impressionnants. J’ai bien aimé la vue de Dieppe
Isabey : vue de Dieppe
Les peintres sont nombreux, certains connus, d’autres oubliés et parmi les inconnus un Corot, un Boudin, Constable ou Delacroix. Et toujours cette attention au paysage et surtout au ciel!
Une charmante exposition, prélude à la visite des collections permanentes du Musée de la Vie Romantique. On peut aussi prendre un verre sous les frondaisons, mais attention l’endroit est très prisé et les tables sont bien occupées.
Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1837 -1839)
On célèbre le 150 ans de la mort de George Sand. Depuis que nous nous sommes fixé le défi du Challenge des deux George, George Sand m’accompagne dans mes lectures et mes promenades. J’ai donc tenu à lui rendre visite dans la maison d’Ary Scheffer qui héberge de nombreux souvenirs, représentations de l’écrivaine et de ses familiers
Le musée a été rénové mais j’ai retrouvé les objets proches de George Sand, peut-être dans une autre vitrine: sa plume et le matériel pour la tailler et écrire, le moulage de la main de Chopin …mais j’ai défit des découvertes inattendues comme les dendrites paysages artificiels de la main de l’écrivaine et de Maurice
Dendrites
Des peintures de Maurice ont attiré mon attention, après l’écoute des podcasts de RadioFrance,
maurice sand
De même les nombreux portraits de Pauline Viardot, dont un petit peint par Maurice également :
Pauline Viardot peinte par Maurice Sand
En revanche, l’écoute de l’histoire de George Sand m’a fait prendre en grippe Clésinger dont plusieurs oeuvres sont présentées ici, pas de portrait de Solange.
Une découverte qui n’a pas de rapport avec l’écrivaine : la sculpture de Marie D’Orléans : deux élégants plâtres dont cette amazone qui m’a bien plu.
Marie d’Orléans : Amazone
Il me faudra revenir à une prochaine occasion, ce musée est très riche, trop riche pour tout explorer, surtout après une exposition.
Musée de la Vie romantique : salon de thé et jardin
Nous aurions aimé profiter du jardin et du salon de thé. Malheureusement, nous n’étions pas seuls. J’ai enragé de voir des tables occupées par des gens qui travaillaient sur leur ordinateur : aucune chance qu’ils nous cèdent une table.
En 2023, on fête le cent-cinquantenaire de la mort de George Sand(8 juin 1876). De nombreux podcasts sur RadioFranceont accompagné mes promenades : George Sand, l’âme musicienne ICI m’a enchantée. George Sand et Chopin est un épisode connu, mais ce n’est pas la seule référence à la musique. Dès son enfance, sa grand-mère l’a initiée à la musique, elle a noué des liens d’amitié avec Liszt et Marie d’Agoult, ainsi qu’avec Pauline Viardot. La saga de France Musique comprend 7 épisodes d’une heure environ, 7 heures de plaisir d’écoute.
Merci à Claudialucia d’avoir fait voyager ce livre pour une lecture commune CLIC
Je viens de terminer Middlemarchaprès Le Moulin sur la Floss,Adam Bede, Felix Holt le radicalet Silas Marner maintenant que je connais un peu l’oeuvre, je suis curieuse de m’intéresser à l’écrivaine, sa vie, ses amours.
Comme la mention « roman » l’indique, ce n’est pas une biographie littéraire ni même une biographie complète que Kathy O’Shaughnessya écrite. Sans s’intéresser aux années d’enfance, d’études ou au début de sa carrière comme journaliste et critique, le livre s’ouvre en juillet 1854 (elle a 35 ans) quand Marian Evans se met en ménage avec George Leweslui-même marié et père de famille et qu’elle prétend se faire reconnaître comme Mrs Lewes.
Le couple quitte l’Angleterre pour vivre leur amour loin des conventions sociales londoniennes, des commérages et surtout du rejet de la bonne société qui tolère les liaisons extra-mariages de George Lewes mais pas celle de Marian, véritable paria de la vie sociale. Rejettée par les femmes de la bonne société, sa famille et son frère adoré Isaac comme de ses amies de toujours.
Quand ils quittent l’Angleterre, Marian Evans est connue comme critique mais pas encore célèbre comme écrivain. Elle a écrit La conversion de Jeanne. C’est la sortie de Adam Bedepuis de Middlemarch sous le pseudonyme de George Eliot qui va lui apporter le succès (et la richesse). Contrairement à George Sand qui s’affiche avec pantalons et cigares, et dont le pseudonyme est vite éventé, au contraire George Eliot se revendique Mrs Lewes et ne mettra dans le secret de la signature que très peu d’intimes, son éditeur, bien sûr, Spencer (qui sera indiscret) et quelques amies qui aurau ont deviné le genre de l’autrice. Elle pense que de lever le secret nuirait au succès et laisse planer des incertitudes. Un imposteur s’est même déclaré avoir écrit les livres. J’ai bien accroché aux premières parties de Une passion pour George Eliot
Malheureusement une autre histoire s’intercale dans l’histoire de George Eliot : la narratrice est une universitaire spécialiste de George Eliot, organisant des cours et même un congrès à Venise sur l’autrice. Une histoire assez glauque se mêle à celle de la Passion pour George Eliot. je me serais franchement passé des histoires d’amour mettant en scène les professeurs. la balade à Venise n’est pas désagréable. Etait-ce bien nécessaire?
La suite concernant Marian Evans et George Lewes se déroule en Angleterre, George Eliot est maintenant une auteure à succès reconnue. Leur vie se déroule dans de belles maisons, ils reçoivent, leur amour est parfait jusqu’à ce que le fils de Lewes revienne malade d’Afrique, assombrissant leur quotidien, puis que Lewes lui-même meure….
Et! surprise Marian contracte un mariage tout à fait officiel à l’église avec un ami de longue date du couple Lewes, un très jeune homme, très séduisant. Mariage à l’église, voyage de noces….Ce dernier mariage me fait penser à l’épilogue de Middlemarch qui se terminait par des mariages heureux avec des enfants. Pas d’ enfants pour George Eliot qui a 60 ans passés! Mais surtout un échec cuisant.
Bien sûr, je suis curieuse de la vie de mes écrivains préférés, surtout des conditions qui ont présidé à la rédaction de leurs chefs d’oeuvre. Dans le cas du livre de O’Shaughnessy,trop de romance, pas assez de littérature. je reviendrai au livre de Mona Ozouf : L’autre George mais pas à Une passion
Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.
Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.
» C’était cette oppression écrasante d’une vie de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »
Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.
Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.
une belle dame peinte par Singer Sargent
Rosemonde,encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier.
Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.
Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!
Middlemarchs’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour.
« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’ avancez pas »
Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées.
Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :
Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.
Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.
Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre. Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.
Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes de la rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.
C’est donc un livre très riche avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort.
« Nohant est une thébaïde, qui autorise une existence égalitaire, entre les membres de la famille élargie qui l’
habite, y compris avec les domestiques et les paysans voisins qui « entrent dans la maison comme chez eux ».
Michelle Perrot est une universitaire, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes. Elle fut la directrice de thèse de Marie-Jo Bonnet et j’ai eu le plaisir de la rencontrer lors de la soutenance de thèse de Marie-Jo. George Sand à Nogent est donc un ouvrage très sérieux, bourré de petites notes. Toute affirmation est donc justifiée. On n’est pas forcé d’interrompre la lecture, pour les consulter. Sérieux mais point ennuyeux. C’est une lecture très riche.
Au lieu d’écrire la biographie classique, de la naissance d’Aurore à son décès, suivant l’écrivaine dans ses périgrinations et ses amours, Michelle Perrot a choisi de se concentrer sur Nohant,. Elle décrit par des cercles concentriques la maison, ses habitants , les visiteurs, mais aussi le cadre de vie, maison et jardin et les environs immédiats.
« Nohant vécu par Sand : tel est notre propos. Dans ses dimensons matérielles et symboliques, affectives et politiques, réelles et idéales, côté chambres et côté jardin. Dans sa folle ambition de projet communautaire, d’atelier d’artiste, de lieu de création, de modèle égalitaire. »
George Sand à Nohant comporte trois parties : Les gens, les lieux et les temps.
Parmi « les gens » nous ferons connaissance avec la famille de l’écrivaine, lignée de femmes de Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère à Aurore lauth-Sand, sa petite fille que j’ai eu le privilège de voir à Mezières-en-Brenne. J’avais tout juste 8 ans mais je me souviens de la très vieille dame. Nombreux hommes, de Casimir, le mari butor,Maurice, à Chopin , Manceau l’amant, Clesinger le mari de Solange…nous croiserons les pas des invités illustres ou pas, Litz et Marie d’Agoult, Delacroix, Flaubert, Dumas fils, Eugène Lambert, Théodore Rousseau, Pauline Viardot … artistes célèbres simples invités, ou inspirés par les lieux. (j’en ai oubliés).
Moins connus, les fidèles berrichons, les politiques, journalistes, avocats.
N’oublions pas les nombreuxdomestiquesqui faisaient (ou non) presque partie de la famille. Avec une certains ambiguité comme Marie des Poules dont
« L’histoire de Marie Caillaud, dite des Poules montre les limites de la transgression sociale, la persistance des assignations «
responsable de la basse-cour, elle participe aux soirées lectures, se baigne dans la rivière avec George, fait l’actrice au théâtre de Maurice puis se trouve congédiée « à la Saint Jean » quand elle est enceinte.
Avec les lieux la lectrice découvre les changements, les aménagements que George Sand fait à sa vaste maison, inventant de nouvelles pièces, des ateliers pour les artistes. Si le menuisier confectionne les meubles, c’est George, elle-même qui coud et brode, elle a un goût des travaux d’aiguille que je n’imaginais pas. Amusantes aventures de l’installation du calorifère. Elargissant le champ des lieux, le chapitre du jardin m’a enchantée. Attention particulière portée aux arbres que George Sand interdit d’élaguer. Puis, pour créer des vues, elle élague elle-même, malgré tout.
Elargissant encore le regard, nous découvrons le domaine : George Sand est une propriétaire terrienned’une envergure non négligeable dans le Berry de petites exploitations. Efforts d’agronomie moderne, déboires, essais d’introduction de l’élevage bovin….Michelle Perrotne néglige rien. Souvent je pense à la Cerisaie de Tchekov.
l’éventail des caricatures
Attention prêtée au temps : emploi du temps de l’écrivainequi écrit la nuit pour consacrer la journée aux enfants et aux invités. Mais aussi temps qui passe, de l’enfance de la petite Aurore avec sa grand-mère à son décès.
D’autres sujets m’ont passionnée : le théâtre et le Théâtre de marionnettes. Et bien sûr les idées politiques de George Sand au cours des périodes révolutionnaires et son rôle de journaliste. Le retranchement dans son domaine pendant le Second Empire, qui lui a été parfois reproché. Ses idées féministes et leurs limites. Il me faudrait sans doute une deuxième lecture plus attentive pour développer ces idées.
Et finalement l’attention à la nature, la défense des arbres :
« Laisser verdure » seront ses derniers mots. Et la défense de la forêt de Fontainebeau, une de ses dernièes actions »
A mesure que j’écris, je me rends compte qu’il faudrait que je relise cet ouvrage bien trop riche pour une seule lecture.
Encore une fois, je suis surprise par George Sand qui a trouvé un style original dans ce « roman dialogué », pièce de théâtre à représenter? pas forcément. A lire silencieusement, c’est une lecture très agréable. Bien que Sand ait beaucoup écrit pour le théâtre, possédait deux théâtres à Nohant, Gabriel est cité « roman » dans la liste de ses oeuvres par Wikipédia.
Gabriel (Hetzel) ici mentionné « théâtre »
L’intrigue se déroule à la Renaissanceen Italie. En 1839, parution de Gabriel, le voyage en Italie avec Musset (1833) est encore récent.
Dans le Prologue, le Prince de Bramante échange avec l’abbé qui est le précepteur de Gabriel. Un lourd secret de famille doit lui être révélé. Secret rapidement éventé (j’avais deviné dès le début) Gabriel est né fille mais élevé garçon dans le plus grand mépris des femmes
« Dès sa plus tendre enfance (votre altesse avait donné elle-même à son imagination cette première impulsion), il a été pénétré de la grandeur du rôle masculin, et de l’abjection du rôle féminin dans la nature et dans la société. Les premiers tableaux qui ont frappé ses regards, les premiers traits de l’histoire qui ont éveillé ses idées, lui ont montré la faiblesse et l’asservissement d’un sexe, la liberté et la puissance de l’autre. Vous pouvez voir sur ces panneaux les fresques que j’ai fait exécuter par vos ordres: ici l’enlèvement des Sabines, sur cet autre la trahison de Tarpéia; puis le crime et le châtiment des filles de Danaüs; là une vente de femmes esclaves en Orient; ailleurs, ce sont des reines répudiées, des amantes méprisées ou trahies, des veuves indoues immolées sur les bûchers de leurs époux; partout la femme esclave, propriété, conquête, »
A part moi, je me demande comment Gabriel n’a rien soupçonné, il/elle n’a donc pas ses règles?
Le Prince de Bramante a un héritier mâle qui pourrait lui succéder, Astolphe. Mais ce dernier est le fils d’un fils honni. De plus, Astolphe mène une vie dépravée, a dilapidé son héritage, boit, se bat…Gabriel se rapproche de son cousin, le tire d’un mauvais pas. Une amitié nait. Jusqu’au moment où Astolphe demande à Gabriel de se travestir en femme. Et tombe amoureux de Gabrielle.
« toi qui n’es pas à moitié homme et à moitié femme comme tu le crois, mais un ange sous la forme humaine. »
Il est donc question de la condition des femmes, question de travestissement. Gabrielle est elle George ou son miroir? Quel choix Gabriel/Gabrielle fera-t-elle/il? Il est aussi question d’amour. Par amour pour Astolphe, Gabrielle renonce a nombreux privilèges masculins, mais cela ne suffit pas…(je ne vais pas spoiler plus loin). Le roman dont la trame paraissait simple est plus complexe que je ne l’imaginais au début.
Eh bien, qu’avez-vous découvert? Qu’une femme pouvait acquérir par l’éducation autant de logique, de
science et de courage qu’un homme. Mais vous n’avez pas réussi à empêcher qu’elle eût un coeur plus tendre,
et que l’amour ne l’emportât chez elle sur les chimères de l’ambition. Le coeur vous a échappé, monsieur
l’abbé, vous n’avez façonné que la tête.
Nos lectures sur les deux George de la littérature continuent avec toujours autant de plaisir.
Ce mois de Mai nous avons découvert Les beaux Messieurs du Bois-Doré, un roman de George Sandqui se situe au début du XVII siècle au moment de la Fronde et des querelles larvées des guerres de religion.
Pour George Eliot,nous avons lu Adam Bede, son premier roman après les trois nouvelles qu’elle avait d’abord publiées, une peinture réaliste et réussie de la vie rurale en Angleterre au début du XIX siècle avec les destins personnels et parfois tragiques de ses personnages.
Nous attirons votre attention sur les romans de George Eliot que Nathalie, admiratrice de l’écrivaine, a lus au cours de ces dernières années.
Pour le mois de Juin vous pouvez nous rejoindre pour une des lectures suivantes :
Lectures avec Miriam et Claudialucia :
George Sand : un court roman intitulé Gabriel sur un sujet étonnamment contemporain que je vous laisse découvrir.
Avec Miriam :
George Eliot : Middlemarch et George Sand : Biographie de Michelle Perrot
Avec Claudialucia :
George Sand : Histoires de ma vie
George Eliot : Biographie de Kathy Oshaugnessy : Une passion pour George Eliot