Le bilan du Mois de Septembre nous a réunies, Miriam et Claudialucia, autour du voyage à Majorque.
Avec le récit d’Un Hiver à Majorque, George Sand, « magnifique conteuse» présente une vision de l’île dont elle souligne la beauté et elle décrit l’intérêt de ses monument. Mais bien vite, l’hiver épouvantable, les pluies torrentielles rendent ce séjour long et pénible. George Sand se plaint des habitants mais elle continue à s’intéresser à l’Histoire et au contexte économique et social des Baléares.
Dans Histoires de ma vie, George Sand, en racontant son séjour à Majorque, met l’accent sur Chopin, malade, en proie à des tourments métaphysiques. Elle décrit avec un talent de musicienne affirmée la richesse des Préludes composés par Chopin dans ce couvent en ruines, hanté par les esprits des moines trépassés, sous une pluie diluvienne,Miriam s’est aussi intéressée aux rapports existant entre George Sand et Marie d’Agoulten lisant l’essai de Marie-Octave Monod : Daniel Stern, Marie d’Agoult de la Restauration à la III République. Daniel Stern est le nom de plume de Marie d’Agoult que George a reçue avec Listz à Nohant.
Avec Le chêne parlant un court roman écrit pour ses petites-filles Aurore et Gabrielle, l’écrivaine écrit un livre d’initiation et de morale vantant le travail, le courage et le respect de la nature.
Un seul George Eliot ce mois-ci avec la lecture de Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, une des premières oeuvres de l’écrivaine, où celle-ci nous tient en haleine avec un récit tendu dans lequel s’exacerbent les sentiments.
Miriam
Daniel Stern, Marie d’ Agoult de la Restauration à la III République de Marie-Octave Monod
Comme George Sand et George Eliot,ses contemporaines, Daniel Sternest le pseudonyme masculin sous lequel Marie d’Agoultpublia ses écrits. Daniel, le prénom de son fils. Stern, comme étoile, en Allemand, langue que Marie D’Agoultmaîtrisait depuis l’enfance.
Qu’on se rappelle l’enthousiasme de George Sand à Chamonix: Marie est une princesse de rêve, une étoile, une grande âme! De son côté Marie exalte le talent, le génie de George. Mais George, au fond d’elle-même, trouve Marie maniérée, artificielle, mondaine et Marie ne peut souffrir les manières garçonnières et les cigares de George.
Marie d’Agoult et George Sand se connaissaient très bien, elles furent amies à Chamonix puis à Nohantoù elle passa un bon moment avec Liszt. Elles fréquentaient le même monde.
« Marie d’Agoult avec quelques autres jeunes femmes, la duchesse de Rauzan, Madame de la Bourdonnaye, Madame de la Grange, osa ouvrir son salon à tout ce que Paris offrait d’original, d’intéressant, de célèbre à un titre quelconque. Les artistes, les écrivains, les journalistes, les étrangers furent reçus soit dans l’hôtel du quai Malaquais, soit au château de Croissy. On y vit successivement: Vigny, Sainte-Beuve, Deschamps, Ingres, Mignet, les musiciens Meyerbeer, Chopin et Liszt, le baron d’Eckstein, Heine, Monsieur de Girardin. Les jeunes femmes un peu grisées de la liberté nouvelle voulurent être dans le mouvement et rivalisèrent dans ce qui était alors de l’audace. Elles assistaient aux premières représentations de Henri III, d’Antony, de Chatterton, lisaient Indiana, Lélia… »
J’ai eu envie de lire cette biographie de Marie d’Agoult et comprendre la brouille qui est survenue entre elles.
D’après l’écoute de différents podcasts, Marie d’Agoult une républicaine romantique…ICI
j’avais pensé que la jalousie avait eu raison de leur amitié : jalousie autour de Liszt à Nohant, ou jalousie d’écrivaines, George Sandayant plus de succès littéraure. Surtout la parution de Béatrixde Balzacque George Sandaurait inspiré par des indiscrétions a causé la rupture entre les deux amies. Pourquoi Balzac qui était pourtant l’ami de chacune d’elles a-t-il utilisé ces commérages? Le roman de Daniel Stern : Nélida, roman à confession qui devait être une réponse au Béatrixn’obtint pas le succès escompté, juste un succès de curiosité.
« Elle voulut écrire un roman, elle n’avait point d’imagination, nous le savons déjà, elle puisa dans sa vie et dans ses souvenirs. »
Si Marie d’Agoultn’a pas su se distinguer comme romancière, elle était néanmoins très cultivée, polyglotte et fine analyste des révolutions à travers l’Europe, unification de l’Allemagne et de l’Italie. C’est comme historiennequ’elle a laissé une oeuvre. Historienne et philosophe avec sa connaissance des philosophes allemands.
On retient surtout son rôle dans la Révolution de 1848quand son salon devint un quartier général réunissant Ledru-Rollin, Lamartine, Lamenais, Carnot…Elle écrivit dans le Courrier Français,dix-huit Lettres républicaines
Dans la lettre qu’elle lui (Lamartine)adresse le 5 octobre, elle le met en garde contre les dangers de l’élection du président de la République au suffrage universel, elle lui dépeint l’état d’esprit du peuple français qui pense à Napoléon, à Waterloo, à Sainte-Hélène, qui confond l’oncle et le neveu: «Ignorezvous
donc que l’élection se fera sur son nom?[..]
encore, son grave appel aux femmes françaises pour qu’elles demandent l’amnistie qui fera l’apaisement, car si «les hommes font les révolutions, les femmes font les moeurs». Les «Lettres républicaines» de Madame d’Agoult restent donc le témoin de l’intérêt passionné avec lequel elle suivit les événements de la révolution de 1848, du soin et de la précision avec lesquels elle notait au jour le jour
Elle fait preuve d’humour quand elle dépeint Ledru-Rollin en « ogre des salons »
Féministecet appel aux femmes :
son grave appel aux femmes françaises pour qu’elles demandent l’amnistie qui fera l’apaisement, car si «les hommes font les révolutions, les femmes font les moeurs».
Elle publia l‘Histoire de la Révolution de 1848, dans une réédition, elle examine la suite des évènements, pensant que la Révolution n’avait pas été vaincue et qu’elle avait su faire naître des ferments dans l’Europe entière.
Plus tard, elle écrit L’histoire des commencements de la république des Pays-Bas (1872).
Détail? J’ai oublié d’écrire que Marie D’Agoultavait vécu une liaison romantique passionnée avec Liszt.C’est d’ailleurs par ce racourci qu’on la présente souvent « la maîtresse de Liszt » .Voyages romantiques en Suisse, Genève, puis en Italie… Elle lui a donné trois enfants, dont la fameuse Cosimaqui devint Madame Wagner. Mais c’est une autre histoire.
Ce mince livre de poche traine depuis 40 ans sur l’étagère. Persuadée l’avoir lu, je l’avais négligé. Après une série de podcasts écoutés en cette année anniversaire de George Sand,il me semblait ne plus rien avoir à apprendre sur ce voyage avec Chopin de novembre 1838 à février 1839 sur l’île de Majorque. Et j’avais bien tort! Encore une fois George Sand a su me surprendre.
Ceux qui cherchent un roman d’amour ou des documents sur la musique queChopin y a composée, seront également déçus. Chopin n’est pas nommé, il apparaît sous l’expression « notre malade ». Quant à la musique, George Sand n’y fait pas allusion sauf l’épisode où un menuisier aurait écouté sous le charme.
Ce court livre ( 280 pages, comprenant une longue préface, 50 p de commentaires, des notes, une chronologie) est une relation de voyage parue en 1841 dans la lignée de Chateaubriand (1811), Lamartine(1835), Nerval(1851) et bien d’autres. Je suis très friande de cette littérature de voyage.
George Sand s’appuie sur les écrits d’autres voyageurs (Grasset Saint Sauveur, , Tastu, Laurens et Marliani) pour présenter les monuments de Palma et du reste de l’île. Elle n’hésite pas à les citer longuement pour décrire des curiosités qu’elle n’a pas pu visiter à son aise. Toutefois, ne pas craindre une insipide compilation. Un épisode m’a amusée : au Palais du Comte de Montenegro : la carte nautique d’Amerigo Vespucci d’une valeur inestimable leur fut présentée. Le parchemin précieux déroulé tenu par un encrier plein qui se répandit sur les dessins anciens. Beaucoup moins intéressée par la tombe d’un Bonapart confirmant une origine majorquine au Corse. En dehors de la Lonja (j’ai pensé à celle de Valence) la plupart des curiosités de Majorque sont des couvents dont il sera largement question dans un Hiver à Majorque
Cet hiver-là, les circonstances ne favorisaient pas le tourisme : des guerres intestines carlistes ravageaient l’Espagne et les réfugiés s’entassaient à Palma. George Sand, ses enfants, et Chopineurent toutes les peines du monde à trouver un logement. Majorque n’était pas une étape d’un grand tour comme Venise ou Florence avec des hôtels de luxe. De plus, George Sand avec ses cigares, ses tenues, sa fille en pantalon, désarçonne la bonne société majorquine. Si, au moins, elle avait témoigné quelque dévotion et assisté à la messe…Le pire : la maladie de Chopin a terrorisé leurs hôtes craignant la contagion. Le moins qu’on puissedire est qu’ils furent mal accueillis. George Sand ne manque pas de se plaindre des majorquins.
Avant de raconter leur installation et leurs mésaventures George Sand situe le contexte géographique et économique de cette île des Baléares dont la campagne aurait pu être paradisiaque avec ses vergers, orangeraies amandiers. Ses exportations entravées, l’agriculture n’offre pas la prospérité attendue, seuls les cochons apportent quelque richesse. La propriété foncière étant accaparée par les couvents et les nobles, les paysans ne font pas l’effort de la cultiver et les rendements agricoles sont extrêmement faibles. Dans une région, les Establisments, un démenbrement des grandes propriétés et la distribution des terres aux petits paysans a donné de très bons résultats. Je n’attendais pas George Sanddans ces préoccupations économiques et sociales .
Une autre approche est l’approche politique avec les lois de Mendizabal concernant la nationalisation des biens du clergé et le bannissement des Jésuites. A propos du Couvent de l’Inquisition, George Sand, aborde les ruines d’une manière tout à fait originale. Elle trouve un charme romantique aux ruines et personnifie l’Artiste confronté à un vieux religieux qui lui révèle la véritable nature du couvent dominicain
« Pleure qui voudra sur les ruines! presque tous ces monuments dont nous déplorons la chute sont des cacchots où a langui durant des siècles, soit l’âme, soit le corps de l’humanité. Et viennent donc des poètes qui, au lieu de déplorer la fuite des jours de l’enfance du monde, délèbrent dans leurs vers sur ces débris de hochets dorés et de férules ensanglantées, l’âge viril qui a su s’en affranchir!Il y a de bien beaux vers de Chamisso sur le château de ses ancêtres rasé par la Révolution Française… »
Et suit une dénonciation des horreurs de l’Inquisition qui était encore active, il y a peu. Subtil débat entre les contradictions des romantiques friands de belles ruines, de bâtiments anciens, leur regrêt du calme du couvent et le sentiment de liberté que procure la destruction du couvent de l’Inquisition. On retrouve les préoccupations sociales de George Sand, proche des Saint Simoniens, future révolutionnaire.
Autre anecdote amusante : les mésaventures d’Arago venu mesurer le méridien et persécuté par les obscurantistes.
Le fin du récit se déroule à la Chartreuse de Valldemosa, sa campagne charmante : les balades en cariole dans des chemins impossibles, parfois transformés en torrent. Promenades à pied avec ses enfants. Descriptions de la nature merveilleuse, de la proximité de la mer. Pittoresque qui ferait le régal des peintres, évocation de Rousseau, de Delacroix et même de Huet que je ne connaissais pas et que j’ai découvert récemment.
Pittoresques aussi les voisins occupant la Chartreuse, le pharmacien, la femme qui propose de tenir leur ménage et qui n’a de cesse de leur voler la nourriture…Pittoresque aussi le carnaval que les paysans ont organisé pour Mardi Gras…Rencontres avec des ermites ou avec trois sorcières (deux vieilles et une jeune gentille)…
Je suis sous le charme de la conteuse, séduite aussi par l’analyse sociale. Ce n’était pas du tout la lecture que j’imaginais. Livre mince mais très dense que je croyais finir en une soirée mais qui m’a occupée trois jours.
Miriam : j’ai lu le roman fleuve Consuelo et les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus j’ai regretté de l’avoir fini ! Et Claudialucia me rejoint volontiers sur ce livre ! Roman protéiforme, picaresque, d’initiation, roman social épris de justice et d’égalité, il est une ode à la musique, à l’opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d’Autriche.
Miriam : J’ai aussi visité le Musée de la vie romantique et l’exposition Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.
Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d’habitude, une conteuse hors pair. Roman gothique, roman d’amour qui rappelle l’amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l’égalité sociales. Comme Sacha, c’est un roman que Claudialucia a énormément apprécié.
Claudialucia
Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l’écrivaine que l’on retrouvera dans ses oeuvres majeures.
Histoire de ma viedans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire qu’il est long ? Oui, c’est vrai, surtout à la fin mais dans l’ensemble claudialucia l’a lu avec beaucoup de plaisir surtout quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l’une issue du peuple, l’autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette, puis sa vie au couvent. Lire Histoire de ma vie, c’est aussi entrer dans l’Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,c’est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration, partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n’est pas le moindre plaisir, c’est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin … pour ne citer qu’eux ! C’est aussi prendre la mesure de l’érudition de George Sand, de ses lectures étendues, de son amour de l’art et, en particulier, de la musique qu’elle connaît si bien.
« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »
« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »
Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.
Pauline Viardot par Maurice Sand
L’histoire commence à Venise.Consuelo est la très jeunefille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane. Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset àVenise ; Consuelo a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville.
« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »
Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.
….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »
Château dessiné par Victor Hugo
Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.
« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de son oeuvre savante. »
Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sandn’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs
« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. «
L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn,qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporinasera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.
Vienne1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora ruiné et passablement aigri. Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice.
« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »
Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!
Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cetteConsuelo : intelligente, douée, fidèle en amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer.
Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadtqui est la suite deConsuelo!
Deux bonnes raisons pour retourner au charmantMusée de la Vie Romantique : le challenge des deux George et l’envie de retrouver George Sand et ses familiers, et l’exposition Paul Huet dont je n’avais jamais entendu parler.
Paul Huet : ciel entrouvert
Paul Huet (1803 -1869) est un des précurseurs du paysage romantique, parfois qualifié de pré-impressionniste. Il fut l’élève de Gros, recontre Delacroix, remarqué par Victor Hugo et intime de Lamartine.
Paul Huet : Le Retour du grognard
Les vues de Paris au début du XIXème siècle m’ont beaucoup amusée, les moulins du quartier de la Glacière au crépuscule avec le Val de Grâce comme repère avec d’autres quartiers maintenant complètement urbanisés campagnards alors.
jezan-bruno Gassies: paysage d’Ecosse
On n’apprend guère sur le peintre dans cette exposition mais il est en très bonne compagnie avec ses collègues d’alors, peintres de paysages romantiques, comme cette Ecosse embrumée avec des personnages en kilts sortis de Walter Scott? de vues d’Italie ou de glaciers impressionnants. J’ai bien aimé la vue de Dieppe
Isabey : vue de Dieppe
Les peintres sont nombreux, certains connus, d’autres oubliés et parmi les inconnus un Corot, un Boudin, Constable ou Delacroix. Et toujours cette attention au paysage et surtout au ciel!
Une charmante exposition, prélude à la visite des collections permanentes du Musée de la Vie Romantique. On peut aussi prendre un verre sous les frondaisons, mais attention l’endroit est très prisé et les tables sont bien occupées.
Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1837 -1839)
On célèbre le 150 ans de la mort de George Sand. Depuis que nous nous sommes fixé le défi du Challenge des deux George, George Sand m’accompagne dans mes lectures et mes promenades. J’ai donc tenu à lui rendre visite dans la maison d’Ary Scheffer qui héberge de nombreux souvenirs, représentations de l’écrivaine et de ses familiers
Le musée a été rénové mais j’ai retrouvé les objets proches de George Sand, peut-être dans une autre vitrine: sa plume et le matériel pour la tailler et écrire, le moulage de la main de Chopin …mais j’ai défit des découvertes inattendues comme les dendrites paysages artificiels de la main de l’écrivaine et de Maurice
Dendrites
Des peintures de Maurice ont attiré mon attention, après l’écoute des podcasts de RadioFrance,
maurice sand
De même les nombreux portraits de Pauline Viardot, dont un petit peint par Maurice également :
Pauline Viardot peinte par Maurice Sand
En revanche, l’écoute de l’histoire de George Sand m’a fait prendre en grippe Clésinger dont plusieurs oeuvres sont présentées ici, pas de portrait de Solange.
Une découverte qui n’a pas de rapport avec l’écrivaine : la sculpture de Marie D’Orléans : deux élégants plâtres dont cette amazone qui m’a bien plu.
Marie d’Orléans : Amazone
Il me faudra revenir à une prochaine occasion, ce musée est très riche, trop riche pour tout explorer, surtout après une exposition.
Musée de la Vie romantique : salon de thé et jardin
Nous aurions aimé profiter du jardin et du salon de thé. Malheureusement, nous n’étions pas seuls. J’ai enragé de voir des tables occupées par des gens qui travaillaient sur leur ordinateur : aucune chance qu’ils nous cèdent une table.
En 2023, on fête le cent-cinquantenaire de la mort de George Sand(8 juin 1876). De nombreux podcasts sur RadioFranceont accompagné mes promenades : George Sand, l’âme musicienne ICI m’a enchantée. George Sand et Chopin est un épisode connu, mais ce n’est pas la seule référence à la musique. Dès son enfance, sa grand-mère l’a initiée à la musique, elle a noué des liens d’amitié avec Liszt et Marie d’Agoult, ainsi qu’avec Pauline Viardot. La saga de France Musique comprend 7 épisodes d’une heure environ, 7 heures de plaisir d’écoute.
Merci à Claudialucia d’avoir fait voyager ce livre pour une lecture commune CLIC
Je viens de terminer Middlemarchaprès Le Moulin sur la Floss,Adam Bede, Felix Holt le radicalet Silas Marner maintenant que je connais un peu l’oeuvre, je suis curieuse de m’intéresser à l’écrivaine, sa vie, ses amours.
Comme la mention « roman » l’indique, ce n’est pas une biographie littéraire ni même une biographie complète que Kathy O’Shaughnessya écrite. Sans s’intéresser aux années d’enfance, d’études ou au début de sa carrière comme journaliste et critique, le livre s’ouvre en juillet 1854 (elle a 35 ans) quand Marian Evans se met en ménage avec George Leweslui-même marié et père de famille et qu’elle prétend se faire reconnaître comme Mrs Lewes.
Le couple quitte l’Angleterre pour vivre leur amour loin des conventions sociales londoniennes, des commérages et surtout du rejet de la bonne société qui tolère les liaisons extra-mariages de George Lewes mais pas celle de Marian, véritable paria de la vie sociale. Rejettée par les femmes de la bonne société, sa famille et son frère adoré Isaac comme de ses amies de toujours.
Quand ils quittent l’Angleterre, Marian Evans est connue comme critique mais pas encore célèbre comme écrivain. Elle a écrit La conversion de Jeanne. C’est la sortie de Adam Bedepuis de Middlemarch sous le pseudonyme de George Eliot qui va lui apporter le succès (et la richesse). Contrairement à George Sand qui s’affiche avec pantalons et cigares, et dont le pseudonyme est vite éventé, au contraire George Eliot se revendique Mrs Lewes et ne mettra dans le secret de la signature que très peu d’intimes, son éditeur, bien sûr, Spencer (qui sera indiscret) et quelques amies qui aurau ont deviné le genre de l’autrice. Elle pense que de lever le secret nuirait au succès et laisse planer des incertitudes. Un imposteur s’est même déclaré avoir écrit les livres. J’ai bien accroché aux premières parties de Une passion pour George Eliot
Malheureusement une autre histoire s’intercale dans l’histoire de George Eliot : la narratrice est une universitaire spécialiste de George Eliot, organisant des cours et même un congrès à Venise sur l’autrice. Une histoire assez glauque se mêle à celle de la Passion pour George Eliot. je me serais franchement passé des histoires d’amour mettant en scène les professeurs. la balade à Venise n’est pas désagréable. Etait-ce bien nécessaire?
La suite concernant Marian Evans et George Lewes se déroule en Angleterre, George Eliot est maintenant une auteure à succès reconnue. Leur vie se déroule dans de belles maisons, ils reçoivent, leur amour est parfait jusqu’à ce que le fils de Lewes revienne malade d’Afrique, assombrissant leur quotidien, puis que Lewes lui-même meure….
Et! surprise Marian contracte un mariage tout à fait officiel à l’église avec un ami de longue date du couple Lewes, un très jeune homme, très séduisant. Mariage à l’église, voyage de noces….Ce dernier mariage me fait penser à l’épilogue de Middlemarch qui se terminait par des mariages heureux avec des enfants. Pas d’ enfants pour George Eliot qui a 60 ans passés! Mais surtout un échec cuisant.
Bien sûr, je suis curieuse de la vie de mes écrivains préférés, surtout des conditions qui ont présidé à la rédaction de leurs chefs d’oeuvre. Dans le cas du livre de O’Shaughnessy,trop de romance, pas assez de littérature. je reviendrai au livre de Mona Ozouf : L’autre George mais pas à Une passion
Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.
Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.
» C’était cette oppression écrasante d’une vie de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »
Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.
Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.
une belle dame peinte par Singer Sargent
Rosemonde,encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier.
Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.
Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!
Middlemarchs’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour.
« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’ avancez pas »
Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées.
Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :
Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.
Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.
Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre. Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.
Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes de la rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.
C’est donc un livre très riche avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort.