La Lumière qui s’éteint – Rudyard Kipling

SOUDAN / GUERRES MAHDISTES

A la suite de la lecture du roman soudanais The Longing of the Dervish de Hammour Ziada qui se déroulait pendant les guerres mahdistes (1881-1898) au Soudan, j’ai eu envie de lire la version britannique de ces guerres que donne Rudyard Kipling dans le roman La lumière qui s’éteint. J’ai vraiment adoré  Kim et L’homme qui voulut être roi, deux romans d’aventures et d’espionnage complexes dans le contexte des Indes victoriennes et du Grand Jeu en Afghanistan. J’espérais que Kipling m’entraînerait dans des aventures soudanaises comme dans les deux romans précédents. 

Le roman commence comme un roman d’amour entre deux enfants, à peine adolescents en pension chez une dame sévère dans un village de la côte anglaise. Dick Heldar restera fidèle à la petite fille sauvage Maisie.

Nous retrouvons Dick au Soudan.  Il est dessinateur de Presse, remarqué par le grand reporter Torpenhow qui le fait engager par son journal. Frères d’armes, ils nouent une amitié indéfectible et des relations de camaraderie avec les autres journalistes. Nous devinons la brutalité des combats, la sauvagerie de cette guerre?

mais dites-donc, espèce de vieil athlète balafré et débauché, oubliez-vous que vous êtes chargé, au début de chaque guerre, d’étancher la soif de sang du brutal et aveugle public anglais? on a supprimé, de nos jours, les combats de l’arène ; mais il y a en revanche des correspondants spéciaux. Vous n’êtes qu’un gladiateur obèse….

En revanche, Kipling fournit peu d’informations géopolitiques. On ne peut pas considérer ce roman comme un roman historique alors que dans les deux romans précédents les enjeux stratégiques de l’empire victorien étaient bien présents. Si j’espérais rencontrer Gordon, le Mahdi ou Kitchener, je resterai sur ma faim.

De retour à Londres, à son insu, Dick est célèbre. Ses dessins de presse lui valent un franc succès. Il compte exploiter le filon de la peinture de guerre pour gagner une fortune, quitte à galvauder son art, à produire des peintures de style pompier pour plaire aux acheteurs .

Torpenhow et son collègue l’Antilope en sont ulcérés et cherchent à le détourner de la facilité et de la vanité qu’il en tire.

Eh bien! croiriez-vous que le directeur de cette misérable revue a eu le front de me dire que ma composition choquerait ses abonnés!…qu’elle était trop brutale, trop grossière, trop violente! L’homme st naturellement doux comme un mouton, n’est-ce pas quand il défend sa vie! […]-voyez-vous ce petit reflet, correctement posé sur l’orteil? C’est de l’art! J’ai nettoyé sa carabine avec le plus grand soin, car tout le monde sait que les carabines sont toujours propres quand elles ont servi : c’est de l’art! J’ai astiqué le casque : on emploie toujours de la pâte à polir, en campagne, car sans elle, pas d’art!

Au sommet de sa carrière artistique, Dick retrouve Maisie qui est peintre, elle aussi, mais sans succès. Il se croit capable de la séduire avec sa renommée. Il est assez riche pour l’entretenir, assez célèbre pour l’influencer. Mai la jeune fille tient à son indépendance :

« On! non impossible! C’est mon travail; à moi seule. j’ai toujours vécu ainsi, indépendante et ne veux appartenir qu’à moi-même. Je me rappelle bien …ce dont vous me parlez., mais c’est fini, tout cela. C’étaient des enfantillages… »

La suite du roman d’amour se déroule dans un climat de misogynie bien victorien et gênant pour les lectrices (teurs) contemporains. Dick cache son amour pour Maisie à Torpenhow et à l’Antilope, cela gâcherait leur camaraderie virile et pourrait être interprété comme de la faiblesse. Une autre jeunefille entre en scène et le mépris des hommes est assez insupportable. Pourtant ces jeunes femmes prouvent leur caractère!

Quand la lumière s’éteint, quand la blessure de guerre entraîne la cécité.  Le   héros perdre la vue et se retrouver aveugle…je vous laisse découvrir la fin. 

Cependant Quand la lumière s’éteinn’est pas mon Kipling préféré. Lire aussi le billet  de Claudialucia

Meurtre en écho – Anne Perry

POLAR VICTORIEN

Whistler

Meurtre en écho est le 23ème opus de la série « William Monk » dont j’ai peut être lu des livres autrefois sans en garder un souvenir précis. J’évite de lire plusieurs romans de ces séries avec personnages récurrents, à la suite, de peur de me lasser. Les fréquentes allusions aux romans précédents destinées aux fans de Monk ne m’ont pas dérangée.

L’évocation du Londres victorien de 1865, cosmopolite mais pas toujours tolérant, des quartiers pauvres au bord de la Tamise, est très réussie. Thé de rigueur. Morale victorienne étriquée parfois et préjugés

Le souvenir de la Guerre de Crimée est très prégnant. Hester, la femme de Monk, est une disciple de Florence Nightingale, elle exerçait dans l’hôpital de Scutari et a vu mourir les soldats de leurs blessures, parfois mais aussi de la gangrène qui se mettait dans des plaies sans gravité, du choléra, du tétanos….Dans le roman, deux médecins et Scuff – fils adoptif de Monk et Hester – apprenti-médecin exercent leur art et sauvent des cas pratiquement désespéré. Le récit des soins est précis et intéressant.

Autre thème évoqué : le syndrome post-traumatique : l’un des médecins laissé pour mort à Scutari se relève par miracle mais il perd la tête à la suite d’horribles cauchemars. Dix ans plus tard, il en est encore hanté.

Ce contexte rend le roman tout à fait intéressant.

Il n’en est pas de même de l’enquête qui piétine pendant les trois quart du roman et qui se résout comme par enchantement au cours d’un procès très vivement narré.

A lire donc pour la reconstitution du Londres Victorien!

Giuseppe de Nitis

La Disparue d’Angel Court – Anne Perry

ROMAN POLICIER VICTORIEN

Après  une série de lectures assez dures :  le bombardement de Deraya (Syrie) les bombardements de la seconde guerre mondiale à Malte et le Grand siège de Malte, j’avais envie d’une lecture facile pour me détendre, un polar avec des personnages récurrents… Généralement j’aime bien flâner dans le Londres victorien d’Anne Perry en bonne compagnie.

La Disparue d’Angel court est le 30ème opus des enquêtes de Charlotte et Pitt. L’action se déroule en 1898.
Je me suis copieusement ennuyée au cours de cette très longue enquête (presque 400 pages). Je ne suis pas arrivée à m’attacher à cette disparue, une sainte ou un gourou d’une secte dont je n’ai pas compris les croyances, et encore moins le scandale qu’elles pouvaient provoquer. Les gens trop parfaits (ou trop méchants) m’ennuient.

J’ai trouvé le détour par l’Espagne décevants. L’hypothèse de la vengeance d’anciens collégiens rivaux  tout à fait tirés par les cheveux. Commentune tricherie à un examen  peut elle entraîner des meurtres horribles? Je n’ai pas cru aux implications géopolitiques de l’enlèvement, guerre entre l’Espagne et les USA à Cuba, courses aux armements. C’est une bonne piqûre de rappel pour ceux qui auraient oublié (et j’en suis) la géopolitique de la fin du 19ème siècle. Ann Perry est très forte là-dessus et je lui en sais gré, mais quand même c’est bien éloigné du propos de l’enquête.

Ce n’est donc pas un des meilleurs de la série, loin s’en faut, mais je retournerai me promener dans le Londres Victorien avec Pitt et famille comme je paresse devant la télé après une journée bien remplie!

L’homme qui voulait être roi – film de John Huston d’après Kipling

SAISON INDIENNE

film de John Huston 1975

Quels joyeux compères que Daniel Dravot et Peachy Carnehan, alias Michael Caynes et Sean Connery!  Entrain, humour britannique, et de l’action! On ne s’ennuie pas en leur compagnie.

De Delhi ou Jodphur, on traverse la Passe de Khyber pour se retrouver en Afghanistan  et dans les montagnes somptueuses de l’Hindu Kouch. Les deux anciens soldats ont demandé à Rudyard Kipling d’être le témoin d’un étrange contrat : les deux associés s’engagent à ne toucher ni à l’alcool ni aux femmes tant qu’ils n’ont pas atteint leur but : se faire couronner roi du Kafiristan.

Ambition démesurée? Conte des Mille et unes Nuits sorti de l’imagination fertile du narrateur du Livre de la Jungle?

La réalité dépasse parfois la fiction : le Kafiristan existait bien à l’époque de Kipling: il était bien peuplé d’une population distincte des Afghans musulmans et c’est même ce qui a donné le nom de Kafiristan (pays des Infidèles). Les étranges pratiques religieuses du film ne sont peut être pas complètement inventées. Kipling s’est inspiré de réels aventuriers qui ont cherché à se bâtir un royaume dans la région. En tant que journaliste, il connaissait bien les militaires des guerres Afghano-russo-britannique.

Ironie (fortuite) de cette séance d’entrainement d’une armée afghane par les deux sergents britannique, plus fort encore, la vallée de la Kapisa est justement le siège des aventures de Peach et Dravot. J’en connais certains qui seraient bien avisés de visionner le film et de relire Kipling avant d’élaborer des stratégies géopolitiques dans la région!

Dans les paysages sublimes j’ai eu la malchance de reconnaître assez vite Ait Benhaddou et la région de Ouarzazate que je connais bien. J’aurais préféré croire qu’on était vraiment en Afghanistan!

http://www.dailymotion.com/swf/video/xaoeym<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xaoeym_the-man-who-would-be-king-1975_shortfilms &raquo; target= »_blank »>The Man Who Would Be King (1975)</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/Moviescan &raquo; target= »_blank »>Moviescan</a></i>

http://youtu.be/3dJf5rO0-BM

Désolée pas de sous-titre mais le plaisir d’entendre nos deux héros en VO

 

Kim de Kipling et le Grand Jeu

Plusieurs pistes dans Kim : celle du lama et de la recherche spirituelle, celle de l’espionnage.

Kim, connaissant le bazar de Lahore comme sa poche, débrouillard et serviable « l’Ami de Tout le Monde » a déjà rendu maints service à Mahboub Ali, Pathan à la barbe rouge,  maquignon vendant des chevaux à l’armée britannique et aux Rajahs des états princiers, officiellement, plus officieusement agent de liaison entre les troupes de Sa Gracieuse Majesté et les tribus afghanes ou les princes rajpoutes. Au caravansérail de Lahore il lui confie une mission d’importance : le pedigree d’un étalon blanc. Kim devine que le message est d’importance. Il parvient même à en déchiffrer le sens et gagne une réputation de devin auprès de la population indigène.

Kim est un « poulain de polo » d’après le maquignon, celui qui joue d’instinct. Fils d’un soldat irlandais, il est adopté par le régiment de son père(à l’insigne du taureau sur fond vert comme dans la prophétie) qui veut l’enrôler et le placer dans une école militaire. Kim est trop indépendant pour la vie militaire, les uniformes trop étroits et guindés. Sa connaissance du terrain, des langues et des coutumes indiennes, son intelligence en font une recrue de qualité pour les services d’espionnages britannique. Le roman est donc un roman d’espionnage – ou d’apprentissage d’un espion.

— Fils, j’en ai assez de cette madrissah, où l’on prend les meilleures années d’un homme pour lui apprendre ce qu’il ne peut apprendre que sur la Route. La folie des sahibs n’a ni bout ni fin. N’importe. Il se peut que ton rapport écrit t’épargne un plus long esclavage, et Dieu sait que nous avons de plus en plus besoin d’hommes dans le Jeu. » […..]

Ali Mahboub continue un peu plus loin dans le chapitre X

« Le poney est fait — fini — mis en bride et au pas, sahib ! À partir de maintenant, il ne fera chaque jour que perdre ses bonnes manières si on le retient pour des balivernes. Laissez-lui la bride sur le cou et lâchez-le, dit le marchand de chevaux. Nous en avons besoin. 

 


Le Grand Jeu se joue depuis 1815, depuis la fin des conquêtes napoléoniennes. Il oppose la Grande Bretagne à la Russie . Les Anglais surveillent la Route des Indes tandis que les Tsars voudraient un accès aux mers chaudes. L’Homme Malade, l’Empire Ottoman est une des pièces maitresses du Grand Jeu, avec l’accès à Constantinople, les détroits, Bosphore et Dardanelles où se joue aussi la Grande Idée grecque. L’autre pion, le plus coriace est Afghan. Kipling a situé d’autres nouvelles et romans dans les parages de la Passe de Khyber.

Après l’apprentissage de Kim chez Lugar Sahib, au collège saint François Xavier, et comme arpenteur notre héros âgé de 17 ans accompagne son lama dans les hautes montagnes de l’Himalaya à la poursuite de deux Russes (dont l’un est français). Il remplira pleinement sa mission nous faisant vivre des aventures époustouflantes dans un cadre grandiose et très exotique.

 

 

Le Jeu de Kim (Kipling)

C’est un jeu bien connu des scouts que j’ai pratiqué dans mon enfance. Bien avant d’avoir entendu parler du roman et de Kipling.

Kim s’est échappé du collège pendant les vacances. Il a rejoint le vendeur de chevaux Mahboub Ali qui a prévenu Creighton Sahib, le colonel des renseignements qui l’envoie en stage chez le docteur des Perles Lurgan Sahib à Simla…

L’enfant[…]s’élança vers le fond de la boutique d’où il revint avec un plateau de cuivre.

« Donne-les-moi dit-il à Lurgan Sahib. Qu’ils viennent de ta main, car il pourrait dire que je les connaissais avant.

– Doucement…Doucement, répliqua l’homme en extrayant d’un tiroir sous la table une demi-poignée de babioles dont le cliquetis sonna sur le plateau.

–  Maintenant, dit l’enfant  en agitant un vieux journal, regarde-les aussi longtemps que tu voudras, étranger. Compte, si besoin est touche. un regard me suffit à moi »

Il tourna le dos fièrement.

– « Mais en quoi consiste le jeu?

– Quand tu les auras comptées et maniées et que tu seras sûr de pouvoir te les rappeler toutes, je les cacherai et il faudra que tu en dises le compte à Lurgan Sahib. j’écrirai le mien.

– Oh!

L’instinct de rivalité s’éveilla en son sein. Il se pencha sur le plateau. il ne contenait pas plus  que quinze pierres.

– « C’est facile », dit-il au bout d’une minute.

L’enfant glissa le papier sur les joyaux scintillants et se mit à griffonner dans un petit carnet indigène.

– « Il y a sous ce papier cinq pierres bleues – une grosse, une moins  et trois petites, » dit Kim, tout d’une haleine, « il y a quatre pierres vertes, l’une avec un trou ; il y a une pierre jaune, on peut voir au travers et une comme un tuyau de pipe. Il y a deux pierres rouges, et…et… donne moi le temps…

Lurgan compta jusqu’à dix. Kim secoua la tête

-« Écoute mon compte! éclata l’enfant avec un trille de rire impétueux:

– d’abord il y a deux saphirs avec des crapauds – un de deux ratis et un de quatre, à ce que je peux en juger. Le saphir de quatre ratis est ébréché. il y a une turquoise du Turkestan unie avec des veines noires, il y en a deux gravées – une avec le nom de Dieu en or, et, sur l’autre, qui est fendue en travers car elle sort d’une vieille bague, je ne peux pas lire les lettres.  nous avons maintenant quatre émeraudes, mais il y en a une percée en deux endroits et une un peu rayée….[….]

c’est ton maître dit Lurgan Sahib, en souriant.

 

– Huh, il savait le nom des pierres. Essayez avec des choses ordinaires que nous connaissions tout les deux….

La Version Originale du Jeu de Kim m’a enchantée.

Kim est  un roman d’espionnage, roman d’apprentissage d’un apprenti-espion. Alors que le lama lui paie l’enseignement du meilleur collège de Lucknow, pendant les vacances Kim complète sa formation. Lurgan Sahib est aussi magicien et expert en déguisements de toutes sortes, utiles quand Kim sera en mission

 

 

L’énumération des pierres précieuses m’a ravie! Elle prend un aspect documentaire quand je pense aux bijoux du film Akbar et Jodhaa. L’Inde et ses joyaux a fasciné plus d’un!

Robert Louis STEVENSON: The Master of Ballantrae

CHALLENGE VICTORIEN
les deux fils du Lord Durrisdeer ont joué à pile ou face leur étrange destin : lequel des deux fils du Lord suivra Bonnie Prince Charles dans la Rébellion Jacobite ? Lequel restera au château en compagnie de leur cousine, fidèle au roi d’Angleterre ? C’est James, le  Maître de Ballantrae,  qui suit les rebelles et disparaît une première fois à la bataille de Culloden. Son frère cadet, Henry, épouse sa cousine et devient donc le lord de Durrisdeer.


Le Maître de Ballantrae revient après des aventures maritimes avec de pirates et des tribulations en Amérique.
Ce livre peut se lire comme une suite d’aventures, livre de pirates, de cap et d’épées. C’est surtout la rivalité des deux frères qui se poursuivra toute leur vie.
Le Maître de Ballantrae est un gentilhomme séduisant brillant mais c’est aussi un personnage malfaisant. Son frère cadet est plutôt un campagnard balourd et méprisé de son entourage.
La problématique du Bien et du mal  est posée comme  dans Dr Jeckyll et Mr Hyde. Un personnage intrinsèquement mauvais et un autre vertueux, généreux et honnête. Ce n’est pas la vertu qui est récompensée de l’estime des autres !
168pages seulement, m’ont occupée pendant une bonne semaine. J’ai choisi la « lecture lente ». J’aurais pu dévorer le livre d’aventures sans m’arrêter aux mots inconnus, devinant le sens général d’un paragraphe et me laissant entraîner par ce roman d’action. J’ai préféré sortir le Harraps des étagères et chercher tous les mots nouveaux. Et R L Stevenson utilise un vocabulaire étendu et littéraire que j’ai eu énormément plaisir à découvrir. Des mots écossais donnent un goût original au dialogue. Sans parler de tout le vocabulaire nautique, tout à fait british ! Plaisir de sortir de mon « Globish » touristique, suffisant pour se débrouiller n’importe où,  pour une langue littéraire très riche et poétique.

Julian BARNES : Arthur & George

CHALLENGE VICTORIEN


Arthur, c’est Conan Doyle, né à Édimbourg, étudiant en médecine? puis médecin sans clientèle? qui devient le célébrissime auteur de Sherlock Holmes, auteur comblé, pair du royaume.

George est le fils d’un pasteur de la campagne anglaise, enfant solitaire, différent des fils de paysans, adolescent bouc émissaire des vauriens de sa campagne, juriste pointilleux accusé à tort d’un  crime dont il ne peut se disculper. Ce n’est qu’après une centaine de pages qu’on apprend que le père de George, le pasteur, est Parsi et que la solitude et la persécution dont George et sa famille sont l’objet sont sans doute d’origine raciste.

Arthur prend la défense de George pour sa réhabilitation, utilisant les méthodes de son célèbre détective pour disculper George.
C’est un livre dense, une biographie de Conan Doyle passionnante, une description de la société victorienne très intéressante.

Lire aussi cet article ICI  dans le blog d’Audouchoc

Kipling – Zorgbibe – la Gloire de l’Empire

CHALLENGE VICTORIEN

En vue de notre prochain voyage en Inde j’avais prévu de ne lire que la première partie de la biographie de Kipling  intitulée La saga des Anglo-Indiens, prise par la lecture et avec l’arrivée inopinée du Challenge victorien, j’ai poursuivi le gros livre. La première partie m’avait beaucoup diverti. Zorgbibe a dressé un tableau très pittoresque des années de jeunesse de Kipling, sa petite enfance indienne, ses tristes années en Angleterre puis le très british et amusant college Westward Ho, enfin les années de journalisme en Inde. Le biographe a su utiliser les personnages, les intrigues des écrits de Kipling pour tisser  biographie et fiction, donner des clés de lecture. Je me suis un peu perdue entre réalité et  romanesque avec beaucoup de bonheur.

En 1889, Rudyard Kipling âgé de 23 ans, quitte Calcutta en compagnie d’un couple Américain, effectue presque un tour du monde et redécouvre Londres. Il est déjà un journaliste reconnu. Occasion de croiser Jerome K. Jerome et de nombreux intellectuels et écrivains de l’époque, Thomas Hardy et Henry James masi aussi Rider Haggart auteur des Mines du Roi Salomon (dont j’ai vu une adaptation au cinéma) ainsi que d’autres intellectuels pas forcément connus par les francophones (mais peut être par les participants au challenge victorien) .

Le style de la biographie est bien différent de celui de la Saga : moins de citations moins d’anecdotes amusantes . Notre héros a vieilli, ce n’est plus un potache, c’est une célébrité, une  référence pour la politique coloniale de l’Empire. Épousant les préjugés des Anglo-Indiens, il s’engage dans la lutte (et le dénigrement) du Parti du Congrès indien sans reconnaître l’importance de la naissance du nationalisme indien.

Kipling est aussi un grand voyageur : un chapitre du livre de Zorgbibe s’intitule Le globe-trotteur de l’Agence Cook .C’est avec grand plaisir que je découvre le début du tourisme o et que je suis les tours du monde avec sa femme, puis ses enfants, qui le mèneront aux Etats Unis, jusqu’au Japon(où la banqueroute de sa banque le verra ruiné) puis, plus tard en Afrique du Sud où la famille prend ses quartiers d’hiver.


Le personnage de Kipling est  complexe.

Si, ses écrits sont principalement d’inspiration indienne, il a finalement assez peu vécu en Inde

Si, il a été propagandiste de la politique coloniale victorienne,

Si, il s’est engagé dans la guerre des Boers,  auteur d’un Mendiant distrait,poème patriotique levant des fonds pour les soldats

…..Il a donc bien gagné son surnom de Chantre de l’Impérialisme.

Il a aussi rencontré Mark Twain, fait le voyage des Samoa pour voir Stevenson (sans atteindre les îles). Il a également passé de nombreuses années en Nouvelle Angleterre près de la famille de Carrie, son épouse. Il a inspiré les frères Tharaud, romanciers français qui ont obtenu le Goncourt 1906 pour Dingley, l’illustre écrivain.

Même si des convictions anti-colonialistes empêchent d’être en pleine empathie avec le personnage, la lecture de cet ouvrage parcourant l’Empire de Victoria est passionnante.

 

 

Kipling – Charles Zorgbibe- la saga des Anglo-Indiens

SAISON INDIENNE

De Kipling, je ne connaissais que des clichés : le « chantre de l’impérialisme britannique », « tu seras un homme mon fils…. » ainsi que tout un folklore de mes années d’éclaireuses « jeu de Kim, » ou noms de « totems » tirés du Livre de la Jungle. Un auteur pour scouts, enfants ou nostalgiques des colonies.
L’écrivain Kipling vaut mieux que sa caricature.
C Zorgbibe a tissé un aimable et pittoresque patchwork des œuvres de Kipling pour raconter la vie aventureuse et voyageuse de l’écrivain et la saga des Anglo-indiens.
Histoire victorienne bien connue des Anglais, qui nous est  étrangère.

Lire Kipling et comprendre ce qui se passe en Afghanistan! Imaginer l’importance de la Route des Indes à l’époque. La Guerre des Boers,La Guerre des sahibs, me renvoie à la biographie de Gandhi d’Attali que j’ai lue il y a peu.Et terminer la fresque par la Première Guerre mondiale.

Je me livre à la singulière expérience de lire en même temps cette biographie de Kipling et Kim (expérience dictée par des contingences pratiques et non pas par une volonté littéraire : j’ai téléchargé gratuitement Kim sur ma liseuse tandis que le gros pavé de Zorgbibe est trop lourd pour être emporté : Kim me suit dans le métro, dans mon cartable…tandis que Kipling attend sur la table de chevet. ). Cette confrontation est tout à fait fructueuse : je saisis mieux des détails qui pourraient paraître secondaires : le fameux canon de Lahore se trouve en face du Musée dont le père de Kim était le directeur….le maquignon Mahboub a vraiment existé….Par ailleurs, j’identifiais Kim à Kipling enfant, erreur, il fut envoyé à 6 ans en Angleterre.

J’imaginais une sorte de chef scout pontifiant, je découvre un potache farceur, un lecteur de Rabelais dans le texte, un journaliste qui préfère écrire des ragots en vers. Montage de héros de ses romans et de ses nouvelles, l’auteur de la biographie dresse un tableau coloré de la société victorienne. Je me perds dans les personnages réels et ceux que Kipling a créés, et je m’amuse bien!(je ris même aux éclats)

 

cet article est ma première contribution au challenge victorien