La Pension de la Via Saffi – Valerio Varesi

POLAR ITALIEN (PARME)

C’est une lecture de saison! L’action se déroule pendant la semaine qui précède les vacances de Noël avec  le dénouement  le jour de Noël. Parme est noyée dans le brouillard, tout juste comme la Région Parisienne aujourd’hui. Ambiance de circonstance!

Le centre de Parme (2004) s’est vidé de la population étudiante et laborieuse, bureaux et immigrés ont remplacé les autochtones. Seul résiste le barbier qui attend la retraite. Le commissaire Soneri ne retrouve  plus ses souvenirs de jeunesse dans la pension pour étudiants où logeait sa fiancée Ada et où l’on retrouve la propriétaire Ghitta assassinée.

L’enquête démarre doucement, très doucement.  Soneri revisite son passé autant qu’il cherche les indices pour résoudre l’affaire. Il marche en plein brouillard. Les mobiles du meurtrier (e) ne manquent pas. Ghitta était un personnage singulier, sa pension, un établissement louche, maison de rendez-vous. Soneri lève une affaire de corruption dans les affaires de construction de Parme qui se transforme…

Soneri revient sur ses années de jeunesse, années 70, années de plomb, quand les gauchistes avaient viré terroristes, quand les factions se faisaient la guerre. Années où le parti communiste italien était encore influent. Parme, de tradition ouvrière ancienne. Allusions aux années 20 et aux barricades de de 1922, Arditi del Popolo. Un goût d’Ettore Scola dans « nous nous sommes tant aimés » (avec 30 ans d’écart)... Nostalgie, qui donne un charme indéniable à ce polar lent. Un photographe à l’ancienne a gardé des clichés des manifestations ou des réunions des anciens militants. Soneri découvre une photo de son ancienne femme qu’il n’aurait pas dû voir….

Les vitrines de Parme Parmesan et jambon

Traditions de Noël. Il fut un temps où on faisait maigre la veille de Noël (ça c’est un scoop). Gastronomie parmesane. Evidemment, en planque Soneri trompe l’ennui ou la faim avec des copeaux de parmesan! Il est question de préparer (ou non) des anolini specialité de Parme, et bien sûr le jambon, bien gras….

J’ai beaucoup aimé ce livre et je reviendrai sûrement vers cet auteur.

Intermittence : Andrea Camilleri

ROMAN NOIR

Camilleri! J’achète systématiquement, sans 4ème de couverture ni recommandation des blogueuses. Il me transporte en Sicile et le plus souvent me fait rire. Aussi bien les enquêtes de Montalbano que ses romans historiques (avec une préférence pour les romans historiques).

Et pour une fois, pas de Sicile, ni Montalbano, ni de rigolade. Noir c’est noir!

Intermittence se déroule au pays du fric, des magouilles,  des fusions-acquisitions, des arrangements avec les politiques, des licenciements et des pratiques très limites. Au pays du fric, les hommes ont un peu de temps, juste un peu, pour le sexe avec des femmes très sexy, pas forcément intelligentes, parfois si.

Peu de décors, tant pis pour l’exotisme! pas de descriptions! peu de suspense, beaucoup de cul. Je me suis un peu ennuyée.

L’Empreinte du faux – Patricia Highsmith

LECTURE TUNISIENNE?

L’auteure est américaine, mais l’histoire se déroule en Tunisie, à Hammamet dans un de ces hôtels de luxe sur le bord de la plage.

Ingham, un romancier américain, vient en Tunisie, s’imprégner de l’esprit du lieu pour adapter un de ses romans au cinéma. Le réalisateur, de ses amis, le rejoindra quelques jours plus tard….

Mais rien ne se passe comme prévu. Le cinéaste ne donne pas signe de vie.  Ingham met à profit sa disponibilité pour commencer un nouveau roman. Il se lie avec Adams, un autre américain et avec un peintre danois. Ils mènent la vie des vacanciers de bord de mer.

Un roman sur la Tunisie? ¨Pas vraiment, plutôt sur le peuple des vacanciers, déconnectés de leur habitudes, de leurs amis et famille, des relations que le hasard a rassemblé sur cette plage. Pas spécialement sympathiques. Même pas touristes. De la Tunisie, il jouissent du soleil, des baignades. Ils boivent. Leur monde clos leur suffit. Les Tunisiens, qu’ils nomment les « Arabes » sont soit des larbins soit des voleurs, peut être les deux. Le sens moral de ces estivants a aussi pris des vacances : Ingham trouve un homme assassiné dans une ruelle et n’a même pas l’idée d’avertir la police. Compliqué? Inutile? Quelle valeur attribue-t-il à la vie de cet homme. Ingham, lors d’une tentative d’effraction dans son bungalow, blesse? Tue? son voleur. Cet « incident » l’ennuie, mais cela ne va pas plus loin. Qui va le soupçonner? Quelles conséquences? Y-a-t-il eu une victime?

Peu ou pas de suspens dans ce « polar ». Pas d’enquête. Juste une atmosphère de mensonge, de faux. On pourrait s’ennuyer dans ce roman où il ne se passe presque rien.  C’est tout l’art de la romancière que de suggérer, de distiller, ce soupçon, cette empreinte du faux…

Elle raconte une époque révolue, celle de la guerre froide, de la guerre du Vietnam, de la guerre des 6 jours. Et puis ce voleur, cet arabe pouilleux qui a peut être été assassiné. Ce n’est pas le Président Kennedy! J’aime relever tous les détails de cette histoire contemporaine. Critique volontaire ou involontaire de cet insouciance américaine, de cette certitude d’être porteur des grandes valeurs de la démocratie et de la morale chrétienne, discours insupportables d’Adams surnommé OWL (Our Way of Life).

Amateurs de romans d’action, de polar haletant, s’abstenir.

Amateurs de folklore tunisien, vous serez déçus!

En revanche si vous goûtez l’humour, la finesse et une histoire désuète, je vous recommande cette lecture;

La Disparue d’Angel Court – Anne Perry

ROMAN POLICIER VICTORIEN

Après  une série de lectures assez dures :  le bombardement de Deraya (Syrie) les bombardements de la seconde guerre mondiale à Malte et le Grand siège de Malte, j’avais envie d’une lecture facile pour me détendre, un polar avec des personnages récurrents… Généralement j’aime bien flâner dans le Londres victorien d’Anne Perry en bonne compagnie.

La Disparue d’Angel court est le 30ème opus des enquêtes de Charlotte et Pitt. L’action se déroule en 1898.
Je me suis copieusement ennuyée au cours de cette très longue enquête (presque 400 pages). Je ne suis pas arrivée à m’attacher à cette disparue, une sainte ou un gourou d’une secte dont je n’ai pas compris les croyances, et encore moins le scandale qu’elles pouvaient provoquer. Les gens trop parfaits (ou trop méchants) m’ennuient.

J’ai trouvé le détour par l’Espagne décevants. L’hypothèse de la vengeance d’anciens collégiens rivaux  tout à fait tirés par les cheveux. Commentune tricherie à un examen  peut elle entraîner des meurtres horribles? Je n’ai pas cru aux implications géopolitiques de l’enlèvement, guerre entre l’Espagne et les USA à Cuba, courses aux armements. C’est une bonne piqûre de rappel pour ceux qui auraient oublié (et j’en suis) la géopolitique de la fin du 19ème siècle. Ann Perry est très forte là-dessus et je lui en sais gré, mais quand même c’est bien éloigné du propos de l’enquête.

Ce n’est donc pas un des meilleurs de la série, loin s’en faut, mais je retournerai me promener dans le Londres Victorien avec Pitt et famille comme je paresse devant la télé après une journée bien remplie!

Le silence pour preuve – Gianrico Carofiglio

LIRE POUR L’ITALIE

trulli à Alberobello
trulli à Alberobello

Après avoir terminé Les Raisons du Doute avec grand plaisir, j’ai retrouvé Guido Guerrieri, l’avocat de Bari, dans une nouvelle enquête. Thriller très, très soft. L’enquête est loin d’être trépidante. Partie de presque rien. La disparition d’une étudiante, a déjà été classée par la police qui n’a rien trouvé. Les parents ne peuvent se résoudre à accepter cette disparition. Ils  chargent Guido Guerrieri d’étudier le dossier, espérant trouver une faille dans les recherches policières.

Un week-end  festif dans les trulli et la piste s’arrête à la gare d’Ostuni… Trois jeunes filles, deux amies et celles qui l’a accompagnée à la gare. Bien peu d’indices!

Nous suivons l’avocat dans les prétoires, plaidant d’autres affaires, dans son nouveau bureau avec ses collaborateurs, chez lui boxant son sac, à vélo dans la ville, en promenade dans ses lieux familiers….C’est un agréable compagnon qui aime les livres, le cinéma, qui est capable de réciter de mémoire les dialogues des films qu’il a aimés ou les images frappantes de ces films. Contemplatif, il laisse surgir des images de son passé. On en apprend davantage sur Guido  que sur  Manuela  qui, finalement ne nous intéresse pas tant que cela.

L’enquête se poursuit. Mais il vous faudra lire le livre pour connaître le dénouement.

 

Gianrico Carofiglio – Les raisons du doute

LIRE POUR L’ITALIE

Les raisons du doute par Carofiglio

Un polar qui se lit très bien. Style incisif, chapitres courts, une enquête bien menée. Pour changer, le héros, Guido Guerrieri,  est avocat.

Pourtant, l’affaire était très mal partie. Le client n’était pas un inconnu de Guerrieri, au contraire. Ce dernier reconnait en lui un des fascistes qui l’avaient roué de coups, adolescent. Guido n’a pas du tout envie de le défendre. Le prévenu clame son innocence dans une affaire de trafic de drogue où tout est contre lui. Pourtant le trafiquant insiste :

« On raconte que vous ne vous dérobez pas quand la cause est juste.On raconte que vous êtes un type bien »

Si Guido accepte de se charger du cas de Paolicelli, ce n’est pas pour la juste cause. Ce sont même pour de très mauvaises raisons.

Je ne veux pas spoiler, lisez-le plutôt!

Publicité meurtrière – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

publicite meurtriere

Athènes, 2005, l’année suivant les Jeux Olympiques,

Deux événements se télescopent : le ferry crétois est détourné par des terroristes et des stars de la publicité sont abattus à bout portant.

Pendant une bonne moitié du livre les enquêtes piétinent et la vie familiale de Kostas Charitos est bouleversée par le détournement du bateau où sa fille est retenue en otage.

Je suis toujours avec grand plaisir les enquêtes de Charitos, sa vie de famille et ses errances dans les embouteillages athéniens. Comme avec Brunetti et Montalbano, je m’attache autant à la personnalité du policier, à son entourage qu’à l’intrigue elle-même, je savoure les rougets barbets grillés ou les haricots cuisinés par Adriani, je me promène dans les rues d’Athènes (sans souffrir de la canicule).

Dès que Charitos suit la piste du pistolet allemand Luger, il remue  l’histoire ancienne,  l’occupation allemande, la résistance communiste de l’ELAS, la prison de Bouboulina …C’est dans ce domaine que Markaris est très intéressant. Les criminels ou les témoins ont une histoire dans la grande histoire, ils s’inscrivent dans un contexte que l’auteur analyse.

Analyse critique de l’influence de la publicité dans l’audiovisuel. La publicité « actionnaire principal » des chaines de télévision….Encore une facette intéressante!

Si cet opus n’est pas mon préféré de la série, mention spéciale à Pain, éducation, liberté et à l’Empoisonneuse d’Istanbul, c’est néanmoins très réussi.

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