Un Amour à l’aube -Amadeo Modigliani Anna Akhmatova – Elisabeth Barillé – Grasset

PARIS 1910 -1911/SAINT PETERSBOURG

Elizabeth Barillé nous conte une rencontre, un amour, entre Amadeo Modigliani et Anna AkhmatovaEst-ce une fiction? une biographie?un essai double sur la peinture à Paris et sur la poésie russe? Lecture à la fois facile et savante. Facile parce que le roman est court, fluide. Savante si on veut approfondir la recherche en suivant les pistes offertes.

Modigliani : Akhmatova

De cette rencontre, peu de preuves tangibles subsistent : un dessin que la poétesse a conservé toute sa vie, un court essai rédigé près de 50 ans plus tard, une tête de pierre sculptée par Modigliani surgie dans une vente qui a inspiré Barillé pour écrire cette histoire….Les lettres qu’Amadeo a écrite à Anna sont perdues, comme les quinze autres dessins de lui qu’elle possédait.

 

Une rencontre? une amitié? une liaison? un amour? Anna avait 21 ans quand elle a rencontré Amadeo, mariée depuis trois semaines.

Modigliani : tête sculpté, Akhmatova ?

Les histoires d’amour me touchent assez peu, les ragots encore moins. En revanche je suis très curieuse de l’intense vie artistique dans le Paris des années 1910. J’aurais dû prendre un crayon et faire la liste de tous les artistes et parfois plus précisément des œuvres : Picasso et Braque bien sur, mais aussi Soutine, Kremegne, Brancusi, Zadkine, Duchamp ou Fernand Léger… pour les plus connus mais aussi des Russes que je ne connais pas comme Natalia Gontcharova et le mouvement « valet de Carreau », Alexandra Exter, Nadejda Hazin (future Madame Mandelstamm) Altman.. J’interromps souvent la lecture pour avoir une idée des tableaux sur le petit écran du téléphone, ou sur l’ordinateur.

Altmann : Anna Akhmatova

Autre pôle : la poésie russe. Essai intéressant bien que je sois totalement ignorante. L’auteure nous emmène sur les lieux de l’intelligentsia à Saint Petersbourg ou à la campagne dans des lieux tchékoviens.

Allusions aussi à  ce qui va suivre, stalinisme et persécutions, goulag. Mais c’est une autre histoire!

 

Keith Tyson dialogue avec Claude Monet à Marmottan

DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson

Artiste britannique contemporain.

Tyson : London

Comment peindre après l’invention de la photographie?

tyson : 4 seasons

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Détails

Jules Adler peintre du peuple au mahJ

Exposition temporaire du 17/10/2020 au 23 /02/20

 

Grève au Creusot

Un peintre  oublié, célèbre en son temps, que la vague impressionniste puis cubiste a relégué dans la peinture académique qu’on a négligée.

Peintre du peuple, peintre des luttes ouvrières, peintre des « las »,

les las

Foules fatiguées par un labeur harassant, illustration de l’Assomoir.

Peintre naturaliste, successeur de Courbet, natif de Luxeuil-les-Bains (1865) admirateur de Zola. Ses tableaux illustrent parfaitement l’atmosphère de Germinal ou des autres romans de Zola. En 1901, Adler se rend à Ch&rleroi pour peindre mines et mineurs

1901 Charleroi, au pays de la mine

Il peint les hommes au travail comme cette fabrique de bouteilles

les enfourneurs

Adler peint les humbles, les foules anonymes de Paris témoins d’un accident

l’accident

Dreyfusard de première heure, il rencontre Zola (des coupures de journaux rappellent aussi l’appel de fonds pour le Monument de Zola.

Trop âgé pour être mobilisé pendant la Grande Guerre, il ouvre avec sa femme une cantine puis en 1917 part à Verdun comme « artiste aux armées » et réalise un grand nombre de croquis, dessins à peine rehaussés de couleur où se détache souvent le squelette d’un arbre dénudé sur la neige, portraits de prisonniers. On ne voit aucune intention d’héroïsme, soldats comme les ouvriers de ses tableaux  au travail, épuisés.

Il continue à peindre les humbles, les petites gens, les marins, les paysans, et les femmes « matelotes d’Etaples » scrutant la mer qu’on imagine mauvaise. Étonnamment, les personnages les plus gais sont les  « chemineaux » ces vagabonds qui parcourent les campagnes cherchant à se louer dans les fermes

 

la chanson

et cet autre chemineau, homme libre et bienveillant qui devient philosophe

chemineau philosophe

Selon les commentaires, le chemineau en marche serait l’alter ego de l’artiste qui lui rappelle le colporteur juif ou même le Juif errant.

Peintre d’histoire, il a fait un grand tableau représentant la conscription de 1914, une foule immobile étonnée et un autre joyeux de l’Armistice

L’armistice 1918

Son oeuvre se poursuivra entre les guerres, il peint Paris et les parisiens

Paris dans les fumées (rue de Rome)

Il sera interné à Picpus pendant l’Occupation.

Adler au Musée du Judaïsme? vous ne trouverez pas de Juifs barbus ou de thèmes religieux, tout juste un petit dessin appelé « juif au café« . Sa peinture est sociale avec une attention particulière aux humbles et aux opprimés.

«  »je pense souvent qu’il doit y avoir une sorte de relation que les images de la souffrance sociale m’attirent tellement parce que je suis juif et que mes ancêtres, pendant des générations ont tant souffert »

Luca Giordano – (1634 – 1705) Le triomphe de la peinture napolitaine au Petit Palais

Exposition temporaire au Petit Palais jusqu’au 23 février 2020 au Petit Palais

Luca Giordano : autoportrait

A l’entrée,  une série d’autoportraits nous permet de faire connaissance avec le peintre de sa jeunesse à l’âge mur.

Les expérimentations d’un jeune artiste

Dans cette première salle, nous assistons à l’apprentissage de l’artiste, « Luca-fa-presto »  étudie les maîtres imitant Titien, Reni ou Rubens…. si bien qu’on l’a accusé de faussaire.

Le Christ devant Pilate

Dans le Christ devant Pilate, il a combiné deux estampes de Dürer pour composer un tableau personnel.

La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste

La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste renvoie à la Vierge de Lorette de Raphaël montrant un artiste qui maîtrise l’art du pastiche.

La définition du Mythe Giordano dans les églises de Naples

Six très grands formats dans une salle tendue de violet avec des arcades tentent de rendre aux retables et grands tableaux d’église leur décor d’origine.

Je n’aime pas forcément tous ces chefs d’oeuvres de la Contre-Réforme comme La Madone du Rosaire où figurent Sainte Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et Saint Dominique.

Saint Michel Archange chassant les Anges Rebelles

En revanche les deux grandes toiles héroïques : Saint Michel archange chassant les anges rebelles m’a frappée : peinture sculpturale sans aucune condescendance ou mièvrerie.

Saint Antoine donnant l’Aumône

L’héritage de Ribera

Le bon samaritain (1660)

est présenté dans une grande salle très sombre tendue de brun. On y fait dialoguer les tableaux et les peintres Ribera et Giordano, mais aussi Preti et Giordano, Caracciolo et Giordano, Caracciolo introduisant l’influence directe du Caravage dans des tableaux sombres, dramatiques au contre-jour à l’éclairage violent.

Le Bon Samaritain fut même attribué jusqu’au XXème siècle à Ribera.

Le martyr de Pierre

Au centre le Martyr de Pierre de Preti est accompagné de deux toiles de Giordano avec la même ambiance caravagesque, j’ai préféré le Preti, plus riche. Leur faisant face, sur la cimaise opposée : Apollon et Marsyas peints par Ribera (1637) et Giordano (1660). La composition rappelle le Martyr de Pierre, le Ribera est moins sombre, son Apollon plus gracieux, tandis que le Giordano est plus sombre, plus violent encore.

Ribera : Apollon et Marsyas

j’ai apprécié le dialogue des Saint Sébastien : Ribera (1651), Preti (1657) Giordano (1660) dans une salle tendue de rouge (et c’est encore le Preti que j’ai préféré).

Luca Giordano entre cynisme et stoïcisme est le titre de la section suivante : une collection de portraits de philosophes ainsi que deux tableaux de la Mort de Caton et Mort de Sénèque.

Le triomphe de la mort : Giordano et le spectacle de la Peste. La peste de Naples 1656 décima la population. Giordano montre l’intervention de Saint Gennaro. C’est encore l’occasion de la confrontation de Preti et de Giordano. 

Vient ensuite une série de dessins sur des sujets mythologiques ou bibliques qui montre la virtuosité de Giordano comme dessinateur.

Le baroque local

 

Cette fois-ci, Giordano est présenté à Pierre de Cortone, tous les deux invoquant la figure de Saint Alexis avec des teintes plus claires (fond jaune) et apparition de putti bien baroques.

Giordano n’a pas peint que des sujets religieux toute une salle présente des sujets mythologiques avec des héroïnes alanguies comme Ariane abandonnée, Diane et Endymion, le Retour de Persephone, Polyphème et Galatée

En 1694, départ pour l’Espagne où il a de nombreuses commandes royales pour l’Escurial, la Bibliothèque du Prado, Saint Laurent des allemands où il réalise d’éblouissantes fresques qu’on peut admirer dans une salle où elels sont projetées à 360° accompagnées de la musique de Scarlatti : Lamentations pour l’office des Ténèbres.

La dernière salle Le grand Séducteur à la Cour d’Espagne montre un style lumineux, aérien et insouciant avec une belle Assomption de la Vierge et Tancrède baptisant Clorinde qui fait plus penser à un badinage amoureux qu’à un acte religieux.

 

CLOUET Le Miroir des dames – Mathieu Deldicque – éditions FATON

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

D’abord un grand merci à Babélio et aux éditions Faton pour ce joli cadeau de Noël!

C’est un très beau livre, format carré (21cmx21) cartonné au papier crème et l’impression soignée. Le reproductions en couleur des portraits des Dames format 17×17  ou 11×16 sont également d’excellente résolution.

Le texte :  LE TRIOMPHE DES DAMES DESSINE PAR JEAN  ET FRANCOIS CLOUET

m’apprend d’abord que « Clouet« désigne deux artistes, père et fils, et que ces dessins proviennent de la collection de la Reine Catherine de Médicis. Collection féministe? que ce Royaume de Fémynie (Christine de Pisan).

 

En plus du plaisir d’admirer des dessins d’une grande finesse, ce qui m’aurait comblée, j’entre dans cette cour des femmes et découvre des dames et parfois des petites filles aux visages expressifs. Chaque dessin est accompagné d’une notice historique racontant parfois l’histoire ou s’attachant à un détail vestimentaire.

Certaines femmes comme Diane de Poitiers sont fameuses. Justement le portrait de la duchesse de Valentinois est confondu avec la duchesse d’Etampes. Cette confusion raconte peut-être une histoire de jalousie?

Un costume, un couvre-chef, sont signifiants. Il convient de s’y arrêter un instant d’autant plus que la notice signale parfois des retouches postérieures…

Cette dame (Jacqueline de la Queuille Madame d’Aubigny) dont le visage rose surgit de gaze blanche était-elle une nonne, Non ce sont des voiles blancs de deuil..

Je feuilletterai encore de nombreuses fois cet ouvrage où je découvre à chaque regard un détail, une histoire…

Un ouvrage précieux

Toulouse Lautrec au Grand Palais

Exposition Temporaire jusqu’au 27 /01/2020

Cette grande exposition dévoile des facettes que je ne connaissais pas du peintre- affichiste de Montmartre qui se révèle être aussi un merveilleux dessinateur (je m’en doutais un peu) et un portraitiste.

J’ai beaucoup aimé les portraits où l’on ressent la parenté avec Van Gogh ou Emile Bernard.

Portrait d' »Elles », les femmes des maisons closes jamais graveleuses, toujours attentives aux détails : femmes à la toilette….Portraits d’hommes aussi. Et puis j’ai aimé deviner la silhouette d’Oscar Wilde et le profil de Fénéon

Evidemment les affiches, mais pas que….

 

Le Greco au Grand Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 10 février 2020

Greco Saint Dominique :

Pour moi, le Greco avait peint des hommes au visage allongé, un peu mystérieux, très espagnols….avait peint Tolède… 

Domenikos Theotokopoulos est né en Crète en 1541 et nous avons vu sa maison et la petite église byzantine à Fodele. 

J’ai toujours eu du mal à faire le lien entre Tolède et Fodele. Cette exposition me fait découvrir l’oeuvre et le parcours du peintre

Domenikos Theotokopoulos  a commencé à peindre des icônes et ce n’est pas un hasard s’il se réfère à Saint Luc, le peintre de la Vierge (en Grèce, on a retrouvé tant d’images miraculeuses de la Panaghia peintes par Saint Luc).

Candie, au 16ème siècle,  était vénitienne. Venise, 1567, à l’arrivée du Greco était la ville de Titien, du Tintoret, Veronèse…il devait être difficile de rivaliser avec tant de célébrités. Greco, alors peint des petits formats, de la taille de petites icônes. Sa palette comporte surtout des bruns, quelques taches rouges..>Le triptyque de Modène est un chef d’oeuvre de cet art miniature « penser grand, peindre petit » aurait-il déclaré.

triptyque de Modène

La peinture illumine bientôt ses tableaux. Greco se met à l’Ecole vénitienne…

Annonciation

Le songe de Philippe II (1577) se réfère à la Bataille de Lepante (1571) bataille très espagnole mais aussi très grecque!

 

Grec? Vénitien? Espagnol? Il est aussi passé par Rome où il a vu les œuvres de Michel Ange…

J’avoue, les grandes toiles religieuses m’ont un peu ennuyée. En revanche les portraits sont saisissants de modernité.

Portrait du Cardinal Nino de Guevarra

Je pense au Titien, quelle audace ces lunettes!

Le Saint Martin est très espagnol, on l’utiliserait pour illustrer Don Quichotte! (et oui Cervantes était lui aussi à Lepante!)

Un Saint Martin très espagnol!

Beaucoup de sujets religieux mais pas que….j’ai aimé ces variations sur le souffleur de braises

la fable

Greco travaille à des variation, m’explique-t-on dans l’exposition. Il revient sur des thèmes pendant de longues années comme pour Jesus chassant les marchands du temples qu’il a peint  successivement en 1570- 1575 – 1600 et 1614. La version de 1575 me plait beaucoup avec les 4 marchands dans le coin droit en bas

Jésus chassant les marchands du temple (1575)

La dernière version annonce la Vision de Saint Jean

jésus chassant les marchands du temple

Cette vision de Saint Jean : apocalypse est (pour moi ) une peinture extrêmement moderne, presque contemporaine qui pourrait figurer à côté d’un Picasso ou d’une peinture expressionniste

Vision de Saint Jean 1614

J’ai vraiment découvert Greco que je croyais connaître!