Eva Gonzalès (1847 -1883) Parcours d’une artiste libre au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 24 JANVIER 2027

Le Réveil

Eva Gonzalès entre en 1866 dans l’atelier de Charles Chaplin où elle peint surtout des portraits mondains, femmes habillées de gris argenté, rose doux ou bleu pastel, comme dans les Deux soeurs à la toilette, genre que certains critiques ont qualifié de « chaplinades« . 

Deux soeurs à la toilette

J’ai trouvé plutôt mièvre ces tableaux. Huile ou pastels, la technique est parfaite, mais c’est trop sucré pour moi, sauf peut être le moineau au pastel que j’ai bien aimé

Le moineau (pastel)

Eva Gonzalès rencontre en 1869 Manet dont elle devient la seule élève officielle. La salle confronte les oeuvres d’Eva Gonzalès à celles du maître. l’influence est certaine mais la comparaison parfois cruelle. 

la loge aux Italiens; les modèles sont sa soeur Jeanne et son mari Henri Guérard

Elève mais aussi modèle d’Edouard Manet qui a fait ce grand portrait

Edouard Manet portrait d’Eva Gonzalès

« mademoiselle Gonzalès, que pensez-vous d’Henri Guérard »

Peintre et graveur, Eva Gonzalès et Henri Guérard se sont rencontrés pour La Loge aux Italiens en 1874. Ils se sont mariés en 1879. 

henri Guérard : la frise aux corbeaux

j’ai bien aimé sa frise aux corbeaux, ses nombreux portraits de leur chien Azor et les éventails japonisants.

henri Guérard : Eventail aux diables japonais

Dieppe et la Normandie (1868 -1882)

Changement d’ambiance et de palette. J’ai aimé les paysages normands et les enfants

Eva Gonzalès : enfants dans les dunes de Grandcamp

prenant pour modèle sa soeur Jeanne, Eva Gonzalès s’inspire de son quotidien pour peindre la vie des femmes

Eva Gonzalès : sous le berceau à Honfleur

dans les dernièes années son style évolue avec de larges coups de brosse.

Cette exposition quoique plaisante m’a un peu déçue, trop rose, trop sucrée à mon goût

 

Anselm Kiefer Nymphéum à la Galerie Thaddéus Ropac à Pantin

Actaea (560x760cm)

Merci à Lorenztradfin qui m’a conseillé cette visite! Aller à Pantin est déjà une aventure en-soi. Sortie du métro à Eglise de Pantin,(5) suivre la grande rue Delizy puis enjamber le Canal de l’Ourq 

le canal de l’Ourq à Pantin

Pantin fut autrefois une banlieue industrielle deshéritée, elle se gentrifie comme Bagnolet et Montreuil, ses voisines : en chemin, je repère un théâtre du Fil de l’Eau, un studio d’enregistrement de musique et les bords de l’Ourq font une promenade bien sympathique vers La Villette.  Après le pont de chemin de fer je trouve la Galerie Ropac installée au large dans un bâtiment industriel en brique.

Galerie Thaddéus Ropac

J’ai découvert Anselm Kiefer dans le Grand Palais éphémère en 2021 dans l’exposition Pour Celan, j’ai été impressionnée par les peintures énormes, colossales, écrasantes, tragiques où des vers de Celan étaient écrites à la main évoquant la Shoah. je l’ai retrouvé au Panthéon dans la même veine guerrière. Récemment son Hommage à Segantini au Musée Marmottan-Monet était toujours impressionnant sculptant la montagne avec ses épaisses couches métallisées. 

Hespéride(280x380cm)

Les toiles géantes, (l’une d’elle a plus de 7m de long) trouvent leur place dans l’atelier vide, blanc et très clair. Comme j’étais seule je cherchais à donner l’échelle et l’arrivée d’un jeune Autrichien qui cherchait lui aussi un personnage pour figurer sur la photo a solutionné mon problème.

Aphrodite et Arès (280×380 cm) pris au piège d’HéphaÏstos dans un filet

Sur le comptoir, 3 feuillets dactylographiés et un plan. Pas de cartel. Pour les titres, se reporter au plan. Il me faudra chercher sur internet de retour à la maison les légendes de la mythologie, les histoires de ces nymphes, divinités de l’eau célébrés dans ce Nymphée

L’histoire d’Aphrodite et d’Arès est la plus connue, les deux amants se retrouvent enfermés dans le filet tendu par Héphaïstos, le mari contrefait et jaloux.

Actea; détail

De loin, j’ai cru voir une grenouille, puis Ophélie flottant cheveux déployés. C’est Actéa, la Néréide, du rivage rocheux, fille du Vieil Homme de la Mer.

Klytia et Hélios

Dans cette allée de verdure deux visages émergent de la ramure : Klytia, nymphe aquatique, fille d’Océan et Thétys. Eperdument amoureuse d’Hélios. Les histoires d’amour finissent mal, en général. Hélios se détourne de Klytia. Jalousie, trahison. Klytia sera transformée en tournesol. 

Lampetia et Phaethusa

Ces deux nymphes, filles d’Hélios, personnifient la lumière. Surgissant d’un paysage urbain. Gratte-ciel à plaquage d’or. On pense un peu à Klimt.

J’ai trouvé beaucoup de tendresse à ces visages émergeant de splendides tableaux. La mythologie peut être tragique (on ne se refait pas et Kiefer est tragique). Elle est néanmoins baignée d’amour, amour-passion, amour tendresse et cela change des horreurs de la guerre auxquels Kiefer nous avait habitués.

Je viens d’apprendre que l’exposition serait prolongée, allez à Pantin, il n’y a pas foule et en plus c’est gratuit.

Moi, Dora Maar – Nicole Avril

Dora Maar fut l’amante,  la compagne, le modèle et la muse de Picasso de 1936 à 1945, nous rencontrons de nombreux portraits d’elle à l’occasion des expositions de Picasso. L’exposition récente de Lee Miller qui a partagé leurs séjours sur la Côte d’Azur a révélé des portraits d’elle. Dès que j’ai trouvé le livre de Nicole Avril dans une boîte à livres, je l’ai embarqué et commencé avec enthousiasme. 

Etrange biographie, écrite à la première personne après son décès en 1997. Biographie ou autobiographie, puisque c’est Dora qui dit « je« pas de notes, une bibliographie succinte. Difficile donc de faire la part  des faits avérés et de la fiction.

Le livre commence sur les chapeaux de roue, avec une passion effreinée citant même Saint Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. Grande histoire d’amour, emprise totale quand il la peint en femme qui pleure ou le sexe dévoré par le Minotaure. Je regarde les tableaux sur mon téléphone. Picasso peint Guernica, Dora Maar qui était déjà une photographe réputée, va photographier les étapes de la fabrication de ce tableau. Eluard et Nush, leurs amis les plus proches sont présents dans le roman. Mais toujours Picasso tient le devant de la scène. Picasso, ses femmes et ses enfants, Picasso et ses tableaux….Ce livre s’appelle Dora Maar mais il n’est question que de Picasso. 

Avant Picasso, Dora fréquentait les Surréalistes, Bataille. On ne saura rien de l’avant-Picasso. Avant Picasso Dora était photographe. On ne saura rien de ces photographies (sauf Guernica). Elle dévoile un peu l’enfance en Argentine, mais pourquoi? pour parler Espagnol avec Picasso. 

Quand Picasso la délaissera, Dora jouera le rôle de Dona Elvire avec ses remontrances au Don Juan, pour le bien de son âme, semble-t-on. C’est après l’abandon definitif, le passage à l’hôpital psychiatrique avec électrochocs, puis psychanalyse avec Lacan. J’aurais bien aimé en apprendre plus sur Lacan. Dora retourne à la peinture. Mais on ne s’arrête guère sur ses oeuvres. Elle se tourne vers la religion. Après Picasso, il n’y a que Dieu!

J’ai donc été un peu déçue d’en apprendre si peu sur Dora phagocytée par le génie Picasso. Pour Dora, il faudra chercher ailleurs.

 

 

Triptyque de Moulins – Jean Hey -au Louvre

Présentation d’un tableau restauré – au Louvre jusqu’au 31 Août 2026

Avant que le triptyque ne retourne à Moulins dans la cathédrale, je me sui dépêchée de profiter de cette exposition au Louvre. J’aime beaucoup ces présentations de tableaux récemment restaurés mis à l’honneur avec un soin particulier. : de véritables leçons de peinture! Le tableau est généralement présenté dans son contexte historique avec d’autres oeuvres soit du peintre, soit de contemporains ou traitant du même sujet. 

L’exposition invite à observer les détails, réfléchir au sens religieux, mais aussi au contexte historique ou aux intentions politiques de l’oeuvre. On s’arrête, on lit, on regarde les autres tableaux, on revient à l’oeuvre mise en majesté. Une expérience dont on se souviendra longtemps comme La Vierge du Chancelier Rolin de Van Eyck , ou le Pierrot de Watteau ou Sainte Anne de Leonardo da Vinci. 

Jean Huey, le « Maitre de Moulins » est venu de Flandres à la cour du Duc de Bourbon. Il a peint ce retable en 1498. Il fait figurer le couple de ducs de Bourbon Pierre II et Anne de France ainsi queait leurs filles. habituellement le retable était fermé : les volets sont peints en grisaille. Quelle devait-être l’éblouissement lorsqu’on découvrait en l’ouvrant les tableaux colorés. Quelles couleurs! Ravivées par la restauration, la Vierge ressort d’un décor chatoyant. 

Une vidéo montre comment on a repeint les lacunes, redoré, et mis en valeur par le nettoyage les couleurs vives des vêtements. De petits coups de pinceau illuminent les broderies.

Quelle belle surprise que de découvrir ce peintre entre gothique et Renaissance et ce tableau dont j’ignorais tout. Je croyais qu’il allait représenter des moulins à vent!

 

Le Gardien de Téhéran – Stéphanie Perez

IRAN/ART CONTEMPORAIN

Que vient donc faire Marilyn Monroe sur cette couverture? Le Shah et Khomeini on comprend,  la couronne peut être mais Marilyn?

Stéphanie Pérez Journaliste de guerre, dont le visage nous est familier à la télévision, a rapporté de ses reportages une bien jolie histoire. 

Cyrus, le héros de l’histoire n’est pas Gardien de la Révolution que nous voyns aux actualité télévisée, c’est le gardien du Musée d’Art Moderne.

L’histoire commence en juillet 1977, sous le règne de Réza Palahvi. L’argent du pétrole coule à flot. Les souverains voulaient ouvrir l’Iran à la modernité occidentale, Cinéma américain, filles en courtes tenues maquillées, discothèques…

« L’épouse du chah veut doter l’Iran d’un musée d’art contemporain, qui servirait de passerelle entre Est et Ouest, entre oeuvres iraniennes et chefs-d’oeuvre occidentaux. »

Farah Diba, a réuni une collection de tableaux d’une valeur inestimable : Monet, Renoir,Gauguin, Picasso,Pollock, Bacon et Andy Warhol (Marylin!). Elle veut montrer les chefs d’oeuvre de l’Art Occidentalet éblouir la communauté internationale .

Pollock : Mural on indian red Ground

Pour convoyer ces trésors dans la plus grande discrétion, Cyrus, un simple livreur, jeune homme modeste des quartiers deshérités, est embauché comme chauffeur. Alors qu’il ne connait rien à la peinture, il est touché par les tableaux, interrogera les spécialistes et va devenir l’un d’eux.

Renoir Gabrielle

Le 13 octobre 1977, d’inauguration du Musée est un évènement planétaire avec des fastes inouis, caviar et vins fins, ambiance cabaret. Cyrus

« mesure le gouffre entre ces deux mondes qui entrent en collision, de manière forcée, au milieu des tableaux
de l’impératrice, spectateurs muets de ce dangereux bal des vanités. »

L’Iranien moyen n’a jamais assisté à un tel show dans le pays, la collision entre les deux mondes est brutale.
Les souverains ne sont-ils pas déconnectés de la réalité ? Il se demande si tout ne va pas trop vite, et si cet Ouest inaccssible n’est pas une caricature

Tandis que l’élite occidentalisée se précipite pour être de la fête, le peuple iranien ne profite pas de la manne pétrolière scandaleusement dépensée. Pire, la Savak fait règner la terreur en muselant toute velléité de critique. Azadeh la voisine et amie de Cyrus, étudiante photographie la misère pour témoigner. Elle est emprisonnée, torturée pour ses photographies. 

« Une petite musique qui se fait de plus en plus entendre dans le pays, des notes qui deviennent de plus en plus
fortes et qui sont en train de se transformer en partition de la colère. Des envies d’égalité, de démocratie. De
révolution. Tout cet argent dépensé alors que la population a faim le dérange aussi. »

 

Khomeini et les religieux capitalisent sur cette colère. Quand la révolution chasse le Shah dès janvier 1979 dans l’enthousiasme général personne ne voit se profiler la nouvelle dictature. Les étudiants se laissent embrigader.

Suicide (Purple jumping man) Andy Warhole

Cyrus continue à travailler au musée, il veille sur les tableaux auxquels il se sent attaché. Dans la fuite des partisans des Pahlavi, le modeste gardien se voit confier les clés des réserves où sont entreposés tous les chefs d’oeuvres. Il va élaborer une stratégie pour les sauver, mettre à l’abri Renoir(pour la nudité), Bacon (homosexualité) …en revanche Picasso va désarçonner les Gardiens de la révolutions. Dans les temps de guerre et de violence, Cyrus considère les tableaux comme des amis, des confidents. 

En plus de l’aspect historique qui rappelle les circonstances de la révolution islamique, Le Gardien de Téhéran aborde la compréhension, puis l’attachement d’un homme simple pour l’art contemporain en dehors de tout snobisme, et de tout aspect financier. Une belle histoire ! Et pour l’amour de l’art, des explications passionnantes sur certains tableaux, les excentricités d’Andy Warhol…

j’ai dévoré ce livre, un vrai coup de coeur!

Hugo et l’Architecture – de la Pierre à la Plume – Place des Vosges

Exposition temporaire jusqu’au 22 novembre 2026 à La Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges.

Le burg à la Croix

On pense d’abord à Hugo, l’écrivain, puis le poète, architecte? décorateur, oui quand on a visité Hauteville House, sa maison de Guernesey CLIC et sa maison de la Place des Vosges, mais « Architecte« ? j’étais curieuse en abordant l’exposition. 

Meyer : Victor Hugo Le Géant

Comme nombreux romantiques, et Viollet-le-Duc, Victor Hugo s’est emparé de la passion de l’architecture, du patrimoine et du gothique.  Notre Dame de Paris en est le chef d’oeuvre. Une salle entière est dédiée à Notre Dame avec un curieux tableau(prémonitoire?) de l’incendie avec les coulées de plomb fondu . C’est une illustration de l’attaque de la Cathédrale 

illustration du livre Notre dame de Paris François-Nicolas chiffart 1876

On peut aussi admirer de très belles photographies 1900 de la cathédrale, plaques noircies et contours blancs, comme solarisés.

Victor Hugo : le Phare d’Edddystone (illustration de l’Homme qi rit)

Le vrai sujet de l’exposition serait plutôt Victor Hugo, dessinateur de génie, ici, plutôt desssinateur d’architecture. Pas du tout dans le genre dessin d’architecte, avec perspectives et cotes précises. Du gothique romantique! Souvent de l’improbable

Sombres, caravagesques ou goyesques. Avec un bon siècle d’avance certaines encres brunes feraient penser au brou de noix de Soulage. 

L’ermitage de Saint Helier (Jersey)

Hugo dessinait tout le temps, il ornait ses lettres de croquis d’une extraordinaire finesse. Il dessinait aussi sur les manuscrits de ses romans (oh combien raturés!)

lettre comme une cartre postale

On croit voir un oiseau prenant son envol mais c’est un paysage tout en finesse et en détails. Dessinait-il avec une loupe ou avait-il une vue perçante? et une main très sûre.

Guenesey Saint Sampson

j’ai eu le plaisir de reconnaître Guernesey!

Malheureusement, ces dessins fragiles sont sous-verre et difficile à photographier avec les reflets de l’éclairage et des silhouettes des visiteurs. je n’ai pas pu prendre tous ceux que j’ai aimé.

Et bien sûr, il faut visiter à l’étage les pièces décorées du sol au plafond. Surchargées? Peut être?

Annette Messager : Une hirondelle ne fait pas le printemps – au Musée de la chasse et de la nature

Exposition temporaire jusqu’au 20 septembre 2026

La Revanche des animaux

Le Musée de la Chasse et de la Nature est un  écrin parfait pour cette exposition « conçue commme une longue fable poétique  et politique »en 80 oeuvres, présentées en 16 chapitres où Annette Messager  « explore l’animalité et le saugrenu » je continue à copier le cartel de présentation :

« parce qu’il est nôtre, le monde des animaux n’est pas un royaume enchanté ni une scène exangue. les bêtes fuient, gisent, luttent.
Le monde est une gigantesque battue, partout des proies et des prises »

Fables et récits

Entre trois piles de livres des peluches figurant les animaux s »amoncèlent. Au sommet 3 chimères : oiseaux empaillés et toujours emplumés avec tête de peluche. Je m’amuse à déchiffrer les titres des livres, aussi bien des chefs d’oeuvres que de la littérature de gare, de Isaac Bashevis Singer à la Bibliothèque verte. Peut être dans ces livres se cachent aussi les fables? J’ai cherché Esope, La Fontaine, Colette ou Orwell qui ont si bien fait parler les animaux.

A propos de langage :

22 expressions

Un mur est couvert de ces 22 panneaux qui montrent comment les animaux sont présents dans le langage courant : « S’entendre comme chien et chat », Têtu comme une mule » « comme un coq en pâte » etc….

Je n’ai  pas trop aimé ce Théâtre de la Cruauté : lapin de peluche disséqué, éviscéré avec les instruments de torture, au ventre ouvert d’où s’échappent des petites peluches. 

La Revanche des animaux (détail)

Peluches, métal, dessins… tout concourt à cette revanche des animaux!

Ecureuil en haut de l’escalier

Une grande salle au rez de chaussée a été offerte à Annette Messager seule pour ces grandes installations. Dans les étages, les objets, chimères, sculptures s’accordent avec les collections permanentes ou les oeuvres d’autres artistes contemporains. 

Capture ou captivité : l’écureuil sous son filet

Intéressons-nous d’abord à Capture et Captivité : l’écureuil taxidermisé sous un filet qui trône « moins butin que souverain », porteur d’outres ou idole masquée « Tel est pris qui croyait prendre » suggère l’artiste. 

Notre visite sera mise en scène, fables ou histoires tragiques, commentées par l’auteure.

Bronzes de Saint Clair Cemin

Le gardien nous fait remarquer les bas-relief et les gardes-corps, les rampes et les lustres et appliques habillant l’escalier et le palier. Oeuvres de Saint Clair Cemin, sculpteur brésilien.

Le Sang des bêtes

Parmi les collections permanentes, je cherche les oeuvres parfois de très petite taille comme ces oiseaux costumés, les oiseaux meurent aussi.

Flânerie des escargots

Variations sur les flânerie des escargots, sur un crâne – vanité – allégorie de la mort et détournement grottesque. Trois escargots portent des seins   à la place de la coquille . Il y a m^me une barbie-escargot quelque part.

Dans le cabinet des appeaux, l’installation est sonore, elle sussure, murmure « Ci-ci-ci-gogne – Ci-ci-ci« 

Dans le Salon des Chiens, un teckel empaillé plus vrai que nature porte un masque chirurgical. C’est le chapitre Eux et nous. Il me met très mal à l’aise. 

les transports amoureux sont figurés sur roulettes. 

Chatte en céramique : illusion d’optique

Les trophées intimes offrent des photos très personnelles. Je ne me souviens plus bien quelle est la possible vengeance. C’est au troisième étage que les Rameaux graphiques m^lent sculpture et dessins deux dessins m’ont particulièrement plu : un jardin du tendre 

et un autre dessin où se mêlent animaux et humains, peut être le b erger et son troupeaux et ses chiens?

Encore une fois, je me suis fait violence pour entrer dans un musée qui se clame « musée de la Chasse », je n’aime pas la chasse, encore moins les carabines, les trophées. Et pourtant c’est un lieu magique pour l’art contemporain. C’est là que j’ai découvert Eva Jospin, Sophie Calle et Garouste.D’ailleurs les oeuvres contemporaines y sont nombreuses et variées. Une de mes préférées : ce Dieu de la Forêt en écorees de bouleau

Eieu de la forêt . Jeanine Janet

Calder : Rêver en équilibre à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 16 Août 2026

mobile

Je connais depuis l’enfance La Spirale (1958) énorme mobile de 10 m de haut devant le siège de l’Unesco, plus récemment la grande Araignée de la Défense, rouge le gros stabile rouge de 15 m. Je n’étais pas tellement motivée à traverser tout Paris et payer 18€ pour l’exposition Calder à la Fondation Vuitton. Tous ces mobiles et stabiles se ressemblent-ils?

Circus scene (1926)

Passées les oeuvres de jeunesse (même un petit canard et un cochon métalliques réalisées à 9 ans), les animaux stylisés, deux toiles nous mènent dans l’univers du cirque et c’est cet aspect de Calder qui m’a le plus surprise et amusée.
LE CIRQUE DE CALDER

le cirque miniature

A son arrivée à Paris en 1926, Calder développe une installation, sorte de happening: un cirque miniature. D’inombrables figurines bricolées en fil de fer, habillées de chiffons, animaux, acrobates, danseuses…. sont manipulées par Calder lui-même. Ils tiennent tous dans 5 valises avec les disques pour la musique, les éléments de la piste et diverses attractions. Ce spectacle original a attiré les plus grands artistes de l’époque : Fernand Léger, Le Corbusier, Marcel Duchamp, Miro….

danseuseanimé

On apprécie encore mieux la performanceavec le film de 27 minutes montre une représentation du film tourné en 1961 par Carlos Vilardebo. Calmder est magi cien, circassion, marionettiste de génie. Nous redevenons tous des enfants et rions aux éclats aux ébats de la danseuse du ventre, de l’éléphant qui souffle par sa trompe de la sciure, ou des exploits des trapézistes commentés par Calder lui-même rigolard, polyglotte qui affuble les personnages de noms improbables. Il y a même une scène de rodéo.

la famille Le Brass, pyramide humaine en fil de fer

Equilibristes et trapézistes fil de féristes….toujours sur le thème du cirque cette pyramide humaine.

Et du cirque, on bifurque sur les personnages en fil de fer entre caricatureset portraits. On le voit bricoler le profil de Kiki de Montparnasse, plusieurs silhouettes de Joséphine Baker et d’autres artistes

Après une visite dans l’atelier de Mondrian, Calder change radicalement de style. On voit ses tableaux abstraits dans le style de Mondrian et surtout ses premiers mobiles (1930) C’est Marcel Duchamp qui les appelle ainsi.
Du fil de fer aux mobiles

Cercles

Cette salle est passionnante parce qu’on y croise tout Montparnasse et tout ce que Paris compte d’artistes. Infusion, influences, bouillonnement des influences, beaux tableaux de Paul Klee avec un motif qu’on croirait fil-de-fer de Calder acrobates de Fernand Léger, Piet Mondrian, bien sûr. Arp aussi, avec ses sculptures de bois. C’est Arp qui nomme les Stabiles. Voyage en Espagne chez Miro . Les cercles ci-dessus font-ils penser à Miro ou Mondrian?

Mobiles ou stabiles? Inspirés de la nature

En 1933, Calder retourne aux USA, la situation politique en Europe donne déjà des inquiétudes. Il achète une ferme à Roxbury dans le Connecticut. Mais il sculpte une fontaine : Mercury Fountain qui sera exposée avec Guernica et Le Faucheur de Miro dans le Pavillon Espagnol de l’Exposition Universelle de Paris en 1937

poissons

Dans le poisson de droite des éclats de verroterie colorée donnent un air original.

automobile rouge

une salle présente des mobiles sonores, en plus du mouvement, de la vitesse, Calder ajoute le son : des gongs frappent les plaques métalliques. Heureusement les marteaux sont enveloppés de chiffons pour ne pas assourdir le visiteur. Evidemment, je n’ai pas reconnu l’automobile, c’est la médiatrice qui commentait la microvisite qui nous l’a expliqué! Ces micro-visites sont vraiment un plus à la Fondation Vuitton.

Boche Louisa pour sa femme Louise, on peut reconnaître les lettres.

En plus des sculptures imposantes, Calder a aussi dessiné des bijoux. Bijoux lourds, en acier ou laiton. Sculpturaux, pas à porter tous les jours?

Black constellation

En 1943, les métaux furent réquisitionnés pour l’effort de guerre. Calder a construit ses constellations en bois. On peut penser à Miro et à Arp.

Red Maze

Red Maze est un très grand motif qui occupe tout un coin d’une vaste salle.

Evidemment on ne peut pas tout photographier, j’en aurais eu pourtant bien envie . Et pour montrer quelque chose de bien différent

stabiles diables bien réjouissants

En conclusion, l’oeuvre de Calder est bien diverse, et encore on n’a pas abordé l’aspect monumental….

Kwame Akoto – Almighty God Art Work – au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 6 septembre 2026

L’atelier du peintre d’enseignes religieuses

Kwame Akoto est un peintre d’enseignes à Kumasi (Ghana) . Les enseignes, en Afrique de l’Ouest réjouissent les passants par leur fantaisie, leurs couleurs et les textes souvent humoristiques. Kwame Akoto est également un prédicateur pentecôtiste, il met son talent artistique au service de sa foi : ses tableaux sont souvent prêcheurs avec assez de couleur et d’humour pour ne pas être ennuyeux:

Médisances….
Our Frather who art in heaven – art in heaven, prière ou jeu de mots?

Et que dire du cercueil emporté par un aigle?

Evangélique mais aussi africain connecté avec la nature, les médecines traditionnelles comme cet homme-feuilles

My friend the bushman

Kwame  Akoto a aussi réalisé des autoportraits fantaisistes 

Autoportrait

On le reconnait aussi sur le très beau tableau de Hervé di Rosa

Hervé di Rosa  : Déjeuner à Kumasi

Pour terminer, une vidéo montre Kwame Akoto dans son atelier dans la rue, à côté des garages avec ses apprentis. Grande simplicité de ceux qui, peintres d’enseignes, ne se prennent pas pour des artistes!

PS  : par temps de canicule, le Musée du Quai Branly et son jardin d’été offre calme et fraîcheur, pas de foule comme dans les musées du Louvre ou d’Orsay, et une belle promenade dans les collections permanentes. L’Expo Kwame Akoto sur la mezzanine Martine Aublet, n’est pas très fournie, on peut au choix flâner parmi les hautes sculptures d’Océanie soit visiter une autre exposition

Aux Origines, Défaire le Racisme – Palais de la Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)

COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?

COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?

L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavage et Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent. 

William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne

Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention. 

Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images  habituelles. 

William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves

William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou. 

Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)

Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales. 

Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021

En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté  et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse (Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka,  survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches. 

les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française

Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalme montre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.

Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War

Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante. 

Bouba Touré

Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes. 

La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atys dansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire. 

 

Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane

Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèque orné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur. 

Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.