Olympe de Gouges – Michel Faucheux / Catel&Boquet

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dédiée à la Reine le 14 septembre 1791

Je connaissais Olympe de Gouge, de nom, je savais qu’elle avait rédigé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et qu’elle avait été guillotinée. C’est tout! 

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud : elle doit avoir également celui de monter à la tribune. « 

J’étais donc très curieuse de connaître cette femme révolutionnaire, son parcours et ses œuvres.

Olympe de Gouges n’a pas attendu la Révolution pour prendre la parole. C’est sur la scène du théâtre qu’elle a choisi de s’exprimer pour défendre les droits des femmes. Elle soumet à la Comédie Française la pièce Zamore et Mirza , d’abord acceptée, que les comédiens, découvrant qu’elle est l’œuvre d’une femme, rechignent à jouer. Cette pièce est une dénonciation de l’esclavage. Elle imagine une suite au Mariage de Figaro : Le Mariage inattendu de Chérubin. Elle pétitionne aussi, indignée par l’injustice, ne se démonte pas et frôle l’embastillement. Dès février 1788elle fait précéder sa pièce d’un texte véhément Réflexion sur les Hommes nègres, véritable manifeste antiraciste et établit une relation entre le traitement réservé aux femmes et celui réservé aux esclaves 

Après la Révolution, elle occupe la scène politique, une autre sorte de théâtre. devient membre du Club de la Révolution, elle complète son éducation politique. Femme de conviction, elle cherche à se faire entendre malgré la misogynie et la condescendance :

je donne cent projets utiles : on les reçoit ; mais je suis une femme : on n’en tient pas compte.

Elle est en faveur d’une monarchie constitutionnelle. D’ailleurs sa

déclaration du droit des femmes est dédiée à la Reine. Elle compose le Tombeau de Mirabeau. Mais toujours elle est à la tête de l’action des femmes, beaucoup plus actives qu’on ne le raconte quand on fait le récit de la Révolution. Proche des Girondins, elle dénonce les massacres quand la Terreur s’emballe et elle s’oppose frontalement à Robespierre et à Marat

Crois-moi Robespierre, fuis le grand jour, il n’est pas fait pour toi; imite Marat, ton digne collègue, rentre avec lui dans son infâme repaire[…] De qui veux tu te venger? A qui veux tu faire la guerre et de quel sang as-tu soif encore?

Elle continue à écrire pour le théâtre, L’entrée de Dumouriez à Bruxelles sera représentée avec du retard à cause encore de la mauvaise volonté des comédiens et les représentations se passent mal .Sa pièce est mal accueillie en janvier 1793, comble de malchance Dumouriez est battu et trahit. 

Se sentant en danger Olympe fuit Paris, puis rentre et s’offre en sacrifice dans son Testament politique d’Olympe de Gouges : 

Vous cherchez le premier coupable? C’est moi, frappez. C’est moi qui dans ma défense officieuse de Louis Capet, ai pêché en vraie républicaine, la clémence des vainqueurs pour le tyran détrôné

Elle est emprisonnée, le 28 octobre 1793, elle est transférée en secret à la Conciergerie. Quand on la conduit à la guillotine, elle lance une réplique de théâtre

Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort

Comment une telle figure est elle restée dans l’ombre si bien que peu la connaissent?

le gros pavé, bien épais!

Après la biographie de Michel Faucheux, j’ai trouvé à la médiathèque l’énorme pavé de Catel & Boquet (500pages, 1049 g) Un roman graphique en noir et blanc, 400 pages en XXXI chapitres, chacun une année, une adresse avec le bâtiment dessiné. Le roman graphique donne moins de texte bien sûr que la biographie, il donne du corps à cette femme douée, hardie et séduisante. Il s’attache plus à ses amours, ses amitiés, ses proches. 

Au début, je me suis félicitée d’avoir lu la biographie de Faucheux avant la BD. Pleine d’allusions, mais pas toujours explicite. Des clins d’oeil à Rousseau, Lafayette ou Voltaire, sans parler des révolutionnaires.

Et puis, j’ai découvert 100 pages de chronologie, des fiches biographiques sur tous les contemporains d’Olympe de Gouges. Très complet, facile d’accès. Si je n’avais pas lu Faucheux, j’aurais pu ici me rattraper! Un conseil donc :  Si un personnage qui intervient dans le roman graphique vous intrigue n’attendez pas la fin pour faire plus ample connaissance, allez chercher sa fiche!

 

Azucena ou les fourmis zinzines – Pinar Selek – Des Femmes Antoinette Fouque

 

L’auteure, Pinar Selek est une écrivaine turque dont j’ai beaucoup apprécié La maison du Bosphore et Loin de chez moi, jusqu’où?  

Pour ses études sur les minorités, arméniens et kurdes, elle a subi les persécutions du régime turc et a même fait l’objet de poursuites judiciaires dans son pays. Elle a donc fui la Turquie et réside maintenant en France et enseigne à Nice à l’Université côte d’Azur.

Le titre un peu bizarre et la figure de Nana de Niki de Saint Phalle m’ont bien plu :  Zinzine féminin de zinzin, Pinar Selek n’hésite pas à féminiser cette expression rigolote. Sûr que ce n’est pas un bouquin sérieux! Plutôt une aimable fantaisie féministe, militante et joyeuse qui se lit vite et bien. lecture facile, distrayante. 

le jeu parano. Le jeu pour sortir des filets des grandes entreprises. Le jeu d’installer des jardins secrets. Le jeu du Stand qui allait se transformer en une belle histoire.

Azucena nous entraîne dans Nice, loin des plages et de la Promenade des Anglais dans un quartier populaire occupé par des gens de bonne volonté.

Manu, qu’est-ce que tu penses de Blanqui ? Que vous ayez choisi cette place… C’était un chouette hasard. Notre Stand est sur une place qui porte le nom d’un révolutionnaire qui a consacré sa vie à la liberté. Bien entendu, c’est très différent. On essaie de changer le monde sans recours à la violence ni aux structures hiérarchiques.

Azucena tient un stand de paniers de légume d’une coopérative maraîchère. Parmi ses amis Alex, le Prince des Poubelles est bulgare, Gouel, Chanteur des rues irlandais, les commerçants du quartier sont impliqués, et il y a aussi les cheminots syndiqués, un certain nombre de sans-papiers qu’on devine dans l’ombre. Sans parler des chiens, avec collier mais sans laisse. Mais pourquoi les fourmis? 

C’est de nous qu’ils ont le plus peur. Parce qu’on devient autonome, on s’enracine là où on se trouve et on
creuse des galeries comme des fourmis. Nous restons invisibles et quand ils nous remarquent, il est trop tard. Tu crois que les fourmis peuvent tenir tête aux supermarchés, aux multinationales ?

Une vie loin du conformisme : certains sont SDF, sans domicile fixe, oui mais pas du tout clochardisés. Gouel vit dans un bateau qu’on lui prête, Azucena passe ses nuits dans le Train Bleu, le train couchette Paris/Nice avec la bénédiction du chef de train. Quand d’autres possèdent des appartements ce n’est pas pour s’y installer mais plutôt pour les vendre….Ils sont loin de la société de consommation même posséder, être le maître d’un chien, est discutable. Les trésors d’Azucena : une carte postale deux vinyles.

Si on voulait résumer en quelques mots le livre, le premier qui me vient serait solidarité. Et le second, amour, un amour sans possession, un amour qui inclut les chiens, le sentiment amoureux mais aussi la tendresse. Résumé ainsi, on se croirait presque chez les bisounours, ce serait oublier le tragique de la Guerre d’Espagne dont Azucena veut conserver la mémoire, celui du génocide arménien et tous les drames des exilés.

Et puis, il y a Leonard Cohen et Suzanne, parce qu’Azucena c’est aussi Suzanne….

 

les Graciées – Kiran Millwood Hardgrave – Pavillons

FEMMES/NORVEGE

Avignon mars 2022, je viens de terminer le finlandais Un pays de neige et de cendres de Petra Rautianen et je l’ai apporté à Claudialucia qui me confie Les Graciées. Echange de blogueuses….coïncidence, ce dernier livre est aussi un livre de neige et de cendres. Sauf que 4 siècles séparent ces deux romans historiques qui se déroulent en pays sami. Tous deux sont des romans historiques, tous les deux montrent comment les Samis ont subi des discriminations terribles. 

Les Graciées relate la Chasse aux Sorcières que l’Eglise luthérienne a mené en 1617 dans l’île de Vardö, au Finnmark pour asseoir l’autorité royale de Christian IV, roi de Danemark-Norvège. Ce dernier fait appel à Absalom Cornet, originaire des Orcades qui a déjà brûlé des sorcières en Ecosse. 

La veille de Noël, une tempête soudaine chavire et emporte tous les hommes de la petite île de Vardö où il ne reste que deux vieillards et quelques enfants en bas-âge. Les femmes vont devoir se débrouiller seules pour affronter l’hiver arctique  et ne pas mourir de faim. On leur enverra quand même un pasteur, faible et falot quelques mois plus tard.

Dans le Grand Nord, les Samis peuvent se déplacer si la mer est gelée. Ils sont animistes et leurs chamans ont une grande influence sur les norvégiennes démunies. Une veuve, Diinna, sami, fait venir un chaman pour honorer les naufragés que la mer a rendus. Elle a gardé ses coutumes  : elle est bien intégrée au village sauf qu’elle ne fréquente pas l’église. Kirsten, forte personnalité, va former des équipages de femmes pour aller pêcher. la pêche est une activité masculine, mais on ne peut pas mourir de faim! Elle va aussi prendre soin du troupeau de rennes. Les femmes se réunissent pour des travaux d’aiguille, des commérages et s’entraident en l’absence des hommes.

Le roi envoie enfin un Délégué qui assistera le gouverneur de la forteresse. Il arrive avec sa jeune femme Ursula, une citadine qui ne sait rien faire de ses dix doigts. Le délégué ne sera d’aucune aide effective, son rôle est ailleurs : il est missionné pour la chasse aux sorciers samis et cherchera avec l’aide des dévotes à démasquer les sorcières de l’île. Par jalousie, intérêt ou par désœuvrement, les dévotes vont dénoncer la femme sami, puis d’autres.

La fin sera tragique.

Rosa Bonheur au château de By

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Rosa bonheur dans son atelier

Rosa Bonheur, née le 16 mars 1822, aurait eu 200 ans! A l’occasion du bicentenaire, une exposition lui est consacrée à Bordeaux (lieu de sa naissance), puis en septembre au Musée d’Orsay à Paris. Oubliée, inconnue du grand public, elle fut une peintre célèbre en son temps, la première à recevoir des mains de l’Impératrice Eugénie la Légion d’Honneur . Connue dans le monde entier,  des petites filles américaines ou allemandes jouaient avec  des poupées à son effigie.

Le monumental tableau du Marché aux chevaux  (exposé au Metropolitan NY) fut acheté 40.000 Francs-or par le marchand de tableaux Gambart qui lui organisa une tournée en Grande Bretagne et en Amérique et lui procura cette notoriété internationale. Le produit de la vente de cette seule toile lui permit d’acheter et rénover le Château de By à Thomery (77) avec l’aide de l’architecte de la chocolaterie Menier de Noisiel, Jules Saulnier qui lui adjoint un atelier. Je reconnais le style de briques décorative de Noisiel. 

Château de By côté cour et atelier

J’avais visité le château de By en 2013. Entretemps, le château a été acquis par une nouvelle propriétaire et la Mission de Stephane Bern contribue à l’entretien de cette Maison d’Artiste. La propriétaire a laissé tel quel le matériel de Rosa Bonheur dans son atelier où tout est d’origine. Une salle a été aménagée avec des vitrines contenant des documents (lettres, compte-rendu de la vente aux enchères qu’ont organisé les membres de sa famille, dessins d’anatomie, souvenir de sa rencontre avec Buffalo Bill…) .

Rosa Bonheur étude moutons

La Salle des Etudes est tapissée d’études préliminaires au crayon ou à l’encre.  Anna Klumpke, l’amie peintre américaine qui a partagé les dernières années de la vie de Rosa Bonheur qui en fit son unique héritière, a photographié toutes les œuvres qui se trouvaient à By. On a retrouvé les plaques photographiques qui font l’objet d’une étude récente.

Rosa Bonheur bergers sur des échasses

Les tirages sont exposés dans la salle des études ainsi que dans l‘Orangerie. On découvre que Rosa Bonheur, peintre animalière s’est aussi intéressée à d’autres sujets, elle s’est inspirée de Walter Scott et surtout a fait des études de paysages très détaillées. Elle n’aurait pas placé les animaux dans un simple décor ébauché. Au contraire, elle a tenu à faire une reconstitution fouillée du milieu de vie, forêt de Fontainebleau, mais aussi Côte Provençale, et même elle a tenu à étudier l' »herbe à bisons » après avoir vu les bisons de Buffalo Bill.  le conférencier a raconté une anecdote savoureuse de Anna Klumpke arrêtant le train américain pour herboriser! 

Rosa Bonheur arbre

La visite guidée (1h30) est passionnante (il faut réserver).

Alors que j’avais été rebutée à ma  première visite  par toutes les têtes d’animaux, chevaux, moutons, sangliers naturalisés comme des trophées de chasse au murs de l’Atelier, j’ai eu le plaisir d’apprendre que tous ces animaux étaient les amis de la peintre et non pas des trophées de chasse. Rosa Bonheur vivait entourée d’animaux. Certains avaient leur enclos dans le terrain, d’autres étaient en liberté, apprivoisés comme la lionne Fatma ou les marcassins qui ont été élevés comme des animaux domestiques. Notre guide a su faire revivre tout ce monde et montrer que Rosa Bonheur accordait aux animaux une âme et des émotions qu’elle voulait faire ressortir dans ses tableaux.

Châtreau de By côté jardin

Une visite passionnante et une promenade agréable dans le parc fleuri en ce moment.

 

 

Un long si long après-midi – Inga Vesper – Ed La Martinière

POLAR FEMINISTE, ANTIRACISTE

« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois.  Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore »

Ainsi commence le roman,  Joyce, disparaît et laisse dans sa cuisine une inquiétante flaque de sang et un pyjama de bébé. Ses deux filles attendent son retour. 

La police appelée sur place, arrête Ruby, la femme de ménage. Seule raison : elle est noire.

Toutes les femmes du quartier se mobilisent pour retrouver Joyce. Quartier cossu, pavillons de rêve, avec piscine et jardin, une pelouse bien entretenue, des géraniums en pot, une cuisine modèle, deux jolies petites filles, un gentil mari : le rêve américain!

Joyce a disparu, rien ne laisse supposer qu’elle est morte. Au contraire, on pense plutôt qu’elle quitte le domicile conjugal pour son amant, ou pour sa vocation de peintre, pour respirer tout simplement.

Le sang est un indice dérangeant. L’inspecteur chargé de l’enquête, Mick soupçonne un avortement qui aurait mal tourné. Justement, Joyce a consulté un médecin dans la matinée. Ces ménagères comblées par le rêve californien sont, pour beaucoup, sous anti-dépresseurs…

L’enquête  conduit Mick dans une réunion de club féminin:  leçons de peinture, d’économie domestique, réunions amicales. L’enquêteur découvre un monde qu’il ne soupçonnait pas, même si sa femme fréquente aussi un club analogue. De lourds secrets se cachent sous le bonheur affiché.

Mick a fait libérer Ruby : aucune charge ne pesant sur elle. Il aimerait l’interroger, mais la jeune femme est méfiante. Elle n’attend rien d’un policier blanc, que des ennuis. Elle n’est donc pas très coopérative. Quoique…la récompense que la police fait miroiter ferait bien son affaire ; elle économise pour entrer à l’université. Mais ce n’est pas la seule raison qui motive Ruby. Elle veut savoir ce qui est arrivé à Joyce. Etrangement les deux femmes étaient  proches, elles s’étaient confiées des blessures intimes.

Après la disparition de sa femme, Frank, le mari est incapable de gérer les tâches ménagères et de s’occuper de ses filles : il fait appel à Ruby. Elle est donc sur place pour chercher des indices, écouter Barbara jouer avec ses poupées, sûrement la gamine a vu ou entendu quelque chose.

Qui de Mick ou de Ruby trouvera la clé du mystère?

Je ne vais pas vous livrer plus d’éléments. Lisez-le livre!

Lecture agréable, avec ce qu’il faut de rebondissements pour vous captiver.

C’est aussi une lecture intéressante qui fait revivre la fin des années 50, ces années où la prospérité des banlieues résidentielle cachait la pauvreté des quartiers noirs, où le rêve américain était pour les femmes limité à la frustration du rôle d’épouse et de mère. Temps révolus ? Pas si sûr, quand on voit que le racisme de la police a encore récemment tué, que le droit à l’avortement est remis en question dans certains états américains et que la crise des opiacées fait encore des ravages.

 

 

Pionnières – Artistes dans le Paris des années folles au musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 2 mars  au 10 juillet 2022

Suzanne Valadon : La chambre bleue

Il y a 100 ans déjà, dans le Paris des années 20, les femmes qui avaient gagné leur liberté en remplaçant les hommes dans les usines, les transports… Dans l’euphorie de la paix retrouvée, Paris était une fête et de nombreuses femmes artistes venues de tous les horizons ont été pionnières aussi bien dans la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma, les arts décoratif, la danse ou la littérature.

les Droits des Femmes

marevna : La mort et la Femme

L’exposition du Luxembourg est ambitieuse parce qu’elle tente de replacer ces pionnières dans le contexte de la société. En introduction à l’exposition : un document vidéo montrant les femmes travaillant dans une usine d’armement, conduisant un autobus, agentes de voierie…Faisant face à l’écran : une carte qui montre les origines de toutes les artistes présentées dans l’exposition, de la Russie, à l’Amérique, l’Inde et toute l’Europe. Un tableau montre aussi les luttes pour le droit de vote refusé par trois fois au Sénat, le droit de se syndiquer (1920).

Chana Orlof ; moi et mon fils

Comment les avant-gardes se conjuguent au Féminin

mela Muter : femme au chat

De nombreuses femmes connues ou oubliées maintenant sont proposées : littérature et cinéma : comment Sylvia Beach et Adrienne Monnier ouvrent chacune une librairie, cinéma de Germaine Dulac et courts-métrages de Loie Fuller,

Vivre de son art

Sophie Taueber : marionnette le roi cerf

Vivre de son art est la condition première de l’indépendance des femmes. Certaines ont inventé de fabriquer des marionnettes, des poupées-portraits (Sophie Taueber, Marie Vassilieff, ou des tableaux textiles d’Alice Halicka, sans parler de Coco Chanel

Marie laurenin : portrait de coco chanel

Représenter les corps autrement

De nouveaux modèles féminins apparaissent comme les Garçonnes, les sportives (1919 premier match de football féminin, Suzanne Lenglen) . De nouvelles stars comme Joséphine Baker, ou Suzy Solidor brillent dans le monde du spectacle.

Les femmes se représentent chez elles sans le regard du désir masculin, chez soi sans fard.

Tamara Lempicka

Une salle entière est dédiée à Tamara  Lempicka qui revendique un regard érotique sur le désir des femmes pour des femmes. 

Claude Cahun

Pionnière aussi pour le Troisième Genre avec les photos de Claude Cahun et les tableaux de Gerda Wegener mettant en scène son mari Lili Elbe, trans. 

Gernda Wegener : la sieste

Pionnières de la Diversité

Pionnières venues du Brésil : Tarsila Do Amaral ou d’Inde, des Etats Unis.

l’exposition se termine sur un feu d’artifice avec American Picnic.

C’était une exposition très dense (trop dense) très riche qui aurait peut être mérité un peu plus d’espace que les salles étroites du Luxembourg. Orsay ou Grand Palais (Petit?) avec la disparition des jauges Covid, on se bouscule. j’aurais aimé rester plus longtemps pour tout lire, mieux regarder les documents vidéo mais il y avait vraiment trop de monde de 15h à 16h. chosir un autre créneau.

Arbre de l’Oubli – Nancy Huston

FEMMES

Depuis très longtemps Nancy Huston est une référence féministe et je me suis toujours promise de faire connaissance avec l’œuvre de cette autrice. Le billet de Jostein, et surtout le titre qui me rappelait Ouidah (Bénin) m’ont attirée.  Dès que je l’ai trouvé à la médiathèque, je l’ai emprunté. 

Ce livre féministe militant a tout pour m’intéresser :  l’Afrique et à l’esclavage, les études féministes et les clins d’œil à Sylvia Plath, Hélène Cixous, Luce Irigaray, Julia Kristeva et j’en passe…Diversité ethnique,  la Shoah avec les parents juifs de Joel, l’amie Haïtienne, au vaudou et à la santeria à Cuba, émeutes raciales à Baltimore, La GPA, toutes les thématiques que la droite qualifierait de « woke »!

Seulement, chacun de ces thèmes mériterait un roman! Mélanger le tout en 305 pages ne peut que donner le tournis à la lectrice qui souhaiterait qu’on s’arrête pour approfondir chacun de ces sujets. On saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre sans transition.

J’aime m’attacher à un personnage, le suivre… Je n’ai éprouvé d’empathie pour personne. Jenka, la mère juive, est caricaturale comme Eileen, la mère de Lili Rose. Lili Rose est peu sympathique, on se demande comment elle passe de son enthousiasme pour les bikinis à une thèse universitaire, des relations avec des adolescents plutôt ploucs au féminisme radical. Shayna ne m’a pas plus séduite non plus. Je n’arrive pas à  l’imaginer,  à part sa couleur de peau « marron » et ses rondeurs » là où il faut« , elle est peu incarnée. Le seul que j’arrive à suivre c’est l’anthropologue très calé pour décrypter les cérémonies préhistoriques, mais si peu perspicace quand il se promène avec sa fille métisse à Cuba qu’on prend pour une prostituée. L’enfer est pavé de bonnes intentions!

Ouidah, porte du non-retour

Malgré cette déception je vais continuer à lire Nancy Huston parce que ses thématiques m’intéressent.

Rouge Impératrice – Léonora Miano

LIRE POUR L’AFRIQUE

J’ai rencontré Léonora Miano dans Télérama qui lui a consacré un long article avec ce titre: 

Léonora Miano : “Je déplore la tendance du féminisme à vouloir tout coloniser” 

J’ai été interpellée par cette phrase et par ses accusations envers les féministes de victimiser les femmes africaines. J’ai voulu en savoir plus et j’ai chercher un de ses livres.

Au hasard, j’ai téléchargé Rouge Impératrice. 600 pages, 11 jours d’une lecture laborieuse.

C’est une dystopie : le roman se déroule au XXII ème siècle dans un état-continent Katiopa, sans doute l’Afrique mais sans plus d’indication géographique. Je suis mauvaise lectrice pour les dystopies : j’ai du mal avec la géographie inventée, les langues inventées, les diverses innovations techniques. Leonora Miano a prévu un glossaire, je m’y suis souvent référée, ce qui a ralenti la lecture. J’espérais retrouver des ambiances africaines, des saveurs, des animaux, les arbres…l’univers est aseptisé, dans cette Katiopa moderne on se déplace en superTGV qui traverse le continent, un tramway et des bicyclettes électriques, et des passerelles électrifiées sont installées dans des villes piétonnières où seuls les privilégiés ont des véhicules personnels…pas très exotique. 

Rouge Impératrice est un roman d’amour : Boyadishi, la quarantaine, universitaire, évidemment, très belle, très séduisante, très libre, est remarquée par Ilunga qui est le chef d’état de Katiopa. Ilunga aussi est très intelligent, très beau, très puissant (puisqu’il règne) ; il n’est pas aussi libre, il est marié mais ce n’est pas un problème puisque la polygamie est la règle et qu’il vit séparé de sa femme lesbienne. Les deux quadragénaires parfaits filent le parfait amour. Trop de perfection nuit à la littérature, à mon goût tout au moins. Et les passages érotiques m’ennuient prodigieusement. Heureusement il y a des méchants, Sheshamani, la lesbienne et Igazi, le ministre de l’Intérieur (cela ne s’appelle pas comme cela à Katiopa). il y a aussi l’amant que Boyadishi a éconduit et qui veut se venger….

Rouge Impératrice peut aussi être lu comme fable politique. Katiopa s’est libérée du colonialisme vient  de s’unifier et à vit en autarcie dans le rejet total des anciens colons. Par une inversion (que je ne suis pas arrivée à éclaircir) l’Europe est anéantie et les anciens colons deviennent des réfugiés : les Sinistrés. Quelle politique adopter vis à vis de ces Sinistrés : les expulser ou chercher à les intégrer? 

« Cependant, il pouvait se révéler néfaste pour la société d’abriter en son sein un groupe humain amer et revanchard. »

Au cours d’une allocation télévisée Ilunga fait cette déclaration:

« Katiopa, tu l’aimes ou tu le quittes.

Cela sonnait bien, et on avait en effet les moyens d’une telle politique. »

Cela ne vous évoque rien?

« Elles refusaient que ces étrangers fassent l’objet d’un rapatriement forcé, mais se satisfaisaient de les voir mordre la poussière, faire l’expérience de l’infériorité, de l’invisibilité, du silence. Ce n’était pas le comportement le plus charitable, mais c’était ainsi, le passé avait laissé des traces. Sans se l’avouer, on se réjouissait de voir les maîtres de l’ancien monde réduits à leur plus simple expression humaine, passés de premiers à derniers. Cette petite revanche n’avait pas encore duré assez longtemps pour que l’on en soit repu. Le mokonzi devait tenir compte de cela. »

Un autre groupe se distingue, des sortes de hippies, babas cools qui ont fondé des communautés qu’il convient de surveiller  mais qui s’avèrent peu dangereux.

Malgré les lourdeurs du style pompeux, malgré mon désintérêt de l’histoire d’amour, les aspects politiques, les rapports des hommes et des femmes m’ont assez intéressée pour que je poursuive cette lecture.

Lecture curiosité plutôt que lecture -plaisir.

 

Je chemine avec Angélique Kidjo

MOIS AFRICAIN

Angélique Kidjo à Bonneuil le 3 octobre 2021

Dimanche 3 Octobre 2021, Bonneuil, premier concert de la saison pour moi. Quel plaisir! quelle pêche! quelle ambiance! Tout le monde debout à danser, à chanter. Le 3 octobre 2020 à la Maison des Arts de Créteil, il y a tout juste un an, c’était aussi avec Angélique Kidjo que nous retournions au spectacle après le confinement (et avant le nouveau confinement) plus timidement, je n’avais pas osé me lever et étais restée soigneusement dans les distances de sécurité, bien masquée.

Deux concerts différents. Celui de 2020, était plus dédié à toutes les femmes : Myriam Makéba, Célia Cruz, Aretha Franklin j’avais été surprise de l’entendre chanter aussi bien en Anglais, qu’en Espagnol. Celui de 2021 fait suite à la sortie d’un nouveau disque : « Mother Nature » toujours féministe, mais plus concerné par le Climat et la Pandémie. 

J’ai eu envie de mieux connaître cette artiste et coïncidence : par la page Facebook du MOIS AFRICAIN j’ai trouvé le livre JE CHEMINE AVEC ANGELIQUE KIDJO que je me suis empressée de lire. C’est un livre d’entretien, questions/réponses (161 pages) menés avec Sophie Lhuillier.

Lecture facile, entretiens vivants suivant l’ordre chronologique où la chanteuse raconte son enfance au Bénin, enfance heureuse dans une famille qui l’a soutenue, elle parle de ses grands-mères, des femmes puissantes, de ses parents qui ont élevé leurs filles comme leurs garçons (ce qui n’allait pas de soi au Bénin à l’époque), qui l’ont soutenue dans son choix précoce de devenir chanteuse.

1983, arrivée au pouvoir de Mathieu Kérékou, Angélique Kidjo refuse de devenir chantre de sa propagande et préfère prendre la route de l’exil en France (elle est née avant l’Indépendance du Bénin, donc française). Là, elle découvre le racisme et doit recommencer sa carrière de zéro. Elle fera des études de chant, et surtout de très belles rencontres : son mari musicien, mais aussi des jazzmen, des musiciens en France d’abord, aux Etats Unis ensuite, même à Cuba et au Brésil.

En dehors de sa carrière (4 Grammy Awards), des concerts dans le monde entier Angelique Kidjo dit que « chanter est une responsabilité » C’est donc une artiste engagée qui sera ambassadrice de l’UNICEF et surtout s’engagera dans sa fondation BATONGA ONG œuvrant pour l’éducation des filles en Afrique au Bénin mais aussi dans d’autres pays d’Afrique. Engagement féministe, écologique, Angélique est une citoyenne du monde qui fédère toutes les cultures. Elle chante les musiques traditionnelles d’Afrique mais pas que. Elle retrouve les racines africaines de la Salsa, de la Soul, et se frotte aux musiques classiques contemporaine, avec John Cage, entre autres. Elle est là où on ne l’attend pas. 

Dans le bleu, Angélique Kidjo dans les écouteurs….

Et comme j’avais envie d’en savoir plus, de l’entendre à nouveau, j’ai vraiment cheminé avec Angélique Kidjo avec l’appli Radio France et les nombreux podcasts que j’ai pu trouver. 

Une journée particulière France-Inter : Sans le courage des femmes, le monde s’écroulerait CLIC

France Culture :  la grande table/ angélique Kidjo la voix de l’engagement CLIC /

Et il y en a eu beaucoup d’autres, pour le plaisir de la musique…..

The Power of my hands au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire jusqu’au 22 Août 2021 

Je ne pouvais pas rater cette exposition féministe et très originale.

Le cartel présentant les œuvres précise que ces créations sont faites directement à partir de la vie quotidienne et des activités domestiques. La Sphère privée s’étend à la créativité et à la politique.

In the power of my hands – Tapisserie faite avec des nattes de cheveux artificiels

En effet ces plasticiennes utilisent les textiles, la terre, et même les tresses de faux cheveux des coiffures africaines . Mais j’ai aussi été bluffée par la modernité de ces œuvres qui utilisent largement la photographie et la vidéo.

« Mombathiseni de Bullieweze Siwani – il faut entendre les vagues des vidéos
textile
Dyptique de Njideka akunyali Crosby

Les techniques utilisées sont souvent métissée, composites avec surimpression photographiques et très sophistiquées. l’artiste nigériane vit à Los Angeles,.

Ana Silva : broderies sur sac

Ana Silva, Angola, a brodé des  femmes en fines broderies sur de la toile à sac servant à emballer des vêtements de seconde main arrivant en Afrique : dénonciation de la surconsommation de l’industrie de la mode.

D’autres œuvres dénoncent les violences faites aux femmes, ou l’impossibilité de représenter le sexe féminin.

Reinata Sadimba : Femme en train d’accoucher

j’ai beaucoup aimé la vidéo de Wura Natasha Ogunju (USA/Nigéria) dont est tirée l’affiche de l’exposition : Will I still carry water when I am a dead woman? Des femmes au visage masqué mais à la tenue courte, short ou robe courte trainent des bidons dorés qui les entravent. Elles défilent  dans les rues d’une ville nigériane dans l’indifférence des passants.

Comme le titre en anglais l’indique, ces artistes viennent presque toutes de l’Afrique anglophone, Afrique du Sud, Nigéria, Zimbabwe sauf Angola. C’et une région de l’Afrique que je ne connais pas du tout et j’ai été très dépaysée.