Angelique Kidjo et Poundo à La Maison des Arts

LE PLAISIR DE LA MUSIQUE VIVANTE!

Angélique Kidjo sur scène

Ce concert, le 3 octobre 2020, il y a presque deux semaines a été ma première sortie à la Maison des Arts de Créteil depuis le confinement et c’est avec un plaisir immense que j’ai retrouvé la Grande Salle de la MAC. Distanciation sociale, un siège vide à ma droite, masquée, mais très très joyeuse et si ravie de retourner à la musique vivante, de sentir vibrer la salle d’impatience. C’est quand même autre chose que YouTube! 

En première partie, une surprise : Poundo, franco-sénégalaise a électrisé la salle avec une danse proche de la transe. 

Si la vidéo vous suggère du folklore des pagnes en wax, vous avez tout faux, lamé brillant et hautes cuissardes (qui tombaient mais cela amusait la danseuse!) et des talons vertigineux.

Angelique Kidjo est venue ensuite, magistrale! Elle peut tout chanter aussi bien les airs béninois que le boléro de Ravel. Cette fois-ci elle a choisi de rendre hommage(femmage cela ne se dit pas) à des grandes dames de la chanson internationale : Celia Cruz

Myriam Makeba

et bien sûr avec la salsa, il faut danser. Elle nous a encouragé à nous lever (mais gardez vos masques!) et même avec les distanciations obligées, il y avait une ambiance folle.

Quelle belle soirée!

Et nous voici à nouveau consignés à la maison avec le couvre-feu! Quelle rage! Que va-t-il se passer avec les autres spectacles de la MAC?  (nous avons pris des abonnements).

 

L’Exil est mon pays – Isabelle Alonso – Ed. Héloïse d’Ormesson

Je connaissais l’auteure, Isabelle Alonso, de l’émission de télévision de Ruquier autrefois à 19 h. Ce livre lui ressemble, sympathique, drôle, avenante.

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Troisième roman, de l’auteure.  La narratrice est une petite fille, née en France dans une famille de républicains espagnols. Angel, le père, communiste, métallo, grand lecteur de journaux, a fait la Guerre Civile et des années de prison. La mère, Libertad, est la parfaite mère au foyer, composé de 4 enfants, deux garçons et deux filles. La petite fille parle espagnol à la maison, français à l’école.  Ils ont obtenu la nationalité française et paradoxalement c’est ce qui leur permet de passer des vacances à Madrid.

Lecture facile, agréable, un peu convenue, sans surprise.

La Tresse – Laetitia Colombani

FEMMES

C’est une jolie idée que de tresser les trois brins de trois histoires de femmes et d’entremêler les trois destins de Smita, l’Indienne, intouchable, de Giulia, la Sicilienne et de celui de Sarah la canadienne, l’avocate d’affaires.

Evidemment, ces trois femmes ne se rencontreront pas. Et pourtant leur histoire pourra se mêler. Trois battantes à leur façon : Smita n’accepte pas que le destin de sa fille soit le sien, et celui de sa mère avant elle : videuse des latrines des autres castes. Elle l’enverra à l’école. Giulia, après l’accident de son père perpétuera le savoir-faire de l’entreprise familiale qui fabrique des perruques. Sarah qui a tout réussi aussi bien dans sa carrière que dans sa vie familiale rencontre le cancer.

C’est une lecture sympathique, facile. Il m’a fallu une petite demi-journée pour le lire. J’ai assez vite deviné la chute, quelle importance?

Le silence d’Isra – Etaf Rum

FEMMES

« …Là d’où je viens, le mutisme est la condition même de mon genre, aussi naturel, que les seins d’une femme, aussi impératif que la génération à venir qui couve dans son ventre… »

Là d’où je viens, nous gardons ces histoires pour nous-mêmes. Les raconter au monde extérieur serait une incongruité dangereuse. Le déshonneur le plus absolu. 

Si les femmes n’ont pas la parole, elles lisent, et parfois, écrivent!

C’est donc l’histoire des femmes d’une famille palestinienne de Brooklyn.

1990, Isra, à peine 18 ans est promise à un mariage arrangé, un avenir resplendissant en Amérique. Elle rêve d’un amour partagé, de poésie

Mama soupira. « Bientôt, tu apprendras qu’il n’y a pas de place pour l’amour dans la vie d’une femme. Tu n’as besoin que d’une chose : sabr, la patience »

 

2008, Broolyn. Deya, 17 ans, lycéenne, a déjà éconduit plusieurs prétendants et rêve d’étudier à l’université. Nasser est un jeune homme sympathique et Deya hésite.

Ces mariages arrangés, la soumission des femmes cloîtrées à la maison se transmettent de génération.

Deya avait pris conscience que la plupart des règles que Farida considérait comme importantes ne relevaient pas du tout de la religion, mais bel et bien des règles de propriété arabes

Farida, la belle-mère d‘Isra, la grand-mère de Deya a une très forte personnalité. C’est elle le pivot de la maisonnée qui donne des ordres aussi bien à ses fils qu’à ses belles-filles ou à ses quatre petites filles. Seule Sarah ose se rebeller. Nadine, la jolie, la chanceuse, qui a donné un garçon à son mari tire à peu près son épingle du jeu.

Isra se demanda ce qui avait pu rendre Farida si forte. Elle avait dû subir quelque chose de bien pire que des coups, songea-t-elle. La avait fait d’elle une véritable guerrière. 

Au début, ces femmes soumises, perpétuellement enceintes, qui lavent et plient le linge, frottent les sols, préparent à manger aux hommes qui rentrent tard et les battent, m’ont profondément agacée. Le roman démarre doucement. Il faut persévérer pour deviner que de lourds secrets se cachent.

« Elle distinguait enfin clairement la longue chaîne de honte qui reliait chaque femme à la suivante, elle voyait précisément la place qu’elle occupait dans ce cycle atroce. Elle soupira. La vie était si cruelle. Mais on n’y pouvait pas grand-chose quand on était une femme »

Plus on avance dans la lecture, plus on devine les tragédies. Ce n’est pas seulement le roman de l’enfermement et de la résignation des femmes. Les femmes sont les servantes, les génitrices et les gardiennes de la tradition et de la culture. C’est aussi le roman de l’exil, du refus de l’intégration dans la vie américaine. C’est aussi la tragédie de la Palestine.

Qu’est-ce qui les avait poussé à quitter leur pays pour s’établir en Amérique[…]Sa fille les aurait-elle déshonoré s’ils l’avaient élevée au pays? Quelle importance s’ils étaient morts de faim? Quelle importance s’ils étaient morts d’une balle dans le dos à un check-point, ou asphyxiés de lacrymogènes sur le chemin de l’école ou de la mosquée?[…]Mieux fait de rester et de se battre pour leur terre, mieux fait de rester et de mourir. Toute douleur aurait été préférable à celle de la culpabilité et du remords…

Ce roman qui avait commencé doucement s’avère beaucoup plus riche, plus intense que je ne l’imaginait au début. 

Hasard des programmations : hier sur Arte le merveilleux film Wajdja, film saoudien sur l’enfermement des femmes et leur éducation. Film réalisé par une femme saoudienne qui a une pêche : à revoir!

 

CLOUET Le Miroir des dames – Mathieu Deldicque – éditions FATON

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

D’abord un grand merci à Babélio et aux éditions Faton pour ce joli cadeau de Noël!

C’est un très beau livre, format carré (21cmx21) cartonné au papier crème et l’impression soignée. Le reproductions en couleur des portraits des Dames format 17×17  ou 11×16 sont également d’excellente résolution.

Le texte :  LE TRIOMPHE DES DAMES DESSINE PAR JEAN  ET FRANCOIS CLOUET

m’apprend d’abord que « Clouet« désigne deux artistes, père et fils, et que ces dessins proviennent de la collection de la Reine Catherine de Médicis. Collection féministe? que ce Royaume de Fémynie (Christine de Pisan).

 

En plus du plaisir d’admirer des dessins d’une grande finesse, ce qui m’aurait comblée, j’entre dans cette cour des femmes et découvre des dames et parfois des petites filles aux visages expressifs. Chaque dessin est accompagné d’une notice historique racontant parfois l’histoire ou s’attachant à un détail vestimentaire.

Certaines femmes comme Diane de Poitiers sont fameuses. Justement le portrait de la duchesse de Valentinois est confondu avec la duchesse d’Etampes. Cette confusion raconte peut-être une histoire de jalousie?

Un costume, un couvre-chef, sont signifiants. Il convient de s’y arrêter un instant d’autant plus que la notice signale parfois des retouches postérieures…

Cette dame (Jacqueline de la Queuille Madame d’Aubigny) dont le visage rose surgit de gaze blanche était-elle une nonne, Non ce sont des voiles blancs de deuil..

Je feuilletterai encore de nombreuses fois cet ouvrage où je découvre à chaque regard un détail, une histoire…

Un ouvrage précieux

Karitas – Kristin Marja Baldursdottir

LIRE POUR L’ISLANDE

Celui qui inspecte le vent ne sème jamais, et celui qui regarde constamment les nuages ne moissonne jamais/ Les femmes ne doivent plus laisser le vent entraver leur voyage. Elles l’ont eu dans le dos l’année où j’ai navigué autour du pays avec mes enfants et où la banquise n’a pas réussi à m’arrêter, je savais que le siècle s’était levé, notre siècle à nous les femmes. puis les femmes n’ont pas eu confiance en elles pour aller plus loin. Et elles se tiennent encore tranquilles, laissant le vent entraver leur voyage, mais toi Karitas, ne le laisse pas te faire obstacle. Le siècle des femmes est tout juste à moitié écoulé, tu partiras à Paris. Ce qui arrive a depuis longtemps reçu son nom, ce que les hommes doivent être est décidé et l’homme ne peut pas discuter avec Celui qui est plus fort que lui…. »

Un grand merci à Aifelle qui m’a recommandé cette lecture!

C’était exactement le livre qui me fallait autour de notre voyage en Islande!

Siglufjördur : les logements des saleuses de harengs

Commencé avant le départ, terminé après. Karitas et les autres personnages m’ont accompagnée dans mes visites. J’ai pris des photos des objets que ce livre évoquaient : machine à coudre, table pour saler le poisson, chambres des ouvrières du poisson sous les soupentes…..

C’est un gros roman, ou plutôt deux : Karitas, l’esquisse d’un rêve qui raconte l’adolescence et la jeunesse de Karitas, de 1915 à 1939 – 543 pages et L’art de la vie,  1945 à 1999, roman de la maturité où Karitas est une artiste reconnue. C’est donc une lecture au long cours, le premier tome vous entraînera tout autour de l’Islande.

ouvrages de dames?

La mère, veuve, quitte sa ferme en 1915 et embarque ses six enfants à la ville – Akureyri -pour leur donner une bonne éducation. Pour que les trois garçons aillent à l’école, la mère et les trois filles vont déployer toute leur énergie au travail dans le poisson, la couture, le tricot et la blanchisserie et tout le monde va réussir  à étudier. Karitas dont une dame a remarqué ses dons pour le dessin partira à Copenhague  étudier aux Beaux-Arts. Nous suivons ensuite les péripéties de Karitas, qui va saler le hareng à Siglufjördur (où nous avons vu le Musée du hareng), puis va aider sa sœur dans une ferme, suit un très beau marin qui lui fera 4 enfants. Comment être peintre quand on doit élever seule ses enfants? Parce que les hommes, en Islande, ont tendance à être absents, soit pêcheurs, soit marins au long cours, soit pris par la mer. Les femmes doivent gérer tous les travaux des champs de la ferme. Le roman raconte la  vie rurale et la solidarité féminine dans les régions les plus isolées.

Dans la première partie du 20ème siècle, la route circulaire que nous avons empruntée pour faire le tour de l’Islande n’existait pas. Les ferries faisaient du cabotage, ou on traversait les rivières glacières à cheval. Tous ces détails sur la vie des campagnes m’ont enchantée.

Reykjavik Laugavegur

En 1945, les enfants ayant grandi, Karitas peut se consacrer davantage à la peinture. Le deuxième opus de la saga y consacre une grande place. Karitas s’installe à Paris puis New York pour faire carrière et s’inspirer des tendances nouvelles des arts plastiques. Elle doit aussi se faire reconnaître comme artiste, pour une femme, ce n’est pas gagné. Dans  la maison de Laugavegur (une des rues les plus animées du centre de Reykjavik) où Karitas a son atelier, elle réunit autour d’elle une véritable communauté de femmes très diverses, Herma, sa belle-sœur allemande, Pia la pocharde, Karlina, femme simple, et les petites filles de Karitas. Comme autrefois à la campagne on voit la solidarité de ces femmes, la chaleur de leur intimité, tandis que les hommes, pris par leurs affaires sont des personnages secondaires. L’Islande se modernise, la campagne se vide, toute la famille se regroupe en ville.

On peut lire ce livre comme une saga familiale sur plusieurs générations, avec des amours contrariés. On peut aussi s’intéresser à l démarche de l’artiste. On peut aussi voir un manifeste féministe. Si j’ai surtout retenu la vie quotidienne et les paysages islandais, il n’est pas besoin de voyager en Islande pour apprécier ce gros roman.

Ma Cabine Téléphonique Africaine – Lieve Joris – Actes sud

INVITATION AU VOYAGE

J’ai reçu Ma cabine Téléphonique Africaine en cadeau au pique-nique de Babélio. Comme je n’avais aucune idée de ce que cachait ce titre original, le livre est resté longtemps dans ma PAL. Quelle bonne idée de l’en sortir!

164 pages, 10 récits, autant de rencontres en Afrique, au Moyen Orient, en Europe de l’Est.

J’aime les écrivains-voyageurs et encore plus  les écrivaines-voyageuses. Après Alexandra David Neel, Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt et d’autres, je découvre Lieve Joris  née en Belgique(1953) mais basée aux Pays Bas, donc néerlandophone. Journaliste, boulingueuse elle a écrit de nombreux livres que je compte bien lire!

Ma cabine téléphonique africaine est le titre du premier récit : rencontre avec Bina, receveur des postes dans un village malien en 1996, déjà les touaregs rebelles menacent les autorités ou leurs représentants. La téléphonie mobile n’existe pas dans cette contrée. La cabine de Bina est une institution….Comme j’ai aimé ce récit! Lieve Joris s’efface devant les personnages africains. Elle les campe magnifiquement.

Le second récit, Les Enfants de Mobutu, se déroule au Congo, en 1998, le règne de Mobutu s’ achève, il reste un grand désordre et pourtant l’auteure se promène dans la province qui paraît paisible. Elle accompagne un homme d’affaires qui vend, troque, ou achète un peu n’importe quoi. Elle nous fait imaginer l' »ambiance du poisson » sur le bord du lac, on rencontre des pauvres pêcheurs, des cyclistes qui font des kilomètres de pistes défoncées pour transporter 3 malheureux poissons….Aventure humaine, chaleur africaine…

On passe aussi par Dar-es-Salam ou par Saint Louis du Sénégal .

Lieve Joris a posé ses valises en 1982 au Caire. Elle nous invite dans l’appartement de Madame Taher, sa logeuse, bourgeoise déclassée qui fait survivre un monde féminin, désuet, étriqué et décalé.

Puis elle part à Alep et à la frontière de la Syrie et de la Turquie, rencontre Ismaïl,  Kurde qui préfère disserter sur Baudelaire et les surréalistes que de lui faire rencontrer la réalité, « Baudelaire est sans danger » : rencontre touchante.

Les 50 dernières pages se déroulent en Pologne (1987)et en Hongrie (1990) . Rencontre avec Kapucinski – un écrivain -voyageur que j’aimerais lire. Ils ne parleront pas de l’Afrique que les deux auteurs ont parcouru, Kapuscinski fera découvrir la Pologne grise de la fin du communisme. Enfin Lieve Joris aboutit dans un petit village hongrois  sur la Tisza.  Avec une grande délicatesse, elle nous présente les protagonistes de l’histoire récente, l’idéaliste qui voulait changer le monde, le maire communiste, l’institutrice aux prises avec les enfants tziganes qui ne supportent pas la sédentarisation imposée…Aucun jugement, juste une grande sympathie.

Lieve Joris ne se met pas en avant. Elle ne se vante pas de ses aventures. Elle laisse parler les personnages qu’elle rencontre, nous fait sentir les ambiances, les odeurs, les goûts, les manques aussi. Un tout petit livre, un concentré de saveurs!

 

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

 

Coïncidence! La semaine dernière deux expositions m’ont conduite à ce livre : la première sur le Japon de l’ère Meiji au Musée Guimet  et Dorothea Lange au Jeu de Paume où un reportage est justement consacré à l’internement des citoyens d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale en Californie. Enfin, au Théâtre des Quartiers  d’Ivry, la pièce Certaines n’avaient jamais vu la mer se donne à partir de la semaine prochaine et j’avais depuis un certain temps réservé des places.

« Sur le bateau ,nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté[…]Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent de partir à notre tour…’

Est-ce un roman ou un récit incantatoire? Chœur racontant le destin de petites filles japonaises mariées à un inconnu de l’autre côté de l’océan, pour conjurer la pauvreté ou le mauvais sort. Le rêve américain a aussi tenté les japonais qui ont cherché fortune en Californie. Ils ont envoyé des photos prometteuses aux marieuses de l’archipel.

« Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils? les aimerions nous? Les reconnaîtrions-nous d’après leur portrait quand nous les verrions sur le quai? »

« Sur le bateau nous étions dans l’ensemble des jeunes filles accomplies, persuadées que nous ferions de bonnes épouses. Nous savions coudre et cuisiner. Servir le thé, disposer des fleurs et rester assises sans bouger sur nos grands pieds pendant des heures en ne disant absolument rien d’important »

Brutale déconvenue! Leur nuit de noce a ressemblé à un viol. On ne les attendait pas pour faire des bouquets délicats mais pour bêcher, sarcler, cueillir fraises pois ou haricots, travailler comme des hommes et tenir le ménage.

 

 

 

Vingt ans après leur arrivée, elles ont donné naissances à des enfants américains, se sont intégrées dans leurs quartiers japonais. Certains ont de petits commerces, des exploitations agricoles.

7 décembre 1941 : Pearl Harbor, les Etats Unis entrent en guerre contre le Japon. Pourtant citoyens américains modèles, les Japonais sont déportés. Cet internement documenté par Dorothéa Lange, mais peu connu, est dévoilé par ce livre.

 

 

 

 

Le silence même n’est plus à toi – ASLI ERDOGAN (Actes sud)

RÉSISTANCES

Asli Erdogan est une écrivaine et une journaliste turque. Elle a reçu le Prix Simone de Beauvoir en janvier 2018.  Emprisonnée à la suite du coup d’Etat de juillet 2016, elle a été libérée en décembre 2016 mais reste encore sous la menace d’un jugement. De nombreuses pétitions ont circulé sur les réseaux sociaux. Le meilleur soutien à une écrivaine est ses écrits. Les lire et les faire lire.

Le silence même n’est plus à toi  (chroniques) est un recueil de textes, articles pour son journal.

« C’est l’histoire s’un voyage qui commence à cent kilomètres d’Auschwitz et s’achève cent kilomètres avant Cizre »

ainsi commence un texte intitulé GUERRE ET GUERRE

C’est une lecture éprouvante, tragique. L’écriture est très belle, poétique.  Les faits relatés sont d’une violence terrible. Sa dénonciation ne se limite pas à l’actualité en Turquie, à la censure après le coup d’état (au fait il y en eu d’autres), Daesh, la guerre des kurdes. Elle rappelle aussi le Génocide Arménien, la Grande Catastrophe. En un raccourci, elle nous conduit à Auschwitz, questionne la Turquie sur l’existence ou non du racisme. Ecrivaine féministe, elle accompagne les mère kurdes, proteste contre le féminicide, contre le laxisme de la justice dans les cas de viol. Son TEXTE DU 9 MARS réclame explicitement l’égalité homme-femme.

Tous ces sujets sont graves, elle n’oublie pas la poésie, la poésie universelle.

Un très beau texte de Séféris commence son texte du 22 avril, que je ne résiste pas à l’envie de copier ici:

« A l’heure où les dés heurtent le sol, à l’heure où le combat heurte l’armure où rencontrant ceux de l’étranger, les yeux des âmes expirantes s’emplissent d’amour… A l’heure où regardant alentour, tu ne vois que pieds arrachés, mains mortes, et ces yeux qui s’éteignent…A l’heure où désormais même mourir t’est refusé… »Séféris

Asli Erdogan commence un autre article en citant Rilke, évoquant Kader,  une militante venue se battre à Kobanê contre Daesh en 2014.

AINSI FAISONS NOUS NOS ADIEUX cite un poète palestinien Taha Mohamed Ali que je ne connaissais pas. Les lignes des poètes se mêlent aux mots d’Asli Erdogan qui les habite et évoque aussi les circonstances dans lesquels ils ont été écrits.

Mon seul regret est mon ignorance de la Turquie.  J’aurais aimé que les différents articles aient porté la date de parution, et quelques indications sur les circonstances, les lieux…Je me suis perdue, j’ai cherché, trouvé parfois, mais pas toujours. Ce qui paraît évident dans un journal turc l’est beaucoup moins pour une lectrice à Paris.

 

 

Looping – Alexia STRESI

MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

Looping a été écrit en français par une écrivaine française, Alexia Stresi qui est aussi une actrice connue. Si Looping a sa place dans ce challenge c’est parce que l’action se déroule en Italie et en Libye du temps où la Libye était une colonie italienne. C’est une leçon d’histoire de l’Italie pour moi qui connaissais peu la période fasciste et celle de la Démocratie Chrétienne.

Je me suis attachée à l’héroïne Noelie, née avant  la Première Guerre mondiale, fille d’une très jeune paysanne , Camilla, et  d’un père soldat de passage à Imperia, sur la Riviera italienne,  qui se retrouve dans un palais occupé par les fascistes à Tripoli. A Rome, elle s’intègre dans la bonne société …. Aussi à l’aise aux commandes d’un avion dans le désert libyen que dans les salons d’une station balnéaire huppée et même en négociatrice auprès de Khadafi.

Histoire tout à fait extraordinaire, presque un conte, de la petite paysanne qui devient grande dame. Personnalité hors norme,mais surtout visite dans les arcanes de la politique italienne du fascisme à la Démocratie chrétienne.