Karitas – Kristin Marja Baldursdottir

LIRE POUR L’ISLANDE

Celui qui inspecte le vent ne sème jamais, et celui qui regarde constamment les nuages ne moissonne jamais/ Les femmes ne doivent plus laisser le vent entraver leur voyage. Elles l’ont eu dans le dos l’année où j’ai navigué autour du pays avec mes enfants et où la banquise n’a pas réussi à m’arrêter, je savais que le siècle s’était levé, notre siècle à nous les femmes. puis les femmes n’ont pas eu confiance en elles pour aller plus loin. Et elles se tiennent encore tranquilles, laissant le vent entraver leur voyage, mais toi Karitas, ne le laisse pas te faire obstacle. Le siècle des femmes est tout juste à moitié écoulé, tu partiras à Paris. Ce qui arrive a depuis longtemps reçu son nom, ce que les hommes doivent être est décidé et l’homme ne peut pas discuter avec Celui qui est plus fort que lui…. »

Un grand merci à Aifelle qui m’a recommandé cette lecture!

C’était exactement le livre qui me fallait autour de notre voyage en Islande!

Siglufjördur : les logements des saleuses de harengs

Commencé avant le départ, terminé après. Karitas et les autres personnages m’ont accompagnée dans mes visites. J’ai pris des photos des objets que ce livre évoquaient : machine à coudre, table pour saler le poisson, chambres des ouvrières du poisson sous les soupentes…..

C’est un gros roman, ou plutôt deux : Karitas, l’esquisse d’un rêve qui raconte l’adolescence et la jeunesse de Karitas, de 1915 à 1939 – 543 pages et L’art de la vie,  1945 à 1999, roman de la maturité où Karitas est une artiste reconnue. C’est donc une lecture au long cours, le premier tome vous entraînera tout autour de l’Islande.

ouvrages de dames?

La mère, veuve, quitte sa ferme en 1915 et embarque ses six enfants à la ville – Akureyri -pour leur donner une bonne éducation. Pour que les trois garçons aillent à l’école, la mère et les trois filles vont déployer toute leur énergie au travail dans le poisson, la couture, le tricot et la blanchisserie et tout le monde va réussir  à étudier. Karitas dont une dame a remarqué ses dons pour le dessin partira à Copenhague  étudier aux Beaux-Arts. Nous suivons ensuite les péripéties de Karitas, qui va saler le hareng à Siglufjördur (où nous avons vu le Musée du hareng), puis va aider sa sœur dans une ferme, suit un très beau marin qui lui fera 4 enfants. Comment être peintre quand on doit élever seule ses enfants? Parce que les hommes, en Islande, ont tendance à être absents, soit pêcheurs, soit marins au long cours, soit pris par la mer. Les femmes doivent gérer tous les travaux des champs de la ferme. Le roman raconte la  vie rurale et la solidarité féminine dans les régions les plus isolées.

Dans la première partie du 20ème siècle, la route circulaire que nous avons empruntée pour faire le tour de l’Islande n’existait pas. Les ferries faisaient du cabotage, ou on traversait les rivières glacières à cheval. Tous ces détails sur la vie des campagnes m’ont enchantée.

Reykjavik Laugavegur

En 1945, les enfants ayant grandi, Karitas peut se consacrer davantage à la peinture. Le deuxième opus de la saga y consacre une grande place. Karitas s’installe à Paris puis New York pour faire carrière et s’inspirer des tendances nouvelles des arts plastiques. Elle doit aussi se faire reconnaître comme artiste, pour une femme, ce n’est pas gagné. Dans  la maison de Laugavegur (une des rues les plus animées du centre de Reykjavik) où Karitas a son atelier, elle réunit autour d’elle une véritable communauté de femmes très diverses, Herma, sa belle-sœur allemande, Pia la pocharde, Karlina, femme simple, et les petites filles de Karitas. Comme autrefois à la campagne on voit la solidarité de ces femmes, la chaleur de leur intimité, tandis que les hommes, pris par leurs affaires sont des personnages secondaires. L’Islande se modernise, la campagne se vide, toute la famille se regroupe en ville.

On peut lire ce livre comme une saga familiale sur plusieurs générations, avec des amours contrariés. On peut aussi s’intéresser à l démarche de l’artiste. On peut aussi voir un manifeste féministe. Si j’ai surtout retenu la vie quotidienne et les paysages islandais, il n’est pas besoin de voyager en Islande pour apprécier ce gros roman.

Ma Cabine Téléphonique Africaine – Lieve Joris – Actes sud

INVITATION AU VOYAGE

J’ai reçu Ma cabine Téléphonique Africaine en cadeau au pique-nique de Babélio. Comme je n’avais aucune idée de ce que cachait ce titre original, le livre est resté longtemps dans ma PAL. Quelle bonne idée de l’en sortir!

164 pages, 10 récits, autant de rencontres en Afrique, au Moyen Orient, en Europe de l’Est.

J’aime les écrivains-voyageurs et encore plus  les écrivaines-voyageuses. Après Alexandra David Neel, Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt et d’autres, je découvre Lieve Joris  née en Belgique(1953) mais basée aux Pays Bas, donc néerlandophone. Journaliste, boulingueuse elle a écrit de nombreux livres que je compte bien lire!

Ma cabine téléphonique africaine est le titre du premier récit : rencontre avec Bina, receveur des postes dans un village malien en 1996, déjà les touaregs rebelles menacent les autorités ou leurs représentants. La téléphonie mobile n’existe pas dans cette contrée. La cabine de Bina est une institution….Comme j’ai aimé ce récit! Lieve Joris s’efface devant les personnages africains. Elle les campe magnifiquement.

Le second récit, Les Enfants de Mobutu, se déroule au Congo, en 1998, le règne de Mobutu s’ achève, il reste un grand désordre et pourtant l’auteure se promène dans la province qui paraît paisible. Elle accompagne un homme d’affaires qui vend, troque, ou achète un peu n’importe quoi. Elle nous fait imaginer l' »ambiance du poisson » sur le bord du lac, on rencontre des pauvres pêcheurs, des cyclistes qui font des kilomètres de pistes défoncées pour transporter 3 malheureux poissons….Aventure humaine, chaleur africaine…

On passe aussi par Dar-es-Salam ou par Saint Louis du Sénégal .

Lieve Joris a posé ses valises en 1982 au Caire. Elle nous invite dans l’appartement de Madame Taher, sa logeuse, bourgeoise déclassée qui fait survivre un monde féminin, désuet, étriqué et décalé.

Puis elle part à Alep et à la frontière de la Syrie et de la Turquie, rencontre Ismaïl,  Kurde qui préfère disserter sur Baudelaire et les surréalistes que de lui faire rencontrer la réalité, « Baudelaire est sans danger » : rencontre touchante.

Les 50 dernières pages se déroulent en Pologne (1987)et en Hongrie (1990) . Rencontre avec Kapucinski – un écrivain -voyageur que j’aimerais lire. Ils ne parleront pas de l’Afrique que les deux auteurs ont parcouru, Kapuscinski fera découvrir la Pologne grise de la fin du communisme. Enfin Lieve Joris aboutit dans un petit village hongrois  sur la Tisza.  Avec une grande délicatesse, elle nous présente les protagonistes de l’histoire récente, l’idéaliste qui voulait changer le monde, le maire communiste, l’institutrice aux prises avec les enfants tziganes qui ne supportent pas la sédentarisation imposée…Aucun jugement, juste une grande sympathie.

Lieve Joris ne se met pas en avant. Elle ne se vante pas de ses aventures. Elle laisse parler les personnages qu’elle rencontre, nous fait sentir les ambiances, les odeurs, les goûts, les manques aussi. Un tout petit livre, un concentré de saveurs!

 

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

 

Coïncidence! La semaine dernière deux expositions m’ont conduite à ce livre : la première sur le Japon de l’ère Meiji au Musée Guimet  et Dorothea Lange au Jeu de Paume où un reportage est justement consacré à l’internement des citoyens d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale en Californie. Enfin, au Théâtre des Quartiers  d’Ivry, la pièce Certaines n’avaient jamais vu la mer se donne à partir de la semaine prochaine et j’avais depuis un certain temps réservé des places.

« Sur le bateau ,nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté[…]Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent de partir à notre tour…’

Est-ce un roman ou un récit incantatoire? Chœur racontant le destin de petites filles japonaises mariées à un inconnu de l’autre côté de l’océan, pour conjurer la pauvreté ou le mauvais sort. Le rêve américain a aussi tenté les japonais qui ont cherché fortune en Californie. Ils ont envoyé des photos prometteuses aux marieuses de l’archipel.

« Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils? les aimerions nous? Les reconnaîtrions-nous d’après leur portrait quand nous les verrions sur le quai? »

« Sur le bateau nous étions dans l’ensemble des jeunes filles accomplies, persuadées que nous ferions de bonnes épouses. Nous savions coudre et cuisiner. Servir le thé, disposer des fleurs et rester assises sans bouger sur nos grands pieds pendant des heures en ne disant absolument rien d’important »

Brutale déconvenue! Leur nuit de noce a ressemblé à un viol. On ne les attendait pas pour faire des bouquets délicats mais pour bêcher, sarcler, cueillir fraises pois ou haricots, travailler comme des hommes et tenir le ménage.

 

 

 

Vingt ans après leur arrivée, elles ont donné naissances à des enfants américains, se sont intégrées dans leurs quartiers japonais. Certains ont de petits commerces, des exploitations agricoles.

7 décembre 1941 : Pearl Harbor, les Etats Unis entrent en guerre contre le Japon. Pourtant citoyens américains modèles, les Japonais sont déportés. Cet internement documenté par Dorothéa Lange, mais peu connu, est dévoilé par ce livre.

 

 

 

 

Le silence même n’est plus à toi – ASLI ERDOGAN (Actes sud)

RÉSISTANCES

Asli Erdogan est une écrivaine et une journaliste turque. Elle a reçu le Prix Simone de Beauvoir en janvier 2018.  Emprisonnée à la suite du coup d’Etat de juillet 2016, elle a été libérée en décembre 2016 mais reste encore sous la menace d’un jugement. De nombreuses pétitions ont circulé sur les réseaux sociaux. Le meilleur soutien à une écrivaine est ses écrits. Les lire et les faire lire.

Le silence même n’est plus à toi  (chroniques) est un recueil de textes, articles pour son journal.

« C’est l’histoire s’un voyage qui commence à cent kilomètres d’Auschwitz et s’achève cent kilomètres avant Cizre »

ainsi commence un texte intitulé GUERRE ET GUERRE

C’est une lecture éprouvante, tragique. L’écriture est très belle, poétique.  Les faits relatés sont d’une violence terrible. Sa dénonciation ne se limite pas à l’actualité en Turquie, à la censure après le coup d’état (au fait il y en eu d’autres), Daesh, la guerre des kurdes. Elle rappelle aussi le Génocide Arménien, la Grande Catastrophe. En un raccourci, elle nous conduit à Auschwitz, questionne la Turquie sur l’existence ou non du racisme. Ecrivaine féministe, elle accompagne les mère kurdes, proteste contre le féminicide, contre le laxisme de la justice dans les cas de viol. Son TEXTE DU 9 MARS réclame explicitement l’égalité homme-femme.

Tous ces sujets sont graves, elle n’oublie pas la poésie, la poésie universelle.

Un très beau texte de Séféris commence son texte du 22 avril, que je ne résiste pas à l’envie de copier ici:

« A l’heure où les dés heurtent le sol, à l’heure où le combat heurte l’armure où rencontrant ceux de l’étranger, les yeux des âmes expirantes s’emplissent d’amour… A l’heure où regardant alentour, tu ne vois que pieds arrachés, mains mortes, et ces yeux qui s’éteignent…A l’heure où désormais même mourir t’est refusé… »Séféris

Asli Erdogan commence un autre article en citant Rilke, évoquant Kader,  une militante venue se battre à Kobanê contre Daesh en 2014.

AINSI FAISONS NOUS NOS ADIEUX cite un poète palestinien Taha Mohamed Ali que je ne connaissais pas. Les lignes des poètes se mêlent aux mots d’Asli Erdogan qui les habite et évoque aussi les circonstances dans lesquels ils ont été écrits.

Mon seul regret est mon ignorance de la Turquie.  J’aurais aimé que les différents articles aient porté la date de parution, et quelques indications sur les circonstances, les lieux…Je me suis perdue, j’ai cherché, trouvé parfois, mais pas toujours. Ce qui paraît évident dans un journal turc l’est beaucoup moins pour une lectrice à Paris.

 

 

Looping – Alexia STRESI

MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

Looping a été écrit en français par une écrivaine française, Alexia Stresi qui est aussi une actrice connue. Si Looping a sa place dans ce challenge c’est parce que l’action se déroule en Italie et en Libye du temps où la Libye était une colonie italienne. C’est une leçon d’histoire de l’Italie pour moi qui connaissais peu la période fasciste et celle de la Démocratie Chrétienne.

Je me suis attachée à l’héroïne Noelie, née avant  la Première Guerre mondiale, fille d’une très jeune paysanne , Camilla, et  d’un père soldat de passage à Imperia, sur la Riviera italienne,  qui se retrouve dans un palais occupé par les fascistes à Tripoli. A Rome, elle s’intègre dans la bonne société …. Aussi à l’aise aux commandes d’un avion dans le désert libyen que dans les salons d’une station balnéaire huppée et même en négociatrice auprès de Khadafi.

Histoire tout à fait extraordinaire, presque un conte, de la petite paysanne qui devient grande dame. Personnalité hors norme,mais surtout visite dans les arcanes de la politique italienne du fascisme à la Démocratie chrétienne.

Je danserai si je veux – film de Maysaloun Hamoud

FILM ISRAELIEN/PALESTINIEN

Laila et Salma partagent un appartement à Tel Aviv. Laila est avocate, belle, indépendante. Salma est DJ et barmaid dans un bar branché. Elles sont joyeuses et libres, boivent des bières, fument des joints et profitent de la vie trépidante de Tel Aviv. Quand Nour débarque dans la colocation avec sa grosse valise et son voile, elle détonne un peu.

Trois filles palestiniennes qui essaient de gagner la liberté et le bonheur, chacune à sa façon.

Laila, courtisée par un collègue juif ,  ne cède pas à ses avances, elle tombe amoureuse de Ziad, le beau garçon qui revient de New York ils forment un très  beau couple mais rapidement Ziad lui demande des compromis inacceptables pour elle.

Nour est fiancée à Wissam, un homme pieux qui ne songe qu’à avancer la date du mariage alors que Nour tient à terminer ses études d’informatique et à obtenir un emploi.

Salma est lesbienne. Sa famille chrétienne de Nazareth, qui paraît tolérante lui présente des prétendants qu’elle refuse.

A chacune, son degré de révolte, sa résistance,  ses limites.

Ce n’est pas facile d’être une femme – palestinienne – libre et heureuse même dans la grande ville.

Un film féministe réalisé par Maysaloun Hamoud qui a cherché à faire entendre une nouvelle voix dans l’ambiance des changements annoncés par les Printemps arabes.

Un film produit par Shlomi Elkabetz dédié à Ronit Elkabetz, sa sœur décédée il y a tout juste un an, bouleversante dans le Procès de Viviane Amsallem qu’ils ont réalisé ensemble.

 

Mille et un jours en Tartarie – Lyane Guillaume

ROUTE DE LA SOIE

Femmes de Fergana en visite à Tachkent

Merci à Babélio et aux éditions du Rocher pour cette découverte!

Tachkent, le 8 mars 2014, Goulia invite ses amies pour fêter l’anniversaire de sa sœur Chirine. La narratrice Lyane, française, prend des notes pour un futur roman. Au cours de la soirée chacune racontera son histoire singulière

Danseuse ouzbèke Boukhara

A cette polyphonie se mêleront d’autres destins de femmes : celui de Rano, la jeune fille d’Andijan, traumatisée par le massacre de 2005, dont le mariage arrangé est suspendu à une éventuelle grossesse. Destin flamboyant de Tamara Khanoum, danseuse célèbre du temps de l’Union soviétique, arménienne qui exportait la culture de l’Union soviétique, comme les chœurs de l’Armée rouge, contribua à l’effort de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale. Bibi Khanoum – femme préférée de Tamerlan – construisit pour lui une mosquée gigantesque  (que nous avons visitée quelques semaines après la soirée du livre). 

Lutrin mosquée de Bibi Khanoum Samarcande

Les histoires se mêlent comme les conversations à bâton rompu…

Lyane raconte l’histoire de l’Ouzbékistan, de sa période soviétique qui a marqué toutes les femmes présentes à la fête, de la Perestroïka et de l’indépendance de la République d’Ouzbékistan. Tachkent, grande ville cosmopolite abrita l’intelligentsia russe en 1941 pendant le siège de Léningrad. Les populations sont extrêmement diverses, ouzbeks, russes, tadjiks, coréens, juifs…les religions aussi, si l’Islam est majoritaire, les  chrétiens sont aussi présents. mais c’est l’empreinte soviétique qui les unit.

De nombreux problèmes actuels sont abordés, celui de la Mer d’Aral et de la culture du coton, la corruption et l’enrichissement des affairistes et des mafias. En filigrane aussi, le wahhabisme. Le séisme de 1966 n’a pas encore été oublié. C’est à la suite de la reconstruction que Tachkent a doit son urbanisme avec les grandes avenues, les esplanades.

C’est une lecture très agréable et distrayante. Aux paroles des femmes s’ajoute aussi le défilé des plats de ce repas de fête, détails culinaires . J’ai retrouvé des goûts, des images pas encore oubliés. C’est le livre idéal pour préparer un voyage sur la route de la soie!

Moins dramatique que La Fin de l’Homme Rouge d’Svetlana Alexevitch, plus centré sur l’Ouzbekistan que Par les Monts et les Plaines d’Asie Centrale d’Anne Nivat qui sont deux témoignages majeurs.