Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

 

Coïncidence! La semaine dernière deux expositions m’ont conduite à ce livre : la première sur le Japon de l’ère Meiji au Musée Guimet  et Dorothea Lange au Jeu de Paume où un reportage est justement consacré à l’internement des citoyens d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale en Californie. Enfin, au Théâtre des Quartiers  d’Ivry, la pièce Certaines n’avaient jamais vu la mer se donne à partir de la semaine prochaine et j’avais depuis un certain temps réservé des places.

« Sur le bateau ,nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté[…]Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent de partir à notre tour…’

Est-ce un roman ou un récit incantatoire? Chœur racontant le destin de petites filles japonaises mariées à un inconnu de l’autre côté de l’océan, pour conjurer la pauvreté ou le mauvais sort. Le rêve américain a aussi tenté les japonais qui ont cherché fortune en Californie. Ils ont envoyé des photos prometteuses aux marieuses de l’archipel.

« Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils? les aimerions nous? Les reconnaîtrions-nous d’après leur portrait quand nous les verrions sur le quai? »

« Sur le bateau nous étions dans l’ensemble des jeunes filles accomplies, persuadées que nous ferions de bonnes épouses. Nous savions coudre et cuisiner. Servir le thé, disposer des fleurs et rester assises sans bouger sur nos grands pieds pendant des heures en ne disant absolument rien d’important »

Brutale déconvenue! Leur nuit de noce a ressemblé à un viol. On ne les attendait pas pour faire des bouquets délicats mais pour bêcher, sarcler, cueillir fraises pois ou haricots, travailler comme des hommes et tenir le ménage.

 

 

 

Vingt ans après leur arrivée, elles ont donné naissances à des enfants américains, se sont intégrées dans leurs quartiers japonais. Certains ont de petits commerces, des exploitations agricoles.

7 décembre 1941 : Pearl Harbor, les Etats Unis entrent en guerre contre le Japon. Pourtant citoyens américains modèles, les Japonais sont déportés. Cet internement documenté par Dorothéa Lange, mais peu connu, est dévoilé par ce livre.

 

 

 

 

An Odyssey – A Father, a Son and an Epic – Daniel Mendelsohn

LIRE POUR LA GRECE

Lire Homère sous un olivier

C’est Dominique   qui m’a donné envie de lire le livre de Mendelsohn paru récemment en français, Une Odyssée, un père, un fils, une épopée. Et je la remercie encore ici pour cette découverte et son billet très intéressant. Comme je préfère toujours, à l’écrit comme au cinéma, la Version Originale, j’ai téléchargé An Odyssey en anglais.

L‘Odyssée m’a toujours accompagnée.  Depuis mon enfance,  avec les Contes et Légendes. Plus tard, j’ai lu  le texte d’Homère. Malheureusement, j’ai abandonné le Grec ancien et je n’ai jamais été capable de le lire en VO.  Dans le livre de Mendelsohn , le père a délaissé l’étude du latin avant d’aborder Virgile….Mon meilleur souvenir de lecture de l’Odyssée fut à Ithaque : assise sous un olivier, j’avais lu les passage  racontant le retour d’Ulysse.  Cet été, nous avons visité la Grotte de Calypso sur Gozo et celle de Polyphème à Himarë (Albanie) ….

Il fallait donc que je lise Mendelsohn!

Le narrateur, Dan Mendelsohn, professeur d’université, organise un séminaire autour de l’Odyssée. Son père, octogénaire, propose de le suivre.  Ils partent ensuite en croisière à la suite d’Ulysse...Une intimité d’établit entre le père, un mathématicien peu communicatif et son fils qui  le connait mal. Au cours du récit, vont se mêler intimement les deux récits, celui de l’Odyssée qui est la trame, et le récit familial qui se construit au fil du séminaire puis du voyage.

Ithaque

Mendelsohn suivra scrupuleusement le plan de l’Odyssée : noté en grec PROEM (invocation) TELEMACHIE (Education) – APOLOGOI(aventures, racontée par Ulysse aux Phéaciens) – NOSTOS -(Retour)  ANAGNORISIS (Reconnaissance) – SÊMA(monument funéraire). Le séminaire est très rigoureux, les vocables grecs sont soigneusement étudiés et traduits. La pédagogie est intéressante – classe inversée dirait-on aujourd’hui – les étudiants lisent 2 livres avant la séance, posent leur questions et continuent éventuellement la discussion par mail.

Jay, le père, joue un rôle non négligeable dans la  discussion autour du texte. Il n’aime pas Ulysse, et récuse le statut de Héros. Ulysse ou plutôt Odysseas, est pleurnichard, il ne triomphe des épreuves que grâce à l’aide des Dieux qui le sortent de pétrins dans lequel il se met lui-même par vantardise.

La Telemachie donne le rôle principal à Télémaque, fils d’Odysseas, qui ne connaît pas son père. Athéna, l’envoie à Pylos auprès de Nestor puis à Sparte rencontrer Ménélas et Hélène. Ces voyages et ses rencontres lui servent d’instruction, il rencontre les héros de la Guerre de Troie qui lui parlent d’Odysseas, et apprend les difficultés du marriage avec le drame d’Agamemnon. On pourrait parler de roman de formation ou d’apprentissage.

Parallèlement Jay, le Père, et Daniel, le fils évoquent un voyage qui les a déjà réuni avec un retour « en cercles » . De cercles, de boucles, il sera souvent question dans ce livre. Comment naviguer très longtemps (dix ans, moins 7 ans dans la grotte de Calypso) pour parcourir la distance finalement courte entre Troie et Ithaque? En faisant de nombreux détours, des boucles, des digressions dans le récit. L’auteur suivra donc cette démarche. Comme dans le récit homérique certains épisodes sont contés à plusieurs reprises, parfois même doublés si on imagine que Circé et Calypso étaient peut être une seule et même nymphe.

Les aventures Apologoi, retracent le périple d’Odysseas en Méditerranée. Le héros en fait le récit aux Phéaciens. Mais Ulysse est un menteur et un vantard. Quel crédit doit-on lui accorder? Autre grief de Jay à l’encontre d’Ulysse : il rentre seul, il a abandonné ses compagnons; quel chef de guerre oserait se présenter sans ses soldats au retour de la guerre?

Nostos, le retour, est à l’origine de notre mot nostalgie. Il y seera question du retour à Ithaque, retour simultanée d’Ulysse et de Télémaque avec une histoire de chiens qui m’avait marqué autrefois. Dans la famille Mendelsohn, il y a aussi un épisode de chien enragé qui aurait marqué la personnalité de Jay. tout au long du livre, le fils reviendra à cette histoire qui lui paraît cruciale. Episode qui sera raconté selon différentes versions selon différents témoins. Tout au long du livre le professeur exercera le même esprit critique sur le texte ancien que sur le roman familial.

Anagnorisis : Odysseas doit se faire reconnaître, Argos, le chien, Eumée, le porcher fidèle, la nourrice Eurycléia le reconnaîtront. Il en sera autrement pour Télémaque et Pénélope. Tout d’abord parce que Odysseas se cache sous l’identité d’un pince Crétois (encore les fameux mensonges crétois!) . La preuve finale est celle du lit d’Ulysse (en parallèle un lit que Jay avait bricolé pour son fils enfant). C’est aussi l’occasion d’une déclaration d’amour de Jay pour sa femme, la mère de Daniel.

La croisière ne nous apprendra guère plus sur l’Odyssée, le séminaire est terminé, père et fils profiteront de cette occasion pour mieux se connaître. Le père se révélera un personnage charmant,  apprécié en société, et même audacieux loin du mathématicien silencieux et rigide que son fils avait présenté au début de l’ouvrage. La croisière n’atteindra pas Ithaque : élégant remplacement de la visite de l’île d’Ulysse par la récitation du poème de Cavafy qui est mon poème préféré.

Sêma : monument funéraire, monument funéraire d’Achille ou du marin Elpenor. On pressent le décès du père. Le monument que son fils lui érige n’est-il pas l’ouvrage tout entier?

Lecture passionnante, commentaire érudit, émouvante histoire d’une rencontre tardive entre un père et son fils, une Odyssée inattendue.

Lire aussi le billet de claudialucia

 

Celui qui va vers elle ne revient pas – Shulem Deen

HOMMES EN NOIR

J’ai des sentiments ambivalents quand, dans nos métropoles, non pas dans des contrées exotiques, des hommes ou des femmes choisissent de se distinguer par leur costume. D’une part, j’apprécie que la monotonie soit ainsi brisée, que l’uniforme citadin ne soit pas endossé : un sari coloré, un turban sénégalais, une djellaba élégante….D’autre part, je me demande ce qui pousse certains à se coiffer en pleine canicule d’un large bonnet de fourrure. Les gamines de l’école Otzar HaTora près de chez moi qui sortent telles une volée de corbeaux ou de pies, affublées quelle que soit la saison de bas opaques et de manches longues, me font pitié. Sans parler de nikab. Barbes broussailleuses semblent partagées par nombreux ultras de toutes confessions.

« Grâce à trois principes méritoires, les enfants d’Israël furent délivrés d’Egypte : ils ne modifièrent ni leurs noms, ni leur langue,  ni leurs vêtements[….]Le but en est la ghettoïsation volontaire. Se distinguer par sa langue et sa tenue permet de réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur, et contribue à vous maintenir à l’écart. Limiter l’éducation profane et le savoir venu de l’extérieur tient à distance les idées étrangères. Interdire les médias et les divertissements populaires préserve de la tentation. »

Dans le cas de Shulem Deen, il s’agit de juifs ultra- orthodoxes, américains. A ce sujet j’ai lu avec beaucoup d’intérêt Hadassa de Myriam Baudouin racontant l’année d’enseignement d’une québecoise dans une école de filles de la communauté hassidique de Montréal. J’avais aimé le rapport chaleureux de l’institutrice à ses élèves, déploré le sort des filles enfermées dans leur rôle de mère, d’épouse. C’est un livre plutôt tendre et relativement léger par rapport à celui de Shulem Deen témoignage d’un homme qui perd la foi, s’éloigne puis est rejeté de la communauté.

Si le rôle traditionnel des filles n’est guère enviable, je n’avais pas mesuré l’enfermement des garçons. Dans la communauté skver les garçons sont voués uniquement à l’étude des livres saints. Le narrateur avait choisi de s’y intégrer, il avait été subjugué par la chaleur de l’accueil

. »..fit resurgir dans ma mémoire les souvenirs de mon premier tisch au sein de la communauté skver – les chants m’avaient captivé, l’accueil chaleureux que m’avaient réservé les fidèles, des adolescents de mon âge qui m’avaient serré la main et invité à prendre place sur les gradins, les hommes bourrus qui m’avaient tendu les assiettes bien garnies de poulet … »

Les adolescents étaient endoctrinés par un mentor.

« Au fil du temps, j’en viendrais à considérer Avremel comme une sorte de Savonarole du monde hassidique  un fanatique si caricatural qu’il en devenait caricatural. »

Enfermés dans leur monde, sans parler Anglais pour certains, mariés sans avoir rencontré leur promise. Ils sont complètement déconnectés du monde extérieur. Shulem, chargé de famille, doit trouver les moyens financiers de nourrir ses enfants. Il n’est aucunement préparé au monde du travail. Pourquoi le serait-il? tout un système d’assistance existe pour éviter que les hommes ne sortent de la communauté.

Dans ce livre, Shulem raconte pas à pas ses premières ouvertures qui sont autant de péchés contre les règles établies. La radio est le premier interdit qu’il franchit, timidement, puis Internet – paradoxalement Internet ne subit pas la censure totale qui prohibe la télévision – Internet et l’ordinateur lui permettra de trouver un travail comme programmeur, mais aussi de s’affranchir complètement de ses doutes : il perdra la foi et ouvrira un blog.

On assiste à l’ouverture d’esprit du héros mais en même temps à son rejet de la communauté. Déménagement, puis divorce. Schulem croyait se libérer en rejoignant le monde moderne, il trouve la solitude et perd l’affection de ses enfants. Il perd meme son travail.

« Nous avons le moyen de le détruire, financièrement et affectivement »

La violence de la réaction des hassidim est effrayante. Ce témoignage est poignant. 

Finalement je me félicite de la laïcité à la française, le communautarisme anglo-saxon permet à ces communautés ultras de prospérer sans limite.

 

Lire le billet de Dominique.

Peter MANSEAU – Chansons pour la fille du boucher

MANSEAULITTÉRATURE AMÉRICAINE

Peut-on traduire du Yiddish en étant irlandais ? Peut-on raconter l’épopée du « dernier poète yiddish »  sans être juif ?

Ces  Chansons pour la fille du boucher raconte l’épopée d’Itzik Malpesh,

« la route est longue de Kichinev à Baltimore » surtout quand elle commence par un pogrom, passe par Odessa quand éclate la guerre de 14 puis la Révolution, puis par New York. L’histoire du « poète juif » alterne avec les notes du traducteur ancien-futur séminariste, qui, cherchant du travail met à profit ses connaissances de l’alphabet hébreu, pour classer des ouvrages en yiddish, tombe amoureux d’une fille dont le trésor le plus cher est un paquet de lettres écrites en yiddish.

Les 550 pages de ce roman se lisent vite. Lecture facile, comme un roman d’aventures. On veut savoir comment l’enfant échappera aux voleurs d’enfants pour la conscription du Tsar, s’il retrouvera à Odessa la fille du boucher dont il est amoureux, comment il émigrera en Amérique, contre son gré….

Le roman soulève aussi des questions intéressantes. Celles de la traduction, dans les notes du traducteur  est-ce un bon traducteur ? ou les poèmes du « dernier poète yiddish » sont-ils si mauvais ? Surtout celle de la valeur des mots, du pouvoir de la littérature quand à la yeshive, Chaïm fait découvrir la littérature russe en vendant Dostoievski à la page. L’enfant se rend compte qu’il lit beaucoup plus de russe qu’il le pensait. La valeur de la poésie. Le métier d’imprimeur qu’il apprend à Odessa. Est-ce un  hasard si Itzik quitte Odessa chargé d’emporter des caisses de caractères d’imprimerie à New York ? Et si ces caractères n’ont plus cours devant le linotype…Si New York compte tant de poètes yiddish qu’ils se retrouvent tous devant une machine à coudre ?

L’autre question récurrente est celle de l’identité. Pourquoi le traducteur catholique a appris le Yiddish. Pour devenir un autre ?

Melting pot que cette Amérique qui s’est approprié le Yiddish et l’histoire de ces émigrants devenus de bons américains. Est-il vrai que Colin Powell  aurait conversé en Yiddish avec Itzhak Shamir ?

Même si la lecture est agréable il manque quelque chose de l’ordre de la simplicité, de l’authenticité de la saveur de la littérature yiddish des Singer  que j’aime tant.

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom – James Frey

LITTÉRATURE AMÉRICAINE

J’aurais dû me méfier d’un livre qui arbore sur sa tranche des taches d’encre rouge faisant penser à du sang. Convaincue par le billet positif d’une amie, j’ai passé outre ce signe.

Le style « parlé » m’a désagréablement surprise, pauvreté du vocabulaire, abondance de vulgarités – un « gros mot » ne me choque pas, mais les « putain » et « enculé » répétés deviennent lassants.

La construction, en revanche, est intéressante: ce testament comporte les récits de 12 témoins, comme les 12 apôtres,  dont 4 se nomment Mathieu, Luc, John et Marc comme les 4 évangélistes – clin d’œil pour l’histoire d’un Messie. L’analogie aurait pu être plus approfondie…Faire intervenir des personnages aussi différents qu’une adolescente-mère dominicaine, un rabbin orthodoxe, un médecin, un avocat, un curé catholique, un évangéliste,  aurait pu être l’occasion de changements de ton et de registre. L’auteur n’a pas exploité cette possibilité.

Le message est aussi excellent : tolérance contre intégrisme. Provocation contre conservatisme puritain.

Malheureusement, il est bien peu crédible ce Messie! Ses miracles s’opèrent d’un sourire, d’un attouchement. Son discours est simplissime, les hippies étaient autrement plus inventifs. Le Messie est plutôt le gourou d’une secte éphémère. La provocation, un pétard mouillé.


 

Philip ROTH : Exit le fantôme


Si je n’avais pas lu la Tache et j’ai épousé un  communiste je n’aurais sans doute pas ouvert ce livre.

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 L’histoire de Zuckerman diminué par l’âge et la maladie (il est incontinent et perd la mémoire) reclus dans la campagne, ne m’aurait pas attirée. Mais voilà, Roth est un écrivain majeur et même sur ce thème plutôt rébarbatif,  il construit une intrigue attachante. Zuckerman, écrivain reconnu, tombe amoureux d’une jeune femme écrivain – une fan – En miroir, il raconte l’histoire de Lonof, un écrivain maintenant oublié, dont il rencontre la dernière compagne, une étudiante Amy Bellet, maintenant vieille femme atteinte d’un cancer….le dernier personnage du roman, et non le moindre est la ville de New York que Philip Roth évoque un peu à la manière de Woody Allen. La New York des intellectuels de gauche, juifs,  démocrates le lendemain de la réélection de Bush en 2004.

Philip ROTH – La tache

 

Après avoir lu Indignation, je suis allée voir mes notes de lectures concernant Philip Roth. La Tache est probablement l’ouvrage de Roth qui m’a le plus impressionnée

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Quelle est-elle cette tache ?

Est ce le secret d’une vie ?

Le dérapage de ce professeur qui, d’une parole malencontreuse, se voit stigmatisé de l’infamante réputation de raciste ?

La couleur noire, cachée, qui risque de ressurgir à la naissance d’un enfant ?

Le déni de la mère qui a coupé toute une famille de ses origines ?

Au début du roman, en Nouvelle Angleterre, nous faisons la connaissance d’un professeur d’université juif qui, ayant traité des étudiants absentéistes de zombies, se trouve entraîné dans une spirale infamante le mènant à la démission, à la mort de son épouse.

Brusquement, le lecteur est propulsé dans l’adolescence d’un jeune Noir brillant étudiant, sportif complet qui porte le même nom que le professeur. J’ai eu un temps d’hésitation : Ai- je bien lu ? Ai-je compris ? Est-ce que quelque chose m’a échappé ?

Dans les années 40, la ségrégation était si imposée qu’une des solutions aux Noirs voulant échapper à leur sort, à condition que leur peau soit assez claire était de choisir de « changer de couleur ». C’est cette histoire que conte Roth, se faire passer pour Juif n’était pas impossible.

Les conséquences de ce « changement » sont à la base du roman.D’autres personnages hors normes apparaissent : le vétéran du Viet Nam, détruit par la guerre, porteur d’une violence inouïe.  La femme victime de toutes les violences, inceste, coups, qui se construit une position complètement marginale, allant jusqu’à feindre l’illétrisme pour conforter cette position (pourquoi ?) curieux personnage d’une intellectuelle française, normalienne, belle, brillante, mais complètement perverse qui se moule dans le « politically correct » pour s’imposer dans cette université américaine très provinciale.

Les personnages sont très marginaux et très originaux, Roth ne les coupe pas de leur contexte historique et sociologique. Il les inscrit dans l’Amérique de 1998 en pleine affaire Monica Lewinsky. il en profite pour dénoncer ce conformisme américain étroit, bien pensant du « politically correct » et la pruderie .Tout est plus compliqué que le manichéisme simplificateur qui semble animer la pensée politique américaine de notre époque .