le Fils de l’Oligarque – Patrick Radden Keefe – Belfond éditeur

THRILLER LONDONNIEN

Recommandé par le Monde des  Livres (3 Aout 2026), lu en diagonale pour avoir la surprise de découvrir le livre (je hais les 4èmes de couv. et tout ce qui risque de spoiler un polar).

« le 29 Novembre 2019, une caméra de surveillance du MI6 repéra une activité au 5ème étage de la plus grande des deux tours de l’autre côté de la Tamise. Il faisait froid. la marée était haute et les reflets des lampadaires de Vauxhall bridge dansaient sur les flots sombres. pas une lumière aux fenêtre de tout Riverwalk à l’exception de celles de l’appartement 504, violemment éclairé.

A 2h23 la caméra du MI6 enregistra l’apparition sur le balcon du 504 d’une silhouette à contre-jour: celle d’un jeune homme apparemment. il se dirigea vers l’extrémité du balcon, se pencha un instnta, avant de repartir, de l’autre côté où il s’arrêta de nouveau pendant quelques secondes. Puis il revint au milieu du balcon, l’enjamba et plongea »

Le corps fut retrouvé dans la Tamise. la police conclua rapidement à un suicide. Le jeune homme avait 19 ans, il s’appelait Zac. Ses parents, Matthew et Rachelle Brettler,  incrédule menèrent leur enquête pendant plusieurs années pour élucider les circonstances du décès de leur fils allant de surprise en surprise.

L’auteur, Patrick Radden Keefe est un écrivain américain, journaliste du New Yorker, qui a mené l’enquête en collaboration avec les parents de Zac. Enquête très pointilleuse qui convoque tous les protagonistes et leurs proches, ce que Scotland Yard a négligé de faire . 

Je vous laisse découvrir les personnages principaux et secondaires qui sont remarquablement campés. Découvrir aussi l’effarement des parents qui croyaient connaître leur fils et tombent des nues. Histoire rocambolesque où le gratin londonnien rencontre les pires truands. Violence inimaginable. Le tout raconté dans tous les détails, pour ne négliger aucune piste.

gangstérisme à l’ancienne et le capitalisme des années 1980. Shand est aussi un enfant du Londres des
quartiers est, des docks notamment, que la désaffection d’une partie du port a transformés en un vaste terrain
vague : sur 10 kilomètres, les grues n’en finissent plus de rouiller et les entrepôts de s’effondrer.

J’ai cru me perdre dans ces détails, ces scènes cruelles où des doigts sont coupés, un crâne fracassé à la hache. Descriptions aussi des ces lieux de débauche de luxe et d’argent facile, voitures de prestige, appartements luxueux…Pendant un temps, j’ai pensé que l’auteur se complaisait dans la violence et les fastes des nouveaux riches. C’est longuet et malaisant cette  énumération des méthodes sordides d’extorsion de fonds, de chantages. Ce n’est qu’à la fin du livre que j’ai compris. Compris que cela n’était pas né dans l’imagination d’un romancier provocateur mais que la réalité dépassait la fiction. Et que si des faits peu aimables étaient étalés dans toute la précision, c’est que l’enquête avait besoin de preuves.

Seule une recherche méthodique et précise  pourrait faire avancer la vérité cue aux parents de Zac. Recherche que n’avait pas effectué la police. Par négligence, incompétence, manque de moyens  après des compression des effectifs. Par corruption, peur de déplaire à certains puissants, très riches investisseurs. A l’occasion, l’auteur cite les assassinats, les empoisonnements des oligarques russes qui ont pu déplaire à Poutine. Et le manque de réaction proportionnée des autorités. Londres comme une jungle où puissants et aventuriers se livrent à des opérations financières douteuses et dangereuses. Capitalisme financier et jeu de poker sur des fortunes sans limite.

Voici l’histoire d’un château de cartes, annonçait le présentateur d’une voix sépulcrale. Celui d’Abdul Shamji.Un empire économique comprenant navires et appartements, bureaux et usines, hôtels et théâtres, et mêmequelques parts dans le stade de Wembley : et tout cela avec un argent qui n’était pas le sien. »

Londres, justement, place financière où tous les ultra-riches convergent, Russes, Indiens, princes arabes…  où  la spéculation immobilière est débridée. Londres n’est-elle pas le personnage principal du roman?

LONDRES EST UNE si belle ville qu’il est facile d’oublier, quand on parcourt ses rues, qu’elle a prospéré en
grande partie grâce au pillage de ses colonies. C’est la capitale des façades immaculées : le jour du blanc à
tous les coins de rue, du crème à l’ivoire en passant par le coquille d’oeuf. L’esthétique qui domine est
clairement celle du blanchiment.

Quand j’ai pris conscience que tout était vrai, j’ai changé d’avis et trouvé l’enquête passionnante.

 

Les cochons au paradis

LITTERATURE AMERICAINE

 

Avis aux amateurs de charcuterie, ou aux amis des animaux de la ferme : il sera fort peu question de cochons ici. Deux références : une ancêtre élevait des cochons, mais elle n’intervient pas dans le récit. Ces cochons sont une légende indienne et figurent dans le ciel sous forme de la constellation des Pléiades.

Périodiquement, je reviens à Barbara Kingsolver et toujours avec autant de plaisir. Dernièrement avec Demon Copperhead, CLIC qui revisite David Copperfield dans les Appalaches  avec la crise des opiacées en filigrane.Il y a quelques temps avec Un autre monde CLIC entre Mexique et Etats Unis entre Frida Kalho, Trotsky et chasses aux sorcières. Quand j’ai vu Les cochons au paradis dans une boîte à livre je l’ai embarqué et commencé illico. C’est la suite de L’arbre aux haricots, lu, il y a bien longtemps. 

Hockney Grand Canyon

Trois femmes, trois générations, Taylor qui travaille dans une boutique d’équipements automobiles, vit avec un musicien, sans se décider à l’épouser, femme active et libre. Turtle, 6 ans, adoptée dans des circonstances étranges très fusionnelle. Alice, la grand-mère, qui décide à la soixantaine de quitter son mari très ennuyeux et de vivre une vie nouvelle. Dans cette famille, les femmes sont fortes, indépendantes et ne comptent pas sur les hommes.

Black hills with Cedar O’Keefe

Turtle est témoin d’un étrange accident sur le barrage Hoover sur le Colorado. Elle sauve la vie d’un jeune homme. Cette histoire fait l’objet d’une émission de télévision d’Oprah Winfrey très regardée. Ce moment de célébrité ne va pas lui porter chance. Une avocate, militante des droits des Cherokees, reconnaît en la petite fille une Cherokee et va poursuivre Taylor pour adoption illégale. En effet, jusqu’à très récemment, des enfants indiens ont été enlevés à leurs familles pour être adoptés par des blancs. Elle va pourrir la vie de la mère et de la fille.

Je ne vais pas spoiler, je m’arrête donc ici.

Encore une fois, Barbara Kingsolver est une merveilleuse conteuse qui va entraîner le lecteur dans les grands espaces de Tucson à Las Vegas, et jusqu’en Californie. Canyon du Colorado, désert, du Kentucky à l’Oklahoma, nous allons suivre un road -trip haletant. Et aboutir au Paradis  (Heaven, le nom d’une petite ville dans une réserve Cherokee). Là nous serons initiés à l’histoire, la culture cherokee. Passionnant.

 

Barbara Kingsolver nous transporte avec bonheur dans de nouveaux territoires avec leur histoire, leur culture. J’ai découvert à chaque reprise des horizons nouveaux. 

Forêt obscure – Nicole Krauss – Ed de l’Olivier

KAFKA A TEL AVIV (suite)

J’ai trouvé ce titre dans le livre de Léa Veinstein, J’irai chercher Kafka et comme j’ai du mal à quitter Kafka dont je viens de lire la Lettre au Père j’ai téléchargé Forêt obscure dans la foulée. sombre 

Il sera fort peu question de sombre forêt dans ce roman. Il se déroule en grande partie à l’Hôtel Hilton de Tel Aviv, à Safed et dans les collines désertiques. La Forêt Obscure du titre est une référence littéraire tirée des vers de Dante :

« Au milieu du chemin de notre vie

je me suis trouvé dans une forêt obscure

Car la voie droite était perdue »

la métaphore de la forêt dont on doit sortir est encore évoquée à propos de Descartes

Plus il parle de sortir de la forêt suivant une ligne droite, plus j’ai envie de me perdre au coeur de cette
forêt où nous vivions jadis dans l’émerveillement, la considérant comme la condition préalable d’une
véritable conscience de notre existence et du monde. 

Forêt virtuelle. Exit donc la forêt.

Deux récits s’entremêlent, se croisent. Point d’intersection : l’Hôtel Hilton. Histoire d’Epstein, avocat d’affaires, richissime, collectionneur d’œuvres d’art vieillissant. Au décès de ses parents,  il disperse ses œuvres d’art, dilapide sa fortune et part sans laisser de nouvelles en Israël où il devient mécène au nom de ses parents. Au début du roman il perd son manteau dans un vestiaire et son téléphone portable avec. Il devient donc injoignable, ou presque surtout quand il quitte l’Hôtel de luxe pour un appartement minable à Ajami. 

Histoire de Nicole, romancière reconnue,  en panne d’inspiration, part pour quelques jours en Israël, pour démarrer un nouveau roman dont l’Hôtel Hilton doit être un élément central. Un mystérieux personnage Eliezer Friedmann la contacte pour une mission spéciale, écrire une suite à une œuvre de Kafka. L’ombre de Kafka intervient à plusieurs reprises dans cette histoire : Friedmann l’entraîne Rue Spinoza, à la maison où les papiers de Kafka sont gardés au milieu de dizaines de chats chez Eva Hoffe. Le procès que que la Bibliothèque d’Israël lui intente pour récupérer ces documents est évoqué.

Et la fille Hoffe, pathologiquement obsessionnelle et paranoïaque comme elle l’est, elle a accepté ça ? Et
la Bibliothèque nationale d’Israël ? Au beau milieu d’un procès, vous avez obtenu les droits d’adaptation
d’une oeuvre dont la propriété est très contestée, une pièce de théâtre de Kafka, qui va devenir un film ? »

Puis l’affaire prend une allure kafkaïenne, l’écrivaine est enlevée par l’armée, les services secrets? séquestrée dans une cabane dans le désert. Elle est persuadée que Kafka y a vécu… Cela devient de plus en plus étrange..

Le seul livre en anglais que j’avais avec moi était Paraboles, et après avoir relu plusieurs fois le chapitre
sur le Paradis, je regardai dehors et l’idée me vint que j’avais raté quelque chose chez Kafka, que je n’avais
pas su reconnaître le seuil initial, à l’origine de tous les autres, dans son oeuvre, celui qui sépare le
Paradis du monde d’ici-bas. Kafka avait dit un jour qu’il comprenait mieux que personne la chute de l’
homme.

Quant à Epstein, il est entraîné par un rabbin puis par sa fille dans le tournage d’un film sur le Roi David qu’il devrait financer. On nage dans l’invraisemblance mais c’est amusant.

Totalement barré, quoique bien écrit et agréable à lire. Digressions littéraires ou bibliques, politiques tout à fait intéressantes.

James – Percival Everett

James, c’est Jim, le compagnon de cavale de Huckleberry Finn, le narrateur du roman de Percival Everett. Il raconte  leur périple sur le Mississipi. Esclave de Miss Watson, la bienfaitrice de Huck, il apprend qu’il doit être vendu à un planteur et donc séparé de son épouse et de sa fille et décide de s’enfuir vers les Etats du nord où il n’y a pas d’esclavage afin d’y gagner de quoi racheter la liberté de sa famille. Jim et Huck vont se rencontrer sur l’Ile Jackson, aménager un radeau et se laisser porter par le courant. Mark Twain, dans Huckleberry Finn raconte leur aventure et Everett ne s’éloigne pas du récit mais il ne s’attarde pas aux périls de la navigation. En effet, le point de vue de Huck et de Jim sont bien différents. Qui se soucie d’un gamin de douze ans, sans famille, petit vagabond assez aimable pour qu’on lui laisse un dollar, qu’on l’invite à dîner ? Jim est esclave en fuite, une prime importante sur sa tête  pour qui le dénoncera. Personne ne prend au sérieux la version de Huck qui serait le maître de Jim. La couleur de sa peau désigne l’esclave dans les Etats du Sud. Le sujet du livre d’Everett n’est pas un roman d’aventures mais la dénonciation du racisme et de l’esclavage.

« ce serait perdre mon temps que de vouloir discuter avec Jim. On ne peut pas apprendre à un
nègre à raisonner. » pense Huck dans le roman  de Mark Twain

Percival Everett prend à contrepied les clichés racistes qui dépeignent les Noirs comme naïfs, ignorants et crédules. Jim est instruit, même lettré. Dans la bibliothèque du Juge Thatcher, il a lu les philosophes, Voltaire et  Locke. Ces deux derniers lui parlent dans ses rêves. Dans leurs naufrages du canoë ou submersion du canoë, il ne sauve que les livres qu’il fait soigneusement sécher. En plus de ses livres Jim possède deux trésors : un morceau de verre qui fait loupe pour allumer le feu et un crayon, très chèrement acquis.

Je m’étais introduit clandestinement dans la bibliothèque, je m’étais demandé ce que les Blancs feraient àun esclave qui avait appris à lire. Que feraient-ils à un esclave qui avait appris aux autres esclaves à lire ?

Jim sait aussi décoder les langues : l’anglais logique et correct des maîtres et des livres et le langage appauvri des esclaves. Il a même enseigné comme une langue étrangère ce parler-esclave aux enfants. 

Essaie avec “sû’ que”, dis-je. Ce serait la version correcte de la grammaire incorrecte. – Ce pain de maïs,
sû’ que jamais j’ai mangé un aussi bon

Jim a une passion : l’écriture. Il veut témoigner par écrit de la condition des esclaves. Se procurer du papier, un crayon voler un carnet répondent à cette nécessité d’écriture. 

Jim a aussi une très belle voix de ténor. Au hasard de leurs pérégrinations, il est acheté/embauché dans un orchestre de musiciens qui se  produit en blackface. Episode grotesque qui serait risible s’il n’était pas tragique.

Aide-moi à comprendre, dis-je à Norman. Je dois avoir l’air d’un Noir authentique, mais il me faut du maquillage. – Ce n’est pas exactement ça. Tu es noir, mais on ne te laissera pas entrer dans l’auditorium
si ça se sait. Donc il faut que tu sois blanc sous le maquillage pour que tu puisses avoir l’air noir aux yeux
du public.
[…]
Jamais situation ne m’avait paru si absurde, surréaliste et ridicule. Et j’avais passé ma vie en esclavage.
Voilà que, tous les douze, nous descendions d’un pas martial la rue principale qui séparait la partie libre
de la ville de la partie esclavagiste, dix Blancs en blackface, un Noir se faisant passer pour blanc et grimé
de noir, et moi, un Noir à la peau claire grimé de noir de façon à donner l’impression d’être un Blanc
essayant de se faire passer pour noir.

Cet épisode de blackface fait aussi apparaître tout un camaïeu de nuances, le métis blanc de peau qui se veut noir, mais qui grâce à sa peau claire pourra passer pour un blanc et pour le maître …le chef d’orchestre antiesclavagiste déclaré qui achète Jim en insistant bien qu’il « l’embauche » amis qui ne le laissera plus partir…l’esclave qui se contente de sa servitude, celui qui fuit. La situation simpliste enfant blanc/esclave noir se complique encore quand une relation père/fils s’ébauche. Et Jim devient James . Il se découvre même un patronyme Faber, la marque du crayon. 

Même si l’auteur respecte le canevas du livre de Mark Twain qui l’a inspiré, il a créé une œuvre originale plus complexe qu’on ne l’imagine d’entrée. Réécriture très réussie.

 

Huckleberry Finn – Mark Twain

Pressée de découvrir James de Percival Everett (Pulitzer 2024), j’ai préféré commencer par Huckleberry Finn qui a inspiré Everett. Précédemment, j’ai lu On m’appelle Demon Copperhead (Pulitzer 2023)de Barbara Kingsolver sans avoir lu David Copperfield et j’avais regretté de ne pas avoir en tête le roman-source. Bizarre, cette attribution consécutive pour deux « réécritures » de classiques !

Comme pour tous les classiques du XIXème siècle, l’édition numérique est très bon marché mais elle est aussi aléatoire. Le fichier arrivé sur la liseuse traduit par WL Hughes, est une adaptation pour la jeunesse. J’aurais préféré l’œuvre intégrale. En revanche, elle est très joliment illustré avec des gravures anciennes. Il aurait été préférable de lire en VO le texte original puisque la langue de M. Twain est( selon Wikipédia) fondatrice de la littérature  américaine.

Huck, le copain de Tom Sawyer est le narrateur. Au début du roman, il a une douzaine d’années. Les deux compères ont découvert un trésor. La part de Huck est en dépôt chez l’avocat en attendant sa majorité. Huck est un sauvageon qui préfère dormir dans un tonneau et mener une vie libre. Miss Watson tente de lui inculquer une bonne éducation et de l’envoyer à l’école tandis que Tom Sawyer, grand lecteur de romans,  l’enrôle dans sa bande pour des aventures rocambolesques – jeux assez enfantins où on fait « comme si... » 

« Avec tout ça, dis-je à Tom, je n’ai pas vu un seul diamant. — Il y en avait des masses, répliqua-t-il, et des Arabes et des dromadaires aussi. — Pourquoi ne les avons-nous pas vus alors ? — Si tu avais lu les Aventures de Don Quichotte, tu saurais pourquoi. C’est la faute des enchanteurs. Les soldats, les mules et le reste étaient là ; mais les magiciens ont transformé la caravane en école du dimanche, par pure méchanceté. »

Ces aventures livresques ne m’ont pas passionnée.

L’histoire prend une tournure dramatique avec le retour du père  ivrogne et violent qui le bat et le séquestre, espérant mettre la main sur la fortune de son fils. Huck s’évade et se fait passer pour mort. Plein de ressources, il se cachera en pleine nature dans l’île en face de Pitsburg de cueillette, pêche et chasse. Il va rapidement découvrir un autre fugitif sur l’île : Jim, l’esclave de Miss Watson, qui veut le vendre à un planteur, le séparant de sa femme et sa fille. L’action se situe vers 1840, avant la Guerre de Sécession, dans le Missouri, état du Sud esclavagiste. Jim pense trouver la liberté dans un état du nord et racheter sa femme et sa fille. Les poursuites des habitants de Pittsburg devenant pressantes, les deux fuyards s’embarquent sur le Mississipi sur un radeau et un canoë. Ce périple sur le fleuve m’a embarquée littéralement : les dangers du fleuve, courants, brouillard, orages, épaves ou trains de bois, les péripéties n’ont pas manqué de me ravir. 

Au fil de l’eau Jim et Huck font des rencontres : deux aventuriers qui se présentent comme un Duc Anglais et même comme le dauphin Louis XVII. Ces personnages vivent d’expédients et de filouterie, ils entraînent Huck dans leurs supercheries et le lecteur tremble pour Huck parce que cela risque de très mal tourner. Huck est aussi entraîné dans une sorte de vendetta entre deux familles tandis que Jim est caché non loin de leur radeau.  Finalement après des méprises et un hasard extraordinaire, Huck arrive chez la tante et l’oncle de Tom Sawyer qui détiennent Jim dans un cachot en attendant que le planteur viennent récupérer son esclave. Contraste entre la gentillesse de ces gens et la cruauté vis à vis de Jim.

Tom Sawyer aidera à la libération de Jim. Il voudra donner un aspect « littéraire » à cette nouvelle aventure. J’ai trouvé assez pénible la tournure de cette libération avec corde à nœuds, araignées, tunnels, inutiles alors qu’il aurait été si facile d’ouvrir la porte maintenant Jim en captivité. 

Oui ; mais vous avez promis de ne pas me dénoncer. — Si l’on apprend que je t’ai gardé le secret, on me
traitera de canaille d’abolitionniste et on me montrera au doigt. N’importe, j’ai promis, je tiendrai… —
Vous vous êtes sauvé aussi, massa Huck. — Oh ! ce n’est pas la même chose ; je n’appartiens à personne ;
on ne m’a pas acheté.

Au fil de leur navigation, Huck prend conscience de la condition d’esclave de son ami. Au début, il a des remords de ne pas renvoyer Jim à sa propriétaire, Miss Watson qui est aussi sa bienfaitrice. Les abolitionnistes sont des canailles très mal considérés dans le Missouri. Les deux fugitifs tissent une relation d’amitié. A plusieurs reprises Huck va sauver Jim.

puis, je songeai à moi. On saurait que Huck Finn avait aidé un nègre à prendre la clef des champs, et si,
un jour ou l’autre, je regagnais ma ville natale, je n’oserais plus regarder les gens en face. Tom Sawyer lui même refuserait de me serrer la main. Plus j’y songeais, plus ma conscience m’adressait des reproches et
plus je me sentais coupable. D’un autre côté, je pensai à ce long voyage durant lequel Jim avait si souvent
tenu le gouvernail à ma place plutôt que de me réveiller. Je le voyais sautant de joie le matin où nous
avions failli nous perdre dans le brouillard.

Anti-esclavagiste, Huck? Il le devient progressivement mais les très, très nombreuses assertions racistes témoignent des mentalités du Sud

Je vis que ce serait perdre mon temps que de vouloir discuter avec Jim. On ne peut pas apprendre à un
nègre à raisonner.

Et ce n’est pas gagné, Huck veut sauver son ami. Il reste prisonnier des préjugés et il s’étonne même de la bienveillance de Tom Sawyer.

Voilà un garçon bien élevé, ayant une réputation à perdre, dont la famille avait toujours manifesté un
profond mépris pour les abolitionnistes et qui n’hésitait pas à se couvrir de honte, lui et les siens, en
protégeant un nègre évadé ! Non, je n’y comprenais rien. Moi, c’était différent. Jim était mon ami,

En tout cas, si on veut supprimer le n-word et récrire Huckleberry Finn, il y a du boulot!

Et maintenant la suite à venir dans James!

Toutes les époques sont dégueulasses – Laure Murat

A la suite de la lecture de Demon Copperhead, Je lis je blogue m’a signalé que le Masque et la Plume  l’avait cité à propos de James de Everett. CLIC

Comme la lecture en miroir de David Copperfield/Demon Copperhead m’a intéressée, j’ai conçu le projet de renouveler l’expérience avec Huckleberry Finn/James. Avant de me lancer dans l’aventure, j’ai fait le détour par l’essai Toutes les époques sont dégueulasses de Laure Murat dont le thème est justement la récriture/réécriture dans le cadre de la Cancel Culture. 

Laure Murat,  s’est intéressée à James Bond, Miss Marple, Tintin, ainsi qu’aux ouvrages de  Road Dahl(que je ne connais pas).Ces œuvres  posent de graves problèmes de racisme, sexisme et colonialisme et ont fait l’objet de récriture.  Elle a également cité Ourika (1823) de Claire de Duras.  Huckleburry Finn et James  sont plutôt un cas de récriture. Enfin, elle évoque l’appel fait aux sensitive writers par certains écrivains pour une écriture politiquement correcte. 

En préambule intéressons nous à ces deux concepts : réécriture et récriture

 le verbe réécrire (ou le substantif réécriture) pour désigner l’action qui consiste à réinventer, à partir d’un
texte existant, une forme et une vision nouvelles – comme l’a fait, par exemple, Racine en écrivant La
Thébaïde, Iphigénie, Andromaque ou Phèdre à partir d’Euripide.

récrire (ou le substantif récriture) pour désigner tout ce qui a trait au remaniement d’un texte à une fin
de mise aux normes (typographiques, morales, etc.) sans intention esthétique.

Réécrire ou Récrire procèdent de deux démarches très différentes. 

réécriture relève de l’art et de l’acte créateur, la récriture de la correction et de l’altération.

La Réécriture est acte de création, on s’inspire d’une œuvre connue du public pour en écrire une nouvelle, originale. Le plus souvent, l’auteur situe l’action dans une autre époque, un autre contexte politique. Le lecteur qui a déjà des références culturelles appréciera, ou non. Personne n’ira reprocher à Joyce d’avoir utilisé Ulysse. 

La Récriture, en revanche, est la correction de l’œuvre originale sans forcément l’assentiment de l’auteur. On débarrasse le texte des mots choquants principalement les n-words ou les remarques racistes, antisémites, grossophobes et autres. Ces corrections sont aléatoires et très approximatives. Pourquoi ne pas blesser les Noirs et blesser les  Coréens? Remplacer un patronyme juif par un autre (qui se trouve juif aussi) dans Tintin. La correction sera toujours imparfaite à moins de vider le texte de toute saveur et de tout sens. Laure Murat démontre que le but de la récriture est commercial :

C’est exclusivement pour conserver leur valeur lucrative que les éditeurs ont procédé à ces nettoyages
approximatifs, avant que les héros canoniques comme Miss Marple ou James Bond, notoirement racistes
et sexistes, ne deviennent complètement ringards.

L’effacement du texte original est aussi dangereux.

Car éliminer ce qui gêne aujourd’hui au motif que cela nous offense, c’est priver les opprimés de l’
histoire de leur oppression. Faites de James Bond un féministe ou seulement un homme respectueux
des femmes, et dans cinquante ans, on ne comprendra plus rien à l’histoire de la misogynie ordinaire
dans les années cinquante. 

Refus de l’appropriation culturelle et relecture par les sensitive writers, censure de la cancel culture ne sont qu’un volet de la censure qui règne aux Etats Unis d’aujourd’hui. La Censure officielle qui enlève des bibliothèques scolaires des milliers d’ouvrages. Celle qui supprime les travaux comme els études de Genre ou de Diversité est beaucoup plus perverse. 

Je ne vais pas copier/coller le texte de Laure Murat plus longtemps.

Lisez-le! Il est court et percutant. Et si le titre vous choque c’est à Artaud qu’elle le doit.

On m’appelle Demon Copperhead – Barbara Kingsolver

Mon pavé de l’été : 624 p ou 824 selon les éditions!

Ne pas s’effrayer, il se lit très bien.  Vers la moitié, quand on est bien accroché, on ne veut plus le lâcher.

Malheureusement, je n’ai pas lu David Copperfield de Dickens dont Barbara Kingsolver s’est inspirée. C’est un classique que tout lecteur anglophone a lu ou étudié. La lecture est sûrement plus riche quand on le connaît, je viens donc de le télécharger. 

Demon Copperhead est né dans les Appalaches, dans le County de Lee, en Virginie, zone rurale plutôt déshéritée : mines de charbons abandonnées  et culture du tabac. Les habitants ont pour surnom Rednecks , ce qui n’est pas vraiment un compliment, ploucs ou péquenauds, dirait-on. 

Demon n’a pas connu son père. Sa mère, junkie, accro aux opioïdes, n’est pas toujours en état de l’élever. Elle succombe à une overdose quand il a dix ans. Il sera confié à des familles d’accueil par les services sociaux, débordés et incompétents. Encore à l’école primaire, Demon doit travailler, avec les vaches, dans les champs de tabac, réduit en  esclavages comme les autres enfants placés chez  ce fermier. Confié à  une autre famille, c’est encore pire! A douze ans, Demon est capable de travailler comme un adulte et décide de fuir.

Je ne vais quand même pas dévoiler tout le livre!

Le début, très sombre, m’a fait craindre un misérabilisme déprimant. Loin de là! Demon a de la ressource,  il fait de belles rencontres et devient même une vedette de football américain. Un accident le plonge dans les opioïdes, sur ordonnances. Dépendance aux comprimés, drogue, alcoolisme font des ravages dans tout le comté de Lee.

Barbara Kingsolver a su créer tout un monde tout autour du personnage principal. Loin de tout manichéisme. Parmi les personnages secondaires, il y a des méchants, mais aussi de très belles personnes. Il y a surtout une solidarité familiale et villageoise qui ne laisse personne de côté. On s’attache à tous ces gens qu’on a le temps de voir évoluer pendant une vingtaine d’années . On découvre une Amérique méconnue, complexe, aux prises avec le chômage, les addictions et le mépris des élites urbaines. 

Tout ce qui pouvait être pris a disparu. Les montagnes avec leurs sommets explosés, les rivières qui coulent noires. Les miens sont morts d’avoir essayé, ou pas loin, accros que nous sommes à l’idée de rester en vie. Il n’y a plus de sang à donner ici, juste des blessures de guerre. La folie. Un monde de douleur, qui attend qu’on l’achève.

Barbara Kingsolver ne m’a jamais déçue.  Elle sait créer des mondes variés autour de thématiques différentes avec de vrais personnages. Un prix Pulitzer bien mérité!

Moscou X – Thriller – David McCloskey – Verso

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

Ouf! Enfin je suis venue à bout des 589 pages, en 10 jours…

Et pourtant je lis vite et j’aime les thrillers, l’espionnage m’intéresse, surtout quand c’est Le Carré. Ce qui se passe en Russie et en Ukraine excite ma curiosité. D’Ukraine, il n’en est pas question. Normal, puisqu’il n’y a pas de guerre, c’est une opération spéciale… pas de reproche de ce côté là.

Pour la Russie,on saute de Saint Pétersbourg à Moscou et dans un domaine, un haras finalement en Carélie. Dépaysement? On boit beaucoup, ce n’est pas un scoop ; cela occupe des dizaines de pages. Les espions américains ont même droit à un stage pour apprendre à supporter les toasts forcément très alcoolisés. Gueule de bois de la lectrice. Les protagonistes sont des oligarques proches du pouvoir. Ils ont des goûts de luxe, s’habillent en Prada, conduisent des voitures occidentales. A-t-on besoin de connaître les marques ? Prada, Louboutin, Gucci….Clichés! 

Violence et informatique. On coupe des bras, des orteils, on s’entretue.

L’informatique est très présente. J’aimais  mieux le temps de la psychologie, des coups tordus et des boites à lettres secrètes.

En bonus, les chevaux. Bonne idée de blanchir des fortunes avec des étalons. Les chevaux  voyagent au mépris des sanctions occidentales, du Mexique en Arabie Saoudite, en Russie. Bonne idée, les chevaux! enfin autre chose que les clichés connus. Les balades au Mexique comme dans la forêt russe me font rêver. L’attachement de l’espionne froide et retorse pour la jument m’a émue.

Les espionnes ont remplacé les James Bond, cela ne rend pas le roman féministe pour autant. Elles tiennent le devant de la scène mais se comportent comme des machos.

Peut être ce monde brutal est celui de l’Amérique d’aujourd’hui?

Encore une fois, je préfère les espions britanniques.

 

 

Barbara Chase-Riboud au Palais de Tokyo et au Louvre et Porte Dorée

Exposition temporaire

Quand un nœud est dénoué, un dieu est libéré

Barbara Chase-Riboud

Barbara Chase-Riboud est à l’honneur cette année à Paris. Son œuvre se déploie dans huit musées parisiens prestigieux, dont Le Louvre, Orsay, le Quai Branly…

Ses sculptures trouvent leur place parmi toutes les installations du Palais de Tokyo. Ses sculptures noires, colonnes doubles ou stèles, s’alignent dans une pièce noire . Sur les cimaises, des tableaux blancs, textiles. Fils noués qui accompagnent les grandes colonnes  noires et lisses. Ces bronzes rendent honneur aux femmes noires et aux luttes pour les droits civiques. 

Prise au dépourvu je n’ai rien compris à cette installation monumentale.

En revanche, j’ai beaucoup aimé, dans la petite salle attenante, l’écoute  de ses poèmes lus en anglais avec texte bilingue projetés sur l’écran From Memphis and Peking.  Textes évoquant les voyages à travers le monde, des villes, peut-être adressées à son mari la photographe Marc Riboud. 

Barbara Chase-Riboud est l’auteure de La Virginienne qui relate l’histoire d’amour de l’esclave Sally Hemings et de Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats Unis.

Plus je recherche, plus Barbara Chase-Riboud m’intrigue. Deux podcasts ont occupé ma matinée de marche en forêt. Le premier des Midis de Culture est centré sur l’exposition actuelle

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/barbara-chase-riboud-artiste-plasticienne-70-ans-de-creation-enfin-celebres-1268651

et le second, d‘Affaires culturelles est plus ancien.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaires-culturelles/barbara-chase-riboud-est-l-invitee-d-affaires-culturelles-6002190

Cette rencontre sur YouTube permet de mieux la connaître

Barbara Chase Riboud au Louvre

Et comme la personnalité de cette artiste m’a beaucoup intéressée, je me suis précipitée au Louvre pour voir 3 autres œuvres.

Colonne d’or sous la Pyramide du Louvre

En majesté, sous la Pyramide s’élève fièrement la colonne dorée. Mise en évidence dans un emplacement d’honneur,  voire…La pyramide est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. Vue du dessous, elle est presque invisible. D’ailleurs, je suis passée sans la voir à ma visite précédente au Louvre. Il existe bien un escalier qui permettrait de l’approcher, interdit aux visiteurs. Trop loin pour pouvoir vraiment apprécier le travail du bronze à la cire perdue.

La Cape de Cléopâtre

Barbara Chase Riboud a visité dans sa jeunesse l’Egypte et ce voyage a beaucoup compté pour elle. La Cape de Cléopâtre est exposée dans le Département des Antiquités Egyptiennes. Pour parvenir à la statue, il faut parcourir toutes les salles et c’est un véritable plaisir de redécouvrir les statues, objets, instruments de musique…Tout à côté du plafond astronomique de Dendara. 

Découverte entre les granites sculptés: la Cape de Cléopâtre

Le lit de Cléopâtre se trouve dans la Salle des Caryatides dans le département des Antiquités Grecques. Il me faut donc retourner sur mes pas, retraverser les salles égyptiennes, descendre de nombreuses marches, en remonter autant parcours initiatique? 

Salle des Caryatides

Le lit de Cléopâtre est aussi constitué de plaquettes carrées de bronze mais elles sont mats. Ces sculptures sont accompagnées par les vers tirés de l’Opéra Portrait of a Nude Woman as Cleopatra, publié en 1987.

Lit de Cléopâtre

Non loin de là,  l’Hermaphrodite est couché sur son lit de marbre.

hermaphrodite endormi

Barbara Chase Riboud dans le Salon des Laques au Palais de la Porte Dorée

Le salon des Laques du palais de la Porte Dorée

j’ai continué ma poursuite des sculptures de Barbara Chase Riboud

Alors que j’avais été déçue de la mise en scène au Louvre, ici les sculptures Zanzibar noir et Zanzibar doré sont mises en majesté.

Zanzibar noir rehaussé de soie rouge
Zanzibar doré dans le Salon des Laques

les deux stèles s’accordent parfaitement avec les laques noires et les panneaux dorés, les œuvres se répondent.

Il reste encore cinq musées pour découvrir le reste de l’exposition. Je visiterai sans doute Orsay, Le Musée Guimet, le Quai Branly d’ici la mi-janvier mais cela fera l’objet d’un autre billet!

Bandes de Génies – Mémoires du Montparnasse des Années folles – Robert McAlmon – Séguier

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et à l’éditeur pour cette aventure livresque dans les années folles!

J’avais coché avec enthousiasme la case dans la liste de la Masse Critique après ma récente visite au Petit Palais du Paris de la Modernité et plus ancienne des Pionnières au Luxembourg et de L’Ecole de Paris au Majh et de celle de Chana Orloff au Musée Zadkine. Il me semblait que je me trouverai un peu en pays de connaissance entre le Musée Bourdelle, la Maison de Giacometti. 

Robert McAlmon est un auteur américain. Marié à une richissime anglaise ce qui lui procure une grande aisance aussi bien pour mener une vie de dilettante que pour fréquenter le grand monde anglophone. C’est aussi l’éditeur de Gertrude Stein et d’Hemingway. Bande de Génies est le récit de 10 ans de vie de bohème dans le monde aisé (et alcoolisé) des intellectuels anglophones expatriés en Europe. De Londres à Barcelone, en passant par Berlin, Venise et la Côte d’Azur. 

Bande de Génies est une sorte de journal de bord, de compilation d’anecdotes, parfois très répétitives de rencontres autour d’un verre (plusieurs) de gens qui se prenaient pour des génies mais dont je n’avais jamais entendu parler. Il faut dire que je ne suis pas très au fait de la littérature anglophone. Des noms ont traversé ma mémoire, Sylvia Beach, Djuna Barnes, Natalie Barney sans que je ne les identifie comme génies…La marque de whiskies et la composition des cocktails m’importe peu et ces récits mondains m’ont paru bien ennuyeux. Que de gens riches et prétentieux qui n’ont pas laissé de trace dans l’Histoire! 

Des Génies, j’en ai identifié au moins deux : Joyce et Hemingway. Joyce ivre rentrant chez sa femme excédée n’est peut être pas montré sous son meilleur jour. En revanche ceux qui figurent à mon panthéon personnel : Picasso, Brancusi, Duchamp, Man Ray sont cités en passant, sans anecdote marquante, un détail Brancusi en paysan roumain portant des sabots m’a fait sourire mais on ne saura rien de Picasso, pourtant bien connu de Gertrude Stein. On croise Cocteau et Antheil à propos d’un spectacle musical  mais MacAlmon préfère s’installer près du bar plutôt qu’écouter la musique de Stravinsky ou de Satie. Même indifférence condescendante envers les dadaïstes qu’il cite en glissant rapidement. Il me faut feuilleter l’index pour trouver la page où l’on mentionne Zadkine. 

Pourtant, toutes  ces 450 pages ne sont pas insipides, certaines sont franchement distrayantes. Elle racontent surtout des voyages,  Berlin ruiné du début des années vingt, observations acérées des nouveaux usages au débuts des années fascistes en Italie. Certaines pages sont même « géniales » comme ce portrait de Gertrude Stein en éléphanteau, ou une corrida en compagnie d’Hemingway , une randonnée en Espagne avec Dos Passos où un paysan les prend pour des contrebandiers. Finalement, je me suis ennuyée à Montparnasse mais j’ai aimé ses excursions. 

Les folles années vont se terminer : la Grande Dépression va mettre fin à l’insouciance et les intellectuels vont trouver en Espagne une source d’inspiration autrement plus tragique que la corrida, mais ce n’est pas le sujet de cet ouvrage….