L’Extinction des Espèces – Diego Vecchio

HISTOIRE DES SCIENCES

Merci à Claudialucia qui m’a indiqué ce titre qui résonne en écho avec des ouvrages sur l’Histoire des sciences : l’Invention de la Nature,d’Andrea Wulf les Arpenteurs du Monde d’André Kehlmann et d’autres…

« Les océans qui avaient été un des lieux les plus agréables de l’univers, devinrent d’une extrême dangerosité. Avant l’Ordovicien précoce, les êtres vivants pouvaient se promener dans toute région sous-marine et profiter des beautés d’un récif corallien ou admirer les formes plumeuses des crinoïdes. C’était désormais inenvisageable. Des mafias de poissons aux mâchoires acérées montaient la garde partout, prêts à planter leurs dents dans le moindre visiteur. les assassinats au grand jour se multiplièrent, même dans les endroits les plus fréquentés, bien souvent gratuits pour le simple plaisir de tuer. Cet accroissement de l’insécurité eut pour conséquence un des faits les plus importants de l’histoire de la vie : la conquête de la terre ferme. »

Histoire de la Terre, Paléontologie, expéditions pour rechercher des fossiles de dinosaures, ne peuvent que me passionner.

Muséographie : le  Smithsonian Institute avec ses musées géants et ses publications ne me sont pas non plus inconnus (surtout les publications et les collections de carottes sur lesquelles j’ai planché autrefois pour ma thèse).

Attention, sérieux s’abstenir! C’est un livre léger, drôle, facile à lire, très divertissant. Surtout pas un livre scientifique de référence. On le lit, le sourire aux lèvres en se demandant parfois où est la science et où est la fiction. Cela ne fait rien. On s’amuse en s’instruisant.

C’est une vision américaine (pas uniquement étasunienne, l’auteur est argentin) . il est beaucoup question de valeur marchande des fossiles (en Europe c’est un aspect sacrilège), question aussi le l’attraction du public par des expositions spectaculaires, de la rentabilité économique d’un musée. Un musée qui n’aurait que peu de visiteurs serait en danger….(cela nous gagne peut-être?)

Vision américaine aussi que cet intérêt pour la « vie primitive » alors que la destruction des prairies, des bisons, et des Indiens, natives. Là aussi, on se demande où est la limite entre la fiction et la science. Ces tribus primitives ont-elles vraiment existé? Pointe aussi la réflexion sur le genre, le rôle des femmes (réflexion XIXème ou XXIème siècle) ? Peu de réponse sérieuse à toutes ces questions?

mais cela ne fait rien, j’ai passé un bon moment de lecture.

Un Autre Monde – Barbara Kingsolver

LE PAVE DE L’ETE

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Frida Kalho et Diego Rivera ont inspiré de nombreux auteurs, Le Clezio, Diégo et Frida (1993), Padura dans L‘Homme qui aimait les chiens (2013) raconte l’assassinat de Trotsky, Claire Berest dans Rien n’est noir (2020) s’est plutôt attachée à la biographie de Frida. Il existe sûrement d’autres ouvrages que je n’ai pas lu. Et pourtant, j’ai dévoré le livre de Barbara Kingsolver! 

Le héros du livre est un écrivain, Harrison William Shepherd fils d’un fonctionnaire du gouvernement américain et d’une aventurière mexicaine qui l’entraine à 12 ans à Isla Pixol, dans l’hacienda  de Don Enrique, un riche pétrolier. L’enfant, livré à lui-même, découvre au cours d’une plongée sous-marine, une grotte La Lacuna qui est le titre du roman en VO et que je préfère au titre français que je n’ai pas bien compris. Il apprend la cuisine avec le cuisinier de la hacienda et particulièrement la confection de pâte pour les tamales, empanadas, et autres pâtés de la cuisine mexicaine. L’enfant consigne toutes ses expériences sur de petits carnets et découvre ainsi son amour des mots, de l’écrit. 

La Mère, aventurière, l’emmène à Mexico puis l’expédie à son père à Washington pour qu’il poursuive des études. Washington, en 1932 subit la Crise, des chômeurs occupent les rues, des vétérans de la Grande Guerre, campent pour réclamer leurs indemnités. Les tensions sociales sont à leur comble. En fait d’études, le jeune Harrison est scolarisé dans une  d’institution militaire pour crétins ou délinquants où il n’apprendra pas grand chose. Plus intéressantes sont les manifestations de rue, la lecture de l’Odyssée et les vadrouilles avec son copain Bull’s Eye à la recherche de son copain Nick Angelino

Bonus Army. Nick Angelino, un cousin de sa mère qui vient de Pennsylvanie. Parfois on arrive à le dénicher dans le village de tentes, parfois non. Ils sont tellement nombreux là- bas maintenant, des hectares d’êtres humains, et les gens qui vivent sous du papier goudronné ont tendance à ne pas rester en place. Nick Angelino s’est rendu célèbre en escaladant la clôture de la Maison Blanche sans se faire arrêter ; il a laissé un cadeau à la porte de Hoover : ses médailles de l’Argonne, et une photo de sa famille.

En 1935, nous retrouvons Harrison Shepherd à Mexico assistant Diégo Rivera à gâcher le plâtre des murales du peintre grâce à ses compétences en cuisine qui lui donne le surnom de Petit pain. Assistant, cuisinier, secrétaire, il s’installe chez Diego et Frida dont il devient le confident. Assiste à l’assassinat de Trotsky.

Compromis, il retourne aux Etats Unis chargé de livrer des tableaux de Frida en 1941. Dans cette deuxième partie du livre, la narratrice, l’archiviste, apparaît. Shepherd devient un écrivain à succès dont les romans historiques se déroulant au Mexique doivent faire l’objet d’adaptation au cinéma. Il échange des lettres avec Frida

« Comme Cortès, je fais mon rapport à ma Reine sur un monde nouveau et merveilleusement étrange. Feliz compleanos, mon amie depuis l’Amérique où l’on fait avec ce que l’on a »

A la suite de la deuxième guerre mondiale, la Commission des activités antiaméricaines se penche sur son cas. La chasse aux sorcières est lancée dans les milieux du cinéma. On demande à Shepherd de signer un formulaire d’allégeance, affirmant sa loyauté au gouvernement des Etats Unis. Le piège commence à se refermer lorsqu’on lui demande de jurer qu’il n’a jamais été communiste. C’est l’implacable chasse aux communistes qui va s’abattre sur le secrétaire de Trotsky qu’on accuse de stalinisme…

La deuxième partie du livre qui se déroule aux Etats Unis raconte cette période sombre. Elle est passionnante. Je vous laisse découvrir les persécutions réservées aux sympathisants communistes….

La plupart de ces gens ne savent pas ce qu’est le communisme, ne sauraient pas le reconnaître dans une file de suspects. Ce qu’ils savent, c’est ce qu’est l’anticommunisme. Les deux sont pratiquement sans rapport.– Vous êtes en train de me dire que l’anticommunisme et le communisme sont sans rapport. Ça n’a pas de sens.– Ça n’a pas de sens pour vous. Vous êtes un homme de mots et, par conséquent, vous pensez qu’il s’agit d’aimer le thon et de ne pas l’aimer, mais ça n’a rien à voir. Nous parlons de thon et de grippe espagnole. »

 

Ce « pavé de l’été » m’a tenu en haleine pendant toute la lecture!

 

Le Cercle Littéraire des amateurs d’épluchures de patates- Mary Ann Shaffer & Annie Barrows 10/18

CARNET DE GUERNESEY

A sa sortie en 2008, ce best seller avait connu un véritable emballement, 1225 avis sur Babélio, souvent très élogieux.  Je l’avais lu, avec plaisir, certes mais sans souscrire à l’enthousiasme général.

Gentil roman épistolaire, gentille romancière en panne d’inspiration qui noue une correspondance avec un fermier de Guernesey et découvre ce cercle littéraire un peu particulier formé par une soirée arrosée pour échapper au couvre-feu de l’occupant allemand après l’invasion des îles Anglo-Normandes. Des  habitants de Guernesey, fermiers, postier, herboriste amateur, femme au foyer…se réunissent pour lire un livre. Ce ne sont pas des bibliophiles, loin de là, l’une d’eux n’avait lu qu’un livre de recettes de cuisine, un autre découvre Charles Lamb et s’enthousiasme de ces contes, un troisième lit un seul auteur : Sénèque.

Juliet, la romancière, va à la rencontre de ces lecteurs un peu particuliers , embarque pour Guernesey et découvre une société rurale différente des mondanités de Londres, une histoire insoupçonnée : l’occupation allemande de Jersey et Guernesey, l’exil en Angleterre des enfants, les privations que les Allemands font subir aux Guernesiais, les déportés venant de l’Est pour le travail forcé…Mais c’est la gentillesse et la simplicité de ses nouveaux amis qui l’atirent. Evidemment, elle va tomber amoureuse du pêcheur-éleveur de cochons, lecteur de Charles Lamb…Gentillet, fleur bleue.

Agréable lecture sans plus.

Tour d’observation en béton

La semaine précédent notre départ pour Guernesey, j’ai repris le livre et l’ai lu avec une attention  soutenue. Préparer un voyage, une autre aventure. Sur place, j’ai été ravie de l’avoir lu. Des décennies plus tard, les traces de l’Occupation Nazie sont encore fraîches, le Mur de l’Atlantique avec ses blockhaus, ses tours d’observation en béton témoignent de cette histoire cultivée sur l’île avec de nombreux musées. Comme Juliet, j’ai été séduite par le calme de cette île, la simplicité de la vie, la gentillesse et la courtoisie des habitants. Atmosphère spéciale que ce petit monde clos qui réserve des surprises.

Coïncidence, la semaine dernière, sur les chaines Ciné+ est sorti le film : Le Cercle Littéraire de Guernesey pâle adaptation tournée ailleurs qu’à Guernesey. J’aurais aimé retrouver les endroits précis. Bonne soirée télévision, sans plus. 

Une chose à Cacher – Elizabeth George – les Presses de la Cité

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Tout d’abord merci à Babélio et à l’éditeur qui m’ont offert ce livre!

Quand je l’ai découvert dans ma boîte aux lettres, j’ai été étonnée par son poids (820 g) 652 pages, grand format! Promesse d’un long moment de lecture? Pas du tout, les pages se tournent toutes seules.  C’est un de ces romans addictifs dont on veut connaître la fin et qu’on ne lâche pas. 

L’autrice  aborde un problème douloureux souvent occulté : l‘excision et plus généralement les violences faites aux femmes. L’action se déroule à Londres dans la communauté nigériane habitant le Nord- Est de Londres et aussi dans les quartiers plus chics de Belgravia, Chelsea ou Twickenham pour les blancs. Dans ce gros bouquin l’éditeur aurait pu insérer un plan du Grand Londres pour que les francophones se situent un  peu mieux. L’auteure montre les contrastes entre les modes de vie des privilégiés et des africains nouvellement installés à Londres. Il s’agit plus de différences culturelles que socio-économique : les Africains de l’histoire, commerçants ou artisans sont plutôt prospères. Cependant le racisme est très présent. Racisme dont souffrent les Africains, ainsi que préjugés anti-blancs tenaces : communautarisme exacerbé qui explique l’attachement à certaines coutumes comme l’excision. 

Dans la première partie, l’auteure présente une foule de personnages. Il faut s’accrocher pour les distinguer, comprendre qui sont les protagonistes, qui sont les policiers. Chacun semble pris dans un mariage dysfonctionnel, dans une situation personnelle particulière. Si bien qu’on n’a aucune idée de ce qui va se passer.

La victime  n’apparait qu’après une bonne centaine de pages :  une policière noire qui faisait partie d’une brigade travaillant  sur les violences faites aux femmes. Les policiers vont enquêter sur le meurtre d’une collègue, cela n’est pas facile….

Je n’en dirai pas plus. Sujet intéressant. Rebondissements. Au lecteur de découvrir.

Un bémol, cependant : dans une intrigue si compliquée, est-on forcé de s’appesantir sur les nombreux cafés, chauds, brûlants ou tièdes, ou sur les en-cas de l’enquêtrice boulimique et les marques de whisky de son collègue plus select. Cela décrit une ambiance, mais glisser aurait économisé au moins une cinquantaines de pages inutiles à l’action.

 

 

Au Nom du Bien – Jake Hinkson – Gallmeister

ROMAN NOIR EN ARKANSAS

« Mais cet endroit est trop petit, et les gens eux-mêmes sont trop petits. Ils ne viennent pas ici pour chercher
l’inspiration. Ils ne viennent pas pour trouver la motivation de sortir de chez eux et conquérir le monde pour le Christ. Ils viennent ici pour être dorlotés, pour qu’on leur dise que le monde à l’extérieur des frontières de notre petite ville est devenu fou, qu’il vaut mieux pour eux qu’ils restent ici. Ils se blottissent dans cette église comme dans un fort assiégé tandis que je les conforte dans leurs préjugés et leur donne leur dose hebdomadaire de propos rassurants sur le fait que tout va s’arranger pour ceux d’entre nous qui ont Dieu à leur côté. Ensuite, nous rentrons tous chez nous regarder la télévision »

 

Sur la recommandation de Claudialucia, et à la suite de de la remise en cause du droit des Femmes à l’avortement par la Cour Suprême, je me suis demandée comment vivait cette Amérique qui votait Trump. Ce roman se déroule dans une petite ville de l’Arkansas en 2016, pendant la campagne électorale. La petite ville est décorée des pancartes électorales que chacun pique dans son jardin ainsi que de slogans moralisateurs prohibitionnistes.

Roman choral, les narrateurs sont Richard Weatherford, le pasteur et Penny son épouse, Brian Harten un chômeur qui cherche à monter une affaire de spiritueux, Gary Doane un jeune étudiant et sa petite amie Sarabeth Simmons, vendeuse.

Chantage et maîtres chanteurs. Le pasteur Weatherford a entretenu une relation homosexuelle avec Gary Doane qui exige trente mille dollars  comme prix de son silence. Comment réunir une pareille somme? En monnayant son appui dans un vote interdisant la vente d’alcool sur le Comté auprès de Brian Harten qui doit alors trouver d’urgence les trente mille dollars. Cela ne peut qu’entraîner des catastrophes!

Le personnage principal est le Pasteur qui exerce une autorité despotique, au sein de sa famille et de sa communauté où il fait régner un conservatisme étouffant. Il s’immisce dans la vie privée de ses paroissiens. On devine très vite l’hypocrisie, le goût du pouvoir et le manque d’empathie.

je me souviens qu’ils ont assisté à ma série d’études bibliques sur huit semaines intitulée “Le plan de Dieu pour vous aider à gagner de l’argent”. Parce que la contribution de l’Amérique à la pensée chrétienne réside dans l’idée qu’un dieu qui ne vous promet pas de vous rendre riche n’est pas un dieu qui mérite d’être servi,

Ecriture très efficace, critique au vitriol. Au nom du bien se lit comme un thriller.

Avant de s’en aller -Saul Bellow/Norman Manea

CONVERSATION ENTRE DEUX ECRIVAINS JUIFS

« Norman Manea : Je propose qu’on commence par le début

Saul Bellow : D’accord. Si tu arrives à le trouver.

NM : On devrait pouvoir. nous allons le trouver ensemble… Avant d’arriver en Enfer, commençons par le Paradis.

SB : D’accord.

Nm : de ton point de vue, ton enfance est-elle un paradis perdu? « 

Norman Manea (né en 1936 en Bucovine)

Saul Bellow (né en 1915 au Canada, prix Nobel 1976)

Le livre Avant de s’en aller correspond à une interview filmée à Boston eu  en 1999. Les deux écrivains se sont déjà rencontrés à Bucarest ;  Norman Manea a fait un cours à l’Université de Bard sur l’œuvre de Bellow ils ont de nombreux points communs, enseignent la littérature dans des universités américaines et ont des amis en commun. Norman Manea pose les questions auxquelles Saul Bellow répond, ou non. 

Ils vont aborder l’enfance polyglotte de Saul Bellow au Québec :  russe, yiddish, anglais, français et hébreu et la culture juive partagée par les deux compères, les romans russes, Sholem Aleikhem mêlé à Tolstoï traduit en yiddish…De cette expérience linguistique, Saul Bellow a commis des traductions « mais transposer Shakespeare en yiddish n’est pas très facile ». Norman Manea fait un parallèle facile avec sa famille roumaine. Les rapports avec la pratique religieuse, la kashrout, se détendent, un de ses frères se rebelle. Juste à la fin de l’adolescence Bellow fréquente un cercle trotskiste : il dépense son héritage pour se rendre à Mexico voir Trotski et arrive le jour de son assassinat! 

Ils évoquent de nombreux écrivains européens :  Céline « une terrible  énigme », Sartre qu’il n’aime pas, Malraux et même Balzac

« cette fois-ci, car lorsqu’il s’agit d’idées on ne peut pas faire appel à Balzac – c’est un bluffeur. Il est agréable à
lire et il est débordant de vie, mais quand il touche aux idées il a tendance à tomber dans un romantisme ridicule. « 

Conrad, Koestler ainsi que Kafka :

NM : As-tu jamais considéré La Métamorphose de Kafka comme un récit sur l’Holocauste ? SB : Oui, j’y ai
pensé en ces termes. Et je ne peux plus lire ce texte. NM : Lorsque Gregor devient un « ça » et que sa sœur dit :
« Débarrassez-vous de ça ! », on comprend ce que les gens sont devenus dans les camps. Ce ne sont plus des
êtres humains.

Saul Bellow cite Babel comme un écrivain qui l’a marqué.

« Comme Isaac Babel, d’Odessa. Il m’a fortement marqué. Il t’a marqué toi aussi, je sais. Il me semble que c’était notre genre d’homme. Il avait des choses d’une très grande importance à dire, qui d’une façon ou d’une autre n’ont jamais été dites. Je crois que j’attendais les écrits de sa maturité, mais évidemment il n’a pas vécu assez longtemps pour ça. »

Ils ont fréquenté des auteurs américains, leurs contemporains, très proches comme Philip Roth ou Bashevis dont il a traduit le premier livre. Bellow n’est pas tendre avec Bashevis

SB : j’ai traduit du yiddish Gimpel le naïf[…] C’est un des mérites de Partisan Review d’avoir publié Bashevis en anglais pour la première fois. L’as-tu connu, personnellement ? NM : Non. SB : Eh bien, c’était un type assez étrange. Un esprit réellement étrange. Il avait une instruction judéo-polonaise basée sur Spinoza et d’autres philosophes des Lumières, il était très fier de son bagage intellectuel. Il est très facile pour les Européens d’origine juive comme Bashevis de s’en prendre aux États-Unis, de trouver des défauts au pays, en parlant de sa vulgarité, etc. Mais en réalité, ce pays a été sa grande chance..

[…] Il y a tout un tas d’anecdotes marrantes sur Bashevis. Les collectionner est un de mes passe-temps…. »

Parfois, la conversation prend un tour familier, de commérages et de critiques acerbes en particulier envers Mircea Eliade. 

En tout cas, j’ai trouvé les échanges très amusants et spirituels malheureusement je n’ai pas lu les livres de Saul Bellow, je vais réparer vite cette lacune!

 

Les Nétanyahou – Joshua Cohen

LITTERATURE AMERICAINE

Le titre complet est LES NETANYAHOU ou le récit d’un épisode somme toute mineur, voir carrément  négligeable, dans l’histoire d’une famille très célèbre

Si vous achetez ce livre pour avoir des détails sur la politique israélienne récente, ou sur les affaires concernant Benhamin Netanyahou vous allez être déçu! Cet « épisode » se déroule dans une petite ville américaine en 1959/1960. Bibi, le Nétanyahou le plus célèbre aujourd’hui, avait alors 10 ans et personne n’imagine sa future carrière. D’ailleurs, le Nétanyahou qui occupe le devant de la scène est son père Benzion venu postuler pour un poste d’enseignant au sein d’une petite université américaine.

Il s’agit donc d’un roman drolatique dans la veine de ceux de Philip Roth,  de Samuel Bellow, ou des films de Woody Allen, de cet humour juif newyorkais qui oscille entre nostalgie et farce.

« Non, j’affirme simplement que pour ma génération, un Juif avait de la chance de passer pour un blanc, que la
couleur la plus ouvertement honnie était le rouge, que l’écriture inclusive n’était pas encore à l’ordre du jour, et que pour chaque minorité la mode, autant que la plus sûre des protections, était à l’assimilation – et sûrement pas à la différenciation.) »

Le narrateur, Ruben Bloom,  est un universitaire, un historien, le seul juif de l’université Corbin. A ce titre, le directeur de son département le charge de faire partie de la commission de recrutement et d’accueillir Benzion Netanyahou.

Ruben Blum est un personnage fictif inspiré du critique de lettres américaines,  Harold Blum, ami de l’auteur. La visite de Benzion Netanyahou a vraiment eu lieu ( peut-être pas  toutes les péripéties).

Les parents, et beaux-parents de Ruben Blum offrent les spécimens de Juifs Newyorkais.  Les Blum,  modestes tailleurs d’origine russo-ukrainiennes, pratiquants tandis que les Steinmetz, les parent d’Edith d’origine de Rhénanie sophistiqués. Rivalité entre le Bronx et Manhattan :

« Cette antipathie entre Blum et Steinmetz, un marxiste pourrait l’explique en termes de lutte des classes , comme la tension entre travailleurs et possesseurs : les Blum (mon père taillait le tissu, ma mère le repassait) confectionnaient les vêtements, les Steinmetz fournissaient la matière : les cousins d’Edith étaient dans le textile, ses parents dans la passementerie… »

Les visites des uns et des autres sont des épisodes amusants.

Il est bien sûr question des Netanyahaou: le grand-père, Rabbi Mileikowski partisan de Jabotinsky « sioniste révisionniste« , et à la fin du livre de Benyamin et de ses frères. Ruben Bloom se documentant sur les travaux et les recommandations de Benzion  a reçu divers avis dont une longue lettre détaillant la carrière de ce dernier et faisant apparaître son rôle politique : chercher à étendre l’idéologie sioniste révisionniste  dans la société américaine, y compris chez les chrétiens pour en faire des alliés. Les recherches du Professeur Benzion concernent l’Espagne médiévale, ses thèses seraient assez fumeuses, selon certains, très orientées idéologiquement.

sa fonction de représentant principal de Jabotinsky aux États-Unis….[…]

Bref, voici un homme qui travailla sans relâche pour bâtir non seulement une carrière, mais un État – l’État juif

[…]
A plusieurs reprises, Nétanyahou a fait preuve d’une tendance à vouloir politiser le passé juif et à faire de ses
traumatismes un outil de propagande.

[…]
que soit l’environnement intellectuel, relier entre eux pogroms à l’ère des Croisades et Inquisitions ibériques et Reich nazi, ne peut pas ne pas être perçu comme un acte outrepassant les limites de l’analogie hâtive, et ce, dans le but d’affirmer l’aspect cyclique de l’histoire juive – une cyclicité dangereusement proche du mystique.
[…]
Aux yeux de Jabotinsky, mais surtout aux yeux du jeune Nétanyahou, l’Europe était finie – l’Europe semait la
mort –, seule l’Amérique représentait l’avenir.

La carrière du fils serait largement inspirée  de celle de son père. Cet aspect du livre m’a beaucoup intéressée.

Et j’ai bien ri à toute la partie cocasse.

 

Maus – Art Spiegelman

LECTURES COMMUNE AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE (2022)

 

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Comme l’an passé, je me joins à la  lecture commune initiée par Passage à l’Est & Si on bouquinait. 

Maus s’est imposé à moi à l’occasion de plusieurs coïncidences récentes. Au MAHJ l’exposition Si Lewen : La Parade a été l’occasion de voir et écouter Art Spiegelman qui a édité La Parade et qui introduit et commente l’exposition. j’ai le plaisir de l’écouter sur plusieurs podcasts de RadioFranceFrance culture ; PAR LES TEMPS QUI COURENT (8/12/2021) : la BD est mon obsession : ma loupe  pour regarder le monde et d’autres L’Heure bleue 10/11/2021 et encore d’autres plus anciens. Plus récemment, la polémique de l’interdiction de Maus dans les écoles du Tennessee et certaines réfexions étranges comme celle de Whoopie Goldberg a relancé l’intérêt pour cette œuvre. 

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Je lis assez peu de Romans graphiques ou de BD. Je ne me sens pas qualifiée pour commenter le graphisme (N&B, impressionnant) ou le parti pris de donner des têtes d’animaux impersonnelles aux personnages, seules des petites lunettes permettent de reconnaître Vladek (le père d’Artie).

Deux sujets m’ont particulièrement intéressées :

-le déroulement de l’histoire qui conduit les parents d’Artie dans les camps et la vie quotidienne avec les débrouilles que Vladek « organise » pour survivre. Si une santé de fer et une  force physique étaient nécessaires pour survivre, la débrouillardise et l’ingéniosité de Vladek ont été l’atout indispensable, sans parler de des bijoux et argent qui ont été bien utiles au marché noir.

-les rapports psychologiques père/fils, survivant/ martyrs avec toutes les culpabilisations  et les traumatismes qui en découlent, y compris le suicide d’Anya, la mère, le frère disparu…

je n’ai trouvé aucun motif (nudité ou gros mots) capable de choquer les écoliers du Tenessee, la cruauté des faits sont autrement plus choquants que leur représentation. Il semble bien que la censure vienne d’ailleurs!

Tromperie – Philip Roth (1990)

LITTERATURE AMERICAINE

Dès que j’ai vu l’affiche du film de Desplechin d’après le livre de Philip Roth qui est un de mes écrivains favoris je me suis précipitée pour télécharger le livre . 

Surprise : des dialogues  se succèdent ; les interlocuteurs ne sont pas identifiés (une initiale m’aurait suffi). Il me faut au moins un chapitre pour comprendre que Philip Roth converse avec plusieurs femmes (séparément) , propos intimes, parfois répétitifs. L’auteur n’a même pas pris le soin de paraître sous son alias Nathan Zuckermann comme souvent.

Je n’arrive pas à identifier les diverses partenaires, femme actuelle, ex-, étudiante, maîtresse actuelle. Reviennent des phrases banales, « tu as maigri » ou « grossi« , les comptes-rendus tout aussi prosaïques de rendez-vous chez le médecin, l’avocat, le psy…les doléances de la femme lassée de son mari, celle qui n’a plus d’orgasme. Je devine que ces conversations se déroulent en divers lieux, New York, Newark, Londres, Prague, encore là je me perds. Au bout d’une cinquantaine de pages de platitudes, j’ai envie d’abandonner. Ma PAL est remplie, à quoi bon continuer? Mais il y a ce film qui va sortir : ma curiosité est aiguisée. Que va faire Despléchin? quelle femme jouera Lea Seydoux et Emmanuelle Devos?

Mais je ne quitte pas comme cela la compagnie de Philip Roth! J’aime son humour juif. Ses obsessions (l’antisémitisme, la culture juive, l’esprit Mitteleuropa transplanté aux USA) me sont familières. J’ai envie de savoir où il veut en venir parce que c’est un grand écrivain et qu’il n’a pas commis ce roman sans but. Et tranquillement,  je lis les 150 pages suivantes avec plaisir, pour arriver à la conclusion qui est encore une réflexion sur l’écriture.

« Il n’a pas écrit un seul de ses livres. Ils ont été écrits par toute une série de maîtresses. J’ai écrit les deux derniers et demi. Et même ces notes qu’il a ajoutées de sa main l’ont été sous ma dictée.”

Tromperie est sorti en 1990. Comment serait-il accueilli aujourd’hui à l’ère de Metoo ? Il est tout à fait politiquement incorrect. L’auteur avoue sans complexe avoir couché avec ses étudiantes, pas abusé, elles étaient majeures et consentantes, mais sous l’influence de l’autorité du professeur. Ce serait-il acceptable de nos jours? Il est aussi terriblement macho, limite raciste quand il parle de l’amant noir de la femme de son ami. N’est-il pas simplement provocateur? Est-ce qu’il teste les limites de la censure? De la tolérance des bien-pensants de gauche (avec Israël), de celle des grands bourgeois londoniens vis à vis des juifs? 

Tromperie n’est pas du calibre des grands romans de l’auteur que j’ai tant aimé. Ou peut être plus dans l’esprit du temps.

Mais tu ne peux pas… Tu ne peux pas avoir ainsi simultanément une vie imaginaire et une vie réelle. Et c’était probablement la vie imaginaire que tu avais avec moi et la vie réelle que tu avais avec elle. Écoute, il est impossible de noter de cette façon tout ce que dit quelqu’un.

Middlesex Jeffrey Eugenides

DE SMYRNE A DETROIT

Ce gros pavé de plus de 500 pages,  est resté dormant dans la liseuse, je l’avais téléchargé en anglais  et j’ai longtemps hésité à l’ouvrir. Une fois commencé je ne l’ai plus lâché.

Cette saga commence en Anatolie, dans le petit village de Bithynios au- dessus de Bursa en 1922 où Desdemona et Elefteris vivent de la sériciculture. La jeune fille élève des vers à soie, son frère les vend en ville. C’est le temps de la Grande Idée Grecque ; rapidement l’armée de Kémal chasse les Grecs de leur village. Incendie de Smyrne et émigration aux Etats Unis à Detroit où la génération suivante va s’adapter puis faire fortune.

Calliope-Cal, le narrateur, naît à Detroit, la cité de l’automobile, qui se paupérise. Les émeutes raciales de Detroit en 1967 chassent les Blancs de la ville vers des banlieues plus chic. Les émigrants Grecs ont bien réussi ; ils sont devenus de vrais américains républicains…Histoire d’une émigration, d’un exil mais aussi d’une intégration réussie.

Middlesex est aussi l’histoire étonnante de Calliope, née fille qui se révèle garçon , Cal, à l’âge de la puberté. Hermaphrodite, intersexe, histoire de genre qui n’est pas simple. Qu’est-ce qui définit le genre? La morphologie des organes génitaux? les Chromosomes XY, les hormones déterminées par des gènes situés sur d’autres chromosomes, ou l’éducation. Élevée 14 ans comme fille, quelle sorte de garçon Cal sera-t-il? La solution que préconise le médecin spécialiste serait plutôt une opération et un traitement hormonal qui maintiendrait Calliope dans son statut de fille. En plus d’un roman historique et d’une histoire d’apprentissage, l’auteur aborde aussi les raisons médicales de cette anomalie.

Mais je ne vais pas tout vous raconter! C’est un livre passionnant et une lecture addictive.