Une halte sur l’autoroute A10- aire de Lozay : jardin de sculptures Roman Saintongeais

CARNET BASQUE 2021

Lozay : pesée des âmes

Après Niort, avant Cognac, un panneau annonce sur l’aire de repos de Lozay une exposition de sculptures romanes.

Une fine tour ronde au chapeau pointu est la réplique de la Lanterne des Morts de Fenioux.

A l’extrémité du parking, une arche marque l’entrée du jardin de sculptures en hommage au Roman Saintongeais.C’est la façade de l’église d’Echebrune  minutieusement reconstituée par le sculpteur Frédéric Parizat et ses compagnons du Tour de France.)

Des panneaux explicatifs  replacent ces statues dans le contexte du 10ème au 12ème siècle en  Saintonge : les monastères furent construits autour de Saint Jean d’Angely.

A l’arrière du porche, un joli jardin des simples, médiéval mais un peu hivernal, seuls les romarins sont fleuris

De part et d’autres d’une nef d’église virtuelle, sur des supports de béton très sobres sont installés des sculptures, copies d’églises de la région de chapiteaux, éléments de porches accompagnées d’explications très détaillées.

Lozay : crucifixion de Pierre

 Constantin à cheval, ou la Crucifixion de Pierre, la tête en bas, viennent d’une église proche.

Vierge folle qui a renversé la coupe

Le  thème des Vierges Sages et des Vierges Folles , 5 vierges avisées et 5 insensées est illustré à plusieurs reprises. La Vierge sage attend son époux tenant à la main une fiole d’huile bien droite tandis que les Vierges folles tiennent leur coupe renversée.

Autre thème voisin : le Combat des Vices et des Vertus.

 

 

 

 

 

A Saint Sulpice de Marignac, un chapiteau

Ils ont l’air de bien s’aimer ces époux qui s’embrassent, suivez la main que la femme tend vers son amant

raconte l’histoire du mari trompé : un couple légitime s’embrasse, les visages des époux forment le coin mais la femme tend la main vers son amant un peu plus loin sur une face.

La lutte entre Saint Georges et le dragon est différente des représentations habituelle du Saint à cheval piétinant un serpent : Saint Georges est un fantassin abrité derrière son écu et le dragon lui fait face.

Lozay : sirènes

Les sirènes détournent les chrétiens du droit chemin, aïeules de Mélusine, figures entre paganisme et Christianisme.

Le porche l’église de Saint Marie de Nuaillé sur Boutonne présente deux arcatures : sur l’une, 17 personnages, le Christ entouré des apôtres et de disciples, en dessous ; histoire de la Vierge.

D’autres chapiteaux sont ornés de divers monstres, têtes grimaçantes ou tirant la langue, A Saint Trojan de Retaud : trois monstres : Renard, Leviathan et un Loup.

C’est une visite inattendue, très intéressante qu’il ne faut pas rater d’autant plus qu’elle n’est possible que dans le sens Paris/Bordeaux.

La Canne de Monsieur de Balzac – Delphine de Girardin

la Canne de Balzac est exposée au musée de la Maison de Balzac Rue Raynouard à la limite des anciens villages de Passy et d’Auteuil. C’est un bel objet, luxueux, plutôt ostentatoire de belle taille, incrusté de turquoises et d’une chaîne d’or ayant appartenu à Madame Hanszka. A la Maison de Balzac, elle est présentée accompagnée d’un texte un peu énigmatique : 

Cette canne, pense-t-il. Si cette canne était comme l’anneau de Gigès, comme Robert le Diable ! Si cette canne avait le don de rendre invisible !..Gigès avait un anneau qui le rendait invisible… Robert le Diable a aussi un rameau qui le rend invisible. Ah ! si
j’avais ce rameau !..

En effet, on peut imaginer que le don de Balzac de décrire avec précision tant de personnages dans leur milieu de vie ou professionnel ne pouvait s’expliquer que par une observation méticuleuse que seul un spectateur invisible pourrait obtenir. Le don d’invisibilité proviendrait-il de cette canne miraculeuse?

Comment se fait-il que M. de Balzac, qui n’est point avare, connaisse si bien tous les sentiments, toutes les
tortures, les jouissances de l’avare ? Comment M. de Balzac, qui n’a jamais été couturière, sait-il si bien toutes
les pensées, les petites ambitions, les chimères intimes d’une jeune ouvrière de la rue Mouffetard ? Comment
peut-il si fidèlement représenter ses héros, non seulement dans leurs rapports avec les autres, mais dans les
détails les plus intimes de la solitude ?

M. de Balzac, comme les princes populaires qui se déguisent pour visiter la cabane du pauvre et les palais du
riche qu’ils veulent éprouver, M. de Balzac se cache pour observer ;

j’ai cherché le texte d’où est tirée la citation : La Canne de Balzac de Delphine de Girardin , roman publié en 1836. 

Delphine de Girardin (1804-1855) était une écrivaine, une journaliste et tenait un salon fréquenté par  Théophile GautierHonoré de BalzacAlfred de MussetVictor Hugo, Marceline Desbordes-ValmoreAlphonse de Lamartine, Franz LisztAlexandre Dumas pèreGeorge Sand (source Wikipédia) , elle a écrit plusieurs romans en prose, des pièce de théâtre et des poème. C’est étonnant qu’une telle écrivaine ait laissé si peu de traces à l’heure actuelle. Moi qui imaginais George Sand comme femme originale la seule femme dans le monde littéraire! 

« Il y avait dans ce roman… – Mais ce n’est pas un roman. — Dans cet ouvrage… — Mais ce n’est pas un ouvrage.
— Dans ce livre… — C’est encore moins un livre. — Dans ces pages enfin… il y avait un chapitre assez
piquant intitulé : Le conseil des ministres On a dit à l’auteur : — Prenez garde, on fera des applications, on
reconnaîtra des personnages ; ne publiez pas ce chapitre. Et l’Auteur docile a retranché le chapitre.

L’Auteur les a sacrifiées… mais il est resté avec cette conviction : qu’une femme qui vit dans le monde ne doit
pas écrire, puisqu’on ne lui permet de publier un livre »

La Canne de Balzac fait assez peu intervenir l’auteur de la Comédie Humaine  qui se contente de prêter sa canne à Tancrède, le héros du roman, un très beau jeune homme provincial venu tenter sa chance à Paris. Éconduit par les protecteurs éventuels, il va à l’opéra, et découvre la canne

« Sur le devant d’une loge d’avant-scène se pavanait une canne. – Était-ce bien une canne ? Quelle énorme canne !
à quel géant appartient cette grosse canne ? Sans doute c’est la canne colossale d’une statue colossale de M. de
Voltaire. Quel audacieux s’est arrogé le droit de la porter ? Tancrède prit sa lorgnette et se mit à étudier cette
canne-monstre. – Cette expression est reçue : nous

Tancrède aperçut alors au front de cette sorte de massue, des turquoises, de l’or, des ciselures merveilleuses ; et
derrière tout cela, deux grands yeux noirs plus brillants que les pierreries. La toile se leva ; le second acte …. »

Tenue de la main gauche, cette canne confère à son porteur l’invisibilité. Tancrède à l’insu de tous se faufilera dans le cabinet du Roi, sera porteur d’un secret qui lui apportera la fortune. Le voilà riche! Il recherche ensuite l’amour. Toujours muni de la Canne de Balzac, il pourra s’introduire dans la chambre d’une femme mariée puis dans celle d’une très jeune fille naïve dont Tancrède tombera amoureux.

On a fabriqué des ruches en cristal, à travers lesquelles on voit les abeilles travailler : on devrait faire les
chambres des poètes transparentes pour les observer dans l’inspiration. Quel beau spectacle que celui d’une
riche pensée qui s’éveille ! Tancrède, grâce à son invisibilité, avait été à même d’observer la femme aux prises
avec la passion, en proie à ses souvenirs d’amour ; et maintenant il observe la jeune fille aux prises avec son
génie, en proie à ses involontaires désirs, à ses pures espérances d’amour. »

Fantaisie amoureuse?

Pas seulement  !

Delphine de Girardin est une fine observatrice qui nous fera découvrir la vie littéraire de son temps. On assiste à une lecture de vers de Lamartine par son auteur, on lit une lettre de Chateaubriand…. On va dans un  salon, au spectacle…

Surtout ce roman pétille d’esprit, de réparties, c’est léger amusant, drôle. Je pense à un Sacha Guitry sans la misogynie. j’ai souvent ri aux éclats et je n’ai pas regretté l’absence de Balzac alors que c’était lui que je cherchais.

 

 

Eça de Queiroz / 202 Champs Elysées – Ed. Chandeigne

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

J’ai lu autrefois d’Eça de Queiroz un tout petit essai : L’Egypte sans les Anglais qui . m’avait bluffée : analyse concise de l’impérialisme britannique. J’avais imaginé l’auteur, soit journaliste soit diplomate. Wikipédia m’apprend qu’il a exercé les deux fonctions.

Je ne savais pas qu’Eça de Queiroz était un écrivain réputé, un très grand selon Borges (toujours Wikipédia)! Je ne m’attendais pas à recevoir un roman, plutôt un essai. La Masse Critique de Babélio est toujours source de surprise. Cette fois-ci, c’en est une excellente.

202, Champs Elysées, est l’adresse de l’hôtel (un véritable palais) d’un aristocrate portugais, richissime et amoureux du Progrès comme on pouvait l’être à la fin du XIXème siècle, dans cette époque d’Expositions Universelles, de réalisations technologiques étonnantes qui ont bouleversé la vie quotidienne.

Le narrateur est un étudiant en Droit, ami du propriétaire des lieux, enthousiaste comme « son Prince » qui découvre la brillante Vie Parisienne. Il décrit avec une précision presque obsessionnelle tous les équipements dont le 202 est pourvu : ascenseur, chauffage central, téléphone, monte-charges, bien ordinaires pour la lectrice de 2019, novateurs à l’époque. Inventaire de gadgets d’un Concours Lépine à venir(il n’existera que quelques années plus tarde en 1901) machines à fermer les boutons, à décacheter les lettres, à timbrer… ou inventions que je ne soupçonnais pas : Conférençophone, Théâtrophone, concertophones. j’ai cru à des exagérations burlesques et cherché sur Internet. Et bien si! ces inventions sont dues à Clément Ader! La vie mondaine est racontée dans la même veine baroque, quel régal que cette fête où l’on attend le poisson en croûte coincé dans le passe-plat entre les étages!

L’étudiant est rappelé au Portugal pour gérer le domaine familial dans les montagnes et ne revient que 7 ans plus tard. Jacinto (le Prince du 202) a changé, son optimisme n’est plus de mise. Rassasié, blasé, il n’a pour refrain « la barbe! » et pour pensées l’Ecclésiaste et Schoppenhauer. Avec ses 60 000 livres bien rangés dans sa bibliothèque, ses 39 brosses à cheveux sur sa table de toilette, il s’ennuie mortellement. Eça de Queiroz raconte avec beaucoup d’humour cet ennui au lecteur qui s’amuse.

Un glissement de terrain sur ses terres ancestrales portugaises provoque le voyage dans la montagne. Le voyage en train est une aventure savoureuse.

Et, dans la deuxième partie du livre, changement de décor! Contre toute attente, Jacinto est conquis par sa montagne!  Avec autant de précision, de détails pittoresques que précédemment, l’auteur nous décrit le domaine ancestral, les coutumes portugaises provinciales. Jacinto, qui ne jurait que par la Ville, est séduit par la nature. Avec le même enthousiasme, il découvre arbres et montagnes, puis, s’imagine propriétaire terrien entrepreneur, et bienfaiteur de ses paysans (il a aussi découvert la misère), il se déclare même socialiste! Il oublie sa bibliothèque et découvre la lecture de Don Quichotte ou d’Homère….Oubliés les pessimistes, nihilistes, ruskinistes… mais pas le progrès qui’l veut appliquer sur ses terres.

Une lecture savoureuse qui fait un peu penser à Bouvard et Pécuchet .

Merci aux éditions Chandeigne qui ‘ont envoyé ce livre!

 

Japon – Japonismes Objets inspirés (1867 – 2018) au Musée des Arts Décoratifs

Exposition temporaire jusqu’au 3 mars 2019

Attention! C’est une très grande et belle exposition!

Réservez donc du temps et de la disponibilité si vous souhaitez la voir en entier. Elle s’étale sur 3 étages et les organisateurs ont choisi de légender très peu les objets mais de mettre à disposition des cartons mobiles, il faut un certain temps de repérage pour chaque oeuvre.

La présentation est aussi assez complexe : chronologique mais pas toujours, œuvres japonaises et occidentales japonisantes sont confrontées dans les mêmes vitrines, certains objets anciens de l’ère Edo sont parfois dispersés au gré des thèmes et ce n’est pas toujours facile à deviner laquelle est d’une criante modernité et celle qui est vraiment contemporaine, surtout quand il s’agit de céramique.

made in Japan ou made in France?

Pendant deux siècles le Japon s’est complètement fermé aux étrangers (1635, interdiction de sortie aux Japonais, 1639 expulsion des étrangers du Japon). L’ouverture de l’archipel n’aura lieu qu’au milieu du XIXème siècle avec l’industrialisation et la participation aux Expositions Universelles.

l’éventail de l’Exposition universelle

L’exposition s’ouvre donc par trois vitrines consacrées aux Expositions Universelles. Des objets japonais de toute beauté sont présentés avec des affiches et éventails publicitaires. Il s’agit avant tout de vendre aux Parisiens des objets.

En, parallèle sur ds carrés blancs sont rangés des objets traditionnels : bols pour le thé, boites carrées que l’on portait à la ceinture, peignes finement décorés et tsubas, gardes de sabres des samouraïs, objets déjà tombés en désuétude au Japon mais très appréciés en Occident.

tsuba : garde de sabre

la délicieuse facture des objets me laisse admirative. Il y en tant et si variés!

Peigne

Face aux vitrines des Expositions Universelles de grands espaces sont consacrés aux Voyageurs et collectionneurs : Cernuschi, Guimet, Krafft

ou marchands et collectionneurs les objets les plus beaux rapportés du Japon voisinent avec des tissus Art Nouveau ou des vases de Gallé, objets conçus par Majorelle et les plus grands décorateurs européens.

Art Nouveau : Japonisme

Il est temps pour moi de comprendre ce qu’est le Japonisme : Le japonisme est l’influence de la civilisation et de l’art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux. 

Gallé : glycines
Gallé : glycines

Cette exposition est donc celle des japonismes autant que celle du Japon.

Les vitrines suivantes ne distinguent plus objets japonais de japonistes. Les thèmes sont floraux : Iris et chrysanthèmes  sous forme de broches, papier peint ou vases

Bambous et Glycines : vannerie ou robes…

Nénuphars et Ombelles

ou animaux : paons, langoustes et crevettes

Des manuels de dessins sont édités, copiés avec les motifs japonisants. Les décorateurs occidentaux s’en inspirent largement. Que serait l‘Art Nouveau sans le modèle japonais?

papier -peint

L’exposition se poursuit à l’étage. le classement des objets est différent, moins axé sur la grammaire des motifs il raconte la vie quotidienne au Japon : théâtre avec les masques,

théâtre : masqsues

ou vie quotidienne racontée par des estampes

estampes

Un palanquin entier fait rêver.

Le troisième étage présente des objets contemporains, japonais ou japonisant.

Design des enceintes électroniques, robots

chien robot

ou mode qui est très représentée par des vêtements traditionnels ou par des créations de stylistes

 japonisant, cet éventail origami de Sylvain Le Guen

Origami – Sylvain Le Guen

De retour à la maison j’ai trouvé sur Youtube des vidéos passionnantes que j’ai mises en ligne sur mon blog blogstpot qui les accepte cliquer ICI

Foujita OEuvre d’une vie (1886 -1968) – Maison de la Culture du Japon à Paris

Exposition temporaire jusqu’au 16 mars 2019

Rassemblant 36 tableaux divers du peintre de son arrivée à Paris en 1913 à son dernier retour à Paris (1950-196) sa conversion au catholicisme en 1959.

60 ans de création de ce Japonais amoureux de Paris dont il a connu les plus belles heures de l’Ecole de Paris, le cubisme, le Douanier Rousseau, les fêtes de Montparnasse….Deux tableaux de sa première visite (1913 ) représentent la proche banlieue, les fortifications et les usines dans un style naïf et des harmonies de camaïeu gris.

 

A son retour à Paris en 1921-1931, il adopte un style très personnel aussi bien dans sa peinture que dans son personnage de dandy au train de vie luxueux. Il peint des femmes nues où la recherche se fait surtout sur la blancheur de la peau et les poils que sur les rondeurs ou les formes. Réminiscence d’Olympia, femme allongée sous de la toile de Jouy….et puis, avec un peu d’attention, on découvre un chat. les chats sont très présents dans les œuvres de Foujita. Je n’ai jamais vu de chats aussi réussis. Douceur et espièglerie, mais pas que, la bataille de chats est impressionnantes, 14 chats se déchaînent, griffes et crocs, il y en a même un borgne.

La crise de 12929 le ruine et Foujita quitte Paris pour des voyages en Amérique du sud et au Japon. Sa peinture se colore, elle devient presque Mexicaine avec des ocres, des oranges, des jaunes et des verts. Il peint aussi le Japon et la Chine. J’aurais aimé en voir plus.

Face à la Guerre (1939 -1949) Foujita est incorporé dans l’armée impériale pour des peintures de guerre monumentales, deux sont présentées là, brunes, héroïques, elles occupent tout une cimaise et ne m’ont pas plu (ce n’est pas le travail de Foujita qui me rebute mais le genre). A côté, un Rêve d’une femme nue entourée de nombreux animaux fantastiques a attiré mon attention. Foujita ne peint pas que des chats, il excelle aussi dans la représentation des singes, lapins ou chiens

Retour à Paris (1950-1968) atmosphère de bistrots, même à New York il peint un café parisien. Il obtient la nationalité française et en 1959 se converti au catholicisme. Un tableau le représente, lui et sa femme en tenue monastique avec la vierge (qui a une physionomie curieuse, peut être japonaise. Ce tableau s’inspire des flamands, seuls les oiseaux, mésanges, pic vert.. m’ont intéressée.

Au plus humides jours de janvier, il faudra remettre à plus tard les visites de maisons d’artiste en Vallée de Chevreuse mais je retiens celle de Fujita pour le printemps prochain à Villiers-le-Bâcle sur la route de Gif sur Yvette!

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

 

Coïncidence! La semaine dernière deux expositions m’ont conduite à ce livre : la première sur le Japon de l’ère Meiji au Musée Guimet  et Dorothea Lange au Jeu de Paume où un reportage est justement consacré à l’internement des citoyens d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale en Californie. Enfin, au Théâtre des Quartiers  d’Ivry, la pièce Certaines n’avaient jamais vu la mer se donne à partir de la semaine prochaine et j’avais depuis un certain temps réservé des places.

« Sur le bateau ,nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté[…]Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent de partir à notre tour…’

Est-ce un roman ou un récit incantatoire? Chœur racontant le destin de petites filles japonaises mariées à un inconnu de l’autre côté de l’océan, pour conjurer la pauvreté ou le mauvais sort. Le rêve américain a aussi tenté les japonais qui ont cherché fortune en Californie. Ils ont envoyé des photos prometteuses aux marieuses de l’archipel.

« Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils? les aimerions nous? Les reconnaîtrions-nous d’après leur portrait quand nous les verrions sur le quai? »

« Sur le bateau nous étions dans l’ensemble des jeunes filles accomplies, persuadées que nous ferions de bonnes épouses. Nous savions coudre et cuisiner. Servir le thé, disposer des fleurs et rester assises sans bouger sur nos grands pieds pendant des heures en ne disant absolument rien d’important »

Brutale déconvenue! Leur nuit de noce a ressemblé à un viol. On ne les attendait pas pour faire des bouquets délicats mais pour bêcher, sarcler, cueillir fraises pois ou haricots, travailler comme des hommes et tenir le ménage.

 

 

 

Vingt ans après leur arrivée, elles ont donné naissances à des enfants américains, se sont intégrées dans leurs quartiers japonais. Certains ont de petits commerces, des exploitations agricoles.

7 décembre 1941 : Pearl Harbor, les Etats Unis entrent en guerre contre le Japon. Pourtant citoyens américains modèles, les Japonais sont déportés. Cet internement documenté par Dorothéa Lange, mais peu connu, est dévoilé par ce livre.

 

 

 

 

MEIJI – Splendeurs du Japon impérial (1868-1912) au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

Le pont aux glycines Kameido

C’est d’abord une leçon d’histoire : l’ère Meiji correspond au règne de l’empereur Mutsuhito (1868-1912) correspondant à l’ouverture du Japon sur le monde, à son industrialisation et son impérialisme avec des conquêtes militaires. Le costume occidental est adopté et le régime se dote d’une constitution.

La première salle peinte en rouge est sous le signe de la Modernisation;

industrialisation et urbanisme

Moderniser/industrialiser Le Japon se dote d’une industrie, des photographie montrent des filatures, des bâtiments de briques, des ponts métalliques.

Propagande militariste presque un manga!

Moderniser/Militariser

estampe militariste

Le Japon se dote d’une flotte moderne. L’empire se militarise à grands pas vers la guerre. L’iconographie militariste revêt plusieurs styles. Ci-dessus, on dirait un manga, sans doute de la propagande (je ne sais pas lire le japonais)! Des estampes esthétisantes n’en sont pas moins guerrières : une armée se reflète dans le miroir de l’eau, au loin une ville brûle.

estampe militariste
bataille navale

En plus de ces très belles estampe on présente deux pochoirs pour l’impression de textiles d’une grande finesse sur papier enduit de jus de kaki. La grande délicatesse du dessin ne doit pas faire oublier le motif guerrier :  des canons.

Dans la salle suivante,  une photo agrandie de l’Exposition universelle de Paris avec la Tour Eiffel illustre le thème : Construire une image artistique et industrielle.

Le mont Fujiyama

Le Japon participa aux nombreuses Expositions Londres 1862, Paris, 1867 1900, Vienne 1873, Chicago, Philadelphie. il importait de donner une image flatteuse du Japon grâce à des images typiques comme le pont des glycines ou le Mont Fujiyama. Il fallait aussi présenter des objets variés d’une qualité artistique remarquable: bronzes, laques, porcelaines émaux….

D’énormes brûles parfum en bronze, des objets délicats, des paravents ouvragés. tous les arts décoratifs sont menés à un degré de perfection.

paravent représentant des divinités shintoïstes.

Souvent les motifs sont floraux . Les décors font aussi appel au panthéon shintoïste (la religion d’Etat pendant l’ère meiji. Certains artistes s’inspirent aussi des représentations bouddhistes ou au folklore populaire avec des dragons, des démons. D’autres peignent des animaux, surtout des oiseaux à la perfection.

orchestre de petits démons ou de monstres

Tous les arts décoratifs sont d’un raffinement inouï, les techniques sont parfois superposées, de laque, d’émaux cloisonnés, d’incrustations, de joaillerie ou de nacre

éléphant

On ne peut qu’être admiratif devant une telle maestria, un tel luxe et une telle perfection.

boites laquées

L’artisan sait aussi jouer du dépouillement et de la simplicité de ce liseron parfait sur le rouge de la laque.

vases à décors floraux

La fin de l’exposition Les lendemains du Japonisme montrent les influences, de l’art Japonais sur Van Gogh, Monet, Degas. Sur les cartels je n’ai pas trouvé de mention de l’Art Nouveau même si la parenté est criante.

J’étais venue à Guimet pour l’exotisme. Je n’ai pas été déçue. Pourtant l’impression à la sortie est la parenté entre le développement industriel du Japon, sa militarisation avec ce qui s’est passé presque simultanément dans la Grande Bretagne victorienne, ou dans la montée en puissance de la Prusse. Ère Meiji, Empire victorien, même Russie des Tsars…on voit l’industrialisation, la militarisation qui va déboucher sur la Guerre et l’impérialisme.

La perfection japonaise fait la différence, mais la valorisation des arts décoratifs présentés aux grandes expositions universelles, est-ce le début d’une certaine mondialisation?

Shâhnâmé – Une épopée persane . Théâtre d’Ombres au Quai Branly

une création d’Hamid Rahmanian – Spectacle de théâtre d’ombres (8/12/18-16/12/18 (anglais surtitré- 1h10)

Merhâb, le gouverneur de Kaboul, sa femme Sindokht et Roudabeh

Shâhnâmé du poète persan Ferdowsi est une épopée de 50 000 vers écrite au 10ème siècle d’une renommée équivalente à l’Iliade. Il compile les traditions orales et raconte l’histoire des rois persans et des héros. Hamid Rahmanian a choisi de raconter l’histoire de Zâl, chevalier de la province de Zabôl amoureux de la princesse Roudabeh.

Le spectacle de Théâtre d’ombres est destiné à tous les publics. Mercredi après midi, les enfants étaient nombreux dans la salle Claude Lévi-Strauss, fascinés ils sont entrés dans le spectacle.

les amoureux Zâl et Roudabeh

Au début, le générique « superproduction américaine » agace un peu, allons-nous nous voir une film ou des ombres chinoises? Les silhouettes découpées se détachent sur des photos de montagnes enneigées, c’est joli mais cela me perturbe un peu.

les jardins des miniatures

Puis ce sont des fleurs tout à fait persanes et je me laisse entraîner d’autant plus que le conteur utilise un langage facile à comprendre sans avoir recours aux surtitres projetés sur plusieurs écrans. C’est un conte, les silhouettes découpées sont merveilleuses. Selon l’angle on voit le profil d’un homme ou d’un félin, pour les père de Zâl, Sam, chevalier à la cour du roi de Perse, Manuchehr.

Sam sur l’ordre du Roi des Rois menace Kaboul

Le Simorgh emplumé a parfois l’allure d’un homme, parfois d’un oiseau. Les personnages féminins sont très gracieux. Je suis séduite par les mouvements des mains, comment peut-on faire bouger des marionnettes avec tant de grâce. C’est à la fin du spectacle quand les acteurs sont venus saluer que j’ai compris l’astuce : ils portent les masques sur la tête et les masques sont formés de deux profils formant un angle aigu (env 60°). Les cartons découpés sont très nombreux, 150 à peu près, ils figurent les décors mais aussi des animaux fabuleux comme le dragon marin, le lion ou l’éléphant….Certains sont comme des vitraux colorés.

Éléphant et palanquin
Éléphant et palanquin

C’est une histoire d’amour, Zâl et Roudabeh appartiennent à des clans ennemis, Le Roi des rois ordonne à Sam de marcher sur Kaboul. Remake de Roméo et Juliette? Ps vraiment….

En arrière plan des palais, minarets, tours comme à Khiva, Boukhara ou Delhi. je voyage dans mes souvenirs de Rajahstan ou d’Ouzbekistan. Ce qui me donne encore plus envie d’aller en Iran.

Route de la Soie rêvée ou réelle?

Fendre l’air – art du bambou au Japon – Musée du Quai Branly –

Exposition temporaire du 27/11/18 au 7/4/19

Exquise surprise!

Petite, à l’école, j’ai détesté la vannerie.

Plus tard, j’en ai acquis une idée utilitaire :  paniers pour faire les courses,  corbeilles à fruits…Le titre Fendre l’air, ne me disait rien, j’ai cru voir une nacelle de Montgolfière. 

Cherchant le  bateau-atelier de Titouan Lamazou, je me suis égarée. A la sortie de l’ascenseur j’ai trouvé les vitrines de la cérémonie du thé où les accessoires attendus, théière et bol sont accompagnés de vannerie fine.

la cérémonie du thé

Je me suis laissé séduire par les matières, les formes, la technique parfaite. Finesse des fibres et des points. Élégance des formes pour les objets usuels : paniers, corbeilles destinés souvent aux compositions d’ikebana

anse liane

Classique et parfait comme ce panier.

les créations contemporaines se détachent de leur rôle d’utilité et adoptent des lignes audacieuses,

support pour ikebana ou oeuvre dart? Les deux sans doute

 

Plusieurs vidéos donnent la parole au maître-vannier. On le voit travailler, transmettre son savoir-faire aux apprentis. Fendre le bambou, c’est sans doute ce qui a inspiré le titre de l’exposition. Est-ce de l’artisanat ou de l’art pur? Il semble que la distinction n’existe pas. L’artisan façonne un objet utile, l’artiste fabrique une création abstraite. Le même ouvrier est parfois artisan, parfois artiste. Tout dépend de la commande, dit-il.

abstraction?
abstraction

 

Selon la finesse de la fibre, la laque ou la teinte naturelle il y a une infinité de textures

support pour ikebana ou oeuvre d’art? Les deux sans doute

Densité

incroyable légèreté
incroyable légèreté

La vallée du Fango

CARNET CORSE

Le petit fleuve Fango

Nos guides qualifient la visite de la vallée du Fango d’ »incontournable ». Nous empruntons donc la petite route de Mansu et nous arrêtons sur le parking en face du Ponte-Vecchiu, petit pont génois à une seule arche qui enjambe le fleuve. Le Fango s’insinue dans des roches rouges, creusant des vasques près desquelles des touristes ont déjà étalé leurs serviettes.

Le Fango est un petit fleuve côtier au débit torrentiel réputé pour sa transparence de l’eau. Il ne charrie pas de particules en suspension du fait de la résistance à l’érosion des rhyolites qu’il traverse dans un bassin versant entouré de reliefs imposant lui garantissant son isolement. Du fait de l’absence de nutriments dissous – très faible minéralisation, la pauvreté en azote et en phosphore – il n’y a pas (ou très peu) d’algues qui lui donneraient une couleur verte. Les ¾ des éléments dissous sont d’origine atmosphérique. Le Fango est donc très sensible à la pollution de l’air et des eaux de pluie. On a constaté, cependant, un doublement des nitrates en 20 ans.

le pont génois sur le fleuve Fango

Je m’engage sur le sentier mare e monti qui rejoint le vieux pont gênois à Tuarelli (2h30)  en longeant la rivière. Je fais demi-tour au bout d’une demi-heure regrettant de disposer de si peu de temps.

La petite route passe par la forêt. Arrêt sur l’aire de Treccia dans la Yeuseraie(forêt de chênes verts) très vieux, très imposants. Selon un panneau, une Université anglaise y mène des recherches sur la mésange bleue.

le Fango vers l’amont

Mansu est un village étagé flanc de la montagne. On s’approche ensuite des hautes montagnes dénudées aux crêtes déchiquetées. Il me semble distinguer un névé. Est-ce possible ? les sommets dépassent 2500 m. Devant la petite église de Bardiana le mystère du « névé » est résolu. Il n’y a pas de neige, mais le vide sous une arche rocheuse (Tafonato). L’arche est si lointaine que je ne fixe rien sur la photo.

Avez vous trouvé l’arche?