La Famille Moskat – Isaac Bashevis Singer

LITTERATURE YIDDISH

791 pages!

Ce pourrait être le pavé de l’été!

Comme je l’avais téléchargé sur mon téléphone je me suis engagée dans cette lecture au long cours par surprise. Et je ne l’ai pas lâché! Comment rendre compte d’un tel monument de la littérature? l’auteur n’a pas reçu le Prix Nobel en vain.

Cette saga commence à Varsovie à la veille de la première guerre mondiale quand le patriarche Reb Meshulam Moskat revient des eaux à Carlsbad avec une troisième épouse. Juif pieux, traditionnel, redoutable homme d’affaire qui a construit une fortune en placements judicieux et immeubles de rapports. Les enfants de Moskat, les petits enfants, les conjoints forment une véritable tribu dans laquelle je vais me perdre tout d’abord. Ils se réunissent lors des fêtes traditionnelles, évoquées avec pittoresque.  Nostalgie  d’un monde disparu. Tout ce monde vit dans une belle aisance grâce aux loyers que chacun des fils perçoit – sans avoir hérité du sens des affaires du père. Autour d’eux, gravitent conjoints, employés de maison, l’intendant…

Il y a du Balzac dans cette comédie juive : personnages bien dessinés et rôle de l’argent. Pendant presque trois décennies, le monde juif évolue :  les femmes  refusent d’être cantonnées à leur place traditionnelle, étudient, et refusent  les mariages arrangés, prennent leur indépendance.  Les hommes s’affranchissent des pratiques religieuses, revêtent des vêtements modernes. La guerre de 14 a sorti Varsovie de l’orbite de Moscou. les idées sionistes progressent.  On sait que les dangers grondent. Certains membres de la famille Moskat émigrent aux Etats Unis, en Palestine mais tous se sentent liés à Varsovie.

L’arrivée de province de Asa Heshel, petit-fils du rabbin de Tereshpol Minor, l’éthique de Spinoza dans sa poche,  va introduire le désordre dans la Famille Moskat. Invité par Abram Shapiro à la table des Moskat, il fait tourner les têtes de deux jeunes filles : la nouvelle belle-fille Adèle et Hadassah la nièce d’Abram.  Asa Heshel, si prometteur philosophe mais velléitaire n’accomplira pas son destin d’écrivain. Abram Shapiro, shnorrer impénitent à l’allure de grand seigneur, homme à femmes, fait tourbillonner la vie autour de lui et mélange artistes et anticonformistes à la tribu pieuse.

Impossible de résumer tous les épisodes. On connait malheureusement la fin de l’histoire…

Avant de s’en aller -Saul Bellow/Norman Manea

CONVERSATION ENTRE DEUX ECRIVAINS JUIFS

« Norman Manea : Je propose qu’on commence par le début

Saul Bellow : D’accord. Si tu arrives à le trouver.

NM : On devrait pouvoir. nous allons le trouver ensemble… Avant d’arriver en Enfer, commençons par le Paradis.

SB : D’accord.

Nm : de ton point de vue, ton enfance est-elle un paradis perdu? « 

Norman Manea (né en 1936 en Bucovine)

Saul Bellow (né en 1915 au Canada, prix Nobel 1976)

Le livre Avant de s’en aller correspond à une interview filmée à Boston eu  en 1999. Les deux écrivains se sont déjà rencontrés à Bucarest ;  Norman Manea a fait un cours à l’Université de Bard sur l’œuvre de Bellow ils ont de nombreux points communs, enseignent la littérature dans des universités américaines et ont des amis en commun. Norman Manea pose les questions auxquelles Saul Bellow répond, ou non. 

Ils vont aborder l’enfance polyglotte de Saul Bellow au Québec :  russe, yiddish, anglais, français et hébreu et la culture juive partagée par les deux compères, les romans russes, Sholem Aleikhem mêlé à Tolstoï traduit en yiddish…De cette expérience linguistique, Saul Bellow a commis des traductions « mais transposer Shakespeare en yiddish n’est pas très facile ». Norman Manea fait un parallèle facile avec sa famille roumaine. Les rapports avec la pratique religieuse, la kashrout, se détendent, un de ses frères se rebelle. Juste à la fin de l’adolescence Bellow fréquente un cercle trotskiste : il dépense son héritage pour se rendre à Mexico voir Trotski et arrive le jour de son assassinat! 

Ils évoquent de nombreux écrivains européens :  Céline « une terrible  énigme », Sartre qu’il n’aime pas, Malraux et même Balzac

« cette fois-ci, car lorsqu’il s’agit d’idées on ne peut pas faire appel à Balzac – c’est un bluffeur. Il est agréable à
lire et il est débordant de vie, mais quand il touche aux idées il a tendance à tomber dans un romantisme ridicule. « 

Conrad, Koestler ainsi que Kafka :

NM : As-tu jamais considéré La Métamorphose de Kafka comme un récit sur l’Holocauste ? SB : Oui, j’y ai
pensé en ces termes. Et je ne peux plus lire ce texte. NM : Lorsque Gregor devient un « ça » et que sa sœur dit :
« Débarrassez-vous de ça ! », on comprend ce que les gens sont devenus dans les camps. Ce ne sont plus des
êtres humains.

Saul Bellow cite Babel comme un écrivain qui l’a marqué.

« Comme Isaac Babel, d’Odessa. Il m’a fortement marqué. Il t’a marqué toi aussi, je sais. Il me semble que c’était notre genre d’homme. Il avait des choses d’une très grande importance à dire, qui d’une façon ou d’une autre n’ont jamais été dites. Je crois que j’attendais les écrits de sa maturité, mais évidemment il n’a pas vécu assez longtemps pour ça. »

Ils ont fréquenté des auteurs américains, leurs contemporains, très proches comme Philip Roth ou Bashevis dont il a traduit le premier livre. Bellow n’est pas tendre avec Bashevis

SB : j’ai traduit du yiddish Gimpel le naïf[…] C’est un des mérites de Partisan Review d’avoir publié Bashevis en anglais pour la première fois. L’as-tu connu, personnellement ? NM : Non. SB : Eh bien, c’était un type assez étrange. Un esprit réellement étrange. Il avait une instruction judéo-polonaise basée sur Spinoza et d’autres philosophes des Lumières, il était très fier de son bagage intellectuel. Il est très facile pour les Européens d’origine juive comme Bashevis de s’en prendre aux États-Unis, de trouver des défauts au pays, en parlant de sa vulgarité, etc. Mais en réalité, ce pays a été sa grande chance..

[…] Il y a tout un tas d’anecdotes marrantes sur Bashevis. Les collectionner est un de mes passe-temps…. »

Parfois, la conversation prend un tour familier, de commérages et de critiques acerbes en particulier envers Mircea Eliade. 

En tout cas, j’ai trouvé les échanges très amusants et spirituels malheureusement je n’ai pas lu les livres de Saul Bellow, je vais réparer vite cette lacune!

 

Celui qui va vers elle ne revient pas – Shulem Deen

HOMMES EN NOIR

J’ai des sentiments ambivalents quand, dans nos métropoles, non pas dans des contrées exotiques, des hommes ou des femmes choisissent de se distinguer par leur costume. D’une part, j’apprécie que la monotonie soit ainsi brisée, que l’uniforme citadin ne soit pas endossé : un sari coloré, un turban sénégalais, une djellaba élégante….D’autre part, je me demande ce qui pousse certains à se coiffer en pleine canicule d’un large bonnet de fourrure. Les gamines de l’école Otzar HaTora près de chez moi qui sortent telles une volée de corbeaux ou de pies, affublées quelle que soit la saison de bas opaques et de manches longues, me font pitié. Sans parler de nikab. Barbes broussailleuses semblent partagées par nombreux ultras de toutes confessions.

« Grâce à trois principes méritoires, les enfants d’Israël furent délivrés d’Egypte : ils ne modifièrent ni leurs noms, ni leur langue,  ni leurs vêtements[….]Le but en est la ghettoïsation volontaire. Se distinguer par sa langue et sa tenue permet de réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur, et contribue à vous maintenir à l’écart. Limiter l’éducation profane et le savoir venu de l’extérieur tient à distance les idées étrangères. Interdire les médias et les divertissements populaires préserve de la tentation. »

Dans le cas de Shulem Deen, il s’agit de juifs ultra- orthodoxes, américains. A ce sujet j’ai lu avec beaucoup d’intérêt Hadassa de Myriam Baudouin racontant l’année d’enseignement d’une québecoise dans une école de filles de la communauté hassidique de Montréal. J’avais aimé le rapport chaleureux de l’institutrice à ses élèves, déploré le sort des filles enfermées dans leur rôle de mère, d’épouse. C’est un livre plutôt tendre et relativement léger par rapport à celui de Shulem Deen témoignage d’un homme qui perd la foi, s’éloigne puis est rejeté de la communauté.

Si le rôle traditionnel des filles n’est guère enviable, je n’avais pas mesuré l’enfermement des garçons. Dans la communauté skver les garçons sont voués uniquement à l’étude des livres saints. Le narrateur avait choisi de s’y intégrer, il avait été subjugué par la chaleur de l’accueil

. »..fit resurgir dans ma mémoire les souvenirs de mon premier tisch au sein de la communauté skver – les chants m’avaient captivé, l’accueil chaleureux que m’avaient réservé les fidèles, des adolescents de mon âge qui m’avaient serré la main et invité à prendre place sur les gradins, les hommes bourrus qui m’avaient tendu les assiettes bien garnies de poulet … »

Les adolescents étaient endoctrinés par un mentor.

« Au fil du temps, j’en viendrais à considérer Avremel comme une sorte de Savonarole du monde hassidique  un fanatique si caricatural qu’il en devenait caricatural. »

Enfermés dans leur monde, sans parler Anglais pour certains, mariés sans avoir rencontré leur promise. Ils sont complètement déconnectés du monde extérieur. Shulem, chargé de famille, doit trouver les moyens financiers de nourrir ses enfants. Il n’est aucunement préparé au monde du travail. Pourquoi le serait-il? tout un système d’assistance existe pour éviter que les hommes ne sortent de la communauté.

Dans ce livre, Shulem raconte pas à pas ses premières ouvertures qui sont autant de péchés contre les règles établies. La radio est le premier interdit qu’il franchit, timidement, puis Internet – paradoxalement Internet ne subit pas la censure totale qui prohibe la télévision – Internet et l’ordinateur lui permettra de trouver un travail comme programmeur, mais aussi de s’affranchir complètement de ses doutes : il perdra la foi et ouvrira un blog.

On assiste à l’ouverture d’esprit du héros mais en même temps à son rejet de la communauté. Déménagement, puis divorce. Schulem croyait se libérer en rejoignant le monde moderne, il trouve la solitude et perd l’affection de ses enfants. Il perd meme son travail.

« Nous avons le moyen de le détruire, financièrement et affectivement »

La violence de la réaction des hassidim est effrayante. Ce témoignage est poignant. 

Finalement je me félicite de la laïcité à la française, le communautarisme anglo-saxon permet à ces communautés ultras de prospérer sans limite.

 

Lire le billet de Dominique.

Et Wolf fils de Hersch devint Willy – Israel Yoshua Singer

LITTÉRATURE  YIDDISH

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Babelio, dans son opération de Lire toute la rentrée littéraire m’a tentée.

Étrange de retrouver classé « Rentrée 2016″, ce court roman paru dans un recueil de nouvelles en 1937. Israel Yoshua Singer est décédé en 1944. Et Wolf fils de Hersch devint Willy n’a donc rien d’une nouveauté et son auteur est d’une grande notoriété (ne pas confondre avec son frère Isaac Bashevis Singer (Prix Nobel 1978). Cette ré-édition fait plaisir comme le recueil Au Bord de la Mer Noire (2012) que j’ai beaucoup aimé.

Et Wolf fils de Hersch devint Willy raconte l’émigration des Juifs polonais en Amérique avant la Première Guerre Mondial. Passage d’un ancien monde, rural et religieux au rêve américain. Wolf, fils d’un fermier juif prospère et instruit, préférait la compagnie du palefrenier polonais, des chevaux et des chiens à l’étude, désespérant son précepteur. Au service du Tsar, il se distingue comme cavalier et tireur d’élite. Quand il rentre du service militaire, son père a vendu la ferme pour s’établir en ville. Se sentant trahi, il préfère tenter sa chance en Amérique.  D’abord accueilli par la communauté juive comme ouvrier dans la confection, puis colporteur, il trouve enfin sa place chez un fermier dont il épouse la fille. Il retrouve la compagnie des chevaux, il travaille la terre et s’en trouve heureux. Wolf devient Willy et oublie qu’il est juif.

La guerre, les pogroms qui sévissent dans son village,trouvent un écho dans les journaux jusqu’en Amérique. Willy se sent coupable de n’avoir pas donné de nouvelles à sa famille et les fait venir chez lui.

L’arrivée de ses parents change la vie de la ferme qui s’anime, une nouvelle vie juive s’installe, bien différente de celle de Pologne.

J’ai aimé la sincérité, la simplicité du récit. Rien de trop.

Au bord de la mer noire et…Israel Joshua Singer

Abusée par le titre Au bord de la mer noire (je souhaitais continuer encore mon périple en Bulgarie et Roumanie) j’ai emprunté ce livre et c’est une excellente surprise. C’est un recueil de huit nouvelles, Au bord de la mer noire, est la première. les autres se déroulent dans des lieux variés, aussi bien en Pologne, Ukraine, Russie qu’aux États Unis. Huit longues nouvelles, 90 pages,  presque un roman, traduites du Yiddish, racontent un monde qui disparaît.  Cette extinction du shtetl a commencé bien avant la Shoah. L’ouvrage a été écrit aux États Unis, publié en 1938.

La Première Guerre Mondiale et la Révolution Russe font basculer dans la modernité des communautés très religieuses encore rurales. L’émigration aux États Unis est aussi décisive. Ces nouvelles, toutes très différentes, racontent le destin d’hommes simples emportés par une histoire singulière. Comment le fils de rabbin, professeur d’hébreu qui ne rêve que de Palestine se retrouve-t-il commandant d’un bataillon de l’Armée Rouge? Qu’est- venu chercher Sholem Melnik en Amérique, le peintre en bâtiment de New York nostalgique de la campagne polonaise? Et ce garagiste passionné de mécanique qui déçoit les espoir de ses parents qui le rêvaient médecin?

Il raconte une société fondée sur l’observance des rites et des lois religieuses, une société solidaire où l’on n’aurait jamais laissé un colporteur ou un mendiant passer le Shabbat seul. Les solidarités n’ont plus cours en Amérique où la course à l’ascension sociale prime sur les anciennes valeurs. Il raconte aussi la solitude de l’étranger, du migrant, de ceux qui ont été égarés dans les tourmentes de la Révolution russe avec  humanité,  tendresse même. Il décrit les moindres usages  de la vie quotidienne avec une foule de détails oubliés, des expressions venant des prières, hébreu ou yiddish, coutumes des fêtes ou tenues vestimentaires. C’est vivant, précis, tellement fascinant.

Yossik – Joseph Bulov

LIRE POUR VILNA

Le titre complet: YOSSIK – UNE ENFANCE DANS LE QUARTIER DU VIEUX MARCHE DE VILNA -LITUANIE (1904-1920)

Quand j’ai ouvert ce livre je me suis demandée si c’était une bonne idée de le lire juste après La Promesse de L’Aube de Romain Gary, né lui aussi à Vilnius en 1914 et après le Tribunal de mon père de Bashevis, se déroulant à Varsovie mais exactement à la même époque. Ces deux chefs d’œuvres ne lui porteraient il pas ombrage?

Yossik, bien que contemporain des deux autres petits garçons juifs, ne leur ressemble pas. Sur le Vieux-Marché, c’est une fripouille, un aventurier,  un charlatan, pire un lampeduseur! Inventant toutes sortes de commerces allant de la vente de galettes de boue au prêt de boutons, il préfère la société de cosaques et tatars à la fréquentation du heder . Le petit rebbe et la rebbetsin ne le retiendront quelques temps que parce qu’il rêve de redonner vie au golem d’argile de la vieille synagogue. Mais le violon, la gloire de Paganini1er puis de Paganini II, son ancien associé Bertchik, lui donne une nouvelle ambition, il sera Paganini III, même sans violon, il jouera le Perpetuum mobile, ira à Saint Petersbourg, sera célèbre…..

Yehudi Menuhin

Cependant le monde pittoresque du vieux marché n’a pas toujours la vie facile.

« Une semaine plus tôt, une shikse, dont le père était concierge rue de la Boucherie, était entrée dans un salon de coiffure. le barbier avait aiguisé sa lame, égorgé la jeune fille, et tiré son sang pour en faire quelques bouteilles de vin.

Comment pareille chose était-elle possible? aussi loin que pût m’entrainer mon imagination  créatrice je n’arrivais pas à me représenter une jeune fille portant barbe et venant se faire raser la barbe chez un barbier. En second lieu, d’où sortait ce salon de coiffure sur la place du Marché?

tous ces stupides racontars me semblaient contes à dormir debout, trop puérils même pour des enfants.

Malheureusement, cette fois les enfants avaient raison. Quelques jours plus tard, le pogrome éclatait dans toute sa fureur. »

–  » si Dieu a fait ce pogrome, Il n’est plus mon Dieu »

Ainsi Yossik prend congé du rebbe et de la rebbetsin.

La chance tourne,  le père de Yossik rentre d’Amérique « millionnaire ». La famille quitte le Vieux-Marché pour s’installer sur la très chic Prospective- Saint-Georges. L’enfant perd ses repères et malgré l’aisance familiale, il est rejeté du lycée pour cause de numérus clausus. Il tombe amoureux de Nioura qu’il baratine, se présentant comme Américain, puis comme violoniste et gagnera deux ennemis, lefrère de cette dernière et  son ami, deux lycéens arrogants. Dans ce quartier bourgeois, le pittoresque et le burlesque collent au lampéduseur

Revers de fortune, le père est malade, ruiné, la famille retourne dans le ghetto et le père à la religion. Description extraodinaire de la cour des synagogues,

« chaque kloyz avait au mur sa plaque gravée, et son antique liste de donateurs …avec des dates remontant jusqu’au quinzième siècle »….

Chaque oratoire portait le nom d’une merveilleuse figure légendaire…Ishalayele le Voyant, aveugle de naissance qui connaissait par cœur les soixante lourds volumes du Talmud…. »

Même Napoléon s’y était arrêté lors de sa marche sur Moscou.

 

Nouvelles aventures jusqu’à ce que la guerre de 14 n’éclate. Fin d’un monde prédit « le fils de Barve »

 » – qu’est il arrivé en Bessarabie ou Serbarabie, ou le diable sait comment on l’appelle?

…..

Pourquoi croyez vous à la fin du monde? demanda  Note. Est-il pensable que pour un prince assassiné, tout un monde puisse disparaître? »

Le prédiction du « fils de Barve » s’est réalisée. les Juifs furent mobilisés. Les Russes défaits… Arrivèrent les Allemands, puis les Polonais avec leur Aigle blanche, renversés par un comité révolutionnaire aux rubans rouges derrière un fameux Meir Schmulevitch. Les Polonais reprirent la ville et chassèrent tous les Méir Schmulevitch jusqu’à ce que des révolutionnaires,  bortcheviks n’organisent la révolution-transformation dans la joie d’abord et la sympathie des habitants du Vieux-Marché puis la crainte hiérarchie des patates, et le règne des cabans de cuir…

Ce livre correspond exactement à ce que je cherchais en passant sous la Porte de l’Aube, me dirigeant vers le Petit Ghetto de Vilnius. Le vieux Marché n’existe plus, à la place de la cour des synagogues, une place vide avec des flaques et un jardin d’enfant, une plaque, un buste du Gaon…Mais la rue des Verriers, je l’ai vue!

Ma crainte de « déjà-lu » quand j’ai ouvert le livre s’est avérée infondée. Trois petits juifs nés presque à la même époque, et presque dans le même contexte, trois personnalités si différentes. Trois histoires. Tellement est riche la diversité de l’humanité!

 

 

Isaac Bashevis Singer : Au tribunal de mon père

Varsovie, 1910 Un enfant raconte la vie de sa rue, Son père, rabbin, tient son tribunal dans son bureau ou dans sa cuisine. Point d’affaires criminelles! ce sont divorces, mariages ou problèmes des règles alimentaires: la casserole sera-elle encore cachère si le lait a débordé dans le bouillon? L’enfant narrateur raconte avec naïveté et saveur ces histoires simples d’un monde disparu.

Surtout ne pas se contenter des premières histoires qu’on peut lire comme des nouvelles. L’enfant grandit, le monde change. Le sionisme, le socialisme percent dans ces milieux très traditionnels.
Arrive la guerre de 1914, l’arrivée des Allemands, la Révolution russe, mais aussi la faim, les épidémies vont chambouler un ordre qui paraissait intangible.