L’Exil est mon pays – Isabelle Alonso – Ed. Héloïse d’Ormesson

Je connaissais l’auteure, Isabelle Alonso, de l’émission de télévision de Ruquier autrefois à 19 h. Ce livre lui ressemble, sympathique, drôle, avenante.

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Troisième roman, de l’auteure.  La narratrice est une petite fille, née en France dans une famille de républicains espagnols. Angel, le père, communiste, métallo, grand lecteur de journaux, a fait la Guerre Civile et des années de prison. La mère, Libertad, est la parfaite mère au foyer, composé de 4 enfants, deux garçons et deux filles. La petite fille parle espagnol à la maison, français à l’école.  Ils ont obtenu la nationalité française et paradoxalement c’est ce qui leur permet de passer des vacances à Madrid.

Lecture facile, agréable, un peu convenue, sans surprise.

Les aventures Miraculeuses de Pomponius Flatus -Eduardo Mendoza traduit par F Maspéro

POLAR BURLESQUE ET ANTIQUE

Après une série de lectures épidémiques dans la Contagion du Covid, des livres tragiques, voici une bouffonnerie pour sourire maintenant que l’horizon s’élargit. 

De Mendoza j’ai beaucoup aimé La Ville des Prodiges qui est un livre passionnant  racontant Barcelone,et  beaucoup ri avec La Grande Embrouille et le Mystère de la Crypte ensorcelée deux polars brindezingues, moins aimé le labyrinthe aux olives de la même veine que les deux précédents. 

Les Aventures Miraculeuses de Pomponius Flatus pourraient être qualifiés de polar biblique. L’action se déroule aux temps de l’enfance de Jésus, à Nazareth. Le détective, Pomponius Flatus,est un philosophe romain affligé de désordres intestinaux (flatus comme flatulences) à la recherche d’eaux thermales curatives dans les provinces asiatiques de l’Empire romain. 

A peine débarqué d’une caravane nabatéenne, il rencontre une légion romaine qui doit rétablir l’ordre en Palestine et qui l’accompagne jusqu’à Nazareth. Pomponius est contacté par l’Enfant Jésus : on va crucifier Joseph, accusé de meurtre. C’est Joseph, le charpentier, qui doit fabriquer sa croix. Pour sauver Joseph, il faut chercher le coupable.

A propos de Joseph : 

« …une rumeur persistante selon laquelle Joseph, veuf d’un certain âge, a contracté des fiançailles avec une très jeune
personne nommée Marie, laquelle, presque aussitôt, présenta des signes non équivoques de grossesse….. »

« Dieu a dit : « Tu ne tueras point », et j’ai été fidèle à la volonté de Dieu. Je suis d’un naturel peu porté à la
violence. Une fois, j’ai douté de l’honnêteté de mon épouse et j’ai été sur le point de lui donner une raclée. »

L’humour de Mendoza est ravageur. J’ai ri aux éclats aux détournements des Ecritures et souri aux allusions (parfois bien appuyées) mythologie greco-romaine, histoire romaine, et surtout références à l’histoire sainte et même aux fables de la Fontaine. Une lecture jouissive.

Kupka : crucifixion

Quelques « perles » pour vous donner envie d’en lire plus :

A propos de la « victime » qui s’est fait passer pour assassiné :

« Voilà bien, en vérité, une idée originale, admis-je. Être enterré trois jours et ressusciter au bout du troisième. Qui
pourrait croire une chose pareille ? « 

A propos de Jésus que Pomponius prétend vouloir adopter pour le protéger en en faisant un citoyen romain :

« Je ne veux pas être citoyen romain, dit Jésus. De plus, j’ai déjà un père. Et un autre, putatif. Je n’ai pas besoin
d’un troisième. Et enfin, dire des mensonges, c’est offenser Dieu. »

Je pourrais multiplier les exemples de références bibliques ; Mendoza s’inspire aussi de la culture gréco- latine

A propos de Cave canem , écriteau reproduit en grec, hébreu :

Ce doit être un chien très dangereux, pour mériter un avertissement aussi pléonastique,

pas très fin mais cela m’a fait rire :

Et comme il n’y avait rien d’autre de disponible, j’ai opté pour me masturber en lisant La Guerre des Gaules.

le bruit court que le désordre règne à Nazareth, le prix du terrain dégringolera, et cela, par Hercule, nous ne
pouvons le permettre. 

son nom complet était Judas Ben-Hur, qu’il n’avait rien à voir avec les mouvements séparatistes et que son unique
passion était les courses de chars.

Je me suis bien amusée, à vous de le lire!

La ville des prodiges – Eduardo Mendoza

BARCELONE

J’ai découvert Eduardo Mendoza avec deux polars déjantés La grande embrouille et le Mystère de la crypte ensorceléeJ’avais beaucoup aimé son humour, beaucoup ri et je m’étais promenée avec plaisir dans un Barcelone un peu équivoque de marins prostituées et miséreux, le héros sortant de l’asile….

La ville des prodiges était bien enfoui sous ma pile à lire depuis une éternité. Comment était-il arrivé chez moi? Dans l’opération de faire baisser la PAL, je l’ai ressorti et je m’en félicite! Pas vraiment récent, c’est un grand livre!

Grand et gros livre : 505 pages.

C’est le livre d’une ville :  Barcelone. Géographie et histoire : le roman se déroule entre la première Exposition Universelle de 1888 et la seconde de 1929. Remontant aux origines de la ville, Mendoza raconte l’expansion urbaine des guerres de Succession d’Espagne (1701) jusqu’à la veille de la Guerre d’Espagne. D’une ville close entourée de murailles qui furent détruites au milieu du 19ème siècle, Barcelone est devenue une métropole après des plans d’urbanismes racontés de manière humoristiques. Cette extension de la cité fut, bien entendu accompagnée de spéculation immobilière à l’origine de la richesse du héros du livre. La rivalité de la cité catalane et du gouvernement de Madrid est aussi plaisamment racontée.  Roman presque d’actualité après les événements récents autour de l’indépendance catalane. Ce n’est pas la Barcelone des touristes. Il n’est pas question des anciens quartiers ni de la Cathédrale, on passe à peine sur les Ramblas, la Sagrada Familia  -en construction – n’est évoquée qu’en passant p 446. C’est le Barcelone des dockers, des ouvriers, des miséreux qui affluent de la campagne pour s’entasser dans des baraques. Histoire : on assiste à une réunion secrète à la veille du Pronuciamento de Primo de Rivera le 13 septembre 1923.

 

C’est l’histoire d’un homme Onofre Bouvila qui débarque de son village de montagne, adolescent pour chercher fortune. Le petit campagnard la trouvera dans le chantier de l’Exposition. Embauché par les anarchistes pour distribuer des brochures, il fait le camelot en vendant de la lotion capillaire. Sa carrière lancée, il s’acoquine avec les voleurs et les enfants pour faucher tout ce qu’il peut dans les objets entreposés pour l’Exposition. Remarqué par des hommes de main, il prend rapidement le contrôle de bandes de véritables bandits. Trafics d’armes et spéculation immobilière l’enrichissent . La haute société ne l’acceptera jamais mais sa fortune considérable et l’amitié d’un marquis lui ouvrent certaines portes. Personnage complexe qui évolue au cours de l’histoire, qui sait aussi se souvenir du passé.

Les prodiges? La fin du 19ème siècle, le début du 20ème est une période prodigieuse pour la technologie et les inventions. Les Expositions universelles  sont les vitrines de l’industrialisation. Au fil du roman, on voit les automobiles remplacer ânes et chevaux, la ville s’électrifier, les transports aériens prendre leur essor. Le héros devine les possibilités du cinématographe qui vient d’être mis au point. Du film ridicule du chien qui pisse, il invente les films à succès avec une vedette féminine. La fin du livre est un feu d’artifice ou une bombe, le précurseur d’un monde à venir avec le krach de 1929. Mais cela n’est pas dans le livre, c’est une autre histoire.

Miro au Grand Palais

Exposition temporaire au Grand Palais jusqu’au 4 Février 2018

le carnaval

De Miro, j’avais des images d’étoiles, de figures un peu bizarres, surréalistes, de constellations sans  savoir vraiment d’où venait cette imagination. La rétrospective du Grand Palais nous offre un parcours chronologique qui permet d’appréhender toute la richesse de l’oeuvre du peintre catalan.

en 1915-1917, il se désigne comme un « fauve catalan » puis il reprend des codes cubistes tout en déclarant qu’il « briserait leur guitare »

Le cheval, la pipe et la fleur rouge

Dans le Cheval, la pipe et la Fleur rouge, il semble avoir assimilé les thèmes cubiste tout en affirmant son originalité, ses couleurs espagnoles, son goût des détails dans le tableau en médaillon en haut du tableau.

Ses racines, il les a plantées dans un village catalan Mont-Roig où il peint des oeuvre tout à fait originales, avec peut être une influence de miniatures persanes. C’est pour moi une découverte et probablement ce que j’ai préféré dans l’exposition

la ferme
miro : la freme

miro : la ferme 2
miro : la freme 3 (je ne m’en lasse pas!)

A côté de ses peintures détaillistes,  il fréquente à Paris poètes et écrivains et cultive un style surréaliste

Vous imaginez un pied? Et bien non c’est une main et un oiseau!

Quand on vient de voir les fermes détaillistes, les motifs très fins et minimalistes se comprennent comme une évidence. Sauf qu’il faut chercher l’oiseau, imaginer la femme. Tant de tableau s’intitulent Femmes et oiseaux! Rechercher les étoiles….

miro

Dans la même veine, j’ai beaucoup aimé ces animaux lièvre et chiens

Comme Picasso, Miro contribue au Pavillon Espagnol de l’Exposition de 1937. Ces œuvres reflètent l’inquiétude face aux crises et à la montée du fascisme.

lièvre

On retrouve les jaunes, ocres et rouges – couleurs espagnoles – malgré son exil à Paris.

chien

Des figures noires et grotesques font leur apparition

Miro ; je vois des constellations

De 1939 à 1941 Miro peint en Normandie ses constellations.

Après la guerre, Miro retourne en  Espagne, à Barcelone et Mont-Roig et dans son atelier de Palma de Majorque

Il expérimente la céramique et la sculpture et peint une oeuvre monumentale que j’ai moins appréciée.

 

La grande embrouille – Eduardo Mendoza

POLAR BURLESQUE

Mendoza : la Grande embrouille

De Mendoza, j’avais bien aimé Le Mystère de la Crypte ensorceléej’ai continué l’escapade à Barcelone avec La grande embrouille et je n’ai pas été déçue, c’est même mieux! Toujours aussi farfelu et embrouillé. Je me suis laissé conduire dans le récit sans trop chercher à comprendre ou à résoudre l’intrigue comme j’ai l’habitude de la faire dans les polars, deviner qui est le meurtrier, quels sont les motifs. 

Le narrateur est sorti de sa maison de fous, le commissaire Florès est parti à la retraite, le Docteur Sugranes sévit encore, Candida a quitté la prostitution.

Barcelone est toujours plus cosmopolite : un bazar chinois s’est installé de l’autre côté de la rue et rêve de coloniser le salon de coiffure de notre héros pour en faire un restaurant. Mais n’anticipons pas….C’est le seul bémol, les Chinois sont un peu caricaturaux, quoique hilarants. N’allons pas taxer l’auteur de racisme, il fait évoluer une accordéoniste de l’est, un albinos africain, un indien du Pérou (ou de Colombie), tout un peuple de marginaux, statues vivantes, livreurs de pizza….qui vont constituer la troupe d’enquêteurs la plus loufoque possible. Sans parler du gourou indien qui est aussi catalan que possible…

Evidemment, on s’y perd, mais la lectrice rit aux éclats. Et finalement, il y a quand même un dénouement!

Le mystère de la crypte ensorcelée – Eduardo Mendoza

POLAR ESPAGNOL

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Espagnol ou Catalan? Par les temps qui courent….Il se déroule à Barcelone.

Roman policier? Burlesque, barré, invraisemblable. Il y a bien un commissaire Florès qui n’enquête pas beaucoup, préférant libérer un de ses indics qui se coltinera toute l’enquête. Il y a bien quelques cadavres, morts ou pas tout à fait.

Mendoza ne fait pas dans la dentelle mais quel humour! C’est un livre qui se déguste ligne par ligne, mot par mot, le sourire aux lèvres, parfois franchement en riant à haute voix.

Espagne! Roses et la route de l’Emporda

CARNET CATALAN

Roses : la plage encore hivernale

Roses

Nous n’avons pas envie de manger dans la voiture au parking couvert du Musée. Il pleut impossible de pique-niquer dehors.Nous filons à la mer  La pluie a cessé. Les vagues déferlent sur le sable. La plage est très longue. Une digue la borde avec piste cyclable, bancs. Je commence par aller vers le sud jusqu’à une jetée surmontée d’un petit phare. Sur les bords de la digue il y a de très grands immeubles avec des balcons, des piscines. Vers le nord les maisons sont plus anciennes, moins hautes, il n’y a pas cette barre continue mais aussi des petites maisons, la mairie, et de l’autre côté du rond-point une citadelle presque arasée.

Retour par l’Emporda

Après ma promenade le long de la plage, nous continuons la corniche jusqu’au bout. Passons sous la forteresse wisigothique. Jolies villas et petits immeubles chics, mais voie sans issue….ce n’est pas là que nous trouverons la route pour Port Bou et Cerbère qui longe la côte. Retour au centre de Roses. Nous nous engageons sur la voie rapide de Figueres. Mais regrettons les petits villages que nous avons aperçus. On oblique, au hasard, à la boussole dans des marais du parc naturel des Aiguamolls.

Sant Joan Palau Saverdera

 

Au loin le clocher de Palau Saverdera de la jolie église romane Sant Joan (11ème siècle) avec son mur-clocher et trois cloches. De grands panneaux indiquent un village néolithique et un parcours mégalithique, mais ce n’est plus l’heure. Dommage ! Visite aussi de Sant Marti (11ème) qui a quatre très jolis chapiteaux romans historiés à Pau. Dernier arrêt à Villajuiga, et son église Sant Feliu.

Tous ces villages de l’Empordà ont de gros celliers de coopératives vinicoles, de beaux citronniers poussent dans les jardins, des oliveraies, les montagnes toutes proches. A une intersection nous avons le choix Figueres ou La Junquera ? La Junquera nous semble plus près de la France.

Capmany

Arrêt à Capmany village très charmant :  l’église est dominée par une tour carrée, peut être le clocher, à l’autre bout de la nef, se trouve une tour ronde ou plutôt la moitié d’une tour ronde. Accolée à l’église, une arche passage vers la très jolie place de la Mairie dans un hôtel 16ème . La pierre de construction ici est le granite.

Capmany
Cpamany

Mais ce n’est pas un raccourci parce que la route tortille dans la montagne et s’approche des sommets. La végétation devient plus sauvage. Les chênes-liège sont bousculés par des chaos granitiques. Les pics tout proches sont saupoudrés de neige et une barre enneigée borne l’horizon. Enfin La Jonquera et ses magasins est le terminus de cette jolie balade.

Joan Ponç : Diabolo au Musée de Céret

CARNET CATALAN

Joan Ponç au Musée d’Art Moderne de Céret : Diabolo

Exposition temporaire du 3 mars 2018 au 27 mai 2018

Ponç

Joan Ponç (1928 Barcelone– 1984 Saint Paul de Vence)

Diabolo : Démon ou Jeu d’adresse ? L’exposition répond : « Allusion au sens ludique de Joan Ponç jouant avec l’ambivalence que le nom d’acrobatie chinoise entretient avec le diable ».

Dans la vidéo présentée en introduction, un ami du peintre catalan raconte que Ponç aurait entretenu une conversation à Sao Paolo avec un homme prétendant être le diable.

La première salle confirme plutôt l’hypothèse démoniaque en montrant ses premiers tableaux des années 40 :

1940 – 1948 : Présages, délires,  hallucinations, avec des influences du totémisme africain ou du hiératisme des œuvres romanes et des enluminures. La plupart de ces « suites » sont des œuvres sur papier, encres et gouaches. (sous-verres j’ai eu du mal avec les reflets pour les photos). Des œuvres plus anciennes « dessins pourris » ou serviettes ressemblent à des dessins d’enfant ou à des graffitis mais quand on prend le mal de les observer on constate que le dessin est très soigné et précis.

1948-1952 : Oracles, exorcismes, magisme démonisme. Une série de grands tableaux, huiles sur toile, à fonds très sombres présentent des personnages étranges, arlequins et jongleurs aux noms bizarres « Fanafana » ou » Barracha »(pour ce dernier c’est peut être moins bizarre en catalan ou espagnol).

Ponç

1953-1962 : Joan Ponç part pour le Brésil sur les recommandations de Miro

Des tableaux « suite instruments de torture » et une nature morte aux aiguilles montre des tableaux plus dépouillés, peu colorés, caractérisés par des pointes agressives, assez effrayants que j’ai beaucoup moins aimés.

Une salle est titrée : « Mais que crient donc ces visages que je ne  peux entendre tant ils crient fort »

Ponç visage

En face d’une photo de l’artiste coiffé d’un chapeau d’Arlequin 5 tableaux sur le même modèle : visages à l’horizontale et chapeau pointu et en face une « suite oiseaux » au becs pointus répondent au chapeau d’Arlequin

Ponç en arlequin

1963 – 1967 : Retour du Brésil : paysages nocturnes où domine le bleu

Ponç tableau bleu

1968 – 1969 : Géométries de l’Être : dans son atelier l’artiste est accompagné du portrait d’Einstein et de la formule E = mc2. Ces tableaux géométriques dépouillés avec des volumes et dégradés de couleur m’ont moins intéressée. De même que Iridescence montrant des fragments de corps humain, oreille, organes en dégradé de couleurs.

Ponç

1974 -1979 :  Fonds de l’Être je retrouve les tableaux avec des dessins précis et fantastiques que j’avais aimés au début de l’exposition, Arlequin, les diables, des cyclistes infernaux…. »l’artiste devient narrateur des rêves qui montrent la misère humaine […] comme en son temps Hiéronymus Bosch ou Breughel l’ancien » ai-je copié dans le commentaire.

1980 – 1984 : Collioure, Céret, Saint Paul de Vence :  sur des fonds encore sombres il peint des paysages, des hommages à Cézanne.

 

Séfarad – Antonio Munoz Molina

Sefarad  veut dire Espagne en hébreu. « séfarade » qualifie la population juive originaire d’Espagne, avant l’Expulsion de 1492, orientale, turque, bulgare, italienne…. ayant gardé souvent la langue espagnole, et parfois la clé de la maison espagnole abandonnée il y a des siècles. L’étude de ces juifs séfarades n’est pas, l’objet principal de ce livre, même si l’auteur s’y réfère d’abondance.

Sefarad est aussi le titre de la dernière nouvelle, ou la dernière histoire de ce gros livre (512p) qui compile 17 récits, qui pourraient se lire indépendamment les uns des autres comme des nouvelles, mais où des personnages récurrents font le lien, un peu comme dans un roman choral. L’éditeur (ou l’auteur) ne nous guide pas en sous-titrant, nouvelles, roman, récit, témoignages ou essai qui conviendraient tous à cet ouvrage. J’ai été déroutée pendant la première centaine de pages, cherchant à identifier un narrateur, ou des parentés entre les personnages qui disent je en différents lieux, différentes époques. Puis j’ai décidé de me laisser porter par chaque histoire.

Incipit

« Nous avons fait notre vie loin de notre petite ville, mais nous ne nous habituons pas à en être absents, et nous aimons cultiver la nostalgie…. »

Sefarad est un livre de nostalgies, d’absences, d’exils, c’est un livre de voyages:

« parfois, au cours d’un voyage, on écoute ou l’on raconte des histoires de voyages. Il semble du fait qu’on est parti, le souvenir de voyages antérieurs devient plus vif, il semble aussi que l’on apprécie mieux, que l’on prend plus de plaisir aux histoires qu’on vous raconte, parenthèse de mots précieux à l’intérieur de l’autre parenthèse temporelle du voyage. »

Dans chaque récit, il y a un train, un départ et souvent un exil. 

De nombreux personnages sont connus, Kafka ou Primo Levi, Baruch Spinoza pour les plus célèbres, Walter Benjamin ou Margarete Buber-Neuman qui a rencontré Milena Jesenska, l’ancienne fiancée de Kafka, dans les camps nazis après avoir été déportée au Goulag. Je n’avais jamais entendu parler de Münzenberg et Jean Amery . M. Salama, commerçant de Budapest, exilé à Tanger, sauvé des nazis par l’identité espagnole accordée à certains Juifs Séfarades qui en ont fait la demande, mais qui n’a pu être étendue aux communautés de Rhodes ou de Salonique, exterminées, est-il un personnage de fiction?

Page 182, il me semble que l’auteur décrit sa méthode de travail :

« j’ai pressenti au long de deux ou trois années, la tentation, la possibilité d’un roman, j’ai imaginé des situations et des lieux  comme des photographies séparées, ou comme ces photogrammes tirés des films qu’on exposait autrefois, assemblés sur de grandes affiches à la porte des cinémas[….]Chacun d’eux acquérait une précieuse qualité de mystère, se juxtaposant aux autres, sans ordre. Ils s’éclairaient l’un l’autre par des connexions multiples et instantanées que je pouvais défaire ou modifier à ma guise et dans lesquelles aucune image n’annulait les autres ou ne parvenait à s’imposer sur elles, ne perdait au profit de l’ensemble sa singularité irréductible »

p.185, il poursuit :

« Mais j’ai la paresse d’inventer, je n’ai pas envie de m’abaisser à une falsification de littérature inévitablement rapiécée. Les faits réels dessinent des trames inattendues auxquelles la fictions ne peut pas se risquer…. »

Ce livre est comme un puzzle racontant l’Histoire du XXème siècle traversée par le fascisme et le stalinisme qui se sont combattus justement pendant la Guerre Civile. Ce point de vue espagnol donne une cohérence unique. La rencontre des communistes espagnols qui trouvèrent – croyaient-ils – refuge à Moscou, avec d’autres dirigeants comme Münzenberg ou Neumann dénonce les crimes du stalinisme et la perversité du Pacte Germano-soviétique.  L’histoire du jeune espagnol combattant sous l’uniforme nazi de la légion Azul qui rencontre à Narva (Estonie) une colonne de déportés juifs est poignante. Autre versant de la Guerre d’Espagne.

Vie quotidienne dans une petite ville – jamais nommée – de modestes artisans,  sous le franquisme (implicite, pas expliqué), petites gens dans des quartiers misérables de Madrid.

Par touches impressionnistes, l’histoire, grande et petite est imprégnée de ces nostalgies et des exils, jusqu’à New York, au musée Hispanique où attend la petite fille peinte par Velazquez qui clôt l’ouvrage.

Il faut se laisser emporter dans ce long voyage littéraire.

 

Onda – Le chemin du Cid

CARNET DE BENICASSIM

Onda : la ville du carrelage
Onda : la ville du carrelage

Au réveil, nous découvrons le sol ruisselant, des flaques : il a plu pendant la nuit ; du brouillard cache les 5 cargos et le port de Castellon. Lundi dernier à Benasal, j’ai trouvé un dépliant fort intéressant : la carte du Camino del Cid dans la Communauté de Valence (il en existe d’autres tronçons de Burgos à Saragosse). Ce chemin du Cid peut être parcouru en voiture, en vélo ou à pied sur des circuits détaillés sur le thème de la conquête de Valence : anillo Maestrago , anillo de Morella …Nous aurions pu organiser nos excursions en suivant ces itinéraires. Trop tard ! Nous rentrons demain. Sur ce document nous avons choisi de visiter Onda à une trentaine de km, possédant une belle église, un château arabe du 11ème siècle, un couvent et plusieurs musées. De quoi nous occuper ! Nos livres en revanche sont muets. Petit bémol, Onda est une ville moyenne qui compte 25.000 habitants. Sans guide, nous risquons de nous perdre.

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Madame GPS nous guide dans les voies rapides et les ronds-points en un temps record. L’arrivée à Onda est surprenante. Onda est une ville industrielle, l’avenue de la Méditerranée passe entre des rangées d’entrepôts, de hangars, magasins d’usine, show rooms, pour un seul type d’article : le carreau de céramique. On ne vend et ne fabrique ici que des carreaux en céramique, également pour l’exportation, sur les façades des caractères arabes. Nous sommes sur la route du Cid qui s’était mis au service des taïfas – les rois arabes dont nous allons visiter un des châteaux. Mélange des cultures, les ancêtres des Espagnols ne sont sûrement pas les Gaulois !). La ville est cernée par les céramistes, usines ultramodernes et ateliers anciens, encore en fonctionnement ou en ruine. Les hautes cheminées de brique rouge sont nombreuses. L’une d’elles décore un petit jardin public en forme de triangle comme un obélisque incongru, à la base de la colline du château.

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Après en avoir entraperçu la silhouette, nous entrons dans la ville, espérant suivre un fléchage quelconque. Les immeubles modernes en briques ne sont guère attirants, ni les magasins.

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Enfin ! Un panneau indique l’Office de Tourisme, le petit parking pour les voitures et les cars est complet. Je monte une rampe de pierre, arrive dans un quartier aux ruelles étroites et aux maisons blanches, ma première impression est d’être dans une médina, à Fès ou à rabat. Des escaliers grimpent à des placettes. En regardant mieux, les balcons aux fenêtres font la différence, ce n’est pas une médina, juste une ville méditerranéenne.

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La jeune femme de l’Office de Tourisme m’explique comment arriver en voiture au sommet de la colline puis elle me demande comment nous avons connu Onda « par le chemin du Cid » – « avez-vous le carnet ? ». Comme à Compostelle, on peut faire tamponner le carnet à chaque étape. Nous aurions pu faire valideer les étapes de Benasal, de Morella, de Sagunto…

L’entrée du château est très restaurée. A l’arrière, une école a été construite en 1920 par des religieux. Le Musée est malheureusement fermé ; on ne l’ouvre que pour les groupes d’au moins 4 personnes. A l’arrière on peut visiter les fouilles archéologiques de l’Alcazaba  – palais arabe du 11ème siècle(contemporain du Cid). Les pièces étaient réparties autour d’un patio planté d’un jardin avec un bassin carré. On ne voit plus que les fondations. Douze tours gardaient la muraille d’enceinte.

les ruines de l'Alcazaba
les ruines de l’Alcazaba

L’office de tourisme a organisé un circuit dans la ville historique que je suis un peu dans le désordre. Près du parking, un moulin dont on voit encore la meule et le mécanisme. Aucune indication sur la date de construction, ni sur la nature de ce qui y était moulu. Non loin, on entre dans la ville par la Porte San Pedro (11ème siècle), arc roman, reconstruit en 1578 qui porte les armoiries d’Aragon. La petite rue La Luz monte raide à une placette dans le quartier de Moreria où habitaient les musulmans, 200 habitants jusqu’en 1609 où ils furent définitivement expulsés d’Espagne. Un jardinier municipal rencontré sous le château, me montre le petit escalier : Escaletes dels Gats (chats ?) qui montait de la place de la Synagogue  dans la Juderia dont il ne reste plus de trace depuis l’expulsion de 1492.

Porte dan Pedro
Porte dan Pedro

L’église de l’Ascension(1727) est très imposante avec sa belle coupole, sa façade baroque, construite sur l’emplacement d’une église gothique. Seul subsiste le clocher 14ème siècle. Malheureusement elle est fermée et je ne pourrai pas admirer les retables promis par le plan. A l’arrière de l’église, la fontaine Fons del Sabater rassemblait les trios communautés au moyen âge, proche de la Juderia, de la moreria et de l’église.

La petite église du sang, Santa Margarita (13ème siècle)est typique des églises de la Reconquista avec un plafond de bois mudejar (selon la documentation, elle est fermée.)

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l’almodi

J’arrive enfin sur la très jolie place de l’Almodi . Il n’y a plus de halle à grains maure. Du 15ème au 19ème c’est là que se tenait le marché. Un cadran solaire décore une façade. De belles arcades gothiques abritant de nombreux restaurants et cafés. Il est midi, trop tôt pour déjeuner, dommage !

Nous aimerions passer au marché de Benicassim pour acheter du poisson et avoir une longue après midi pour profiter une dernière fois de la plage et de la terrasse. Nous ne traversons pas la ville à nouveau pour visiter le Musée des Azulejos (regrets) et le Musée des Sciences naturelles.

L’été s’est terminé brusquement après la pluie d’hier. La température a baissé (22° quand même), un peu juste pour nager mais encore très agréable pour marcher les pieds dans l’eau. A consum on a relevé la barrière du parking, plus de ticket à demander à la caisse pour sortir. La promenade s’eest vidée. Ne restent que très vieilles personnes et quelques sportifs. J’ai suivi le chemin de planches en direction du sud, découvert quelques très belles maisons et des jardins de palmiers, yuccas et autres plantes de sable pratiquement sur la plage.

La soirée a commencé dans la gloire d’un coucher de soleil. La nuit tombée, les grues de Castellon scintillent, les bateaux au large sont  illuminés. Dernière soirée magnifique.