Prodigieuses Créatures – Tracy Chevalier

Ammonites

C’est la biographie romancée de Mary Anning qui découvrit dans les premières décennies du XIXème siècle les fossiles d‘Ichtyosaures et de Plésiosaures sur les plages de Lime Regis (Dorset) qui sont les Prodigieuses Créatures qui ont donné le titre au livre. 

C’est comme ça avec la chasse aux fossiles : elle s’empare de vous, comme une fringale, et rien d’autre ne compte à part ce que vous trouvez.

Ce roman à deux voix fait alterner le récit de Mary, la chasseuse de fossiles, et celui d’Elizabeth Philpot, dame de la bonne société passionnée de poissons fossiles.

Nous étions à peine installées à Morley Cottage qu’il devint évident que les fossiles allaient devenir ma passion. Je devais en effet m’en trouver une : j’avais vingt-cinq ans, peu de chances de me marier un jour, et besoin d’un  passe-temps pour occuper mes journées. Il est parfois extrêmement assommant d’être une dame.

Le récit d’Elizabeth Philpot commence comme un livre de Jane Austen : trois sœurs, filles d’un avocat londonien, d’installent dans cette modeste station balnéaire après avoir laissé la belle demeure de Bloomsbury à leur frère qui vient de se marier. Trois soeurs à marier, les deux aînées sont déjà des vieilles filles, tandis que la cadette encore fraîche et jolie écume les bals et clubs pour trouver un soupirant. D’ailleurs Jane Austen a résidé à Lime Regis en 1805 et son roman Persuasion s’y déroule. Peut être les soeurs Philpot l’ont-elles rencontrée?

Ichtyosaure

« …un monstre de pierre impressionnant qui mesurait plus de cinq mètres de long et qui ne ressemblait à aucun animal
connu. Ce n’était pas un crocodile. Non seulement il avait ces yeux immenses, ce long museau dénué de bosses
et ces dents régulières, mais il avait également des nageoires plutôt que des pattes, et son thorax était comme un
fût allongé dont les côtes s’alignaient à partir d’une puissante épine dorsale. Il se terminait par une longue queue,
dont la ligne des vertèbres était coupée par une déviation en son milieu. Il évoquait un peu un dauphin, une tortuemarine ou un lézard, sans pourtant concorder tout à fait avec la physionomie d’aucun de ces animaux-là… »

Mary a 12 ans quand elle découvre avec son frère le museau du fossile qu’elle prend d’abord pour un crocodile. Son père qui l’a initiée à la « chasse aux fossiles » vient de mourir laissant des dettes à sa famille qui a pour seul revenu le produit de la vente des « curios » (curiosités) fossiles d’ammonites, gryphées, lys de mer ou oursins dont les touristes sont friands. Elizabeth Philpot, passionnée de paléontologie va accompagner la jeune fille sur la plage, l’aider à extraire le squelette et à le vendre à un notable. Elizabeth, femme de bonne éducation, lit aussi des livres scientifiques et des revues et va partager ce qu’elle sait avec Mary.

Mary Anning

Etre une femme-paléontologue ne va pas de soi! Les notables vont s’approprier les découvertes de Mary et les revendre à bon prix. Elizabeth bien introduite dans la société de Londres va tenter de les obliger à attribuer la découverte à l’inventrice. Mais être une femme dans ce milieu n’est pas facile, même Elizabeth doit subir les rebuffades des paléontologues qu’elle connaît par ailleurs, elle y laisse sa santé. Pourtant l’expertise de Mary est reconnue jusqu’à Paris.

« L’ichtyosaure était une créature qu’on n’avait jamais vue auparavant, qui semblait ne plus exister, qui avait
disparu… dont l’espèce s’était éteinte. De ce phénomène, on a déduit que le monde évoluait sans doute en permanence, si lentement que ce soit, qu’il n’était pas immuable, comme on le croyait précédemment. »

[…]
« Cela ne me dérange pas de lire la Bible de façon métaphorique et non pas littérale. Par exemple, les six jours de la Genèse ne sont pas des jours au sens propre, mais différentes périodes de la Création, qui correspondent à plusieurs milliers, voire plusieurs centaines de milliers d’années. Cela n’enlève rien à la puissance de Dieu … »

Un autre aspect du roman m’a intéressée. Avant Darwin et les théories de l’Evolution, la découverte de ces « prodigieuses créatures » était contraire aux théories que professait l’Eglise : la création du monde en six jours. Comment s’accommoder de créatures disparues, peut-on imaginer que Dieu les a crées imparfaites et s’en est débarrassé lors du Déluge? L’écrivaine a mis en scène des scientifiques reconnus comme Lyell ou Cuvier et des universitaires d’Oxford.

 

Un roman qui m’a bien sûr passionnée. Et qui me donne envie de traverser la Manche pour voir la plage et le Musée!

 

Ravel – Jean Echenoz

Ciboure, la ,maison de Ravel à l’extrême gauche

Nous sommes passées à Ciboure devant la maison  de Ravel qui naquit le 7 mars 1875. C’est une maison d’armateur, en belle pierre claire qui hébergea Mazarin lors du mariage de Louis XIV en 166o. 

J’ai donc choisi Ravel d’Echenoz pour accompagner ces vacances.

Ce court roman (123 pages) n’est pas vraiment une biographie. L’auteur choisit de commencer en 1927. Ravel a plus de 50 ans. Des années de jeunesse et d’apprentissage, je n’apprendrai rien. Ravel est en partance pour une tournée américaine triomphale. L’auteur est romancier, pas musicologue, de la composition je n’apprendrai pas grand chose.

En revanche, Ravel a du style, c’est un dandy qui emporte des malles et des malles d’habits qu’il accorde avec soin. Ravel a du style et Echenoz aussi! Je me suis délectée de ses phrases incisives, ironiques, élégantes. Elégance aussi des décors surtout la traversée transatlantique en Première Classe à la table du Commandant! Ravel a sillonné les Etats Unis à bord de trains de luxe, racontés avec un luxe de détails.

Le Boléro :

« Il y a en tout cas, une fabrique qu’en ce moment Ravel aime bien regarder, sur le chemin du Vésinet, juste après le pont de Rueil, elle lui donne des idées. Voilà : il est en train de composer quelque chose qui relève du travail à la chaîne. 

Chaîne et répétition, la composition s’achève en octobre après un mois de travail seulement troublé par un splendide rhume cueilli pendant une tournée en Espagne, sous les cocotiers de Malaga. Il sait très bien ce qu’il fait, il n’y a pas de forme à proprement parler, pas de développement, juste du rythme et de l’arrangement. Bref c’est une chose qui s’autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l’arme est le seul élargissement du son. Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, dit-il, […]Après qu’il a fini, un jour qu’il passe avec son frère auprès de la fabrique du Vésinet : tu vois, lui dit Ravel c’est là, l’usine du Boléro. »

On assistera aussi à la rencontre avec le  pianiste manchot et à la création du Concerto pour la main gauche.

Les tournées s’enchaînent, et la fatigue, l’insomnie, le déclin, l’accident…qui conduisent à la fin. Mais toujours avec élégance!

 

la Havane : callejon de Hamel – musées

CUBA – 28 Février 2004 dernier jour du voyage

Street art

Pour aller au Callejon de Hamel, Delta nous recommande d’aller à pied jusqu’à l’hôtel Habana Libre (l’ancien Hilton) puis de prendre L jusqu’à San Lazaro . Je viens justement de lire cet itinéraire dans « La Havane Pour un Infante défunte » de Guillermo Cabrera Infante . Ce gros livre pourrait servir de guide des rues de la Havane, c’est mon livre de chevet. L’initiation sexuelle du jeune héros toutes ses dragues minables ne me passionnent pas mais je dévore ce livre comme guide touristique. Le héros promène ses conquêtes ou poursuit des inconnues selon des itinéraires précisément répertoriés. Cela donne une vie supplémentaire à la rue où nous passons. Cela me permet également de mémoriser des itinéraires.

Street Art

Au bout de la 21 nous filons tout droit sur l’Hôtel National« Monument Historique »

Nous nous promenons dans les salons et les jardins. Dans une sorte de tranchée, une exposition historique : la Crise des fusées. Toujours des photos NetB avec citations sentencieuses de Marti et de Fidel. Pourtant ce n’est pas ennuyeux. Ce sont les actualités de mon enfance qui sont devenues de l’histoire. Dans un salon, des affiches rangées par ordre chronologique, de tous les visiteurs célèbres des années 30 à nos jours : Errol Flynn, Clark Gable, Fred Astaire ou Marlon Brando ne m’étonnent pas, Danielle Mittérand beaucoup plus tard non plus . En revanche de nombreux américains, acteurs ou metteurs en scène sont venus récemment : Schwarzennegger, Spielberg …Les liens entre les Etats Unis et Cuba sont bien étranges.

grandeur et décadence

Nous traversons le Centre de La Havane par les calle Animas, Virtudes, Industria . Toutes sont bien délabrées aux antipodes des quartiers aisés et verdoyants du Vedado et des belles restaurations de La Vieille Havane . la misère est bien visible . Pas de restaurations, des rues entières sont fermées à la circulation.

Le callejon de Hamel est une petite rue complètement recouverte de fresques . Nous sommes habituées aux fresques révolutionnaires, les slogans ou les dessins simplistes qui occupent l’espace un peu partout où il y a un mur inoccupé . Celle du callejon de Hamel sont des fresques artistiques . Tout est peint de couleurs vives, du sol aux bidons d’eau sur le haut des toits et les murs des maisons jusqu’au troisième étage . Il y a toutes sortes d’installations : des colonnes peintes, des cadres de vélos suspendus, des grillages, des statues de style africain, . c’est aussi le haut lieu de la Santéria, culte Afro-cubain . Le dimanche, on joue du tambour et de la rumba . Des galeries de peinture sont ouvertes au public . Des poupées et animaux de papier mâché font penser aux Musée de l’Art Moderne à Vienne. Dans  une sorte de citerne des tortues et un petit crocodiles sont prisonniers. Pauvres animaux ! que font ils là ? Des gamins noirs dansent. Une petite boutique d’herbes est prise d’assaut par les habitants du quartiers , aromates ? plantes médicinales ? sorcellerie ?

J’ai envie de tout photographier : les peintures murales, les colonnes, les statues qui semblent sortir du mur, les personnages pittoresques …

Nous sommes abordées par un jeune noir qui vend son CD de rumba 10 $ Nous nous laissons tenter mais nous aimerions bien l’écouter. Il nous conduit à un petit bar où il y a un radiocassette ; on n’entend rien . Il veut se faire offrir un mojito . Le mojito est fait à l’eau du robinet, sans angostura . Il est plus cher que dans le bar chic de la place San Francisco . Nous avons l’impression de nous être fait pigeonner . Espérons que le CD nous plaira ! . Nous quittons le callejon de Hamel sur cette impression déplaisante .

En route nous découvrons les marchés populaires et reprenons le même chemin qu’hier pour visiter le Musée des Beaux Arts – musée moderne très clair, très bien conçu quoique sobre .Les collections sont très intéressantes mais je les parcours au pas de charge . Dommage d’avoir prévu si peu de temps . Tout m’intéresse : les œuvres contemporaines colorées certaines plutôt naïves d’autres politiques, les œuvres anciennes du siècle dernier qui n’ont peut être pas valeur de chef d’œuvre du point de vue de artistique mais elles sont un témoignage précieux pour imaginer la vie des cubains il y a 150 ans. Paysages agrestes de plantations, vie à La Havane, portrait d’espagnols, de cubains, de Créoles … J’aimerais consacrer plus d’attention.

Quand je rejoins Dominique, elle s’est fait une belle frayeur, ne retrouvant plus la carte de crédit que j’ai avec moi .  Qu’allons nous faire de ces quelques heures qui nous séparent du départ ? Nous avions tout prévu en cas de grosse chaleur : la sieste au Prado, les sandwichs etc. . Il fait très frais et nous ne sommes même pas habillées avec une petite laine . Je propose d’aller rendre visite à nos hôtes de la belle maison du Vedado 25y6 . Nous pourrions nous reposer dans le beau jardin . Un coco taxi nous y conduit donc . Les dames ont l’air contentes de nous revoir mais elles ne comprennent pas tellement pourquoi nous sommes chez elles puisque nous ne voulons pas de chambre . Je demande si nous pouvons avoir un sandwich comme la semaine dernière . C’est compliqué La dame part faire des courses elle n’a plus de pain . Nous attendons longtemps sur la terrasse . Déjà Dominique s’impatiente . La dame arrive avec un plateau avec des verres et les sandwich, elle a l’air affolée, elle en casse un verre . Il ne faut pas que nous nous installions sur la terrasse de devant « les voisins pourraient vous voir «  nous allons donc derrière à l’ombre . Dominique a très froid . Je n’avais jamais pensé au fait que cela aurait pu leur causer des ennuis de déjeuner dans le jardin . Sans doute, elle n’ont pas le permis de nous faire à manger . Cela jette un froid . La dame très gentille veut nous offrir un café Dominique s’impatiente encore . Finalement nous nous sauvons presque comme des voleuses . Ce n’était pas une si bonne idée de revenir ici . Dommage

De retour chez Delta nous avons juste le temps de nous changer avant de prendre le taxi qui nous conduira à l’aéroport

Toute la violence des hommes – Paul Colize

POLAR BELGE

Trouvé sur les blogs d’Aifelle et de Kathel

Après une série de livres sérieux et denses, j’avais envie de me divertir avec un polar,  me laisser entraîner par un auteur que ne connaissais pas encore.

Coïncidence : le héros de l’histoire est un Croate qui a vécu, enfant, l’horreur du siège de Vukovar (1991) alors que je viens de lire une série de livres de l’ex-Yougoslavie ; j’ai donc été sensible à cette tragédie évoquée dans le livre.

Le château d’eau de Vukovar

Je m’intéresse également au Street-Art qui est au centre de l’intrigue.

Et je n’ai pas été déçue. Polar original et très bien ficelé.

Des personnages intéressants et loin des clichés du genre dont on découvre progressivement la complexité.

Ne comptez pas sur moi pour spoiler et vous révéler l’histoire, il faut le lire. Une soirée suffit, on se laisse entraîner et on ne le lâche plus.

La Havane : Malecon, Prado, manufacture de cigares

CUBA 2004 – 27 février après midi

manufacture de cigares Partagas

A 11h30, sur le Malecon. Il fait très beau mais la mer est très agitée. D’énormes vagues viennent se briser sur la jetée. Elles sont tellement fortes qu’on a interdit la circulation le long de la digue . Nous faisons des photos des beaux immeubles qui tombent en ruines . La couleur de la peinture apparaît par plaques, délavée .

La Rue San Lazaro est parallèle au Malecon . Elle est encombrée puisque le Malecon est fermé aux voitures.

Prado

 

Nous arrivons au Prado. J’essaie de visiter la maison natale de Lezama Lima, encore un pèlerinage littéraire, mais il n’y a rien à voir.

Le Prado est une belle promenade ombragée de magnifiques ficus . Des bancs de marbres pourrons nous accueillir demain en attendant le taxi pour l’aéroport. Le Prado nous conduit au Parque Central, nous passons devant le Capitole.

Manufacture de cigares Partagas

Derrière le Capitole, nous trouvons la Manufacture de cigares Partagas.

Visite guidée en français.  Le vacarme des ateliers couvre les explications. Cette fabrique date de 1840 . Les méthodes de travail n’ont pas dû changer depuis. Les cigares se roulent à la main. Dans les ateliers, les ouvriers sont assis par deux ou par trois à de longues tables. Chacun doit rouler 100 cigares au minimum . S’il en fait plus, la prime est payée en dollars. Les calibres sont en bois, des planches creusées de rayures cylindriques. Quand la planche est pleine, on met le tout quinze minutes sous presse. Pendant le travail, un lecteur lit le matin les journaux, l’après midi, des classiques. Comme c’est l’heure de midi, il y a de la musique à la radio ; Les ouvriers chantent en même temps que la radio . Un homme passe, beau costume très mode, lunettes noires, acclamé comme une vedette de la télé : c’est le lecteur. Chaque ouvrier fait des cigares différents . Pour découper les feuilles, ils se servent de sorte de rasoirs en acier. Ici, les ouvriers fument en travaillant .

Derrière Partagas, le quartier chinois avec son portail très chinois . Nous achetons du poulet dans un restaurant de plein air . On nous y recommande de prendre un  cyclo-pousse pour arriver au Couvent Santa Clara, cela ne devrait pas coûter plus d’un dollar.  Nous en dénichons un qui nous débarque à la station des cyclo-pousse, peut être sommes nous trop lourdes ou le dollar marchandée suffit il pas ?

couvent santa Clara bleu Havane

 Le Couvent de Santa Clara se trouve au sud de la Vieille Havane . La visite est guidée. C’est donc un couvent de Clarisses (franciscaines) très ancien du XVIème siècle. Un grand cloître a été restauré, planté d’un très beau jardin avec des arbres de nombreuses essences : une ceiba, un arbre de l’hypocrisie « yaruba » dont une face des feuilles est verte et l’autre blanche. Nous avions déjà remarqué cet arbre qui ressemble à un énorme aralia  sauf que les feuilles ne sont pas vernissées comme pour l’aralia. Quand elles tombent, elles se recroquevillent comme des mains de sorcières ou comme des araignées monstrueuses.

Dans une autre cour, la Maison du Marin où est installé un hôtel . Un marin ayant quitté Cuba avait laissé sa femme dans cette maison ancienne à balcon gardée par les religieuses.
Le couvent est restauré, les murs peints en jaune pale, les volets, les poutres, les arcades en « bleu Havane », bleu vif tirant sur le turquoise, très lumineux . La guide nous montre une maquette d’une cellule de religieuse . chaque religieuse a une esclave à son service, la maîtresse a une grande chaise, l’esclave une petite, la maîtresse un grand lit, l’esclave, un petit …L’hôtel, est vraiment bon marché 25$, le même prix que notre chambre chez l’habitant.

Avant de rentrer au Védado Dominique goûte enfin un mojito . Nous nous installons à la terrasse d’un très beau bar devant l’église San Francisco que je dessine . La place est occupée par des calèches, l’endroit est superbe . le garçon donne la recette du mojito : sucre, glace pilée, de l’eau gazeuse , du rhum de la menthe fraîche et un trait d’angostura.

Nous rentrons par un taxi genre touktouk, marron à allure ancienne conduit par une fille en bonnet qui n’hésite pas à monter sur le trottoir pour doubler le camion- poubelle ?

Douglas nous sert sur la table de la terrasse un dîner végétarien : riz et légumes . nous faisons connaissance avec les autres locataires : des italiens deux couples et trois garçons suisses et italiens. Delta et Douglas ont vraiment beaucoup d’hôtes !

La Mue du Serpent – Grigol Robakidzé – (traduit du Géorgien) Gingko

LIRE POUR VOYAGER : GEORGIE

Hamadan… Cette ville fait penser à l’empreinte, laissée par le fer de Bucéphale : ensanglantée, jaunie, un peu rouillée et couverte de mousse, mais cependant baignée de soleil ; Hamadan est la marque d’un sabot furieux. Le
lion de pierre roux est le bouclier ardent d’Hamadan.

 

Grande paix du plateau iranien. L’air cristallin comme une eau de source. Les galets humides couverts de mousse. Le ciel, sans bornes, sans fin, pareil à un foulard d’indienne où le lapis-lazuli se marie à l’eau d’émeraude. Les étoiles — diamants, gros comme des œufs qui jettent leurs feux. Toute la contrée semble sortir de mythes qui n’ont jamais existé.

Evasion garantie, voyage d’Orient. Une découverte!

Je croyais prendre le large pour le Caucase, surprise : j’atterris en Iran, en Perse devrais-je écrire, en 1917. Archibald Mekeche, le héros de l’histoire, peintre britannique, vient de Mésopotamie et fait route vers Qazvin dans une Ford en compagnie de son chien Allan et d’un mystérieux homme enturbanné, Perse, Hindou ou Egyptien, peut être juif?

Le voyageur prend son temps et admire les paysages des montagnes iraniennes roches en couleur comme les tapis persans ou les miniatures. Poésie des lieux, couleurs, impressionniste. L’artiste fait aussi acquisition d’objets d’art : tapis, épée ancienne… En route il évoque Darius et Cyrus, le trésor des Achéménides, Esther et Mardochée, Alexandre le Grand et Bucéphale… les légendes antiques baignent Hamadan.

Mosaïques de peuples et de combattants, troupes de Cosaques, frémissement de la Révolution qui gronde en Russie, Géorgiens, Russes de l’Union des zemtsvos, humanitaires, sorte de Croix rouge russe…fraternité de ces hommes en permission qui boivent plus que de raison, chantent et se battent. Un roman d’aventure?  Il sera question de la paix de Brest Litovsk (3 mars 1918), de la Révolution à Saint Pétersbourg. Un roman historique?

Archibald Mekèche vient retrouver ses racines géorgiennes. Il rencontre un personnage fascinant : Vamekh, un Géorgien qui devient son ami, son double qui l’invite dans sa famille. Les légendes géorgiennes sont alors évoquées :

« Une vierge arrive d’Asie Mineure. Son corps pourrait attiser le désir des hommes. Mais elle abandonne le monde
et n’accepte que l’enseignement du Christ, son fiancé invisible. Elle quitte sa maison sans destination précise,
guidée par sa seule intuition. Voici qu’elle franchit la frontière de Kartlie. La terre apaise son ardeur, une source
rafraîchit son corps. La vierge convertit le peuple et lui offre une croix. N’est-ce pas beau et passionnant ?…
Attendez ! Il doit exister d’autres histoires aussi belles et passionnantes. Mais ce n’est pas tout. La vierge fait la
croix avec des sarments de vigne. Alors que les croix sont généralement faites de pierre ou de bois, matières
sèches et inanimées, la nôtre est faite de vigne, symbole de la terre, de la vie. Si la croix chez les autres incarne
la Passion et la souffrance, chez nous elle est à l’image de la fête… Mais attendez ! Je n’ai pas fini. La vierge
coupe ses nattes pour en attacher les sarments, comme si elle pansait la plaie de la vigne larmoyante. Une croix
faite de sarments attachés par les cheveux d’une femme. »

De la christianisation de la Géorgie, à ses souverains et ses nobles. Généalogies…Histoires que les notes de bas de page détaillent si on prend la peine de les lire.

Vie rurale, vins géorgiens, folklore? Fêtes dionysiaques, célébration du vin, folles chevauchées, ménades.

Il y a aussi des histoires d’amour. Des histoires de famille…

Ce livre est d’une telle richesse qu’on a envie de le relire, à peine achevé pour découvrir un nouvel aspect qu’on aurait négligé.

Trouvé sur le blog de Keisha  Décidemment de bon conseil!

 

La Havane – chez Hemingway

 CUBA – Vendredi 27 février 2004

Chez Hemingway

Un carillon a sonné toute la nuit les quart d’heures et les heures !

Douglas nous explique comment arriver à la Maison d‘Hemingway à San Francisco de Paula – hors plan de La Havane- : trouver le Paséo tout proche,  le remonter jusqu’à la Place de la Révolution, chercher la Cité Déportive puis la route de Dolores, enfin demander . La route est bien dégagée à huit heures du matin, peu de circulation à part les énormes autobus surchargés. Les enfants des écoles  massés de part et d’autres de la chaussée, agitent des petits drapeaux de Cuba . Nous avons l’impression d’être reçues avec les honneurs d’un Chef d’Etat étranger.

Chez Hemingway : bibliothèque et bureau de l’écrivain

San Francisco de Paula se trouve à la  campagne . C’est une bourgade très fleurie sur une colline. La Maison d’Hemingway est précédée d’un beau parc avec des arbres immenses : casuarinas, bambous, palmiers royaux etc.. La maison blanche  se trouve à l’arrière d’une terrasse avec une tonnelle fleurie ornée de céramique . Elle est de plain pied,  ouverte sur le jardin. Tout est resté tel qu’Hemingway l’a laissé, ses livres, ses bouteilles, ses chaussures . Je l’imagine avec ses chats et ses chiens – on a vu les tombes des chiens dans le jardin – nous montons à la tour . Partout des livres. Ce que je n’avais pas imaginé, ce sont les affiches de corridas et beaucoup de trophées de chasse . Belle piscine, sur le bord, tout est prêt pour recevoir des invités ! Ce pèlerinage dans le décor quotidien de l’écrivain m’émeut. J’ai vécu un bon moment dans son intimité en lisant Iles à la Dérive, Pour qui sonne le Glas avait accompagné nos vacances en Espagne. En revanche, je n’ai pas pu lire ses livres sur les corridas . Là, je n’accroche vraiment pas . Nous rentrons sans encombre à la Havane dans laquelle nous nous orientons bien maintenant et rendons la voiture dans les temps .

 

Zinc – David Van Reybrouck Actes Sud – essai traduit du Néerlandais

le triangle blanc matérialise le territoire de Moresnet-neutre

« Sans avoir déménagé une seule fois de sa vie, il a été successivement citoyen d’un État neutre, sujet de l’Empire
allemand, habitant du royaume de Belgique et citoyen du Troisième Reich. Avant de redevenir belge, ce qui sera
son cinquième changement de nationalité, il est emmené comme prisonnier de guerre allemand. Il n’a pas
traversé de frontières, ce sont les frontières qui l’ont traversé. »

Ce court essai raconte l’histoire d’un homme, Emil Rixen (1903-1971) qui changea cinq fois de nationalité sans quitter son village. 

C’est aussi l’histoire d’un minuscule territoire  coincé entre Belgique, Prusse et Pays Bas : Moresnet-neutre

« nouveau mini-État, à l’inverse, était constitué de bois pour plus de la moitié de sa superficie et comptait tout au plus une cinquantaine de maisons et de cabanes éparses, abritant 250 âmes, regroupées pour la plupart au hameau de Kelmis/La Calamine. »

Résultant du Traité des Limites en 1816, après la défaite napoléonienne, les Pays Bas et la Prusse ne réussissant pas à se mettre d’accord sur l’attribution de ce territoire recelant une richesse convoitée : la mine de Zinc. Ce micro-état possédait un drapeau. Il était soumis au Droit du Code Civil napoléonien, avait même choisi une langue officielle : l’espéranto et émis pendant quelques semaines un timbre-poste. Le traité de Versailles (1919) a mis fin à cette bizarrerie diplomatique. Moresnet-neutre est devenu Belge mais l’Allemagne nazie a envahi ce territoire, et engagé de force ses hommes dans son armée bouleversant encore les citoyennetés. 

C’est aussi un essai sur ce métal qui a donné le titre à l’ouvrage de David Van Reybroukdont l’exploitation récente au XVIIIème siècle et la richesse du minerai expliquent cette bizarrerie diplomatique. 

« XIXe siècle était le siècle du zinc, de même que le XXe allait devenir celui de la bakélite, de l’aluminium et du nylon. Les seaux, les arrosoirs et les bassines que Maria Rixen avait trimbalés en son temps dans la maison de son employeur : en zinc, sans aucun doute. Les chéneaux, les corniches et les gouttières de cette même maison : en zinc, très probablement. La baignoire, la lessiveuse, l’égouttoir : en zinc. La pommade pour ses mains desséchées et crevassées : à base de zinc. La revue illustrée qu’elle feuilletait en rêvassant : du zinc dans la
plaque d’impression, la photographie et la photogravure… »

La Communauté Européenne a fait disparaître les frontières qui se rejoignaient au Tripoint (convergence des frontières belges, allemandes, néerlandaises) La Covid va-t-elle les faire resurgir? 

Un essai qui tombe à point pour nous faire repenser aux frontières. une histoire originale et un livre très agréable.

Merci à Keisha qui m’a signalé cette lecture lire ICI

Retour à la Havane sous la pluie

CUBA – jeudi 26 février 2004

 

Un déluge s’abat sur Trinidad. Au petit déjeuner Helena ferme les volets orientables du comedor pour qu’il ne soit pas  inondé . Des gouttières s’écoule un flot furieux dans la cour. Heureusement, que j’ai mis les sandalettes de plage !

Cubanacar accepte de changer l’essuie glace défectueux et les pneus lisses de la Hyundai. Cela prendra une heure . Nous traînons donc jusqu’à 10 heures dans les rues transformées en ruisseau. Les étalages de l’Exposition des Livres sont rentrés. Les Cubains n’ont pas l’air de s’émouvoir de la pluie . Certains portent des parapluies, d’autres se laissent mouiller tranquillement. Nous nous abritons devant la vitrine d’un magasin d’objets « recyclés » principalement des vêtements d’occasion. La devanture est une misère. Pour meubler un peu la vitrine vide, on a réparti « artistiquement »des fleurs peintes sur des cartons. Dans une vitrine : deux pneus de vélo, quelques chambres à air, une pièce métallique étrange, sans doute de la plomberie. Dans l’autre vitrine, des bouteilles de verre ressemblant à des flacons de laboratoire remplis ,de produits pour le sol et de shampooing, bleus tous les deux : pas d’étiquette, bouchons recyclés eux aussi .

Les objets modernes et neufs existent quand même, mais ils sont vendus dans les magasins en dollars où l’on montre patte blanche avant de rentrer et son sac et le ticket de caisse à la sortie . Un vigile laisse entrer au compte goutte et referme la porte derrière chaque client. Autre endroit étrange pour acheter son ventilateur ou son frigo : la station service !

A 10h30, nous prenons la route de Cienfuegos. Pendant les premiers kilomètres, en plein brouillard. Nous trouvons enfin les réglages de la ventilation et du chauffage de la voiture, asséchons l’humidité . La pluie cesse, les nuages se séparent . La chaussée s’assèche . Les conditions de conduite redeviennent normales. Entre Cienfuegos et l’autoroute, sur 50 km la route est très lisse et glissante à cause de la terre rouge . A l’aller, la grosse averse l’avait transformée en patinoire. Le paysage de rizière était magnifique.  Le ciel est menaçant, nous passons au sec .

Dans le dernier village avant l’autoroute, nous achetons une pizza cubaine. Pour la manger au calme, nous nous arrêtons dans une rue parallèle à la route, très misérable. Une petite fille nous observe déjeuner dans la voiture . Sa mère l’appelle, elle revient avec des fruits. Cadeau inestimable de gens si pauvres qui ne veulent surtout pas vendre les fruits .

A midi, nous sommes sur l’autoroute.  Après les vergers d’agrumes et les grandes pâtures des bovins, le paysage devient sauvage et monotone avec des arbustes piquants. Peu de diversion à part le manège de deux voitures qui roulent de front et se passent une bouteille de bière par la fenêtre tout en roulant. Des charrettes à cheval traversent l’autoroute, des vélos roulent à contre-sens. Le réservoir de la Hyundai semble à moitié plein quand nous passons devant la station service à 180 km de La Havane . Nous nous arrêtons pour profiter de la cabine téléphonique mais n’achetons pas d’essence . Le niveau baisse, à la fin, le voyant d’essence s’allume . Toujours pas de Station service. Heureusement, la route est plus souvent en descente qu’en montée . Enfin, juste à l’entrée de la ville, nous trouvons une pompe, nous sommes à la limite de la panne sèche.

Pour nous orienter dans les banlieues, nous prenons une auto-stoppeuse et arrivons facilement à notre nouvelle adresse Vedado 21 y D 501. La rue est très tranquille, très aérée avec de beaux jardins, de grands arbres et des villas magnifiques. La nôtre occupe le coin, elle a dû, en son temps être belle, avec ses ferronneries, ses moulures Art Déco au dessus des portes et des fenêtres, ses vitraux et surtout son architecture originale toute en courbes et dissymétries. Pas un angle droit ! Malheureusement, les occupants Delta et Douglas ont entassé un tas de vieilleries . La salle principale est très sombre et encombrée : pas moins de 9 horloges et d’une dizaine de guéridons. Aussi d’étranges reproductions de la Joconde brunâtre. Notre chambre s’ouvre sur le salon par des portes battantes en verre cathédrale sans serrure. Un rideau masque l’entrée . Cette pièce a une forme très bizarre, une sorte de trapèze dont les côtés seraient arrondis avec des sortes de placards dans les coins . Le lit à deux places occupe tout l’espace, pas de place pour des tables de nuit ! Après la belle villa 25y6 et la Casa coloniale de Trinidad, nous avons pris des habitudes de luxe !. Je suis donc un peu déçue .Dominique s’accoutume bien de la chambre, moins des propriétaires très collants.

Nous profitons de la voiture pour visiter les quartiers éloignés . Miramar avec ses grandes villas et ses énormes hôtels nous déçoit. Les villas sont encore plus grandes qu’au Vedado mais le bord de mer est tout gâché. Puisque Miramar ne nous a pas offert la promenade de bord de mer, nous traversons La Havane par le Malecon pour retourner à la forteresse. A 9 heures, s’y déroule une cérémonie en costumes du 18ème siècle qui se termine par un coup de canon . Nous n’avons pas prévu la petite laine ,comme le vent souffle fort, nous avons froid .

Nous attendrons 9 heures dans la Habana Vieja dans les petites rues autour de l’hôtel Valencia . Nous retrouvons avec plaisir la Place d’Armes, l’hôtel Valencia, faisons un tour par Obispo . Je suis un peu déçue : les rues sont désertes . Pas de musique dans les bars .Peut être est ce le froid ? Ou simplement, nous étions venues le week-end et en semaine, il y a moins d’animation ? 21h :coup de canon . Nous rentrons chez nous.

Le Pont sur la Drina – Ivo Andric

LIRE POUR LES BALKANS (BOSNIE)

Ivo Andric(Prix Nobel 1961)est l’auteur de Titanic et autres contes juifs de Bosnie , de Mara la Courtisane, Omer Latas Pacha , que j’avais lus en 2017 à l’occasion d’un voyage dans les Balkans (Albanie, Kosovo, Monténégro, Macédoine). J’avais beaucoup aimé ces livres  et m’étais promise de poursuivre la lecture de son œuvre. Le Mois de l’Europe de l’Est est l’occasion d’y revenir. 

Le Pont sur la Drina est le « roman-chronique » (expression trouvée dans la Postface) de la ville de Visegrad, se déroulant de 1571 quand le pont fut construit jusqu’à l’été 1914, de l’apogée de l’Empire Ottoman jusqu’à son démantèlement.  Le Pont sur la Drina faisait le lien entre l’Orient et l’Occident, puis la frontière entre la Serbie et la Bosnie. Lien entre une mosaïque de communautés mais aussi passage des armées d’invasion. Centre de la vie officielle où les proclamations officielles étaient placardées.  Lieu de vie : jeunes et vieux venaient fumer, bavarder, boire café ou rakia, comploter même!

Mehmed Pacha Sokolovic – Grand Vizir de Soliman le Magnifique et de ses successeurs – qui ordonna la construction du pont – était un enfant du pays, du village voisin de Sokolovici, jeune serbe orthodoxe enlevé par les Ottomans pour en faire un Janissaire. La  construction du pont dura 5 ans et fut accompagnée de celle d’un caravansérail; œuvres pieuses financées par une fondation religieuse. Pendant trois siècles musulmans, chrétiens et juifs et tsiganes vivaient autour du bazar, commerçants et paysans. Les plus grandes catastrophes, les crues de la rivière les réunissaient dans les hauteurs dans la grande fraternité des inondés, le pope, l’imam et le rabbin unis pour rassurer leurs ouailles.

Le réveil national des Serbes dans le pachalik de Belgrade fut une première fissure dans l’Empire. les troupes et matériels envoyés en Serbie pour contrer la rébellion passaient par le pont. Visegrad était à une heure de marche de la frontière et l’on pouvait entendre tonner le « canon de Karadjorje » (1804-1813)et voir les feux sur le Mont Panos. Pour garder le passage, un mirador fut construit sur le pont et les têtes des Serbes condamnés pour complicité furent exposées. Pendant tout le 19ème siècle, les révoltes et les guerres s’étendirent dans les Balkans, la frontière turque reculait jusqu’à ce que les Autrichiens entrent en 1879 en Bosnie-Herzégovine puis l’annexent le 5 octobre 1908.

J’ai cherché sur le net toutes ces dates. Ivo Andric ne donne pas de cadre chronologique précis. Au contraire, la vie s’écoule régulièrement comme l’eau de la rivière sous les arches du pont. Le lecteur retrouve les familles, les enfants qui prennent la place des ancêtres, l’arrivée de nouveaux-venus comme ces Juifs galiciens qui installent un hôtel : Lotika, la gérante n’est pas une inconnue pour moi qui ai aimé Titanic et autres contes juifs de Bosnie. La société rurale et les commerçants du Bazar oriental voient arriver la modernité, l’éclairage au gaz, puis le train qui retire au Pont l’exclusivité du transit, l’électricité. Les jeunes vont étudier à Sarajevo mais aussi à Vienne ou à Graz. Les idées nouvelles, nationalisme et socialisme se répandent….Le caractère oriental cède devant les institutions austro-hongroises, on recense, numérote avant d’établir la conscription. 

Le Pont sur la Drina est paru en 1945 en version originale, puis en 1956 traduit en Français. Ivo Andric a été nobélisé en 1961. Il est mort en 1975. 

« Serbe par son choix et sa résidence en dépit de son origine croate et de sa provenance catholique, bosniaque par sa naissance et son appartenance la plus intime, yougoslave à part entière[…]que ferait-il au moment où se détruit tout ce qu’il a aimé et soutenu, ce à quoi son oeuvre est si profondément liée? Les ponts réels ou symboliques qu’il a décrits ou bâtis dans tant de ses ouvrages sont-ils brisés et détruits à jamais? 

interroge en 1994 P.  Matvejevitch dans la Postface du livre. 

Avant de refermer ce livre je me suis documentée sur ce Pont sur la Drina, nommé Pont Mehmed Pacha Sokolovic, monument historique inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a été témoin de massacres : nettoyage ethnique de la part des Serbes en 1992 où 3000 musulmans périrent. 

Emir Kusturica , en vue d’une adaptation cinématographique du roman d‘Ivo Andric a reconstitué les décors en une ville Andricgrad qu’on peut visiter virtuellement sur Internet mais qui ne m’a pas vraiment séduite. J’ai cherché des traces du film sans trouver. 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre et me propose pour la prochaine édition du Mois de la Littérature de l’Est de continuer à explorer l’œuvre de Ivo Andric!