Saint Jacques de Compostelle : musées

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL

Anges musiciens : organistrum

Le comedor est agréablement décoré : très belle glace avec des boiseries peintes et dorées, lustre à pendeloques, jolis bougeoirs en ferronnerie.

Musée de la Cathédrale

Crypte

crypte romane

Nous commençons la visite du Musée de la cathédrale par la Crypte où le chœur roman de Maître Matéo (1165-1211) a été reconstitué. C’est une très jolie représentation de la « Nouvelle Jérusalem  qui descend du ciel », à l’extérieur, une frise de châteaux montre les apôtres, les Prophètes… à l’intérieur, sur les maisons de la ville alternent avec des scènes d’enfants de la Schola Cantorum chantant le « vrai et nouveau cantique ». lLa musique est vraiment très représentée dans toute la partie romane de la Cathédrale. Nous avions déjà remarqué les vieux musiciens du Portique de la Gloire faisant un demi cercle autour du Christ et des Evangélistes.
Comme hier a été une journée baroque, aujourd’hui c’est une matinée romane .Il me semblait que le Baroque avait tout écrasé. Cette visite à la crypte fait réapparaître la cathédrale romane sous son écrasant baroque. Une statue romane d’une tour et de quatre chevaux  me plaît particulièrement. Nous sommes seules dans la crypte . Nous pouvons observer à loisir les chapiteaux et le bestiaire fantastique dans les petits tympans trilobés que je peux photographier.

Etoffe almoravides et panneaux mudejars

En montant, nous remontons dans le temps. Des salles présentent de très belles statues de bois peintes et dorées venant de divers ateliers du 15ème siècle ainsi que des étoffes almoravides et même venant d’Asie centrale, des panneaux mudejar (le monde arabe n’est pas loin !)

Cloître plateresque

cloître plateresque

Au troisième niveau, nous arrivons au cloître plateresque (1521-1590) et nous trouvons au niveau de la cathédrale actuelle. Le cloître est vaste et offre de jolies échappées sur les tours de la Cathédrale (cinq en tout, hier, je n’en avais compté que quatre)Des salles présentent des trésors d’argenterie, des croix qui ne nous passionnent guère. Petite déception, j’attendais l’encensoir fameux mobilisant huit hommes quand il est balancé dans la nef. J’imaginais un objet gigantesque, finalement il m’arrive tout juste à la taille et les ciselures me paraissent grossières.

Tapisseries

Au dernier étage, s’ouvrant sur la galerie,  dans les salles des tapisseries, l’étiquetage laisse à désirer. Celles qui sont tissées à partir de cartons de Goya ont des couleurs chatoyantes, des rouges vif. Les visages sont presque des caricatures. Toute une Espagne folklorique de joueurs de guitare, de Carmen telle qu’on l’imagine en France. En repassant devant les tapisseries, Dominique découvre une fête villageoise : des enfants jouant à saute mouton, l’un d’eux se casse la figue, les autres rigolent. Scènes de jeu de boules, de quilles. Beuveries : un personnage pisse contre un mur, une femme expulse un ivrogne à coups de balai. Le balai figure aussi sur d’autres tapisseries pleines d’anecdotes rigolotes. C’est un véritable plaisir de dénicher tous les détails marrants autrement plus amusants que le »s sujets antiques : Guerres Puniques ou mythologiques représentés sur les autres tapisseries. Les plus drôles ne sont pas de Goya mais de Téniers (17ème siècle) et de Luis Miguel Van Loo. Le fascicule précise qu’il s’agit de la vie champêtre aux Pays Bas (mais les Pays Bas étaient encore espagnols au 17ème siècle).

Le pèlerinage des motards

Pendant que nous visitions le musée, un grondement a fait trembler toute la place : c’est l’arrivée de plusieurs dizaines de grosses motos chevauchées par des motards folkloriques (un personnage est même costumé en moine avec un chapeau de pèlerin, bâton, besace et coquille) est ce le pèlerinage des motard ou simplement un rallye ? La télévision galicienne filme l’événement. En bonnes touristes nous faisons quelques clichés de ces pèlerins inédits.

Portail de la Gloire

Anges musiciens

Nous visitons une autre crypte située juste sous le Portail de la Gloire ? Encore des statues romanes des anges musiciens. C’est aussi l’œuvre de maître Matéo. Dans les vitrines, des reproductions des instruments musicaux des 24 anciens du livre de l’Apocalypse du Portail de la Gloire. Des photos donnent des détails sur la position des doits des musiciens sur leurs instruments. Notre visite romane continue… aux clé de voûte, un ange tient le soleil, un autre la lune.

Palais Gemirez
Au Palais Gemirez qui possède une salle magnifique  se sont déroulées les noces d’Alphonse IX ( ?) Cette fois ci nous avons une meilleure vision d’ensemble.
 Place de l’Immacolada : pique-nique dans le très joli jardin à la française de buis taillés coloré par des œillets d’Inde jaunes et oranges. Malheureusement, une grosse averse nous expédie dans la Cathédrale, le temps de traverser, la pluie a cessé.

Musée du peuple Galicien

Escalier hélicoïdal

Nous devons attendre 16h l’ouverture du Musée du peuple Galicien situé dans le couvent Santo Domingo un eu à l’écart de la Vieille Ville, dans un parc magnifique. Les vieux arbres, thuyas extraordinaires et chênes sont si touffus que les bancs sont secs après la pluie ? Encore une rangée de magnifiques hortensias ! J’en profite pour écrire le compte rendu des visites de la matinée pendant qu’un pèlerin joue d’une lyre en bois.
A l’ouverture du musée, le ciel s’est dégagé et nous avons plus envie de profiter du soleil que de nous enfermer dans un  musée. Ce sera donc une visite rapide. Le plus extraordinaire : l’escalier hélicoïdal, trois escaliers s’enroulent en spirale. Le cloître du 18ème est plutôt sobre dans tout le baroque exubérant de la ville.. Nous parcourons à grands pas les salles des instruments de musique celtique (castagnettes en forme de coquilles Saint Jacques) celles des costumes s’attardant un peu plus devant les maquettes des maisons galiciennes.
Nous passons la fin de l’après midi à l’hôtel. Enfin, nous pouvons profiter du paysage de collines, des vignes ensoleillées autour de l’hôtel Boa Vista. Pendant qu’on se promenait dans les ruelles de Costoia entre les belles maisons de pierre aux jardins fleuris d’hortensias, fuchsias abutylons dahlias et belles tonnelles de vigne, nous rencontrons un monsieur qui promène sa vache marron gris.
Nous dînons dans la galerie avec le coucher de soleil en prime.

 

 

Saint Jacques de Compostelle baroque

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL

Saint Jacques matamore


Muros

Nous quittons O Pindo sous une pluie battante, 16°C.
La côte est très sauvage jusqu’à Muros. La mer est grise, de belles vagues déferlent sur les rochers.
A Muros, le front de mer est aménagé avec des restaurants et des magasins sous des arcades de granite. Je trouve Le Monde. Depuis plus d’une semaine, je ne l’ai pas lu. La télévision espagnole donne des nouvelles insuffisantes : le Tour de France, beaucoup de sport, des faits divers, accidents, scandales politico-financiers, quelques images d’Irak…
  Muros est adossé à la montagne, les maisons de granite ornées de vérandas s’alignent dans des petites ruelles tortueuses coupées d’escaliers. Nous parvenons à un petit marché à étage en beau granite gris. Les paysannes du coin y apportent des paniers avec quelques salades, oignons, des prunes de leurs jardins. Dans l’estuaire à marée basse, des dizaines de pêcheurs à pied avec râteaux et seaux ramassent des coquillages, cela fait plaisir de voir ramasser autre chose que du mazout. L’estuaire s’est vidé presque jusqu’à Noia. Que nous évitons.

L’hôtel Boa Vista

La Pension Boa Vista

La dame de Sol y Mar du Pindo a réservé par téléphone un hôtel recommandé par le Routard. Pour une fois, nous savons où nous allons. L’hôtel Boa Vista se trouve à Costoïa, petit village perché sur les collines à l’écart de la route de Noia à l’ouest de Santiago. C’est une grande bâtisse carrée recouverte sur deux côté par une galerie vitrée blanche à petits carreaux . Nous sonnons, une dame nous ouvre et ne nous laisse pas entrer . Pourtant, nous avions réservé ! Arrive une dame toute vieille et toute petite qui nous montre notre chambre à l’étage. Comme toujours en Espagne, murs crème, mobilier en bois foncé. Aux quatre coins des lits, des torsades de bois pointues donnent un air « espagnol », les meubles et les portes sont rehaussés de losanges et de pointes diamant. Un très joli lustre à pendeloques de verre ajoute une touche raffinée, couvre-lits jaunes très sobres. La salle de bain est petite, une cabine de douche, impeccable.

Notre chambre très espagnole

Dans la galerie sont installées de petites tables et des chaises. On peut y jouir de la vue sur le jardin planté de quatre rangs de vigne, de deux houx sur un côté, une pelouse avec un magnolia et des thuyas de l’autre ? Comme il se doit, il y a un bel horréo couvert de lichen avec une croix en granite et deux colombes en terracotta. Aux alentours, les maisons aux toits de tuile sont dispersées dans les vignes et les vergers. Dommage qu’il pleuve ! On aurait pu s’installer sur la table de pierre et les bancs du jardin. Notre chambre donne sur les ruelles du village. Des fougères poussent sur le toit à la jointure de deux maisons mitoyennes.
Après une rapide installation, nous partons pour Saint Jacques de Compostelle toute proche. On peut vraiment féliciter le Routard pour ce choix !

Saint Jacques de Compostelle

Baroque!

Parking Saint Clément en bordure de la vieille ville interdite aux voitures.
Les rues étroites sont bordées de maisons à deux ou trois étages. Au rez de chaussée restaurants et bars abondent. Nous entrons dans la Cafétéria Paradiso (recommandée par le Guide Vert, décor 19ème siècle) et commandons des bocadillos que nous mangeons sur la place des Orfèvres (Praza das Platerias) sur le côté de la cathédrale. Très beau porche sculpté, portail roman 12ème donnant sur le transept. Sur le côté, la Tour de l’Horloge baroque.

Pélerins

Au milieu de la place : une fontaine ornée de chevaux. La foule qui passe est  amusante à observer. Dominique est très critique, elle n’a jamais vu autant de gens aussi mal habillés ! Il pleut, les pèlerins sont affublés de pèlerines en plastiques. Normal, la pèlerine pour un pèlerinage ! Il y a des scouts, des groupes de jeunes en shorts mais aussi toute une faune de vrais ou faux pèlerins, bâtons et coquilles, sacs à dos, gros godillots. L’un d’eux est particulièrement folklorique : cheveux longs et barbe grise déployée, habits de clodo, assis jambes écartées, il téléphone longuement avec son appareil mobile. Tout ce monde a sorti appareil photo numérique et camescope.

La place de l’Obradoiro et la Cathédrale

Nous faisons le tour de la cathédrale et découvrons l’immense place de l’Obradoiro pour admirer la façade baroque.
Il me revient une expression à la mode il y a une quinzaine d’années « il est trop ». Cette cathédrale est vraiment « trop ».
Trop grande, trop baroque, trop pèlerinage, trop décorée, trop catho …
On ne peut qu’admirer l’escalier monumental qui la précède avec ses ferronneries compliquées, puis en entrant : le Portail de la Gloire (c’est ce que j’ai préféré). Puis être impressionnées par les dimensions de la nef, les dorures de l’autel baroque.

Portail de la Gloire : évangélistes

Nous parcourons la nef en tout sens(enfin pas tout à fait, il y a des cordons comme dans les aéroports pour canaliser les files d’attentes et la circulation des pèlerins). A l’entrée, longue file (on croyait qu’il y avait un guichet pour des tickets d’entrée), les gens vont mettre leur main dans des mains creusées et se tapent la tête sur le saint aux bosses. Ils viennent en famille et se prennent mutuellement en photo ou au camescope. Une autre file permet de rentrer derrière l’autel embrasser la statue de Saint Jacques. De devant, on les voit poser leurs mains sur les épaules de la statue de bois.

Portail de la Gloire

La religiosité, la bondieuserie ou l’obscurantisme (qu’on nomme cela comme on veut) imprègne le lieu. Dominique ne décolère pas devant ces débordements. Chez moi, comme toujours, la curiosité l’emporte. Nous sommes bien décalées par rapport à tous ces gens. Il y a sûrement des touristes dans notre genre qui visitent l’église comme n’importe quel monument historique, mais ils ne se comportent pas « en touriste »  (heureusement, les japonaises de Konya m’avaient exaspérée).

Baroque ! Toujours baroque !

Nous déambulons au hasard dans les ruelles et les places. De l’autre côté de la Cathédrale, la place Immacolada nous fournit l’occasion d’une pause goûter dans un joli jardin. Les tours de l’horloge sont visibles,  au dessus de tout un enchevêtrement de toits, de coupoles, de balustres, de volumes de sculptures baroques. Encore du baroque, toujours du baroque. L’ensemble est homogène. Le baroque a tout phagocyté : la cathédrale romane, les ruelles moyenâgeuses …le granite rend ce baroque lourd par rapport à celui de Noto en Sicile.
Il tombe toujours une pluie fine. Les ruelles se sont vidées, les magasins sont fermés à l’heure de la sieste.

Musée des Pèlerinages
Après l’Université, nous trouvons le petit musée des Pèlerinages (gratuit) installé dans les trois étages d’une belle maison du 15ème siècle. L’exposition, très moderne, très didactique ne laisse rien deviner de l’ambiance du 15ème siècle.

Au premier étage, des maquettes de la cathédrale montrent des vestiges romains, la petite église romane qui a brûlé vers l’an Mil et la construction de la grande nef romane avant l’ajout de la façade et des tours baroques.

Au second étage, exposition très moderne sur les routes de Pèlerinages au Bas Moyen Age sous le portrait de Constantin : le pèlerinage de Sainte Hélène à Jérusalem et toutes les routes romaines vers Jérusalem et vers Rome. Au troisième étage : des objets se rapportant aux pèlerins (leur habit, besace, coquille…) et des sculptures de bois. On nous donne un petit livret en français si fourni qu’on ne peut pas le lire sur place.

Musée du Baroque

Retable baroque

 L’église San Martin Pinario est transformée en musée du baroque. L’escalier qui descend vers l’entrée est encore très baroque et très compliqué. A l’intérieur, c’est un musée des retables. La visite est guidée, ce qui permet d’observer mieux les détails. Dans la nef, le peuple suivait la messe debout (on a ajouté des bancs). De chaque côté, une série de chapelles fermées permettaient aux familles nobles de suivre une messe privée. Certaines chapelles avaient la dimension d’une véritable église avec des coupoles. Le bâtiment, comme tout ici, est en granite, mais il a été peint de manière à imiter le bois dans des plafonds à caissons, en trompe l’œil ou en faux marbre. Certains autels sont baroque italien avec des colonnes droites peintes en faux marbre, des statues installées sur des nuages qui rappellent ce qu’on a vu à Vienne ou en Hongrie. D’autres sont baroques espagnols avec des colonnes torsadées recouvertes de dorures avec des pampres des grappes de raisin, les statues sont aussi pleines de dorures.
Le maître-autel est tout à fait impressionnant, conçu comme un grand baldaquin surmonté de baldaquins empilés (il y en a trois) formant une sorte de pyramide creuse, toute dorée. Au dessus, deux statues équestres, l’une de Saint Jacques Matamore –c’est à dire tuant des Maures. L’autre est un autre saint écrasant sous son cheval un Maure grimaçant. Les écussons de l’Espagne s’entremêlent avec les symboles religieux. On contourne l’autel pour trouver une salle toute de boiseries avec les stalles des moines et trois registres de bas reliefs sculptés dans du bois foncé. Au dessus l’orgue monumental est une étrange scène masquant l’organiste. Enfin le guide nous mène dans la sacristie où sont alignés des angelots blancs (putti) tenant les objets de la passion. Ils sont très nombreux, de bois recouvert de stuc, et ressemblent aux putti siciliens, sauf qu’ici ils sont en rang d’oignon ayant perdu leur emplacement original.

Nous avons acheté du poulet et une salade que nous mangeons en nous cachant un peu sur la table de la galerie. Un couple d’allemand fait de même sans aucune discrétion. Nous avions bien tort de nous sentir coupables de ne pas manger le dîner de l’hôtel, tout le monde fait ainsi.

 

 

 

O Pindo : la plage de Carnota

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Lever à l’heure espagnole, petit déjeuner au bar, temps couvert. L’employée de l’office de tourisme de Carnota  est bien aimable. Elle nous donne une documentation bien complète, sentier, grenier record de longueur. Mais c’est un peu tard, quel dommage que l’Office ait été fermé samedi, lors de notre premier passage.
La plage de Carnota s’étire sur sept km de sable fin derrière un cordon dunaire planté d’oyats qui la sépare d’un marais, un petit rio se jette dans l’océan. Dans le marais poussent les mêmes immortelles bleues que nous avons cueillies au Danemark. Les oiseaux nombreux, se balancent aux herbes sèches et sont très bruyants. Dans les flaques du marais vivent crabes et crevettes ainsi que de petits poissons. Nous parcourons la plage. Nous sommes presque seules, seulement deux personnes vers le nord. Cinq vers le sud en comptant les ramasseurs de la marée noire.

Au bout d’environ deux km, il nous faut franchir le ruisseau. Avant même d’atteindre le lit où il y a du courant, Dominique s’enfonce jusqu’à mi- cuisse et s’extrait à grand peine, nous rebroussons chemin et elle s’enfonce à nouveau dans le sable mouvant qui l’engloutit jusqu’au short . Panique, on arrive quand même à s’en sortir mais on n’ira pas plus loin ! Peu de temps après un couple en maillot de bain passe sans encombre à un autre endroit où le courant est moins fort et où le ruisseau forme un petit delta.

La pluie s’intensifie « un grain » ne nous arrête pas. J’atteins un alignement de rochers. En m’approchant, je constate qu’ils sont tout noirs. Peut être n’aurais je dû pas venir ? Ils sont recouverts de jolies moules bien luisantes, je suis rassurée. Je commence à mieux comprendre comment le nettoiement des plages s’opère : de grands panneaux aux couleurs de la Galice et de l’Europe (75°/°) nomment l’entreprise chargée de l’opération, à chaque plage une différente, il semble que ce donc des sous-traitants privés locaux, ce qui explique les méthodes différentes . Ici, un gros tracteur tire une machine ressemblant à une botteleuse de foin, là bas comme des tondeuses à gazon. On dirait du bricolage d’outils agricoles. Je regrette bien que mon Espagnol soit insuffisant pour approfondir mes recherches ? Notre promenade sous la pluie a été bien agréable. Ce n’est pas gênant de marcher les pieds dans l’eau sous le crachin. Le pique-nique est une autre affaire, quand on s’arrête on se refroidit.

Des couples arrivent en maillot de bain, parapluie déployé : ils se baignent et retournent à la voiture.
Nous sommes rentrées à l’hôtel nous sécher. Notre chambre très claire est très agréable et ce n’est pas un malheur de faire une pause une demi-journée. Je guette par la fenêtre les éoliennes. Tant qu’elles sont dans le brouillard, inutile de sortir, pas de visibilité.

Eoliennes et Horreos

4 heures, les éoliennes sortent du brouillard, la grosse pluie a cessé. Nous tentons une sortie en voiture vers un mirador situé dans la montagne au dessus de Carnota. Nous arrivons à un très joli village : à l’entrée de nombreux horreos, un petit calvaire, une fontaine, une tourelle basse des maisons en granite, des fleurs et des chats. Tout cela en granite patiné incrusté de lichen. Sur les toits de tuile, de grosses pierres. Avec un rayon de soleil, j’aurais fait des photos pittoresques. Sous la pluie, c’est tout gris. Du mirador, nous surplombons la dune, le marais, la plage. Le ruisseau serpente, se divise en bras, delta miniature.

Sur la route du retour, la pluie redouble, nous essayons une autre petite route qui monte dans la colline : encore une petite route, de petits champs de maïs, pinède, horréos, calvaire, joli village en granite …encore un joli village d’un autre âge ! Ce qui est contemporain, c’est le camion du marchand de légumes ambulant qui nous barre la route. Il s’écarte pour nous laisser emprunter un chemin qui serpente dans les jardins pour nous mener dans une ruelle en cul de sac. Dominique doit refaire tout le chemin à reculons ; heureusement que c’est la championne de la marche arrière ! Ce sera notre dernière exploration sous la pluie, horréos, calvaires, maïs …se ressemblent tous, continuer serait juste bon à abîmer la voiture.

Nunca mais !

les greniers débordent de goudron!

Je retourne faire le tour du petit promontoire face à l’hôtel. J’ai enfin compris le sens de la fresque peinte sur le terrain de handball : le grenier traditionnel dégoulinant de mazout (jalipote ou chalipote) NUNCA MAIS sur le drapeau noir barré d’une diagonale bleue se rapporte à la marée noire. Mes promenades solitaires sont toujours alimentées de pensées sur la marée noire. Il semble que c’est le fil conducteur du voyage. J’ai toujours besoin d’une idée, d’un’ événement pour entrer en sympathie avec la contrée visitée. En aucun cas ce ne pourrait être le pèlerinage de Compostelle. J’aime bien visiter les églises en tant qu’œuvres d’art mais je ressens de la méfiance pour le pays de l’Inquisition. La Reconquête m’est une histoire éminemment antipathique. Quant aux celtes, aux druides et aux cornemuses …. Cette souillure de la mer me préoccupe vraiment. Devant l’immensité de la tâche j’ai envie de m’impliquer. je marche le long des rochers aux formes étranges, sculptures naturelles spectaculaires. Certains sont coiffés de noir. Personne ne peut venir gratter chacune de ces roches.

O Pindo et la Côte de la Mort

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Horreos : grenier à mais

Nous avons passé la fin de la soirée avec les fenêtres ouvertes, les moustiques sont entrés. Nous aurions pu nous en douter avec le marais ! Depuis trois jours la météo nous promet de la pluie, ce matin nous ne sommes pas déçues de nous lever sous un ciel gris avec un petit crachin. Nous allons explorer la « Côte de la Mort » au delà du Cap Finisterre.

Cee

toujours des greniers: je ne m’en lasse pas

Cee, petite ville, est très active ce matin : c’est le marché. La fanfare parcourt les rues, on tire des pétards sur la plage (feu d’artifice de jour !) il fait 19°C, nous faisons nos courses sans nous presser.
J’avais imaginé, je ne sais pourquoi, une route qui aurai suivi la côte traversant des landes désolées et désertes. J’aurais mieux fait de consulter la carte. Au Cap, fin de la route, nous repassons pour la quatrième fois à Cee, coupons par l’intérieur découvrons une campagne très boisée : résineux et eucalyptus La campagne est loin d’être déserte. Des petits hameaux sont dispersés partout. Les fermes sont entourées de petits champs de maïs. Il y a partout des horréos, greniers perchés en granite aérés de fentes verticales ornés de croix, très bien entretenus : les Galiciens semblent prendre grand soin de ces construction, même à l’intérieur des petites villes les horréos sont à l’honneur.

La côte de la Mort

Quand nous atteignons la côte, les nuages ont disparu, le ciel est bleu. Le soleil chauffe même s’il souffle un petit vent frais. Je recommence à envisager une baignade. Pique-nique  sur une pointe rocheuse face à un petit port. Je sors enfin mes aquarelles. Ce n’est pas une réussite, j’ai toujours du mal à peindre Le port n’est pas si petit que cela : de gros bateaux de pêche y sont amarrés. Le front de mer est bien aménagé. A l’arrière, on aperçoit de jolies rues avec des maisons basses en granite avec des balcons fleuris. Nous montons à une église qui a un curieux clocheton séparé de l’église en haut d’un escalier raide.

Le sanctuaire de la Vierge de la Barque se trouve au bout d’un cap près d’un phare. Grand église sur une placette dominant la mer. Le granite massif est lisse comme s’il avait été poli.

Retour à O Pindo

De retour à O Pindo, nous montons au mirador Erzeiro, construit sur la montagne qui domine la ria,  coiffée d’éoliennes, de grosses canalisations aboutissent à une petite centrale électrique située au niveau de la mer. Après avoir grimpé une route en épingles à cheveux nous découvrons un lac . Il se termine par une belle cascade en éventail ,  barrage, le lit du rio est presque à sec dans le chaos granitique devait être beaucoup plus spectaculaire avant le captage. Elle a creusé un entonnoir énorme dans la roche.

Crique de granite rose

Granite rose

En face  de la plage de Pindo, nous découvrons une jolie crique bordée de rochers aux formes contournées comme sur la côte de granite rose bretonne. C’est un endroit ravissant agrémenté de villas fleuries. Dans les jardins : agapanthes, hortensias et lauriers roses. Le sable est très blanc, la mer bleue. De petites barques colorées se balancent. Plus loin, des bâtiments en granite longs et bas comme des maisons de pêcheurs d’un autre âge. Puis une autre crique qui sert de havre à une vingtaine de barques amarrées par deux cordes à des piquets situés sur le haut de la plage. A marée basse elles reposent sur le sable et nous devons enjamber les cordages. C’est vraiment le plus bel endroit de la côte. Tout est harmonieux, parfait, les maisons de pierre, les barques colorées, la mer bleu violent et au loin la ligne embrumée du Cap Finisterre, en face les maisons colorées et la plage du Pindo.
Dîner sur la plage en face de l’hôtel d’une tortilla toute chaude aux pommes de terre.

 

 

 

 

Galice : la côte verte

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

Il fait bien gris ;dès  que nous montons dans les collines nous rencontrons le brouillard.

Mondonedo

Sa cathédrale énorme domine la ville. Elle est construite sur une très jolie petite place entourée de maison du XVIIIème siècle avec des vitrines et des balcons en ferronneries.  Les arcades habituelles sont remplacées par des colonnades de granite Un côté de la place est bordé de balustres.

La façade de la cathédrale est tellement grande que je n’ai pas assez de recul pour la faire cadrer les  deux clochers dans la photo. Elle est décorée de délicats ornements : blasons, au centre un personnage (Saint Jacques ?) avec un lion, un autre (un évêque ?).

Cette imposante façade baroque fait oublier que le reste de l’église est roman (ogival, selon le guide vert). Entre roman ogival et gothique, je m’embrouille. Une magnifique rosace aère la façade.

A l’intérieur est très sombre. Une machine à sous est censée déclencher les éclairages  sans résultat. On devinera plus qu’on n’admirera les deux buffets d’orgue à chamade. Le retable baroque est bien doré, orné de statues peintes sur des nuages empilés comme il se doit.  C’est un baroque encore raisonnable, on en a vu de bien plus délirants au Portugal ou en Sicile. Ce qui m’a le plus amusée, c’est une fresque naïve du 15ème : le Massacre des Innocents. Des chevaliers en cotte de maille brandissent de grandes épées, des têtes sont tranchées. Leurs adversaires sont enturbannés : Scènes de la Reconquête ou Croisades ?

Dans le brouillard !

A 600 m, au col, nous nous trouvons dans un épais brouillard. Pas de commentaires pour le paysage!

Le chemin de Saint Jacques

Passé le col, tout s’éclaire, il fait beau. La campagne est riante, les maisons couvertes de tuiles romaines sont fleuries dans des champs de maïs, de haricots bien ramés, d’autres de plantes potagères. Nous suivons tranquillement la route 632, la même que depuis Bilbao. La coquille bleue et jaune de chemin de Saint Jacques (On dirait un soleil avec des rayons inégaux !) indique le chemin des Pèlerins qui suit parfois des chemins creux bordés de dalles plates alignées verticalement. Nous sommes en pays de granite . Des eucalyptus sont plantés serrés, les châtaigniers sont en fleur. L’Espagne apparaît ici très sauvage, peu cultivée, couverte de forêts denses.

Pour les pèlerins le voyage s’achève. A midi, nous abordons Santiago que nous contournons.
L’idée est de loger au bord de la mer à une quarantaine de km de Santiago et d’y venir en excursion.

Noia

Nous avons fixé l’étape à Noia . Avant le weekend, nous devons faire le plein des courses.

Nous arrivons à Noia en pleine fête médiévale et en plein embouteillage. Pour faire « Moyen Age » on a répandu du foin dans les petites rues et les buvettes ont remplacé les chaises par des bottes de paille. Cela sent bien bon la grillade. Si Noia est une petite ville coquette, ce n’est pas du tout ce que nous espérions : un village en bord de mer. Les guides ont tendance à qualifier de village n’importe quelle agglomération de moins de 100 000 habitants même s’il y a des immeubles, dix banques et quinze supermarchés. En tout cas Noia est située profondément dans la ria et nous ne sommes pas du tout à la mer.

Contourner la Ria

Après le pique-nique sur un  petit embarcadère nous décidons de poursuivre jusqu’à Muros pour trouver l’océan. Il nous faut contourner la ria, s’éloigner du rivage et parcourir encore 30 km Dans l’estuaire, on voit des barges d’aquaculture De jolies plages de sable seraient bien tentantes si nous trouvions un hébergement. Il faut dire que nous avons été tellement gâtées ces derniers temps que nous devenons difficiles ! Nous voulons une chambre avec vue sur la mer ! Muros est une agglomération importante, nous ne voyons aucune pension selon nos critères. Et continuons la route côtière s’éloignant de Santiago. La Côte devient très sauvage, il y a  peu de villages et ceux-là n’ont aucune infrastructure hôtelière !

Nous nous arrêtons boire un café dans une Fonda. La dame très gentille nous propose ses chambres. La maison nous semble bien rustique et surtout loin de  la mer. Pour ne pas la vexer, je prends prétexte du temps : nous voulons profiter de cette belle journée pour voir le cap Finisterre. Demain et après demain, prévu pluie, nous irons à Santiago.

Et si nous adoptions cette solution de rechange ?
La côte est pittoresque, les collines qui la bordent sont hérissées de chaos granitiques. Les grosses boules se détachent sur les ajoncs j et les bruyères. Sur la côte, des plages de sable blanc sont encastrées dans les rochers de granite rose. On pense au Connemara, au Finistère français.

O Pindo

Nous trouvons enfin la Pension que nous cherchions dans un petit immeuble moderne aux belles vitrines laquées blanches et à la façade en granite gris. Au rez de chaussée cervezaria moderne tenue par une jeune femme coiffée avec des mèches rouges quelques jeunes sont accoudés au comptoir, elle me tend la clé . Je monte un bel escalier de granite à deux couleurs rose et vert et trouve une grande chambre blanche aux meubles de bois foncé avec une glace encadrée de bois et un lustre rustique en bois. Tout est soigné et paraît neuf. La salle de bain est particulièrement luxueuse : baignoire basse encastrée dans un granite vert formant de larges bordures. Seul défaut : vue sur la colline. Je demande une chambre sur le devant : impossible. Déception!

Nous visitons une autre pension tenue par une vieille dame très gentille, qui nous propose une belle chambre soignée – toujours pas de vue.

Il reste une troisième pension à O Pindo mais nous préférons retourner à la première, nous installer rapidement et aller au cap Finisterre ou Fisterra.
O Pindo, villagconstruit autour de deux petites baies et deux rias En face de notre Pension Sol y Mar la ria se termine par un petit marais, l’autre plus large abrite des bateaux. Le petit village s’étire le long de la route côtière . Une pointe rocheuse s’avance dans l’océan et abrite un petit port de l’autre côté. La toute petite église de granite rose est éclipsée par  les maisons aux alentours plus grandes. Bâtisses à étage en ciment peint en blanc, toit de tuiles. Le tour des fenêtres est le plus souvent souligné de granite gris ou peint en rouge. Certaines maisons colorées sont revêtues de carrelage comme au Portugal. Entre la côte et la montagne raide, il y a peu de place pour un village ! à l’arrière de la route principale quelques maisons sont adossées à la pente.
Dans la mer, des roches émergent, granite rose réplique de celui de Perros Guirec, peut être plus marron . Dans la brume on devine la ligne de rivage compliquée avec des caps et des îles.
Avant le cap Fisterre, nous traversons plusieurs villages avec des plages de sable blanc, des forêts de pins et d’eucalyptus. Un port accueille même de gros bateaux et une usine sidérurgique : gros tas de charbon et toutes sortes de ferrailles.


Le cap Finisterre et son phare représentent avant tout un symbole : le point le plus à l’ouest de l’Europe, la fin des terres au XVème siècle. Mais c’est le quatrième que nous visitons : en plus de la pointe du Raz, il y en a deux autre rien qu’au Portugal :
Avec son parking qui enlaidit l’endroit, ses boutiques de souvenirs très kitsch (tout un artisanat à base de coquillages, du lustre au set de table en passant par de petits phares peints, des marins en plastique et de curieux bateaux givrés. Ce n’est pas le plus bel endroit de la région. Le phare a été transformé en hall d’exposition « Finistère 1929 » : de très belles photos, des aquarelles grand format très intéressantes : des portraits, des femmes avec des filets d’une Valero m’ont bien plu.
Au bout du Cap, on distingue la limite entre la Ria, mer d’huile et le grand large tout agité de vagues alors qu’il n’y a pas un souffle de vent. Des traînées d’écume se déploient à partir de la pointe. Certaines sont d’un blanc douteux jaunâtre. Où est le Prestige?
Nous dînons sur le petit port dO Pindo . Une famille se promène. Des barques rentrent . Une dame engage la conversation « d’ où venez vous ? »où habitez vous ? »Puis nous parlons du temps qu’il fait

– « la télé a prévu trois jours mauvais «

–  « c’est la télé qui le dit »

Nous parlons enfin du Prestige . je peux enfin demander où il se trouve ,tout près derrière le Cap Fisterra

« Oun desastre »

la dame raconte que le naufrage a eu lieu en novembre, cela fait donc huit mois.  je montre mes pieds « Aceite y frottar » elle insiste sur « frottar ». Ils n’ont pas fini de frotter ? La plage est pleine de micro-boulettes qu’on ne voit pas au début. Les rochers curieusement ne semblent pas trop atteints sauf certains gros qui émergent et sont couverts de noir . Ceux qui sont sous le niveau de la marée haute apparaissent de loin, presque propres.

Avant de retourner à l’hôtel nous trouvons un sentier le long de la pointe rocheuse. Une dame grande et blonde nous aborde dans allemand bizarre puis nous demande d’où nous venons « de France » elle ne parle pas français mais un  curieux italien et elle est très fière d’être polyglotte ? Nous parlons du temps

« il va pleuvoir et c’est très bien il commençait à faire chaud »
C’est le premier endroit où nous sommes si bien accueillies.

 

Les deux morts de ma grand-mère – Amos Oz – Gallimard

LIRE POUR ISRAEL

Pendant les évènements récents, véritable guerre civile qui ne dit pas son nom, j’ai eu envie de me tourner vers Amos Oz (décédé en décembre 2018), qu’aurait-il dit de ces affrontements? 

Les deux morts de la grand-mère est un recueil de plusieurs essais, conférences entretiens parus séparément de 1975 à 1992. La table des matières donne un aperçu du contenu

 I. D’OÙ JE VIENS

Exorciser les démons

Une enfance à Jérusalem

Un étranger dans une ville étrangère
 II. D’OÙ J’ÉCRIS

Les deux morts de ma grand-mère

Tel un gangster la nuit des longs couteaux, je rêve
 Pourquoi lire ?

III. D’OÙ JE PARLE

Entre l’Europe et le désert du Néguev

Le charme discret du sionisme

L’écrivain écrit, le critique critique, et le temps juge…. (entretien avec Iona Hederi-Remege)

Le kibboutz et la tendresse Un romantique contrarié (entretien avec Ari Shavit)

IV. LES MOTS QUI TUENT, LES MOTS QUI PARFOIS GUERISSENT

La valise de Maria Kafka

Entre l’homme et l’homme

Les nerfs d’acier de la divinité et la vraie ironie allemande

Ils ont été créés à l’image de Dieu

La morale et la culpabilité 

De la douce Autriche et des sages de Sion

Paix amour et compromis

Ce sont des textes très variés, dans la première partie, Amos Oz parle de ses origines, de ses parents, du rapport à la culture européenne et de la Jérusalem rêvée si différente de la Jérusalem réelle.

J’ai surtout aimé la seconde partie et son rapport ambivalent au kibboutz qu’il a quitté.

Voyez-vous, la civilisation d’“Eretz Israël des travailleurs”, apparemment, ne reviendra plus. Je fais partie de
cette civilisation. Cela veut dire que j’appartiens au passé. “Le pays de mon cœur”, que l’on me promettait au
temps où j’appartenais au Mouvement de jeunesse, n’existera

……………
Le monde auquel j’avais le sentiment d’appartenir intimement – avec beaucoup d’ambivalence – n’existe plus. Ce qui a été ne sera plus, et pour moi c’est un sentiment pénible. Le noyau de la civilisation qui s’est développé ici dans les années trente et quarante ne continuera pas à se développer. Il n’y aura plus ici de société de cols ouverts et de shorts, ce que Shulamith Hareven appelle une “société de frères”, une société ouverte, égalitaire, sans formalisme. Elle a disparu.

La dernière partie est un commentaire du Shoah de Lanzmann. Essentiel. 

C’est un ouvrage sans illusion, sans concession non plus, critique vis à vis du nationalisme israélien mais aussi vis à vis de la gauche bien-pensante. Cependant il date un peu. Presque trente ans nous séparent de la parution.

– Barreiros de Saint Cosme

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

6h30, je monte le store : il fait à peine jour. Je commence à mieux comprendre l’ »heure espagnole » Tout se fait avec deux heures d’écart par rapport à la France. Il y a ici, une raison naturelle : nous sommes plus à l’ouest, presque à la longitude du Portugal de Greenwich ou du Maroc. Le décalage horaire explique les coutumes.
Le ciel est couvert, il tombe un petit crachin qui ne mouille pas. Je ne sais si je dois appeler cela brouillard, brume ou nuage la nébulosité accrochée au flanc de la colline.

Petit déjeuner dans la belle salle du bar : immense jus d’orange, 4 toasts, café crème, thé pour Dominique. Nous retournons à la plage des cathédrales.

Plage des Cathédrales

Il n’y a personne nous avons le site pour nous toutes seules. Le sable est mouillé, vierge d’empreintes. Nous explorons les arches, les tunnels, les piliers et les grottes. Nous ne savons jamais où un tunnel va déboucher : coté mer  ou côté falaise avec de la végétation terrestre. Des petites cuvettes contiennent une eau claire, bleue habitée par les poissons des sables, des crevettes ou des crabes qui détalent quand je les traverse. (Heureusement que je suis en short). Ce qui est un peu inquiétant, c’est que la marée monte et qu’il ne faut pas se laisser piéger au fond d’un tunnel. L’implantation des moules et des balanes et la laitue de mer montre que l’eau arrive très haut, au moins à 205m du sable. (Un panneau explicatif donne un marnage de 4 m, probablement pour les grandes marées). Nous repérons des plates-formes accessibles dans la falaise.

Heureusement les commandos blancs, truelle et cabas de caoutchouc noir, débarquent. Ce sont des filles d’une vingtaine d’année, style étudiantes. Leur présence me rassure. Si elles patrouillent dans les tunnels c’est que nous ne risquons rien. L’une d’elles est particulièrement affairée. Elle fonce, traverse les petites mares, visite toutes les grottes. Tandis que les autres bavardent et rigolent.

Sédimento

Hier, j’avais mal observé les roches : les petits bancs sont plus gris que les schistes. Finalement, je les qualifierais d’ardoise gréseuses (d’ou l’intérêt du fameux triangle calcaire-argile-sable) .L’aspect de la tranche perpendiculaire à la stratification varie aussi selon que la roche est toujours à l’air libre ou au contact avec l’eau. La tranche émergée est plus claire, gris argenté parfois oxydée en orange, les lits se détachent, la roche semble feuilletée. Est ce le rôle du vent ? Les différences de température, La partie en contact avec l’eau est noircie, peut être le pétrole (en tout cas pas celui du Prestige) mais sûrement un milieu plus réducteur. Le mur est aussi plus compact.
moules et balanes

pousse pieds

Sur environ deux mètres, la roche est colonisée par les moules dans les creux, et les balanes. Des amoureux ont gravé leurs noms et une date : Juillet 2002 dans une colonie de balane. La trace est très nette. Cela me rassure : le pétrole du Prestige n’a pas fait son arrivée en masse ? Le noir observé plus haut ne peut pas lui être imputé. Il se manifeste sous forme de petites galettes ou de petites boulettes ? Nous explorons méthodiquement tous les creux. . Je prends photo sur photo comme chaque fois qu’un endroit me plaît. Et, comme toujours, la pellicule se termine justement dans le coin le plus pittoresque quand, par une fente, on voit les vagues se briser au loin et qu’au premier plan, une vasque d’eau claire laisse entrevoir les rides sur le sable.

Nous remontons en voiture explorer d’autres plages : celle des châteaux, la plage des îles … qui sont moins spectaculaires.

Nous poussons jusqu’au port d’un tout petit village qui pourrait être breton ou irlandais avec les petits jardins bien protégés par les murs d’ardoise sèche : oignons, pommes de terre, haricots sont sagement bêchés. Les filets sèchent au sommet des murs. Sous un ciel bleu, j’aurais été tentée de prendre des photos. Seule caractéristique typique de la Galice : les greniers à maïs rectangulaires aérés par des fentes verticales, sur pilotis, coiffés d’étranges pointes.   Ils ressemblent aux Espigeiros portugais. Le Gallego ressemble au portugais : plage se dit Praia. Je reconnais d’autres mots mais j’ai plus de mal à comprendre les gens. Ce n’est pas fameux pour mes progrès en Espagnol.

Foz

Nous allons à Foz à l’office de tourisme, à la banque et au supermarché. C’est une petite ville avec des problèmes de parking et pas de caractère particulier : sans intérêt. . Nous déjeunons d’une spécialité locale lEmpanada : tourte aux sardines. Pâte à pain fourrée d’une pâte de sardines et d’oignons jaune (sans doute du curry peut être du safran). Nous nous installons à la plage dans le creux des rochers sur le sable sec. La mer est haute. Trois rangées de vagues déferlent à la fois. On a hissé le drapeau jaune de baignade dangereuse et nous sommes seules sur la plage.

J’arpente la plage. Le sujet de ma méditation : la marée noire. La mer commence à descendre, elle a laissé son lot de galettes et de boulettes. Je constate que le travail des combinaisons blanches est bien nécessaire. Combien de temps encore ? Mon fantasme serait d’écrire un article ou un livre. . J’imagine écrire à Corinne Lepage (ce serait un bon prétexte pour renouer une amitié d’enfance) C’est un fantasme, mon Espagnol est insuffisant pour interviewer les gens ainsi que ma méconnaissance totale des administrations espagnoles. Qui paye le nettoyage ? la commune, la Province ,Madrid, l’Europe ? Qui décide du nombre des employés , des embauches , des machines , De même mon utilisation d’Internet !

Cathédrale de San Martino

 

La cathédrale de San Martino est dans un tout petit village à 4 ou 5 km de Foz . la route traverse un bois d’eucalyptus très fourni, au pied des fougères très hautes. Dans le creux de la vallée très verte : une très belle ferme toute en pierre au toit de lauzes précédée par haie d’hortensias géants. La cathédrale du 10ème  (ou 11ème) est une des plus anciennes d’Espagne. Très haute pour une cathédrale dans un endroit perdu. A l’intérieur : beau plafond de bois qui me rappelle l’église de Ciboure. Les chapiteaux qui sont remarquables ainsi que les fresques.

Le soir, il fait si bon que nous laissons la fenêtre ouverte pour nous endormir et nous réveiller avec le bruit de la mer.

 

Arcimboldo & Cie – Revue DADA N° 254

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et à la revue DADA pour le cadeau! Je n’avais pas coché la case au hasard dans la liste., le numéro consacré à Botticelli m’avait beaucoup plu. Revue d’art destinée aux grands et aux petits, elle porte un éclairage particulier sur l’œuvre d’un artiste. Les ateliers pratiques peut être plus pour les petits mettent l’accent sur une technique particulière, les parents apprécieront. 

Arcimboldo (1526 – 1593) est un peintre milanais, dessinateur, portraitiste, mais aussi ordonnateur de fêtes, dessinateur de cartons de tapisserie et de vitraux. Il fut invité à la cour de Vienne par Maximilien de Habsbourg pour réaliser les décors des fêtes de la cour autrichienne, des portraits classiques de la famille Habsbourg. Ce sont les têtes composées qui confèrent à l’artiste sa célébrité. 

Le cuisinier

Têtes amusantes, tirant sur la caricature, comme celle du Bibliothécaire composée de livres. Têtes comme des énigmes quand il faut retourner le tableau pour découvrir Le Jardinier qui se cache sous des légumes, ou le Cuisinier dont le visage de viandes assemblées ne se devine qu’après un examen attentif. Si l’empereur est magnifié en Vertumne la dénonciation des travers des courtisans parfois monstrueux comme le Juriste, est d’une méchanceté acérée. 

Assemblage est le maître-mot. L’atelier propose une « Tête al dente » : collage de pâtes, farfalle, penne, serpentini. A la manière de….

Oublié, Arcimboldo est redécouvert par les surréalistes la revue Dada présente un certain nombre d’œuvres inspirées par Arcimboldo Dans le chapitre A la Cour d’Arcimboldo, Dali, Tinguely, Klaus Enrique, Marcel Duchamp, Di Chirico et d’autres sont mis en regard des tableaux d’Arcimboldo utilisant les procédés d’assemblage. Une belle collection!

Coïncidence (ou pas) au Musée Pompidou-Metz s’ouvre une exposition Arcimboldo. Cette revue est une excellente introduction à la visite. 

Notez que la Revue Dada, comporte toute une partie Actualités consacrées aux expositions dans le monde de l’art, entre autres les expositions commémorant Napoléon, Peintres Femmes au Luxembourg, et d’autres…

Arrivée en Galice : la Plage des Cathédrales

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003

 

Traversons une ria, arrivons en Galice, et obliquons vers la mer en suivant un panneau « plage des Cathédrales » Nous nous reposons sur une belle plage de sable blanc immense et peu peuplée. Dernier objectif de la journée : trouver un logement. Après une tentative infructueuse (chambre misérable et sans confort), je m’adresse au bar d’un grande maison neuve en bord de mer : les chambres à 42 € sont magnifiques, toutes neuves et donnent sur la plage.

Nous montons un étage dans un escalier de granite poli et arrivons dans une chambre très claire beige avec des boiseries foncées, des rideaux de dentelle. La salle de bain est luxueuse. Nouveauté : les double-fenêtres, un grand radiateur et sur les lits des couvertures bien chaudes et des couvre-lits matelassés. La décoration est discrète : des gravures anciennes représentant des fruits dans des cadres de bois vert, belle lampe de chevet sur un support en laiton orientable.

Les nuages ont enfin disparu. Il fait bon sur la plage. L’eau est presque tiède, la surface de l’eau lisse. Il faut marcher longtemps pour avoir assez d’eau pour nager. Dominique lit Ann Perry allongée sur le sable tiède. .Je me livre à mon exercice favori : arpenter la plage à la limite de l’eau. Comme je suis en maillot, j’entre dans les cuvettes autour des rochers. Je marche depuis un bon moment sans voir le bout de la plage. Quand je reviens, Dominique est debout et scrute la plage. Habillée de blanc, je l’avais prise pour les travailleurs de la marée noire. Je suis partie depuis plus d’une heure.


Le Routard recommande vivement la Plage des Cathédrales. Nous arrivons sur un parking aménagé : restaurant, promenade de planches sur pilotis au dessus des massifs de bruyère fleurie. Nous empruntons les planches et sommes déçues : nous sommes loin du bord. Toutes ces installations ôtent le parfum d’aventure, c’est très sécurisé, très américain. Une famille d’Espagnols scandalise Dominique en escaladant les rambardes pour se faire photographier dans les bruyères. Le père est juché en haut de la falaise. Moi, je les comprends, trop de sécurisation appelle la transgression. Les planches étaient un attrape-nigauds ! la plage de cathédrales est dégagée à marée basse . J’y descends seule. Elle est vraiment impressionnante. Les falaises d’un schiste argenté lisse selon la schistosité, noir transversalement à la stratification, sont creusées à la base donnant des arches monumentales, mais aussi des piliers, des voûtes des couloirs des grottes. Négatif photo d’Etretat, falaises noires et plage blanche.

Carte de la Galice

 

 

Beaumarchais – Un aventurier de la liberté – Erik Orsenna – Stock

Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !…Noblesse fortune, un rang des places tout cela rend si fier ! Qu’avez vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste homme assez ordinaire ! 

                              Le Mariage de Figaro, acte V scène 3

 

Erik Orsenna est l’auteur de biographies sympathiques, joyeuses et très agréables à lire : André Le Nôtre : Portrait d’un homme heureux, Pasteur: La vie, la mort, la vie. Celle de Beaumarchais est de la même veine. Orsenna  décrit Beaumarchais comme un séduisant personnage capable d’attirer la sympathie des Grands par ses talents variés : génial horloger, harpiste et maître de musique des  filles de Louis XV. Ce roturier, fils d’horloger, est introduit en Cour à  ans. Joli garçon il épouse et monte dans l’échelle sociale, s’achète un brevet de noblesse, fait des affaires. A la façon dont Orsenna raconte, il semble vivre en s’amusant. Et la lectrice s’amuse également. Il commet des pièces un peu ratées, peu importe, on s’amuse. Il a des ennemis aussi, des jaloux, on le traîne en justice mais il a tant d’esprit pour se défendre qu’on retiendra plus ses écrits piquants que la honte d’un jugement. 

Carmontelle : Ange-Laurent de La Live de Jully jouant de la harpe

Orsenna s’amuse lui aussi a faire des allusions à la vie contemporaine faisant de Beaumarchais le champion du « En Même Temps ». La lectrice sourit. En même temps diplomate, un peu espion, à Madrid et à Londres. Courtisan et frondeur, plutôt insolent que frondeur.

Le talent d’Orsenna est de rythmer son récit de citations du Mariage de  Figaro et du Barbier de Séville, dialogues piquants illustrant parfaitement le propos. Qui a plus d’à-propos, Orsenna ou Beaumarchais? Et la lectrice s’amuse (refrain).

Carmontelle : Louise-Marie-Thérèse Bathilde d’Orléans

Beaumarchais s’implique aussi dans des entreprises risquées : il veut prêter main forte aux Américains dans leur lutte pour l’Indépendance, affrète une véritable flotte. Il se fait imprimeur pour publier Voltaire. 

Amusant : il fait construire un palais en 1788 avec vue sur la Bastille, aux premières loges des manifestations ! Encore une fois, la lecture s’amuse (refrain).

C’est donc un ouvrage amusant léger, distrayant. Les grincheux diront peut-être, superficiel : en tout juste 200 pages, il n’y a pas la place pour une analyse approfondie. Moi qui ne suis pas spécialiste, j’y trouve mon miel.