la Saga de Saint Olaf de Snorri Sturluson – Régis Boyer

LIRE POUR L’ISLANDE

Thingvellir

A Thingvellir, à Reykolt où un musée est consacré à Snorri Sturluson, à Borganes  au Musée de la Colonisation où une exposition entière raconte la Saga d’Egill, j’ai eu très envie de lire une saga médiévale. J’ai commandé le livre de Régis Boyer édité dan la Petite Bibliothèque Payot. Couverture sobre noire, sans illustration titre en jaune, 313 pages, des notes, le tout imprimé en très petit caractère. 

Franchement, pas très attirant. Il m’a d’abord un peu effrayée. J’ai préféré les polars d‘Arnaldur Indridason, les romans islandais contemporains, repoussant cette lecture érudite quand la PAL islandaise serait liquidée. Il fallait bien se jeter à l’eau et emprunter le drakkar des vikings (le terme drakkar n’est pas correct, il y a un glossaire des bateaux à la fin de l’ouvrage).

J’ai donc suivi le jeune Olafr, fils d’Asta (je viens de quitter une Asta tout à fait moderne), élevé à la cour de Sigurdr-la-truie dans ses expéditions dès l’âge de 12 ans, au Danemark, puis en Suède,  en

« tu rompis encore, chef du serpent de la tourmente,

le martial pont de Londres ;

La chance t’a souri pour conquérir des pays.

Les écus, rudement heurtés dans le Thing de Gunnr

Jouaient et les vieilles mailles

Sautaient

Bataille s’en accrut« 

Tantôt en prose, tantôt en vers quand il cite les Scaldes qui chantent les héros (aèdes ou griots?) le texte n’est pas difficile à suivre, il faut aller chercher dans les notes la traduction de nombreux titres et surtout les noms de lieux, la géographie viking est bien différente de la géographie moderne comment deviner que Kinnlimasida désigne la Hollande, que Valland est la France, Varrandi, Guérande , Holl Dol de Bretagne ? D’autant plus que les Vikings naviguent très loin, dépassent l’Espagne, vont en Russie.

Les razzias, batailles navales sont un peu lassantes à force…ainsi que les alliances pour atteindre le pouvoir.

Cornes à boire

En revanche je me délecte de détail de la vie quotidienne, comme d’apprendre que le roi lui-même faisait les foins, comment on versait la boisson dans des cornes à boire qui comportaient des mesures, on pouvait boire des rations mesurées ou au contraire à volonté…

Au chapitre XXXII, Asta se prépare à recevoir Olafr, son fils

Asta se lève sur le champ, ordonnant à tout le monde, hommes et femmes de tout préparer pour le mieux. Elle fit prendre par quatre femmes les décorations pour la salle qu’elle fit rapidement orner de tapisseries, aux murs et sur les bancs. Deux hommes couvrirent de paille le plancher, deux autres dressèrent la desserte, deux les victuailles ; elle en dépêcha deux depuis la ferme, deux apportèrent la bière, tous les autres hommes et femmes sortirent de l’enclos….

Malgré le pittoresque des noms comme Einarr Secoue-Panse, j’ai fini par me lasser des batailles et des intrigues où je me suis perdue dans les alliances. Je ne suis pas venue à bout de la saga mais ne regrette pas la lecture du début.

 

Asta – Jon Kalman Stefànsson – Asta

LIRE POUR L’ISLANDE

Asta, à une lettre près signifie amour en Islandais.

Attendons-nous à un roman d’amour! Dans les contes, et dans les romans d’amour il y a souvent une princesse (ou une bergère) un prince charmant (ou un valeureux amoureux), un coup de foudre et de nombreuses péripéties. Les histoires d’amour finissent mal, dit la chanson.

Pour Jon Kalman Stefansson, il peut y avoir plusieurs amours, et tous aussi passionnés et passionnants, plusieurs amoureuses pour un héros et plusieurs amoureux pour la même femme, l’un après l’autres, ou parfois ensemble. Cela complique l’histoire d’amour.

Un homme et une femme, du sexe, et éventuellement des enfants formant une famille. Dans les romans d’amours ordinaires.

Pour Jon Kalman Stefansson,existent des amours passionnés entre sœurs, frères, enfant et nourrice,  parfois des trahisons. L’amour maternel ne va pas de soi : Helga abandonne ses filles, et plus tard Asta laissera sa fille à son père et à sa belle-mère. L’amour filial non plus ne va pas de soi.

Et tous ces amours vont se dérouler pendant un demi-siècle dans le plus grand désordre chronologique. Au lecteur le soin d’être très attentif et de remettre de l’ordre dans toutes les confidences qui le submergent comme les vagues de l’océan qui refluent et se déferlent.

Au lecteur, d’attribuer les récits aux nombreux narrateurs, à Sigvaldi, tombé d’une échelle qui voit sa vie défiler alors qu’il est étendu sur le trottoir et qui la raconte à une passante, à Asta qui écrit des lettres, à l’écrivain qui a loué un chalet perdu dans un fjord de l’ouest pour rédiger son roman….au poète, frère de Sigvaldi qui rédige son autobiographie….

Rien ne se déroule comme prévu dans la quête de bonheur et d’amour. Le lecteur est embarqué dans un roman étrange, poétique qui foisonne d’amours.

Amours et littérature. Amour et poésie. L’univers d’Asta est à la fois exotique(avec neige, aurores boréales, fjords sauvages), et familier, j’aime entendre Leonard Cohen, ou Nina, il m’a fait découvrir un poème de Brecht « à ceux qui viendront après nous » et un de Cavafy 3 décembre et donné envie de lire d’autres auteurs islandais.

Un passage m’a amusée :

L’idée est ridicule. Totalement loufoque. On veut me transformer en macareux moine. En peluche pour touristes? En boutique de souvenir. En sommes-nous arrivés là, la littérature a-t-elle été repoussée dans ce périmètre, ferait-elle partie désormais du divertissement, de l’industrie? Un écrivain islandais est un macareux moine. Un jacuzzi alimenté par des sources chauds. un écrivain islandais est une aurore boréale. De l’air pur, une nature préservée. Un écrivain islandais est un produit destiné à la vente »

Laissez-vous embarquer!

La sagesse des fous – Einar Kararason

LIRE POUR L’ISLANDE

 

Deux mois après notre retour, je continue l’exploration de l’Islande littéraire et je n’ai pas épuisé les ressources de la Médiathèque. Moins recommandé par les blogs de ma connaissance, je pars défricher des auteurs moins connus. 

J’ai passé un agréable moment avec les membres de la famille Killian, si nombreuse qu’on la qualifierait facilement de « tribu » tant ils sont nombreux, les enfants et petits enfants de Sigfus  « Fusi la récup », les voisins, conjoints…Une bande d’originaux et de débrouillards.

Au début, en 1924, le célèbre poète Einar Benediktsson fonde une compagnie minière sur le terrain aurifère de Laekjarbakki et charge Sigfus de l’exploitation. D’or, ils n’en extraira pas,  il fera du terrain en un casse automobile. Sa nombreuse famille grandira dans les pièces de voiture. Sigfus junior prendra la succession de son père tandis que frères et soeurs connaîtront des destinées très différentes : champion sportif et banquier, psychiatre ou aliéné, Lara épousera un ecclésiastique, Hrodny un marin pêcheur, Bardur, vivra d’expédients les plus variés entre combines et beuveries avec des compères aussi allumés.

La troisième génération, les petits enfants de Fusi la Récup, formera une cousinade originale.

Certains épisodes sont franchement drôles,  certains plus amers. Le roman se déroule à petite vitesse, le temps de dérouler les anecdotes les plus folles. j’ai adoré le sauvetage d’un navire échoué sur des rochers.

Une vision originale de la société islandaise, assez ouverte pour que dans une même famille on fasse le grand écart entre la grande bourgeoisie et ceux qui sont presque clochardisés.

 

L’Âge d’Or de la Peinture Anglaise – Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 16 Février 2020

1760- 1820 

Sir Joshua Reynolds, The Hon. Miss Monckton,

L’exposition s’ouvre avec les deux maîtres Reynolds(1723 – 1792) et Gainsborough (1727-1788), grands portraitistes « peintres du roi », leur rivalité se donne en spectacle. De très grands portraits en pied, des dames se tiennent devant un paysage. Ma préférée est Lady Bates Dudkey, peinte par Gainsborough  peinte avec beaucoup de soin, de fluidité et de brillance avec un rendu soyeux plus flatteur que les coups de pinceaux plus mats de Reynolds. 

Gainsborough : lady Bates-Dudley

De ce dernier j’ai plus aimé son jeune Frederick Howards dans la posture d’Apollon (selon le cartel) dans un décor d’architecture classique (antique) au costume argenté plein de plis et rubans très flatteur.

Reynolds : Frederick Howards

Le duel Reynolds/ Gainsborough ne se poursuit pas dans la salle suivante au titre : portraits, Images d’une société prospère : où la bonne société commande aux peintres en vogue des conversation pieces, scènes familiales ou scènes d’enfants

Francis Wheatly : famille dans un paysage

ou

Reynolds : Master Crewe en Henry VIII

D’autres portraitistes  émergent, Zoffany, Francis Cotes, Thomas Lawrence, que je découvre ici

Romney : Mrs Robert Trotter of Bush

Aux solennels portraits en pieds on préfère ici les scènes familiales, les animaux.

la 3ème section : Aux frontières de l’Empire nous fait découvrir les colonies aux Antilles et en Indes

Zoffany : Le Colonel Blair avec sa famille et une servante indienne ; Calcutta 1783

Peindre à l’aquarelle et Le spectacle de la Nature

mettent en valeur de nouveaux artistes que j’aime beaucoup comme Turner, et Constable que j’aime beaucoup mais aussi Cotmann que je découvre dans un tableau rès romantique de Carnavon. 

Paysage de Gainsborough

Chiens, et chevaux inspirent aussi beaucoup les artistes (moi moins)

L’exposition se termine de façon fantastique avec William Blake (un de mes coups de coeur)

Blake : Homère et les poètes antiques

et de façon spectaculaires avec la destruction de Sodome par Turner et la Destruction de Pompéi et Herculanum par John  Martin

Turner : Destruction de Sodome

Hypothermie – Arnaldur Indridason

LIRE POUR L’ISLANDE

lac de Thingvellir

Dans la série des enquêtes d’Erlendur, entre la Femme en vert et l’Homme du Lac, j’ai dévoré cette histoire, avec la surprise en moins ; il faut que je freine sur les séries, l’intérêt finit par s’émousser.

Pour illustrer le voyage, pour animer des personnages dans les paysages trop vite visités.  L’action se situe à Reykjavík et dans la ville toute proche de Kopavogur mais aussi sur les bords du lac de Thingvellir dans un de ces chalets d’été que nous avons entrevus.

Erlendur,  enquête seul sur des affaires non résolues oubliées parfois vieilles de 30 ans. Cette fois-ci, il a la chance de résoudre 4 énigmes pour une seule enquête. Je ne veux pas spoiler, je ne vous raconterai rien!

Les thèmes abordés ne m’ont pas trop accrochée, la vie après la mort, les fantômes, les médiums sont bien loin de mes intérêts. J’ai mis un certain temps à entrer dans le roman, mais l’auteur sait trousser une énigme et je me suis laissée embarquer.

Maintenant je ne peux plus reculer, il faut que j’ouvre la Saga de Saint Olaf de Snorri Sturlusson même si la littérature médiévale m’intimide.

Bacon en toutes lettres – Centre Pompidou.

Exposition temporaire jusqu’au 20 janvier 2020

Study of Red Pope 1962

Infos pratiques : Attention!

  Le parvis est en travaux, il vaut mieux avoir fait sa réservation, on m’a refoulée à la première tentative. Même munie d’un ticket avec un  horaire précis, je suis arrivée 40 minutes avant l’heure dite et je suis entrée pile à l’heure après des queues. 

Autoportrait 1976

Suite des infos pratiques : 

A la place de l’audioguide, il y a des podcasts, ne faites pas comme moi des photos avec le smartphone parce que c’est galère de passer d’une fonction à l’autre sur le téléphone qui n’est pas si intelligent que cela! 

Magistral, tragique, théâtral Bacon!

In the memory of George Dyer 1971

Bacon en toutes lettres s’affiche comme une exposition littéraire, mise en scène autour de six œuvres, ou plutôt de six pages, lues dans la pénombre de cellules nues en deux langues, anglais et français, les tableaux sont mis en scène vis à vis selon une disposition qui se répète : un triptyque en face duquel on a aimablement installé un banc pour qu’on puisse écouter commodément le podcast et de grands tableaux sur les murs perpendiculaires. Bacon se défend d’illustrer le texte, ce dernier lui suggère des images.  Le  peintre se laisse porter par son inspiration. Aucune anecdote précise n’est dessinée.

Eschyle, Nietzsche, Eliot, Conrad, Leiris et Bataille!

Avec l’Orestie d’Eschyle, les Erynies peut être?

Les six textes sont tragiques, violents, évoquant le sang et l’horreur!

Permanence d’une grand théâtralité, d’abord l‘Orestie est lue, mais aussi évoquée dans le texte d’Eliot »La Terre vaine » comme dans celui de Nietzsche qui traite des deux Dieux, Apollon et Dionysos, et de la transe dionysiaque qui semble si bien surgir de ces tableaux.

Même quand le cadre est moins tragique, moins sanglant comme ces couples de part et d’autre d’un cadre bleu, plus serein(???) la mise en scène au cordeau est visible. Mise en scène toujours!

Que dire du traitement que l’artiste impose aux corps distordus, aux visages écrasés qui semblent crier, aux muscles hypertrophiés

Faire d’une situation banale une scène de théâtre comme cet homme assis sur les WC ou au contraire introduire la mythologie comme cette rencontre d’un athlète avec le sphinx:

Rencontre avec le sphinx

Leiris (et Picasso) lui suggèrent la corrida. Quoi de plus spectaculaire que cette arène et le taureau?

Pour en finir avec Bataille et l’Abattoir 

Très intéressants  interviews filmés, Bacon raconte ses inspirations, et curieusement il n’est pas question de théâtre, peu de peinture (sauf Picasso) mais surtout de cinéma, de Bunuel et Eisenstein. Et ces références cinématographique éclaire d’un jour nouveau ces visages déformés, les personnages terriblement expressif crient!

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds -Jon Kalman Stefànsson

LIRE POUR L’ISLANDE

 

J’ai découvert l’auteur, Jon Kalman Stefànsson avec Le coeur de l’homme qui m’avait éblouie par la poésie, l’évocation de l’Islande des fjords de l’Est autrefois, la neige. J’ai donc téléchargé D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds impatiente de retrouver le style poétique, la neige…

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds est une saga familiale (attention en Islande, le mot saga a un sens bien précis, une saga est un texte médiéval racontant la colonisation de l’Islande par les vikings, il convient de préciser donc que cette ‘ »saga familiale » n’a rien en commun avec les sagas traditionnelles. L’histoire se déroule sur 4 générations à Nordfjördur – jadis et à Keflavik – aujourd’hui ou en 1980. 

Ari, après la séparation d’avec sa femme s’exile à Copenhague où il exerce la fonction d’éditeur. Le roman s’ouvre avec son retour à Keflavik où il a passé sa vie depuis son adolescence. Il retrouve les lieux de sa jeunesse. Sa vie, et son histoire familiale,  se déroulent en courtes séquences, flash-backs ou récits transmis à travers les générations.

Tous les touristes arrivent à l’aéroport de Keflavik. Mais une route rapide à 4 voies conduit à Reykjavik sans s’attarder dans la petite ville de Keflavik.

« Keflavik a trois point cardinaux :

Le vent, la mer et l’éternité »

Un peu plus loin l’auteur note

« L’Islande est une terre âpre, lit-on quelque part, à peine habitable, les mauvaises années. L’affirmation doit être juste. Les montagnes colériques hébergent la mort en leur sein, le vent est impitoyable, le froid glacial et désespérant. Une terre âpre où les Islandais ont été par deux fois, pour ainsi dire rayés de la carte par les famines, les épidémies, les éruptions, et dont Keflavik est sans doute la zone la plus hostile ».

Jusqu’aux années 80, Keflavik était animée par une grande base américaine et des industries alimentaires de conditionnement du poisson. Depuis, les Américains sont partis et la ville a perdu ses quotas de pêche.

Les histoires qui se déroulent dans le Nordfjördur racontent la vie traditionnelle des pêcheurs, et familles de pêcheurs.

Souvenez-vous tout comme nous : l’océan est plus vaste que le quotidien

En mer, l’homme se repose. Cet espace ouvert, cette immensité qui dépasse l’entendement vous calme, vous console, et vous permet d’envisager les problèmes avec la distance nécessaire. Les difficultés qu’on connaît à terre, l’usure, les agacements, les relations, les obligations : il suffit de porter son regard sur les vagues pour que les aspérités de l’existence s’aplanissent. Puis le vent se lève, bientôt les vagues surplombent le bateau, plus haut, toujours plus haut, les creux sont si vertigineux que les membres de l’équipage verraient presque le fond de l’océan qui semblé s’élever vers la surface pour venir les y chercher? L’humidité permanente, le labeur incessant, le travail qui consiste à remonter le poisson et le vider par tous les temps, soleil et chaleur, ,neige et froid glacial. Etre marin, c’est être libre. Mais cette liberté-là vous interdit de vous en remettre à personne, et surtout pas à vos propres prières, car la douceur du monde est demeurée à terre. Vous ne pouvez avoir confiance qu’en vous-même.

Voilà pourquoi,la mer fait de nous des hommes. »

 

Après cette conclusion, on pourrait y voir une ode à la virilité.  C’est beaucoup plus compliqué. Les femmes ont un rôle important et la fin est même un manifeste féministe.

Mais pourquoi un titre pareil? J’ai cru trouver la réponse page 397

« les poissons n’ont pas de pieds et quelqu’un qui s’avance vers la mer, ce qui n’est pas de bon augure…

mais je n’ai pas trop compris cette expression, le titre restera pour moi une énigme.

Si je n’ai pas été éblouie comme pour le Coeur de l’homme, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture qui s’est inscrite dans la suite de lectures islandaises.