le Pays des Pas Perdus – Gazmend Kapillani

MASSE CRITIQUE

 

La dernière page de Gazmend Kapellani, lu à la suite de notre voyage en Albanie fut un coup de cœur, j’ai poursuivi la découverte de cet écrivain albanais, mais qui écrit en Grec avec Je m’appelle Europe, toujours avec bonheur.

Gazmend Kapellani écrit des variations sur le thème de l’exilé, de la recherche du bonheur du migrant, de la critique de la dictature terrible qui fut celle d’Enver Hoxa.

Son ouverture aux autres cultures, son empathie pour l’humain le rendent sympathique.

Au décès de son père, ancien dignitaire communiste, Karl (en l’honneur de Marx bien sûr )retourne dans sa ville natale en Albanie et retrouvé son frère Frédéric ( Engels). Celui qui est parti et celui qui est resté, fidèle au père à sa ville à ses racines. Tout les oppose. Pourtant le lecteur perçoit sa bienveillance.

Occasion de raconter l’ histoire de la ville l’ arrivée des partisans d’ Enver Hoxa et la chute du régime. Scène baroque que le déboulonnage de la statue. On s amuse dans ce livre. Récit émouvant aussi de massacres en Grèce. Le nationalisme est un poison dans les Balkans.

Nostalgie de l exilé. Recherche d un monde meilleur si l’histoire est balkanique elle est aussi universelle.

Homère au Louvre-Lens

ESCAPADE NORDISTE

Homère, tapisserie des Gobelins, carton Ingres
Homère, tapisserie des Gobelins, carton Ingres

Pour Homèreje traverserais la Méditerranée!

j’ai juste pris le train pour Lens.

Exposition temporaire Homère 27 mars 2019 – 22 juillet 2019

Les dieux de l’Olympe et Twombly

Les dieux de l’Olympe nous accueillent, plus grands que les mortels, perchés sur des piédestaux ronds. Ils proviennent de la gypsothèque du Louvre :  Arès de Leptis Magna, Apollon du Belvédère de Leochares, Zeus de Phidias et les déesses, bien sûr, Athéna, Héra Farnèse d’après Polyclète, Aphrodite du Capitole….Ils sont confrontés à eux œuvres contemporaines un grand tableau de Twombly, blanc avec un graffiti rouge : Achille pleurant la mort de Patrocle, et en face une tapisserie rouge d’après David Boeno où sont écrits des extraits du Chant IV de l’Iliade, noir et rouge, rouge le sang, qui est aussi qualifié de « sang noir » dans le poème. 

Le poète et sa lyre peut être Homère?

transition : Polymnie, la muse de la rhétorique et Un poète assis tenant une lyre

Les images d’Homère

Rien ne prouve qu’Homère ait existé, mais selon Pline « On se représente par l’imagination ceux qui n’existent pas, par l’effet des regrets qu’on éprouve, on prête els traits à ceux dont la tradition ne nous a pas permis la ressemblance »

Homère est assimilé à Démodocos, l’aéde de l’Odyssée.

4 bustes antiques, ou d’après l’antique, représentent Homère. Il a inspiré, de nombreux artistes  du 19 ème siècle: Ingres a dessiné le carton de la grande tapisserie, David d’Angers, Corot, Pradier.

J’ai bien aimé le portrait d’un Italien du 17ème qui la dessiné en mendiant.

Anachronismes

En référence à Schliemann on a rassemblé des « objets homériques » comme ce poignard mycénien de bronze et argent(1500 av-JC) le casque à dents de sanglier (cité dans l’Iliade) .

Sur un ostracon : le 1er vers de l’Iliade (580-640 après JC) écrit en grec et le cahier de l’écolier Théodoros…

De très vieilles éditions d’Homère : un papyrus de l’Odyssée (225-200 après JC) une édition imprimée de 1488, sont aussi des témoignages émouvants.

L’Iliade

La suite de l’exposition illustre les épisodes les plus marquants de l’Iliade :

La colère d’Achille – Fournier

La colère d’Achille (Coypel 1711, Fournier 1881, Giovanni battista Gauli dit Baciccio)

La colère d’Achille Corypel

Le départ d’Hector(Coypel, Carpeaux, Gustave Moreau – Hélène sur les remparts.

Achille affrontant le fleuve Scamandre – épisode spectaculaire que j’avais oublié (Jourdy 1831 et Schopin 1831, avec une étrange ressemblance entre les deux tableaux où le fleuve est personnifié)

Hector tiré par Achille a été peint par Rubens c’est une composition préparatoire à une tapisserie.

La mort de Sarpédon :  grand tableau de Gustave Moreau

Au milieu des cimaises modernes, des vases antiques et un sarcophage (200après JC)

Raphaël  : Le Jugement de Pâris

Le Jugement de Pâris : Watteau et Carrache, une grande tapisserie de Raphaël

Tous les grands(ou presque) sont présents

Odyssée

Scylla

Les monstres: Je suis surtout intéressée par les représentations antiques de Scylla (nous en revenons) et des autres monstres, Sirène, Cyclope….

Ulysse aveuglant le Cyclope

J’ai bien aimé les tableaux de Chagall, mais j’aime toujours Chagall!

Les figures féminines : 

Bourdelle :Pénélope

Calypso de marbre, Pénélope de Bourdelle

Et pour finir, un très beau Derain: le retour d’Ulysse

Derain : retour d’Ulysse

Peut-on rire avec Homère? sûrement, avec les caricatures de Daumier! et un Bûcher du Poète Percy Schelley bien satirique

Et pour finir une vidéo contemporaine IL Canto di Ulisse de Manon Recordon raconte un naufrage de migrants au large de Lampedusa.

 

 

 

 

Trois Jours – Petros Markaris – Le Seuil

LIRE POUR LA GRECE

Petros Markaris est un auteur dont je guette les parutions. Sorti en Février 2019, Trois Jours n’a pas moisi longtemps dans la PAL. J’ai été un peu étonnée de ne pas trouver un gros polar analysant la Grèce d’aujourd’hui, mais un recueil de 8 nouvelles dont Charitos, le héros récurrent des polars de Markaris, n’est pas absent. Il résout rapidement la première énigme de l’Assassinat d’un Immortel et aura de la chance avec Crimes et Poèmes.

  • Nous, les Arméniens, les Grecs et les Juifs, nous sommes les trois mousquetaires dans ce pays. Quand l’un casse quelque chose, ce sont les trois qui paient. Et quand les Turcs veulent cogner sur l’un de nous, c’est sur nous trois qu’ils cognent »

3 Jours – nouvelle éponyme – la plus longue (66 pages) est aussi la plus émouvante. Elle donne la clé du livre. 3 Jours raconte le pogrom qui s’est abattu sur la communauté grecque de Constantinople – la Ville – en septembre 1955, à la suite des troubles à Chypre. Markaris est né le 1er janvier 1937 à Istanbul, il a été le témoin des événements de la nouvelle. On sent que son attachement à « la Ville » est réel, On le retrouve dans Ulysse vieillit mal

« je me contentais d’acquiescer en silence que je savais que les rums – les Grecs de la Ville – traînent derrière eux la malédiction propre à tous les minoritaires : ils ne se sentent bien nulle part; A la Ville, c’est la faute des Turcs ; en Grèce, celle des Grecs. Ils confirment ainsi le proverbe turc – « le présent fait regretter le passé » – qui montre que l’avenir n’est jamais rose. »

Markaris condamne tout nationalisme. Il est aussi bien en empathie avec des Turcs allemands qui doivent résoudre une énigme policière malgré le silence apeuré de la communauté turque. 

Nostalgie, mais aussi ironie et humour. Il tourne en dérision les travers de la société grecque contemporaine. Deux nouvelles se déroulent dans le milieu du cinéma qu’il connait très bien ayant été le scénariste de Théo Angeolopoulos grand cinéaste dont je suis fan absolue -.

« Les metteurs en scène se font tuer, les flics écrivent des poèmes, les maisons d’éditions se changent en bistrots, la Grèce est mal barrée »

Ce dernier livre est donc une réussite! Peut être mon préféré de l’auteur.

Main basse sur Athènes – Gentrification – Kostas Fassoulopoulos – ed. Monemvassia

LIRE POUR LA GRECE

C’est toujours avec plaisir que je me promène dans Athènes,à pied, virtuellement ou en lisant. Les romans policiers sont souvent le meilleur moyen de pénétrer dans des lieux où la touriste (même curieuse) n’oserait jamais entrer. J’ai donc coché avec conviction la case de la liste de la Masse Critique de Babélio et me suis réjouie de recevoir ce cadeau de la Maison d’Edition Monemvassia dont je suis très curieuse de connaître les ouvrages.

L’éditeur note dans le sous-titre :

MAIN BASSE SUR ATHÈNES Un thriller politico-social dans l’Athènes de la crise

Dans le 4ème de couverture, je trouve la définition de la Gentrification :

« opération immobilière consistant à chasser les pauvres des centres-villes par des procédés plus ou moins licites, puis à rénover leurs logements avec l’aide de l’Etat, pour les revendre beaucoup plus cher »

J’aime Athènes, le sujet m’intéresse, voilà qui devrait me plaire!
Un bémol cependant : je n’aime pas les voitures, ni celles de collection, ni celles qui sont puissantes, ou chères….je préfère de loin marcher où prendre les transports en commun.
Toute la partie mécanique, voiture de prestige ou courses de moto, m’ennuie prodigieusement.

En revanche, toutes les manœuvres pour capter les investisseurs étrangers, fussent-ils mafieux laissent au romancier place à toutes sortes de manipulations, coups tordus et rebondissements qui sont les ressorts d’un bon thriller. La dénonciation du racisme, des sentiments anti-migrants est toujours saine.

Une lecture distrayante, même si je ne ferai pas d’infidélités au Commissaire Charitos de Petros Markaris qui a nettement plus d’envergure.

La Septième Dépouille – Eugénia Fakinou – Ed. Cambourakis

LITTÉRATURE GRECQUE 

Quel bijou ce petit livre !

Incipit :

L’ARBRE

« J’aime les femmes. Les femmes et les fleurs sauvages. Les fleurs sauvages portent les couleurs qui me plaisent. Le blanc, le jaune et le mauve. Ce sont les couleurs du pays. C’est avec elles que les anciens peignaient les statues, et les proches aïeux leurs fenêtres. mai les crocus, les anémones, les lys et les asphodèles portent ces couleurs. Le blanc,  le jaune et le mauve. 

Les femmes vivent les grandes passions. Elles écrivent l’Histoire et portent sur leurs épaules le poids des instants décisifs »

Ainsi commence ce récit choral avec un arbre qui parle, dont seules quelques femmes savent entendre l’oracle de ses feuilles.

Fotos va mourir.  Pendant son agonie, les voix des trois femmes se mêlent pour conter l’histoire de la famille en Thessalie. Demeter, la Mère, octogénaire, Hélène sa fille, la jumelle de Fotos, celle qui entend l’oracle de l’arbre, et Roula, jeune fille moderne d’Athènes qui a promis d’assister aux funérailles de Fotos. A ces trois femmes bien vivantes qui trient les lentilles, rangent le linge et soignent Fotos, il faut ajouter les absentes :  Perséphone, la première fille de Démeter, disparue, l’Aïeule déjà centenaire en 1924 qui a accueilli Demeter fuyant l’Anatolie, Despinio à l’origine de du rejet des enfants  bâtards et de leur mère – du village, Archondoula, la mère de Roula. Une véritable saga sur 7 générations, comme les sept dépouilles qui ont donné le titre du livre. 

Dans le récit choral, le lecteur découvre la saga de cette famille qui se mêle à l’Histoire de la Grèce : la Guerre d’Indépendance en 1824, où le mari de l’aïeul était un capitaine près de Canaris, la Grande Catastrophe et l’exil des Grecs d’Anatolie, l’occupation allemande, et la guerre civile, la dictature.Grande Histoire est comme un filigrane dans le récit.

 

Autre thème  : la mythologie et la Grèce antique.  Ulysse et sa rame qui s’enfonce dans les terres à la recherche d’hommes qui ne verraient qu’un morceau de bois dans ce que n’importe quel marin nomme une rame. La disparition de Perséphone dans les entrailles de la terre. Naissance d’Aphrodite rêvée de la Mère…..

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Et les hommes dans ce récit au féminin? Ce sont des fantômes, tête d’Andronic, le gentil mari de Déméter, artiste, père de Perséphone dont la tête refait surface, comme celle d’Orphée, ou sous forme de dépouilles, le capitaine coiffé de son fez rouge, assistant au banquet funèbre, Yannis, le résistant dont il ne reste qu’une chemise tachée de sang, et puis l’odieux père des jumeaux. Étrange coutume que ce repas d’enterrement où sont présents les aînés des familles, servis par les femmes….

Le sarcophage – Douleur du Vendredi saint – Yorgos Ioannou

LIRE POUR LA GRECE

 

« L’héroïne de ce livre est une ville Thessalonique au riche passé antique, byzantin, turc et juif, aux quartiers populaires grouillants de vie, à la fois jeune et plaine de fantômes. 

Le héros, c’est l »‘auteur : Yorgos Ioannou, tourmenté, solitaire écorché, vif, enfant de cette ville qu’il aime comme une mère qui l’étouffe.

En 1971, à quarante-quatre ans, quasiment inconnu encore, il publie comme un exorcisme ces vingt-sept histoires autobiographiques; Elles sont revivre les années noires de l’Occupation allemande et de ce qui a suivi, en alliant Eros et Thanatos, tragédie et humour, et l’auteur se révèle un merveilleux conteur. 

Le sarcophage, c’est l’acte de naissance d’un des maîtres de la prose grecque d’aujourd’hui. »

C’est le 4ème de couverture du livre. Rarement, j’en ai lu d’aussi juste et si bien écrit. 

D’ordinaire je déteste bandes-annonces de films ou 4èmes de couverture.  Dans le meilleur des cas, ils spoilent l’histoire et dans le pire vous font miroiter des promesses non tenues. Je ne l’ai donc lu qu’après avoir terminé de lire l’ouvrage et je ne sais plus que rajouter:

11 histoires avec  l’auteur  pour narrateur, à différents âges de sa vie, parfois amères et tragiques comme la déportation des Juifs de Thessalonique, ou la guerre dans les montagnes, parfois insignifiantes comme l’histoire du ficus, mais combien touchantes.

 

 Yorgos Ioannou,  j’ai aussi lu avec beaucoup de bonheur La Douleur du Vendredi saint, recits inclassables sur solitude, amours impossibles,  recueil de nouvelles courtes, un peu étranges.

 

 

 

L’Aïeul – Aris Fakinos

LIRE POUR LA GRECE

Aris Fakinos(1935-1998) est l’auteur des Récits des temps perdus, de la Citadelle de la Mémoire, des Enfants d’Ulysse qui est mon préféré. Son univers littéraire se situe dans la plaine de l’Attique et dans les sommets de l’Épire et le thème de la mémoire paysanne et du bouleversement de la civilisation rurale par l‘urbanisation est commun à ses ouvrages. 

Fakinos raconte l’Histoire de la Grèce, non pas celle des rois, des gouvernants ou des célébrités, mais celle des bandits et des paysans.La Citadelle de la Mémoire relate la lutte contre les Turcs des palikares dans la montagne pendant les guerres d’indépendance de la Grèce. L‘Aïeul commence vers 1850 et se termine au milieu du 20 ème siècle, quand Athènes s’étend à la plaine d’Attique. Les Enfants d’Ulysse se déroule de la veille de la 2de Guerre Mondiale jusqu’à l’arrivée des Colonels.

L’Aïeul, Théophanis Photinos, est le  fils du Kapétan Photinos, bandit des montagnes. Tout jeune adolescent, il quitte le brigandage pour le travail de la terre. Il est le défricheur, ne possédant que la force de ses bras et une énergie sur-humaine. Comme il n’a pas un champ cultivable, il  commence par s’attaquer aux pierres dont la montagne est riche. Avec la charrette que sa femme, Eleni, lui a donnée, un cheval volé à un brigand, il va charrier les pierres et les vendre. Au pic et à la pioche, il fait le sourcier et découvre l’eau et irrigue la terre. Enfin il pourra défricher un champ puis un autre, les irriguer et distribuer la terre aux paysans. Pour assurer l’avenir, ensemble il planteront des oliviers…..A la pioche, au couteau et au fusil, les paysans défendent leur terre et leurs arbres contre les propriétaires terriens, et même contre l’Etat grec et ses gendarmes.

« Bien calé sur son âne, un vieil homme aux cheveux blancs revient du travail en chantant un très vieil amané : il entonne un ou deux vers puis s’arrête, ferme les yeux, les pas cadencés de l’animal le bercent et le pauvre paysan s’endort. Au moment où il te croise, il se réveille et te dit bonsoir, il reprend son amané mais tandis qu’il s’éloigne le sommeil s’empare de lui. la route est longue jusqu’au village. le vieillard a du temps devant lui, il poussera plusieurs fois sa romance et il retombera souvent dans le sommeil. Ainsi, il ne se rendra pas compte du chemin parcouru. C’est un peu ce qui se passe avec la vie de l’homme songes-tu ; il peut être beau et doux le voyage que Dieu nous a donné à accomplir, pourvu qu’on ait le temps de chantonner ci et là un amané tant que l’on est assis sur son âne, de s’assoupir un peu , puis d’aiguillonner sa bête, et de continuer. 

Lorsque que tu aperçois au loin les arbrisseaux, fraîchement plantés, ton cœur se met à battre, tu fermes les yeux, tu rêves…Devant toi, s’étend déjà une immense oliveraie, les troncs des arbres sont énormes, couverts de nœuds par les années, les branches sont lourdes de fruits noirs gorgés d’huile; Là-bas, au village on nettoie le pressoir, on lessive à l’eau bouillante les sacs réservés au marc, on récure le fond des jarres. Les femmes aiguisent les canifs pour fendre les olives…. »

J’aurais pu choisir pour ce billet la page racontant la « cueillette des pauvres » qui viennent glaner dans les oliveraies les olives qui restent, ou plus épique, le duel de Théophanis avec le gendarme….je vous laisse les découvrir. Tout m’a enchanté dans ce livre.

Un aspect m’a frappée : la défiance si ce n’est l’hostilité des paysans envers l’administration et les représentants de l’Etat grec. Les paysans sont illettrés, seul Costandis, l’infirme, a appris à lire:

« mais toi tu sentais que les temps avaient commencé à changer; et avec eux les hommes et les guerres. Si les Turcs avaient quitté votre sol, à leur place avaient surgi d’autres maîtres plus cruels, plus sournois, qui n’usaient pas du sabre et du poignard, qui n’entassaient pas les têtes des raïas en pyramides sur les routes et les places. les nouveaux patrons du pays gouvernaient avec de l’encre et du papier, avec une arme inconnue dont personne ne soupçonnait la force réelle. C’est une grande boîte en bois que l’on appelait urne. c’est elle qui renversait à tout bout de champ gouvernements, ministres, généraux. Personne ne savait pourquoi tout cela se déroulait loin dans la capitale.

Ainsi parlas-tu de la terre.

Pourtant elle n’était pas à toi, ni à aucun d’entre vous. Vous n’aviez ni papier s ni contrats. Ces usages étaient pour les « culs blancs comme vous nommiez cette bâtarde engeance d’Athènes, ces aristocrates qui suivaient  comme des chiens affamés les troupes bavaroises, anglaises et  françaises, tous les parvenus du pays. Pour vous les « sauvages », les « béotiens » les « voleurs » et « barbares » ainsi qu’ils vous appelaient, la parole donnée suffisait, et encore plus le respect du serment séculaire et sacré de l’homme »

Pour garder leur terre, les compagnons de Théophanis se battaient contre les gendarmes. Mais le monde moderne a fini par gagner et le roman se termine par l’arrachement au bulldozer des oliviers et l’urbanisation de la campagne.