Karnak café – Naguib Mahfouz

LIRE POUR L’EGYPTE

 

Ce court roman (une centaine de pages) écrit en 1971, se déroule dans les années ayant précédé la Guerre des Six Jours (1967) jusqu’au décès de Nasser.

Unité de lieu : un café du Caire tenu par une ancienne vedette de la danse Qurunfula. On connait la prédilection de l’écrivain pour les cafés. Le Café Fishawi , 14 ans après sa mort entretien encore le mythe d’être « le café de Mahfouz » et c’est un incontournable pour la visite touristique du Caire. Le Café Karnak n’a pas le lustre du Fishawi ou du Café Riche. Entré par hasard, le narrateur est séduit par la prestance de Qurunfula, par la qualité du café (la boisson) et la société qui s’y rencontre : les habitués sont des vieillards qui jouent au trictrac et un groupe d’étudiants. Qurunfula  entretient une ambiance chaleureuse et bienveillante.

C’est avant tout un livre politique. Les étudiants disparaissent à trois reprises. On imagine pourquoi. Si l’un d’eux est un militant communiste, les deux autres, un jeune couple d’origine très modeste, se définissent avant tout comme « des enfants de la Révolution » (celle de 1952) dont ils reconnaissent les bienfaits, sans elle, ils n’auraient peut être pas étudié à l’école et encore moins à l’université. On devine la chasse à n’importe quelle opposition qui s’étend aussi bien aux communistes qu’aux Frères Musulmans. On découvre les conditions indignes de détention arbitraire. Après la Guerre de Juin, comme l’auteur la nomme, certains bourreaux ont cédé leur place mais les pratiques demeurent. Le jeune communiste meurt pendant un interrogatoire.  Si l’acharnement contre les garçons est cruel, pour la fille c’est encore pire.

Après la Guerre de 1967, la situation est compliquée par le sentiment d‘humiliation de la défaite. Le roman rend compte de ce sentiment surtout quand l’ancien bourreau fait une apparition dans le café.

Cette lecture me fait penser au livre d’Alaa El- Aswanny Jai couru vers le Nil se référant à une autre époque (après 2011) mais toujours avec la même répression policière.

J’aime toujours revenir à Mahfouz dont l’oeuvre est si variée.

L’EMPIRE OTTOMAN – Le Déclin, la chute, l’effacement – Yves Tenon ed du félin

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

J’ai coché ce livre sur la liste de la Masse Critique sans aucune hésitation, l’Histoire est toujours plus passionnante que la fiction et la Méditerranée orientale est un  territoire que j’aime explorer, d’ailleurs je rentre d’Egypte. Merci aux éditions du Félin pour cette lecture!

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Ce n’est certes, pas le livre qu’on glissera dans le sac de voyage pour un week-end à Istanbul, 500 grandes pages, imprimées en petits caractères, format et poids rédhibitoires! Ce n’est pas non  plus le « pavé de l’été« à lire sur le bord de la piscine ou à la mer!

C’est du lourd et du sérieux, c’est l’oeuvre d’un historien qui, de plus se présente comme un historien des génocides :

« Les spécialistes des génocides sont de drôles de gens,  des oiseaux  bariolés dans la volière universitaire…

L’historien du génocide est un policier qui enquête, un juge qui instruit un procès. Peu importe la vérité, il découvrira la vérité pourvu qu’il la trouve…. »

écrit l’auteur dans le premier chapitre du livre.

Ainsi prévenu, le lecteur se lance dans un ouvrage sérieux, documenté qui recherche les sources du déclin de l ‘Empire

Ottoman loin dans l’histoire, au début-même de la conquête des Ottomans, au temps de Byzance. Cette histoire va donc se dérouler pendant 600 ans sur un très vaste territoire. On oublie souvent que la Porte régnait de la Perse aux portes de Vienne, du Caucase au Yémen. Histoire au long cours, sur un Proche Orient qui s’étale sur trois continents. Pour comprendre la chute, il importe donc de connaître l’Empire Ottoman à son apogée.

Quand a-t-il commencé à décliner ? A la bataille de Lépante (1571) ou après le second siège de Vienne (1683) avec la paix de Karlowitz (1699) où le démembrement de l’empire commença quand la Porte a cédé la Pologne, la Hongrie et la Transylvanie?

En 1572, après Lépante, Sokollu déclarait à l’ambassadeur vénitien:

« il y a une grande différence entre votre perte et la nôtre. En prenant Chypre nous vous avons coupé un bras. En coulant notre flotte, vous avez seulement rasé notre barbe. Un bras coupé ne repousse pas. Une barbe tondue repousse plus forte qu’avant… »

L’analyse de la société ottomane, de son armée, ses janissaires, le califat nous conduit jusqu’à la page 80, avant que le déclin ne soit réellement commencé avec l’intervention des occidentaux et les Capitulations ainsi que les prétentions russes et le début du règne de Catherine de Russie (1762).

Pendant plus d’un siècle et demie, Serbes, Roumains, Grecs, Bulgares et Macédoniens, enfin Albanais vont chercher à s’émanciper et à construire une identité nationale. Par ailleurs les Grandes Puissances vont jouer le « Jeu diplomatique » qu’on a aussi nommé « Question d’Orient »

« Dans la question d’Orient, cet affrontement des forces qui déchirent l’Europe peut être représenté sous forme d’un Jeu qui tiendrait des échecs et du jeu de go, avec des pièces maîtresses et des pions et où chaque partenaire conduirait une stratégie d’encerclement. Des reines blanches  – de trois à six selon le moment – attaquent ou protègent le roi noir ceinturé de pions. les unes veulent détruire le roi noir, les autres le maintenir dans la partie. Le roi perd ses pions un à un, et les reines tentent de s’en emparer, chacune à son bénéfice, pour se fortifier ou affaiblir ses rivales »

Les puissances sont les reines : l’Angleterre veut garder la Route des Indes, la Russie veut un accès par les Détroits à la Méditerranée, elle utilise son « Projet Grec » en se posant comme protectrice de l’Orthodoxie, l’Autriche-Hongrie veut s’élargir à ses marges, la France se pose comme protectrice des Chrétiens d’Orient, l’Italie et l’Allemagne arrivées plus tard dans le Jeu cherchent des colonies.

L’auteur raconte de manière vivante, claire et très documentée cette histoire qui se déroule le plus souvent dans les Balkans mais aussi dans les îles et en Egypte.

C’est cet aspect du livre qui m’a le plus passionnée. Lorsqu’on envisage les guerres d’indépendance de la Grèce à partir de Constantinople, on peut rendre compte de toutes les forces en présence aussi bien le Patriarcat et les Grecs puissants de Constantinople que les andartes, sorte de brigands, les armateurs, les populations dispersées autour de la mer Noire jusqu’en Crimée, les armateurs et surtout les manigances russes. La Grande Idée se comprend bien mieux comme héritière du Projet Grec russe.

Les Révoltes Serbes, les comitadjis macédoniens ou bulgares trouvent ici leur rôle dans ce Grand Jeu. Les guerres fratricides qui se sont déroulées dans la deuxième moitié du XXème siècle dans les Balkans  en sont les héritières.

L’auteur explique avec luxe de détails les traités de San Stefano (18778) et le Congrès de Berlin(1878) que j’avais découverts à Prizren (Kosovo) avec la Ligue de Prizren qui est à l’origine de l’indépendance albanaise.

On comprend aussi la formation du Liban. On comprend également pourquoi Chypre fut britannique, Rhodes et le Dodécanèse italien….

Après une analyse très détaillée (et plutôt fastidieuse) de la Première Guerre mondiale les événements se déplacent des Balkans vers le sud, à la suite des intérêts britanniques et français et des accords Sykes-Picot, tout le devenir du Moyen Orient s’y dessine. 

Les accords de paix clôturant la Grande Guerre portent en germe l’histoire à venir : Traités de Versailles, de Sèvres, de Lausanne. Les négociations sont racontées par le menu, là aussi j’ai un peu décroché.

La fin du livre se déroule dans le territoire rétréci de l’Asie Mineure, éléments fondateurs les Jeunes Turcs, le  Comité Union et Progrès, le qualificatif « Ottoman » est remplacé par « Turc », le nationalisme turc prend le pas sur l’islam, il y eut même un courant touranien avec une orientation vers l’Asie Centrale ou le Caucase. Deux événements fondateurs : le génocide Arménien  et la prise de pouvoir par Mustafa Kemal, émergence d’un populisme laïque et nationaliste. L’historien refuse l’hagiographie et analyse le parcours de Kémal. 

Chaque chapitre est remarquablement bien construit. La lecture étant ardue, il m’a fallu me limiter à un chapitre à la fois. Passionnant mais parfois indigeste, j’ai reposé le livre, pris le smartphone pour avoir la version simplifiée de Wikipédia, pour des cartes, des dates. Il m’a parfois semblé que ce livre était destiné à des lecteurs plus avertis que moi.

Un seul reproche : les cartes sont peu accessibles, trop rares et réparties au milieu du texte, un cahier sur un papier glacé au milieu, au début ou à la fin aurait facilité le repérage. De même, la toponymie laisse parfois le lecteur désorienté : pourquoi avoir utilisé Scutari au lieu de Shkoder en Albanie, toujours en Albanie Durrazzo pour Dürres, Valona pour Vlora? Angora pour Ankara…C’est un détail, mais encore c’est le smartphone qui m’a dépannée.

Je vais ranger ce gros livre bien en évidence parmi mes livres de voyage parce qu’il raconte aussi bien l’histoire de la Grèce, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Bosnie, de l’Egypte que de la Turquie moderne! C’est un indispensable pour comprendre les enjeux des luttes actuelles et aussi pour comprendre pourquoi le génocide arménien est encore nié dans la Turquie moderne.

 

 

 

 

 

 

Turbans et Chapeaux – Sonallah Ibrahim – Actes sud

LIRE POUR L’EGYPTE

Ce roman historique se présente comme le journal de bord d’ un jeune égyptien, du 22 Juillet 1798, quand les troupes françaises sont aux portes du Caire, jusqu’au 31 Août 1801 quand elles quittent l’Egypte. C’est donc un roman historique qui raconte l’Expédition de Bonaparte du point de vue d’un jeune musulman. Le narrateur est un étudiant de l’érudit Jabari, professeur à Al Azhar, qui le loge dans sa maison et qui tient, lui aussi une chronique des événements et qui assiste avec les autres notables aux réunions du Divan.

Le jeune homme a appris le français en travaillant chez un négociant français. Son Maître, l’envoie d’abord à l’Institut Français, traduire et copier des ouvrages arabes. Il y rencontre les Savants de Bonaparte et Pauline dont il tombe amoureux avant qu’elle ne devienne la maîtresse de Napoléon. Il lui donne aussi la mission de suivre la campagne de l’armée française en Syrie, jusqu’au désastre d’Acre. Tout au long de la campagne il note scrupuleusement batailles, atrocités et ravages de la peste. Après le retour de l’armée au Caire, le départ de Bonaparte pour la France, l’assassinat de Kléber, les notes sont plus confuses comme la situation des occupants.

Cette lecture raconte une histoire  que je viens de lire avec grand plaisir dans l’Egyptienne de Gilbert Sinoué, saga brillante et passionnante; parfois, j’ai eu une impression de déjà-lu qui a défloré la découverte et un peu pâli l’étoile de cette seconde lecture. C’est ma faute, j’aurais dû espacer les deux lectures!

Cependant, les points de vue sont différents : l‘Egyptienne est une chrétienne, fille de riche propriétaires terriens, sa famille fréquente les mamelouks et elle a accès à la citadelle. Le jeune égyptien est de beaucoup plus modeste extraction. Dans Turbans et Chapeaux on apprend une foule de détails sur la vie quotidienne au Caire, au hammam, au marché, dans les cafés. Il se promène à pied et à âne, les bourricots jouent d’ailleurs un rôle que je ne soupçonnais pas….

Dans ces chroniques, le narrateur note scrupuleusement les impôts, taxes et avanies auxquels propriétaires fonciers, fermiers et même simples habitants sont soumis quand l’occupant cherche à s’enrichir, ottomans comme français, les procédés se ressemblent (c’est l’opinion de la lectrice) . Il raconte aussi comment les soldats d’occupation se comportent en exigeant nourriture et boissons et en commettant des exactions, comportements malheureusement similaires!

Le dernier jour, l’élève a retrouvé sa place auprès du maître:

Ecris ce que je vais te dicter, m’ordonna-t-il :

« an mille trois cent treize : première à venir d’années riches en grandes batailles, en événements graves et calamités subites où les malheurs ont succédé aux malheurs, les épreuves aux déconvenues, où le cours naturel des choses s’est déréglé, et où la mauvaise administration et la dévastation ont conduit à la ruine générale…

 

La Lumière qui s’éteint – Rudyard Kipling

SOUDAN / GUERRES MAHDISTES

A la suite de la lecture du roman soudanais The Longing of the Dervish de Hammour Ziada qui se déroulait pendant les guerres mahdistes (1881-1898) au Soudan, j’ai eu envie de lire la version britannique de ces guerres que donne Rudyard Kipling dans le roman La lumière qui s’éteint. J’ai vraiment adoré  Kim et L’homme qui voulut être roi, deux romans d’aventures et d’espionnage complexes dans le contexte des Indes victoriennes et du Grand Jeu en Afghanistan. J’espérais que Kipling m’entraînerait dans des aventures soudanaises comme dans les deux romans précédents. 

Le roman commence comme un roman d’amour entre deux enfants, à peine adolescents en pension chez une dame sévère dans un village de la côte anglaise. Dick Heldar restera fidèle à la petite fille sauvage Maisie.

Nous retrouvons Dick au Soudan.  Il est dessinateur de Presse, remarqué par le grand reporter Torpenhow qui le fait engager par son journal. Frères d’armes, ils nouent une amitié indéfectible et des relations de camaraderie avec les autres journalistes. Nous devinons la brutalité des combats, la sauvagerie de cette guerre?

mais dites-donc, espèce de vieil athlète balafré et débauché, oubliez-vous que vous êtes chargé, au début de chaque guerre, d’étancher la soif de sang du brutal et aveugle public anglais? on a supprimé, de nos jours, les combats de l’arène ; mais il y a en revanche des correspondants spéciaux. Vous n’êtes qu’un gladiateur obèse….

En revanche, Kipling fournit peu d’informations géopolitiques. On ne peut pas considérer ce roman comme un roman historique alors que dans les deux romans précédents les enjeux stratégiques de l’empire victorien étaient bien présents. Si j’espérais rencontrer Gordon, le Mahdi ou Kitchener, je resterai sur ma faim.

De retour à Londres, à son insu, Dick est célèbre. Ses dessins de presse lui valent un franc succès. Il compte exploiter le filon de la peinture de guerre pour gagner une fortune, quitte à galvauder son art, à produire des peintures de style pompier pour plaire aux acheteurs .

Torpenhow et son collègue l’Antilope en sont ulcérés et cherchent à le détourner de la facilité et de la vanité qu’il en tire.

Eh bien! croiriez-vous que le directeur de cette misérable revue a eu le front de me dire que ma composition choquerait ses abonnés!…qu’elle était trop brutale, trop grossière, trop violente! L’homme st naturellement doux comme un mouton, n’est-ce pas quand il défend sa vie! […]-voyez-vous ce petit reflet, correctement posé sur l’orteil? C’est de l’art! J’ai nettoyé sa carabine avec le plus grand soin, car tout le monde sait que les carabines sont toujours propres quand elles ont servi : c’est de l’art! J’ai astiqué le casque : on emploie toujours de la pâte à polir, en campagne, car sans elle, pas d’art!

Au sommet de sa carrière artistique, Dick retrouve Maisie qui est peintre, elle aussi, mais sans succès. Il se croit capable de la séduire avec sa renommée. Il est assez riche pour l’entretenir, assez célèbre pour l’influencer. Mai la jeune fille tient à son indépendance :

« On! non impossible! C’est mon travail; à moi seule. j’ai toujours vécu ainsi, indépendante et ne veux appartenir qu’à moi-même. Je me rappelle bien …ce dont vous me parlez., mais c’est fini, tout cela. C’étaient des enfantillages… »

La suite du roman d’amour se déroule dans un climat de misogynie bien victorien et gênant pour les lectrices (teurs) contemporains. Dick cache son amour pour Maisie à Torpenhow et à l’Antilope, cela gâcherait leur camaraderie virile et pourrait être interprété comme de la faiblesse. Une autre jeunefille entre en scène et le mépris des hommes est assez insupportable. Pourtant ces jeunes femmes prouvent leur caractère!

Quand la lumière s’éteint, quand la blessure de guerre entraîne la cécité.  Le   héros perdre la vue et se retrouver aveugle…je vous laisse découvrir la fin. 

Cependant Quand la lumière s’éteinn’est pas mon Kipling préféré. Lire aussi le billet  de Claudialucia

Soudan – deux films et un livre : Talking about trees, Tu mourras à 20 ans, The Longing of the Dervish

AU FIL DU NIL

Lorsque nous visitions Abou Simbel, le Soudan n’était pas loin, les voyageurs de  Mort sur le Nil pouvaient alors naviguer d’Assouan à Khartoum sur le fleuve. Au Musée de la Nubie d’Assouan, les Pharaons noirs étaient ils nubiens ou soudanais? Au retour de nos vacances égyptiennes, il m’a semblé logique de courir au cinéma voir ces deux films. 

Pour visionner les bandes annonces et lire les billets que j’ai publié sur mon blog Toiles Nomades blogspot cliquer sur les liens sur les titres

TALKING ABOUT TREES

TALKING ABOUT TREES    est un documentaire de Suhaib Gasmelbari qui a filmé avec humour, ironie et délicatesse les quatre cinéastes Ibrahim, Suleiman, Manar et Eltayeb, qui ont fondé le Sudanese Film Group . Rentrant d’exil, leur seule ambition est de restaurer un cinéma de quartier pour faire revenir le cinéma qui a disparu en 1989 avec l’avènement d’Omar el-Bechir et de sa dictature islamique.

Les quatre cinéastes vieillissants retrouvent les films qu’ils ont tourné jadis à l’étranger. Leur entreprise rencontre toutes sortes d’embûches, elle est même vouée à l’échec. Sans se décourager ils cherchent les autorisations, nettoient, bricolent et ont l’air de s’amuser comme des gamins. Et on s’amuse avec eux. 

De l’émotion également! pour l’amour du cinéma!

TU MOURRAS A 20 ANS

TU MOURRAS A 20 ANS

C’est un film de fiction récent d‘Amjad Abu Alala qui a reçu un Lion d’or au Festival de Venise 2019. C’est aussi le 8ème film de fiction soudanais.  

Tu mourras à 20 ans ne m’a pas déçue! C’est une fiction s’inspirant d’un roman de Hammour Ziada.
Dans un village au bord du Nil, un enfant est présenté à sa naissance à un chef religieux au cours d’une cérémonie colorée et pittoresque. Le cheikh le baptise Muzamil et prédit qu’il mourra à 20 ans. Muzamil va vivre toute son enfance cette malédiction. Son père fuit ce destin inéluctable et prend la route de l’exil, sa mère revêt des vêtements de deuil alors que l’enfant est vivant et trace au charbon les bâtons comptabilisant les jours que Muzamil a déjà vécu et qui le rapprochent de l’échéance fatale. Tout le village voit dans Muzamil un mort en sursis, les enfants qui l’enferment dans un simulacre de cercueil, l’imam qui prêche la pureté et l’embauche pour servir à la mosquée et même Naima, une jolie fille qui en est amoureuse mais qui se fiance à un garçon promis à la vie.
Dans une maison anglaise, à l’écart du village, vit un réprouvé : Soleiman qui a parcouru (et filmé) le monde, qui boit et qui s’attache à Muzamil, essayant de le faire réfléchir par lui-même et échapper à ce destin mortifère.
Le film se déroule dans un décor naturel somptueux :  maisons de terre, mausolée, beauté du paysage et des habitants, étrangeté des cérémonies. Tout concourt à un voyage magnifique.
Peut on échapper aux croyances? A un destin choisi plutôt que prédestiné?
Un hymne à la liberté.
THE LONGING OF THE DERVISH
J’ai été tant impressionnée par le film d’Amjad Abu Alala que je’ai cherché le roman de Hammour Ziada. De cet auteur, j’ai pu télécharger en anglais le livre The Longing of the Dervish, lauréat du Prix Naguib Mahfouz pour la littérature arabe 2014, traduit en anglais mais malheureusement pas traduit en français. 
Les débuts ont été difficiles. Ce roman historique se déroule pendant les guerres mahdistes ( 1881 à 1899), entre turcs, égyptiens et anglais qui combattirent le Mahdi, j’ai commencé à me perdre. Ignorante également de la géographie du Soudan, j’ai eu bien du mal à me repérer. Sans oublier les noms des personnages…. Le plus difficile provient de la structure même du roman qui ignore la chronologie, flash-back ou changements de narrateur. Il se lit comme un puzzle dérangé : par pièces éparses que le lecteur doit imbriquer.
Le héros Bakhit Mandil est soit esclave, soit prisonnier (soit les deux à la fois). En prison, ses conditions de détention sont éprouvantes : il est enchaîné, parfois oublié. On fait parfois travailler les prisonniers qui se louent à la journée ou à la tâche. Vendu à plusieurs reprises, Bakhit entretient avec ses maîtres des relations variées. Quand il se libère, il devient dervishc’est à dire soldat du Mahdi et il est entraîné dans des campagnes sanglantes. Mais la servitude qui le lie est la vengeance qu’il poursuit. 
(c) Defence Academy of the United Kingdom; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Au fil des chapitres l’histoire se construit, on apprend à connaître les autres personnages :  Théodora la religieuse grecque réduite elle aussi en esclavage, et tous les compagnons d’infortune ou de combat.
Roman historique, c’est aussi un roman d’amour . Bakhit ne vit que pour cet amour, Théodora le compare à un héros shakespearien. Ce n’est pas la seule histoire d’amour du récit. Malgré la religion très prégnante, malgré la pudeur des femmes, malgré les combats qui occupent les hommes à temps plein pendant des années, des amours puissantes se nouent, des intrigues fleurissent. 
Guerre de libération nationale du Soudan qui s’est trouvé sous le joug des Turcs, puis des égyptiens, des anglais, c’est aussi une guerre de religions. L’islam rigoriste du Mahdi est différent ce l’islam des turcs ou des égyptiens. Le Mahdi veut établir un califat au Soudan. Cet aspect des luttes est encore très actuel. Des milliers de jeunes hommes quittent famille, femme, affaires, pour le djihad, et se lancent dans des campagnes sanglantes où ils massacrent d’autres musulmans. on pense à Daech, à bokoharam.  On pense aussi au dictateur Omar el-Bechir qui règnait encore l’an passé à Khartoum. 
C’est donc un roman très riche, très prenant au fur et à mesure qu’on range les pièces du puzzle. Dommage qu’il ne soit pas traduit!
Theodora écrit dans son journal :
Bakhit Mandil isn’t like this city. If any of these memoirs were to be published in a book, it would have to mention Bakhit Mandil. He was different. He was an example that Western reader would be surprised to discover. Western litterature ought to write about changing ideas on love. He was like a lover from one of Shakespeare’s plays who had landed inadvertently in a savage country. If he hadn’t be black? If only he hadn’t been a dervish slave. The worst mistake is to become attached to anyone in any way. I don’t want to become like Bakhit.
Bakhit Mandil n’est pas comme cette ville. Si ce journal devait être publié dans un livre, il faudrait mentionner Bakhit Mandil. Il était différent. il était un personnage que le lecteur serait étonné de découvrir. La littérature occidentale doit écrire sur les idées changeante en amour. Il était comme un amoureux des pièces de Shakespeare ayant atterri par inadvertance dans une contrée sauvage. S’il n’avait pas été noir, Si seulement il n’avait pas été un esclave dervish. La pire erreur est d’être lié à quelque un de cette manière. Je ne veux pas devenir comme Bakhit, écrit-elle.
J’aurais pu copier le dialogue où les combattants, les dervishes se demande ce qu’il est arrivé de la pureté de leurs intentions, de leur foi après tant de massacres

 

 

Saga Egyptienne : Gilbert Sinoué

LIRE POUR L’EGYPTE

La Saga Égyptienne se compose de deux  gros livres : L’Egyptienne (688p.)  et La Fille du Nil (456p) Cette saga au long cours se déroule pendant un siècle : de 1790, à la veille de l’Expédition en Egypte de Bonaparte  (2 juillet 1798) elle se termine par l’inauguration du Canal de Suez (15 Août 1869) , l’épilogue final est le bombardement d’Alexandrie par les Anglais (11 juin 1882). C’est un roman historique très bien documenté. Gilbert Sinoué a écrit la biographie de Méhémet-Ali (1770- 1849) : Le dernier pharaon  que j’ai lu et relu avec toujours autant de plaisir que d’intérêt. 

Cette saga familiale met en scène une famille de riches propriétaires terriens : les Chédid   dans leurs domaines, Sabah à Guizeh et la Ferme des Roses dans le Fayoum. Chrétiens, ils sont proches des Mamelouks qui règnent sur l’Egypte et fréquentent les négociants européens. Youssef et Nadia, les parents sont exemplaires, mais ils rejettent Samira leur fille aînée, qui s’éprend d’un officier turc donc musulman. Nabil est actif dans les cercles d’étudiants nationalistes qui prennent exemple dans la Révolution française. L’Egyptienne, l’héroïne qui a donné son nom au livre et que nous suivrons pendant toute la saga, c’est Shéhérazade, flamboyante, passionnée, intelligente. Amoureuse de Karim,  fils du jardinier, mais musulman, ,elle épousera, Michel Chalhoub, chrétien à qui elle était promise qui lui donnera un fils Youssef. Son grand amour de maturité sera Ricardo, vénitien, proche de Mohamed-Ali….La Fille du Nil, Giovanna, fille de Shéhérazade et de Ricardo, est forte personnalité qui épousera le fils du Vice-roi, Saïd (une liberté que l’auteur a pris avec la grande histoire). Les grandes passions, les histoires d’amour, ne m’intéressent pas tellement  celle-ci tient la route et porte le roman historique sans trop l’envahir

Le roman historique, est passionnant et tout à fait précis (il ne faut pas sauter les notes de bas de pages, très documentées). Nous comprenons comment les mamelouks règnent sur l’Egypte, presque indépendamment de la Sublime Porte, souveraine en titre. L‘expédition de Bonaparte est racontée par le menu. Abounaparte, aussi surnommé le joueur est décrit comme un conquérant sanguinaire peu soucieux de mission civilisatrice que parfois on lui attribue. Il n’en est pas de même pour Kléber  qui apparaît plus sympathique . Et les savants de l’expédition, ceux qui ont décrit l’Egypte? On retiendra ici plutôt les ingénieurs. Bonaparte aura une influence indirecte : il servira d’inspiration à un autre conquérant : Mohamed-Ali macédonien comme Alexandre le Grand, qui conservera au cours de son règne sa francophilie.

Le héros de la saga est Mohamed-Ali . Sa conquête du pouvoir est cruelle, machiavélique. Il ne se contente pas de régner, il veut moderniser l’Egypte : « nationalise » les terres pour rationaliser l’agriculture, se préoccupe d’irrigation, de canaux, barrages. Il fait venir des experts européens. 

Arrivent les Saint-Simoniens les invités surprises du roman avec leurs idéaux progressistes, abolition de la corvée, féminisme, leur folklore et aussi leur quête un peu délirante de la Mère ou de l’Épouse.

On en arrive à Ferdinand de Lesseps et enfin au Canal de Suez dont le projet occupe la deuxième partie de la Saga. Mais ce n’est plus Mohamed -Ali qui verra sa réalisation mais le Khedive IsmaÏl , son petit-fils qui l’inaugurera en présence de l’impératrice Eugénie. 

En revanche, le rêve de Mohamed-Ali : l‘indépendance de l’Egypte ne pourra pas être réalisé. Le jeu diplomatique des grandes puissances européennes hostile au démembrement de l’Empire ottoman mettra en échec tous les efforts, les guerres en Grèce, en Turquie des armées égyptiennes, même victorieuses.  L’intervention britannique de 1882 fera de l’Egypte une colonie britannique.

J’ai construit la Grande Pyramide – Christian Jacq

LIRE POUR L’EGYPTE

Guizeh : le sphinx devant Khephren

« Mes plus belles heures je les ai passée à la grande carrière proche de la première cataracte. Là, un tailleur de pierre m’a enseigné l’art de manier le maillet et le ciseau, sans négliger l’usage des boules de dolérite; don l’usage répétitif permet de détacher le granite. Pendant que mes camarades s’amusaient, j’apprivoisais les outils et le matériau, ne me souciant ni de l’ardeur du soleil ni de la violence de certains vents. originaire d’un hameau proche du mien, l’artisan avait longtemps travaillé dans le nord à Dachour, où le pharaon Snefrou, aimé et admiré , avait érigé deux pyramides géantes, deux merveilles que mon maître ne cessait de décrire, déployant un enthousiasme communicatif »

D’Assouan à Guizeh…..

Pour rester encore à Guizeh j’ai téléchargé ce roman historique de Christian Jacq.  Récit racontant les aventure d’un jeune tailleur de pierre pendant al construction de Chéops, il m’a appris beaucoup de choses sur la construction de la pyramide, la vie quotidienne des artisans, ce qui a suffi à mon bonheur. Même si l’intrigue est un peu simpliste, la psychologie manichéenne avec des méchants très méchants (le Profiteur) des bons très bons (le Vieux) des animaux très gentils et intelligents presque doués de la paroles (l’âne).

Un rêve.

Un rêve de gosse, si merveilleux qu’il effaçait tous les doutes. Un rêve en forme de pyramide, si ample que la journée ressemblait à une fête de l’esprit et de la main. Maintenant, j’assumais mon enfance, mon adolescence et ma vie d’adulte ; mes luttes, mes efforts n’avaient eu qu’un seul but : participer à la création de cette demeure d’éternité.

Mon équipe, la Vigoureuse, m’avait donné une âme, nulle épreuve ne la déliterait ; plus jeune que mes compagnons d’aventure, j’avais l’âge de ces pierres qui oubliaient de vieillir. Combien d’êtres étaient si pleins d’eux-mêmes qu’ils ne se remplissaient pas d’autrui? Je ne bâtissais pas sur l’humain, mais avec lui ; et parce que nous étions conscients d’œuvrer au-delà de notre courte existence, nous vivions. « 

Saqqarah : la punition de la Justic

Je me suis revue dans la galerie qui descendait à la chambre funéraire de Dachour où j’ai descendu à reculons une rampe interminable. Les cavités autour des pyramides de Chéops et de Khéphren se sont peuplées de toute une foule de tailleurs de pierre, de tisserands, de blanchisseurs…de toutes les corporations… J’ai imaginé Memphis et j’ai prolongé le voyage.