L’ombre de Staline (film d’Agniezska Holland) – La Ferme des animaux – George Orwell – Orwell and the Refugees Andrea Chalupa

L’OMBRE DE STALINE

Pour une rentrée au cinéma, j’ai fait le bon choix!

Film historique avec reconstitution d’époque : 1933, Moscou, son Hotel Metropol fréquenté par les journalistes étrangers agréés par le régime, l’Ukraine où sévit une terrible famine.

Thriller mené de main de maître, on ne s’ennuie pas un instant en suivant les péripéties du voyage en URSS de Gareth Jones, jeune reporter free lance à la recherche d’un scoop. Venu avec l’idée d’interviewer Staline comme il a interviewé Hitler, il découvre que son contact a été assassiné à la veille d’un voyage en Ukraine. Comment Staline finance-t-il ses grandes réalisations? On lui suggère que « l’or de Staline » serait le blé ukrainien. Gareth Jones prend le train pour l’Ukraine ; la réalité qu’il découvre dépasse de loin ce qu’il pouvait imaginer. Pourra-t-il rentrer à Londres?

Dénonciation d’un génocide.

Dénonciation aussi de Fake news – propagande stalinienne que relaient les journalistes occidentaux, en tête Duranty, prix Pulitzer.
Gareth Jones,  un lanceur d’alerte.
Le film gagne ici aussi en actualité.
Ce n’est pas une fiction.

Pédagogie, pas seulement.

C’est aussi un très beau film. L’Ukraine sous la neige est d’une beauté à couper le souffle.

Un très bon film

ORWELL AND THE REFUGEES  – THE UNTOLD STORY OF ANIMAL FARM – ANDREA CHALUPA

Andrea Chalupa a écrit le scénario de L’Ombre de Staline. Le film m’a tellement impressionnée que j’ai voulu en savoir plus. J’ai donc téléchargé l’essai d’Andrea Chalupa . 

Orwell est bien présent dans le film mais je ne l’avais pas reconnu.Il  s’ouvre et se termine par un personnage  qui rédige un roman à la machine. Allure bizarre, Orwell aimait se vêtir comme un clochard pour choquer la bonne société. Et le roman, c’est la Ferme des animaux inspiré par l’histoire de Gareth Jones.

Chalupa est une journaliste américaine d’origine ukrainienne dont la famille a vécu cette terrible famine Holodomor que je découvre par le film. Dans cet ouvrage elle raconte comment les réfugiés ukrainiens à la fin de la Seconde Guerre mondiale ont accueilli la traduction en 1947 de la Ferme des Animaux  comme critique du Stalinisme avec des références précises à la famine qu’ils avaient vécues.

 he explained how he and his countrymen had always been puzzled by the West’s naïveté about the Soviet Union.
They always wondered, wrote Ševčenko, whether anyone “knew the truth.” He concluded: “Your book
has solved that problem.”

Sevcenko (le traducteur de la Ferme des animaux) expliquaient comment ils avaient été étonnés de la naïveté des occidentaux envers l’Union Socviétiuz. Ils se sont toujours demandé – écrivit Sevcenko, si quelqu’un « connaissit la vérité ». Il en conclut « votre livre a résolu le problème »

Elle explique aussi pourquoi la désinformation autour de Holodomor a persisté des années 30 jusque bien après la guerre, relayée par des intellectuels occidentaux de renom.

Cet essai donne un éclairage intéressant sur la personnalité d’Orwell.

Orwell was much like a blogger before bloggers—“As I Please” was Orwell simply writing about anything he
pleased.

Orwell était une sorte de blogger avant que n’existent les blogs « comme il me plaira » était pour Orwell un exercice d’écriture sur tout ce qui lui plaisait…

La diffusion (ou plutôt la censure) de cette traduction en Ukrainien est étonnante :

However, only 2,000 copies were distributed—a truck from Munich was stopped and searched by American
soldiers, and a shipment of approximately 5,000 copies was seized as anti-Soviet propaganda. The books were
handed over to Soviet repatriation authorities and destroyed.

Cependant seulement 2000 exemplaires furent distribués. Un camion venant de Munich fut arrêté et fouilla par les soldats Américains, et un envoi d’approximativement 5000 exemplaoezq furent saisi comme propagande anti-soviétique. Ces livres furent envoyés aux authorité soviétiques et détruites

Par la collection de photographies des réfugiés ukrainiens c’est un témoignage poignant.

LA FERME DES ANIMAUX

Ensor

Comment qualifier ce court roman (150 p.)?

« Ces scènes d’épouvante et de massacres n’étaient pas ce que nous avions appelé de nos vœux la nuit où Sage l’Ancien avait exalté l’idée du soulèvement;Elle-même se faisait une image du futur, ç’aurait été celle d’une société d’animaux libérés de la faim et du fouet : ils auraient été tous égaux, chacun aurait travaillé selon ses capacités, le fort protégeant le faible, comme elle aurait protégé de sa patte la couvée de canetons….

Au lieu de quoi – elle n’aurait su dire comment c’était arrivé – des temps où personne n’ose parler franc, où partout grognent des chiens féroces, où l’on assiste à des exécutions de camarades dévorés à pleines dents après  avoué des crimes affreux…. »

Une fable ou un conte où les animaux parlent et raisonnent comme des humains tout en gardant certains de leurs caractères.

Une fable ou un conte, une satire, où l’histoire de la Révolution russe est transposée. Élan généreux du Soulèvement, principes égalitaires énoncés et peints, bataille héroïque…Chants révolutionnaires et slogans (bêlés et répétés à l’envie par les moutons). Joie et succès des débuts, récoltes et abondance jusqu’à ce que soit conçu le projet de construire un moulin destiné à produire de l’électricité (eh oui! l’électricité et les Soviets, cela ne vous rappelle rien). Les cochons se divisent sur l’opportunité de construire le moulin. L’inventeur du moulin est chassé par celui qui contestait le projet qui le reprend à son compte. Travail forcé pour construire le moulin, cheval stakhanoviste. Famine pour les animaux. Luxe et dépravation pour les cochons….Les allusions sont claires.

Mais on dirait que le mur n’est plus tout à fait le même. Benjamin, les Sept Commandements sont-ils toujours comme autrefois? 

[…]

TOUS LES ANIMAUX

SONT ÉGAUX

MAIS CERTAINS SONT PLUS ÉGAUX

QUE D’AUTRES

Plutôt que fable, roman à clé!

Un Amour à l’aube -Amadeo Modigliani Anna Akhmatova – Elisabeth Barillé – Grasset

PARIS 1910 -1911/SAINT PETERSBOURG

Elizabeth Barillé nous conte une rencontre, un amour, entre Amadeo Modigliani et Anna AkhmatovaEst-ce une fiction? une biographie?un essai double sur la peinture à Paris et sur la poésie russe? Lecture à la fois facile et savante. Facile parce que le roman est court, fluide. Savante si on veut approfondir la recherche en suivant les pistes offertes.

Modigliani : Akhmatova

De cette rencontre, peu de preuves tangibles subsistent : un dessin que la poétesse a conservé toute sa vie, un court essai rédigé près de 50 ans plus tard, une tête de pierre sculptée par Modigliani surgie dans une vente qui a inspiré Barillé pour écrire cette histoire….Les lettres qu’Amadeo a écrite à Anna sont perdues, comme les quinze autres dessins de lui qu’elle possédait.

 

Une rencontre? une amitié? une liaison? un amour? Anna avait 21 ans quand elle a rencontré Amadeo, mariée depuis trois semaines.

Modigliani : tête sculpté, Akhmatova ?

Les histoires d’amour me touchent assez peu, les ragots encore moins. En revanche je suis très curieuse de l’intense vie artistique dans le Paris des années 1910. J’aurais dû prendre un crayon et faire la liste de tous les artistes et parfois plus précisément des œuvres : Picasso et Braque bien sur, mais aussi Soutine, Kremegne, Brancusi, Zadkine, Duchamp ou Fernand Léger… pour les plus connus mais aussi des Russes que je ne connais pas comme Natalia Gontcharova et le mouvement « valet de Carreau », Alexandra Exter, Nadejda Hazin (future Madame Mandelstamm) Altman.. J’interromps souvent la lecture pour avoir une idée des tableaux sur le petit écran du téléphone, ou sur l’ordinateur.

Altmann : Anna Akhmatova

Autre pôle : la poésie russe. Essai intéressant bien que je sois totalement ignorante. L’auteure nous emmène sur les lieux de l’intelligentsia à Saint Petersbourg ou à la campagne dans des lieux tchékoviens.

Allusions aussi à  ce qui va suivre, stalinisme et persécutions, goulag. Mais c’est une autre histoire!