Le Pouvoir au Féminin – Elisabeth Badinter

MITTELEUROPA

LE POUVOIR AU FEMININ – MARIE -THERESE D’AUTRICHE – 1717 -1780 L’impératrice -reine

 

Du Siècle des Lumières, j’ai toujours eu un éclairage très franco-français, Louis XV, Louis XVI, la Révolution, Bonaparte….pour ce qui est du pouvoir politique. Voltaire, Diderot, Rousseau, les Encyclopédistes…. peut être Casanova? Evidemment j’ai entendu parler des souverains célèbres comme Frédéric II, la Grande Catherine, mais toujours en rapport avec Voltaire, despotes éclairés.

Un coup de projecteur sur Vienne, plus que nécessaire, donne une vue plus centrée sur l’Empire Austro-Hongrois, et l’émergence de la Prusse. Les Guerres de Succession d’Autriche (1740-1748) et la Guerre de Sept ans (1756-1763)  sont apparues en filigranes à de nombreuses occasions sans que je n’y comprenne rien. Voilà un ouvrage qui répare ces lacunes ! Enfin, j’arrive à situer la Silésie annexée par la Prusse alors que la jeune Marie Thérèse venait d’accéder au pouvoir – la Reine nue – et dont la reconquête par l’Autriche  a été le motif de ces deux guerres. Je comprends mieux aussi le fonctionnement du Saint Empire Romain-Germanique et les manœuvres des elections de l’Empereur.

Le livre d‘Elisabeth Badinter est un livre d’histoire détaillé. Les notes en bas de page, les référence dans les correspondances d’époque, la liste des sources et la bibliographie en annexe, témoignent du sérieux de l’ouvrage. Il est très loin des romans historiques aux détails croustillants, aux fêtes en costumes, aux aménagements de Schönbrunn. Si vous comptez suivre l’enfance de Marie Antoinette, ses tenues, son éducation vous serez déçu! Peu de frivolité, de la politique, de la diplomatie! J’ai eu du mal à me repérer dans les premiers chapitres du roman parmi les nombreux personnages de la famille de Habsbourg. A l’avènement de Marie Thérèse au pouvoir, je me suis attachée à sa personnalité.

Elisabeth Badinter est une historienne féministe. Elle analyse le Pouvoir au Féminin de cette souveraine exceptionnelle qui sut concilier son métier de reine et ses maternités. Elle mit au monde 16 enfants et ne négligea pas  leur éducation. Reine amoureuse de son mari François-Etienne, duc de Lorraine, dont elle partagea la couche jusqu’au décès de ce dernier (ce qui n’était pas l’usage dans les cours de l’époque). Elle était enceinte pratiquement tout le temps, redoutant plus les accouchements que les périls de la guerre. Marie-Thérèse mit à profit sa féminité. Séductrice dans sa jeunesse, on ne pouvait rien lui refuser quand elle se présentait en larmes près de perdre Prague et la Bohème. Mère de son peuple, elle était aimée tandis que François-Etienne était méprisé. Solidarité féminine? Elle acquit de solides réseaux dans les cours auprès des femmes.

 

Tableau de la vie quotidienne :maternités, mortalité infantile et fièvres puerpérales. Petite véroles. Un tableau clinique de la santé au 18ème siècle. Les cours ne sont pas épargnées.

 

Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

PORTRAIT DE FEMME

de witte

Pour introduire l’oeuvre,  un tableau  de

« je m’appelle Magdalena Van Beyeren. C’est moi de dos sur le tableau[…]J’ai choisi d’être peinte, ici, dans notre chambre où entre la lumière du matin. […]C’est la lumière du soleil montant, celles des promesses du jour que j’ai voulue pour ce tableau. La journée n’est pas encore écrite et ne amande qu’à devenir. Ce sont mes heures préférées, j’aime leur reflet dans le miroir de Venise ou l’écho de nos silhouettes se perd dans les dorures…. »

Pendant deux mois Magdalena tient son journal, peut être sont elles ces heures silencieuses , où elle raconte en courts chapitres l’essentiel de sa vie.

Ce court roman – 88 pages – est le portrait d’une femme. Une hollandaise, fille de commerçant, femme  d’armateur. Mère de grands enfants. Enfant elle a couru dans les docks, dans le parfum des épices de l’Orient. Jeune son père l’a initiée au commerce qui fait la prospérité des Pays Bas à l’époque (1667). Toute demoiselle, elle est tombée amoureuse de Pieter le capitaine du Haarlem qui rapportait de la porcelaine de Chine…

L’épinette, représentée sur le tableau l’accompagne dans toute sa vie. Une de ses filles est particulièrement douée pour la musique. Ces heures ne sont peut être pas aussi silencieuses que le titre le suggère.

Un joli livre qui se lit d’une traite.

Dix mille guitares – Catherine Clément

LIRE POUR LE PORTUGAL ou POUR L’EUROPE?

10000_guitares

J’aurais aimé être plus enthousiaste!
Ce livre avait tout pour me plaire.
De l’auteure j’avais lu avec grand plaisir la Senora (2fois) et la Promenade avec les dieux de l’Inde, Martin et Hannah, Sissi….
Un thème intéressant : une traversée de l’Europe, du Maroc en Suède, en passant par le Portugal, l’Espagne, Prague… toute l’histoire des Habsbourg de Philippe II à Rodolphe…Descartes. Un siècle d’histoire de 1577 à la mort de la Reine Christine en 1689.
Un très joli titre que ces Dix Mille guitares.
Et pourtant une certaine déception.
Quelle idée que de choisir comme narrateur un rhinocéros puis sa corne transformée en coupe royale! Déjà l’animal grossier qui chie et pète c’était risqué, mais la corne qui passe de main en main de cour en cour, je n’arrive pas à y croire.
Le mystère de ce Sébastien, roi de Portugal,  Désiré puis caché. Quelle formidable histoire! Le dépucelage de la reine Christine par Descartes, encore une autre histoire! Mais j’ai du mal à suivre. Entre temps on croise le Golem à Prague. Too much!
C’est cependant un livre fort instructif. Je n’avais jamais entendu parler de ce Pourim des chrétiens célébré au Maroc, J’ai bien apprécié la révision historique concernant cette Guerre de Trente ans, l’abdication de Christine…
rhinoceros de Dürer
Lire le billet d’Eimelle qui m’a donné envie de lire ce livre.

 

Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

 broken-road-cover

Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

 dans-la-nuit-et-le-vent

Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

Rila
Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…

 

Stefan Zweig : le monde d’hier

v:* {behavior:url(#default#VML);}
o:* {behavior:url(#default#VML);}
w:* {behavior:url(#default#VML);}
.shape {behavior:url(#default#VML);}

Normal
0

21

false
false
false

FR
X-NONE
X-NONE

MicrosoftInternetExplorer4

/* Style Definitions */
table.MsoNormalTable
{mso-style-name: »Tableau Normal »;
mso-tstyle-rowband-size:0;
mso-tstyle-colband-size:0;
mso-style-noshow:yes;
mso-style-priority:99;
mso-style-qformat:yes;
mso-style-parent: » »;
mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;
mso-para-margin:0cm;
mso-para-margin-bottom:.0001pt;
mso-pagination:widow-orphan;
font-size:11.0pt;
font-family: »Calibri », »sans-serif »;
mso-ascii-font-family:Calibri;
mso-ascii-theme-font:minor-latin;
mso-fareast-font-family: »Times New Roman »;
mso-fareast-theme-font:minor-fareast;
mso-hansi-font-family:Calibri;
mso-hansi-theme-font:minor-latin;
mso-bidi-font-family: »Times New Roman »;
mso-bidi-theme-font:minor-bidi;}

Stefan ZWEIG – LE MONDE D’HIER – Souvenirs d’un Européen – belfond (531p)

Emigré au Brésil, en 1941, Zweig raconte ses souvenirs et retrace 50 ans d’Histoire, de la fin du 19ème siècle à la Seconde Guerre mondiale.

Il analyse l’évolution du « monde de la sécurité » dans la monarchie autrichienne ,. C’était le monde de son père, industriel juif d’origine morave,  où chacun connaissait sa place, s’enrichissait dans la confiance dans le Progrès, où la maturité et l’expérience étaient des valeurs sûres, où on ne faisait pas étalage de sa richesse.

A Vienne, au début du 20ème siècle, la culture était une valeur reconnue de tous, tout au moins dans la bonne bourgeoisie juive. La musique était à son apogée, l’art dramatique aussi, la poésie, la littérature n’était pas réservés à l’élite. Tout Vienne communiait aux grandes premières, aux concerts. Les lycéens se piquaient d’écrire des vers, et même les publiaient. C’est dans cette culture viennoise que se firent les années de formation de Zweig.

Cependant, il se garde bien d’idéaliser cette Belle Epoque : le système éducatif était peu adapté, l’école comparée à un bagne ou à une caserne, lieu d’apprentissage morne et glacé.  La pruderie de l’époque, la morale sociale et surtout le mépris dans lequel on tenait les contingences du corps, aussi bien en ce qui concernait le sexe que le sport, la séparation dans laquelle on maintenait les jeunes filles, l’extension de la prostitution, tout cela n’était guère épanouissant pour un jeune homme ou un adolescent.

Rainer Maria Rilke

Il est en Belgique en juillet 1914. La Première Guerre mondiale, séisme dans l’Europe a d’abord été accueillie dans un enthousiasme communicatif. Quand Zweig rappelle cet enthousiasme et le compare à l’ambiance qui régnait à la veille de la Seconde Guerre mondiale il écrit

« C’est que notre monde de 1939 ne disposait plus d’autant de foi naïve et enfantine que celui de 1914. Alors le peuple se fiait sans réserve à ses autorités ; personne, en Autriche n’aurait risqué cette pensée que l’empereur vénéré François-Joseph, le père de la patrie universellement vénéré[….]aurait appelé son peuple au combat sans y être absolument contraint… »

Zweig ne succombe pas au patriotisme, cette naïveté lui ait sans doute défaut. Il est trop européen pour mettre ses écrits au service de la propagande guerrière. Il voyage dans  un train-hôpital venant du front, rencontre des prisonniers russes et mesure l’horreur de la guerre.  Il se sent bien seul dans l’Autriche en guerre mais il met sa plume au service de la paix écrit sa tragédie Jérémie mais surtout correspond avec Romain Rolland  qui a écrit Au dessus de la mêlée et se trouve en Suisse. Cette rencontre avec Romain Rolland est un des épisodes qui m’a le plus intéressée.

Romain Rolland

Avec la fin de la guerre Zweig retourne en Autriche, s’installe à Salzbourg pour y assister à une grande misère, à l’inflation galopante, effondrement des fortunes traditionnelles, inflation qui se répétera en Allemagne, et qui sera un des ferments de la montée d’Hitler. Il est impatient de revoir le monde et conte plaisir de se sentir bien accueilli en Italie, pays ennemi pendant la guerre. C’est aussi le temps des succès littéraires de Zweig dont les œuvres sont traduites dans le monde entier et qui est reçu partout. La décennie1924 à 1933 est décrite comme une époque de tranquillité avant que ce seul homme bouleversât le monde ». Il visite la nouvelle Russie,  rencontre Gorki. Le Festival de Salzbourg entraîne avec lui un bon nombre de célébrités.

Gorki à Capri

Comment n’a-t-il pas vu le danger qu’Hitler représentait avant 1933 ? En tout cas, très tôt il a ressenti personnellement les effets du nazisme, les autodafés de ses livres. Une collaboration avec Richard Strauss pour un livret d’opéra tourna court : à la deuxième représentation tout fut annulé. Zweig prit assez tôt la mesure de la catastrophe et c’est déjà en 1933 qu’il quitta Salzbourg pour Londres et l’exil.

Zweig, biographe hors pair, de Marie Stuart, Fouché ou Erasme et tant d’autre excelle dans le Monde d’hier quand il relate ses rencontres avec Herzl, Rilke, Joyce, Rodin, Romain Rolland, Verhaeren, Freud. Ses portraits sont vivants, remarquables.