Toulouse Lautrec au Grand Palais

Exposition Temporaire jusqu’au 27 /01/2020

Cette grande exposition dévoile des facettes que je ne connaissais pas du peintre- affichiste de Montmartre qui se révèle être aussi un merveilleux dessinateur (je m’en doutais un peu) et un portraitiste.

J’ai beaucoup aimé les portraits où l’on ressent la parenté avec Van Gogh ou Emile Bernard.

Portrait d' »Elles », les femmes des maisons closes jamais graveleuses, toujours attentives aux détails : femmes à la toilette….Portraits d’hommes aussi. Et puis j’ai aimé deviner la silhouette d’Oscar Wilde et le profil de Fénéon

Evidemment les affiches, mais pas que….

 

Le Greco au Grand Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 10 février 2020

Greco Saint Dominique :

Pour moi, le Greco avait peint des hommes au visage allongé, un peu mystérieux, très espagnols….avait peint Tolède… 

Domenikos Theotokopoulos est né en Crète en 1541 et nous avons vu sa maison et la petite église byzantine à Fodele. 

J’ai toujours eu du mal à faire le lien entre Tolède et Fodele. Cette exposition me fait découvrir l’oeuvre et le parcours du peintre

Domenikos Theotokopoulos  a commencé à peindre des icônes et ce n’est pas un hasard s’il se réfère à Saint Luc, le peintre de la Vierge (en Grèce, on a retrouvé tant d’images miraculeuses de la Panaghia peintes par Saint Luc).

Candie, au 16ème siècle,  était vénitienne. Venise, 1567, à l’arrivée du Greco était la ville de Titien, du Tintoret, Veronèse…il devait être difficile de rivaliser avec tant de célébrités. Greco, alors peint des petits formats, de la taille de petites icônes. Sa palette comporte surtout des bruns, quelques taches rouges..>Le triptyque de Modène est un chef d’oeuvre de cet art miniature « penser grand, peindre petit » aurait-il déclaré.

triptyque de Modène

La peinture illumine bientôt ses tableaux. Greco se met à l’Ecole vénitienne…

Annonciation

Le songe de Philippe II (1577) se réfère à la Bataille de Lepante (1571) bataille très espagnole mais aussi très grecque!

 

Grec? Vénitien? Espagnol? Il est aussi passé par Rome où il a vu les œuvres de Michel Ange…

J’avoue, les grandes toiles religieuses m’ont un peu ennuyée. En revanche les portraits sont saisissants de modernité.

Portrait du Cardinal Nino de Guevarra

Je pense au Titien, quelle audace ces lunettes!

Le Saint Martin est très espagnol, on l’utiliserait pour illustrer Don Quichotte! (et oui Cervantes était lui aussi à Lepante!)

Un Saint Martin très espagnol!

Beaucoup de sujets religieux mais pas que….j’ai aimé ces variations sur le souffleur de braises

la fable

Greco travaille à des variation, m’explique-t-on dans l’exposition. Il revient sur des thèmes pendant de longues années comme pour Jesus chassant les marchands du temples qu’il a peint  successivement en 1570- 1575 – 1600 et 1614. La version de 1575 me plait beaucoup avec les 4 marchands dans le coin droit en bas

Jésus chassant les marchands du temple (1575)

La dernière version annonce la Vision de Saint Jean

jésus chassant les marchands du temple

Cette vision de Saint Jean : apocalypse est (pour moi ) une peinture extrêmement moderne, presque contemporaine qui pourrait figurer à côté d’un Picasso ou d’une peinture expressionniste

Vision de Saint Jean 1614

J’ai vraiment découvert Greco que je croyais connaître!

Le Rêveur de la Forêt – Musée Zadkine

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2020

A l’entrée du Musée Zadkine

Le Musée Zadkine est au 100 de la Rue d’Assas juste en face de la Faculté de Pharmacie, en haut du Luxembourg. Il est bien caché sur une placette ombragée dans une maison basse  et un atelier au  fond du jardin arboré orné de sculptures en bronze.

Zadkine

L’exposition Le Rêveur de la Forêt est mêlée aux collections permanentes et s’y intègrent parfaitement. Les œuvres dialoguent. On entre d’abord en lisière de la forêt avec les très beaux vendangeurs de Zadkine qui sont en compagnie d’un beau tableau d’une forêt automnale

Natalia Gontcharova

De Natalia Gontcharova et d’un curieux tableau de Dubuffet où des couches de terre encroûtent la toile.

Dubuffet

On reconnaît facilement la forêt de Giacometti

Giacometti

La seconde salle est appelée Genèse – création ou matrice du vivant – colorée par le tableau fleuri de Séraphine de Senlis

Séraphine de Senlis

Forêt naïve du Douanier Rousseau ? Non, c’est l’étrange Conglomeros créature étrange de Victor Brauner dans le décor qui rappelle que Victor Brauner a succédé au Douanier Rousseau dans le même atelier, hommage au maître.

Victor Brauner : Conglomeros – la rencontre du 2 rue Perret

Un autre être hybride lui répond : l’Hermaphrodite de Zadkine

Zadkine : Hermaphrodite

Les nuages  blancs de Jean Arp ont pour titre chapeau-forêt . Mais Arp précise « nous ne voulons pas copier la nature…ces sculptures devfraient rester anonymes comme les arbres de la forêt ». 

Jean Arp

En compagnie de deux sculptures sur pierre, une Tête héroïque en granite qu’un glacier a laissé près de Vitebsk, et de Sisyphe gravé je découvre les créations d’Hichem Berrada, créatures aléatoires nées dans des aquariums à la cire perdue ou de cristallisations. je les ai rencontrées au Louvre-Lens, à Pontoise et dans le Parc du Château de Versailles et jamais elles n’ont été si bien à leur place!

Hichem Berrada : Keromancie

je suis fascinée par les étranges photographies de Pascale Gadon-Gonzalez, superpositions de microphotographies et jeu d’échelles, je me crois dans une forêt de pin un peu fantastique.

Germaine Richier : chauve-souris

J’aurais aussi pu citer Pennone et ses lentilles -miroirs, l’arbre foudroyé d’André Masson. Sans oublier les sons captés par Ariane Michel….

Pour arriver au Bois sacré/Bois dormant, dans l’atelier il faut traverser le jardin. Dans ce Bois sacré, j’ai surtout retenu les grandes figures mythologiques de Zadkine : Prométhée, Daphnée. Mais d’autres grands de la sculptures les accompagnent.

Zadkine : Daphnée

Je pourrais ajouter toutes les photos des bronzes que j’ai prises dans le jardin….

 

 

L’Âge d’Or de la Peinture Anglaise – Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 16 Février 2020

1760- 1820 

Sir Joshua Reynolds, The Hon. Miss Monckton,

L’exposition s’ouvre avec les deux maîtres Reynolds(1723 – 1792) et Gainsborough (1727-1788), grands portraitistes « peintres du roi », leur rivalité se donne en spectacle. De très grands portraits en pied, des dames se tiennent devant un paysage. Ma préférée est Lady Bates Dudkey, peinte par Gainsborough  peinte avec beaucoup de soin, de fluidité et de brillance avec un rendu soyeux plus flatteur que les coups de pinceaux plus mats de Reynolds. 

Gainsborough : lady Bates-Dudley

De ce dernier j’ai plus aimé son jeune Frederick Howards dans la posture d’Apollon (selon le cartel) dans un décor d’architecture classique (antique) au costume argenté plein de plis et rubans très flatteur.

Reynolds : Frederick Howards

Le duel Reynolds/ Gainsborough ne se poursuit pas dans la salle suivante au titre : portraits, Images d’une société prospère : où la bonne société commande aux peintres en vogue des conversation pieces, scènes familiales ou scènes d’enfants

Francis Wheatly : famille dans un paysage

ou

Reynolds : Master Crewe en Henry VIII

D’autres portraitistes  émergent, Zoffany, Francis Cotes, Thomas Lawrence, que je découvre ici

Romney : Mrs Robert Trotter of Bush

Aux solennels portraits en pieds on préfère ici les scènes familiales, les animaux.

la 3ème section : Aux frontières de l’Empire nous fait découvrir les colonies aux Antilles et en Indes

Zoffany : Le Colonel Blair avec sa famille et une servante indienne ; Calcutta 1783

Peindre à l’aquarelle et Le spectacle de la Nature

mettent en valeur de nouveaux artistes que j’aime beaucoup comme Turner, et Constable que j’aime beaucoup mais aussi Cotmann que je découvre dans un tableau rès romantique de Carnavon. 

Paysage de Gainsborough

Chiens, et chevaux inspirent aussi beaucoup les artistes (moi moins)

L’exposition se termine de façon fantastique avec William Blake (un de mes coups de coeur)

Blake : Homère et les poètes antiques

et de façon spectaculaires avec la destruction de Sodome par Turner et la Destruction de Pompéi et Herculanum par John  Martin

Turner : Destruction de Sodome

Bacon en toutes lettres – Centre Pompidou.

Exposition temporaire jusqu’au 20 janvier 2020

Study of Red Pope 1962

Infos pratiques : Attention!

  Le parvis est en travaux, il vaut mieux avoir fait sa réservation, on m’a refoulée à la première tentative. Même munie d’un ticket avec un  horaire précis, je suis arrivée 40 minutes avant l’heure dite et je suis entrée pile à l’heure après des queues. 

Autoportrait 1976

Suite des infos pratiques : 

A la place de l’audioguide, il y a des podcasts, ne faites pas comme moi des photos avec le smartphone parce que c’est galère de passer d’une fonction à l’autre sur le téléphone qui n’est pas si intelligent que cela! 

Magistral, tragique, théâtral Bacon!

In the memory of George Dyer 1971

Bacon en toutes lettres s’affiche comme une exposition littéraire, mise en scène autour de six œuvres, ou plutôt de six pages, lues dans la pénombre de cellules nues en deux langues, anglais et français, les tableaux sont mis en scène vis à vis selon une disposition qui se répète : un triptyque en face duquel on a aimablement installé un banc pour qu’on puisse écouter commodément le podcast et de grands tableaux sur les murs perpendiculaires. Bacon se défend d’illustrer le texte, ce dernier lui suggère des images.  Le  peintre se laisse porter par son inspiration. Aucune anecdote précise n’est dessinée.

Eschyle, Nietzsche, Eliot, Conrad, Leiris et Bataille!

Avec l’Orestie d’Eschyle, les Erynies peut être?

Les six textes sont tragiques, violents, évoquant le sang et l’horreur!

Permanence d’une grand théâtralité, d’abord l‘Orestie est lue, mais aussi évoquée dans le texte d’Eliot »La Terre vaine » comme dans celui de Nietzsche qui traite des deux Dieux, Apollon et Dionysos, et de la transe dionysiaque qui semble si bien surgir de ces tableaux.

Même quand le cadre est moins tragique, moins sanglant comme ces couples de part et d’autre d’un cadre bleu, plus serein(???) la mise en scène au cordeau est visible. Mise en scène toujours!

Que dire du traitement que l’artiste impose aux corps distordus, aux visages écrasés qui semblent crier, aux muscles hypertrophiés

Faire d’une situation banale une scène de théâtre comme cet homme assis sur les WC ou au contraire introduire la mythologie comme cette rencontre d’un athlète avec le sphinx:

Rencontre avec le sphinx

Leiris (et Picasso) lui suggèrent la corrida. Quoi de plus spectaculaire que cette arène et le taureau?

Pour en finir avec Bataille et l’Abattoir 

Très intéressants  interviews filmés, Bacon raconte ses inspirations, et curieusement il n’est pas question de théâtre, peu de peinture (sauf Picasso) mais surtout de cinéma, de Bunuel et Eisenstein. Et ces références cinématographique éclaire d’un jour nouveau ces visages déformés, les personnages terriblement expressif crient!

Nous les arbres – Fondation Cartier

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 5 janvier 2020

Luiz Zerbini

Les expositions de la Fondation Cartier sont chaque fois un enchantement, un dépaysement et une découverte de l‘art contemporain. Nous les arbres s’intègre tout à fait naturellement dans le jardin derrière la verrière du magnifique bâtiment de Jean Nouvel. On peut même poursuivre le parcours dehors.

Zerbini : table-herbier (détail)

Dans chaque salle, une installation, une thématique. J’ai préféré la salle du rez de chaussée investie par Luiz Zerbini, un artiste brésilien que j’avais déjà remarqué à la Fondation Cartier dans l’exposition Géométrie du Sud du Mexiqueà la Terre de Feu.… L’élément central est un vrai ficus entouré d’étagères colorées formant une « table herbier » présentant aussi bien des fruits secs que des coquillages ou des racines séchées. entourant l’arbre, des tableaux de très grand format, très colorés sont à la gloire des végétaux.

Luiz Zerbini

Suspendues le long des vitres, des feuilles monotypes avec impressions directes , et surimpressions de feuilles, tiges, branches, graines… d’une extrême finesse.

Deux murs sont occupés par des gravures et dessins d’artistes Yanomanis du Brésil décrivant une forêt-monde peuplée d’animaux  .

arbre avec un toucan

En face des artistes du Paraguay Nivaclé et Guarani racontent un monde dont ils sont chassés par la déforestation, ils racontent la pêche et la chasse avec une précision et un talent remarquable

Dans l’autre salle du rez de chaussée, peu d’exotisme. Les arbres nous sont familiers.  La première partie est investie par Fabrice Hyber avec de grands tableaux relatant ce qui me semble être des expériences botaniques ou agronomiques. Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret  sur un grand écran célèbre un platane, un noyer, un magnolia, un cèdre, un arbousier….racontés par des personnes très variées qui ont noué une relation toute personnelle avec ces arbres. Nous prenons notre temps à écouter, regarder. Documentaire très contemplatif!

Au sous-sol, on retrouve la forêt amazonienne et la déforestation

et l’on se promène aussi dans l’imaginaire très décoratif d’un plasticien iranien. Puis dans la réalité scientifique d’un savant italien.

Pour terminer par un film très zen de Paz Encinna (réalisatrice paraguayenne), filmé parfois au ras de l’écorce, parfois dans le flou des branches de la canopée qui se balancent. Une petite fille se confie, « approche-toi de l’arbre » comme un refrain dans ses confidences sur ses émerveillements, la tendresse de sa mère, ses découvertes…Il ne se passe rien mais on est envoûté.

Hans Hartung – La Fabrique du geste au Musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire du 11/10/2019 au 01/03/2020

Cette rétrospective est l’occasion d’une rencontre. Le Musée d’Art Moderne lui offre un bel espace pour déployer l’oeuvre de sa jeunesse de 1920 jusqu’à ses dernières productions en 1989 : tableaux mais aussi photographies accompagnées de plusieurs documents vidéo qui illustrent très bien le titre « La fabrique du geste« .

autoportrait 1922

 

Chacune de ces période se réfère au geste de l’artiste, à des techniques employée mais aussi à des période historiques, à des rencontres, des influences. De ses premières aquarelles où la couleur est jetée sur le papier, de ses premières compositions d’après les maîtres jusqu’aux énormes toiles à l’acrylique, il se dégage une parfaite homogénéité, une démarche logique. Ses œuvres de jeunesse, aquarelles ou calligraphies tracent une voie qu’on retrouve le long de toute l’oeuvre

1922 –  1939 – Vers l’abstraction

Les titres ne seront d’aucune aide pour interpréter l’oeuvre, ils sont simplement chronologiques. L’abstraction gagne vite le titre seules quelques rares oeuvres de 1922 1923 en portent comme ce 3 de mai interprétation du célèbre chef d’oeuvre de Goya

3 de mai

Hartung connaît les expressionnistes allemands, dès 1932 il part à Minorque, interrogé par la Gestapo, chassé par les franquistes il s’installe en France. Je ne sais pas pourquoi ce tableau me rappelle Miro

les œuvres des années 30 sont accrochées autour d’une statue que je crois retrouver dans les peintures

1939, Hartung, allemand est interné. Il s’engage dans la Légion étrangère. Peindre dans ces circonstances n’est pas évident peut être est-ce la signification du titre de la section  ; 1940 – 1956 – Peindre à tout prix  qui présente des tableaux de plus petits formats : calligrammes et têtes qui me rappellent Picasso

ou les surréalistes

Dans les documents on rencontre Calder, Arthaud et Aimé Césaire que Hartung a illustré.

Un film d’Alain Resnais permet de faire connaissance avec l’artiste et le voir peindre.

dans les années 1950, on voit sa technique évoluer, et ses travaux photographiques. j’ai beaucoup aimé ses photos de galets et ses galets peints (1954)

1957 -1970 Agir sur la toile

Hartung, toujours fidèle à ses tracés spontanés mais sophistiqués explore de nouvelles techniques dans des grattages, des pulvérisations

Ses oeuvres deviennent de plus en plus imposantes et plus colorées

1971 – 1989 Le geste libéré

Il utilise râteaux et balais en genêts pour obtenir de nouveaux effets, les formats sont toujours plus grands quand il projette la couleur avec le pistolet de carrossier ou des sprays.

J’ai également beaucoup aimé son  travail de photographe avec des Noirs et blancs superbe de contrastes de lumières et de reflets.