CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Après la lecture de La Ville Noire de George Sand, roman social écrit en 1860 nous continuons le Challenge avec Felix Holt, paru en 1866. Deux oeuvres tout à fait contemporaines, se situant dans des villes de province (Thiers pour la Ville Noire et la ville fictive de Treby Magna dans les Middlands. Ici, s’arrête la correspondance entre les deux livres.
Felix Holt est un très gros pavé de plus de 800 pages dont la lecture a été laborieuse.

Mon ignorance de l’histoire anglaise, de ses rois et leaders politiques m’a génée. Heureusement le traducteur nous fournit des notes en fin de volume, et cela ralentit la lecture. Whigs et Tories, c’est encore à ma portée mais que sont ces « radicals« ? D’autant plus qu’il semble y avoir deux acceptations pour ce concept, celle de Harold Transome,politicien un peu plus à gauche que les whigs et ceux qui sont vraiment radicaux comme Felix Holt. Autre lacune : la religion, les différents courants, entre Anglicans, Non-conformistes (?) et catholiques, je manque de références. Toujours au chapitre religion, les citations bibliques s’incrustent dans les arguments du pasteur et des femmes pieuses. Là encore, les notes vont bien m’aider, et me retarder. Comme tout sujet de Victoria est censé connaître Shakespeare, les allusions sont nombreuses et me laissent perplexe. Et je parle pas de la mythologie! Tout cela est bien intéressant mais cela ne fait pas avancer l’intrigue!
L’action est assez ramassée dans le temps, en 1832, juste avant et après une campagne électorale.
Trois volumes :
Le volume I présente les personnages, plante le décor. Les propriétaires terriens, les Transome, en leur manoir, l’avocat Jermyn qui a géré les domaines et les démélés judiciaires. Comme dans le Moulin sur la Floss, les affaires embrouillées et les procès semblent peser sur les finances. D’un autre côté : la petite congrégation non-conformiste autour du Pasteur Lyon, sa fille, Esther, et Felix Holt, idéaliste qui a abandonné les études de médecine pour s’établir horloger et qui veut éduquer les ouvriers.
Le volume II se déroule pendant la campagne électorale. Une réforme récente a créé de nouvelles circonscriptions, de nouvelles candidatures se déclarent. Etrangement, Harold Transome, de bonne famille de tradition tory se présente comme Radical . Il va faire appel à Jermyn comme agent électoral, qui lui-même délègue ses pouvoirs à un personnage trouble, Johnson. En 1832, le suffrage universel n’existe pas. Etrangement, un même électeur peut avoir plusieurs voix, qu’il peut même offrir à deux concurrents. Les votes s’achètent par des faveurs quelconques. Les ouvriers, évidemment, ne votent pas mais ils peuvent influencer la campagne, acclamant ou conspuant tel ou tel candidat. On peut gagner leur faveur en payant des tournées de bière dans les pubs. Evidemment, les ouvriers alcoolisés peuvent causer des troubles…. Felix Holt se trouve mêlé à ces agissements .
Le volume III commence après les élections. Harold Transome a été battu par le tory Debarry. Felix Holt accusé d’être le meneur d’une émeute est emprisonné. Harold Transome veut se débarrasser de Jermyn dont il n’a plus besoin. Ce dernier, détenteur de secrets de famille, va le faire chanter. Et se trame une histoire d’amour entre Esther dont le secret de la naissance a été révélé, et Harold Transome. Quel amoureux Esther va-t-elle choisir : l’intègre Felix Holt, emprisonné injustement ou Harold, le gentleman qui lui procurera une vie agréable au manoir? Esther joue le rôle principal dans ce volume. Le roman s’éloigne de la politique pour prendre la tournure d’un roman d’amour, presque une série télévisée.
Ce roman très dense, très riche, très varié m’a beaucoup intéressée malgré les écueils qui ont retardé ma lecture. Les personnages très variés et très nombreux sont complexes et évoluent au cours de l’histoire. Si les hommes sont les protagonistes de la campagne électorale, les femmes jouent un rôle important et leur personnalité n’est pas négligée. Elles ne votent pas (les ouvriers non plus) mais elles ont des opinions souvent tranchées et n’hésitent pas à agir quand elles en ont l’occasion. Les citations (que je n’ai pas beaucoup appréciées à cause de mon manque de culture) sont parfois des éléments humoristiques puissants. Il faut être britannique pour en goûter pleinement la saveur.
Me voilà donc un peu moins ignorante en ce qui concerne l’Angleterre du XIXème siècle! Et prête à de nouvelles aventures de la George anglaise!