Annette Messager : Une hirondelle ne fait pas le printemps – au Musée de la chasse et de la nature

Exposition temporaire jusqu’au 20 septembre 2026

La Revanche des animaux

Le Musée de la Chasse et de la Nature est un  écrin parfait pour cette exposition « conçue commme une longue fable poétique  et politique »en 80 oeuvres, présentées en 16 chapitres où Annette Messager  « explore l’animalité et le saugrenu » je continue à copier le cartel de présentation :

« parce qu’il est nôtre, le monde des animaux n’est pas un royaume enchanté ni une scène exangue. les bêtes fuient, gisent, luttent.
Le monde est une gigantesque battue, partout des proies et des prises »

Fables et récits

Entre trois piles de livres des peluches figurant les animaux s »amoncèlent. Au sommet 3 chimères : oiseaux empaillés et toujours emplumés avec tête de peluche. Je m’amuse à déchiffrer les titres des livres, aussi bien des chefs d’oeuvres que de la littérature de gare, de Isaac Bashevis Singer à la Bibliothèque verte. Peut être dans ces livres se cachent aussi les fables? J’ai cherché Esope, La Fontaine, Colette ou Orwell qui ont si bien fait parler les animaux.

A propos de langage :

22 expressions

Un mur est couvert de ces 22 panneaux qui montrent comment les animaux sont présents dans le langage courant : « S’entendre comme chien et chat », Têtu comme une mule » « comme un coq en pâte » etc….

Je n’ai  pas trop aimé ce Théâtre de la Cruauté : lapin de peluche disséqué, éviscéré avec les instruments de torture, au ventre ouvert d’où s’échappent des petites peluches. 

La Revanche des animaux (détail)

Peluches, métal, dessins… tout concourt à cette revanche des animaux!

Ecureuil en haut de l’escalier

Une grande salle au rez de chaussée a été offerte à Annette Messager seule pour ces grandes installations. Dans les étages, les objets, chimères, sculptures s’accordent avec les collections permanentes ou les oeuvres d’autres artistes contemporains. 

Capture ou captivité : l’écureuil sous son filet

Intéressons-nous d’abord à Capture et Captivité : l’écureuil taxidermisé sous un filet qui trône « moins butin que souverain », porteur d’outres ou idole masquée « Tel est pris qui croyait prendre » suggère l’artiste. 

Notre visite sera mise en scène, fables ou histoires tragiques, commentées par l’auteure.

Bronzes de Saint Clair Cemin

Le gardien nous fait remarquer les bas-relief et les gardes-corps, les rampes et les lustres et appliques habillant l’escalier et le palier. Oeuvres de Saint Clair Cemin, sculpteur brésilien.

Le Sang des bêtes

Parmi les collections permanentes, je cherche les oeuvres parfois de très petite taille comme ces oiseaux costumés, les oiseaux meurent aussi.

Flânerie des escargots

Variations sur les flânerie des escargots, sur un crâne – vanité – allégorie de la mort et détournement grottesque. Trois escargots portent des seins   à la place de la coquille . Il y a m^me une barbie-escargot quelque part.

Dans le cabinet des appeaux, l’installation est sonore, elle sussure, murmure « Ci-ci-ci-gogne – Ci-ci-ci« 

Dans le Salon des Chiens, un teckel empaillé plus vrai que nature porte un masque chirurgical. C’est le chapitre Eux et nous. Il me met très mal à l’aise. 

les transports amoureux sont figurés sur roulettes. 

Chatte en céramique : illusion d’optique

Les trophées intimes offrent des photos très personnelles. Je ne me souviens plus bien quelle est la possible vengeance. C’est au troisième étage que les Rameaux graphiques m^lent sculpture et dessins deux dessins m’ont particulièrement plu : un jardin du tendre 

et un autre dessin où se mêlent animaux et humains, peut être le b erger et son troupeaux et ses chiens?

Encore une fois, je me suis fait violence pour entrer dans un musée qui se clame « musée de la Chasse », je n’aime pas la chasse, encore moins les carabines, les trophées. Et pourtant c’est un lieu magique pour l’art contemporain. C’est là que j’ai découvert Eva Jospin, Sophie Calle et Garouste.D’ailleurs les oeuvres contemporaines y sont nombreuses et variées. Une de mes préférées : ce Dieu de la Forêt en écorees de bouleau

Eieu de la forêt . Jeanine Janet

Plumes du Paradis – Voyage d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle Guinée au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 8 novembre 2026

paradisier

Quels oiseaux étonnants que ces oiseaux de paradis vivant dans cette contrée si lointaine : la Nouvelle Guinée. J’ai été fascinée par les parades nuptiales de ces oiseaux colorés et inventifs. Couleurs luxuriantes et plumes d’une texture incroyable.

voliière d’oiseaux empaillés

les oiseaux empaillés ou naturalisés m’attristent. Le plus souvent les plumes ont perdu leur éclat. Cependant il est indispensable de voir de près ces plumages si exceptionnels.

Utilisées par les autochtones pour faire des parures, des coiffes de prestige pour des fêtes et des danses traditionnelles, elles sont splendides et on a plaisir à contempler les costumes et les rituels de Nouvelle Guinée.

coiffe vaporeuse et aérienne

Le « voyage » de ces plumes devient plus problématique quand elles font l’objet d’un commerce mondialisé. Utilisées dans l’empire moghol et persan (merveilleuse évocation du Simorgh de la Conférence des oiseaux). Puis les plumes arrivent en Europe, jusqu’à Prague ou Paris…

oiseaux exotiques

Mais ces plumages, quand ce ne sont pas les oiseaux entiers, deviennent marchandises de luxe : matière première des plumassiers, chapeaux ou Haute Couture. Comment une belle pouvait-elle s’afficher avec l’oiseau entier sur la tête? Un couturier a fait une petite robe toute en plume, vaporeuse. Et on imagine les massacres. Dès le 19ème siècle des précurseurs(comment dit-on au féminin?) de mouvements de protection des animaux se sont élevées, surtout en Angleterre, contre cette exploitation.

Toute cette partie de l’exposition m’a mise fort mal à l’aise. C’est quand même très beau et instructif. Ce sont les oiseaux vivants du film d’introduction que j’ai préférés.

Aux Origines, Défaire le Racisme – Palais de la Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)

COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?

COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?

L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavage et Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent. 

William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne

Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention. 

Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images  habituelles. 

William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves

William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou. 

Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)

Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales. 

Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021

En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté  et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse (Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka,  survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches. 

les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française

Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalme montre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.

Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War

Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante. 

Bouba Touré

Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes. 

La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atys dansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire. 

 

Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane

Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèque orné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur. 

Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.

Shin Sung Hy – Coller, Couturer, Nouer – au Musée Cernuschi

Exposition temporaire jusqu’au 2 Août 2026

La Corée est à l’honneur cette année après deux expositions à Guimet. Si Shin Sung Hy est un plasticien coréen, né en Corée (1948), il s’est installé en France dès 1980 et s’est beaucoup inspiré de Supports/Surfaces des années 1969-1971. Sa démarche est la mise en question de la peinture, par déconstruction, trompe-l’oeil et collages. La peinture devient son propre objet. Cela m’a fait aussi penser à l’exposition de Morellet visitée ce printemps à Pompidou-Metz.

Cette déconstruction commence avec des tableaux de jute. Une toile de jute est peinte à l’endroit en représentant l’envers = le chassis, une autre présente des rangées de petits points colorés, ce qui ne m’a pas spécialement passionnée.

collages sur plexiglas (1984)

Une autre déconstruction consiste à peindre à l’acrylique sur du carton et déchirer de petits fragments et les recoller sur un autre support, autre carton ou plexiglas. Les collages sur pléxiglas ont de l’allure avec l’ombre portée à l’arrière et forment un ensemble assez séduisant. 

Beaucoup moins séduisants : des bandelettes collées à une moitié de chassis, ou même un T-shirt peinturé suspendu qui devient lui-m^me toile.

la salle suivante est nommée Retour à la peinture, des couleurs gaies : rose orange, rouge sur un fond clair , pas plus convainquant à mon avis.

Couturages (début des années 90)

La démarche suivante est de découper des bandelettes et de les piquer à la machine sur du caraton afin de réaliser des tableaux avec des rayures en relief.

Autoportrait

les Autoportraits m’ont bien plu : au centre, un miroir est entouré par des bandelettes nouées en relief, des pinceaux complètent l’autoportrait du peintre

peinture Spatiale : nouages

j’ai bien aimé les nouages de bandelettes peintes de 1 à 2 cm formant des réseaux en relief

Nouage vu de près

Comme cette exposition n’occupe que 3 salles assez petites, j’ai poursuivi ma visite de Cernuschi par les collections permanentes qui m’enchantent toujours. Les personnages d’argiles, comme des tanagras figurent des cavaliers, des musiciens (musiciennes), des figures du calendrier chinois ou des soldats ou ouvriers et même des maquettes de maisons.

Hâm Nghi : autoportrait

Deux expositions temporaires sont appelées l‘Eté Vietnamien avec des brûle-parfums métalliques de très belle facture. Une salle est consacrée à l’empereur en exil Hâm Nghi(1871 Hué – 1944 Alger); emperreur fugitif  traqué par les militaires français (1885) porte drapeau de la résistance anti-coloniale puis exilé à 18 ans à Alger .Il se réfugie alors dans l’étude  et la peinture qu’il a pratiqué pendant  ans. De beaux pastels sont exposés mais sous verre avec des reflets bien gênants pour les photographier. 

Noa Eshkol au MAHJ – Danse et Compositions

Exposition temporaire jusqu’au 30 Aout 2026

very orange tree 1992

Noa Eshkol est née au kibboutz Degania en 1924 – Holon 2007.

Affiche Chamber Danse group

Danseuse, chorégraphe, elle fonde en 1954 le Chamber Dance Quartet avec des compositions dansées sans musiques rythmées seulement par una métronome. Une vidéo captée à Holon 1960 est projetée dans la salle d’entrée. Le tic-tac du métronome, la danse accueillent le visiteur entre des tentures suspendues ou plaquées au mur

A big kolo

La tenture, A big Kolo représente une danse, une danse balkanique qui se danse en rond comme la Hora.

ECRIRE LE MOUVEMENT

mouvement complexe bras jambe

Avec Wachman, Noa Eshkol met au point un système de notation chorégraphique très précis selon les segments du corps avec des sphères

Par delà l’aspect décoratif, très esthétique, un autre intérêt de l’exposition se trouve dans la projection de Décade , comémoration du Soulèvement du Ghetto de Varsovie au Kibboutz Lohamei Ha Getaot, spectacle dansé en extérieur devant l’aqueduc romain.

Cette chorégraphie a inspiré Yael Bartana pour son film The Undertaker (2019) projeté au milieu de l’exposition.Cette installation sonore de 13 minutes montre une cérémonie, une sorte de procession dansée à Philadelphie, manifestation avec une banderole « Bury your weapons not our bodies » spectacle très impressionnant qui se termine dans le cimetière sous la surveillance de personnages costumés à l’époque de la guerre d’Indépendance. CLIC

1973 Guerre de Kippour : « il n’est plus temps de danser »

Yom Kippur (mourning) 1983

La chorégraphe arrête la danse et commence une nouvelle création textile. De nombreuses tapisseries font référence au deuil comme Yom Kippur in memoriam of DanSapir ou Skud- the Gulf war (homage to Moshe Kupferman)

Skud – La Guerre du Golfe – Homage to Moshe Kupferman

Mais toutes les teintures ne sont pas si violentes ou si tristes. Souvent elles évoquent des paysages, la mer ou des collines

la mer de la Reine de Saba

Dans ces patch-word ou quilt Noa Eshkol se tissent des symboles :

En hébreu, les verbes coudre (tefira) et guérir(terufa) partagent une racine commune. Ainsi on peut interpréter la production de ces carpets cousus comme un acte de résilience…

Les seules règles que je mesuis imposées : ne pas acheter de tissu, n’utiliser que des chutes, des chiffons ou des vêtemnts usagés qui me tombent plus ou moins par hasard entre les mains. je m’impose aussi de ne pas couper le tissu, mais uniquement de découdre des pièces cousues

Et pour revenir à la danse ce magnifique paon, motif aussi de chorégraphie

peacock

Licornes au Musée de Cluny – médiévales, exotiques ou dystopiques?

Exposition termporaire jusqu’au 12 juillet 2026

la Dame à la Licorne : les cinq sens -l’Odorat

La Licorne est en son Palais au Musée de Cluny. Impossible de se dérober à une longue visite et de passer un long moment à détailler les tapisseries des Cinq Sens et ses les allégories, de chercher les animaux cachés parmi les fleurettes. 

gazelle unicorne tibetaine

Il est donc logique que Le Musée de Cluny ait imaginé une exposition thématique sur les Licornes. On y découvre des licornes exotiques (avec ou sans corne) comme cette licorne tibétaine

Licorne poursuivant un éléphant

ou ce panneau émaillé perse ou indien où la licorne qui poursuit l’éléphant est bien reconnaissable.

De très belles gravures anciennes racontent des légendes de licornes insistant sur le symbole de virginité .

Nikki de Saint Phalle

le mythe a traversé le temps et des licornes modernes m’ont interpellée.

La Noble Pastorale de Suzanne Husky (2017) 202×243 cm

La Noble Pastorale de l’artiste éco-féministe Suzanne Husky revisite la Tapisserie de la Licorne. La nature paradisiaque a laissé la place à la déforestation . Un homme affronte à mains nues l’engin destructeur. Et en ce moment Fontainebleau brûle! 

Réel – Julien des Monstiers

Licorne fissurée en premier plan, à l’arrière plan les tours de refroidissement d’une centrale. Encore une image actuelle : certaines centrales sont à l’arrêt pour garder une température convenable dans les cours d’eau.

Réalité ou dystopie?

Adya et Otto van Rees au Musée de Montmartre

Exposition temporaire jusqu’au 13 septembre 2026

Adya (1876-1959) et Otto van Rees (1889-1957)sont deux artistes néerlandais qui s’installent en 1904 au Bateau-Lavoir et se lient d’amitié avec Arp, Juan Gris, Blaise Cendrars, Kees Van Dongen, Zadkine et d’autres .Ils sont donc chez eux au Musée de Montmartre qui leur consacre une rétrospective. Je fais donc connaissance avec ce couple d’artistes que je ne connaissais pas. Cette visite est aussi l’occasion de traverser l’évolution de la peinture au cours de la moitié du XXème siècle. 

Fleury en Bière

En 1905, le couple s’installe à Fleury-en-Bière, près de Barbizon. Ils peignent des tableaux fleuris et colorés par petites touches presque divisionnistes. Après un Grand Tout en Italie, ils s’installent à Paris et se marient en 1909.

Adya : Portrait d’Otto (1908)
Otto : Portrait d’Adya au chapeau (1909)

Leur peinture évolue, une série montre des à-plat cerclés d’une ligne nette. héritage du cloisonnisme, héritage de Paul Gauguin ou d’Emile Bernard.  D’autres sont influencés par le cubisme

Otto van Rees 1910 Mère et enfant

On pourrait prendre certains tableaux pour ceux de Juan Gris. Otto sculpte aussi une tête de Adya cubiste.

Adya 1914 Deux religions

Pendant la Première Guerre mondiale, Otto est mobilisé, Adya se convertit au Catholicisme. On voit leurs deux visages séparés.

En 1919, au cours d’un accident ferroviaire leur fille Adyta décède. Ils quittent Paris pour Zurich et participent au mouvement Dada. 

Otto van Rees Carré et Cercle

Ils suivent aussi le mouvement Carré et Cercle expérimentant tous les styles différents. Ils ne se contentent pas de peindre, Adya se consacre aussi à la broderie 

 

Otto van Rees : Adya brodant

l’exposition montre plusieurs broderies d’Adya, certaines de petit format et la très grande très belle tapisserie Dieu avertit

Adya van Rees : 1929 Dieu avertit

En conclusion, je recopie le cartel en fin d’expostion

ODE A ADYA

REGARDS CROISES

Otto Van Rees : Adya dans l’atelier

Exposer un couple d’artistes pose un défi : la disponibilité des sources est souvent inégale et a été longtemps biaisée par un regard masculin. La disparité du nombre des oeuvres relfète un écart réel de productions d’Adya en faiosn du nombre restreint de recherches qui lui ont été consacrées.

Au Pays Bas, Adya van Rees-Dutilh est reconnue comme l’une des premières artistes à pratiquer l’abstraction ainsi que pour son rôle dans les débuts du dadaïsme . lezs oeuvres divisionnistes, de ses débuts la force de sese dessins cubistes proche de l’orphisme côtoient des broderies expérimentales et d’autes créations classées parmi les « arts mineurs », tissus, affiches, jouets.

Adya est plus souvent représentée par Otto que l’inverse, apparaissant « à l’oeuvre » en train de peindre ou de broder. Otto lui rend hommage dans une nature morte intégrant un détail de sa vaste broderie Dieu avertit. Il exprime son admiration pour la capacité d’Adya de garder sa maitrise.

par son engagement antibourgeois et s volonté de transmettre des valeurs spirituelles et ethiques à travers l’art Adya montre combien la contribution des femmes à l’art du  XXème siècle et essentielle.

Qu’ajouter à  ce texte?

Exposition Générale -Fondation Cartier

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Bodys Isek Kingelez – projet pour Kinshasaa aménagé le

J’ai toujours beaucoup aimé la Fondation Cartier, Bld Raspail, dans le beau bâtiment de Jean Nouvel avec le jardin. Le nouveau site se trouve dans un emplacement prestigieux  place du Palais Royal, en face du Louvre, dans un immeuble haussmannien édifié pour l’Exposition universelle de 1855.

Au premier plan sculpture de bois de Véio
au fond Ribalta d’Eliane Duarte

Pour son ouverture, l‘Exposition Générale présente les collections sous 4 thèmes  : Machines d’Architecture, Etre nature, Making things et Un Monde réel . Les  œuvres sont réparties sur trois niveaux ouverts les uns sur les autres : on peut découvrir le niveau -1 en surplomb. Cette présentation ne facilite pas la visite. J’ai été déconcertée par la variété des œuvres, des artistes, des provenances. Pas de rétrospective d’un plasticien. Encore moins d’aire géographique, un Japonais côtoie des Français, des Brésiliens, un Chinois. Art textile et sculpture de bois. Dessins minutieux noir et blanc et  grande installation. 

Garouste – Indienne

Heureusement, pour orienter le visiteur perdu, la Fondation a prévu de nombreux médiateurs tablette numérique à la main qui vont compléter les explications des cartels. Il y a aussi des visites-flash. 

Plutôt que de tout voir et de passer vite devant les œuvres proposées, j’ai préféré me limiter au rez-de-chaussée

petite Cathédrale Alessandro Mendinii

les Machines d’Architecture accueillent le passant dès l’entrée . Devant la petite église de mosaïque : Petite Cathédrale (2002) d’Alessandro Mendini, j’hésite, est-ce une maquette? Elle est plus grande que certaines chapelles. Ni croix, un autel doré étrange, un campanile qui pourrait être un minaret, ce n’est pas un projet réalisable, plutôt une rêverie, suggère le cartel. 

Une feuille de béton ondulante est une véritable maquette d’une chapelle au milieu d’une forêt chinoise. Chapelle en couloir ondulant, dépouillée. A-t-elle été construite? Nul ne le sait, l’architecte japonais n’a peut-être pas eu l’autorisation du pouvoir chinois. On peut aussi rêver….

le sapin sur la colonne

A quel stylite est destiné cette colonne? Comme Syméon le Vieux (392-459) dans le désert de Syrie. C’est un petit arbre, un conifère, il semble qui attend son arrosage automatique hebdomadaire. Encore un objet sont la seule fonction est de nous interroger.

Perchée sur un arbre en bois, un vrai tronc, la chatte Nini en bronze d’Agnès Varda. Clin d’oeil sympathique!

Bodys Isek Kingelez projet Kinshasa utopique

Ma préférence va au projet de Kinshasa utopique de Bodys Isek Kingelez avec ses jolies maquettes colorées, son stade Lumumba, sa promenade le long du fleuve Congo, on s’y croirait presque.

Caï Guo-Qiang : papier de riz et poudre à canon

Une grande salle claire regroupe les œuvres diverses sans lien apparent entre les unes et les autres. Heureusement, une médiatrice explique comment le plasticien chinois a dispersé de la poudre à canon, a recouvert d’ un panneau pour contenir les explosions. Caï Guo-Qing est un artificier qui a fait des spectacles pyrotechniques remarqués  dont la fête de fermeture du Centre Pompidou CLIC

Simon Hantai

Sans transition, un très beau panneau orange de Hantai obtenu par de multiples pliages. 

Othoniel paysage amoureux

Le paysage amoureux d’Othoniel m’a beaucoup touchée : les fines perles forment un très long réseau rouge comme le sang des veines et des artères passant par de grosses perles rouge comme des cœurs, et d’autres organes.  « objet rituel et érotique  » note le cartel. 

Ribalta Eliane Duarte (Brésil)

Les cordons de tissu tressés avec des plumes, du lurex, des matériaux recyclés, contiennent des « trésors » sorte de cristaux ou petites mains de plastique. On dirait qu’elle a voulu y enfouir des secrets. A quoi correspondent ces cordes qui ressemblent à des racines d’arbres ou peut-être à la mangrove. Des centaines de mètres, peut-être des kilomètres de travail manuel patient, méditation, ou rituel .

Impossible de rendre compte de toutes les objets exposés, des installations luxuriantes ou minimalistes . Je reviendrai. Pas pour tout voir, pour choisir encore des oeuvres qui me parleront.

Magdalena Abakanowicz – La trame de l’existence au Musée Bourdelle

Exposition temporaire jusqu’au 12 avril 2026

Les Coquillages  1973- tapisserie sisal et lin

Magdalena Abakanowicz (1930-2017) est une artiste textile polonaise.

Andromède II 1964 laine coton crin de cheval

Dans ses tapisseries, elle s’affranchit du plan du mur pour incorporer des matières originales et  obtenir l’impression de relief.

Abakan rouge qui se reflète dans un miroir

A partir , de 1964elle qualifie ses tissages monumentaux suspendus au plafond d‘Abakan. Les personnages qui se reflètent dans le miroir donnent l’échelle de l’œuvre. Ces abakans peuvent évoquer toutes sortes de chose au spectateur : un volcan, ou un sexe de femme, un paysage….

SculpturesSérie de portraits anonymes (1989-1990)

Série de portraits anonymes (1989-1990)

Autant j’ai aimé ses tissages et abakans, autant j’ai ressenti un profond malaise avec ses personnages de textile . Sculptures et moulages avec de la toile de jute. Masques mortuaires ou non? Rides captées ou exagérées avec les bandelettes?

Quelle danse, quelle procession, quelle fuite pour ces personnages sans tête. Et que font donc ces dos arrondis, accroupis ou assis, courbés. prisonniers ou condamnés. Le malaise augmente quand je m’aperçois que ce sont des coques creuses.

Aucun de ces « humain » ne possède un corps entier, le plus souvent c’est la tête qui est absente. les foules sont encore plus angoissantes

Foule

Foule anonyme, en rang serré, immobile. Qu’attend-elle?

Abakan noir

A l’arrière de l’abakan noir, une série nommée « Paysages » est composée des bas-reliefs de corps humains émergeant de la terre.

paysages

Oeuvres puissantes mais très malaisantes. Magdalena a évacué toute joliesse, toute exigence du « beau ». Comme elle est polonaise, je pense immédiatement à la Shoah, aux charniers, à la boue, aux cendres.
mais j’ai peut-être tout faux; Ces foules sont peut-être celles qui participaient au pouvoir communiste. Aucune indication biographique n’oriente le visiteur vers l’un ou l’autre de ces épisodes dramatiques qu’a vécu la Pologne. Témoignage ou protestation militante. Rien ne nous sera expliqué.

Magdalena Abakanovicz a aussi sculpté le bois et le fer pour des objets encore effrayants. Elle a aussi dessiné des têtes anonymes, et s’est même consacrée à la métamorphose d’une mouche aux dimensions monstrueuses de la même taille que la tête d’homme qui est accrochée sur la cimaise.

J’ai même trouvé réconfortantes les têtes hurlantes de Bourdelle alignées dans le couloir qui conduit à l’espace d’expositions temporaires du Musée Bourdelle. Elles criaient pourtant l’horreur de la guerre 

Sheila Hicks : Le fil voyageur au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 8 mars 2026

Sheila Hicks est née au Nebraska en 1934, depuis 1964 elle est basée à Paris. Artiste textile, elle a fait de nombreuses expositions. Le Fil voyageur présenté à l‘Atelier Martine Aublet (mezzanine, 3ème étage) présente un nombre restreint d’œuvres, surtout des petits formats. Elle célèbre aussi une collaboration, entre la plasticienne et Monique Levi-Strauss , spécialiste des cachemires et auteure d’une biographie de Sheila Hicks. Une vidéo montre les deux femmes filer le fil voyageur de leur amitié . 

La mer – à l’origine horizontale, cette sculpture évoque plutôt une cascade

On entre dans l’exposition en passant devant les cordons soyeux de la Mer – à mon grand regret rien n’indique que la sculpture qui se trouve dans les collections permanentes ne fait partie de l’exposition. 

Minime

Les Minimes, comme un carnet de voyage en Amérique Latine tissés au fil des jours, des rencontres avec les tisserands des Andes. A leur côté elle apprend à filer et tisser. 

minime

Elle inclue aussi des silex, des pointes de flèche ou les piques du porc-épic

minime porc-épic

Ses œuvres sont présentée en résonnance avec des tissus authentiques : un poncho, une broderie, de bizarres sphères aplaties à fonction funéraire.

Ses techniques sont variées, du tissage sur un métier, simple cadre ou nouage avec ses doigts, utilisant des outils traditionnels, à « quatre lisières« , Sheila Hicks se sent libre pour toutes les expérimentations.

Sheila Hicks improvise sous nos yeux (vidéo)

Symbolique aussi ce cadeau de mariage de son mari  chilien, Enrique Zaffartu, un petit cadre et des outils traditionnels

boîte à ouvrage andine

Tapis, poncho, ou tissu arachnéen, le fil voyage et nous fait voyager et rêver