Aux Origines, Défaire le Racisme – Palais de la Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)

COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?

COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?

L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavage et Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent. 

William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne

Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention. 

Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images  habituelles. 

William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves

William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou. 

Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)

Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales. 

Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021

En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté  et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse (Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka,  survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches. 

les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française

Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalme montre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.

Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War

Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante. 

Bouba Touré

Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes. 

La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atys dansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire. 

 

Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane

Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèque orné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur. 

Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.

Shin Sung Hy – Coller, Couturer, Nouer – au Musée Cernuschi

Exposition temporaire jusqu’au 2 Août 2026

La Corée est à l’honneur cette année après deux expositions à Guimet. Si Shin Sung Hy est un plasticien coréen, né en Corée (1948), il s’est installé en France dès 1980 et s’est beaucoup inspiré de Supports/Surfaces des années 1969-1971. Sa démarche est la mise en question de la peinture, par déconstruction, trompe-l’oeil et collages. La peinture devient son propre objet. Cela m’a fait aussi penser à l’exposition de Morellet visitée ce printemps à Pompidou-Metz.

Cette déconstruction commence avec des tableaux de jute. Une toile de jute est peinte à l’endroit en représentant l’envers = le chassis, une autre présente des rangées de petits points colorés, ce qui ne m’a pas spécialement passionnée.

collages sur plexiglas (1984)

Une autre déconstruction consiste à peindre à l’acrylique sur du carton et déchirer de petits fragments et les recoller sur un autre support, autre carton ou plexiglas. Les collages sur pléxiglas ont de l’allure avec l’ombre portée à l’arrière et forment un ensemble assez séduisant. 

Beaucoup moins séduisants : des bandelettes collées à une moitié de chassis, ou même un T-shirt peinturé suspendu qui devient lui-m^me toile.

la salle suivante est nommée Retour à la peinture, des couleurs gaies : rose orange, rouge sur un fond clair , pas plus convainquant à mon avis.

Couturages (début des années 90)

La démarche suivante est de découper des bandelettes et de les piquer à la machine sur du caraton afin de réaliser des tableaux avec des rayures en relief.

Autoportrait

les Autoportraits m’ont bien plu : au centre, un miroir est entouré par des bandelettes nouées en relief, des pinceaux complètent l’autoportrait du peintre

peinture Spatiale : nouages

j’ai bien aimé les nouages de bandelettes peintes de 1 à 2 cm formant des réseaux en relief

Nouage vu de près

Comme cette exposition n’occupe que 3 salles assez petites, j’ai poursuivi ma visite de Cernuschi par les collections permanentes qui m’enchantent toujours. Les personnages d’argiles, comme des tanagras figurent des cavaliers, des musiciens (musiciennes), des figures du calendrier chinois ou des soldats ou ouvriers et même des maquettes de maisons.

Hâm Nghi : autoportrait

Deux expositions temporaires sont appelées l‘Eté Vietnamien avec des brûle-parfums métalliques de très belle facture. Une salle est consacrée à l’empereur en exil Hâm Nghi(1871 Hué – 1944 Alger); emperreur fugitif  traqué par les militaires français (1885) porte drapeau de la résistance anti-coloniale puis exilé à 18 ans à Alger .Il se réfugie alors dans l’étude  et la peinture qu’il a pratiqué pendant  ans. De beaux pastels sont exposés mais sous verre avec des reflets bien gênants pour les photographier. 

Noa Eshkol au MAHJ – Danse et Compositions

Exposition temporaire jusqu’au 30 Aout 2026

very orange tree 1992

Noa Eshkol est née au kibboutz Degania en 1924 – Holon 2007.

Affiche Chamber Danse group

Danseuse, chorégraphe, elle fonde en 1954 le Chamber Dance Quartet avec des compositions dansées sans musiques rythmées seulement par una métronome. Une vidéo captée à Holon 1960 est projetée dans la salle d’entrée. Le tic-tac du métronome, la danse accueillent le visiteur entre des tentures suspendues ou plaquées au mur

A big kolo

La tenture, A big Kolo représente une danse, une danse balkanique qui se danse en rond comme la Hora.

ECRIRE LE MOUVEMENT

mouvement complexe bras jambe

Avec Wachman, Noa Eshkol met au point un système de notation chorégraphique très précis selon les segments du corps avec des sphères

Par delà l’aspect décoratif, très esthétique, un autre intérêt de l’exposition se trouve dans la projection de Décade , comémoration du Soulèvement du Ghetto de Varsovie au Kibboutz Lohamei Ha Getaot, spectacle dansé en extérieur devant l’aqueduc romain.

Cette chorégraphie a inspiré Yael Bartana pour son film The Undertaker (2019) projeté au milieu de l’exposition.Cette installation sonore de 13 minutes montre une cérémonie, une sorte de procession dansée à Philadelphie, manifestation avec une banderole « Bury your weapons not our bodies » spectacle très impressionnant qui se termine dans le cimetière sous la surveillance de personnages costumés à l’époque de la guerre d’Indépendance. CLIC

1973 Guerre de Kippour : « il n’est plus temps de danser »

Yom Kippur (mourning) 1983

La chorégraphe arrête la danse et commence une nouvelle création textile. De nombreuses tapisseries font référence au deuil comme Yom Kippur in memoriam of DanSapir ou Skud- the Gulf war (homage to Moshe Kupferman)

Skud – La Guerre du Golfe – Homage to Moshe Kupferman

Mais toutes les teintures ne sont pas si violentes ou si tristes. Souvent elles évoquent des paysages, la mer ou des collines

la mer de la Reine de Saba

Dans ces patch-word ou quilt Noa Eshkol se tissent des symboles :

En hébreu, les verbes coudre (tefira) et guérir(terufa) partagent une racine commune. Ainsi on peut interpréter la production de ces carpets cousus comme un acte de résilience…

Les seules règles que je mesuis imposées : ne pas acheter de tissu, n’utiliser que des chutes, des chiffons ou des vêtemnts usagés qui me tombent plus ou moins par hasard entre les mains. je m’impose aussi de ne pas couper le tissu, mais uniquement de découdre des pièces cousues

Et pour revenir à la danse ce magnifique paon, motif aussi de chorégraphie

peacock

Licornes au Musée de Cluny – médiévales, exotiques ou dystopiques?

Exposition termporaire jusqu’au 12 juillet 2026

la Dame à la Licorne : les cinq sens -l’Odorat

La Licorne est en son Palais au Musée de Cluny. Impossible de se dérober à une longue visite et de passer un long moment à détailler les tapisseries des Cinq Sens et ses les allégories, de chercher les animaux cachés parmi les fleurettes. 

gazelle unicorne tibetaine

Il est donc logique que Le Musée de Cluny ait imaginé une exposition thématique sur les Licornes. On y découvre des licornes exotiques (avec ou sans corne) comme cette licorne tibétaine

Licorne poursuivant un éléphant

ou ce panneau émaillé perse ou indien où la licorne qui poursuit l’éléphant est bien reconnaissable.

De très belles gravures anciennes racontent des légendes de licornes insistant sur le symbole de virginité .

Nikki de Saint Phalle

le mythe a traversé le temps et des licornes modernes m’ont interpellée.

La Noble Pastorale de Suzanne Husky (2017) 202×243 cm

La Noble Pastorale de l’artiste éco-féministe Suzanne Husky revisite la Tapisserie de la Licorne. La nature paradisiaque a laissé la place à la déforestation . Un homme affronte à mains nues l’engin destructeur. Et en ce moment Fontainebleau brûle! 

Réel – Julien des Monstiers

Licorne fissurée en premier plan, à l’arrière plan les tours de refroidissement d’une centrale. Encore une image actuelle : certaines centrales sont à l’arrêt pour garder une température convenable dans les cours d’eau.

Réalité ou dystopie?

Adya et Otto van Rees au Musée de Montmartre

Exposition temporaire jusqu’au 13 septembre 2026

Adya (1876-1959) et Otto van Rees (1889-1957)sont deux artistes néerlandais qui s’installent en 1904 au Bateau-Lavoir et se lient d’amitié avec Arp, Juan Gris, Blaise Cendrars, Kees Van Dongen, Zadkine et d’autres .Ils sont donc chez eux au Musée de Montmartre qui leur consacre une rétrospective. Je fais donc connaissance avec ce couple d’artistes que je ne connaissais pas. Cette visite est aussi l’occasion de traverser l’évolution de la peinture au cours de la moitié du XXème siècle. 

Fleury en Bière

En 1905, le couple s’installe à Fleury-en-Bière, près de Barbizon. Ils peignent des tableaux fleuris et colorés par petites touches presque divisionnistes. Après un Grand Tout en Italie, ils s’installent à Paris et se marient en 1909.

Adya : Portrait d’Otto (1908)
Otto : Portrait d’Adya au chapeau (1909)

Leur peinture évolue, une série montre des à-plat cerclés d’une ligne nette. héritage du cloisonnisme, héritage de Paul Gauguin ou d’Emile Bernard.  D’autres sont influencés par le cubisme

Otto van Rees 1910 Mère et enfant

On pourrait prendre certains tableaux pour ceux de Juan Gris. Otto sculpte aussi une tête de Adya cubiste.

Adya 1914 Deux religions

Pendant la Première Guerre mondiale, Otto est mobilisé, Adya se convertit au Catholicisme. On voit leurs deux visages séparés.

En 1919, au cours d’un accident ferroviaire leur fille Adyta décède. Ils quittent Paris pour Zurich et participent au mouvement Dada. 

Otto van Rees Carré et Cercle

Ils suivent aussi le mouvement Carré et Cercle expérimentant tous les styles différents. Ils ne se contentent pas de peindre, Adya se consacre aussi à la broderie 

 

Otto van Rees : Adya brodant

l’exposition montre plusieurs broderies d’Adya, certaines de petit format et la très grande très belle tapisserie Dieu avertit

Adya van Rees : 1929 Dieu avertit

En conclusion, je recopie le cartel en fin d’expostion

ODE A ADYA

REGARDS CROISES

Otto Van Rees : Adya dans l’atelier

Exposer un couple d’artistes pose un défi : la disponibilité des sources est souvent inégale et a été longtemps biaisée par un regard masculin. La disparité du nombre des oeuvres relfète un écart réel de productions d’Adya en faiosn du nombre restreint de recherches qui lui ont été consacrées.

Au Pays Bas, Adya van Rees-Dutilh est reconnue comme l’une des premières artistes à pratiquer l’abstraction ainsi que pour son rôle dans les débuts du dadaïsme . lezs oeuvres divisionnistes, de ses débuts la force de sese dessins cubistes proche de l’orphisme côtoient des broderies expérimentales et d’autes créations classées parmi les « arts mineurs », tissus, affiches, jouets.

Adya est plus souvent représentée par Otto que l’inverse, apparaissant « à l’oeuvre » en train de peindre ou de broder. Otto lui rend hommage dans une nature morte intégrant un détail de sa vaste broderie Dieu avertit. Il exprime son admiration pour la capacité d’Adya de garder sa maitrise.

par son engagement antibourgeois et s volonté de transmettre des valeurs spirituelles et ethiques à travers l’art Adya montre combien la contribution des femmes à l’art du  XXème siècle et essentielle.

Qu’ajouter à  ce texte?

Exposition Générale -Fondation Cartier

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Bodys Isek Kingelez – projet pour Kinshasaa aménagé le

J’ai toujours beaucoup aimé la Fondation Cartier, Bld Raspail, dans le beau bâtiment de Jean Nouvel avec le jardin. Le nouveau site se trouve dans un emplacement prestigieux  place du Palais Royal, en face du Louvre, dans un immeuble haussmannien édifié pour l’Exposition universelle de 1855.

Au premier plan sculpture de bois de Véio
au fond Ribalta d’Eliane Duarte

Pour son ouverture, l‘Exposition Générale présente les collections sous 4 thèmes  : Machines d’Architecture, Etre nature, Making things et Un Monde réel . Les  œuvres sont réparties sur trois niveaux ouverts les uns sur les autres : on peut découvrir le niveau -1 en surplomb. Cette présentation ne facilite pas la visite. J’ai été déconcertée par la variété des œuvres, des artistes, des provenances. Pas de rétrospective d’un plasticien. Encore moins d’aire géographique, un Japonais côtoie des Français, des Brésiliens, un Chinois. Art textile et sculpture de bois. Dessins minutieux noir et blanc et  grande installation. 

Garouste – Indienne

Heureusement, pour orienter le visiteur perdu, la Fondation a prévu de nombreux médiateurs tablette numérique à la main qui vont compléter les explications des cartels. Il y a aussi des visites-flash. 

Plutôt que de tout voir et de passer vite devant les œuvres proposées, j’ai préféré me limiter au rez-de-chaussée

petite Cathédrale Alessandro Mendinii

les Machines d’Architecture accueillent le passant dès l’entrée . Devant la petite église de mosaïque : Petite Cathédrale (2002) d’Alessandro Mendini, j’hésite, est-ce une maquette? Elle est plus grande que certaines chapelles. Ni croix, un autel doré étrange, un campanile qui pourrait être un minaret, ce n’est pas un projet réalisable, plutôt une rêverie, suggère le cartel. 

Une feuille de béton ondulante est une véritable maquette d’une chapelle au milieu d’une forêt chinoise. Chapelle en couloir ondulant, dépouillée. A-t-elle été construite? Nul ne le sait, l’architecte japonais n’a peut-être pas eu l’autorisation du pouvoir chinois. On peut aussi rêver….

le sapin sur la colonne

A quel stylite est destiné cette colonne? Comme Syméon le Vieux (392-459) dans le désert de Syrie. C’est un petit arbre, un conifère, il semble qui attend son arrosage automatique hebdomadaire. Encore un objet sont la seule fonction est de nous interroger.

Perchée sur un arbre en bois, un vrai tronc, la chatte Nini en bronze d’Agnès Varda. Clin d’oeil sympathique!

Bodys Isek Kingelez projet Kinshasa utopique

Ma préférence va au projet de Kinshasa utopique de Bodys Isek Kingelez avec ses jolies maquettes colorées, son stade Lumumba, sa promenade le long du fleuve Congo, on s’y croirait presque.

Caï Guo-Qiang : papier de riz et poudre à canon

Une grande salle claire regroupe les œuvres diverses sans lien apparent entre les unes et les autres. Heureusement, une médiatrice explique comment le plasticien chinois a dispersé de la poudre à canon, a recouvert d’ un panneau pour contenir les explosions. Caï Guo-Qing est un artificier qui a fait des spectacles pyrotechniques remarqués  dont la fête de fermeture du Centre Pompidou CLIC

Simon Hantai

Sans transition, un très beau panneau orange de Hantai obtenu par de multiples pliages. 

Othoniel paysage amoureux

Le paysage amoureux d’Othoniel m’a beaucoup touchée : les fines perles forment un très long réseau rouge comme le sang des veines et des artères passant par de grosses perles rouge comme des cœurs, et d’autres organes.  « objet rituel et érotique  » note le cartel. 

Ribalta Eliane Duarte (Brésil)

Les cordons de tissu tressés avec des plumes, du lurex, des matériaux recyclés, contiennent des « trésors » sorte de cristaux ou petites mains de plastique. On dirait qu’elle a voulu y enfouir des secrets. A quoi correspondent ces cordes qui ressemblent à des racines d’arbres ou peut-être à la mangrove. Des centaines de mètres, peut-être des kilomètres de travail manuel patient, méditation, ou rituel .

Impossible de rendre compte de toutes les objets exposés, des installations luxuriantes ou minimalistes . Je reviendrai. Pas pour tout voir, pour choisir encore des oeuvres qui me parleront.

Magdalena Abakanowicz – La trame de l’existence au Musée Bourdelle

Exposition temporaire jusqu’au 12 avril 2026

Les Coquillages  1973- tapisserie sisal et lin

Magdalena Abakanowicz (1930-2017) est une artiste textile polonaise.

Andromède II 1964 laine coton crin de cheval

Dans ses tapisseries, elle s’affranchit du plan du mur pour incorporer des matières originales et  obtenir l’impression de relief.

Abakan rouge qui se reflète dans un miroir

A partir , de 1964elle qualifie ses tissages monumentaux suspendus au plafond d‘Abakan. Les personnages qui se reflètent dans le miroir donnent l’échelle de l’œuvre. Ces abakans peuvent évoquer toutes sortes de chose au spectateur : un volcan, ou un sexe de femme, un paysage….

SculpturesSérie de portraits anonymes (1989-1990)

Série de portraits anonymes (1989-1990)

Autant j’ai aimé ses tissages et abakans, autant j’ai ressenti un profond malaise avec ses personnages de textile . Sculptures et moulages avec de la toile de jute. Masques mortuaires ou non? Rides captées ou exagérées avec les bandelettes?

Quelle danse, quelle procession, quelle fuite pour ces personnages sans tête. Et que font donc ces dos arrondis, accroupis ou assis, courbés. prisonniers ou condamnés. Le malaise augmente quand je m’aperçois que ce sont des coques creuses.

Aucun de ces « humain » ne possède un corps entier, le plus souvent c’est la tête qui est absente. les foules sont encore plus angoissantes

Foule

Foule anonyme, en rang serré, immobile. Qu’attend-elle?

Abakan noir

A l’arrière de l’abakan noir, une série nommée « Paysages » est composée des bas-reliefs de corps humains émergeant de la terre.

paysages

Oeuvres puissantes mais très malaisantes. Magdalena a évacué toute joliesse, toute exigence du « beau ». Comme elle est polonaise, je pense immédiatement à la Shoah, aux charniers, à la boue, aux cendres.
mais j’ai peut-être tout faux; Ces foules sont peut-être celles qui participaient au pouvoir communiste. Aucune indication biographique n’oriente le visiteur vers l’un ou l’autre de ces épisodes dramatiques qu’a vécu la Pologne. Témoignage ou protestation militante. Rien ne nous sera expliqué.

Magdalena Abakanovicz a aussi sculpté le bois et le fer pour des objets encore effrayants. Elle a aussi dessiné des têtes anonymes, et s’est même consacrée à la métamorphose d’une mouche aux dimensions monstrueuses de la même taille que la tête d’homme qui est accrochée sur la cimaise.

J’ai même trouvé réconfortantes les têtes hurlantes de Bourdelle alignées dans le couloir qui conduit à l’espace d’expositions temporaires du Musée Bourdelle. Elles criaient pourtant l’horreur de la guerre 

Sheila Hicks : Le fil voyageur au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 8 mars 2026

Sheila Hicks est née au Nebraska en 1934, depuis 1964 elle est basée à Paris. Artiste textile, elle a fait de nombreuses expositions. Le Fil voyageur présenté à l‘Atelier Martine Aublet (mezzanine, 3ème étage) présente un nombre restreint d’œuvres, surtout des petits formats. Elle célèbre aussi une collaboration, entre la plasticienne et Monique Levi-Strauss , spécialiste des cachemires et auteure d’une biographie de Sheila Hicks. Une vidéo montre les deux femmes filer le fil voyageur de leur amitié . 

La mer – à l’origine horizontale, cette sculpture évoque plutôt une cascade

On entre dans l’exposition en passant devant les cordons soyeux de la Mer – à mon grand regret rien n’indique que la sculpture qui se trouve dans les collections permanentes ne fait partie de l’exposition. 

Minime

Les Minimes, comme un carnet de voyage en Amérique Latine tissés au fil des jours, des rencontres avec les tisserands des Andes. A leur côté elle apprend à filer et tisser. 

minime

Elle inclue aussi des silex, des pointes de flèche ou les piques du porc-épic

minime porc-épic

Ses œuvres sont présentée en résonnance avec des tissus authentiques : un poncho, une broderie, de bizarres sphères aplaties à fonction funéraire.

Ses techniques sont variées, du tissage sur un métier, simple cadre ou nouage avec ses doigts, utilisant des outils traditionnels, à « quatre lisières« , Sheila Hicks se sent libre pour toutes les expérimentations.

Sheila Hicks improvise sous nos yeux (vidéo)

Symbolique aussi ce cadeau de mariage de son mari  chilien, Enrique Zaffartu, un petit cadre et des outils traditionnels

boîte à ouvrage andine

Tapis, poncho, ou tissu arachnéen, le fil voyage et nous fait voyager et rêver

Otobong Nkanga : I dreamt of you in colours – au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 22 février 2026

Affiche exposition Otobong Nkanga

Connaissez-vous Otobang Nkanga ? Elle est née au Nigéria en 1974, a étudié à Paris  aux Beaux Arts et à Ilé-Ifé, Nigéria. Elle a effectué de nombreuses résidences en Europe et en Afrique et a participé à la Dokumenta14 Athènes/Kassel  ainsi qu’à nombreuses expositions dans la monde entier.

Grey zone (photo)

Difficile de classer cette plasticienne qui utilise nombreuses techniques, dessin, photographie, sculpture, tapisserie, céramique,  vidéo, danse... et qui les mixe dans des installations spectaculaires. Oups! j’ai oublié la poésie qui est le fil conducteur de certaines installations.

Unearthed série : Abyss

Anglophone, les commissaires de l’exposition n’ont pas jugé bon de traduire les poèmes. Je serai forcée de le faire moi-même, et sans doute maladroitement. 

Unearthed série Sunlight

Quatre très grandes tapisseries 350×600 cm forment l’ensemble Unearthed série en textile tufté . (je ne savais pas ce que c’est que le Tufting, il semble que c’est une technique permettant de réaliser tapisseries et tapis en mélangeant différentes fibres, naturelles ou synthétiques en utilisant un pistolet – je viens de découvrir cela sur Internet). Cet ensemble Abyss, Midnight, Twilight et Sunlight est très spectaculaire. Parmi les coraux, trainent des éléments, comme des pièces de membres de marionnettes. Nous allons retrouver ces éléments oblongs, perforés dans d’autres installations. 

Alterscape

En face, une série très différente, photo ou collage? Montage ou maquette. Un personnage domine un paysage. De petites maquettes (photos?) de constructions sont posée sur le personnage. On comprend que c’est l’artiste elle même qui est juchée sur une maquette. Elle est même armée de couverts, couteaux pour dévorer la terre

Alterscape :Spilling waste  dévorant la terre?

Elle symbolise ainsi l’impact des humains dévorant la terre.  Les grandes tapisseries partant des fonds océaniques arrivent sur le littoral ensoleillé montrent des richesses fragiles que l’extraction minière et pétrolière endommagent jusqu’aux abysses, témoins les éléments mécaniques accumulés. A moins que ce soient les ossements des noyés de la traite atlantique, ou des naufrages des migrants.

Shape by morning dew

Tout l’espace est occupé par plusieurs tapis aux motifs géologiques sur lesquels sont étalés des cordages, des colliers de perles de verre, de céramique. Des « phares » (becon) balisent l’installation, ce sont des colonnes de grès alertant sur le réchauffement climatique et le dessèchement des terres. Des sons sortent de grosses sphères,. il est encore question d’extraction minière.

Shape by mornig dew.

aux murs sont des panneaux d’argiles sont gravés des poèmes

loaded tears

turn to rock

slowly drips

A silent force

A red caress

Loaded Tears

Dans cette ambiance calme, dans le salon coloré, on a envie de s’attarder. Un banc s’adosse face aux tapis. Des dames ont apporter leur matériel pour dessiner ou peindre. Je les envie. Je me promène, cherchant des angles pour les photos, les vidéos. je copie les poèmes.

Les installations suivantes seront plus explicites
les braa et les jambes des des ouvriers sont suspendus à un mécanisme compliqué, on comprend qu’il s’agit d’extraction minière. Toutes les oeuvres suivantes déclinent ce thème.

la carrière dans les couches stratifiées

Le plus souvent les têtes sont coupées. Seule compte la force mécanique. Sur la série de Pointe Noire (Congo)les dégâts à l’environnement sont figurés

Extraction minière et dégâts sur l’environnement

Souvent le thème de la molécule évoque les minéraux extraits. A la place des atomes, l’artiste a collé des photos ou peint des paysages, le plus souvent dévastés.

Une installation présente une collection de minéraux, cristaux colorés, géodes…

Pursuit of Bling (2014)

Le couple figure sur un fond noir pailleté de cristaux. sur les tablettes, les minerais. Ce thème de l’extraction est largement documenté.

carved to flow

Un peu plus loin, une sorte de forteresse, de château avec tours et enceintes fleure bon le savon. Conçue à Athènes en savon grec, Otobong a fait réaliser 15.000 cubes de savon qui furent vendus pour financer deux initiatives, une pour un centre d’art à Athènes et l’autre pour une ferme organique au Nigéria. Dans une vidéo l’artiste explique le sens.

Je pense à la Terre comme un être, comme notre corps. L’eau, l’air, l’arbre la pierre, la plante sont des êtres comme notre corps

Nous sommes restées très longtemps dans l’exposition et je vous invite à y consacrer une bonne demi-journée.

Et pour compléter un  podcast de RadioFrance : Les Midis de Culture 

Ce qui se trame – Histoires tissées entre l’Inde et la France – Manufacture des Gobelins

Exposition temporaire jusqu’au 4 janvier 2026

 

Somptueux Kalamkari au cyprès et aux paons

Les textiles, cotonnades, indiennes voyagèrent de l’Inde à la France en nombreux allers-retours, influences s’entrepénétrant, comme chaîne et trame d’un tissage métissé. J’avais déjà vu ces influences à Orange à la présentation de la fabrique Wetter où étaient manufacturées des « indiennes » et au Musée de la Toile de Jouy.

L’Exposition « Ce qui se trame «  se déroule  sous  le patronage des Manufactures nationales, de l’Institut Français, de l’Ambassade de France en Inde mais aussi de Louboutin, directeur créatif de l’exposition, de la Maison Lesage Intérieurs et 19M, et enfin, du programme de résidences artistiques à la Villa Swatagam. 

L’Antichambre

La visite commence dans l‘Antichambre, exemple parfait de métissage : le mobilier, la cheminée et ses bûches, le lampadaires sont tapissée de cotonnade aux motifs et couleurs indiennes . Tendues, au-dessus de nos têtes, des lanières de tissu figurant la toile d’une tente moghole. Sur le mur d’entrée aux arcades indiennes on a tendu de la toile de Jouy aux motifs bucoliques, images de France…métissage inversé.

Nid contenant une tente moghole

Rouge indien, rouge voisin du corail et bleu de l’indigo, les couleurs indiennes de base. Le nid inversé sur un miroir où est posée une tente moghole est l’œuvre de Lesage, contemporaine et surprenante. 

madame de Pompadour et un caraco d’Indienne

Quand Madame de Pompadour faisait la mode à la Cour, l’indienne était de tous les accessoires, ici en caraco sur une jupe de coton. Le coton venait d’Inde.

Broderies de Sumakshi Singh

La salle suivante est blanche, blanche comme la dentelle d’Alençon, ou la mousseline brodée. Dentelle de France, broderie indienne, s’épousent s’échangent. Le blanc est la couleur de deuil en Inde. Une merveilleuse installation Blueprint of Before and After de Sumakhsi Sing CLIC est composée de très fines broderies sur des modèles végétaux, feuilles de lotus ou d’herbes aquatiques suspendues par des fils presque invisibles. Légèreté, transparence. Les broderies étaient sur un support que la brodeuse a dissous chimiquement pour qu’il ne reste que ces nervures. la disparition de la matière pour ne garder que le squelette correspond à ce thème du deuil. A la fragilité de la vie. Je suis revenue contempler cette oeuvre qui me plaisait beaucoup à la fin de la visite. De la fenêtre venait une lumière rose du coucher du soleil éclairant les motifs et leur donnant un aspect nouveau. 

au coucher du soleil la lumière rose colore les broderies de Sumakshi Singh

Rouges panneaux qui se répondent : tentures napoléoniennes de la salle du trône du Palais de  Versailles avec les pans  des tentes mogholes. Sari brodé, caftan contemporain.

Pan de tente moghole

et au plafond des fils d’or tendus d’un tissage d’une finesse évanescente tandis qu’au milieu de la salle Lakshmi Modhavan CLICa installé une 96 navettes de bois chargées de fil d’or sauf certaines contenant des cheveux noirs de son fils,  symbolisant la transmission de la tradition et de son savoir de tisseuse. Le tissage à la main de ces fils d’or est si fin que des mots se lisent par transparence EVERYBODY /ANYBODY/NOBODY:

Fil d’ors fins comme un cheveu et leur ombre portée

suspendus le Kalamkari au cyprès (voir ci-dessus) imprimé au bloc, découpé, appliqué sur un fin voile de coton puis rebrodé au point de chaînette pour dessiner les deux paons, deux tigres et des antilopes. 

motifs floraux garance et indigo

Des tissus indiens de légende comme le Chintz peint et teint à la main de délicate fleurs garance et indigo. Shantush si fin qu’il passe à travers un anneau, pashmina

Un escalier monumental conduit à l’étage : sur un écran un film montre les différentes façons de porter le sari. A Varanasi des pèlerins de toute condition vont vers le Gange, des jeunes élégantes le plissent, le replient, en font un voile ou une étole…

Défilé Haute couture

Nous sommes arrivées dans la salle du défilé Haute Couture où des couturiers européens ou indien ont interprété le thème du sari. La robe satin rose est de Christian Dior, The golden Ascendant de l’Indien Gaurav Gupta, la robe du soir d’Yves Saint Laurent. Tandis que Chanel est en organza orange (tunique et bermuda). Spectaculaires anneaux de saturne de Schiaparelli

Anneaux de Saturne de Schiaparelli

Le décor est une immense tapisserie à fond vert et motifs végétaux The flower we grew de Rithika Merchant, Chanakya, CLIC

motif de la tapisserie

réalisée pour le défilé de Christian Dior au Musée Rodin. Elle est composée de 37 panneaux et a nécessité 144000 heures de travail par 306 artisans.

la salle suivante est sur le thème « Sculpter le corps des femmes »

Made in India – Leila Alaoui

la photographe a réalisé les photographies des ouvrières du textile en faisant leur portrait en pied dans une cabine à fond noir. Elle a gagné leur confiance  puis monté 18 photographies de leurs mains ravagées par le travail manuel. (la Haute couture et le Luxe sont loin!)

Dans les sculptures du corps, une très dérangeante Vénus ouverte de Jeanne Vicérial CLIC

Un très grand panneau indigo clôture cette séquence. Indigo de l’Inde. Cascades de fils.

indigo

On entre dans la salle DENIM, denim, la toile des jeans, qui intégre la ville de Nîmes qui lui a donné son nom et l’indigo de l’Inde. Dans cette salle des poufs, canapés invitent à se poser pour regarder le film qui détaille les techniques de teinture au bloc, les broderies avec des paillettes, des perles, les incrustations….

Et pour terminer un retour à la Manufacture de Gobelins avec la grande tapisserie du Corbusier. Le Corbusier a dessiné la ville futuriste de Chandigarth en Inde. 

en conclusion : une exposition merveilleuse qui ne restera que jusqu’au 4 janvier. Courrez aux Gobelins!