Je ne pouvais pas rater cette exposition féministe et très originale.
Le cartel présentant les œuvres précise que ces créations sont faites directement à partir de la vie quotidienne et des activités domestiques. La Sphère privée s’étend à la créativité et à la politique.
In the power of my hands – Tapisserie faite avec des nattes de cheveux artificiels
En effet ces plasticiennes utilisent les textiles, la terre, et même les tresses de faux cheveux des coiffures africaines . Mais j’ai aussi été bluffée par la modernité de ces œuvres qui utilisent largement la photographie et la vidéo.
« Mombathiseni de Bullieweze Siwani – il faut entendre les vagues des vidéostextileDyptique de Njideka akunyali Crosby
Les techniques utilisées sont souvent métissée, composites avec surimpression photographiques et très sophistiquées. l’artiste nigériane vit à Los Angeles,.
Ana Silva : broderies sur sac
Ana Silva, Angola, a brodé des femmes en fines broderies sur de la toile à sac servant à emballer des vêtements de seconde main arrivant en Afrique : dénonciation de la surconsommation de l’industrie de la mode.
D’autres œuvres dénoncent les violences faites aux femmes, ou l’impossibilité de représenter le sexe féminin.
Reinata Sadimba : Femme en train d’accoucher
j’ai beaucoup aimé la vidéo de Wura Natasha Ogunju(USA/Nigéria) dont est tirée l’affiche de l’exposition : Will I still carry water when I am a dead woman? Des femmes au visage masqué mais à la tenue courte, short ou robe courte trainent des bidons dorés qui les entravent. Elles défilent dans les rues d’une ville nigériane dans l’indifférence des passants.
Comme le titre en anglais l’indique, ces artistes viennent presque toutes de l’Afrique anglophone, Afrique du Sud, Nigéria, Zimbabwe sauf Angola. C’et une région de l’Afrique que je ne connais pas du tout et j’ai été très dépaysée.
Dans le salon, on peut s’asseoir face à l’écran où sont projetés deux documentaires sur le constructeur bolivien Freddy Mamany : les Andes et l’Altiplano d’où il est originaire ainsi que sa ville El Altoqu’il a souhaité repeindre de toutes les couleurs inspirées par les costumes de fête des indiens Aymaras. Certains ont appelé cette architecture « façadisme » ou kitch post-moderniste.
Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation CartierSalon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier
Tout le salon est une installation!
La salle suivante est occupée par la construction ajourée de matériau brut de Solano Benitez et Gloria Cabral (Paraguay) également crée exprès.
Solano Benitez & gloria Cabral : la géométrie comme un rythme…
en contrepoint de cette construction massive les sculptures graciles en fil d’acier ou d’aluminium formant treillis et résilles de Gego (Vénézuela)
stèles traditionnelles de pierre (3000-2000 av JC) confrontés aux tableaux contemporains
Les deux salles du sous-sol recèlent de nombreuses œuvres de taille plus modeste mais non moins variées et intéressantes : poteries anciennes ou grès et céramiques contemporains, acryliques ou huiles colorées et géométriques, de toutes couleurs et influences, stèles de pierre indiennes ou contemporaines…
Grès et céramiques de Gustavo Perez Mexique
Les œuvres sont si nombreuses, de provenances diverses que je ne sais que choisir. Difficile de se concentrer sur un objet, une photo ou un tableau.
La dernière salle est sombre, éclairée en son centre par une installation textile originale
Brumes 2013 Olga de Amaral Colombie
On semble immergée dans la sombre forêt amazonienne, où l’artisanat indien est très présent (tissage, bâtons-serpents) ainsi que les photographies de peintures corporelles très impressionnantes et d’une géométrie parfaire.
Luiz Zerbini : a primeira missa
Deux grands tableaux m’ont impressionnée.
Luiz Zerbini Brésil Coisas do Mundo
L’exubérance tropicale de la forêt amazonienne, les références historiques, les couleurs les motifs géométriques; tout me plait! Et j’en fais des photos de détail:
géométries délicates
J’aurais pu m’arrêter sur d’autres sujets, mais celui-ci est mon coup de coeur.
La Bièvre est un affluent de la Seine, couvert près de Paris (33 km), un joli ruisseau à Jouy-en- Josas, prenante sa source à Guyancourt. Elle était aussi appelée Ruisseau des Gobelins. Tapisseries des Gobelins, Toiles de Jouy, les eaux de la Bièvre n’étaient sans doute pas innocentes dans cette industrie textile? La promenade commence à la sortie de la Gare du RER C, Rue Jean Jaurès jusqu’au rond point. On trouve ensuite le chemin piétonnier en suivant la pancarte Musée de la Toile et on trouve le campus Thales. Le sentier suit la Bièvre et c’est une courte promenade tranquille jusqu’au Musée de la Toile de Jouy. Comme le Musée n’ouvre qu’à 11h, j’ai suivi les balises rouge et blanches du GR 22 (le sentier de Paris au Mont Saint Michel) qui m’ont conduite à la Gare du RER C du Petit Jouy – les Loges, puis qui est monté bien raide en forêt. Chênes et châtaigniers le jour de la Toussaint : des couleurs d’or et un tapis de feuilles.
Musée de la Toile de Jouy dans le château de l’Eglantine (19ème s)
Le Musée de la Toile de Jouy est une excellente surprise.
la manufacture et la fabrication
D’où me venait ce préjugé qui faisait de la Toile de Jouy un tissu mièvre et démodé, tout juste bon pour une chambre d’enfants? Je n’attendais donc rien de spécial de cette visite. Et j’avais bien tort!
A l’étage, une présentation technique illustrée en motifs de Toile de Jouy agrandis, détaille les étapes de la fabrication:
lavage des toiles blanches, grillage et calandrage, blanchiment sur l’herbe, pincettage à la main, sèchage, pliage….
les toiles étaient principalement teinte à la garance rouge et à l’indigo venant des Antilles. Poudres de colorants, tampons et plaques sont pr
ésentés au musée.
Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815)
Les Indiennes de coton furent importées à Marseille au 17ème siècle par les Arméniens. Colbert créa ensuite la compagnie des Indes Orientales.
E 1686, pour protéger les soieries françaises on interdit l’importation des toiles de coton. Les huguenots installèrent en suisse des fabriques d’indiennes et cet interdit fut levé en 1759.
En 1760, Oberkampf, allemand qui avait appris la technique d’impression en suisse fonda la Manufacture de Jouy en Josas.
La présentation historique de ce Musée est particulièrement intéressante et m’a passionnée. La proximité de la cour de Versailles et l’excellence des tissus a permis le développement de la manufacture. Louis XVI anoblit Oberkampf . La Révolution n’a pas mis fin à la prospérité, au contraire! c’est au début des années 1790 que la production atteignit son apogée nécessitant le travail de 10.000 ouvriers.
Tout juste les motifs changèrent. On imprima la démolition de la Bastille, puis la Fête de la Fédération, enfin la conquête de l’Egypte…Oberkampf devint en 1789 le maire de Jouy, fut décoré de la Légion d’honneur par Napoléon. Quand il mourut en 1815, les officiers prussiens lui rendirent les honneurs. Intéressants aspects aussi du blocus continental.
On peut aussi raconter l’histoire en examinant les motifs des toiles, fleuris et décoratifs pour certains, délicieusement colorés et extiques :
au motif de l’ananas!
D’autres racontent des histoires comme Paul et Virginie :
Paul et Virginie illustré!
L’Indépendance des Etats Unis inspira les illustrateurs, l Mythologie aussi, plus neutre en ces périodes de changement politique…
Grecques ou romaines?
Les médaillons me font penser aux wax africains. Ils racontent aussi l’histoire des idées. Existe-t-il un musée des Wax?
Au rez de chaussée une exposition est consacrée au thème de l’amour : amours volages ou durables, célébrations du mariage et de l’amitié sur laquelle le temps a moins de prise. tous les symboles y sont expliqués.
Ne pensez pas que les toiles de Jouy n’ont pas d’avenir. il en existe aussi des contemporaines, JP Gauthier les a utilisées ainsi que d’autres créateurs actuels
Jouy 21ème siècle!
Le parc de l’Eglantine recèle de très beaux spécimens d’arbre, la promenade est un peu abrupte, on sort du parc dans la forêt de Versailles où on retrouve le GR22 et d’autres itinéraires balisés.
haras de Vauptain et aqueduc de Buc
Nous avons pique-niqué aux abords du très beau haras de Vauptain. En arrière plan,7 les arcades de l’aqueduc de Bucconstruit par Louvois en 1684 pour apporter l’eau au parc de Versailles.