Le roman commence par une folle chevauchée. Miouporte sur son cheval la tête de son grand-père Hugon de Burequ’elle a décapité . L’histoire se déroule au temps des Croisades dans les montagnes des Hautes Alpes, paysage sauvage avec une forêt enchantée : Benevent.
Laurine Roux, née à Gap, a puisé dans la toponymie locale pour nommer ses personnages. Un château fort sur un éperon rocheux, un monastère bénédictin, les Crots, un village.
Quand l’ordre engendre le désordre, l’homme juste désobéit. Abel pantelle, Ici, aucun endroit n’est sûr, c’est se jeter dans la gueule du loup ! Éphraïm s’avance au-devant de la pente, regard vers l’est. Il existe pourtant des confins où personne ne les cherchera. Et il désigne les arbres à perte de vue. Abel ne veut y croire. L’oblat est-il devenu fou ? Ne prêtant oreille au frère, Pietro rejoint Éphraïm, sonde la masse des houppiers peluchés de blanc. Le gaillard est peut-être fou, mais la folie a du génie. Abel n’a d’autre choix que de capituler. Ses amis pourront toujours compter sur lui, qu’ils en soient certains. En retour, ils l’adjurent de faire attention – et de trouver une bonne excuse pour justifier son absence. • Éphraïm dégringole le talus, s’enfonce dans la neige, pour en jaillir aussitôt dans un panache poudré. Parvenu à la lisière, le jeune homme s’arrête. Ferme les paupières et inspire. Derrière l’abrasion du froid, il laisse la forêt coloniser son être, isole mille nuances : spores, résines, sèves, débris de poils, d’écorce. Quand ses poumons sont si lourds qu’il lui semble impossible d’avancer, il ouvre grand les yeux – vert iridescent, marron cuivré. Pietro ne reconnaît pas ce regard. N’y tenant plus, Éphraïm fuse. Allonge ses muscles, grimpe tel ressaut, puis se rétracte, esquive les branches. À la traîne, griffé de partout, le franciscain le supplie, Moins vite, par pitié ! L’impétueux coule sous les ronces – serpent , bondit de pierre en pierre – renard. Les fugitifs atteignent une arche creusée dans la roche. Au-delà, unecascade drape la falaise, figée dans le froid. L’eau a été piégée en méduses bleutées, dont les filaments, tantôt bulbes, tantôt épées, attendent le printemps pour fondre en une bruyante cataracte. Pietro ahane. Il n’ira pas plus loin, foi de Lombard. Le jeune homme observe le rideau de glace, croit apercevoir un orifice et franchit l’arche. De l’autre côté, les trombes ont façonné une vasque dans la pierre. Autour, des blocs épars, des mélèzes.
L’endroit paraît tiré d’un conte. Autrefois, un voyageur était passé sous la même voûte. Il cherchait refuge après avoir erré pendant des jours dans la forêt. Le vagabond avait atteint cette clairière, n’en était plus jamais reparti. Ainsi avait-il vécu en ermite jusqu’à sa mort, baptisant les lieux la Porte sans Retour.
Le châtelain a pour fils Hugon de Bure, une véritable brute, incontrôlable, violent, paillard, la terreur de toute la vallée. Le prieur du monastère, Guillaume, érudit et pieux, travailleur pratique l’hospitalité, il accueille successivement un bébé abandonné, un moine franciscain, puis une famille en fuite, des Vaudois poursuivis par Hugon de Bure. Dans la forêt, Joseph Piot, bûcheron élève sa fille Gala, ils seront aussi victimes du terrible seigneur. Et pourtant personne ne se rebelle devant l’autorité .
Trois générations vengées d’un coup d’épée, trois fois la colère. Ne sachant que penser, on interroge ses
voisins
Laurine Rouxest une conteuse qui entraîne le lecteur dans cette folle saga sur 3 générations avec des personnages bien marqués. Je l’ai suivie avec grand plaisir dans toute ces aventures. J’ai aimé la proximité avec la nature. Certains personnages sont de très belles personnes.
Sur mon sentier, j’ai écouté le podcast des Midis de Culture du 29/7/26 CLIC Laurine Roux, l’invitée y présentait deux ouvrages, son roman Trois fois la colère et cet essai Le Test Elézéard Eléazard, cela ne vous dit rien? c’est le berger de l’Homme qui plantait des arbres de Giono que j’ai adoré, j’aurais tant aimé que ce fut une histoire vraie. Et puis, Laurine Rouxnous parle de sa grand-mère, Madeleine Roux, la maire-adjoint de Veynes dans les années 70-80 qui fit de la petite ville de cheminots, en déclin, une capitale solaire. Comme j’ai passé mes vacances, hiver et été pendant 30 ans dans le Devoluy, cela me parle.
Et hop dans la liseuse! Le Test Eléazard est un essai, une commande,
« Il s’agissait d’écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photo voltaïques sur la montagne de Lure. »
A Cruis dans la montagne de Lure, le pays de Giono.
Pendant notre été caniculaire, on réalise tous qu’il faut baisser la consommation en combustibles fossiles. Le solaire paraît la solution idéale. Bien sûr, les panneaux ne sont pas jolis, jolis dans le paysage….not in my backyard? l’enquête s’impose.
Pour installer les fameux panneaux, la société Boralex (entreprise canadienne), avec la bénédiction des autorités locales , a choisi de massacrer une forêt où vivent des espèces protégées, reptiles, oiseaux, papillons. Et pourquoi donc détruire la nature? les forêts sont des puits de carbone. Tout simplement parce que le foncier ne coûte rien ; la location de friches industrielles, de parkings ou autres surfaces déjà anthropisées revient bien plus. Et que Boralex qui communique sur le renouvelable, le vert, l’écolo… ne cherche que le profit.
Evidemment, il faut quand même faire des études d’impact, demander des dérogations pour la destruction d’habitat d’espèces protégées, proposer des compensations. Il existe des lois à respecter! Laurine Roux promène le lecteur sur le terrain, qu’elle connaît fort bien, étant native des Hautes Alpes et qu’elle sait décrire. Elle raconte le contexte, les habitants, les traditions solaires et militantes. Traditions festives aussi. Puis elle se plonge dans les textes, les compte-rendus minicipaux, les plans d’urbanisme PLU.
En 2016, lors des enquêtes d’utilité publique – PLU et permis de construire –, on a compris la bêtise de la démarche, l’aberration de vouloir sauver la planète en rasant une jeune forêt avec des arbres dont la majorité avait tout de même atteint six mètres, au moment du défrichement.
Puis elle aborde les textes administratifs dans un chapitre Attention, austère, où l’on constate les failles dans les études préalables et les prises de positions du Prefet « mon rôle c’est de lever les freins pour que les projets se concrétisent » .Bien dans l’air du temps!
« les verrous qui sautent les uns après les autres au profit d’intérêts industriels illustrent le détricotage du droit de l’environnement que les réformes promulguées sous le gouvernement Macron favorisent »
Les habitants de la régions ne se laissent pas imposer ce projet sans réagir : des associations se sont crées, chacune avec ses méthodes.
Plusieurs mouvements se sont coordonnés – Extinction Rebellion, le Groupe national de surveillance des arbres, Elzéard, Lure en résistance, auxquels se greffent spontanément des membres du Café des libertés de Forcalquier
Laurine Roux enquête, interroge les acteurs de cette résistance, transcrit dans son ouvrager les interviews, les témoignages. De Claudine septuagénaire et Sylvie qui ont choisi d’empêcher les machines de travailler, et qui se sont retrouvées en garde à vue avec des procès délirants. Ceci est bien aussi dans l’air du temps avec l’invention des « écoterroristes » par Darmanin! Des militants d’Extinction Rebellion qui apparaissent sous pseudonymes et qui se sont fait tabasser par les vigiles de Boralex. Des écureuilsprogégeant les arbres comme pour l’A69. D’autres, Amilureont choisi la voie procédurière pour assigner Boralex en justice. On a aussi imaginer de labelliser le paysage de Giono pour le protéger. Laurine Roux interroge aussi des naturalistes pour les fameuses « compensations » promises par l’industriel. Elle rencontre des bergers et démonte le mythe de l’agrivoltaïsme (greenwashing encore). Ce court essai(286 pages) est d’une grande richesse.
Sur mon étagère virtuelle, j’aimerais ranger Le Test Eléazardtout à côté des romans de Giono, non loin des ouvrage racontant le village de Chaudun , surtout celui de Luc Bronner, à proximité de Anima de Kapka Kassabova pour le pastoralisme. Et puis bien sûr, suivra Trois fois la colère de Laurine Roux que je viens de commencer, la lister n’est pas close.
« Un transit, c’est l’autorisation de traverser un pays, lorsqu’il est bien établi que l’on ne veut pas y rester. »
Anna Seghers (1900-1983) est une écrivaine de langue allemande, juive communiste. Après son arrestation par la Gestapo, elle fuit en Suisse puis en France. Son mari est interné en 1940 dans le Camp du Vernet, elle se réfugie à Marseille et prépare leur exil au Mexique.
Transit se déroule à Marseille en 1940-1941. Son héros anonyme s’est échappé d’un camp de concentration en Allemagne, puis d’un autre en France. C’est un anonyme, ni juif, ni militant, il s’est opposé aux autorités nazies, a été interné, s’est évadé. Après des pérégrinations à travers la France, il arrive à Marseille. Il s’y établirait volontiers.
Une foule de réfugiés juifs, communistes, républicains espagnols, campe à proximité du port dans l’attente du bateau qui les conduira hors de l’Europe. Foule hétéroclite, qui s’entasse dans les cafés ou qui part assiéger les consulats à la recherche d’un hypothétique visa. Pour avoir le droit de séjourner provisoirement à Marseille, il faut fournir des preuves qu’on désire émigrer. Il faut donc un visa, pour l’obtenir un contrat de travail est souvent exigé, il faut aussi un billet, un transit et l’autorisation de quitter le territoire. quand on obtient le visa le bateau est parti, quand on a le transit c’est le visa qui est périmé.
« Partir, partir de ce pays écroulé, de cette vie écroulée, de cette planète ! Les gens vous écoutent avidement tant que vous parlez de départs, de bateaux capturés qui jamais n’arriveront au port, de visas achetés et de visas falsifiés, et de nouveaux pays de transit. Tous ces racontars servent à abréger l’attente, car les gens sont rongés par l’attente. »
Une galerie de personnages originaux défile, une femme cherche désespérément son mari, un chef d’orchestre polonais erre dans son costume défraîchi. Et puis ce sont les ragots, les racontars qui occupent les conversations. Les queues devant le Consulat mexicain…
« C’étaient les antiques commérages des ports, aussi vieux que le Vieux-Port lui-même, encore plus vieux,
peut-être. Merveilleux et antiques ragots des ports, qui jamais ne se sont tus, depuis qu’il y a une
Méditerranée, ragots phéniciens et crétois, ragots grecs et romains, jamais la race des bavards ne s’était
éteinte, de ceux qui tremblaient pour leur place »
Surtout ne négligez pas la Postface de Christa Wolf qui éclaire d’un jour nouveau ce texte littéraire mettant des noms souvent très connus sur ces visages qui composaient la foule des émigrants de Marseille des années 40.
Transit est un formidable témoignage mais c’est aussi un texte littéraire qui conservera sa valeur littéraire universelle tellement sont bien illustrée les sentiments d’incertitude, l’angoisse des migrants, et toujours teinté d’ironie, on pense à l’humour juif
« Vous connaissez peut-être le conte de l’homme mort. Il attendait dans l’Éternité que le Seigneur décidât de
lui. Il attendait, attendait toujours. Un an, dix ans, cent ans. Puis il implora son verdict. Il ne pouvait plus,
disait-il, supporter l’attente. On lui répondit : « Qu’est-ce que tu attends donc ? Il y a longtemps que tu es
en enfer ». Et l’enfer, c’était cela : l’attente imbécile de rien. Quoi de plus infernal ? La guerre ? Elle vous
rejoint d’un bond par-dessus l’océan. Maintenant, j’en ai assez ! Je veux rentrer chez moi. »
Cinq mois qu’ils étaient là, les marins de l’Aldébaran. À quai, relégués au bout des six kilomètres de la digue du Large. Loin de tout. Sans rien à faire. Et sans fric.
Leur armateur les a abandonnés, sans salaire. Attendant une hypothétique vente du cargo bloqué par le tribunal en garantie des dettes de l’armateur. Les marins, en échange d’une indemnité ont cherché un autre bateau. Trois hommes restent à bord : le Capitaine, Abdul Aziz, libanais, son second Diamantis, grec, Nédim, le turc, aurait dû partir mais il s’est fait dépouiller dans une boîte de nuit, il ne peut plus payer son billet de retour.
Grec, Turc, Libanais, toute la Méditerranée sur le Vieux Port. Marins sans attaches, Abdul et Diamantis ont bien été mariés, mais leurs épouses se sont lassées du rôle de femmes de marins…Marseille, port d’accueil des marins en partance, des exilés. Dans un petit restaurant Diamantis trouve une cantine, presque une famille.
Et, Izzo, amoureux de sa ville la dépeint avec une infinie tendresse, même si elle est aussi violente. Histoire sombre, comme ses romans précédents, pleine d’humanité et de poésie. J’ai retrouvé Yannis Ritsos et Gianmaria Testa. Poésie des cartes marines :
Cette carte, expliqua Diamantis, c’est la Peutingeriana, une carte-itinéraire romaine du IIIe siècle, avec Rome, là, en son centre. – Elle est superbe.[…]l’Antiquité on appelait les cartes les « périodes de la terre ». […]Diamantis, pointant du doigt nombre de lieux, égrena des noms de port à faire rêver. Salona, Aquileia et Adria sur l’Adriatique. Sybaris, Lilybaeum, Phôkaia. Les deux Césarée, sur les côtes africaines et d’Asie mineure. Les deux Ptolémaïs, l’une en Libye, l’autre en Phénicie. Les Bons Ports, près de Lasïa, au sud de la Crète, mentionnés par saint Luc dans les Actes des Apôtres. Tarsos en Cilicie, connue pour les portes de Cléopâtre.
Elle est triste cette histoire des marins perdus, fiction, elle pourrait être vraie.
De Marseille à Rouen, nombre de cargos sont coincés à quai, aujourd’hui encore. Les équipages, souvent étrangers, vivent à bord dans des conditions très difficiles, malgré une solidarité qui ne fait jamais défaut. Je tenais, ici, à saluer leur courage, et leur patience. Quant à Marseille, ma ville, je tenais à la mettre en scène, encore une fois, pour que puissent résonner dans cette histoire les questions les plus actuelles de l’avenir de la Méditerranée.
En février 2017, j’ai eu le plaisir de passer 3 jours à Menton chez des amis à l’occasion de la fête des Citrons. De ce court séjour, très dense, je n’avais pas fait de billet de blog. Notre visite récente à la Maison de Cocteau à Milly-la-Forêt m’a rappelé celle au Musée Cocteau de Menton. J’ai retrouvé les photos et en voici quelques unes !
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Je viens de lire que ce musée de Menton était fermé depuis 2018 . J’ai donc eu de la chance de la visiter!
la Partie de Cartes façon Street Art au Panier à Marseille
Avec Si on bouquinait et Nathalie
Il y a tout pile 50 ans, le 18 avril 1974, décédait Marcel Pagnol . Patrice de Si on bouquinait a eu l’idée de célébrer cet anniversaire par une lecture commune. Il a choisi Jean de Florette
Rejoint par Nathalie qui vient de terminer un livre sur la Peste de 1720 à Marseille et qui a lu Les Pestiférés
J’avais oublié la date de la lecture commune. C’est le matin-même, sur FranceMusique que j’ai reconnu la voix de Pagnol qu’il fallait deviner. Et que je me suis rendue compte que je serai en retard pour la Lecture Commune.
Le soir-même j’ai téléchargé Les Pestiférés qui est une longue nouvelle (67 pages, le chapitre 9 Du Temps des Amours) que j’ai lu dans la foulée, d’une traite et avec grand plaisir.
« Il y a tant de maladies qui nous viennent par les navires ! dit le capitaine. Je connais cent sortes de fièvres, et c’esttoujours la même chose : une grande chaleur de la peau, des plaques rouges, des plaques noires, du pus, des vomissements, et on n’y comprend rien… Quand il en meurt beaucoup, on dit que c’est la peste, et ceux qui restent meurent de peur. – Surtout à Marseille ! »
Une placette, à flanc de coteau, bordée de maisons bourgeoises et de quelques boutiques. Maître Pancrace, médecin très estimé va organiser la petite communauté composée de notables pour survivre à l’épidémie de Peste qui a ravagé Marseille en 1720. Le Capitaine, Marius Véran, armateur enrichi par la Traite Atlantique, Maître Passacaille, le notaire, Maître Combaroux drapier fort riche, mais aussi fort dévot. En plus des notables, les commerçants, Romuald, le boucher, Arsène, mercier-regrattier, Félicien le boulanger. Et bien sûr, des femmes, des enfants, des vieillards.
Pancrace, dès le début de l’épidémie, alerte ses voisins. il revient du port où 3 portefaix sont morts dans les infirmeries. Dès qu’il est sûr que c’est bien la peste, il rassemble les hommes, ses voisins, leur fait part de la nouvelle.
Les premières mesures sont plutôt simples : brûler tous les effets qui auraient pu être en contact avec la maladie, et se laver soigneusement au vinaigre. Il organise le confinement:
« Enfin, tous ceux qui auront été obligés de quitter notre placette pour aller à leurs affaires devront dès leur retour prendre un bain d’eau vinaigrée et se savonner du haut en bas, très consciencieusement. Ce sont des précautions peu obligeantes, mais qui suffiront à nous préserver, du moins pour le moment. »
Pour survivre, il faut aussi mettre en commun les provisions, fabriquer des lotions avec des herbes médicinales : rue, menthe, romarin et absinthe macérées dans le vinaigre donnent le Vinaigre des Quatre voleurs détruisant les insectes qui propagent la contagion.
« J’allais justement dire, s’écria Pancrace, que dans toutes les épidémies les ordres religieux cloîtrés n’ont même jamais entendu parler du fléau qui faisait rage autour de leurs couvents. Eh bien, mes amis, nous allons suivre leur exemple, qui est fort peu honorable pour des moines qui devraient tout sacrifier à la charité chrétienne, mais qui convient parfaitement à des citoyens chargés de famille. »
Toute la communauté va vivre cloitrée à l’image des religieux.
Seul le drapier dévot va désobéir pour suivre la messe comme chaque jour malgré les injonctions de Pancrace
« je vous déclare, dit le docteur, qu’il faut renoncer à la messe pour quelques temps. Le Bon Dieu qui nous voit saura bien que ce n’est pas par manque de zèle : il n’ignore pas, en effet, qu’une église, comme d’ailleurs tous les lieux de réunion, est un très dangereux foyer de contagion. »
Il reviendra avec la Peste mais n’entrera pas.
Désinfections, confinements, surveillance, utilisation d’eau non contaminée. Cela nous rappelle quelques souvenirs.
Quand la ville sera tellement ravagée que seul le feu peut lutter contre la contagion, il leur faudra fuir le quartier.
Mais je ne vous racontera pas comment, il faut bien ménager un peu de surprises!
Cette Peste de 1720 est très célèbre, au Château d’If une plaque rappelle que le capitaine du navire responsable de l’épidémie, y fut enfermé.
Et pour revenir à la Célébration des 50 ans de la mort de Pagnol, j’ai écouté sur l’appli Radio-France un excellent podcast où Fernandelraconte Pagnol cinéaste. LES NUITS DE FRANCE CULTURE : Marcel Pagnol raconté par Fernandel – dimanche 14 avril 2024 CLIC
Les gros nuages sont si épais et si bas qu’on ne voit pas le sommet de la colline. Temps médiocre prévu de longue date. Mais ce ciel gris est bien triste. Heureusement les mimosas resplendissants remplacent le soleil.
Comme la pluie est fine et intermittente? je parcours la plage de Cavalaire pieds nus dans l’eau mousseuse, pas plus froide que l’air, jusqu’à la Plage du Débarquement de La Croix Valmer; Je me rechausse pour monter sur le sentier du littoral qui rejoint en 10 minutes la Plage-Bouillabaisse et ensuite d’autres plages. Je croise trois dames plus trop jeunes en chaussures de tennis. Si elles sont passées je passerai aussi. Le sentier est bien entretenu : marches solides, passages cimentés. Le dernier tronçon sur les rochers mouillés. Une averse plus forte, je rentre.
La Baie de Cavalière – Cross
Le village de Gassin, perché au-dessus de la route de Saint-Tropez, nous fait faire un détour. L’église grise et massive est presque une tour de guet. La vue est dégagée à 360°. Vers l’Est on découvre Sainte Maxime et Saint Tropez, vers l’Ouest Hyères et ses îles. La terrasse panoramique est dallée ornée de sculptures du Sculpteur local Ducreux qui suspend des petits personnages filiformes dans des cercles mobiles qui s’intègrent dans le paysage. Il a aussi réalisé des sculptures à taille humaines, aplaties que je n’apprécie pas trop. Les rues du vieux villages sont piétonnières, paysage paisible (peut être pas en haute saison).
Bassin – Ducreux Le Passage
Saint Tropez : Musée de l’Annonciade
Il se trouve dans une chapelle (1548) à l’entrée du port. Les collections sont accrochées sur deux étages. A l’entrée je constate une grande parenté entre les tableaux qui ont pour sujet Le Port de Saint Tropez ou ses environs, presque tous pointillistes. Paul Signac découvrit Saint Tropez et y invita ses amis Seurat, Cross et d’autres artistes. Même Picabia a peint un Port de Saint Tropez pointilliste. Pointillistes et nabis : Bonnard et Vuillard pour des sujets plus intimistes. Marquet a aussi peint le port. Camoin (photos interdites) rattaché au fauvisme a des couleurs plus éclatantes et un style plus personnel.
Vuillard la soupe d’Annette
Il y a aussi de très beaux Matisse, Maurice Denis (j’aime moins), Lhote, Othon Friesz, et des statues de Maillol.
Une collection de premier plan et une très belle visite pour un jour de pluie !
Pique-nique sous de beaux chênes liège. Des ouvriers déjeunent à quelques mètres. Dès qu’ils ont terminé ils mettent en route leurs tronçonneuses et abattent de grosses branches à quelques mètres de nous. Nous déménageons. Cet élagage m’étonne : pourquoi s’attaquer à des branches bien vivantes et laisser les noircis et morts après l’incendie.
Nous avons visité La Garde-Freinet, il y a deux ans. J’avais beaucoup aimé le petit Musée du Patrimoine présentant la culture du liège, la châtaigneraie, la sériciculture, l’apiculture. Je m’étais promenée dans les rues du village mais j’avais regretté de ne pas être montée au village fortifié perché très haut sur le sommet dominant le village. Imprenable ? Il fut démantelé pendant les Guerres de Religion en 1585 de peur que les Huguenots ne s’y retranchent.
A partir du parking de la Planète, deux itinéraires : un rouge réservé aux intrépides et un bleu plus facile. Evidemment je suis le bleu, bien aménagé, bien balisé avec des marches taillées dans le rocher ou consolidées par des rondins ou de la ferraille. De bonnes chaussure et un bâton de marche sont nécessaires. Après une demi-heure je découvre les fortifications taillées dans le roc entourées de douves (ou citernes ?). Un escalier de schiste termine l’ascension. Du village, il reste un petit four à pain, quelques fondations des maisons blotties au flanc de la montagne. Les restes ne sont pas très visibles mais il y a des panneaux explicatifs.
la Chartreuse de la Verne
Puisqu’il fait très beau et qu’il est encore tôt nous faisons un détour (30 km) dans les Maures pour atteindre Collobrières. Une route étroite tournicote dans la corêt de chênes. A l’approche de Collobrières des châtaigniers se font plus présents. Ils n’ont pas l’air en forme. Sècheresse ou maladie ? Sur le versant sud se déploie la Chartreuse de la Verne et dans un creux le petit lac de barrage. A vol d’oiseau, notre gîte de La Môle est juste derrière.
Collobrières
L’office de tourisme de Collobrièresest fermé, « consultable par téléphone ou par mail » informe un papier scotché sur la porte. Ce n’est pas ainsi que j’obtiendrai le plan de la promenade géologique que je m’apprêtais à suivre (commencée il y a 2 ans, interrompue par la pluie). Sans plan, je me promène au hasard dans les jolies places avec leurs platanes, les bords de la rivière, les rues qui montent à l’ancienne église ruinée ont des noms qui me plaisent Galilée, Copernic, Marat. Collobrières est la capitale autoproclamée des marrons glacés : j’achète une glace aux marrons exquise.
Chênes liège au coucher du soleil
Nous rentrons au soleil couchant dont les rayons filtrent dans le feuillages des chênes, de temps en temps on voit les îles d’Hyères.
Un roman policier avec Cap Canaille pour titre m’a tout de suite attirée.
« Drôle d’endroit pour mourir. La beauté des lieux l’avait saisi. Il ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller. Malgré les quatre hommes qui l’entouraient, le flingue qui le menaçait et la peur qui lui trouait le bide. La lune était de sortie pour éclairer les dernières heures de sa courte vie. Elle lui permettait de voir comme en plein jour les falaises qui le dominaient et la mer qui l’aspirait. Qui l’espérait. 390 mètres plus bas. Magnifique endroit pour mourir. »
Policier classique qui commence avec un « barbecue marseillais » : cadavre calciné retrouvé dans une voiture brûlée. C’est le corps de la Carlton une truande de haut vol, braquages Place Vendôme, habituée des Palaces comme l’Intercontinental de Marseille (anciennement Hôtel-Dieu), se déplaçant sur une moto de rêve….
Enquête classique, sans grande originalité à part peut être l’excès d’acronymes spécifiques à la police, peu gracieux et indigestes pour le lecteur. Des traits d’humour assez lourds, utilisation systématiques de citations archiconnues, un peu agaçantes
L’humour potache de la PJ prend souvent le dessus dans ce genre de débats. Larrivée tape du poing sur la table pour rétablir le silence. Les flics ont l’humour léger, mais le sens de la hiérarchie.
Des enquêteurs sympathiques, avec ce qu’il faut de faiblesses pour les rendre humains. Une histoire d’amour qui tombe bien. Des courses poursuites dans Marseille. Un match de l’OM. Des trafiquants plutôt minables. Des légionnaires virils. Classique.
Mauvaise chance pour ce livre, je viens de terminer trois polars remarquables de Jean Claude Izzo, la classe! Cap Canaille se trouve relégué au niveau des séries policières régionales de Fr3 qui se regardent et s’oublient.
Depuis que j’ai lu Les Pierres Sauvages de Fernand Pouillon j’ai eu envie de visiter Le Thoronet, abbaye dont le roman raconte la construction. Dernièrement, j’ai croisé le travail de Fernand Pouillon à Meudon-la-Forêt, Marseille et au château de Belcastel en Aveyron .
50 km entre La Môle et le Thoronet en passant par Cogolin, au pied de Grimaud perché sur s colline, à travers les forêts autour de la Garde-Freinet ravagées par un incendie en 2021. Les troncs des chêne-liège sont noirics mais les arbres s’en sortent, les pins et les autres arbres ont disparu tandis que la broussaille, les arbousiers et les bruyères grandissent. Je scrute avec attention la régénération de la végétation. Nous traversons la Plaine des Maures au creux des collines qui n’est pas plate du tout mais couverte de vignes gentiment penchées. L’autoroute passe dans la plaine, nous l’emprunterons samedi.
L’Abbaye du Thoronet est à l’écart du village du Thoronet, bien cachée en creux dans une forêt de chênes. Le clocher dépasse à peine et on ne le remarque qu’en quittant le site. Une allée dallée conduit à l’enceinte. Une grille contemporaine de mailles carrées en bois marque la clôture. Plus aucun moine n’occupe l’abbaye depuis 1791. C’est un musée de la RMN. Remarquée par Prosper Mérimée, elle est inscrite à la Liste des Monuments Nationaux depuis 1840.
En attendant la visite guidée devant l’église, je convoque mes souvenirs de lecture des Pierres Sauvages. Sobriété de l’église, pas le moindre décor, même pas un porche à étudier. Sur la façade occidentale, une petite porte étroite et basse pour les convers. De l’autre côté la grande « porte des morts ». Un très vieil arbre. Je découvre encore les arches et la galerie du cloître aux arcades parfaitement nues. Sans guide, la visite aurait été courte. J’aurais écouté le murmure de l’eau du lavabo. J’aurais cherché les angles pour le cadrage du clocher dans les arcades géminées. J’aurais admiré le calme, l’harmonie qui se dégage de l’ensemble. J’aurais peut être trouvé des ressemblances entre ces murs parfaits et les façades de pierre de Meudon-la-forêt ou de Marseille réalisée par Pouillon.
A 10h30, la guide nous entraîne dans le cellier autour de la maquette de l’abbaye. Sans préambule, elle affirme que nous sommes dans le plus bel endroit du monde et qu’elle va nous montrer des merveilles. Il faut quelques efforts aux visiteurs pour voyager dans le temps, endosser la coule blanche des cisterciens du XIIème siècle qui ont construit le monastère et adopter leur schéma mental, essentiellement religieux mais aussi très savant. Pour atteindre cette conscience, il convient de détruire tous les préjugés concernant le Moyen Âge, évacuer les images grossières véhiculées par le film « les visiteurs » et se situer dans le contexte historique.
Si on adopte ce point de vue, l’évènement fondamental de l’époque serait la Réforme Grégorienne (du nom du pape Grégoire VII (1073-1085) affirmant l’indépendance du clergé par rapport au pouvoir laÏc particulièrement vis-à-vis du Saint Empire Romain Germanique. Accessoirement, le célibat des prêtres est affirmé. La lutte contre la Simonie : le trafic des charges ecclésiastiques et celui des reliques.
Comme conséquence de cette réforme, l’Abbaye de Cluny devient immensément riche et puissante. Par réaction à cet enrichissement, Robert de Molesme et Saint Bernard ont fonde les abbayes de Cîteaux et de Clairvaux en se basant sur la règle de Saint Benoît : affirmant pauvreté, humilité et travail manuel.
On distingue alors les moines noirs, les Clunisiens, et les moines blancs cisterciens. A côté des moines, les convers revêtaient un habit marron de bure et pouvaient être barbus. Les fondateurs du Thoronet s’installèrent d’abord à Tourtour au sommet d’une colline ce qui ne correspondait pas avec le principe d’humilité, ils ont préféré descendre dans le creux du Thoronet au cœur d’une forêt, cachés près des deux ruisseaux. Après le choix de l’emplacement, la construction a pris plusieurs dizaines d’années, toujours régie par la Règle de Saint Bernard afin d’atteindre la perfection. Parmi les moines, se trouvaient des érudits, un astronome, un herboriste, le maître d’œuvre. Ils ont cherché la « quadrature du cercle », le cercle symbolisant Dieu et le carré, le monastère.
Le Thoronet Lavabo
Pour avoir conscience de leur démarche, il convient de « s’orienter » c’est-à-dire chercher l’Orient. En bon modernes, nous avons une boussole pour indiquer le nord. Les cisterciens cherchaient le soleil levant à l’équinoxe du printemps (d’où l’importance de l’astronome) . A l’Est, la lumière, la réflexion, l’activité intellectuelle des moines, la galerie Est est celle des moines tandis qu’à l’Ouest, l’Occident (occidere : faire périr) c’est la galerie des frères convers ces auxiliaires ayant la charge des travaux des champs. A l’netrée du cloître, le sol était empierré grossièrement dans la cours empruntée par les convers ta&ndis que le cloître est dallé et carrelé soigneusement.
Dans le cloître, la guide noud initie à la symbolique des nombres. est Dieu, l’occulus qui surmonte les arches, arches géminées pour le 2, le 3 est important, c’est la Trinité, visible au sol avec les trois travées de dalles encadrées par le carrelage. Le 4 est le carré, carré du cloître, 4 parties du jardin (comme celui des Ryads) . 3+4 donnent 7, encore un chiffre magique, 7 jours de la semaine, 7 péchés capitaux. 3 X4 = 12, 12 heures, 12 mois, 12 apôtres, 12 côtés à la margelle du lavabo. Pour dessiner le Maître d’œuvre plante son bâton, 1coude, = 1 empan =1 pied + ??? = 1.55 m. le bâton du Maître d’œuvre planté à l’équinoxe servira à s’orienter.
Pour obtenir le 5, la conférencière manipule un visiteur en lui faisant jouer l’Homme de Vitruve (anachronisme Leonard de Vinci l’a dessiné en 1490, donc bien plus tard) Le 5 représente Lhomme ou les 5 doigts de la main. Mes collègues visiteurs, devenus moyenâgeux comptent les portes, les marches, additionnent, retranchent….
Pause devant l’entrée de la SalleCapitulaire d’où vient l’expression « voix au chapitre ». on y lisait un des 73 chapitres de la Règle de Benoît. 5 x 73 = 365 jours. Chaque année revoyait 5 fois la lecture de la règle. Et nous voici adeptes de la numérologie ! Alors que les ornements sont rares (quasi-inexistants) la sculpture d’une pomme de pin, d’un trèfle à 3 feuilles et d’un autre à 4 feuilles, et d’une langue bifide à l’entrée de la Salle Capitulaire nous interroge. La pomme de pin qui garde serrée ses écailles mime le geste de la prière, la langue fendue symbolise les paroles qui peuvent le bien comme le mal. Les deux trèfles (3+4) sont les 7 péchés capitaux< ;
Fin de la visite à l’église. Actuellement elle est ornée de deux statues, à l’origine elle était vide. Cette église possède une acoustique exceptionnelle. Selon la guide, seul le Taj Mahal la surpasserait dans la réverbération. Les moines l’ont construite en se basant sur le nombre d’or mais cela ne suffit pas pour justifier cette acoustique inimitable. On suppose donc que les pierres chantent. Pour apprécier cette acoustique la guide nous demande de fermer les yeux et de faire silence ? Puis la musique résonne et nous entoure. Est-ce un enregistrement ? j’ai une angoisse : j’ai oublié de fermer mon téléphone, et s’il sonnait ? je suis si obsédée par cette crainte que je le sors discrètement, l’ouvre et le rend muet. Pour ce faire, j’ouvre les yeux et vois la guide qui se déplace dans le transept et le chœur. Elle chante le Salve Regina et c’est magique. La visite a duré plus d’une heure, pendant une heure nous avons voyagé 800 ans en arrière .