Lecture distrayante, exotique pour retrouver Aurel l’improbable consul de France avec sa dégaine roumaine du temps de Ceausescu, son goût prononcé pour le vin blanc, sa paresse et son piano.
Pour retrouver nos souvenirs de vacances en Albanie …
Une intrigue plutôt bien ficelée : un Franco-Albanais est abattu à Chamonix. Règlement de compte entre mafieux? vendetta traditionnelle? La victime était déclarée décédée en 1997, s’agit-il d’un revenant?
Folklore albanais, clichés ou ironie, avec ce drone pourchassé par un aigle. Et bien sûr, le kanun, les dettes de sang (et les faillites bien réelles à la suite des pyramides de ponzi) . Une excursion dans les montagnes pour découvrir une de ces tours où se refugient les victimes des vendettas. Le logement dans la chambre d’hôtes- dortoir est tout à fait authentique, nous l’avons expérimenté. J’ai aussi reconnu le restaurant folklorique de Shkoder.
Le patio de l’Hôtel Tradita
Evidemment, tout cela n’a pas la poésie et la cruauté de Kadaré. Pour découvrir le kanun il vaut mieux lire Avril Brisé, mais si on l’a déjà lu Le Revenant d’Albanieest un clin d’oeil facile à lire et plaisant.
Une traversée de plusieurs générations, de l’Autriche-Hongrie de François Joseph aux chars soviétiques de Budapest 1956. Une saga familiale de la famille Làzàr (ou von Làzàr), aristocrates hongrois dont la famille remonte aux guerres contre les Ottomans. Château avec les portraits des ancêtres, des terres que cultivent les paysans, une forêt mystérieuse…
Dès le début du roman règne une certaine mélancolie, comme une décadence, avec la naissance de Lajos, enfant translucide, d’ascendance douteuse. Sandor, le baron, expédie les affaires courantes, tandis que Maria, la baronne mène une existence fantasque, chevauchant à travers le domaine. Imre, le frère de Sandor, est encore plus fantômatique, lecteur de contes nocturnes, ombre présente tout le temps du roman.
« les années allaient bon train, elles définlaient tels les Roms avec leurs chevaux, à travers le royaume des Habsbourg, à travers la monarchie embourbée dans les marécages du Danube »
Lajos rêve d’Amérique, il devait embarquer à bord du Titanic.
Proclamation de la Guerre par l’Empereur. Les enfants sont expédiés à Vienne. La guerre aux portes de l’Europe passe un peu comme un rêve. Ilona, la soeur de Lajos, se marie à Berlin.
A la fin de la guerre, la Hongrie s’est séparée de l’Autriche mais rien ne trouble la routine pour les Làzàr, en leur château. Le baron sombre dans l’alcoolisme. Décadence encore. Lajos ramène lustre et de richesse avec des affaires florissantes, ils s’installent à Budapest dans une belle demeure. Destin de la famille. De l’Histoire de la Hongrie on n’apprendra que peu de choses. Hésitations politiques avec la montée de Hitler et du nazisme. Le jugement est plutôt celui d’un esthète qui méprise la vulgarité.
Quand la Hongrie s’allie aux nazis, l’antisémitisme se profile. Ilona a épousé le fils d’un banquier d’origine juive, elle s’enfuit en catastrophe en Suisse. Lajos cache un étrange religieux, opposant au nazisme, qui a pris La Recherche pour Bible et Marcel pour prophète. Bizarre personnage. Pour Lajos, un prétexte pour ne pas bouger quand il assiste au regroupement des Juifs et à leur déportation. Ambivalence : est-il complice?
Génération suivante : un frère Pista et une soeur Eva, passent la Seconde Guerre mondiale au château sans s’impliquer plus que leurs parents. Ce n’est que l’arrivée de Soviétiques qui les feront réagir en confisquant leurs biens et en les réduisant à une condition très médiocre. Ils se laissent porter par les évènements. Seule réaction : ils tiennent à conserver les bonnes manières aristocratiques, la politesse, la tenue à table. Dérisoire.
1956 provoque une réaction, mais toujours à la marge.
Décidemment pas héroiques! Mais tellement humains.
Le roman se lit bien, la Grande Histoire en filigrane, ce n’est pas vraiment un roman historique, mais c’est une histoire prenante.
Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)
COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?
COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?
L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavageet Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent.
William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne
Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention.
Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images habituelles.
William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves
William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou.
Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)
Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales.
Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021
En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse(Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka, survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches.
les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française
Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalmemontre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.
Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War
Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante.
Bouba Touré
Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes.
La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atysdansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire.
Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane
Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèqueorné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur.
Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.
Karoly Freund est né à Vienneen 1862, a étudié le droit 1878à Budapest, 1884 long séjour en Italie, 1886 : Munich, magyarise son nom en Karoly Ferenczy, 1889 s’installe à Szentendre puis en 1896 à Nagybanya où une colonie d’artistes travaille en plein air; En 1903 pivre une école des Beaux arts à Budapest, voyage, expose et meurt en 1917.
Portrait dfe Karoly Fererczy par sa femme Olga Fialka
L’Exposition du Petit Palais rend compte de la diversité des styles et des sujets abordés par Karoly Ferenczy
naturalisme : 1890 -1893
1890 jeunes filles et géraniums
Inspiré par Jules Bastien-Lepageses portraits sont quasi photographiques et les couleurs plutôt neutres
1891 devant les affiches
Il peint ses enfants, sa femmes et ses familiers.
Munich (1893-1896) L’éveil symboliste
le chant de l’oiseau
Ce nouveau styles fait plus de place à la nature. Les couleurs sont plus vives avec des verts et des rouges vifs. Deux tableaux se répondent Orphée et le Chant de l’oiseau présentés côte à côte Orphée, violoniste, porte un pagne rouge qui répond à la robe rouge de la femme enceinte. Un rapace est charmé par le violon tandis que la femme s’accroche au tronc du bouleau pour voir l’oiseau qui chante (que nous ne voyons pas). j’ai baucoup aimé ces deux tableaux. Moins Adam et l’Adoration des Mages, trop symboliste pour moi.
1904 – Le peintre et son modèle dans la forêt
Nagybanya : un atelier à ciel ouvert
1897 Le sermon sur la montagne
Dans cette ville minière (Baia mare, Maramures en Roumanie)dans la montagne, une colonie d’artiste s’est installée sous le signe du travail en plein air, de la vie collective et de la rupture avec la tradition.
Une affcihe montre les peintres avec leurs chevalets et pinceaux partant peindre à l’extérieur. Une photo montre un atelier de plein air avec au moin 15 chevalets. L’exposition fait aussi une place aux autres artistes comme cette prière matinale des mineurs, ou portraits de Tsiganes; de paysans, bûcherons..
1898 Oscar Gratz La prière matinale des mineurs
Grands tableaux aux thèmes bibliques mais aussi illustration des poèmes d’un poète juif Jozsef Kiss
Joszef Kiss
« Peindre au soleil »
1903 la Femme peintre
la couleur et la lumière prennent une importance primordiale
1905 matinée ensoleillée
Dans ce même style Karoly Ferenczy célèbre la baignade dans la nature avec 6 tableaux où on voit même les chevaux se baigner,
jeunes garçons à la baignade
il peint aussi des nus féminins, des athlètes, des acrobates d’un cirque.
j’ai un peu fait l’impasse sur les portraits qui forment un quart de sa production picturale. J’aime mieux les portraits de personnages que je connais….Puis le style évolue, la couleur se fait encore plus vive. On pense au fauvisme…Impossible de rendre compte de l’ensemble de l’oeuvre dans un court billet.
Un regret toutefois : quand Karoly Ferenczy a épousé Olga Fialka elle était une plasticienne reconnue qui exposait. Elle a abandonné la peinture pour élever ses enfants. L’exposition montre le portrait de Ferenczy et un tableau. J’aurais aimé qu’on lui offre une meilleure place.
merci à lorenztradfin de m’avoir signalé cette exposition CLIC
Le nom de Salonique exerce sur moi une telle fascination que j’ai téléchargé le tome2 de la série, tellement j’étais pressée de m’y rendre en lecture!
L’action se déroule en 1913, Salonique est encore juive, elle n’a été cédée à la Grèce que depuis 1912 . Dans cette ville très cosmopolite se rencontrent des Grecs, des Turcs, Bulgares, Macédoniens et des occidentaux. Orientale et occidentale. Les guerres balkaniques ont laissé des souvenirs douloureux, des comitadjis bulgares et macédoniens fomentent encore des complots…
C’est à Monastir (actuellement Bitola, Macédoine) que commence le roman dans le bureau du consul français, plus passionné par son herbier que par les affaires balkaniques. Nous faisons connaissance avec le détective Thomas More, le héros de la série, polyglotte, pittoresque, mystérieux.
On l’a appelé à la suite d’une affaire étrange, le corps d’un homme en habillé d’un frac est retrouvé assassiné dans le mausolée de la famille Carasso, au cours de l’enterrement d’un membre de cette famille. Macabre découverte. Comme c’est un professeur de Droit français qui a été tué, les autorités ont fait appel à Thomas More.
Nous voilà plongés dans les affaires balkaniques et sanglantes. Rappel d’un massacre d’Ilinden à Krusevo(Macédoine) en 1903 qui a laissé des souvenirs et des rancunes. Intrigues à Constantinople, et surtout assassinat du roi de Grèce George 1erqui éclipse la mort du professeur français….On croise même David Ben Gourion.
Balade à la Tour Blanche, témoin encore debout de l’ancienne Salonique dans la Thessalonique moderne, l’incendie de 1917 a fait disparaître les quartiers juifs anciens. Terrasses des cafés sur le port. Et même une promenade au Lac Ohrid. Un air de vacances en lisant ce polar.
Je ne dirai rien de l’enquête, ni des rebondissements pour ne rien divulgâcher. Plus que sa résolution je me suis attachée au mystérieux détectitve que je compte bien retrouver
Magdalena Abakanowicz (1930-2017) est une artiste textilepolonaise.
Andromède II 1964 laine coton crin de cheval
Dans ses tapisseries, elle s’affranchit du plan du mur pour incorporer des matières originales et obtenir l’impression de relief.
Abakan rouge qui se reflète dans un miroir
A partir , de 1964elle qualifie ses tissages monumentaux suspendus au plafond d‘Abakan. Les personnages qui se reflètent dans le miroir donnent l’échelle de l’œuvre. Ces abakanspeuvent évoquer toutes sortes de chose au spectateur : un volcan, ou un sexe de femme, un paysage….
SculpturesSérie de portraits anonymes (1989-1990)
Série de portraits anonymes (1989-1990)
Autant j’ai aimé ses tissages et abakans, autant j’ai ressenti un profond malaise avec ses personnages de textile . Sculptures et moulages avec de la toile de jute. Masques mortuaires ou non? Rides captées ou exagérées avec les bandelettes?
Quelle danse, quelle procession, quelle fuite pour ces personnages sans tête. Et que font donc ces dos arrondis, accroupis ou assis, courbés. prisonniers ou condamnés. Le malaise augmente quand je m’aperçois que ce sont des coques creuses.
Aucun de ces « humain » ne possède un corps entier, le plus souvent c’est la tête qui est absente. les foules sont encore plus angoissantes
Foule
Foule anonyme, en rang serré, immobile. Qu’attend-elle?
Abakan noir
A l’arrière de l’abakan noir, une série nommée « Paysages » est composée des bas-reliefs de corps humains émergeant de la terre.
paysages
Oeuvres puissantes mais très malaisantes. Magdalena a évacué toute joliesse, toute exigence du « beau ». Comme elle est polonaise, je pense immédiatement à la Shoah, aux charniers, à la boue, aux cendres.
mais j’ai peut-être tout faux; Ces foules sont peut-être celles qui participaient au pouvoir communiste. Aucune indication biographique n’oriente le visiteur vers l’un ou l’autre de ces épisodes dramatiques qu’a vécu la Pologne. Témoignage ou protestation militante. Rien ne nous sera expliqué.
Magdalena Abakanovicz a aussi sculpté le bois et le fer pour des objets encore effrayants. Elle a aussi dessiné des têtes anonymes, et s’est même consacrée à la métamorphose d’une mouche aux dimensions monstrueuses de la même taille que la tête d’homme qui est accrochée sur la cimaise.
J’ai même trouvé réconfortantes les têtes hurlantes de Bourdelle alignées dans le couloir qui conduit à l’espace d’expositions temporaires du Musée Bourdelle. Elles criaient pourtant l’horreur de la guerre
C’est au camp de concentration de femmes de Ravensbrück que nous nous sommes rencontrées. Milena avait entendu parler de mes mésaventures par une allemande arrivée au camp par le même transport qu’elle. La journaliste Milena Jesenskà voulait donc me parler. elle voulait savoir s’il était vrai qu’ l’Union soviétique avait livré à Hitler des militants antifascistes qui avaient émigré en URSS »
Depuis leur rencontre le 21 octobre 1940, jusqu’à la mort de Milena le 17 mai 1944, une remarquable amitié a lié ces deux femmes. Margarete Buber-Neumann, a écrit seule le livre qu’elles devaient publier ensemble. Elle y raconte la vie de Milena et la vie à Ravensbrück.
Ce livre était depuis longtemps sur mes étagères. Pour l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier, il m’a semblé opportun de l’en sortir.
Milena est surtout connue pour sa liaison avec Kafka et le livre Lettres à Milena. D’ailleurs Buber Neumann donne à de nombreux chapitres une citation de Kafka. Cependant Milena est beaucoup plus que l’amante d’un écrivain célèbre et leur relation date de 1920 – 1922 .
Le récit de la vie de Milena nous fait rencontrer tous les cercles intellectuels de Prague et accessoirement de Vienne où elle a vécu avec son premier mari Ernst Polak, vie intellectuelle intense, vie de cafés. Vie militante aussi quand Milena en compagnie de Xaver Schaffgotsch vit en Allemagne à Buchholz et à Dresde. Débats sur le marxisme. De retour à , Prague elle rencontre, puis épouse en 1927 l’ architecte Jaromir Krejcar (dans la mouvance de Le Corbusier, Gropius, Perret…). la lecture de cette biographie est très instructive pour tous ces aspects.
Milena avait un caractère bien trempé et surtout un don pour l’écriture. C’est par le journalisme qu’elle s’est affirmée. Journalisme de mode, traductions, livres pour enfants, billets d’humeur mais aussi publications politiques dans la presse communiste. Elle entra au Parti communiste en 1931 pour s’en faire exclure en 1936, alors que son mari était parti en URSS.
Après 1937, journaliste politique, elle perçoit le danger nazi aux portes de la Tchécoslovaquie avec les minorités des Sudètes. la lecture des prémisses de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme, les compromissions des alliés français et britannique a un goût très amer quand on les lit aujourd’hui avec les échos de la Guerre en Ukraine et l’affaire du Groenland. L’histoire begaye-t-elle? Assez rapidement, elle réalise le danger que courent les Juifs tchèques et s’organise avec d’autres compagnons à les exfiltrer avant l’invasion nazie. Son appartement devient un véritable centre d’émigration et de résistance. Elle multiplie les provocations ironiques dans ses articles. Humour extraordinaire quand elle fait passer un texte de Brecht de l’Opéra de 4 sous pour une chanson de soldats allemands.
la Gestapo finit par l’arrêter et la déporter à Ravensbruck. la deuxième partie du livre raconte la vie des deux amies déportées. Prisonnières, affamées, mais toujours dignes et extraordinairement libres malgré les privations et les règlements. Pendant les 4 années, elles trouvent toujours le temps de préserver leur intimité, et aussi de se consacrer à soulager les autres déportées plus démunies qu’elles. Elles inspirent le respect même des allemands. Curiosité de la journaliste qui analyse les différentes attitudes des prisonnières. Envie aussi d’écrire un livre pour témoigner
« je retrouvai la liberté et exécutai le testament de Milena. j’écrivis notre livre sur le camp de concentration. Peu avant sa mort, elle m’avait dit un jour: »je sais que toi au moins, tu ne m’oublieras pas. Grâce à toi, je peux continuer à vivre… »
Et comme je voulais connaître sa voix (ou plutôt sa plume) j’ai téléchargé ce livre sur ma liseuse. Dans les lettres à Willi Schlamm, journaliste juif exilé ayant pris la fuite devant l’entrée des Allemands en Tchécoslovaquie, elle témoigne de ses activités de Presse, traductrice vers le Tchèque des articles de Schlamm (germanophone) journaliste et même éditrice, tentant de motiver le journaliste en exil à envoyer encore des articles pour la revue de Prague. On lit son style épistolaire vif, plein d’humour et d’affection.
D’ailleurs, je ne peux écrire en allemand que quand je suis de bonne humeur, mais vu de Bruxelles, je suis
méchante. Comment résoudre ce problème ? En allemand, je suis posée, mordante, de bonne humeur.
Čechiš, je suis sentimentale et « abominablement éprise de vérité ». Qu’est-ce que tu préfères ?
Alexandrie est une ville qui me fascine : légende familiale, mais aussi littéraire, visitée à plusieurs reprises. Evidemment, Alexandrie des années 2000 a perdu son ambiance cosmopolite, la Corniche est une véritable autoroute terrifiante… L’Hôtel Cecil, précisément celui du Quatuor de Durrell, existe encore et Ana une des protagonistes du roman de Marjan Tornsicy travaille.
Les Alexandrines sont des jeunes femmes slovènes venues depuis le chantier du Canal de Suez jusqu’aux années 50 travailler comme nourrices, dames de compagnie, gouvernantes ou nurses dans des familles riches de commerçants, banquiers, diplomates, égyptiens, syriens, juifs, grecs, anglais …
Dans tout Alexandrie et Le Caire, et aussi ailleurs, les Slovènes étaient depuis longtemps extrêmement
recherchées et respectées. Elles avaient la réputation d’être travailleuses, honnêtes et fidèles.
A bord du vapeur reliant Triesteà Alexandrie, dans les années 30, trois jeunes femmes :Ana revient après une première expérience pour gagner assez pour racheter les dettes de la ferme familiale et peut être d’agrandir leurs terres? Merica qui vient d’accoucher sera nourrice, elle laisse son bébé et donnera son lait à Thomas, un petit anglais. Vanda, 16 ans, très jolie mais naïve espère un emploi de dame de compagnie. Le couvent des Franciscaines Sainte Catherine leur servira de première étape et de lieu de ralliement. Elles y retrouvent d’autres slovènes et l’histoire des 3 héroïnes s’enrichit de toutes les expériences de ces Alexandrines. Certaines histoires ressemblent à un conte de fées, d’autres sont dramatiques. Princesse ou putain, destins contrastés.
Elles allaient et venaient, comme les hirondelles, les grues et autres oiseaux. Ce qui leur remplissait le coeur de joie, c’était le retour à la maison. Beaucoup d’entre elles n’avaient atteint leur but, et avec lui le plus grand bonheur, que lorsqu’elles avaient trimé et gagné assez de funts pour pouvoir repartir la conscience tranquille dans leur village, ne serait-ce que quelques semaines ou quelques mois. Rentrer signifiait que leurs rêves s’étaient réalisés. Repartir en Égypte voulait dire que le monde sombrait de nouveau dans la pénombre. C’est ce que pensaient ou ressentaient nombre de Slovènes, dont Merica. Ana n’était pas de cet avis, c’est pourquoi elle la contredisait
Histoires d’exil. Nostalgie du village pour les Alexandrines en Egypte. Nostalgie de la vie facile quand elles retournent à la campagne aux travaux des champs. Double attachement aux enfants de sang et aux enfants de lait pour les nourrices. Eloignement du foyer, et du mari. Les tentations sont grandes. Qui y cèdera? qui restera fidèle?
C’est donc un livre très exotique dans un monde oriental parfois proche des MIlle et Unes Nuits. On y converse en Italien, en Français, Anglais, Arabe. parfums d’Orient. Khamsin et chaleur accablante. Fraîcheur de la mer et des jardins des palais. Dépaysement garanti, pour les Alexandrines et pour les lecteurs.
Le « jardinier » du titre avait suffi à me faire télécharger ce roman, d’autant plus qu’un Challenge Bulgarie avait été initié par Claudialucia. Lors de notre voyage en Bulgarie j’avais été émerveillée par les jardins, jardins nourriciers, jardins de gens simples, pas des parcs paysagers dessinés par des pros. J’avais adoré notre séjour à Dragoevo dans ce jardin extraordinaireCLIC;
« Tant qu’il y a du travail dans le jardin, on se trouve dans une zone protégée, on profite d’une sorte d’ immortalité saisonnière. Il y a tant à faire en ce moment, comment mourir. Il faut mourir en hiver, lorsque le travail s’arrête. »
J’avais zappé « La mort » du titre du livre. C’est en effet, un livre de deuil. Le narrateur (sans doute l’auteur) vient de perdre son père. Comme il est écrivain, il écrit un texte consolateur. Il relate la maladie et ses souffrances, l’accompagnement tout en douceur, « Rien d’effrayant » est le leitmotiv du père, puis la perte, le deuil, les jours et les mois qui vont suivre, »l’après ».
Evocation de la figure du père dans la Bulgarie communiste. Humour des petites résistance au pouvoir comme le refus de participer à la parade du 9 septembre et la tradition familiale de griller des poivrons au passage de la dite parade (oh le parfum des poivrons grillés!) . Relation père-fils pleine de pudeur, de retenue, sans embrassades ni pleurs « Rien d’effrayant« .
Le père était aussi un fameux raconteur d’histoires, quand le narrateur pense à son père il cite les histoires dont il régalait la famille. Drôles, légères amusantes, elles allègent la lecture
« Peut-être était-ce là la mission de mon père, me dis-je, sans qu’il s’en rende compte lui-même : pasteur d’
un petit troupeau d’histoires dont il s’occupait et qui le suivait partout. Ou tout simplement jardinier, là,
dans le jardin aux histoires et aux arbres généalogiques. »
Et toujours le rapport très fort à la nature, à la botanique, au cycle des saisons, à la délicatesse des roses, à la résurrection des bulbes des perce-neige, des tulipes après l’hiver…
« Jardinage et mort. Je crois que nous pouvons considérer le jardinage comme orienté par principe contre la mort. »
Ce livre charmant est une lecture tendre, sensible, touchante pas du tout plombante malgré le thème de la mort.
« Roman élégiaque, roman-mémoire ou roman-jardin. Peu lui importe, à la botanique de la mélancolie. »
Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude, je n’ai rien su répondre, en partie à cause de la peur que tu m’inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement….
1919, Kafka âgé de 36 ans adresse cette lettre d’une centaine de pages qui ne sera publiée qu’en 1952. Ce texte livre une histoire de sa vie, de sa famille, de ses tentatives de mariage. Je le lis après avoir visionné le film de Agnieszka Holland , Franz K. CLIC Cette lecture m’éclaire pour les scènes qui m’avaient étonnées comme celle de la cabine de bains, ou la rupture des fiançailles à Berlin;
« Tu ne peux traiter un enfant que selon ta nature, c’est-à-dire en recourant a la force, au bruit, à la colère,
ce qui, par-dessus le marché, te paraissait tout à fait approprié dans mon cas, puisque tu voulais faire de
moi un garçon plein de force et de courage. »
La première moitié adresse des reproches au père, elle analyse avec beaucoup d’insistance les rapports de force que le père a instauré:
« s’ensuivit que le monde se trouva partagé en trois parties : l’une, celle où je vivais en esclave, soumis à
des lois qui n’avaient été inventées que pour moi et auxquelles par-dessus le marché je ne pouvais jamais
satisfaire entièrement, sans savoir pourquoi ; une autre, qui m’était infiniment lointaine, dans laquelle
tu vivais, occupé à gouverner, à donner des ordres, et à t’irriter parce qu’ils n’étaient pas suivis ; une
troisième, enfin, où le reste des gens vivait heureux, exempt d’ordres et d’obéissance »
Il revient longuement sur ce thème de l’obéissance et des ordres iniques qui l’ont complètement inhibé.
« par ta faute, j’avais perdu toute confiance en moi, j’avais gagné en échange un infini sentiment de
culpabilité (en souvenir de cette infinité, j’ai écrit fort justement un jour au sujet de quelqu’un : « Il craint
que la honte ne lui survive »
La deuxième moitié de la lettre m’a beaucoup plus intéressée. Il s’interroge sur sa position vis à vis du judaïsme, du judaïsme de son père et du sien. Avec beaucoup d’humour il associe l’ennui éprouvé à la synagogue et celui au cours de danse.
« Je passais donc à bâiller et à rêvasser ces heures interminables (je ne me suis autant ennuyé, je crois, que plus tard, pendant les leçons de danse) et j’essayais de tirer le plus de plaisir possible des quelques petites diversions qui s’offraient, comme l’ouverture de l’arche d’alliance, laquelle me rappelait toujours ces baraques de tir, à la foire, où l’on voyait également une boîte s’ouvrir quand on faisait mouche, sauf que c’était toujours quelque chose d’amusant qui sortait… »
Il évoque aussi son activité littéraire, non pas tant l’acte d’écrire que la réception de ses œuvres par son père. Dans cette lettre, il analyse les raisons de sa recherche d’émancipation dans le mariage mais aussi les raisons des échecs. Il évoque aussi ses études, mais toujours dans la même optique de la peur de l’échec, même s’il passait sans difficultés dans la classe supérieure.
Ce texte permet de mieux connaître l’écrivain qui se livre de manière très intime parfois très douloureuse comme cette métaphore du ver de terre
« Là, je m’étais effectivement éloigné de toi tout seul sur un bout de chemin, encore que ce fût un peu à la
manière du ver qui, le derrière écrasé par un pied, s’aide du devant de son corps pour se dégager et se
traîner à l’écart. »
En surfant sur Internet j’ai trouvé plusieurs podcasts ICI ou vidéo-youtube de lecture de la Lettre au père, et je compte bien les écouter en me promenant. Kafka ne me lâche pas en ce moment!