Athénée Palace – Rosie Waldeck

LIRE POUR LA ROUMANIE

Lu à la suite dEugénia de Lionel Duroy , ce livre répond à la critique de Keisha qui « n’aime pas les trucs romancés« : Athénée Palace est un reportage paru en 1942 à la suite du séjour de Rosie Waldeck correspondante pour Newsweek. C’est le témoignage direct d’une journaliste américaine qui a séjourné à Bucarest du 14 juin 1940 à la fin janvier 1941 et qui a rencontré  la plupart des protagonistes.  Les événements  relatés chronologiquement, mais aussi classé par thèmes dans des chapitres courts. La lecture est ainsi facilitée bien que cette histoire soit disséquée avec un luxe de détails. 

Rosie Waldeck est le témoin idéal –  de nationalité américaine alors que les Etats Unis sont encore neutres, les Français et les Britanniques seront contraints à quitter la Roumanie qui passe progressivement sous contrôle. allemand. Née en Allemagne en 1898, de langue Allemande elle maîtrise la langue et tous les codes germaniques.  En tant que Juive allemande, elle est très lucide sur la montée des Nazis. Esprit libre, elle n’hésite pas à choquer les intellectuels libéraux qui ne prennent pas Hitler au sérieux.

« Au cours de l’été 1940[….]A l’Athénée Palace et uniquement là, dans le décor élégant des grands hôtels européens, les personnages de l’Europe d’après guerre et ceux du Nouvel Ordre se partageaient l’affiche, avec dans les deux cas, une distribution de premier ordre, et la pièce elle-même était pleine de suspense.

Voici l’intrigue. Une Roumanie neutre, petit pays, mais riche en céréales, et le cinquième producteur de pétrole mondial, s’efforce de conserver son indépendance.

L’Athenée Palace  offre à la journaliste  un  poste d’observation privilégié : au coeur de la capitale roumaine. Tout ce qui compte à Bucarest s’y rencontre. Intellectuels, princes, les Excellences, diplomates  ou politiques se retrouvent dans ses salons, viennent y dîner. Demi-mondaines et espionnes promènent leurs visons ou leurs toilettes parisiennes. A son arrivée, Rosie Waldeck découvre une Roumanie francophile catastrophée par l’entrée des Allemands dans Paris le jour-même. Au fil de l’été, les Allemands tissent leur toile. Tout d’abord séducteurs, ils cherchent à rassurer l’intelligentsia et le Roi par une ouverture intellectuelle assez étrange. Puis ils envoient des hommes d’affaires pour s’assurer du pétrole roumain et des céréales.

Depuis longtemps,  la Garde de fer, nationaliste et antisémite,  cherche à imposer par la terreur un régime fasciste. Leur conquête du pouvoir est contrée par d’autres forces politiques, le Roi Carol,sa maîtresse juive Lupescu et  sa camarilla, les différents chefs de gouvernements et l’armée avec le Général Antonescu jouent leur partition. Les rivalités sont sanglantes et compliquées avec des retournements d’alliances. Les Gardes de fer singent les nazis mais ne sont pas nécessairement les alliés des nazis qui préfèrent un régime stable qui leur garantirait pétrole et céréales.

C’est l’entrée en Bessarabie de la Russie (malgré le pacte Ribbentrop- Molotov) et la perte de la Transylvanie revendiquée par la Hongrie qui précipite l’occupation allemande. La Grande Roumanie se trouve dépecée. Certains Roumains voient dans les Allemands des protecteurs contre leurs rivaux proche Russes-Hongrois et Bulgares. La royauté vacille, jusqu’à l’abdication de Carol le 3 septembre. Antonescu, ne sera pas le De Gaulle roumain, qu contraire, il ira se jeter dans les bras d’Hitler qui lui fait plus confiance qu’à la Garde de fer.

Le 13 octobre 1940, la mission allemande tant attendue débarque à Bucarest. La Roumanie est occupée sans aucune résistance. Rosie Waldeck, comme Malaparte dans le roman Eugenia de Lionel Duroi, n’hésite pas à fréquenter les plus grands dignitaires, un général allemand,  comme le Hohe Tier pour les besoins de son reportage. Elle ne cache d’ailleurs pas ses origines juives, dans la haute hierarchie nazie, on est au dessus de ces contingences.

L’automne à Bucarest sera violent avec des luttes intestines, des nuits-des-long-couteaux, des funérailles spectaculaires,

Avant la fin novembre, les Roumains pouvaient dire : « les sept plaies se sont abattues sur nous : les Hongrois, les Russes, les Bulgares, Lupescu, le régime gardiste, la mission militaire allemande, et le tremblement de terre. »

L’Ordre Germanique tarde à s’installer sur l’Europe de l’Est et sur la Roumanie en particulier. L’auteur analyse avec lucidité la raison des atermoiements allemands et l’égoïsme nationaliste roumain des Gardistes. Elle définit avec clarté ce qu’est le totalitarisme. Le traitement des réfugiés allemands de Bessarabie montre le caractère racial de cet Ordre germanique.

Atroce conclusion à son séjour : le pogrom de Bucarest et la terreur sanguinaire que font règner les Gardistes au cours de janvier 1941.

Grâce à cet ouvrage très détaillé et très clair  je commence à mieux me repérer  dans cette période troublée. La lucidité de Rosie Waldeck est prémonitoire : alors que le livre est sorti en 1942, on croit deviner la résistance des Anglais et Stalingrad. L’Ordre Germanique ne s’est pas installé parce que tout simplement la guerre n’est pas gagnée par Hitler.

 

Eugenia – Lionel Duroy

LIRE POUR LA ROUMANIE

Quand je voyage vers l’Est, des Pays Baltes à la Grèce, je cherche les traces des Juifs disparus. Eugenia est un roman qui vient illustrer une lecture plus ardue :  Les voix de Iasi de Jil Silberstein retraçant l’histoire de la communauté juive de Iasi et parallèlement celle de l’antisémitisme en Moldavie et en Roumanie. Le livre de Jil Silberstein est une étude très aboutie tandis que Eugenia est un roman.

 

 

Réflexion faite, ce qui est grave, ce n’est pas que trois gars puissent se poster à un coin de rue pour hurler « Mort
aux youpins ! », mais que leur cri puisse passer inaperçu, banal comme la cloche d’un tramway.

Eugenia, la narratrice, est une très jeune femme d’une vingtaine d’années, née à Iasi dans une famille de petits commerçants. Etudiante en lettres, elle fait la connaissance de l’écrivain Mihail Sebastian, écrivain juif invité par la Professeur de Lettres qui se fait lyncher par des jeunes des la Garde de Fer. Eugenia prend la défense de l’écrivain, alors que son propre frère est à l’instigation du lynchage, elle tombe amoureuse de l’écrivain, part pour Bucarest et devient journaliste….(je ne vous en raconterai pas plus!). Eugenia est-elle un personnage inventé? C’est un personnage complexe, jeune fille naïve,  idéaliste, capable de s’opposer à sa famille antisémite, de se lancer dans le journalisme.

Le sujet central est le récit du pogrom de Iasi qui fit  13.200 victimes et qui est raconté dans toute son horreur. L’article mensonger de Malaparte fait l’objet d’une longue citation.

C’est aussi l’histoire de la Roumanie de 1938 à 1945 contée dans le détail avec les luttes pour le pouvoir entre les légionnaires de la Garde de Fer et la monarchie, entre les atermoiements et les concessions aux nazis pour éviter le pire, qui de toutes les façons arrivera…les hésitations d’intellectuels francophiles mais fascinés par les théories antisémites. Le récit romanesque fait passer tous ces épisodes contradictoires, les exécutions et emprisonnements des différentes factions. Si l’histoire d’amour d’Eugenia et de Mihail est sans doute inventée, tous les autres personnages sont historiques.

Au fur et à mesure des victoires de la Wehrmacht, Carol II avait dû donner de plus en plus de gages à Hitler.
Après l’invasion de la Pologne, il avait offert à l’Allemagne la moitié de notre pétrole. Après celle du Danemark,
il avait accepté de réviser à la hausse le traité pétrolier en faveur de l’Allemagne et offert, en plus, une grande
partie de notre production céréalière. Après la capitulation de la France, jugeant la Roumanie en grand péril, il
avait pris cette fois la décision d’« aligner la politique du pays sur celle de l’Allemagne ». On ne pouvait faire
plus.

Mihail Sebastian, écrivain, journaliste, avocat, fréquentait toute l’intelligentsia de Bucarest. Nous croisons au fil des pages les écrivains de l’époque : Emil  Cioran, Mircea Eliade, Ionesco, et tant d’autres que je ne connaissais pas. Il y a tant de références littéraires que j’ai fait une liste de lectures à venir et tout d’abord le Journal de Mihail Sebastian témoignage essentiel et ses autres œuvres.

Un personnage est tout à fait ambigu: Malaparte, journaliste pour le Corriere della Sera qui couvre le Front de l’Est et a rédigé un article tout à fait douteux sur le pogrom de Iasi avant de témoigner dans Kaputt. Eugenia porte aussi une réflexion sur le journalisme. La recherche de la vérité, du témoignage permet-elle les compromissions auxquelles se livre Malaparte? La parole du bourreau est-elle si passionnante que la jeune fille, imitant Malaparte retourne à Iasi après le massacre pour tenter de faire parler ceux qui ont massacré leurs voisins.

Une lecture parfois éprouvante mais il convient de ne pas oublier une histoire qui parfois resurgit – tout au moins dans le discours « décomplexé » qu’on a pu entendre récemment.

Une petite remarque concerne l’orthographe très bizarre de la version électronique qui rend pratiquement irreconnaissables les noms roumains aussi bien des personnes que la toponymie. Chisinau apparait ChiZinbu et Braila Brbbila, Radulescu Rbdulescu….

 

Le Cartographe – Guillaume Jan – ed Intervalles

LIRE POUR LES BALKANS

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C’est l’Odyssée de Lazare, routard, à travers les Balkans, qui tente de rentrer chez lui à Paris et dérive jusqu’à Odessa. Lazare, 25 ans, est un roadie : il conduit la camionnette et porte les amplis d’un groupe de rock, les Brutes de Luxe, dans une tournée qui démarre au Festival de Sarajevo et qui devrait les conduire à Zagreb, Budapest, peut être Prague. Une aubaine pour ce chômeur, sans qualification particulière dont la seule ambition est de payer le loyer de sa chambre.

A Sarajevo la camionnette disparaît, volée sans doute. L’autocar  vers Paris est complet, l’avion trop cher, Lazare tente le train jusquà la côte dalmate et de là, le ferry pour l’Italie. Dans le train, Gerd , lui raconte les îles aux eaux turquoises de l’Adriatique. Arrivé à la côte « il pouvait prendre le ferry pour l’Italie, un bateau appareillait ce soir, ou un bus pour le nord. Il pouvait aussi rejoindre les îles de Gerd, une petite vedette bleue partait dans vingt minutes ».

Plusieurs jours, Lazare vit en Robinson, pêchant des oursins, observant les oiseau du maquis, sentant la présence rugueuse des écorces de pin.

« C’étaient de petites choses infimes mais elles prenaient une importance solennelle. Il aurait fallu les consigner quelque part car les idées se dispersent quand on voyage, on passe de l’une à l’autre, sans cérémonie beaucoup se perdent en route…. »

Il lui vient l’idée décrire au dos de la carte de l’Europe, des poèmes adressés à Elena – Penelope restée à Paris – de petits souvenirs qu’il ne veut pas oublier. D’où le titre de Cartographe.

Au hasard des rencontres, Lazare exerce sa profession de roadie : un orchestre campagnard l’embarque à la Fête du Printemps des paysans de l’île où il fait bombance. Il a goûté la vie de nomade et hésite à embarquer sur le ferry qui le ramènera chez lui.  Il fait du stop jusqu’au Montenegro se laisse envoûter par la musique des Tsiganes.

« Elles sont là, les choses qu’on doit raconter. a fleur de peau, comme les empreintes digitales… »

Une bande de Serbes l’invite à boire. Trop tard pour le ferry! Il rencontre Nina. Le prochain ferry ne part que dans une semaine. Le plus court serait de passer par l’Albanie. Au port de Dürres il y a une liaison quotidienne.

Les idées reçues sur l’Albanie : accidents de la routes et vendetta, se vérifient dans les aventure de  notre Ulysse ainsi que l’émigration par hors bord vers l’Italie. Le pécule que Lazare gardait pour payer son retour s’amenuise. Heureusement, il redevient roadie avec un petit orchestre de Tirana qui anime des mariages. les affaires marchent bien. Et les voilà arrivés en Macédoine... A Skopje, il prendra le car d’Eurolines…dans deux jours il sera à Paris! Sauf qu’il perd son porte-feuille! le voilà avec juste quelques lekë en poche.

En auto-stop il arrive à Sofia, hébergé par Mira…s’enfuie, le périple continue en Roumanie, puis en Ukraine. Ulysse se clochardise, la suite devient franchement glauque….je vous laisse découvrir.

Un livre  pour m’accompagner dans les Balkans, lecture facile, peut être un peu trop. Les clichés abondent. Cet Ulysse roadie vit dans l’univers rock, musique et bière. Ne pas en attendre trop …

les partisans – Aharon Appelfeld

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

les partisansJ’ai beaucoup aimé L’enfant qui voulait dormir, un peu moins Les eaux tumultueuses , je lis Aharon Appelfeld à chaque occasion qui se présente. Merci à Claudialucia de m’avoir fait découvrir Les partisans. Toutefois je ne m’étais pas attardée sur son billet pour garder l’effet de surprise. 

J’ai cherché la mention roman sur la couverture. Témoignage ou roman? C’est bien une fiction. L’auteur s’est inspiré de son expérience personnelle pour raconter cet épisode de la guerre, mais le narrateur- Edmund, un jeune homme terminant le lycée – est plus âgé que l’auteur-enfant. Appenfeld, même s’il a recours à l’imagination n’en demeure pas moins un grand témoin de la Shoah.

Quel est donc ce Pays de l’Eau qui a caché les partisans? Ukraine, Bucovine ou Moldavie? entre Prut et Dniestr, au bord des Carpates. Cette région était investie par les armées allemandes, partie du Shtetl les juifs vivaient aussi dans des villages, peuplés d’Ukrainiens empressés d’aider les nazis à éliminer les Juifs et de s’emparer de leurs maisons et leurs biens.

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Le groupe des partisans regroupe des personnalités variées, jeunes hommes mais aussi trois femmes et deux enfants, et même le chien Eduard qui retrouve son maître. la vieille Tsirel est la  gardienne des traditions, d’autres, comme Karl sont communistes et les rejettent, Isidore connait les prières sans avoir la foi, Kamil, le commandant se réfère au Baal Shem Tov et à Martin Buber, il se définit comme un anarchiste du judaïsme. Toutes les nuances de croyances sont représentées et si les prières deviennent omniprésentes vers la fin du livre, c’est qu’il faut enterrer convenablement les combattants morts dans la forêt.

On s’attendrait à des faits d’armes, et c’est de livres qu’il s’agit. Les partisans n’ont rien emporté avec eux, il leur faut réquisitionner armes, vêtements chauds et nourriture. Ces expéditions de ravitaillement auprès des paysans ukrainiens occupent la majeure partie du temps des partisans. La plus grande richesse rapportée d’une maison juive occupée par des paysans est justement le contenu18 d’une bibliothèque. Livres de philosophie et de religion mais aussi Crimes et Châtiments, ou poèmes de Heine. Importance des mots, choisir la bonne formule, le mot juste est la préoccupation majeure de Kamil qui lie étude et morale à l’action armée.

L’amour tient aussi une grande partie dans le récit, amour qui lie tous les partisans entre eux dans l’admiration pour Kamil, dans l’affection que tous portent aux enfants et à la vieille Tsirel. Amour dans les choses simples, comme la soupe et les plats délicieux que Tsila prépare pour tous.

Les partisans essaient d’arracher le plus de juifs aux trains de la mort qu’ils font dérailler. Ils doivent prendre en charge les rescapés. Après Stalingrad, les canons de l’Armée Rouge se rapprochent. Pourtant la libération n’est pas la fête attendue. Même aux abois les nazis s’acharnent contre les Juifs et la base des partisans est attaquée. La fin du livre qui devrait être joyeuse avec la fuite des Allemands est au contraire nostalgique : Kamil, Karl, Myriam et d’autres ont été abattus, les rescapés les quittent. La grande fraternité s’émiette.

Appelfeld montre la dimension collective sans oublier la complexité de chacun des personnages, personnalités diverses et histoires familiales différentes. Cela donne une grande densité à l’ouvrage.

 

 

 

Les voix de Iasi – Jil Silberstein

LIRE POUR LA ROUMANIE

les voix de IasiAttention! c’est du lourd!
Au propre comme au figuré : 700 grandes pages d’un pavé bien épais –  livre d’Histoire très documenté retraçant l’histoire de la communauté juive de Iasi – capitale de la Moldavie – de l’antisémitisme dans la région, en Moldavie puis en Roumanie.
A Iasi, vivaient 40 000 juifs.  En Juin 1941, un pogrome fit 13 000 victimes.  Il en reste aujourd’hui,  300. Jil Silberstein essaie de comprendre ce qui a provoqué un tel massacre. Les responsabilités sont-elles à incomber aux nazis ou aux Roumains? Il fait donc une enquête auprès des témoins survivants, cherche des documents, et réalise une étude très poussée. Parallèlement il est à la recherche de ses origines, de ce grand père né à Iasi et de cette famille dont il ignorait l’existence.
La première partie de l’ouvrage est la plus personnelle : l’auteur rassemble des données éparses, des souvenirs familiaux comme des récits de pogroms – cite Bialik : Dans la ville du massacre… et conclut
« …je le savais pertinemment pour l’avoir maintes fois éprouvé avec émerveillement et gratitude, portait en lui une somme de détails signifiants, au moins un élément capable de faire mieux saisir l’équilibre général de ce tout que je me promettais passionnément de faire revivre... » Il décrit ainsi sa recherche, sa méthode, la passion et le goût du détail.
Il remonte donc aux origines du peuplement de la Moldavie, à cette voie commerciale « la route moldave », aux diverses provenances de ces juifs, séfarades ou polonais, russes dans une population très mélangée où Arméniens faisaient commerce, Grecs Phanariotes, l’administration déléguée par la sublime Porte, tatars, polonais, russes avaient leur part. J’ai lu avec plaisir l’histoire des rivalités entre Turcs et Russes, vu un éclairage différent sur le dépeçage de la Pologne, la Guerre de Crimée. Histoire que j’ai déjà étudiée, vue d’Athènes, d’Istanbul ou même de Samarcande.
Le propos de Silberstein est certes, l’histoire de Iasi mais c’est l’histoire de l’antisémitisme dans la région.
Ce n’est donc pas une histoire gaie, ni facile à lire. Souvent le catalogue de mesures discriminatoires, de vexations, de meurtres, décourage le lecteur. C’est aussi pour moi pénible de découvrir la part de responsabilité de l’intelligentsia roumaine, même les grands écrivains que j’admire comme Eminescu, même Mircea Eliade et Cioran, ont eu leurs écrits antisémites. Stupeur de découvrir aussi que l’antisémitisme théorisé a pris de l’importance en même temps que les mouvements de libération nationale suite aux révolutions de 1848. Les plus grands antisémites n’étaient pas les paysans arriérés ou les moines ignares, mais des intellectuels éclairés, distingués, polyglottes, romantiques.
J’ai donc souvent fait des pauses quand cette lecture était trop triste.C’est, cependant, un ouvrage très réussi, une sorte de collage entre les faits historiques et des récits très vivants. L’auteur se met en scène, souvent avec humour, offrant ainsi des pauses dans un texte qui n’est que rarement aride (quelques longueurs quand même dans le détail des lois antisémites votées ou non).

Je remercie Babelio et les éditions noir sur blanc de m’avoir fait connaitre cet auteur dans le cadre de la Masse Critique.

 

 

Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

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Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

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Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

Rila
Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…

 

Mère et fils de Călin Peter Netzer (Roumanie)

BUCAREST/PARIS

Film très noir.

Qu’est-ce qui est plus tragique? Les rapports entre Cornelia, la mère possessive sexagénaire, et son fils, Barbu 34 ans veule qui tente de  s’en affranchir mais se laisse entretenir. Ou l’accident où meurt un gamin de 14 ans, heurté par Barbu qui conduisait à grande vitesse à l’entrée d’une agglomération.

Cornelia, architecte, décoratrice, scénographe et sa sœur, médecin vont contacter toutes leurs relations pour éviter à  Barbu un procès pour homicide. Ces bourgeoises dans leur manteau de fourrure sont confrontées à des campagnards modestes. Opposition de deux milieux. Arrogance des deux bourgeoises qui téléphonent à des gens connus dans le commissariat. Corruption à tous les niveaux.  Les policiers ont l’air honnête, mais à la deuxième entrevue le policier trouve qu’une architecte pourra peut-être intervenir dans le permis de construire sur le bord d’un lac. Acheter un  témoin paraît facile, pas tant que cela, le témoin demande une somme folle! Cornelia espère par toutes ces manœuvres regagner son emprise sur son fils….

Peu d’espoir, pas de tendresse dans les rapports familiaux, très oppressants.

Seule leçon de dignité: chez les parents de l’enfant décédé. Douleur.

Ce n’est pas franchement un divertissement mais les acteurs sont tous excellents, , ils jouent juste. Film bien très construit. Une tragédie dans la Roumanie d’aujourd’hui.