Esto es lo que hay, chronique d’une poésie cubaine – Lea Rinaldi

TOILE NOMADE

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Un tour à Cuba en musique cela ne se refuse pas! Le titre annonçait de la poésie. Le résumé du hip hop et du rap. Si j’apprécie le hip hop, le rap me casse souvent les oreilles.

J’ai tenté et bien aimé. Ces musiciens dégagent une énergie et une chaleur incomparable. Parce qu’il en faut de l’énergie à la Havane, pour se produire lorsque leur concerts sont interdits, puis permis? Lorsqu’ils veulent diffuser leur musique sur Internet alors que la connexion se fait à la vitesse de la tortue. Ils se veulent libres, déjouent les pièges qu’on leur tend en cherchant à les récupérer. irrécupérables!

Documentaire? Bien sûr, mais surtout un film avec des personnages sympathiques et de temps en temps une sublime image de la Havane qui m’a fait flasher.

ESTO ES LO QUE HAY

 

 

 

L’Homme qui aimait les chiens – Leonardo Padura

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Qui était »l’Homme qui aimait les chiens« ?

 

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Dans ce gros roman, les hommes qui aimaient les chiens sont nombreux: cet homme mystérieux qui promène ses deux barzoïs sur une plage de la Havane, cet écrivain cubain devenu vétérinaire, mais aussi  Lev Davidovitch Trotski, qu’on découvre au début de son errance en exil à Alma Ata avec Maya lévrier sibérien.

 

Trois histoires s’entremêlent donc : celle de Trotski, celle de Ramon Mercader son meurtrier et celle d‘Ivan l’écrivain cubain. Toutes trois sont les facettes de l’histoire socialiste, vues de l’intérieur. La Guerre d’Espagne, les persécutions staliniennes indissociables de l’odyssée de Trotski de Turquie au Mexique en passant par la France et la Norvège et plus récemment l’histoire et la vie quotidienne à La Havane.

barzoi

Une grande leçon d’Histoire, venue du bloc socialiste, histoire différente de celle qu’on raconte en Occident. Leçon de cynisme et de manipulations. La Guerre d’Espagne perd un  de son héroïsme quand l’auteur montre que les combattants staliniens étaient plus occupés à défaire les anarchistes et le POUM qu’à vaincre les fascistes. Le Pacte Germano- soviétique devient plus compréhensible quand il explique que l’état major soviétique décimé par Staline n’est pas prêt pour la confrontation avec les nazis.

« Tout était organisé comme une partie d’échecs (une de plus!)dans laquelle tant de gens – cet individu que j’allais justement baptiser « l’homme qui aimait les chiens » et moi, entre autres – n’étaient que des pièces livrées au hasard, aux caprices de la vie ou aux conjonctions inévitables du destin? Téléologie… »

Padura, auteur de romans policiers, sait faire durer le mystère, sait aussi écrire un thriller dans la plus grande tradition des romans d’espionnage. Il joue aussi avec l’empathie du lecteur qui ne sait plus démêler les identités ou les fidélités. Evidemment, on connait le dénouement pour Lev Davidovitch, on sait qu’il mourra au Mexique, mais comment Mercader réussira-t-il? Et qui est vraiment Mercader? Les noms changent, les identité se forgent, se transforment,les personnalités sont modelées par les services stalinien, l’amour pour les chiens fait aussi partie de la manipulation.

frida kalho affiche

Que dire aussi du plaisir de croiser Frida Kalho, André Breton à Mexico « terre d’élection du surréalisme ».

 

Une autre lecture est aussi possible, la difficulté d’écrire à Cuba, l’autocensure, rejoignant l’argument du Retour à Ithaque – film de  Cantet mais scénario de Padura. C’est en revenant du cinéma que j’ai téléchargé L’homme qui aimait les chiens.

Retour à Ithaque
Retour à Ithaque

 

 

Retour à Ithaque – Cantet – Padura

TOILES NOMADES

retour à la Havane affiche

 

 

 

 

Ithaque, pour Amadeo, écrivain qui n’écrit plus, c’est La Havane. Une terrasse au dessus du Malecon

Il retrouve ses copains après une absence de 16 ans sur la terrasse d’Aldo. Le film commence par des retrouvailles, souvenirs de jeunesse, de fêtes de concerts mais aussi de travaux aux champs. Alors, ils croyaient participer à la Révolution. Ils étaient joyeux, deux écrivains pleins d’avenir Amadeo et Eddy, un peintre reconnu Rafa, Tania ophtalmologiste, Aldo,ingénieur. Ils faisaient la fête ensemble, écoutaient de la musique, même de la musique américaine proscrite….

retour à la havane eddy

Amadeo est parti en Espagne, a perdu l’inspiration.

Pénélope, Angela,  est morte d’un cancer, ce que Tania ne se lasse pas de reprocher.

Cela aurait pu être un film de copains, autour de la nostalgie, des illusions perdues, des souvenirs des années difficiles lorsque les Cubains mourraient de faim. Cela aurait aussi pu être le film de la débrouille, des compromissions. Qui n’en a pas fait dans le groupe? Lesquelles sont avouables, lesquelles non?

retour à ithaque la havane

Padura nous réserve une surprise. Il écrit des romans policiers, une énigme est cachée. Le film tourne au thriller. Huis clos(ou presque puisque nous sommes sur une terrasse où parvient la rumeur de la ville). Pas d’action. Seulement les départs et retour d’Eddy. Unité de temps, le drame se joue en une nuit. Et pourtant un suspens!

le palmier et l'étoile

film adapté du Palmier et l’étoile lu il y a bien longtemps dont le souvenir reste flou mais que je relirais avec plaisir.