Paris- Larnaka : vol Cyprus Airways, nuit d’été en avril

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A 13h, Notre sac à dos gît , abandonné, tandis que les valises empruntent le tapis roulant. Je proteste. L’employé, en chemise blanche, me rassure :
« tu ne t’inquiètes pas, je suis là ».
15 h. L’avion décolle,
Aéroport de  Larnaka, 20h10

Nous avons récupéré les deux valises mais pas le sac à dos. Le tapis roulant tourne à vide, un employé de Cyprus Airways vient nous chercher pour signer une déclaration. Quand le sac arrivera, il l’enverra par taxi à la Maison Cornaro.
Sur le moment, je ne réagis pas, (nous sommes bien assurées grâce à ma Carte VISA 1er). L’avion a dû laisser à Roissy 700 kg de bagages. Nous n’avons pas de trousse de toilettes, le reste est moins urgent.

Larnaka

Petites rues toutes noire bordées de maisons basses, pas la moindre enseigne d’hôtel. En plein centre, devant l’église Saint Lazare toute illuminée je demande notre chemin à des passants qui montent dans notre voiture et nous y conduisent dans  un dédale de sens interdits.

L’hôtel Onisilios (2 ** 24£/ la chambre)  un peu vieillot,  tout à fait correct, paraît vide. J’ai réservé par téléphone. Le patron se souvient de mon appel,. Très aimable, il  nous donne une chambre bien tranquille avec une double orientation, vue sur des jardins, les toits, l’église et le fort éclairés.

Saint Lazare

Nous sommes impatientes de découvrir Larnaka et de profiter de la belle nuit chaude, En cinq minutes  à pied, nous arrivons à l’église Saint Lazare dont le campanile, très ouvragé, se détache dans la nuit. Arcades en ogives, volumes compliqués,  coupoles byzantines : cette église est une merveille.

Nous avons du mal à trouver le sommeil. Cette histoire de bagage perdu me tracasse. Je ne me souviens plus avoir reçu une copie de la déclaration de perte. J’épluche le livret des garanties de l’assurance.

Première matinée chypriote, Larnaka


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Réveil à Chypre

Une merveilleuse nuit étoilée ne promet pas forcément un lendemain ensoleillé !
Le carillon de Saint Lazare nous réveille à 6h30. Le ciel est voilé d’une fine pellicule grise. Jardins et  courettes sont peuplés de chats, de canaris et de perruches en volières. Un citronnier est couvert de citrons énormes. Comme partout en Grèce, des bidons et des seaux contiennent des plantes diverses, géraniums fleuris, petits palmiers …

Au loin, la mer. Je ne peux pas m’empêcher de penser que Haïfa n’est distante que de 300 km. Un pincement au cœur : « si je t’oublie Jérusalem… « . Même climat, même soleil, mêmes odeurs des orangers en fleurs. Sensation de Terre Promise interdite.

Dimanche à saint Lazare
Le patron de l’hôtel nous indique un petit supermarché,  ouvert le dimanche matin, qui nous dépannera. Il nous conseille d’aller à Saint Lazare avant 10 heures. Nous arrivons au beau milieu de la messe diffusée par haut parleur sur toute la place. Les retardataires convergent vers l’église, certains sont assis sous les arcades et suivent le service de l’extérieur. Je me faufile dans la queue des fidèles qui attendent dehors pour communier. Chacun reçoit un gros morceau de pain et donne l’argent de la quête. Au fond, une autre porte est ouverte. On voit moins bien l’iconostase dorée et les icônes. Trois hommes chantent. La liturgie orthodoxe est vraiment très belle. Le pope en chasuble officie tantôt devant l’iconostase tantôt derrière. Il réapparaît, se prosterne, se relève ….

Promenade des Palmiers
Les rues sont désertes, les magasins fermés. Sur la promenade des Palmiers la saison n’a pas encore commencé. Les plagistes n’ont sorti que quelques lits de plage, les supports des parasols pointent vers le ciel, tubes métalliques donnant un air hostile à la plage. Les hôtels sont modernes, sans grâce. Je ne trouve aucun charme à ce front de mer bétonné. Plus loin, le Fort paraît bien petit à côté des immeubles modernes. De près, il est très harmonieux mais, malheureusement, fermé.

Mosquée

A côté du Castro : la mosquée. Tout autour,  un charmant désordre oriental. Sur la petite place, des voisins ont apporté leurs chaises et de petites tables pour jouer au tric trac. Ils ont oublié leurs tasses à café. Le minaret est en réfection, un échafaudage de planches l’entoure. Dans le jardin, une gallabieh et des calottes en crochet blanc sèchent sur une corde à linge. L’imam, égyptien, nous fait les honneurs de sa mosquée bien modeste. Des décorations à la peinture laquée verte, des tapis, de peu de prix.

Maisons turques

Dans le quartier de l’hôtel, de nombreuses maisons basses sont fermées, abandonnées, certaines en ruines, ce sont les maisons que les Turcs ont dû abandonner. Encore ici, une purification ethnique, comme l’histoire se répète ! de Bosnie à Chypre. Toujours les décombres de l’empire ottoman.

De Larnaka à Limassol: lac salé, Tekke Hala Sultan, cap Kition,

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Le Lac Salé est traversé par la grande route de l’aéroport. Nous espérons y voir les flamands roses.  Les oiseaux sont bien là mais nous circulons à grande vitesse.

–  « Et si nous allions y faire un tour à l’aéroport au moins pour avoir un double du certificat de perte du sac à dos ? »

Les hôtesses d’Accueil m’envoient dans un mystérieux «  Room number 24 »  dans un dédale de couloirs. Je raconte notre aventure. L’employé saisit mon  nom sur l’ordinateur, tout notre dossier apparaît, sur l’écran : l’hôtel Onisilios, la Maison Cornaro. Un détail : le sac est retrouvé ! Ils ont cherché à nous joindre à l’hôtel sans succès. Je suis l’homme dans les couloirs.  A la douane, gisent de vieux, sacs abandonnés, des cartons éventrés, mais pas de sac à dos. L’employé téléphone. Notre sac se trouve au Room 24, au beau milieu du bureau ! Et je ne l’avais pas remarqué !

Tekke de Hala sultan

La route du Tekke de Hala Sultan longe le lac Salé. Les coupoles et le fin minaret pointu se détachent : c’est une jolie mosquée turque. Le mihrab est très curieux : la pierre blonde est ciselée de pampres et grappes de raison surmonté d’une étoile à six branches, réemploi d’une sculpture antique ? Décor original ? Nous avions déjà vu le décor de vigne dans une église grecque de Cappadoce l’assemblages de ces symboles est assez étrange.

Le guide nous mène à la tombe de la sainte, Umm Haram, tante du Prophète, venue accompagner les Arabes qui islamisèrent l’île en 649. Les trois pierres abritant la tombe font l’objet de diverses légendes. L’une raconte qu’elles arrivèrent d’Arabie. selon  une autre, une pierre de quinze tonnes serait restée suspendue en lévitation…. L’homme qui nous accompagne parle plus sobrement d’un dolmen. Autour de la mosquée, quelques tombes turques dans les oxalis en fleurs.

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Le vent qui s’est levé, les nuages se sont disloqués.

Nous nous promenons autour du lac espérant voir de près les flamands roses.. Une sorte de salicorne pousse en bordure de l’eau, les fenouils sont en fleurs,  ainsi que de grosses touffes jaunes de composées jaunes, ressemblant à des marguerites jaunes.

 


Nous décidons de pique-niquer près d’une tour vénitienne en bord de mer au Cap Kition. Sur la carte, c’est tout près. Nous nous perdons dans les  sens interdits des villages.Echouons sur une plage de galets devant une mer déchaînée. Le vent souffle si fort que nous nous réfugions dans la voiture pour déjeuner.

Nous traversons des cultures maraîchères. C’est la récolte des artichauts. Les tunnels de plastiques, la plage de galets battus par les vagues, les constructions anarchiques nous rappellent Kokkynos Pyrgos, en Crète.

La tour vénitienne est perchée sur une colline en retrait de la mer. C’est une tour carrée, crénelée, en pierre blonde  et peu élevée.

Kiti : l’église construite par les anges

 

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A Kiti, l’église est « construite par les anges »: Panayia Angeloktitos.

Nous passons  devant deux églises à campanile avant de trouver la basilique byzantine et ses coupoles. Les Francs on ajouté une chapelle gothique qui sert d’entrée. On peut y voir la pierre tombale de la Noble Dame Simone, femme de sire Renier de Gibelet . Le tracé de la robe de la Dame  est très pur, à l’intérieur des courbes sinueuses suggèrent les cuisses ou les fesses . C’est gracieux, presque inconvenant sur une tombe. Un enfant se précipite :
–  « pas de photos! »
Il allume la lumière derrière l’iconostase, éclairant une mosaïque dorée très ancienne.

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Un car s’arrête. Toujours à l’affût des commentaires des conférenciers, je me précipite. Des Grecs, descendent, venus faire leurs dévotions, surtout des vieilles femmes, de noir vêtues. Ils achètent des cierges. Avant de les allumer, l’une d’elle fait le ménage. Elle saisit à poignée les cierges qui brûlent, les retourne dans le sable pour les moucher et jette la poignée à la poubelle. Elle peut alors planter les siens.

Vers Limassol

L’autoroute traverse de vertes collines. Limassol n’est distante que de 65 km mais  le vent souffle de face et un arrêt s’impose.

La plage du Gouverneur est une baie protégée  par un cap surmonté par des cimenteries. La mer est calme, bleue, la Méditerranée, telle que je l’imagine. Le sable est fin, je me déchausse et longe, pieds nus. La plage est bordée de restaurants de poissons, heureusement construits en retrait derrière de belles pelouses vertes où sont installés lits et parasols.

Arsos, la Maison Cornaro

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Arsos

Arsos est un gros village, très en pente, construit en contrebas de la route. Nous trouvons assez facilement la Maison Cornaro,  mais le haut portail est bouclé. Personne n’est là pour nous accueillir. Catherine, de l’Agence Héliades à Paris, nous avait assuré que la « réception » était assurée à n’importe quelle heure. J’imaginais donc une sorte d’hôtel. La « réception », c’est le kafénéio face à l’église. En cette saison pas de terrasse dehors .Tout le monde est à l’intérieur autour de grandes tables rondes. Tablées de joueurs de cartes ce dimanche après midi. Les murs sont couverts de posters de l’équipe de foot locale La femme qui sert des bières s’interrompt pour téléphoner. Prend les vouchers et me donne les clés. Elle se présente : Demetra .Elle me propose de boire un café . Il y a même une femme attablée avec les hommes et des gamines circulent.

La maison Cornaro

Nous ouvrons l’imposant portail de bois décoré d’une plaque de cuivre armorié, le blason des Cornaro. Découvrons une vaste cour dallée, un petit four à pain, une belle maison à étage avec des balcons bleus. Sur le mur, au dessus du portail une divinité antique de terre cuite veille, sorte de sphinge ailée.
Notre studio Véneto, n’est pas situé dans la maison principale mais dans une sorte d’appentis au fond de la cour. Il est composé d’une très vaste salle en pierres crues et poutres apparentes. Face à la fenêtre le plus immense lit que je connaisse. Le bois du lit et l’armoire sont peints en vert décoré de moulures dorées d’un improbable style empire de fantaisie mais de bon goût. Table carrée, chaises vertes assorties. Dans un coin, une banquette en sapin contournée un peu bizarre et une table basse, au dessus un tableau: une sirène à tête d’icône avec une auréole dorée porte d’une main un trident, de l’autre un voilier sur un fond bleu nuit. Le style est composite mais de bon goût . Nous serons très bien.

J’ai écrit ce billet pour Voix-Nomades autrefois, entre temps j’ai croisé à nouveau Catherine Cornaro à Venise.

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portrait de Catherine Cornaro par Gentile Bellini

Nostalgie : Eli che lo igamer leolam

  Soirée Radio

La télévision est en grec, mais la radio capte la Grèce, le Liban, Israël et RFI .

Sur Kol Israël, deux musicologues, ton très France Musique, dissertent du lied, de la chanson française, ils commentent de manière savante « Eli che lo igamer le olam » .

Je suis parcourue de frissons, bouffée de nostalgie ,A nouveau un commentaire savant puis une version « de concert ». Après toutes les images d’Intifada j’avais presque oublié qu’il existait là-bas une vie intellectuelle, une musique que j’aime. L’émission musicale terminée, un historien pérore sur la deuxième Alia.

Je change de station et tombe sur un hommage en grec à Mélina Mercouri. Si je ne comprends pas le détail, j’arrive à saisir assez de grec pour que cela ait un sens. Nous terminons la soirée toujours avec de la musique grecque

villages chypriotes : Arsos, Vasa

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Premier matin au village

Ciel gris, les ouvriers rénovant la maison d’à côté nous chassent avec le vacarme de leur perceuse. Le supermarché du village vend l’épicerie de base, de la crémerie et du poisson surgelé, pas de légumes ni de viande. La boulangère vient de sortir des miches rondes du four. Elle est curieuse et me demande d’où je viens :

–    « de France ! »

Ce  n’est pas la réponse qu’elle attend

–    « de la Maison Cornaro ! »

La voilà satisfaite.

Les vieux sont assis devant le kafénéio sur des chaises de bois, l’un d’eux porte sur la tête une sorte de résille, un autre, un voile noir drapé à l’arabe. Tous ont des bâtons fourchus et nous dévisagent sans se cacher.

Les villages des environs

Les routes secondaires sont bien asphaltées,( les guides parlaient de piste). Tout se complique dans les villages : les ruelles ne permettent pas aux voitures  de se croiser . Tout un système de sens interdits, de flèches nous engage dans un labyrinthe compliqué par des travaux. Nous tournons dans Vasa et suivons les flèches qui nous conduisent à saint Barnabé qui domine le village. Cette église n’a pas l’air d’être ancienne. Sa construction ramassée coiffée de coupoles en tuiles romanes dans le paysage de collines mérite bien la photo.

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De Vasa nous comptons rejoindre Omodos,  tout près, derrière la colline.  La route tortille. Nous revenons en arrière. Un troupeau de chèvres bloque la voie. Les bergers,  dans un pick-up, poussent les chèvres avec la voiture les encourageant en frappant dans les mains.