Il faudrait pour grandir oublier la frontière – Sébastien Juillard – Scylla

ISRAEL/PALESTINE 2050/ MASSE CRITIQUE

Merci à Babélio et aux éditions Scylla de m’avoir offert l’occasion de découvrir ce livre. La Masse Critique est l’occasion de sortir des chemins battus. 

Jolie édition, joli objet-livre, beau papier, maquette réussie, pagination originale au milieu de la page, dans le texte.

L’éditeur qualifie cet ouvrage de novella, nouvelle de 111 111 caractères et une soixantaine de pages. Dystopie, l’action se déroule dans la Bande de Gaza en 2050. Les diverses factions Hamas, Hezbollah ou Djihad mènent encore des combats désespérés tandis que la Communauté Internationale et Israël tentent une paix précaire.

Parmi les protagonistes, Keren Natanel, lieutenant de Tsahal enseigne l’hébreu à des veuves de guerre, dans un centre sous l’égide de l’Unesco. Jawad est un ingénieur qui manie la technologie moderne pour réparer les invalides avec des prothèses bioniques. Marwan Rahmani après une longue incarcération dans les prisons israélienne tente une carrière politique jouant l’apaisement.  Bassem, reste fidèle à la résistance armée. 

J’ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans la violence récurrente. Il est question de paix et de reconstruction de Gaza mais les bombes, les drones, les attaques-suicides font des ravages et font complètement exploser le récit. Quand je crois comprendre quelque chose il se passe un évènement violent qui interrompt le cours de l’action et me projette dans des conjectures…

Je n’ai pas l’habitude de lire de la Science-Fiction et le vocabulaire techno me dérange, qu’est-ce qu’un conglo? un tore? un recorp? je crois comprendre que Jawad est capable de réincarner sa fille décédée. Je disjoncte.

Je crois que je ne suis pas le bon public pour une telle lecture, trop de violence, d’incohérence, de galimatias. Dommage….Au moins, j’ai essayé!

Apeirogon – Colum McCann – Belfond

LIRE POUR ISRAEL/PALESTINE 

Comment l’histoire vraie de Rami Elhanan et celle de Bassam Aramin est-elle passée sous mes radars?

Bassam et Rami en vinrent à comprendre qu’ils se serviraient de la force de leur chagrin comme d’une arme.

Bassam Aramin (left) and Rami Elhanan (right) – members of the Bereaved Families Forum

Deux pères endeuillés, Rami, l’Israélien, père de Smadar, 14 ans,  victime en 1997 d’un attentat de kamikazes et Bassam, le Palestinien, père d’Abir, 10 ans tuée par une balle à l’entrée de son école en 2007. Ces deux pères consacrent maintenant leur vie à raconter conjointement leur deuil plutôt que leur vengeance et militent pour la paix dans le cercle des parents. Histoire du combat pour la Paix. Histoire aussi d’une amitié. 

Cette histoire, seule, aurait valu la peine d’être lue, même brute, même sans fioritures littéraires. Surtout si, en plus, le livre évoque Nourit Peled-Elhanan, la femme de Rami, lauréate du Prix Sakharov 2001, aussi une Combattante pour la paix et son père Matti Peledgénéral, héros des guerres israéliennes, et arabisant, universitaire, protestataire, militant contre l’occupation après la guerre des Six Jours. 

 

Une biographie de Bassam, même littérale, aurait été passionnante. Vie quotidienne en Palestine, internement à 17 ans en prison, résistance par la non-violence. 

Toute la puissance d‘Apeirogon est justement d’avoir raconté leur histoire dans un livre des 1001 épisodes (il est aussi question des 1001 Nuits que les fillettes lisaient et du traducteur en Italien des 1001 Nuits, abattu par le Mossad).

Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés.[…]Pris dans sa totalité, un apeirogon approche de la forme d’un cercle, mais un petit fragment, une fois grossi,
ressemble à une ligne droite. On peut finalement atteindre n’importe quel point à l’intérieur du tout.

L’histoire de Bassam et de Rami se découvre entre les facettes de ce polygone, de ce livre de contes extraordinaires (et pourtant véridiques). Construction très habile , symétrique de 500 chapitres formant la première moitié du texte, tandis que le chapitre médian est numéroté 1001 et  le suivant 500 tandis que les numéros décroîtront. C’est cette décroissance qui m’a alertée sur l’aspect symétrique de la composition. 

souimanga de Palestine

J’ai beaucoup aimé l’évocation des oiseaux migrateurs qui empruntent le couloir aérien au dessus de la vallée du Jourdain. Oiseaux qu’on bague. Oiseaux de proie aussi, faucons capturés dans le désert et vendus sur le marché de Bethléem, histoire de Burton (1821-1890) explorateur et fauconnier. Des faucons on passe aux drones…Ortolans prisés par Mitterrand (là, je n’ai pas trop aimé).   Evocation aussi de la Conférence des Oiseaux jouée par Peter Brook dans le Sahara (je l’avais vu aux Bouffes du Nord). Oiseaux symboles de la Palestine Souimanga de Palestine ou Huppe loquace emblème d’Israël…

Certains de ces chapitres nous emmènent très loin dans des résonnances littéraires ou musicales. Evocation de l’expérience de la mort par Antonin Artaud à la Sorbonne dans son  essai Le Théâtre et la Peste. Chants d’oiseaux de Messiaen et partition 4’33 » de John Cage. Impossible de lister toutes les références culturelles, occasion de sortie mon smartphone pour chercher sur Google des images ou des vidéos. Parfois ces digressions nous éloignent du sujet; je m’agace un peu (qui trop embrasse mal étreint). Mais c’est toujours passionnant. Un regret l’histoire de Dalia Al Fahoum et de ses enregistrements des bruits de la Palestine, qui a disparu et que je n’ai pas retrouvée sur Internet. 

Ce livre m’a captivée, il est tellement riche que j’ai déjà envie d’y retourner.

Jésus et Judas – Amos Oz

LITTERATURE ISRAELIENNE

« J’ai assisté à une conférence à l’étranger » as-tu dit. Elle était donné par un homme qui affirmait fièrement que nous étions les héritiers, les descendants des prophètes. Il fallait corriger immédiatement son propos : non nous ne sommes pas les descendants des prophètes car la plupart d’entre eux n’ont pas eu de descendance. mais nous sommes les héritiers de ceux qui leur ont jeté des pierres pour qu’ils se taisent. »

Dès que j’ai appris la parution de ce livre posthume, je me  suis précipitée à le télécharger. Ce court ouvrage (96 pages) est le texte d’une conférence donnée à Berlin. Amos Oz parle de son livre Judas, de la figure du traître qu’on lui renvoie. j’ai beaucoup aimé ce livre, lu à sa parution, chroniqué

En revanche, j’ai découvert Delphine Horvilleur qui a préfacé l’ouvrage sous forme d’une lettre ouverte à Amos Oz très touchante dans laquelle je me suis retrouvée. 

En camping-car – Ivan Jablonka – Le Seuil

LIRE POUR VOYAGER

Si le voyage est une si bonne école, c’est parce qu’il est une source d’émerveillement en même temps qu’une leçon de modestie. À quinze ans, j’avais vu Palerme, Tanger, Zagreb, Lisbonne, j’avais passé le canal de Corinthe par voie de terre et par voie de mer, j’avais navigué en gondole, pique-niqué sur les marches d’églises baroques, fait ma prière sur l’Acropole, joué avec un caméléon, couru sur le stade d’Olympie, caressé le sable du Sahara, soutenu la tour de Pise, dégusté des souvlakis et des loukoums à la rose, dormi dans une oasis, glissé
mes pieds dans des babouches, assisté à la relève des Evzones, admiré un coucher de soleil au cap Sounion,
gravi l’Etna et le Vésuve, plongé dans les rouleaux d’Essaouira, suivi des étoiles filantes dans le ciel d’Anatolie.

Merci pour cette parenthèse heureuse à bord de votre Combi Volkswagen! Merci pour le récit de vacances ensoleillées au bord de la mer en Corse, en Sicile, en Grèce ou en Turquie, dans les yeux émerveillés d’un enfant, paysages que nous avons sillonnés mais où je saisis toute occasion de revoir.

Le Draa : les enfants préfèrent jouer aux cartes plutôt que de regarder le sublime paysage de la Vallée du Draa

Une injonction paternelle : « Sois heureux ! » dans cette période bénie de l’enfance, dans l’insouciance des années 80 quand l’esprit hippie flotte encore (surtout en Californie), mai 68 est encore en mémoire. Cette injonction n’est pas gratuite, elle est sous-tendue par l’Histoire (l’auteur est historien) de son père orphelin de la Déportation, et Jablonka se définit lui-même comme un « enfant-Shoah ». En filigrane, on devine l’errance des Juifs

« Notre Terre promise, c’est la carriole qui nous y mènera. Fidèles au camping-car qui était lui-même une fidélité au judaïsme, mes parents n’ont jamais eu de résidence secondaire. »

Auprès de ses camarades de lycée, Ivan ne se vante pas de ses voyages et de ses vacances atypiques « vacances ridicules » écrit-il qui ne correspondait à rien de répertorié

« Cette manie ambulatoire était suspecte, elle inquiétait les conformistes de masse par son aspect excentrique ; elle paraissait grossière aux enfants de l’élite. nous bougions tout le temps, nous étions les SDF de l’été. Instables. Nomades nous avions des choses en commun avec les gens du voyage »

Sans doute je suis prétentieuse, mais il me semble que ce livre a été écrit pour moi, mes semblables :

« Quels que soient mes succès et mes échecs, je n’ai jamais oublié d’où je viens. Je viens du pays des sans-pays.
Je suis avec ceux qui traînent leur passé comme une caravane. Je suis du côté des marcheurs, des rêveurs, des colporteurs, des bringuebalants. Du côté du camping-car. »

Et ce n’est sans doute pas un hasard qui me ramène Rue Saint Maur, quartier raflé en 1942 et près des terrasses qui furent la cible des terroristes

On peut railler la « bobo-écolo attitude », mais, à l’heure où le populisme et le fanatisme sévissent de tous côtés, elle est le bastion de valeurs dont nous avons désespérément besoin : la culture, le progrès social, l’ouverture à autrui, une certaine idée du vivre-ensemble. Ce sont ces valeurs qui ont été visées lors des attentats de Paris, le 13 novembre 2015, 

Toute une histoire – Hanan El-cheikh – Babel

LITTERATURE LIBANAISE

« Un matin j’ai trouvé sur une chaise une couronne de roses artificielles et une robe de mariée blanche. J’ai poussé des hululements et j’ai couru chez la voisine Emm Fawzi pour lui demander de me cacher dans son armoire, sous son lit, dans sa mansarde[…]

– pauvre petite…On dirait un insecte qui se débat dans une toile d’araignée sans savoir qu’il est trop tard[…]

Je ne sais combien de mains s’y sont prises pour me faire enfiler cette robe blanche. Elle avait beau être de soie fine et douce, je sentais comme des épingles qui me piquaient tout le corps. Je me suis tellement débattue que j’ai réussi à m’échapper pour courir vers le réchaud de kérosène et me barbouiller le visage de suie. Ensuite je me sui jetée sur les casseroles et me suis noircie le cou de la même manière,  comme j’avais vu faire ma mère qui venait de perdre son enfant à Nabatieh. J’ai tiré sur ma robe de toute force et me l’ai arrachée. Puis je me suis enroulée dans un sac de jute en poussant des hurlements. Je me suis précipitée vers la fenêtre de la cuisine, mais on m’a tirée vers l’arrière pour m’empêcher de sauter et j’ai dégringolé sur le carrelage. J’ai continué à glapir, sangloter et me frapper le corps jusqu’à ce qu’Ibrahim m’entraîne dans la chambre ou Abou Hussein m’attendait…. »

Le récit des noces de Kamleh m’a rappelé le mariage des Impatientes de Djaïli Amadou Amal que j’ai lu récemment. Kamleh, fiancée sans le savoir à 11 ans, mariée de force à 13, à son  beau-frère après le décès de sa sœur, afin d’élever ses neveux, « âne de somme  » ne se laissera pas enfermer dans le rôle de la victime. Kamleh est maline et déborde d’énergie. Elle n’a aucun scrupule à voler son mari pour acheter friandises et fleurs pour tenir salon. Elle lui ment effrontément pour aller au cinéma ou rejoindre son amant. Elle a un amoureux, un poète, étudiant, qui l’aime sincèrement. Elle n’éprouve aucun remords à jurer sur le Coran. 

Kamleh,  intelligente, inventive, une vraie conteuse orientale,  est analphabète. Elle charge donc Hanan, sa fille  – écrivaine – du récit de sa vie.

« Chaque fois que je publiais un  roman ou une nouvelle, elle faisait : « tu paries que mon histoire est plus belle? »

C’est donc l’histoire d’une libanaise chiite,  née à Nabatieh, petite campagnarde allant glaner les grains de blé, ramasser mauves et chicorées pour ne pas mourir de faim. Kamleh découvre Beyrouth et la liberté qu’elle gagne de haute lutte entre mensonges et entourloupes. Le cinéma égyptien lui sert d’école. Très jeune elle découvre l’amour. C’est un roman d’amour passionné. Kamleh cumule le rôle de bonne à tout faire chez ses beaux-frères, de vendeuse ambulante, de mère de nombreux enfants. Et elle trouve le temps de tenir salon, d’inviter ses voisines….

Plus tard, elle sera la femme d’un fonctionnaire important. Mais le Liban change avec le temps, révolutions, guerres civiles…

Finalement, elle suivra ses enfants éparpillés entre l’Amérique, Londres, Dubaï.

Je ne vous raconterai pas l’histoire, il faut le lire : chaque chapitre est un conte oriental exotique à découvrir.

 

 

 

 

Une piscine dans le désert – Diane Mazloum

LIBAN

 

Maeve a initié ce mois libanais et je m’y suis jointe très volontiers. Occasion de découvrir de nouveaux auteurs, en l’occurrence une écrivaine dont j’ai téléchargé également l’Age d’or. 

Court roman (200 pages). Une intrigue très simple : Fausta a construit une piscine ) proximité de la maison de famille dans la Montagne Libanaise sur un terrain qui ne lui appartient pas ; le légitime propriétaire, vivant au Canada délègue Léo, son fils, pour vendre le terrain. Léo s’est donné trois jours pour conclure cette affaire qui lui paraît sans problème.

Unité de lieu : la maison des Kyriakos. Trois personnages Léo Bendos, venu du Canada, Fausta et son oncle Rodolphe. Pas trop d’intrigue : Rodolphe Kyriakos, confus de la violation de propriété offre une généreuse hospitalité à Léo le temps d’établir le dossier de la vente. Fausta est venue en vacances dans la maison familiale pour se reposer et ainsi optimiser les chances de son traitement hormonal précédent une fécondation in-vitro. Elle fera découvrir le village et la région à Léo. Les chaudes journées se déroulent paresseusement.  Le soir, illuminations et canonnades rappellent que la guerre n’est pas loin dans ce village proche de trois frontières : Liban, Syrie et Israël (c’est moi qui détaille, les belligérants ne sont jamais nommés, ni le village d’ailleurs). Le village serait dans l’œil du cyclone. 

J’ai aimé l’évocation du village, l’ambiance traditionnelle, les saveurs et les parfums. L’ambivalence de l’exilé qui se découvre lié à cette terre qu’il n’a jamais vue mais dont il a entendu raconter sa grand mère.

Il s’agit de deux villages, l’un qui s’appelle De désespoir mon âme a fui, et l’autre Son esprit s’est abîmé, fit
Rodolphe en exhalant la fumée avec un petit effet théâtral. Une dizaine de kilomètres à peine les séparent mais
les habitants se considèrent comme des étrangers et ne se fréquentent pas. En même temps, dans chacun de ces
villages vous trouverez des familles ayant émigré sur tous les continents. C’est là, peut-être, que réside notre
plus grand paradoxe. Du repli sur soi le plus total tout en étant profondément tournés vers le monde.

En revanche, les personnages  ne m’ont pas attirée. Léo, le canadien falot. Fausta est très agaçante avec ses grosses lunettes de soleil qui lui masquent le visage. L’oncle Rodolphe est assez inexistant. Ce « désert » , à quoi ressemble-t-il? rouleaux de collines, sable(?). Et puis quelle idée que de creuser une piscine chez les autres alors qu’il est si difficile de la remplir quand l’eau arrive par camion et qu’il faut choisir entre la piscine et l’eau courante dans la maison!

Une lecture agréable, facile, mais que j’oublierai rapidement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’âge d’or – Diane Mazloum

CHALLENGE LIBAN

Âge d’or du Liban, années 70, avant que la guerre civile ne détruise Beyrouth avec ses hôtels de luxe, ses boîtes de nuit, les bords de mer…

Jeunesse dorée, insouciante. Chrétiens d’une très bonne bourgeoisie.

Le roman est construit selon un plan intelligent : chaque chapitre raconte un épisode de l’histoire du Liban de 1967 à 1979, un jour chaque année. Je redécouvre cette histoire, mais vue de Beyrouth, dans les yeux de cette jeunesse dorée plus préoccupée de son apparence, de ses amourettes.

6 juin 1967, Guerre des Six jours, les jeunes sont plutôt indifférents, le casting pour une pub intéresse plus Georgina, un avion israélien est abattu, l’aviation libanaise reconduit à la frontière le pilote pour ne pas compromettre la neutralité du Liban.

28 décembre 1968, raid israélien sur l’aéroport international , la quasi intégralité de l’aviation civile est détruite, à la suite du détournement de l’avion EL Al à Athènes par le FPLP.  Pendant ce temps-là, les héros du roman font une journée de plein air Monts-et-Mer, les garçons draguent les filles. Un nouveau personnage intervient dans le roman Ali Hassan, un Palestinien, très séduisant, impliqué dans les actions terroristes.

31

20 juillet 1969, Appolo11 se pose sur la lune, Roland et Sharif, organisent une soirée costumée « One way to the moon« .En Jordanie Ali Hassan tente d’organiser la lutte dans les camps de réfugiés.

12 septembre 1970, Roland et Sharif bichonnent leur Mini Morris 1952 customisée Françoise, en l’honneur de Françoise Hardy, sur fond de détournement du vol 840 de la TWA. Georgina Miss Télévision, devient Miss Liban. Ali Hassan se rapproche d’Arafat. C’est aussi le le début de Septembre noir, en Jordanie, affrontement entre les fédayin et la légion du roi Hussein.

25 juillet 1971, Ali Hassan est à Rome, menacé, Roland et Sharif font la fête dans leur cabanon de bord de mer.

5  septembre  Jeux Olympiques de Munich, la délégation israélienne sera prise en otage et massacrée. 8 septembre Roland accueille à l’aéroport Georgina, maintenant Miss Univers. Les évènements au Proche Orient prennent une place plus importante dans le récit, les garçons discutent d’Arafat, de Septembre Noir, du terrorisme quand Septembre noir fait atterrir un avion à l’aéroport de Lod. Le Liban est entrainé dans l’engrenage

« le Liban s’est retrouvé entraîné dans un cercle vicieux : plus Israël se venge sur le Liban, plus les tensions entre
Libanais augmentent. D’un côté, les musulmans, se sentant proches des Palestiniens, soutiennent avec de plus en
plus de ferveur la cause et les forces révolutionnaires et progressistes. De l’autre, les chrétiens, inquiets de
perdre le contrôle de la situation, condamnent avec violence cette intrusion sur leur sol. Au milieu, les
Palestiniens sont pris dans un étau… »

 

21 juillet 1973 les Palestiniens et Ali Hassan occupent le devant de la scène, les jeunes beyrouthins font encore la fête dans leur cabane de bord de mer

13 novembre 1974, , les milices chrétiennes ont bombardé les camps palestiniens; les Palestiniens se sont installés sur la côte. C’est fini d’aller au chalet pour Roland et ses amis. Roland, étudiant à l’Université Américaine milite avec  les étudiants de gauche, et sympathisent avec les Palestiniens

« Tout se mélange : la cause palestinienne, la cause des ouvriers, la lutte des classes, la lutte pour la cause noire. On milite contre la Guerre du Vietnam et l’ingérence américaine, contre l’impérialisme, l’expansionnisme et le capitalisme…. »

11 septembre 1975 :

« Depuis quelques jours, une bataille fait rage sur le front de mer, opposant les phalanges chrétienne aux milices musulmanes et palestiniennes, retranchées dans les hôtels de luxe »

Georgina qui a quitté Roland entame une relation avec Ali Hassan.

20 juin 1976 : la ville tremble sous la guerre civile. Une ligne invisible sépare Beyrouth Est, chrétienne de Beyrouth Ouest musulmane

février 1977 :  Beyrouth est devenue le centre du banditisme avec groupes et sous groupes armés, trafics divers, d’armes, d’influence, vols pillages. L’insouciance est morte.

La fin du roman 1978 ou 1979 la guerre civile s’éternise.

C’est une  leçon d’histoire, partiale, certes, mais intéressante. En revanche, j’ai eu du mal  à avoir de l’empathie pour les héros du roman. Les filles particulièrement futiles et superficielles, les garçons plus intéressants. Le séduisant agent secret palestinien macho. Le roman se lit bien. Sans plus.

Beyrouth 2020 – Journal d’un effondrement – Charif Majdalani

LIBAN

Charif Majdalani m’a enchantée avec les sagas familiales qui racontent  l’histoire du Liban sur deux siècles et de nombreuses générations : j’ai beaucoup aimé Caravansérail, Le Seigneur de Marsad, L’Empereur à pied, et la Villa des Femmes. A l’occasion du Mois du Liban initié par Maeve, et à la suite de la catastrophe du 4 Août 2020, il m’a semblé évident de commencer mes lectures libanaises par cet ouvrage. 

Au mois de juillet 2020, Charif Majdalani tient un journal où il note les effets sur la vie quotidienne de l’effondrement annoncé. Cela commence à la banque où il devient impossible de retirer son argent. La fourniture d’électricité devient  erratique. Puis la fourniture d’eau courant. Les ordures. 

« La machine économique est moribonde, les commerces sont au bord de la ruine et pourtant, depuis le matin, une activité effrénée s’empare de la ville, comme aux plus beaux jours de son opulence subitement passée. Les embouteillages ne sont pas pires que naguère, bien que les feux de signalisation se soient éteints avec la pénurie de courant électrique. Là où il y en a encore, incompréhensiblement, les agents de la circulation encouragent les automobilistes à les brûler »

Après avoir énuméré toutes les anomalies prémisses de l’effondrement économique, l’auteur analyse les causes de cette crise: la mise en coupe claire de secteurs entiers de l’économie:

En trente ans, le pays tout entier est devenu la chasse gardée de la caste des oligarques au pouvoir, qui a établi avec les citoyens une relation de nature mafieuse, offrant protection, garanties et petites opportunités à tous ceux
qui les sollicitaient et bloquant toute autre

Le pays est dévasté,  la crise économique se double d’une catastrophe écologique.

La destruction des paysages, des forêts, des montagnes, ne commença pas avec les barrages. Elle débuta
bien avant et constitue l’une des conséquences irréversibles de la guerre civile. Il est rare de voir un conflit
donner lieu à un mouvement intense de construction dont, paradoxalement, les effets dévastateurs s’avéreront
plus importants que ceux des destructions et des ravages guerriers. C’est pourtant ce qui se passa ici, où l’on
n’est plus à un paradoxe près. Durant la guerre civile, la dérégulation totale, l’anarchie et l’absence d’autorité
pour faire appliquer les lois entraînèrent une urbanisation sauvage encouragée par les déplacements »

Cette confiscation de l’économie par la caste des oligarques depuis une trentaine d’année fut quand même mise en cause par la révolution

Le 17 octobre 2019, le gouvernement annonça une taxe sur les appels Whatsapp, une application gratuite. une mesure de plus afin de camoufler encore pour quelques semaines et ridiculement, l’énorme trou des déficits publics

La goutte qui fait déborder le vase et des milliers de manifestants sortirent dans la rue. L’espoir qui est né avec cette Révolution libanaise trouva la pandémie!

Mais une dernière catastrophe s’est abattue sur Beyrouth :

« 4 août 2020, à 18 h 07, la cargaison, ou ce qui en reste, chauffée par l’incendie, ou emportée par l’explosion
d’un dépôt d’armes, ou bombardée, explose. Six années d’opacité et d’irresponsabilité, résultat de trente années
de corruption et de mensonges, de politiques mafieuses »

Reprenant son  journal quelques jours après l’explosion, il faut d’abord faire l’inventaire des décès, des blessures, des destructions. Mais, étrangement une note d’optimisme survient :

Durant la journée, le moral remonte un peu, au spectacle notamment de cette immense jeunesse qui s’est levée
comme un seul homme pour prendre sur elle d’effacer les traces du cauchemar et d’aider à commencer à rebâtir,
en l’absence de l’État voyou dont tout le monde vomit jusqu’aux plus anonymes de ses représentants et les
chasse dès qu’ils osent apparaître sur le terrain au milieu des ruines.

Effondrement, corruption, destructions, Covid…l’histoire n’est pas terminée. la conclusion en suspens, comme une canette qui roule…

La vie joue avec moi – David Grossman

LITTERATURE ISRAELIENNE

Pour célébrer les 90 ans de Vera, la famille est réunie au kibboutz. Même Nina est venue du Cercle Polaire. Plusieurs générations de femmes, Véra , Nina, sa fille, Guili la petite fille. Entre mères et filles, le dialogue est difficile, voire impossible, la maternité est loin d’être une évidence!

Nina au début d’Alzheimer,  va perdre la mémoire. Raphaël, le père de Guili, cinéaste, imagine de réaliser le film de son histoire qu’elle pourra visionner quand la maladie la gagnera. Raphael et Guili, la scripte, emmènent Vera et Nina en Croatie , à Cakovec,  ville natale de Vera, et à Goli Otok, l’ile-bagne pierreuse où Vera a été internée. Pendant tout le voyage Raphaël et Guili vont filmer, enregistrer, noter le récit de Vera et les réactions de Nina. Vera retrouve sa maison natale, raconte son enfance, la rencontre avec Milosz, le père de Nina puis son mariage, la guerre, la résistance avec les partisans de Tito et enfin l’arrestation… Les autorités donnent à Vera le choix :  renier son mari et signer son acte d’accusation afin de garder sa fille, ou être internée à Goli Otok. Vera ne signe pas. Sa fille peut elle entendre ce choix?

On peut lire le livre comme un roman, se laisser porter par l’action, les pages se tournent toutes seules. Ce n’est pas une fiction, c’est une histoire vraie, celle de Eva Panic-Nahir , célèbre en Yougoslavie qui a fait l’objet d’un livre Eva de Dane Ilic et d’un film documentaire. On peut lire La Vie joue avec moi comme un témoignage. Témoignage sur l’histoire de la Yougoslavie, le bagne titiste de Goli Otok, sur les guerres des Balkans aussi. C’est aussi le making-of, d’un film : Guili joue le rôle de la scripte qui note tout, l’éclairage, le son. L’écriture est cinématographique.

Encore un livre très riche, émouvant et passionnant!

 

Lisière – Kapka Kassabova -Marchialy

 

BALKANS

J’ai débuté par la mer Noire, au pied de l’énigmatique massif de la Strandja, où les courants méditerranéens et balkaniques s’entremêlent ; je me suis aventurée vers l’ouest dans les plaines frontalières de Thrace, sillonnées
de couloirs marchands où se trament des échanges plus ou moins licites ; j’ai franchi les cols des Rhodopes, où
le moindre sommet fait l’objet d’une légende et où le moindre village réserve des surprises ; puis j’ai bouclé la
boucle en terminant par la Strandja et la mer Noire.

Un gros coup de cœur!

Kapka Kassabova est née en Bulgarie en 1973 à Sofia qu’elle a quitté avec sa famille après la Chute du Mur de Berlin. Elle habite maintenant en Ecosse et écrit en anglais. Elle est retournée en Bulgarie sur la Riviera Rouge plages de la Mer Noire où elle venait en vacances avec ses parents dans les stations balnéaires fréquentées par les cadres d’Europe de l’Est. Fréquentées aussi par les candidats à la fuite à travers le rideau de fer, allemands en « sandales« , Tchèques, Bulgares. 

Du fait de sa seule présence, la frontière est une invitation. Viens, murmure-t-elle, franchis cette ligne. Chiche ? Franchir cette ligne, en plein jour ou à la faveur de la nuit, c’est la peur et l’espoir amalgamés.

L’écrivaine ne convoque que très peu ses souvenirs d’enfance mais elle s’installe dans un petit village-dans-la vallée déserté de ses habitants. Ceux qui sont restés sont accueillants. Ils livrent à  Kapka Kabassova des secrets comme ceux des Agiasmes, les sources sacrées depuis la nuit des temps, ou les Nestinari qui marchent sur les braises et possèdent les dons du chant ou de la divination. 

On célèbre aujourd’hui le festival du feu des saints Constantin et Elena. Ils ne sont ni plus ni moins qu’une variante
du double culte de la déesse Terre et de son fils et amant, le dieu Soleil. Des représentations de la dualité dionyso-apollonienne au cœur du culte du feu. La rencontre du solaire et du chtonien.

La montagne sauvage recèlent encore d’autres mystères : des pyramides  – Le Tombeau de Bastet ,

Le « Grand Site », car on avait retrouvé dans les parages plusieurs strates d’habitations antiques : un lieu de culte
thrace composé de plusieurs édifices disposés en cercle baptisé Mishkova Niva, tout équipé, avec autel
sacrificiel et reliquaire orné d’inscriptions gravées par des prêtres orphiques ; un tumulus ; un fort thrace
romanisé ; une maison de villégiature romaine et un réseau de mines de cuivre datant de l’Antiquité.

De nombreux trésors furent enterrés dans le Grand Site, mais aussi par les habitants chassés de leurs maisons. La profession de Chasseur de Trésor fut répandue ainsi que celle de passeur de fuyards ou de migrants et parallèlement de gardiens de la frontière qui ont souvent abattu ceux qui voulaient passer en Turquie. Cette forêt possédait  du Barbelé dans le cœur. les souvenirs de l’époque communiste  sont encore très présents. Le franchissement du Rideau de Fer n’est pas le seul passage : contrebande, et maintenant Syriens, Afghans tentent de rejoindre l’Europe à travers cette frontière. Impossible de lister tous les mystères. Il faut lire Lisière

l’Or des Thraces

les Couloirs Thraces

La Thrace antique se déployait sur toute la partie nord-est de la Grèce actuelle, y compris les îles de Samothrace
et de Thassos, ainsi que la partie européenne de la Turquie et l’intégralité du territoire bulgare ; de l’autre côté
du Danube, elle englobait la Roumanie jusqu’au massif des Carpates, quelques régions serbes et la république de
Macédoine. Les Thraces n’ont guère laissé de traces écrites, mais on a retrouvé énormément de vestiges

[….]
leurs sépultures peintes et leurs objets en or demeurent inégalés dans le monde antique

[…]
Hérodote, notre principale source d’information sur les Thraces, les décrivait comme les tribus les plus
puissantes et nombreuses de son époque. 

Les « couloirs » font référence aux couloirs migratoires mais aussi aux couloirs des tombes thraces que j’ai eu le plaisir de visiter en Bulgarie. Kapka Kassabova descend de la montagne pour explorer cette région qui s’étend actuellement sur trois états : Bulgarie, Turquie et Grèce. Elle nous fait découvrir Svilengrad, la ville de la Soie, ville frontalière, Edirne et un fleuve : la Maritsa bulgare appelée Meriç en Turquie, Evros grec qui fait la frontière entre la Turquie et la Grèce, entre l’Union Européenne et la Turquie, presque l’Europe et l’Asie! Courants d’échanges de populations entre Grecs et Turcs, Turcs et Bulgares, Bulgares musulmans mais bulgarophones, populations qui ont dû choisir entre leur langue maternelle et leur religion, sans parler des Gitans et des Pomaques(musulmans parlant bulgare mais répartis sur la Bulgarie, la Turquie et la Grèce). Porosité de cette frontière. Je me souviens d’une photo ancienne vue dans la maison d’hôte d’un village bulgare : des files de réfugiés avec leurs paquets sur un pont….

Il serait tentant d’établir un parallèle entre l’expulsion des Turcs de Bulgarie et l’horreur que les nationalistes
serbes allaient infliger à la Bosnie, non loin de là, car dans les deux cas, on chercha à justifier les atrocités par
des anachronismes crasses en invoquant le « joug turc ».

[…]

La guerre en Yougoslavie était due à un virus nationaliste serbo-croate réactivé après être resté en sommeil
pendant des décennies,

[…]
alors que la purge ethnique en Bulgarie constitua l’ultime exaction imbécile du totalitarisme crépusculaire. 

Ces migrations ne sont pas terminées : Syriens, Kurdes et Afghans tentent de rejoindre l’Union Européenne, Kapka Kassabova les rencontre, noue des sympathies et met des noms, des histoires personnelles sur ces hommes et ces femmes qu’on désigne souvent par « migrants« sans chercher à les connaître.

Les cols des Rhodopes forment la troisième partie du voyage, fief des Pomaques. l’écrivaine s’installe dans Le Village-où-l’on-vit-pour- l’Eternité. Elle prend pour guide dans une randonnée sauvage Ziko, personnage original, (passeur de clandestins, contrebandier ou trafiquant de drogues?)  sur la Route de la Liberté qui traverse la forêt jusqu’à Drama et Xanthi en Grèce. Traversée aventureuse! Les Rhodopes, comme la Strandja sont des régions très mystérieuses depuis la plus haute antiquité – terre orphique, ou légende de la tunique de Nessos. Il est question de la culture du tabac, de la soie. Ne pas oublier la déportation des Juifs :des 11343 Juifs de Dràma, Kavala, Xanthi et de Macédoine aucun n’est revenu. J’ai pris des pages de notes et ne peux pas les copier toutes!

J’ai été bluffée, scotchée par ce gros livre (488 p).  Je regrette de l’avoir terminé.  J’ai découvert qu’elle avait écrit To the Lake pas encore traduit que je compte bien lire.