Aimer Jérusalem – Nathan Denver – Gallimard

APRES LE 7 OCTOBRE

Presque 3 ans,le 7 Octobre  ne passe pas. Presse ou littérature, réseaux sociaux ou documentaires.

L’essai commence au Festival  Beyrouth Livres où Nathan Denver est invité. Les  notifications de Twitter lui  le projettent en plein massacre. Il transcrit les images de la mise en spectacle de l’horreur. Scènes insoutenables que je n’ai jamais voulu voir en détail. La version édulcorée des actualités télévisées m’a plus que suffi. Le spectacle de rue où les beyrouthins se réjouissent du massacre, fête organisée par le Hezbollah, distribution de bonbons, est d’autant plus choquant.

Nathan Dever se présente comme détaché d’Israël, du sionisme et de la religion,  intellectuel de gauche brusquement rappelé à sa condition de juif.

« En m’enfermant dans une identité qui ne m’importait pas, ils l’avaient réveillée. Pour la première fois depuis l’adolescence, je m’étais senti juif »

Intellectuel, sûrement, normalien. De gauche, voire. De sa condition de juif, il ne s’est pas tellement éloigné. Agnostique adulte,  adolescent, il se serait vu rabbin et il a fait des études religieuses. Ses références bibliques rendent l’essai passionnant. Indigné par

« un fanatismo-totalistarisme à l’israélienne , pot-pourri d’intégrisme religieux aux accents idolâtres et de nationalisme agressif et colonial. »

Nathan Dever est très critique de leur rhétorique « stupide et deshumanisante » mais sa première critique est de nature religieuse « un sacrilège » écrit-il.

Impossible pour lui de caractériser le drame du 7 octobre, ce malheur n’a pas de nom, sinon une date. Une référence : le poème de Bialik « dans la ville du massacre  » qui raconte le pogrom de Kichenev en 1903. Sauf que le pogrom a lieu en Israël , « un Etat qui au nom du plus jamais ças’est toujours voulu invulnérable », » Pays-citadelle », le qualifie-t-il.

Nathan Dever passe ensuite aux conséquences du drame et à la riposte israélienne à Gaza, le déni d’empathie et les discours deshumanisants dans les deux camps pro-Israël et pro-Gaza. Les faux-amis, les pires ennemis.

Nathan et sa femme veulent se rendre compte de la réalité sur place, en journalistes : voyage de Presse, dans les kibboutzim martyrs, au bord de la bande de Gaza. Sur la Place des Otages, aussi.

Quelle est au juste la frontière entre la protection de soi, le désir de rendre justice et la pulsion de vengeance ?

La rencontre avec Sari Nusseibeh et une promenade dans la Vieille ville  déserte seront les seuls regards du côté palestinien. Pourtant la coexistence entre Juifs et Arabes serait la seule issue pour la paix. Actuellement, il ne s’agit plus de négociations politiques comme pour Oslo, le religieux a pris le pas sur la rationalité politique. Les guerres de religion ont-elles recommencé?

Le 7 Octobre et ses répercussions, nous l’avons dit, ont marqué ce triomphe incontestable de la collision du
théologique et du politique.

Le livre pose donc les questions du point de vue religieux (bizarre pour un intellectuel « de gauche »).

« Mais une telle interprétation procèderait surout d’une hérésie théologique : en vertu de quelle décapitation intellectuelle faudrait-il oublier Maïmonide au profit de Bezalel Smotrich et Ibn Arabi en faveur d’Ismaël Haiyeh? »

Guerre de mythes et de symboles, pour une ville qui en est tellement chargée. Un peu d’histoire pour Jérusalem : deux guerres 1948 et 1967. Alors les combattants étaient laïques. Israel luttait pour sa survie et non pas pour des motifs religieux. Seul le rabbin Goren a pensé à la souveraineté rabbinique sur le mont du Termple : il s’est fait recadrer par Moshe Dayan: hors de question de toucher à une pierre de l’Esplanade! 56 ans plus tard itamar Ben Gvir organisait une visite sur le mont du Temple.

la bombe s’amorçait : à présent que les politiques s’exprimaient de tous côtés comme des religieux, le religieux avait pris la place du politique, prêt à enflammer la région pour Jérusalem.

Voilà que Nathan Denver retourne à la source du judaïsme : selon lui les Juifs sont issus d’un livre. Et comme il a étudié pour être rabbin, il connaît fort bien le Livre et en donne une version passionnante (surtout pour la laïcarde qui étudiait Marx et Borochov au même âge). Opposant Abraham qui plaide pour Sodome et Gomorrhe à Moïse et surtout Samuel combattant Amalek

« que Sodome soit la capitale du Mal ne T’autorise pas à
déchaîner contre elle un courroux débridé.

Une ville peut être sauvée pourvu qu’elle compte dix justes ; il est inconditionnellement interdit de châtier l’
innocent avec le coupable. »

La figure de Moïse, chef politique aux accents nationaux, elle se situe aux antipodes de lapremière.

« se souvenir de ce qu’a fait Amalek » (Deutéronome 35,17) et « effacer » sa « trace » (Exode
17,14) – ce qui revient à mener contre lui une « guerre divine de siècle en siècle » (17,16).

Samuel, le juge-prophète éponyme ordonne au roi Saül de déclencher la vengeance

Toutes ces références bibliques m’ont intéressée. En conclusion il donne la parole à son maître, quand, adolescent il était déjà choqué par l’attitude de certains de ses camarardes :

Tu n’as donc pas à rougir de critiquer les Juifs qui nous font honte. Ni à prendre de gants. Au contraire, quand
tu observes les membres de notre peuple, n’omets jamais de te demander comment Ézéchiel, Isaïe ou Osée lesauraient décrits s’ils vivaient aujourd’hui. Imagine que les prophètes reviennent de la mort. Qu’ils surgissent en notre siècle. Qu’ils observent les fanatiques de ton lycée ou ceux de l’extrême droite israélienne. Quehurleraient-ils ? Sans doute quelque chose comme ceci : “Vous les maquereaux du saint, vous les voyous de lasacralité, vous les ordures de la transcendance, vous les salauds de la divinité, vous incarnez la honte du peuple d’Israël. C’est à cause de gens comme vous que Babel et Rome nous ont volé Sion, ont saccagé le Temple. Par votre faute, si vous continuez ainsi, Jérusalem s’effondrera une troisième fois. Vous n’êtes pas seulement des idolâtres déguisés en monothéistes, des païens travestis en religieux, des profanateurs à kippa et à franges. Vous êtes avant tout des Juifs  antisémites. Des antisémites de l’intérieur.”

Le chapitre sur « l’Anti-Jérusalem, Tel Aviv, capitale des corps » m’a moins passionnée. Intervient un autre personnage, un Israélien de ses amis portant un regard critique sur la politique israélienne et sur le livre que Nathan Devear écrit. Tel Aviv sonr la nom vient du titre d’un roman, Tel Aviv et sa plage, ville cosmopolite….Rien de  bien nouveau sous le soleil.

L’épilogue convoquant écrivains et philosophes m’a franchement ennuyée. Emouvante évocation de la famille de sa femme et surtout de la grand mère. Etait-ce nécessaire? Quant à BHL, il m’agace.

Un point de vue inattendu. L’auteur m’a intriguée. Brillant, érudit, certes. Provocateur, ambigu?

La Méthode – David Djaïz – Stock

RENTREE LITTERAIRE 2026

L’épopée des Pasteuriens – y compris la première vaccination de Pasteur contre la rage – la création des Instituts Pasteur à travers le monde aurait suffi à me faire ouvrir ce livre.

Constantinople 1901 -1911 : une autre raison pour le lire.

Troisème raison: c’est une histoire vraie, Paul Remliger (1871 -1964), le personnage principal du roman a vraiment travaillé à Istanbul pendant 9 ans et a dirigé un institut anti-rabique, il a ensuite dirigé l’Institut Pasteur de Tanger de 1914 à 1957. La campagne d‘éradication des chiens errants s’est terminé en 1910 par le massacre de 80 000 chiens sur l’Île Maudite de Sivriada. Cette décanisation revient d’actualité avec une loi passée en 2024 pour lutter contre les chiens errants.

Qu’est-ce donc que « La Méthode  » qui donne le titre à cet ouvrage ?


« n’y a pas de projet qui tienne sans méthode, mais il n’y a pas de méthode qui tienne sans moyens. »

Il semble qu’il s’agit de la démarche scientifique, avec toute la rigueur exigée.

« La « méthode Pasteur », cette rigueur obstinée dans l’expérience couplée à des pas de côté »

Méthode pasteurienne à la suite de la méthode expérimentale de Claude Bernard. Croyance dans la primauté de la Science et du Progrès. Méthode scientifique qui se dispense de réflexion sociale ou politique.

« En réalité, Paul s’interdit à peu près d’avoir des opinions sociales ou politiques. Seul lui importe de faire de labonne science. Et la bonne science est expérimentale, la vérité ne se découvre que par et dans l’empirie. Ce n’est pas à lui, scientifique, de décréter ce qui est urgent et important pour la société. »

Méthode applicable aussi bien à la chimie allemande qu’à résoudre les problèmes d’hygiène de la cité posés par la multiplication des chiens errants. Les autorités turques proposent à Paul une opération de décanisation puisque sa spécialité est la lutte anti-rabique, il semble le personnage tout indiqué. Peu importe que les cas de rage dans l’Empire Ottoman soient rarissimes, et hors de Constantinople. Peu importe que la population soit traditionnellement attachée aux chiens des rues. 

« Paul, ça fait dix ans que vous me connaissez, je suis essentiellement un pragmatique… Il y a un problème de
chiens errants, je vois les Turcs obsédés par ce problème, je ne comprends pas bien pourquoi non plus, mais je m’en fiche. Le fait est qu’ils sont incapables de le résoudre. Et je vois que notre partenariat scientificoopérationnel peut produire une solution optimisée à ce problème. Il ne manque qu’un feu vert politique discret de la part du DMHP. Le reste, comme je dis toujours, ce n’est que de la méthode. Tout n’est jamais qu’une question de méthode »

Avec méthode, Paul et son associé belge, vont imaginer l’extermination par gazage des chiens. Gaz de ville ou acide prussique, tout est examiné, la capture des animaux, l’équarissage et la valorisation des peaux, des graisses. Tout est calculé. Cette étude, si elle a bien été faite, semble prémonitoire. Logistique parfaite, opération rentable….On imagine le pire.

Le docteur Remlinger propose une méthode de décanisation, car c’est ainsi qu’il faut appeler l’élimination méthodique des chiens. Mais la méthode pour la méthode mène à une impasse. Une décanisation qui n’aurait d’autre finalité qu’elle-même serait vouée à l’échec. Talaat préfère le mot purification, car ce qu’il faut rechercher, c’est la pureté. La pureté est un objectif, une fin en soi. Une purification pas seulement hygiénique,mais symbolique. Et sociale, il n’a pas peur de le dire, car les chiens errants se sont immiscés

Mais, justement ce n’est pas cette « méthode » que les Turcs choisirons. Ils choisirons la déportation des chiens sur l’île déserte de Sivriada. Avec toute la brutalité et la cruauté que cela implique. Encore une opération prémonitoire ! Quelques années plus tard, le Même Talaat Pacha ordonnera la déportation des Arméniens dont on verra les colonnes errer dans le désert syrien.

Sinistres répétitions!

Le XXème siècle, commence avec méthode.

Promenade dans le département des Antiquités Orientales du Louvre sur le Thème de l’Eau Primordiale

L’EAU PRIMORDIALE -LECONS DE MESOPOTAMIE

Chypre : pêcheurs dans leur barque

Cette exposition incite à un parcours dans le département des Antiquités Orientales guidé par des panneaux, des cartels certains destinés aux adultes, d’autres aux enfants. Le Thème de l’eau a piqué ma curiosité et m’a incité à retourner dans les salles des Antiquités Orientales. 

Chypre : poteries décorées

J’ai été une visiteuse peu assidue et peu sérieuse : au lieu de me borner aux cartels et explications, je me suis laissé fasciner par les poteries décorées, les figurines en terre cuite. Au lieu de m’intéresser au sujet proposé je me suis contentée de noter les provenance tout autour de la Mésopotamie, de Chypre au Liban et un peu plus loin en Syrie.

Figurines féminines

La variété des formes, la fantaisie des figurines m’ont bluffée

Animaux aussi m’ont beaucoup plu : buffles, sangliers et hérissons, curieusement pas de chevaux

sanglier

On quitte la Mésopotamie pour la Perse avec les décors vernissés du Palais de Korsabad. Je découvre la finesse des bronzes

iran chimère bronzeQuelle

Quelle merveille que ce buffle rouge

Iran buffle céramique rouge

Et ne pas oublier la vedette : la statue la plus ancienne du Louvre prêtée par la Jordanie

Statue de Ain Ghazal
7000 ans av JC
Plâtre

Au lieu de m’être penchée sérieusement sur le problème de l’eau, de l’irrigation, des cultes aux dieux de l’orage ou de la pluie, j’ai fait une collection de statuettes. Et cela m’a fait plaisir

Apparition de la Fille – Letizia Muratori – Noir/Blanc

LITTERATURE ITALIENNE

Un livre entre Rome et Haïfa, en passant par Turin : la balade n’est pas pour me déplaire.

Une héroïne originale, très jeune cinéaste, Nourit a le projet de présenter un film autour de ses origines familiales à un  concours de l’armée avec l’ambition de passer son service militaire dans les bureaux de l’audiovisuel. Conçue par FIV, née en Israël, mais ayant grandi en partie à Turin, sa filiation et le parcours familial sont un peu compliqués. Elle a connaissance de l’identité du donneur de sperme, d’une famille répartie entre Israël et Rome.

Nourit part à la recherche de ses origines. Si les recherches de filiation peuvent être assez banales, la saga familiale de Nourit s’enrichit de nombreux divorces, d’aller/retours entre l’Italie et Israël. Le géniteur/donneur de sperme, Giorgio, est décédé mais il se trouve en filigrane de l’ouvrage presque le personnage principal.

Plusieurs thèmes sont abordés, la filiation, le désir d’enfant, le cinéma et la conception d’un documentaire à partir d’archives familiales, le sionisme, et les lois raciales du temps du fascisme.

La forme du roman est surprenante. Il  commence comme un roman épistolaire, sauf que Nourit n’est pas Madame de Sévigné, elle écrit des mails, envoie des courriers électroniques à plusieurs destinataires, transfère des courriers reçus. Echanges assez brefs qui se croisent parfois, se répondent mais pas toujours. Il n’est pas facile, au début d’identifier tous les destinataires. Les échanges de mails s’interrompent pour laisser la place à des dialogues. Il faut un certain effort pour localiser les locuteurs, sont-ils face à face, ou en Skype, ou au téléphone? L’ensemble est assez confus. Peu d’espace pour imaginer les lieux et les circonstances. Aucunes descriptions. Pour le tourisme, vous repasserez!

269 pages, des textes courts, des dialogues Le livre se lit vite. je me suis laissé prendre au jeu et j’ai passé un moment de lecture agréable. Il ne laissera sans doute pas une trace inoubliable.

Le Berger d’Alep – Stéphanie Perez – Ed Récamier

SYRIE

Stéphanie Perez est un visage connu du Journal télévisé, Grand reporter pour France Télévision, elle commente les guerres en Ukraine comme au Moyen Orient. Au salon Créteil en Poche, elle a animé une rencontre en compagnie de Delphine Minoui. Les deux journalistes ont raconté leur expérience sur le terrain et comment sont nés ces romans quand la réalité dépasse la fiction. Images de reportages se succèdent dans le poste de télévision, dates, chiffres, écrasent l’impression de l’information précédente.

« des conflits sans issue, pour les guerres qu’on ne savait même plus définir. La leur, en Syrie, était devenue illisible.
Pas de récit clair, pas de héros surgissant drapeaux au vent pour vaincre les méchants. À la place : des milices
désorganisées, des fous de Dieu, des bourreaux en uniforme. Des hommes qui tuaient au nom de l’ordre, d’autres au nom de la foi. Des traîtres et des lâches, la violence partout. Comment résumer ce chaos en deux
minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?« 

J’ai besoin de personnages, d’histoires, d’individus, besoin de me projeter dans leur quotidien même s’il est misérable comme dans la bataille qui a fait rage à Alep dans les années 2016 et suivantes. Un roman pour donner de l’humanité, là ou chiffres de victimes s’additionnent aux  destructions. 

Là où cela se complique, dans cette guerre terrible, c’est que l’humanité va s’incarner dans un personnage inattendu : Zaatar, un chien au nom parfumé. Et sa présence va redonner vie à une petite communauté, à des familles qui ne se seraient pas parlé : des chrétiens, des musulmans, un pianiste, un tailleur…

« Il ne faut pas abandonner. Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous faire sourire : moi, le tailleur, je dirais que la foi, c’est comme un tissu. Parfois, la vie le déchire. Mais on peut toujours le repriser. Même si ce n’ est pas parfait. Maya eut un sourire las. — Et en ce moment les coutures craquent un peu, c’est cela que vous voulez me dire ? »

J’ai pensé à un autre livre très tendre où une chienne consolait  un enfant malheureux : Bel Abime deYamen Manai CLIC

Grande tendresse, grande émotion, sans oublier la réalité douloureuse de la population syrienne coincée entre Daech et les sbires de Bachir El Assad, entre torture et exil. Et pourtant, même sous les bombardements et les snipers, même avec la peur, des habitants vivent, écoutent de la musique, s’entraident.

Noa Eshkol au MAHJ – Danse et Compositions

Exposition temporaire jusqu’au 30 Aout 2026

very orange tree 1992

Noa Eshkol est née au kibboutz Degania en 1924 – Holon 2007.

Affiche Chamber Danse group

Danseuse, chorégraphe, elle fonde en 1954 le Chamber Dance Quartet avec des compositions dansées sans musiques rythmées seulement par una métronome. Une vidéo captée à Holon 1960 est projetée dans la salle d’entrée. Le tic-tac du métronome, la danse accueillent le visiteur entre des tentures suspendues ou plaquées au mur

A big kolo

La tenture, A big Kolo représente une danse, une danse balkanique qui se danse en rond comme la Hora.

ECRIRE LE MOUVEMENT

mouvement complexe bras jambe

Avec Wachman, Noa Eshkol met au point un système de notation chorégraphique très précis selon les segments du corps avec des sphères

Par delà l’aspect décoratif, très esthétique, un autre intérêt de l’exposition se trouve dans la projection de Décade , comémoration du Soulèvement du Ghetto de Varsovie au Kibboutz Lohamei Ha Getaot, spectacle dansé en extérieur devant l’aqueduc romain.

Cette chorégraphie a inspiré Yael Bartana pour son film The Undertaker (2019) projeté au milieu de l’exposition.Cette installation sonore de 13 minutes montre une cérémonie, une sorte de procession dansée à Philadelphie, manifestation avec une banderole « Bury your weapons not our bodies » spectacle très impressionnant qui se termine dans le cimetière sous la surveillance de personnages costumés à l’époque de la guerre d’Indépendance. CLIC

1973 Guerre de Kippour : « il n’est plus temps de danser »

Yom Kippur (mourning) 1983

La chorégraphe arrête la danse et commence une nouvelle création textile. De nombreuses tapisseries font référence au deuil comme Yom Kippur in memoriam of DanSapir ou Skud- the Gulf war (homage to Moshe Kupferman)

Skud – La Guerre du Golfe – Homage to Moshe Kupferman

Mais toutes les teintures ne sont pas si violentes ou si tristes. Souvent elles évoquent des paysages, la mer ou des collines

la mer de la Reine de Saba

Dans ces patch-word ou quilt Noa Eshkol se tissent des symboles :

En hébreu, les verbes coudre (tefira) et guérir(terufa) partagent une racine commune. Ainsi on peut interpréter la production de ces carpets cousus comme un acte de résilience…

Les seules règles que je mesuis imposées : ne pas acheter de tissu, n’utiliser que des chutes, des chiffons ou des vêtemnts usagés qui me tombent plus ou moins par hasard entre les mains. je m’impose aussi de ne pas couper le tissu, mais uniquement de découdre des pièces cousues

Et pour revenir à la danse ce magnifique paon, motif aussi de chorégraphie

peacock

La paix est notre avenir – Aziz Abu Sarah et Maoz Inon – Ed. l’Arbre qui marche

APRES LE 7 OCTOBRE

LA PAIX EST NOTRE AVENIR – Un voyage de réconcilation en Terre Sainte est un cadeau de la Masse Critique de Babélio et de l’édition L’arbre en marche que je tiens à remercier, excellente pioche cette fois-ci!

Toutes les initiatives vers le dialogue et la Paix sont à encourager dans le contexte de guerre, de destructions. Jamais la violence et les radicalisations n’ont été aussi marqués au Proche-Orient comme dans le reste du monde :

« les gens s’affichent pro-israéliens ou pro-palestiniens comme on soutiendrait une équipe de foot »

Les deux auteurs Aziz Abu Sarah, palestinien, et Maoz Inon l’israélien auraient pu se haïr. Aziz a perdu son grand frère qu’il adorait à la suite de sévices dans les prisons israéliennes, les parents de Maoz sont des victimes du 7 octobre, à Netiv HaAsara à quelques centaines de mètres de Gaza. le deuil les a rapprochés.

Aziz et Maoz ont fait de leur deuil une force comme Rami et Bassam, les héros du magnifique Apeirogon de Column Mc Cann CLICqui est également une histoire vraie.

Nos Coeurs invincibles – correspondance entre une étudiante de Gaza et une étudiante israélienne CLICest aussi une tentative de dialogue très émouvante.

Des musiciens ont tenté de chanter d‘Une seule voix : documentaire de Xavier de Lauzanne (2009) sans oublier le West Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboim.

Aziz et Maoz emmènent le lecteur pour un voyage de 8 jours à travers le pays et le temps. Et ce n’est pas un artifice pour construire un livre. Les deux amis sont des professionnels du tourisme et emmène réellement des touristes pour des voyages aussi bien en Israël/Palestine qu’ailleurs dans le monde. Aziz a monté dès 2009, une agence de voyage Mejdi tours CLICqui organise des voyages avec deux guides, l’un palestiniens, l’autre israélien et même avec une option de cueillette des olives (mais celui d’octobre prochain est déjà complet). Maoz est à l’origine d’une chaîne d’auberges de la jeunesse, toujours dans l’optique de connaissance des deux cultures et des rencontres interculturelles, à Nazareth et à Jérusalem, Tel Aviv. Le voyage qu’ils proposent dans La Paix est notre avenir est réel.

Retour aux origines : commence dans l’ouest du Neguev, le 7 septembre avec le massacre des parents de Maoz. Ce dernier revient aussi sur les origines de ses parents, Nir Am, le kibboutz où il est né. Le deuil. 

Tel Aviv–Jaffa un carrefour de cultures et de conquêtes remonte loin dans le temps, dans les temps bibliques, de Jonas au Roi David, les Croisades, et le succès agricole de l’orange de Jaffa exportée dans le port…Indépendance d’Israël, et Nakba pour les Palestiniens contraints à l’exil. Fascination de la mer pour Aziz et découverte d’une ville arabe  autrefois florissante avec 120 000 habitants avant la Nakba. Maoz convie le lecteur sur la Place des Otages, comment oublier les otages? occasion aussi d’une leçon d’histoire du sionisme avec l’arrivée de ses grands-parents de Bessarabie et le souvenir de la Shoah. Assassinat de Rabin.

La troisième étape conduira les touristes en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et au village natal d’Aziz : Bethanie où il raconte son enfance, la brutalité de l’occupation, la mort de son frère et les différents statuts des Palestiniens de Jérusalem-est…

« Etre artisan de la paix n’est pas facile, mais c’est encore pire pour un Palestinien. D’un côté, vous devez supporter l’occupation violente et l’oppressionquotidienne. De l’autre vous devez affronter la suspicion de votre propre communauté…. »

 

« refuser le dialogue, c’est laisser la parole à ceux qui ne croient qu’à la force »

L »expérience de Maoz est autre : c’est la soumission à l’armée et la dépression qui s’en suivit.

Le 4ème jour les conduit à Jérusalem « Cité de la Paix » avec sa longue histoire dont je découvre des épisodes étonnants du roi David à Alexandre le Grand, Omar ibn al-Khattab le calife (638), et Soliman, à la visite d’Anouar Sadate(1977). Nous faisons connaissance avec d’autres guides, dont une rabbine américaine. Multitude de communautés des trois religions avec même des batailles de prêtres au Saint Sépulcre. Confrontation du sacré et du profane. Peut être ce multiculturalisme sera une chance de cohabitation et de paix?

le 5ème et le 6ème jour du voyage se dérouleront en Cisjordanie,Occupation et partition:  Bethanie, Jericho, complication des zones A, B et C, checkpoints et tracasseries militaires. Cie dans les camps, un provisoire qui s’éternise.

7ème jour : Nazareth, une ville aux portes de l’espoir

« une ville chrétienne à majorité musulmane dans un Etat majoritairement juif? Aucune ville au monde ne ressemble à Nazareth »

 

J’ai suivi ce périple avec un intérêt croissant. Il faudra que je le relise pour digérer toutes les informations.J’ai refermé le livre avec l’envie de les rejoindre pour un vrai voyage!

La Maison-Atelier de Chana Orloff, villa Seurat

ATELIER D’ARTISTE NON LOIN DE MONTPARNASSE

Maternité

Il convient de réserver sur Internet sur le site de la Maison de Chana Orloff.(www.chana-orloff.org). Elle est ouverte le week-end et certains mercredis. Pour y aller : métro ligne 6, station Saint Jacques et prendre la rue de la Tombe-Issoire.

« mon fils marin » de Chana Orloff, place des Droits de l’Enfant

Quand vous aurez trouvé Didi dans le petit square vous serez presque arrivés! Chana Orloff est une artiste qui me touche beaucoup aussi bien pour la qualité de ses oeuvres que pour son histoire.

Chana Orloff

Chana Orloff est née en Ukraine en 1888, qu’elle a quitté avec sa famille en 1905 pour la Palestine. En 1910, elle part pour Paris se perfectionner comme couturière, rencontre les artistes de Montparnasse, Soutine, Modigliani …En 1926 elle fait construire sa maison-atelier dessinée par Auguste Perret

Auguste Perret

Cet atelier son « travailloir » comporte un espace d’exposition, sorte de galerie, un atelier éclairé par une verrière et un appartement en étage. Cent ans plus tard je retrouve les oeuvres exposées

Portrait de ses contemporains

Chana Orloff a réalisé de nombreux portraits très originaux. Elle saisit les traits caractéristiques d’un personnage sans toutefois tomber dans la caricature. J’ai regretté qu’un inventaire de ces contemporains n’ait pas été fait. La guide, très aimable m’en a montré quelques un dont Anaïs Nin qui était sa voisine. Des têtes mais pas seulement. Sur les bustes ou sur les personnages en pied, on peut noter le soin porté aux accessoires, aux costume bien taillé : l’oeil de l’ancienne couturière!

Personnages mais aussi animaux comme ce teckel

Un de ses sujets favoris sont des maternités, ce qui n’allait pas de soi pour les pionnières de l’époque comme Anaïs Nin, ou les Amazones qu’elle fréquentait.

Naturalisée française (et décorée) en 1925, elle reste à Paris pendant l’occupation allemande, prévenue juste avant la rafle de juillet 1942, avec sont fils, elle fuit en Suisse jusqu’à la fin de la guerre. Pour retrouver sa maison pillée, ses sculptures disparues. Seules 4 seront retrouvées.

Le Retour

Son style va changer, elle va prêter moins de soin aux détails vestimentaires. Surfaces plus rugueuses. Le Retour restera donc caché longtemps avant d’être présenté.

Après la naissance de l’Etat d’Israël, elle va y travailler. Une commande de statue à la mémoire de héros de guerre sera honorée avec la monumentale maternité d’Ein Gev

Maternité d’Ein Gev

Elle décède à Tel Hashomer en 1968.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la biographie que lui a consacrée Rebecca Benhamou : L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture CLIC

Le livre commence au kibboutz Beeri, kibboutz victime du 8 octobre, encore une maison détruite, une maison pillée. La statue des Inséparables a disparu, volée? détruite?

Inséparables

la musée de la Maison de Chana Orloff organise à l’étage des expositions : en ce moment La Guerre et la Paix

Guerre et Paix

 

Byblos à L’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 23 Aout 2026

Affiche

C’est l’excellent documentaire d‘Arte CLICqui m’a incitée à faire cette visite et je recommande de le visionner avant.

Byblos est la cité libanaise de Jbail, ville côtière située au nord de Beyrouth. Son peuplement est très ancien  : communauté de pêcheurs il y a 9000 ans.

urne funéraire néolithique avec collier de cornaline

Byblos, en trois mots : la mer, le cèdre, l’alphabet

la mer

Ancres votives

Merveilleusement scénographiée, la présence de la mer avec ces rangées d’ancres votives grosses pierres percées d’une ou plusieurs perforations par lesquelles passaient les cordages. Ancre pour immobiliser le bateau, mais aussi pour mesurer la profondeur du fond. Stèles maritimes comme des ex-votos. Sur les parois est projetée la mer mobile de la baie et les bateaux transportant les grumes vers l’Egypte ou d’autres contrées. 

 

Le transport du bois de cèdre sur le bas-relief du palais de Sargon II à Khorsabad (721-705 av.JC)

On reconnait les grumes transportées jusqu’en Egypte où elles servirent à la construction des pyramides. Les échanges commerciaux avec l’Egypte ont laissé de nombreuses traces : scarabées de cornaline ou de pierre, buste du roi coiffé en pharaon, hiéroglyphes….Echange aussi dans tout le proche Orient et le pourtour de la Méditerranée jusqu’en Sardaigne et même  en Assyrie comme le montre le bas-relief.

maquette de bateau en argile et varques votives en cuivre et en argile

le cèdre du Liban proche était très recherché, recherché pour  le bois, l’essence transportée dans des jarres. Les jarres, amphores, cruches et cruchettes  étaient très élaborées. On reconnait l’oeil typique de ces poteries

Double anmphore à tête de bélier
jarre à anse torsadée sous le col reconnaître l’oeil

Byblos fut fouillée au XIXème siècle par Renan . Des campagnes de fouilles récentes ont mis au jour des nécropoles inviolées. L’exposition présente des objets métalliques précieux : comme la cuiller à tête d’oiseau si délicate:

Les représentations animalières sont très répandues, bovins, mais plus étonnant hippopotames. Les petits personnages métalliques longilignes sont fascinants

Byblos a été occupée en continu, de la Préhistoire jusqu’à la période hellénistique, romaine, byzantine, ottomane, moderne. De la période romaine une merveilleuse mosaïque avec l’Enlèvement d’Europe, de jolies statuettes. Toutefois l’exposition de l’IMA s’est plutôt centrée sur le Néolithique, Âge de Bronze et Antiquité. 

Byblos : son nom évoque la Bible, le Livre, et l’alphabet phénicien. 

Les habitants de Byblos, étaient de commerçants. On a retrouvé des correspondances sur des tablettes d’argile en caractères cunéiformes mais aussi des stèles, des statues égyptiennes portant des hiéroglyphes. Sur des tombeaux on a aussi retrouvé les premiers textes en alphabet phénicien. Un tableau montre la correspondance entre ces lettres, le dessin représentant l’objet symbole de la lettre. J’ai été étonnée de la correspondance presque parfaite avec l’alphabet hébreu. Et encore plus étonnée de ne pas voir cet alphabet figurer dans le tableau de correspondance. Et encore plus étonnée de la réponse qui a été faite à une visiteuse devant moi qui a posé la question : »de toutes les façons l’Arabe ne figure pas non plus »

 

alphabets : correspondance entre les lettres phéniciennes et grecques

Très belle exposition; une scénographie spectaculaire, des objets magnifiques. Dommage que certains soient manquants du fait de la guerre.  Encore un site fragile (comme Baalbek) dans la situation actuelle! L’IMA fait de très belles expositions de sites en danger : Gaza dernièrement, et en images virtuelles, Alep, Damas et un site lybien il y a quelques années.

 

Le coeur pensant – David Grossman

APRES LE 7 OCTOBRE 

Depuis le 7 Octobre je suis aux aguets des écrits des écrivains israéliens, tribunes dans les journaux, déclarations de Shalom Archav, j’avais hâte de lire Grossman.

le Coeur pensant est un recueil de 6 articles parus dans Libération, Le Nouvel Obs publiés en 2022 – 2023, de deux discours encadrés par un prologue « Un cauchemar à nul autre pareil- 10 octobre 2023 », « un hommage aux victimes du 7 octobre – 16 novembre 2023 » 

Articles de fond analysant la situation intérieure avec l’arrivée de l’extreme-droite mais aussi les mouvements de protestations, les manifestations monstres dans les années 2022-2023. Le 27 aout 2023, retrospectivement juste avant le 7 octobre il écrivait « Mon pays est un corps malade »

« Aujourd’hui, c’est un processus de déstabilisation et de désintégration qui est à l’œuvre, une mise à mal du
contrat social et une détérioration de l’armée comme de l’économie. Non seulement le progrès est à l’arrêt,
mais la régression s’accélère : attitudes réactionnaires de discrimination et de racisme ; exclusion des femmes,
des LGBTQ+ et des Arabes ; ignorance et muflerie érigées en valeurs positives. »
[…]

« Pour la première fois depuis des années, les Israéliens commencent à sentir ce que signifie la faiblesse. Pour la
première fois peut-être depuis la guerre du Kippour, nous entendons résonner dans nos têtes la petite
musique de la peur existentielle. »

 il se termine par un texte publié dans le Courrier International « Aujourd’hui, Israël est plus une forteresse qu’un foyer- 1er mars 2024″. 

Scholem a dit un jour : « Tout le sang afflue vers la blessure. » Aujourd’hui, près de cinq mois après le
massacre, c’est ce que ressent Israël. La peur, le choc, la fureur, la peine, l’humiliation et l’esprit de vengeance,
les énergies mentales d’une nation entière – tout cela n’arrête pas d’affluer vers cette blessure, vers l’abîme
dans lequel nous sommes encore en train de tomber.
[…]

Aujourd’hui, je crains qu’Israël soit plus une forteresse qu’un foyer.

Depuis mars 2024, la guerre s’est intensifiée, a élargi son champ. Qu’aura écrit Grossman?