« C’est ce qui te prouve, dit Sept-Épées, qu’il y a deux partis à prendre : ou rester pauvre avec le cœur content,
ou se rendre malheureux pour devenir riche. »
La Ville Noireest une ville imaginaire partagée en deux parties : la ville haute bourgeoise et la ville basse industrieuse avec de nombreux ateliers métallurgiques. Pourquoi ville noire? George Sand ne l’explique pas, l’industrie utilise surtout la force de l’eau, des cascades et de la rivière. Peut être inspirée par Thiers à cause de la coutellerie.
La Ville Noire est un roman social. Le héros du roman, Sept-Epées, est un jeune ouvrier, doué, intelligent, beau -ce qui ne gâche rien. Ambitieux, il songe à s’élever dans l’échelle sociale, travailler dur, épargner, devenir patron et peut-être atteindre la ville haute. Il est amoureux de Tonine mais hésite à la demander en mariage par peur de s’engager.
Tonine a une forte personnalité, elle aussi , aime Sept-Epées, maisle trouve trop tiède. Elle n’épousera qu’un prétendant qui l’aimera vraiment.
« courage de nous mettre en ménage, n’est-ce pas ? reprit Tonine, qui se vit forcée d’achever la phrase. Eh bien ! non, mon cher camarade, je n’aurai jamais le courage de me marier par courage. J’ai la fantaisie de me marier joyeusement, par amitié et avec toute confiance dans mon sort. Voilà pourquoi, ne voyant pas en vous cette confiance-là, je n’ai pas eu de dépit contre vous. »
C’est un roman d’amour qui glorifie plutôt l’amitié et la camaraderie que la passion romantique. C’est aussi un roman qui donne le beau rôle à des femmes indépendantes et généreuses.
Les personnages secondaires sont intéressants, Gaucher, l’ami fidèle, qui a choisi une vie simple d’ouvrier, trouvant son bonheur dans sa famille avec Liseet leurs enfants. Ce foyer chaleureux pratique la solidarité, toujours prêts à rendre service. Audebert s’est rêvé en bienfaiteur de l’humanité, il a essayé, échoué, brouillon, mais poète. Anthime et son fils le médecin, tous des gens de bonne volonté. Le seul salaud se rachète. Décidement chez George Sand, il y a bien de braves gens!
George Sandse penche sur la condition ouvrière alors que la Révolution Industrielle est à peine en marche : la limite entre artisan et ouvrier est floue. L’ouvrier peut encore s’établir patron. Les idéaux saint-simoniens ne sont pas loin des délires d‘Audebert. On est loin du pessimisme de Zola. La fin du roman fait penser à un conte comme La Petite Fadette.
Depuis très longtemps, je projette de lire Idissde Robert Badinter, livre de souvenirs consacrés à sa grand-mère. Une série de lectures de Richard Malka : Après Dieu,ICI, Passion antisémite ICI et l’écoute d’un podcast ICI m’ont entrainée à réserver la bande dessinée de Malka à la médiathèque. J’étais curieuse de découvrir l’autre versant de Malka, le bédéiste à côté d l’avocat.
Dans une BD, il y a le plus souvent deux auteurs, le scénariste Malka et l’illustrateur, Fred Bernard qui s’accordent si bien qu’il est difficile de faire la part de l’un ou de l’autre dans le mérite du livre. Les deux m’ont charmée. Jolies couleurs aquarellées et décors pittoresques (surtout en Bessarabie) . Quant au scénario, il prend son temps pour cerner les ambiances et les personnages. C’est donc un très agréable moment de lecture. mais il faudra quand même que je lise le roman de Badinter!
Henry Moore et Henri Laurens – sculpture sur la terrasse
Un dimanche sans fin convoque l’idée d’un temps étiré, d’un allongement tantôt joyeux tel une flânerie, tantôt plus sombre à l’image d’une errance. Un dimanche sans fin c’est aussi le travail sans relâche, l’emprisonnement de la pensée, ou, au contraire l’oisiveté. un dimanche sans fin c’est une journée au musée….
Le nom de Maurizio Cattelan et sa banane provocatrice sur l’affiche, est, pour moi, un repoussoir, symbole, de l’art contemporain snob et chic, pompe à fric du marché de l’art. Je suis venue à Metz pour Louise Nevelson, en prime j’ai trouvé Morellet, je n’avais même pas envie de rentrer dans la section au nom de Cattelan.
portraits
Et j’aurais eu bien tort parce que de très belles oeuvres de la collection sont données à voir. Maurizio Cattelan, en commissaire d’exposition, met en scène des chefs d’oeuvres sur la trame d’un abécédaire dont il a rédigé des cartels, des invitations à penser, rêver. Et c’est très bien fait. Il confronte ses oeuvres à celles de tous les artistes du XXème siècle.
Kasimir Malevitch Sensation de danger
Surprenant Malevitchfiguratif. Toute une salle Delaunay avec le Bal Bullier.
Est-ce un dinosaure?
De Cattelan, on peut sauver le guitariste dans la bouteille, comme les voiliers en bouteille. mais on ne peut pas le comparer à la petite fille de Picasso
Picasso – fillette sautant à la corde
Dans la série des sculptures que j’aime, Victor Brauner que j’imaginais comme peintre. Pour les peintres, arbitrairement j’ai choisi Arp
Arp
Et ce jeu d’échec de Viera da Silva
Viera da Silva
Cette exposition est un véritable plaisir des yeux, les oeuvres éclectiques, l’ordre surprenant. J’aurais eu bien tort d’éliminer la banane, si insignifiante! Et pour terminer ce bois de rêve!
The Royal Tides : An american Tribute to the British Peaple (1960-1964)
Exposition temporaire jusqu’au 31/08/26
Louise Nevelson (1899, Ukraine -1988),
« l’exposition rend hommage à une artise d’avant-garde de l’installation ainsi qu’à sa pratique de la sculpture monumentale quasiment théatrale. Son rapport avec la danse sont mis à jour dans l’exposition. «
Shadow and reflexion Silent music II hommage à John Cage
La visite de l’exposition est une promenade dans des univers étranges où des sculptures de très grande envergure dialoguent avec des statures ou des gravures. Chaque salle a pour nom Moon Garden ou Magic Garden, Bagage de lune, Tropical Rain Forest… Malgré ces noms évocateurs de verdure, les objets sont souvent noirs ou gris très foncé. Seule une installation est blanche Dawn’s Wedding Feast
Dawn’s wedding Feast
Le plus souvent la matière est le bois : récupération, recyclage de vieux meubles ou pièces taillées, tournées exprès pour l’oeuvre. L’installation est accompagnée de projection de danse contemporaine ou eurythmics. Fluidité des danseurs contrastant avec les sculptures dansantes
Dancing figures
Certaines sculptures sont présentées comme « habitables » évocation de la puissance de l’imagination…
Promenade très dépaysante. Ne pas chercher à comprendre. Se laisser emmener très loin. Et peut-être emporter un casque et John Cage dans la playlist.
Pour le Centenaire de la naissance de François Morellet (1926 -2016) le Centre Pompidou-Metz présente une rétrospective de sa carrière en 100 oeuvres
Morellet est le principal représentant français de l’abstraction géométrique à la suite de Malevitch, Piet Mondrian, et de Max Bill qu’il rencontra au Brésil en 1950
A l’entrée de l’exposition Morelletest présenté comme héritier de Mondrian et de Picabia et deux parcours sont proposés au visiteur Raison (avec Mondrian et les mathématiques) ou Déraison (avec Picabia sans doute quand quelque chose commence à dérailler) .
L’abstraction géométrique ne représente rien, le tableau existe par lui-même indépendament de la réalité extérieure. Il est conçu selon une grille (Mondrian) ou un code . Dans la série ci-dessous blanc est pair, noir impair et les combinaisons des nombres font apparaitre les figures noires ou blnaches. De même il a joué avec les décimales du nombre pi, paires, impaires. à l’infini.
Un tableau m’a fait penser à un QR-code rouge et vert composé de centaines de cubes soit rouge soit vert. l’artiste est parti du bottin du téléphone et a chosi la couleur selon que le nombre était pair ou impair.
Parfois, du tableau, il ne reste que la toile blanche qui existe en-soi. Ou une seule ligne traversant la toile, ou plusieurs toiles
les trois toiles décalées exigent du spectateur qu’il cherche l’alignement de la ligne. Le spectateur doit être actif. L’oeuvre est fabriquée pour être interprétée.
Un champ metallique autour d’un tableau blanc est arraché, recourbé pour faire un crochet : il rappelle le boeuf écorché de Rembrandt ce qui nécessite de la part du regardeur une bonne culture!
« Les oeuvres d’art sont des coins à pique-nique, des auberges espagnoles ou l’on consomme ce qu’on apporte soi-même » Morellet, 2009
geometree
Parfois c’est la grille qui déraille, une brindille d’arbre prenant le relai de la grille. Et nous voici arrivées dans le parcours « déraison ».
néon
L’expérimentation continue avec le néon. L’installation ci dessus m’a beaucoup plu parce que le clocher apparait entre les deux cadres dans la fente.
Cette visite m’a intéressée mais ces constructions intellectuelles me laisse assez indifférente, sauf quand cela débloque.
L’exposition de Louise Nevelson m’attirée pour une nouvelle expédition à Metz. La première fois c’était Chagall ICI et c’était un excellent souvenir. Se rendre à Metz de la Gare de l’Est est très facile : 1h20 en TGV .
La visite de la Gare fait partie du circuit touristique. Commandée en 1901 par le Kaiser Guillaume II, symbole de la puissance allemande et permettant l’arrivée de 25.000 soldats par jour. De style néoroman germanique, décorée de nombreuses frises et sculpture, elle mérite qu’on s’y arrête. Surprise : un goupe de statues honorant la mémoire de Jean Moulinest suspendu
jean Moulin à la gare de Metz
Le 8 juillet 1943, en gare de Metz, le corps de Jean Moulin a été retrouvé sans vie. Le sculpteur : Stephan Balkenhol.
les enfants ukrainiens et la guerre
Sur des panneaux, une exposition LES ENFANTS DE LA GUERRE dans le cadre du voyage en Ukraine : la saison de l’Ukraine en France.
Après avoir passé un long souterrain nous arrivons sur une grande esplanade : le parvis des Droits de l’Homme avec le Metz Congrès Robert Schumann palais accueuillant des congrès ou des expositions, signé Wilmotte inauguré en septembre 2018. En face, le Centre Pompidou-Metz
Contre Pompidou-Metz
Coiffé d’un toit alvéolé inspiré d’un chapeau chinois en bambou, c’est l’oeuvre de Shigeru Banet de Jean de Gastine. léger, aérien presqueavec les lamelles de bois collées reposant sur des piliers aérés.
Trois expositions majeures : Dimanche sans fin mis en scène par Maurizio Cattelan occupe deux niveaux,François Morellet – 100 pour 100, et Louise Nevelson. nous commençons par Cattelan puis Morelletpuisqu’il y a une visite guidée à 11 heures.
Vers midi, nous sommes saturées de peinture et partons nous aérer dans le Jardin Jean-Marie Pelt le long de La Seille. Pour honorer le célèbre botaniste écologue, le jardin est nature avec 20 ha de prairie, des arbres fruitiers, une rosellière le long de la rivière. C’est un parc paysager très agréable mais rien n’est prévu pour déjeuner (sauf un foodtruck).
Après avoir longé l’eau nous nous dirigeons vers le Centre-ville en passant sous les lignes ferroviaires, puis dans la circulation par la grande rue Haute-Seille, jusqu’à la vaste place Coslin, un parking peu accueillant sous une tour sans grâce d’habitations (style années 70). A l’approche du Coeur de Ville historique, les rues se rétrécissent, la circulation automobile s’apaise et nous nous installons sur la première terrasse au soleilau coin de la rue Lassale et de la rue de la Fontaine : celle du Restaurant L’Hédoniste . CLIC / Ardoise à 25€ Entrée+plat et amuse-bouche offerts. Feuilleté aérien au chèvre chaud,côte de veau rose avec une sauce aux champignons délicieuse. Une adresse à retenir.
J’aime beaucoup découvrir une ville à pied, avec la carte du livret Un Grand Week-end à Metz Hachette qui propose une dizaine de promenades avec des plans. La toponymie est pittoresque : certaines rues sont notées « En » Nicolairue, avec le rue à la fin, comme En Fournirue (rue des Fournils) ou En Chaplerue (chapeliers?), en Chandellrue(chandelles?), En Nexierue (????).
Place Saint Louis
Nous trouvons des repères à notre déambulation : la Place Saint Louis bordée d’arcades a un caractère d’Italie, elles datent du XIIIème siècle, les changeurs lombards y étaient installés au XVème siècle. Une plaque rappelle une République Messine entre 1470 et 1490. Les contreforts penchés nous étonnent.
et Colonne de Merten
Autre repère : la Rue Serpenoise , en son mitan une longue statue métallique ondulante évoque un serpent. Elle débouche sur une grande place avec la colonne de Merten qui rappelle l’origine gallo-roamine de la via Scarponensis.
Nous rejoignons la Gare et le Centre Pompidou-Metz en suivant le flèchage touristique. Il nous reste encore deux expositions qui occupent une bonne partie de l’après-midi.
Après deux bonnes heures de peinture et sculpture modernes, nous retournons nous aérer dans les jardins et montons sur une butte pour apercevoir la construction de Philippe Starckau sommet du Hilton. Une sorte de maison traditionnelle à toit à double pente et tourelle est perchée sur un immeuble : c’est la Maison Heler. Des maisons perchées sur le toit des bâtiments, c’est tendance en ce moment, il y en a même à Limeil-Brevannes, cela ne m’impressionne pas plus que cela.
Porte des Allemands
Il nous reste trois bonnes heures avant le retour en train. Nous tâchons de rejoindre la Porte des Allemands en longeant la Seille. La promenade est contrariée par la voie ferrée perchée et par des routes à grande circulation. heureusement les arbres sont en fleurs.
la Porte des Allemands est un petit château-fort médiéval (1230-1480). les deux tours rondes en poivrière sont XIIIème, les carrées XVème . Assiége en 1552 par Charles Quint, elle résista vaillamment. Metz était une ville fortifiée ocmptant jusqu’à 18 portes et 72 tours (selon le guide Hachette)
Cathédrale de Metz
En prenant pour cap, la Cathédralenous passons par la Place d’Armes avec ses deux trophées (monumentaux) et arrivons au coeur de ville. La Cathédrale est fermée depuis quelques minutes. Ce n’est pas grave, nous avons vu les vitraux de Chagall à notre précédente visite en 2021. Nous nous attablons à une terrasse plein soleil en face du marché couvert(fermé également le soir) : construction très élégante en U commencé en 1785 pour être le Palais épicsopal transformé en marché en 1831.
Retour par les Quartiers Impériaux, la Poste et les très belles constructions allemandes.
Nous n’avons rien vu de ce que j’avais prévu avec le guide, ni la maison de Verlaine, ni l’itinéraire de Rabelais, ni le musée de la Cour d’Or. Il nous faudra donc revenir. A l’occasion d’une nouvelle exposition?
Comme il se trouve à la médiathèque, je l’ai réservé sans attendre le calendrier que nous avions fixé pour lire une biographie. J’étais trop impatiente. Dernièrement une série-biopic était passée à la télévision et j’avais écouté un podcast de RadioFrance CLIC
334 pages pour toute une vie : de l’arrivée d’Aurore-bébé à Nohant(1804) jusqu’à son décès à Nohant (1876). Je me suis un peu perdue dans les détails de l’enfance d’Aurore, les rapports entre la grand-mère aristocrate et sa bru plébéienne. Passage au couvent et mariage très jeune avec Casimir Dudevant(1822) avec la naissance de Maurice et de Solange. La vie conjugale se détériore et je m’ennuie un peu dans toutes les péripéties avant que la baronne Dudevant ne se décide à partir à Paris et à devenir George Sand (après plus de 100 pages).
Les pages parisiennes me font croiser écrivains, journalistes. Ce n’est que p122 que l’écrivaine sort travestie en homme avec un beau haut de forme et des bottes masculines. Je commence à me prendre au jeu, tout en trouvant le récit un peu fouillis avec tant de personnages certains connus d’autres obscurs. Indiana paraît p. 136, son premier chef d’oeuvre reconnu par la critique. Amants et amante se succèdent à un ryhme endiablé. Heureusement j’ai d’autres sources pour me repérer. Je me prends à cette lecture et embarque avec Musset pour Venise. Gondoles et galères. Musset est plus agréable à l’écrit qu’en chair et en os!
George Sand n’est pas uniquement écrivaine, elle intervient dans la vie politique d’alors. je m’amuse plus, surtout quand elle se dispute avec Lammenais :
« Vous êtes du côté du peuple, dites-vous, mais du côté d’une moitié du peiple seulement! Vous oubliez les femmes et méprisez mes idées sur la liberté sociale »
la BD nous promène entre Nohant et Paris, entre révolutions et salons. mais il faut suivre….Balzac, Liszt et Marie D’Agoult sont des intimes et voici que Chopin occupe le devant de la scène!
1848 : George Sand « la muse de la République » à Paris, « Rouge et dangereuse »elle préfère retrourner à Nohant tandis que Barbès, Leroux et Blanqui sont sous les verrous. Républicaine, socialiste mais bien timorée en ce qui concerne le vote des femmes qu’elle ne revendique pas.
La fin du roman graphique est plus triste et plus intime, avec les brouilles avec Solange, la mort de Chopin, ses dernières amours…et finalement je me suis laissé embarquer. J’attendais sans doute trop du roman graphique, j’ai été déçue au début de ne pas m’y retrouver mais j’ai bien suivi, et je suis toute triste qu’il soit déjà fini.
Le 23 mars 2023, à Sainte Soline, eurent lieu des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants avec plus de 200 blessés. A la suite de cet évènement le ministre de l’Intérieuseptuagr Gerald Darmanin a qualifié les manifestants d’écoterroristes et demandé la dissolution du Mouvemement des Soulèvements de la Terre. Cette mesure de dissolution a été depuis annulée par le Conseil d’Etat.
Le réalisateur Thomas Lacoste présente dans ce film un tout autre visage de militants des Soulèvements de la Terre et des images bien différentes des vidéos violentes que les télévisions ont médiatisées.
Le film se présente comme une série d’interviews : 16 visages, 16 voix tantôt un personnage seul, tantôt à deux. Hommes et femmes, jeunes, trentenaires, mais aussi un père et sa fille, un septuagénaire, maire d’une commune rurale, engagé auprès des instances régionales et syndicales. Nous avons l’occasion d’entendre une éleveuse qui est également bouchère (et toc, un préjugé saute « tous des végétariens »). Deux habitants du Tarn, en lutte contre l’A69, un jeune et un plus vieux, et les cabanes des écureuils dans les arbres. Deux habitants de La Clusaz ont occupé l’emplacement d’une retenue collinaire pour la neige de culture et ont réussi à détourner le projet. Encore en montagne une jeune fille raconte une un camp sur le seul endroit où l’hélicoptère apportant le matériel pour une station de téléphérique sur un glacier, pour stopper les travaux. Un naturaliste nous parle du chant de l’engoulevent et de la protection de l’outarde canepetière. Je n’ai pas tout retenu. Un groupes des « greniers » fournissant des repas aux grévistes…
En revanche, c’est plutôt la bienveillance et le soin vis à vis des personnes et des animaux qui prévaut dans leur discours avec une douceur étonnante. Pas de slogans, pas de rancoeurs martelées. Un attachement au terroir dans lequel ils ont grandi et qui est massacré par la construction d’une autoroute ou de bassines. Une attention aux rivières, aux espèces menacées. Un lien avec le paysage qui différe de l’image « black block » que leur collent les médias et les politiques. Le goût du travail « bien fait » et du « fait main » quand ils construisent les charpentes des cabanes.
Bienveillance et mesure : chaque fois, ils soulignent l’importance de faire l’action juste, et juste au bon endroit. Economie de moyens. Quelques campeurs sur un rocher peuvent suffire. Une ZAD, une zone à défendre, cela peut être un bois, un marais, l’habitat d’un oiseau. On est très loin du terrorisme…
C’est un très joli film où les interviews sont entrecoupées de très beaux paysages. Oh le regard de la vache qui profite des derniers rayons du soleil! Et la brume sur le plateau de MilleVaches….Un film très construit, interludes de cascades, générique de fin intrigant.
Ne le laissez pas filer s’il passe près de chez vous. Il est en ce moment à Créteil à La Lucarne pour encore 4 séances!
Deux paléontologues : Edward Cope (1840 – 1897) et Charles Marsh(1831 – 1899)chasseurs de dinosaures dans l’Ouest Américain, se sont livré une guerre sans merci pendant des décennies de la fin des années 1860 jusqu’à leur décès.
Cette Guerre des Os, guerre pour des territoires fossilifères, guerre des publications, rivalité pour des honneurs et des postes universitaires, s’est déroulée dans le contexte de la Conquête de l’Ouest:
« les compagnies (de chemin de fer) rivales accomplissent leur jonction en Utah 10 mai 1869, elles célèbrent une fête mémorable et plantent un clou d’or à la rencontre des derniers rails : l’union géographique du pays est achevée ; déchirés par quatre ans de guerre civile, les États-Unis méritent à nouveau leur nom. »
Les chemins de fer faciliteront le travail des paléontologues qui vont explorer les territoires les plus isolés du Wyoming, Montana ou Colorado
Et le 30 juin 1870, après s’être ébrouée comme un animal énorme, la locomotive les emporte vers ces contrées dont ils ne se lassent pas de murmurer les noms à mesure que les miles défilent, Utah et Wyoming, Montana et Colorado
Extermination des bisons, dont les carcasses jonchent le trajet du chemin de fer.
Au long des rails, un cortège funéraire est formé par les dépouilles de bisons que les voyageurs de la voie transcontinentale ont abattus depuis les fenêtres des wagons en mouvement, comme ça, par jeu, pour le plaisir, pour voir leur masse se désarticuler et soulever la poussière en tombant.
Guerres et colonisation des territoires autochtones. Charles Marsh croise Buffalo Bill, Custer avec le désastre de la bataille de Little Bighorn. Les recherches de fossiles se déroulent en territoires indiens. Les paléontogues doivent négocier avec les chefs des tribus. Charles Marsh a donné sa parole à Red Cloud, il ira jusqu’à la Maison Blanche rencontrer Ulysses Grant pour plaider la cause des tribus natives.
« il offre un banquet aux chefs des principales tribus amérindiennes. Parmi les invités se trouvent Sitting Bull et Red Cloud, deux interlocuteurpensifs, le front raviné par la sagesse et les chagrins,que Charles s’efforce de convaincre par le truchement d’un interprète. Pour prix de leur assistance, il promet de se rendre à Washington afin d’exiger que l’intégrité de leur territoire soit respectée et que les rations promises par le gouvernement arrivent en temps et en heure. »
C’est cet aspect western qui m’a le plus intéressée. L’aventure des chercheurs d’os, comme des chercheurs d’or.
Tous les coups bas sont permis dans la guerre que se livrent Charles et Edward, y compris le vol de fossiles et pire encore, le dynamitage de gisments pour que le rival ne puisse pas les exploiter. Vandalisme choquant!
Aux yeux des paléontologues, il s’agit d’un crime trop effroyable pour mériter la rédemption. Anéantir des
spécimens uniques quand on connaît les chances infinitésimales de leur transmission, la durée vertigineuse qu’ils ont dû traverser pour se trouver sous la main d’un homme à même de les interpréter, c’est un acte qui va à l’encontre de toutes les valeurs d’une profession méticuleuse dont les membres passent leur vie à gratter,frotter, analyser les fossiles.
Le roman rend compte aussi du travail scientifique et de la reconstitution de l’animal entier à partir du puzzle des ossements, là se trouve la principale erreur d’Edward qui va le discréditer en plaçant la tête à l’emplacement de la queue. Le travail scientifique est aussi un travail d’équipe, il convient de recruter des assistants, de les payer, de ne pas laisser le concurrent les débaucher. Marchandages et traitrises.
Le but est de publier. Là aussi se jouent les rivalités, luttes d’influences et recherche d’alliés. Description des différentes espèces découvertes mais aussi interprétations. Les deux rivaux se situent dans deux courants d’idées de l’époque. Charles, darwinien. Edward suivant Lamarck encore influent.
Surprise, la vie d’un scientifique ne s’arrête pas avec ses recherches, m^me après le décès d’Edward Cope, ses restes vont encore subir un sort rocambolesque.
Août 1877, les hommes de Charles découvrent l’apatosaure : avec ses vingt-trois mètres de long, il remplace le Camarasaurus au sommet des plus grandes espèces terrestres. Avantage Yale. Mais, redoublant d’efforts, l’ équipe d’Edward exhume au mois d’octobre l’Amphicoelias, un membre de la famille des diplodocidés qui mesurait au moins vingt-cinq mètres. Égalité.
Finalement quel est le vainqueur de la guerre des os? Il faut pointer le nombre de publications,Edward serait gagnant, le nombre de fossiles reconstitués donne Charles vainqueur. Tous les deux ont fait sortir la paléontologie des cabinets de curiosité. Ils ont transformé la démarche scientifique et ce n’est pas forcément à leur avantage :
Dans le domaine scientifique, assènent-ils, Edward et Charles ont témoigné d’un instinct de prédation responsable du saccage de la planète,
Leur jugement est sans appel : Edward et Charles ont transféré dans la science l’esprit du capitalisme ; ils ne valent pas mieux que ces milliardaires qui continuent à s’enrichir en ravageant la terre.
Il y avait une lecture commune dans notre galaxie de blogs, j’ai raté la date. keisha ICIInganmic ICI, l’avis de SandrineICId’autres dont je ne retrouve plus les articles m’ont donné une furieuse envie de télécharger le livre.