Adam Bede – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

785 pages, lu en 11 jours

Immersion dans la campagne anglaise : village d’Hayslope dans les Middlands, de juin1799 à juin 1807. George Eliot décrit avec minutie et vivacité la vie de cette communauté rurale.

George Eliot présente les personnages dans leur milieu de vie : l’atelier des frères Adam et Seth, charpentiers. La ferme du Manoir, vieille demeure tenue par les Poyser, fermiers prospères avec leurs petits enfants, deux nièces Hetty et Dinah, les servantes, les ouvriers agricoles et bien sûr les animaux. La laiterie  de Mrs Poyser est particulièrement prisée et la jolie Hetty écrème le lait et baratte un beurre réputé. Au presbytère, nous ferons la connaissance du pasteur Irwine, de sa mère très distinguée et de ses soeurs. Le seigneur du village est le vieux chevalier, son petit-fils, le capitaine Arthur  qui va fêter ses 21 ans, s’aprête à prendre la succession et à donner une nouvelle impulsion aux domaines. Au cours des evènements, nous rencontrerons le vieux maître de l’école du soir, Bartle Massey, exigeant et consciencieux,plutôt bougon et mysogine. Sans oublier le jardinier écossais, Mr Craig, et différents villageois…

La vie quotidienne se déroule dans un décor précis, qui changera avec les saisons. Les travaux agricoles rythment la vie du village avec les foins qui doivent être récoltés secs,  les fêtes des moissons qui rassemblent tous les ouvriers agricoles.

Des évènements vont rassembler la communauté villageoise, l’enterrement du père d’Adam et Seth, la fête qu’offrira le capitaine Arthur pour tous les fermiers de son domaine. Les réjouissances sont décrites avec une abondance de détails.

L’action avance peu. L’  intrigue est simple : qui va conquérir le coeur de la jolie Hetty? Adam Bede, timide n’ose pas se déclarer. Il va découvrir qu’Hetty a cédé à la cour que lui a fait Arthur…. Autour de cette histoire d’amour George Eliot nous livre une analyse psychologique très fouillée. A quoi rêve une jeune fille ravissante, que l’autrice compare à une petite chatte? Le destin des trop jolies filles n’est pas simple, (attention spoiler!) je ne vais pas vous priver des surprises ….

Un autre sujet abordé concerne la religion. A côté de l’Eglise Anglicane officielle qui assure la cohésion sociale plutôt qu’une vie spirituelle, se réunissent des dissidents. Méthodistes ou Quakers, avec des prédicateurs inspirés, drainent des foules souvent deshéritées. Dinah, la nièce des Poyser, les fermiers du Manoir, est une prédicatrice convaincue. Malgré sa tenue austère, son chapeau ridicule, elle a beaucoup de charme et même lepasteur anglican, Irwine l’apprécie. Cet aspect de prédication et les références bibliques m’ont un peu ennuyée, il me manque les références culturelles!

J’ai donc découvert avec grand plaisir ce roman villageois.  Par de longs plans-séquences, la lectrice partage la vie de Hayslope sous tous ses aspects. Il faut prendre du temps, se laisser emporter, par un voyage à petite vitesse.

 

Les Beaux Messieurs de Bois-Doré – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette  de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.  

Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants. 

Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties. 

Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.

Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme » sans être « exalté en fait de religion ». Alvimar est ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.

« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »

Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.

« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »

En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.

« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »

Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!

Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….

Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?

Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un
méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les
noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un
escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un
pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu
subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la
regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout
d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…

 

Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant  Saccage  et du Capitaine Macabre.

Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.

Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas

« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.

Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!

Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge

On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes
étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient
de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux,
du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient
souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges
pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.

je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!

Récap Avril Challenge des deux George

Deux ouvrages ce mois-ci :

La Ville noire pour George Sand 

lu et chroniqué par Claudialucia : https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/05/george-sand-la-ville-noire.html

par Miriam : https://netsdevoyages.car.blog/2026/04/25/la-ville-noire-george-sand/

par Fanja : https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/2026/04/la-ville-noire.html

 

Felix Holt, le Radical pour George Eliot

chroniqué par Claudialucia : https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2026/04/george-eliot-felix-holt-le-radical.html

par Miriam : https://netsdevoyages.car.blog/2026/04/29/felix-holt-le-radical-george-eliot/

 

Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny https://netsdevoyages.car.blog/2026/04/18/george-sand-fille-du-siecle-severine-vidal-kim-consigny-delcourt/

J’ai bien aimé cette association Ville Noire/Félix Holt, deux romans sociaux qui se penchent sur la condition ouvrière  en 1830, au moment où la Révolution Industrielle se développe.

Venez nous rejoindre! Sur les livres déja chroniqués

VOIR BILAN 1

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L’enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d’Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam

Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d’Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 

 

ou sur les prochaines lectures communes :

pour Mai, nous proposons Les Beaux Messieurs du Bois Doré de George Sand et Adam Bede pour George Eliot. 

Eventuellement une biographie…

Felix Holt, le radical – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Après la lecture de La Ville Noire de George Sand, roman social écrit en 1860 nous continuons le Challenge avec Felix Holt, paru en 1866. Deux oeuvres tout à fait contemporaines, se situant dans des villes de province (Thiers pour la Ville Noire et la ville fictive de Treby Magna dans les Middlands. Ici, s’arrête la correspondance entre les deux livres. 

Felix Holt est un très gros pavé de plus de 800 pages dont la lecture a été laborieuse.

Mon ignorance  de l’histoire anglaise, de ses rois et leaders politiques  m’a génée. Heureusement le traducteur nous fournit des notes en fin de volume, et cela ralentit la lecture. Whigs et Tories, c’est encore à ma portée mais que sont ces « radicals« ? D’autant plus qu’il semble y avoir deux acceptations pour ce concept, celle de Harold Transome,politicien un peu plus à gauche que les whigs et ceux qui sont vraiment radicaux comme Felix Holt. Autre lacune :   la religion, les différents courants, entre Anglicans, Non-conformistes (?) et catholiques, je manque de références. Toujours au chapitre religion, les citations bibliques s’incrustent dans les arguments du pasteur et des femmes pieuses. Là encore, les notes vont bien m’aider, et me retarder. Comme tout sujet de Victoria est censé connaître Shakespeare, les allusions sont nombreuses et me laissent perplexe. Et je parle pas de la mythologie! Tout cela est bien intéressant mais cela ne fait pas avancer l’intrigue!

L’action est assez ramassée dans le temps, en 1832, juste avant et après une campagne électorale.

Trois volumes :

Le  volume I  présente les personnages, plante le décor.  Les propriétaires terriens, les Transome,  en leur manoir, l’avocat  Jermyn qui a géré les domaines et les démélés judiciaires. Comme dans le Moulin sur la Floss,  les affaires embrouillées et les procès semblent peser sur les finances.   D’un autre côté : la petite congrégation non-conformiste autour du Pasteur Lyon, sa fille, Esther, et Felix Holt, idéaliste qui a abandonné les études de médecine pour s’établir horloger et qui veut éduquer les ouvriers. 

Le volume II se déroule pendant la campagne électorale. Une réforme récente a créé de nouvelles circonscriptions, de nouvelles candidatures se déclarent. Etrangement, Harold Transome, de bonne famille de tradition tory se présente comme Radical . Il va faire appel à Jermyn comme agent électoral, qui lui-même délègue ses pouvoirs à un personnage trouble, Johnson. En 1832, le suffrage universel n’existe pas. Etrangement, un même électeur peut avoir plusieurs voix, qu’il peut même offrir à deux concurrents. Les votes s’achètent par des faveurs quelconques. Les ouvriers, évidemment, ne votent pas mais ils peuvent influencer la campagne, acclamant ou conspuant tel ou tel candidat. On peut gagner leur faveur en payant des tournées de bière dans les pubs. Evidemment, les ouvriers alcoolisés peuvent causer des troubles…. Felix Holt se trouve mêlé à ces agissements .

Le volume III commence après les élections. Harold Transome a été battu par le tory Debarry. Felix Holt accusé d’être le meneur d’une émeute est emprisonné. Harold Transome veut se débarrasser de Jermyn dont il n’a plus besoin. Ce dernier, détenteur de secrets de famille, va le faire chanter. Et se trame une histoire d’amour entre Esther dont le secret de la  naissance a été révélé, et Harold TransomeQuel amoureux Esther va-t-elle choisir : l’intègre Felix Holt, emprisonné injustement ou Harold, le gentleman qui lui procurera une vie agréable au manoir? Esther joue le rôle principal dans ce volume. Le roman s’éloigne de la politique pour prendre la tournure d’un roman d’amour, presque une série télévisée. 

Ce  roman très dense, très riche, très varié m’a beaucoup intéressée malgré   les écueils   qui ont retardé ma lecture. Les personnages très variés et très nombreux sont complexes et évoluent au cours de l’histoire. Si les hommes sont les protagonistes de la campagne électorale, les femmes jouent un rôle important et leur personnalité n’est pas négligée. Elles ne votent pas (les ouvriers non plus) mais elles ont des opinions souvent tranchées et n’hésitent pas à agir quand elles en ont l’occasion. Les citations (que je n’ai pas beaucoup appréciées  à cause de mon manque de culture) sont parfois des éléments humoristiques puissants. Il faut être britannique pour en goûter pleinement la saveur.

Me voilà donc un peu moins ignorante en ce qui concerne l’Angleterre du XIXème siècle! Et prête à de nouvelles aventures de la George anglaise!

les Maîtres Sonneurs – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

J’ai dévoré ce gros roman de plus de 500 pages en 2 jours et j’ai adoré!

Comme pour la Petite Fadette, le récit est conté par le chanvreur au cours de trente deux veillées :

« soirées de breyage ; c’est ainsi, tu le sais, qu’on appelle les heures assez avancées de la nuit où l’on broie le chanvre »

et toujours dans la langue berrichonne si savoureuse.

L’action se déroule dans le Berry aux alentours de Nohant, au XVIIIème siècle, sous l’Ancien Régime. 

 

Trois enfants, compagnons de catéchisme sont inséparables : Tiennet, le narrateur, sa cousine Brulette, et Joseph, l’ébervigé, le rêveur qu’on pense un peu demeuré. En grandissant Brulette devient une jeune fille très courtisée. Tiennet un paysan travailleur. Joseph part se louer mais ne semble pas s’accomplir au travail de la terre. Les deux jeunes gens sont amoureux de Brulette. Qui sera l’élu? D’autant plus qu’elle a de nombreux galants. 

Joseph, est habité par la musique, il veut cornemuser et, pour cela, se trouve un maître dans le Bourbonnais.

« Il nous fit voir une musette si grande, si grosse, si belle, que c’était, de vrai, une chose merveilleuse et telle que
je n’en avais jamais vue. Elle avait double bourdon, l’un desquels, ajusté de bout en bout, était long de cinq
pieds, et tout le bois de l’instrument, qui était de cerisier noir, crevait les yeux par la quantité d’enjolivures de
plomb, luisant comme de l’argent fin, qui s’incrustaient sur toutes les jointures. Le sac à vent était d’une belle
peau, chaussée d’une taie d’indienne rayée bleu et blanc ; et tout le travail était agencé d’une mode si savante, qu’il ne fallait que bouffer bien petitement pour enfler le tout et envoyer un son pareil à un tonnerre. »

A l’époque, les provinces étaient différentes, exotiques presque, les langues différaient. Auvergnats et Berrichons se comprenaient à peine. George Sand nous fait découvrir de nouvelles contrées, paysages pittoresques et  nouvelles manières de vivre.

« Vous êtes gens de bêche et de pioche, et faiseurs de grandes tâches qui se voient au soleil ; mais il vous faut
ensuite la couette de fin duvet pour vous reposer. Nous autres, gens des forêts, nous serions malades s’il
fallait nous ensevelir vivants dans des draps et des couvertures. Une hutte de branchage, un lit de fougère,
voilà notre mobilier, et même ceux de nous qui voyagent sans cesse et qui ne se soucient pas de payer dans les auberges, ne supportent pas le toit d’une maison sur leurs têtes »

Courbet

Bûcherons ou bûcheux comme George Sand les appelle,  exploitent les forêts denses, ils ont une vie libre et fruste. Les muletiers vont transportent le bois et le charbon entre les chantiers et les paysans. Les muletiers ont mauvaise réputation, comme souvent les nomades parmi les sédentaires. Corporation des Maîtres Sonneurs, dont les règles sont strictes avec concours de musette mais aussi rites secrets. 

Ce roman est très riche. Roman d’amour :

« ne sait-elle point, s’écria Thérence, qu’il y a ici trois garçons qui l’aiment et dont elle se joue ? Joseph qui en
meurt, mon frère qui s’en défend, et vous qui tâchez d’en guérir ? Prétendez-vous me faire accroire qu’elle n’ en sait rien et qu’elle a une préférence pour l’un des trois ? Non ! elle n’en a pour personne ; elle ne plaint pas Joseph, elle n’estime pas mon frère, elle ne vous aime pas. »

Roman d’aventure avec bagarres aux poings et aux bâtons. Buveries et danses des fêtes villageoises. Nombreux personnages. Et surtout des personnage en évolution : Joseph, l’ébervigé, s’avère un musicien très doué, une personnalité originale. Brulette passera par différentes étapes, fillette appliquée, reine du village, amoureuse, nourrice….On s’attache aussi aux personnages secondaires très bien campés.

Superstitions et croyances. Souvent la sorcellerie et le Diable ne sont pas loin.

Théodore rousseau : le massacre des grands chênes

On retrouve aussi l‘amour de George Sand pour les arbres. Elle a défendu la Forêt de Fontainebleau avec Théodore Rousseau et d’autres artistes. écoutez le podcast de RadioFrance : CLIC

« Et puis, je me lasse de couper des arbres. Sais-tu, Tiennet, que je les aime, ces beaux vieux compagnons de ma vie, qui m’ont raconté tant de choses dans les bruits de leurs feuillages et les craquements de leurs branches !
Et moi, plus malsain que le feu du ciel, je les en ai remerciés en leur plantant la hache dans le coeur et en les couchant à mes pieds, comme autant de cadavres mis en pièces
[…]
Ne ris pas de moi, je n’ai jamais vu tomber un vieux chêne, ou seulement un jeune saule, sans trembler de pitié ou de crainte, comme un assassin des oeuvres du bon Dieu. »

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler l’intrigue. Lisez-le!

Silas Marner, Le tisserand de Raveloe – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Silas Marner est tisserand dans un village des Middlands. Seize heures par jours, comme une araignée, il tisse dans sa maisonnette isolée. Etranger au village, de physique peu séduisant avec ses yeux proéminents, c’est un personnage marginal, un peu craint, suspect aux habitants de Raveloe. Avant d’arriver au village, il vivait dans une communauté religieuse d’où il a été banni, accusé à tort de vol. Il s’est refermé sur lui-même. Tisser du lin, rapporte bien; Avec son travail acharné, Sileas Marner a accumulé un trésor. Sa seule satisfaction est de contempler les piles de pièces d’or.

Le début du roman est sombre. Le personnage étrange, peu attirant. Les villageois ne sont pas plus gais. Le squire Cass, le personnage le plus important du village, et ses fils, ne sont pas plus sympathiques. Dunsey, exerce un chantage auprès de son aîné, Godfrey qui cache un sombre secret. Le roman s’enfonce dans le mystère des sentiers creux, des bois touffus où les nobles chassent.

Silas découvre le vol de son trésor. Désespéré, il va à l’auberge chercher son voleur. Paradoxalement, cet évènement lui gagne la sympathie des villageois.

Conte de Noël? Pendant le Réveillon, dans la campagne couverte de neige, une pauvre femme meurt de froid à proximité de la maison du tisserand. La petite fille qu’elle portait trouve refuge devant l’âtre de Sileas Marner. Les boucles blondes de l’enfant se confonde avec l’or perdu. La petite fille devient le trésor du tisserand qui l’adopte. Elle éclaire littéralement le récit.

J’ai été charmée par ce roman, dans la même veine que La Petite Fadette mêlant la description de la vie rurale, juste avant que l’industrialisation ne s’installe. L’usine qui s’installe dans l’ancienne ville de Silas montre que la modernité bouscule l’ancien monde. Cette campagne anglaise est encore imprégnée de mystère comme dans un conte.

Challenge des deux George – 1ère récapitulation

Voici la première récapitulation des lectures autour de La Petite Fadette et Le Moulin d’Angibault pour George Sand et Le Moulin sur la Floss pour George Eliot. Bien sûr, nous n’avons pas été déçues! Chacune a ajouté de son côté une ou plusieurs autres oeuvres.

Pour la prochaine édition, j’espère que d’autres blogueurs et blogueuses nous rejoindront.

Au programme de mars : Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand

 

le Meunier d’Angibault – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

Emerveillée par la Petite Fadette, après le Moulin sur la Floss de George Eliot, j’ai pensé confronter le moulin du Lincolnshire et le moulin berrichon. Tous les deux sont des moulins à farine sur un petit cours d’eau. Ils sont à peu près contemporains. Là, s’arrêtent les ressemblances.

Le Moulin sur la Floss se déroule sur une bonne dizaine d’années au sein d’une famille bourgeoise tandis que l’action de Meunier d’Angibault est concentré sur 5 jours.   Il  confronte différents milieux sociaux :    la famille noble des barons propriétaires du château de Blanchemont, les paysans parvenus les Bricolin, Grand-Louis le meunier, honnête travailleur et même le mendiant Cadoche, sans parler du notaire, du curé. Une société très diversifiée où les intérêts s’opposent. C’est justement l’aspect social qui fait l’intérêt principal du roman. 

Un homme modeste peut-il espérer épouser une femme riche?

La guerre intellectuelle et morale était déclarée entre les diverses classes, imbues de croyances et de passions
contraires, et Marcelle trouvait une sorte d’ennemi irréconciliable dans l’homme qui l’adorait.

Tel est le problème qui se pose doublement : La baronne de Blanchemont se retrouve veuve, jeune avec un petit enfant. Son mari la trompait sans vergogne. Elle est donc libre de vivre avec son amant roturier.  Ce dernier prend la fuite peu désireux de s’unir avec une femme plus riche que lui. Grand-Louis, le grand farinier, aime Rose, la fille des fermiers qui, richement dotée, peut prétendre à un parti avantageux. Les amours du meunier sont bien compromises. 

Pourquoi, parce que je suis une honnête personne, ne viendriez-vous pas chez moi? —Parce que nous aurions
tort de nous familiariser avec vous, et que vous auriez tort de nous traiter en égaux. Ça vous attirerait, des
désagréments. Vos pareils vous blâmeraient; ils diraient que vous oubliez votre rang

Marcelle, la jeune veuve, décide d’aller sur ses terres, à Blanchemont pour régler les affaires que son mari lui a léguées. Elle est ruinée. Le baron ne s’est pas contenté de la tromper, il a dilapidé sa fortune et la sienne. Au grand étonnement de tous, la baronne est ravie de ne plus rien avoir : elle se trouvera ainsi sur un pied d’égalité avec Henri Lémor!

Moulin de Marie Ravenel ce n’est pas en Berry mais dans le Cotentin

En chemin, elle est hébergée au Moulin d’Angibault et fait connaissance du meunier. La situation est d’une piquante symétrie. Le meunier et la baronne vont s’épauler pour résoudre leurs affaires. Pour Marcelle, il s’agit de vendre le domaine de Blanchemont au meilleur prix possible. Bricolin, le gérant souhaite l’acquérir au meilleur prix, pour lui. Marcelle habite avec Rose, la fille de Bricolin qu’aime Le Grand-Louis. Elle peut aussi servir d’intermédiaire..

Je ne vous raconterai pas les péripéties parce qu’il y en a et que je ‘n’aime pas spoiler

Théodore Rousseau : une rivière dans le Berry

George Sand fait une analyse très fine de tous les ressorts de la société de ce village berrichon, la décadence d’une certaine noblesse, hautaine avec les fermiers, négligente, qui est remplacée par des bourgeois parvenus et âpres au gain. Bricolin est un personnage peut-être caricatural qui fait tout pour arriver, au risque de perdre deux filles en les privant de leurs amoureux. Elle montre aussi le dénuement des paysans qui n’ont rien et vivent dans une masure. Entre les deux, les artisans, ouvriers qui trouvent leur noblesse dans le travail. A cette occasion George Sand cite Fourrier et les Saint-Simoniens sans les encenser pour autant c’est pourtant à eux que j’ai pensé en lisant les efforts de Henri Lemor, l’amant de Marcelle pour abandonner héritages et richesses pour se consacrer au travail manuel. les grands parents, Bricolin comme la meunière représentent un monde ancien plus traditionnel.

Vous avez entendu parler peut-être des saint-simoniens et des fouriéristes. Ce sont là des systèmes encore sans religion et sans amour, des philosophies avortées, à peine ébauchées, où l’esprit du mal semble se cacher sous les dehors de la philanthropie. Je ne les juge pas absolument, mais j’en suis repoussée comme par le pressentiment d’un nouveau piège tendu à la simplicité des homme

Comme dans la Petite Fadette le lecteur se délecte des traditions berrichonnes, des fêtes rurales, de la bourrée, des expressions populaires. J’ai appris ce qu’était un allochon et un patachon

le mot d’alochon réjouit fort l’enfant, qui le répéta en riant et sans le comprendre. —Vous ne connaissez pas ça? dit le meunier; ce sont les petites ailes, les morceaux de bois qui sont à cheval sur la roue et que l’eau pousse
pour la faire tourner. Je vous montrerai ça si vous passez jamais par chez nous.
[…]
patachon, c’est-à-dire le conducteur, assis de côté sur le brancard,

En revanche j’ai trouvé la psychologie un peu simpliste : des personnages exemplaires , le meunier et Marcelle,  sont affrontés à de très mauvais comme Bricolin et sa femme. Rose est bien fragile et sans consistance, comment Grand-Louis s’en est-il tant entiché? Un personnage secondaire sort du lot : Cadoche. Est-il un gentil ou un mauvais?

C’est en tout cas un très beau moment de lecture que je vous recommande.

Le Moulin sur la Floss – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

Un beau pavé de 779 pages.

Paru en 1860.

L’action se déroule à partir de 1820 pendant une quinzaine d’années dans un village du Nord de l’Angleterre.  Au moulin sur la Floss,  le meunier Mr Tulliver, et sa femme Bessie, Tom et Maggie, leurs deux enfants et leurs oncles et tantes, les Dodson, forme  une famille très comme il faut. Le moulin est déjà dans la famille Tulliver depuis plusieurs générations.

 Au début du roman, Tom a une douzaine d’années.  Son père nourrit pour lui de grandes ambitions ;  il l’envoie donc étudier le latin et Euclide .  Maggie,  9 ans, une belle petite fille aux yeux noirs, très éveillée, est déjà fascinée par les livres et prête à toutes les aventures. Elle voue une grande affection pour son frère, pas toujours payée de retour, c’est connu, les jeunes garçons n’ont pas beaucoup de considération pour les filles.

Quant à la petite, elle tient de moi ; elle est beaucoup plus intelligente que Tom. Trop intelligente même pour une femme, ajouta Mr Tulliver en hochant la tête. Ce n’est pas grave tant qu’elle est enfant, mais une femme à l’esprit trop vif ne vaut pas mieux qu’une brebis à la queue trop longue

George Eliot insiste sur la différence d’éducation et d’opportunité entre les garçons et les filles. Maggie dérange avec sa vitalité et ses initiatives. la petite fille modèle c’est Lucy avec ses boucles blondes, son teint clair et ses robes soignées. Dans un geste de révolte Maggie se coupera elle même les cheveux, et fuguera même pour rejoindre les gitans. 

Chez le pasteur où Tom étudie, Maggie fait la connaissance de Philip, le fils de l’avocat Wakem, affligé d’un handicap physique mais brillant élève, bon conteur, artiste. Une amitié se noue entre Philip et Maggie. La perte du procès de Mr Tulliver et la faillite  mettra fin aux études des enfants qui rentreront au moulin dans la ruine et le déshonneur. Mr Tulliver impute à l’avocat Wakem sa déconfiture, une haine s’installe entre les deux  familles. Tom interdit à Maggie de fréquenter Philip.  Limites de la solidarité familiale dans la bonne société des Dodson soucieux de l’opinion publique…

Une qualité remarquable du caractère Dodson était la franchise ; ses défauts comme ses vertus
provenaient d’une sorte d’égoïsme orgueilleux, mais honnête, qui avait une profonde aversion pour tout
ce qui menaçait sa réputation

Tom et Maggie ne sont plus des enfants. Tom va faire du commerce et s’insérer dans la société des notables. Maggie devra se contenter d’un poste de gouvernante. Comme toutes les jeunes filles, c’est la recherche d’un bon mari qui est l’avenir tout tracé, pour Maggie et pour sa jolie cousine blonde Lucy .  Nous suivrons ces amours à rebondissements. Et encore, l’opinion publique n’est pas tendre pour les filles!

Je me suis laissé entrainer dans l’histoire de cette famille, revers de fortune, honneurs et déshonneur…  Analyse psychologique très fine. Analyse de cette microsociété avec ses préjugés, ses rites, ses usages mondains.

Mais, en vérité la bonne société possède tout naturellement et sans effort son vin de Bordeaux et ses
tapis de velours ; elle a ses invitations à dîner six semaines à l’avance, l’opéra et les bals féeriques ; elle
promène son ennui sur des pur-sang, passe des heures entières au club, trouve sa science toute faite
dans Faraday et attend son enseignement religieux de dignitaires du clergé que l’on rencontre dans les
salons les plus distingués

Toujours dans le décor de la rivière, du moulin et des pins. la rivière jouera un rôle inattendu mais je ne vais pas divulgâcher!

Constable : Flatford Mill

Il faut donc se laisser porter au rythme lent de la campagne anglaise, savourer les promenades au bord de l’eau,  écouter les commérages autour d’une tasse de thé, et passer un bon moment dans le Lincolnshire.

 

La Petite Fadette – George Sand

CHALLENGE LES 2 GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quel enchantement ce conte du chanvreur à la veillée !

Le parler berrichon m’a intriguée. Avoir besoin d’un glossaire m’a transportée. J’ai adoré ces expressions régionales ou désuètes qui m’ont intriguée. Je me suis amusée à deviner et n’ai pas toujours réussi la « retirance« =la ressemblance, ce n’est pas évident! Silvenet est amiteux = affectueux. « detemcer« = faire perdre du temps. Il faut aussi apprendre tous les travaux des champs qui n’ont plus cours » l’aumaille« qui désigne les bêtes à cornes, « l’ouche »= le verger…, « les tailles » , les « saulnées à prendre les oiseaux. ». Nohant et le Berry me semble bien mystérieux. Auriez-vous deviné ce qu’est le capharnion?

« carphanion. Vous me reprendrez peut-être sur ce mot-là, parce que le maître d’école s’en fâche et veut qu’on
dise capharnaüm ; mais, s’il connaît le mot, il ne connaît point la chose, car j’ai été obligé de lui apprendre que c’était l’endroit de la grange voisin des étables, où l’on serre les jougs, les chaînes, les ferrages et épelettes de toute espèce qui servent aux bêtes de labour et aux instruments du travail de la terre. »

Rosa Bonheur

Conte de Fées?

« La petite-fille de la mère Fadet, qu’on appelait dans le pays la petite Fadette, autant pour ce que c’était son nom de famille que pour ce qu’on voulait qu’elle fût un peu sorcière aussi. Vous savez tous que le fadet ou le
farfadet, qu’en d’autres endroits on appelle aussi le follet, est un lutin fort gentil, mais un peu malicieux. »

La petite Fadette est-elle une fée, comme son nom le suggère et sa grand-mère, la mère Fadet, une sorcière? 

« Elle pansait en secret, c’est comme qui dirait qu’au moyen du secret, elle guérissait les blessures, foulures et autres estropisons »

Fanchon Fadet a un autre surnom, peu flatteur « le grelet » (le grillon) et son petit frère le « sauteriot », les deux enfants sont moqués, rejetés, méprisés. Proche de la nature, et suivant les enseignements de sa grand mère, la Petite Fadette apprend le pouvoir des plantes,. Et l’enseigne à Landry qui soigne les bêtes. parce qu’il n’y a point de sorcellerie ni de pacte avec le diable ou les feux follets. 

« Quand j’étais toute petite, j’y croyais, et j’avais peur des maléfices de ma grand’mère. Mais elle se moquait de moi, car l’on a bien raison de dire que si quelqu’un doute de tout, c’est celui qui fait tout croire aux autres, et que personne ne croit moins à Satan que les sorciers qui feignent de l’invoquer à tout propos. Ils savent bien
qu’ils ne l’ont jamais vu et qu’ils n’ont jamais reçu de lui aucune assistance. »

Peut être un conte , plutôt une histoire d’amour. D’un amour improbable entre la petite sauvageonne et Landry le fils d’un propriétaire respecté dans son village, travailleur modèle, bon parti.

c’est vilain qu’une fille ait l’air d’un chevau échappé

parce qu’en Berry on dit un chevau et des chevals. 

Théodore Rousseau Fontainebleau

Amours secrètes parce que cette campagne boisée, avec ses taillis, ses ruisseaux se prête aux amours cachées.

En général je suis très mauvaise cliente pour les romans d’amour, mais je me suis laissé charmer, je vous laisse donc découvrir la fin de l’histoire.