CHALLENGE LES DEUX GEORGE

« Nohant est une thébaïde, qui autorise une existence égalitaire, entre les membres de la famille élargie qui l’
habite, y compris avec les domestiques et les paysans voisins qui « entrent dans la maison comme chez eux ».
Michelle Perrot est une universitaire, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes. Elle fut la directrice de thèse de Marie-Jo Bonnet et j’ai eu le plaisir de la rencontrer lors de la soutenance de thèse de Marie-Jo. George Sand à Nogent est donc un ouvrage très sérieux, bourré de petites notes. Toute affirmation est donc justifiée. On n’est pas forcé d’interrompre la lecture, pour les consulter. Sérieux mais point ennuyeux. C’est une lecture très riche.
Au lieu d’écrire la biographie classique, de la naissance d’Aurore à son décès, suivant l’écrivaine dans ses périgrinations et ses amours, Michelle Perrot a choisi de se concentrer sur Nohant,. Elle décrit par des cercles concentriques la maison, ses habitants , les visiteurs, mais aussi le cadre de vie, maison et jardin et les environs immédiats.
« Nohant vécu par Sand : tel est notre propos. Dans ses dimensons matérielles et symboliques, affectives et politiques, réelles et idéales, côté chambres et côté jardin. Dans sa folle ambition de projet communautaire, d’atelier d’artiste, de lieu de création, de modèle égalitaire. »
George Sand à Nohant comporte trois parties : Les gens, les lieux et les temps.
Parmi « les gens » nous ferons connaissance avec la famille de l’écrivaine, lignée de femmes de Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère à Aurore lauth-Sand, sa petite fille que j’ai eu le privilège de voir à Mezières-en-Brenne. J’avais tout juste 8 ans mais je me souviens de la très vieille dame. Nombreux hommes, de Casimir, le mari butor,Maurice, à Chopin , Manceau l’amant, Clesinger le mari de Solange…nous croiserons les pas des invités illustres ou pas, Litz et Marie d’Agoult, Delacroix, Flaubert, Dumas fils, Eugène Lambert, Théodore Rousseau, Pauline Viardot … artistes célèbres simples invités, ou inspirés par les lieux. (j’en ai oubliés).
Moins connus, les fidèles berrichons, les politiques, journalistes, avocats.
N’oublions pas les nombreux domestiques qui faisaient (ou non) presque partie de la famille. Avec une certains ambiguité comme Marie des Poules dont
« L’histoire de Marie Caillaud, dite des Poules montre les limites de la transgression sociale, la persistance des assignations «
responsable de la basse-cour, elle participe aux soirées lectures, se baigne dans la rivière avec George, fait l’actrice au théâtre de Maurice puis se trouve congédiée « à la Saint Jean » quand elle est enceinte.
Avec les lieux la lectrice découvre les changements, les aménagements que George Sand fait à sa vaste maison, inventant de nouvelles pièces, des ateliers pour les artistes. Si le menuisier confectionne les meubles, c’est George, elle-même qui coud et brode, elle a un goût des travaux d’aiguille que je n’imaginais pas. Amusantes aventures de l’installation du calorifère. Elargissant le champ des lieux, le chapitre du jardin m’a enchantée. Attention particulière portée aux arbres que George Sand interdit d’élaguer. Puis, pour créer des vues, elle élague elle-même, malgré tout.
Elargissant encore le regard, nous découvrons le domaine : George Sand est une propriétaire terrienne d’une envergure non négligeable dans le Berry de petites exploitations. Efforts d’agronomie moderne, déboires, essais d’introduction de l’élevage bovin….Michelle Perrot ne néglige rien. Souvent je pense à la Cerisaie de Tchekov.

Attention prêtée au temps : emploi du temps de l’écrivaine qui écrit la nuit pour consacrer la journée aux enfants et aux invités. Mais aussi temps qui passe, de l’enfance de la petite Aurore avec sa grand-mère à son décès.
D’autres sujets m’ont passionnée : le théâtre et le Théâtre de marionnettes. Et bien sûr les idées politiques de George Sand au cours des périodes révolutionnaires et son rôle de journaliste. Le retranchement dans son domaine pendant le Second Empire, qui lui a été parfois reproché. Ses idées féministes et leurs limites. Il me faudrait sans doute une deuxième lecture plus attentive pour développer ces idées.
Et finalement l’attention à la nature, la défense des arbres :
« Laisser verdure » seront ses derniers mots. Et la défense de la forêt de Fontainebeau, une de ses dernièes actions »
A mesure que j’écris, je me rends compte qu’il faudrait que je relise cet ouvrage bien trop riche pour une seule lecture.