Middlemarch – George Eliot

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

1150 pages .

Lu en 10 jours, lecture laborieuse.

Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.

Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.

 » C’était cette oppression écrasante d’une vie
de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »

Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.

Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son
mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.

une belle dame peinte par Singer Sargent

Rosemonde, encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier. 

Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.

Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!

Middlemarch s’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour. 

« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance
antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’
avancez pas »

Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une  maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin  que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées. 

Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :

Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.

Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.

Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre.  Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.

Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes  de la  rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.

C’est donc un livre très riche  avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort. 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

3 réflexions sur « Middlemarch – George Eliot »

  1. C’est le premier que j’ai lu d’elle et il m’avait convaincue. Je suis assez d’accord avec tes critiques mais j’avais été impressionnée par cette grande fresque à l’échelle d’une petite ville. Quelle ambition !

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  2. Oh je l’ai lu deux fois, la deuxième fois mes impressions étaient différentes (là on voit le bon bouquin), et j’ai préféré, d’ailleurs.

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  3. J’avais essayé de m’y atteler il y a plusieurs années, mais j’ai lâché au bout de 250 pages. Je me suis complètement reconnue dans ton premier paragraphe.^^ J’aurais peut-être dû persévérer un peu, mais bon…

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