Teverino George Sand

CHALLENGE ROMANTISME

 

Lecture Commune initiée par Claudialucia pour découvrir une œuvre méconnue! George Sand s’apparentait plutôt à mes lectures adolescentes. Sans cette Lecture Commune je n’aurais pas eu l’idée de chercher Teverino  dans le gros Omnibus : GEORGE SAND : Vies d’Artistes

Court roman ou longue nouvelle? Une centaine de pages qui s’apparenteraient à l’univers du conte avec la petite oiseleuse, petite fée, et l’apparition presque magique de Teverino, dans le rôle d’un enchanteur un peu transformiste.

Tousles invités que Lady G.  a invité à une partie de campagne se sont récusés à l’exception de Léonce, un ami de longue date. Pour éviter un tête-à-tête inconvenant (Lady G est mariée à un anglais, ennuyeux et buveur), ils emmènent en promenade dans le cabriolet, la servante noire Lélé, et un curé  rencontré en route.

Lady G s’ennuie, Léonce promet de la distraire mais sans l’embarrasser d’une cour inopportune:

 » – Nous sommes de vieux amis, et nous le serons toujours, si nous avons la sagesse de persister à nous aimer modérément comme vous me l’avez promis »…

Leur conversation prend le ton d’un marivaudage un peu agaçant, ils parlent d’amour sans y toucher, de  religion avec indifférence :

« – n’allez vous pas à la messe le dimanche?

– C’est une affaire de convenance, et pour ne pas jouer le rôle de l’esprit fort. Le dimanche est d’obligation religieuse, par conséquent d’usage mondain. »

Léonce se présente comme un artiste. Jusqu’à leur rencontre avec Madeleine leur ton badin et superficiel semble contraint.

Le déjeuner champêtre à la Roche-Verte dans un  pittoresque paysage de montagne avec le curé gourmand et la compagnie des jeunes pâtres des montagnes déride l’ambiance. L’arrivée de la « fille aux oiseaux » et l’allusion à la « noce fantastique du conte de Gracieuse et Percinet » chasse la conversation badine pour une jolie partie de campagne. Léonce avait tout prévu même le hamac orné de plumes multicolores pour la sieste. Le paysage est  romantique avec ses gorges arides cachant un vallon délicieux, le petit lac poissonneux.

C’est dans ce décor merveilleux que surgit Teverino, le vagabond,  le faune, le nageur qui se pare d’herbes aquatiques et de nymphéa ressemblant à un Neptune antique ou une de ces statues représentant un fleuve – le Tibre, comme le suggère son nom -.

« Léonce frappé de la perfection d’un semblable modèle, ouvrit son album et essaya de faire un croquis de cet être bizarre, qui, reflété dans l’eau limpide, à demi nu à demi vêtu d’herbes et de fleurs offrait le plus beau type qu’un artiste ait le bonheur de contempler… »

Teverino est un personnage singulier. Italien, enfant trouvé il a servi de modèle aux peintres et sculpteurs, chante merveilleusement bien, et a acquis un vernis de culture pour briller en société. Revêtant les habits de Léonce, il peut passer pour un marquis et  accompagnera la compagnie dans leur escapade.

Ce nouveau compagnon donne un tour nouveau à l’excursion qui devient une véritable aventure. La voiture quitte les chemins paisibles et les riants plateaux pour arriver dans des abimes, des rochers abrupts et neigeux, des torrents en crue. Les sentiments débordent également. Sabina (Lady G) se laisse emporter par la séduction de Teverino qui passe la frontière pour les emmener en Italie. Italie rêvée, Italie des artistes, des passions, de la musique. L’innocent pique-nique vire à la fugue. Les sentiments s’épanchent. La jalousie intrigue. Dépité par les rebuffades de Sabina et le succès de Teverino, Léonce fait mine de tomber amoureux la fille aux oiseaux.

La nuit sera une véritable farce: Lélé, la noire entre par mégarde chez le curé qui la prend pour le diable. Sabina est saisie de remords, coupable de s’être laissée entraîner avec Teverino.

Au lendemain, sur le chemin du retour, chacun reviendra à la raison.

 

C’est une lecture pittoresque, agréable, distrayante, pleine de surprises. Si le marivaudage entre les deux aristocrates, bien élevés, maîtrisant leurs sentiments est un peu convenu, Sand bouscule les conventions dès que Teverino paraît. La critique sociale devient plus virulente. Faux marquis, faux chanteur célèbre, vrai séducteur,  vrai virtuose des sentiments, Teverino pousse Léonce et Sabina hors de leurs retranchements et leur fait découvrir leurs sentiments. Étrange personnage que ce modèle masculin, on est habitué à la muse de l’artiste et Madeleine joue innocemment ce rôle. On devine que les rôles ne sont pas répartis comme le veut la tradition.

Étrange fin qui n’en est pas une.

les « outils de la blogueuse »

Étrange coïncidence, alors qu’un rangement s’imposait du côté de la pile des livres à lire (bien connue des blogueuses sous l’acronyme PAL) voici qu’un carnet surgit de la poussière (enfin, j’exagère)

carnet et stylo à l’effigie de George!

Lire les billets des autres lectrices : claudialucia, de cléanthe et enfin nathalie

Les Romantiques et le voyage en Orient (3)Chateaubriand : Itinéraire de Paris à Jérusalem

CHALLENGE ROMANTIQUE

De Smyrne, Chateaubriand va à Constantinople chercher les firmans qui lui permettront de poursuivre son voyage jusqu’en Terre Sainte.  Il ne veut pas rater Troie, mais n’y parvient pas.

J’attendais avec impatience la description deConstantinople. L’écrivain ne s’y attarde pas . Il tombe mal, au moment de la  révolte de Roumélie..  Mais surtout il « n’aime visiter que  les lieux embellis par les vertus ou par les arts. Je ne trouvais dans la patrie des Phocas et Bajazet, ni les unes ni les autres… »

A Jaffa, le voyage change et le ton aussi. En pèlerinage, Chateaubriand est reçu par des religieux. Il s’attachera à reconnaitre les Lieux Saints. Le voyage devient alors plus aventureux. Comme le tourisme moderne génère un cortège d’arnaques en tous genres, les pèlerinages sont l’occasion de pillage, de rançons et de violence. Alors qu’il avait traversé la Morée pourtant infestée de klephtes, d’armatoles et de bandits en une parfaite sérénité, en Palestine,il doit, pour éviter les tracasseries des autorités, se mettre sous la protection de tribus qui se disputent la « protection » des pèlerins, se déguiser, cacher son identité pour atteindre le Jourdain et la Mer Morte.

 

 

 

 

Ces aventures pimentent le récit un peu trop piétiste à mon goût. Chateaubriand prend au pied de la lettre les Ecritures, il trouve la Maison de Pilate, reconnait la Probatique (citerne où l’on purifiait les brebis des sacrifices). Je m’agace un peu de la naïveté de celui qui croit qu’Hélène a vraiment retrouvé la Vraie Croix…Le pieux pèlerin, en quête des décors de ses Martyrs, ne nous épargne aucun détail. La précision de ses descriptions, son exégèse des textes est d’une réelle maniaquerie. Vais-je encore le suivre ? Et bien oui, parce qu’il mène rondement l’enquête des Sépulchres des Rois et à nouveau adopte la démarche de l’archéologue, ou de l’historien de l’art examinant les indices avec minuties, démontant les diverses hypothèses.

prise de Jérusalem par les Croisés via Wikipédia

Jérusalem est le siège du saint Sépulcre mais c’est aussi le théâtre des Croisades. Les chevaliers passionnent Chateaubriand (il me semble qu’un ancêtre croisé était évoqué à Combourg). Il adopte un parti extrémiste :

« Qui oserait dire que la cause des Guerres Sacrées fut injuste ? Où en serions-nous, si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce, et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans… »

Peut être est-ce ce souvenir des Croisés qui fait embrasser aux Occidentaux la cause des Grecs chrétiens ? Peut- être cette réflexion explique pourquoi Chateaubriand n’a pas aimé Istanbul ? Son antipathie pour les Turcs qui lui ont procuré les firmans  et qui lui ont facilité le voyage, est viscérale. C’est pourtant méconnaissance de l’histoire, du sac de Constantinople par les Latins en 1204. Je n’ai que peu de sympathie pour les Croisades sanguinaires et pour le fanatisme, pas plus d’ailleurs pour … »Saladin  (qui) ne voulut pas entrer dans la mosquée convertie en église par les chrétiens sans en avoir fait laver les murs avec de l’eau de rose. Cinq cent chameaux  suffirent à peine pour porter toute l’eau de rose employée pour cette occasion…. »

Pour décrire Jérusalem, Chateaubriand cite l’Evangile, Flavius Josèphe , mais aussi le Tasse et Racine. Quelle poésie, ces vers d’Athalie ! Quelle surprise de lire en italien La Jérusalem délivrée « poème des soldats : il respire la valeur et la gloire, et comme je l’ai dit dans les Martyrs sembler être écrit sur un bouclier… »

On ne plane pas toujours dans les cimes de la poésie : Chateaubriand ne nous fait grâce d’aucun détail même le carnet des courses consignées par son drogman Michel (en italien, avec des fautes dit l’écrivain, je ne les ai pas trouvées). Il a vite vaincu mon agacement laïc et a su m’enchanter. La conclusion de son séjour à Jérusalem est l’adoubement à l’ordre de chevaliers du Saint Sépulcre dans l’église du Calvaire à douze pas du tombeau de Godefroi de Bouillon. Quelle fin romanesque, et romantique ! » avec ce brillant diplôme de chevalier on me donna mon humble patente de pèlerin…. »

Le retour par l’Egypte, la Tunisie et l’Espagne est écrit avec beaucoup moins de détails et d’un ton très alerte. A son escale d’Alexandrie, il remonte le Nil de Rosette au Caire pour voir les pyramides, rencontre des « mamelouks français » anciens soldats de Bonaparte restés en Egypte au service de Mohamad Ali Pacha, portant de longues robes de soie et des turbans blancs…A Alexandrie il relève les inscriptions de la colonne Pompée »au très sage Empereur protecteur d’Alexandrie Dioclétien, Auguste Pollion préfet d’Egypte »,  hasard qui s’articule avec les Martyrs ?

Le voyage du bateau commandé par un Ragusois pour atteindre Tunis est une véritable Odyssée.

Tunis, c’est bien sûr Carthage et la ville de Didon. Chateaubriand en profite pour citer Virgile et Strabon mais surtout pour nous faire une magistrale leçon d’histoire antique en évoquant les personnages fameux, Hannibal et Scipion l’africain, Massinissa, mais aussi Sophonisbe. Guerrier virils s’affrontent, femmes fatales que Didon et Sophonisbe ! la leçon d’histoire ne s’arrête pas sur les ruines fumantes de Carthage. La république romaine s’effondre, l’empire lui donnera un nouveau lustre. Saint Augustin, les Barbares complètent le tableau.

Conclusion terrible de l’itinéraire : « …..la mort de Saint Louis si touchante, si vertueuse, si tranquille, par où se termine l’histoire de Carthage….[……] Je n’ai plus rien à dire aux lecteurs ; il est temps qu’ils rentrent avec moi dans notre commune patrie…. »

 

 

Les romantiques et le voyage en Orient(2) : Itinéraire de Paris à Jérusalem – Chateaubriand en Grèce

CHALLENGE ROMANTIQUE

Chataeaubriand de mes années lycée

Encore mille mercis à Claudialucia qui m’a entrainée dans l’aventure romantique sur les pas de Chateaubriand. D’abord à Saint Malo et Combourg, maintenant sur l’Itinéraire. Des années du lycée, j’avais gardé une image rebutante de Chateaubriand. Avec la suffisance de l’adolescence j’avais décidé, sans lire plus loin que Lagarde et Michard, que l’auteur de Mémoires d’Outre-tombe, du Génie du Christianisme ou des Martyrs ne pouvait être qu’un infâme raseur. Nous étions une classe dissipée, Polyeucte en avait fait les frais : lue avec l’accent pied noir, la pièce avait acquis un pouvoir comique délirant.

Il a fallu attendre des décennies pour que je me décide à suivre Chateaubriand et je ne l’ai pas regretté. En 1806, trois ans avant Byron, 9 ans après que les Iles Ioniennes ne deviennent français par la paix de Campoformio, il entreprend seul le Pèlerinage aux Lieux saints, le voyage en Orient, embarque à Trieste sur un vaisseau qui le mène à Modon(Methoni) et à Coron au sud du Péloponnèse qu’on appelait alors la Morée.

 

Au large d’Otrante

«… j’étais là sur les frontières de l’antiquité grecque, et aux confins de l’antiquité latine. Pythagore, Alcibiade, Scipion, césar, Pompée, Auguste, Horace, Virgile avaient traversé cette mer…. »

L’érudit se double d’un aventurier. Il traverse la Morée, évitant le Magne en révolte contre le Sultan, accompagné de Joseph à son service, d’un janissaire pour la sécurité, d’un guide grec, il chevauche dans des contrées sauvages. Le pacha de Morée installé à Tripolizza le reçoit, lui accorde les firmans qui lui donneront le droit de voyager – même au frais du sultan , ce dont il n’abusera pas. Entrevue pittoresque, épisode comique du refoulement de Joseph qui avait cru bon de s’enturbanner. Le Pacha veut savoir si Chateaubriand a combattu en Egypte, lui-même a été fait prisonnier des Français à Aboukir ! L’étape suivante est Mystra où il cherche Sparte et le tombeau de Leonidas, s’essaie à l’épigraphie : a-t-il retrouvé le socle de cet autel du Rire ?

« …L’autel du rire subsistant seul au milieu de Sparte ensevelie offrirait un beau sujet de triomphe à la philosophie de Démocrite… »

Quel plaisir de chevaucher avec un poète érudit  qui se promène avec émotion sur les bords de l’Eurotas, visite Mycène où il retrouve le tombeau de Clytemnestre et d’Egisthe, et Corinthe. Poursuivant les antiquités, c’est aussi un observateur de ses contemporains. Un épisode symbolise la tyrannie des agas et des pachas sur les pauvres grecs :

« le commandant (le pacha)se leva avec effort, prit sa carabine, ajusta longtemps entre les sapins et lâcha son coup de fusil. Le Turc revint après son expédition,  se rasseoir sur sa natte aussi tranquille t bonhomme qu’auparavant. Le paysan descendit à la garde, blessé en toute apparence car il pleurait et montrait son sang. On lui donna cinquante coups de bâtons pour le guérir…. »

Un carton, pour montrer son habileté de tireur et la valeur de sa carabine !

Il visite Athènes accompagné par un antiquaire  –on dirait archéologue aujourd’hui – Monsieur Fauvel. Athènes n’est plus qu’une pauvre bourgade :

« O Solon ! o Thémistocle ! Le chef des eunuques noirs propriétaire d’Athènes et toutes les autres villes de la Grèce envient cet insigne bonheur aux Athéniens… »

Le capitaine autrichien qui devait le reprendre au Cap Sounion ne l’a pas attendu. Il traversera l’Archipel – les Cyclades – sur les petites embarcations grecques,  jusqu’à Tinos puis sur une felouque hydriote jusqu’à Smyrne ayant pour équipage une famille. Quel plaisir de naviguer avec lui, passer près de Scyros où Achille passa son enfance,  Délos célèbre par la naissance de Diane et d’Apollon, par son palmier : Naxos qui me rappelait Ariadne, Thésée Bacchus….Scio…la felouque était lavée, soignée et parée comme une maison chérie…. »

Don Juan ou la vie de Byron- André Maurois

CHALLENGE ROMANTISME

Intriguée par le personnage de Byron, j’ai cherché une biographie. Celle de Maurois est fort agréable à lire, très bien documentée. L’atmosphère du début du 19ème siècle est particulièrement bien rendue. Maurois a également écrit Ariel ou la vie de Shelley, son contemporain et ami.

En prologue, l’auteur présente toute une dynastie de Lords Byron, tous un peu bizarres et excentriques. Les Gordon écossais, la famille de la mère du poète, sont différents, rigoristes, calvinistes. C’est en Écosse que George Gordon Byron  passera son enfance avant d’hériter du titre et du domaine de Newstead de ses ancêtres paternels. Si Byron était un enfant gracieux, il était aussi affligé d’une infirmité : ses jambes ne le portaient pas, il boitait. Il conçu de cette disgrâce un immense orgueil et une grande volonté : grand sportif, il compensait cette marche difficile par des exploits à la nage,  à la course et à cheval.

Brumes écossaises

Ses études, à l’école de grammaire d’Aberdeen, se poursuivirent à Harrow où il batailla pour s’imposer, puis au  Trinity College de Cambridge où son talent  de poète fut précocement reconnu.  George Gordon ne fut pas toujours un écolier assidu. Très jeune il tombait régulièrement amoureux, de Mary Duff,sa cousine à Aberdeen, puis de sa voisine d’Annesley, Mary-Ann, avec qui il passait ses vacances, amours impossibles, amours déçues.

Dépit amoureux ou air du temps, cynisme ambiant, entrainé par des compagnons de débauche, Lord Byron devint un Don Juan. Rien jusqu’alors n’annonçait le voyage en Orient, ni la participation à l’indépendance de la Grèce. Byron admirait Bonaparte en pleine guerre entre l’Empire et la Grande Bretagne, pour les idées libérales ou par provocation?

 

 

 

le 26 juin 1809, il s’embarque pour Lisbonne avec son ami Hobhouse plutôt pour fuir son ennui, ses dettes et l’Angleterre que dans un  but précis. Il prend contact avec l’Europe en guerre, à Malte il prend des leçons d’arabe puis passe par l’Albanie dont les montagnes sauvages lui rappelèrent l’Écosse, il rencontre le Pacha de Janina et sympathise avec ce personnage singulier, bandit, corsaire.C’est aussi en Albanie qu’il entre en contact avec l’Islam sans aucun préjugé. Il visite Constantinople,s’installe à Athènes, tombe amoureux de jolies athéniennes et surtout apprend l’Italien avec six jeunes ragazzi au couvent des Capucins, organise des matches de boxe, nage au Pirée, en Morée (Péloponèse) il attrape la malaria..Dilettante, sans aucun engagement politique. « Le fatalisme musulman avait renforcé le sien » note Maurois. « La multiplicité des religions lui avait enseigné leur faiblesse ».

Athèhes tour des vents

Il rentre en Angleterre renforcé dans le cynisme et l’indifférence à la chose publique, avec son poème Childe Harold qui lui gagne l’admiration des salons londoniens. Libre après le décès de sa mère, célèbre, il poursuit ses conquêtes féminines. C’est la partie de la biographie qui m’a un peu ennuyée. Je me perds  dans l’énumération des maîtresses de tout âge et condition, qui le poursuivent de leurs assiduités. Après la conquête, il se lasse vite…Augusta, sa demi-sœur sera la confidente. Et pas seulement, puisqu’elle mettra au monde une fille de Byron. Elle l’encourage à se marier : l’entreprise lui plait tout d’abord. Un riche parti serait le bienvenue, Byron est toujours ruiné. Il propose donc le mariage à Annabella Milbank « princesse des parallélogrammes » jeune fille cultivée, mathématicienne, croyante et naïve, pleine de bonne volonté.

 

Le mariage est un désastre. Lune de mélasse, Byron s’ennuie. Il tyrannise sa femme. Sa santé donne des inquiétudes. Annabella, Lady Byron, fait venir sa sœur Augusta. Curieux ménage à trois. A la naissance de leur fille légitime, Lady Byron et Lord Byron  se sont séparés. Des bruits courent sur ses amours incestueuses. Au scandale, Byron préfère l’exil. En 1816, en compagnie de Polidori, son  secrétaire et médecin, il passe par Anvers, le Rhin puis s’arrête en Suisse, près de Genève à la villa Diodati où il retrouve Shelley. Sa maitresse, Claire, amie de Shelley est enceinte et lui donne une troisième fille. Non loin de là se trouve le domaine de Coppet de Madame de Staël, la compagnie est agréable mais il passe en Italie. A Milan il fait la rencontre de Beyle qui lui parle de Napoléon.

C’est à Venise qu’il  s’établit, il continue sa carrière de Don Juan. Ses aventures vénitiennes sont plus agréables à suivre que celles de Londres. Ses maîtresses sont plus exotiques, l’un d’elle aurait même joué du couteau, une femme de boulanger, une autre, femme du  monde Madame Guiccioli réduit Don Juan au rôle de Sigisbée.Byron suit le couple à Bologne et à Ravenne. A Venise il a fait venir sa troisième fille Allegra et loge au Palais Monicego. L’adultère finit par l’ennuyer – comme le mariage en Angleterre – Il se mêle alors de politique et devient le chef des Carbonari de Ravenne? En 1820, les enfants de Ravenne proclamaient « Vive la Liberté » « Vive la République et mort au Pape »Il se mêle alors de politique et soutient les Carbonari de Ravenne, au désespoir du comte Guiccioli. Le scandale de l’adultère éclate et un procès éloigne Teresa Guiccioli.

(merci à Tilia de m’en avoir donné l’idée, j’ai copié)

« Byron avait jadis maudit et offensé ces brumeuses déesses, les conventions britannique ; il devenait par l’arrêt de la Cour Pontificale, la victime des conventions italiennes » note Maurois.

Exilés à Pise, les amants retrouvent les Shelley à Pise où décède le poète. C’est là que Mavrocaordato, le professeur de Grec de Mary Shelley apprend l’insurrection de la Grèce en 1821. Quand Mavrocordato avait rejoint les insurgés Byron avait déclaré « je veux retourner en Grèce et il est probable que j’y mourrai…. »

Pitt voyait les intérêts anglais dans l’intégrité de l’empire Ottoman mais  après 1823, un certain  nombre de whigs fondèrent un comité philhellène et envoyèrent  en Grèce Blaquière qui s’arrêta à Gènes voir Byron.  Ce dernier vit dans la libération de la Grèce une rédemption et embarqua le 13 juillet 1823 sur l’Hercule. Le 1er Aout, il mouille à Céphalonie – les Iles Ioniennes étaient sous protectorat britannique – Byron avait vendu son domaine de Rochdale, il était décidé de dépenser cette fortune pour la cause grecque.

les Grecs étaient divisés entre Colocotronis, Odysseus, Mavrocordato, les factions ne cherchaient pas à unir leurs forces. Byron était en faveur de Mavrocordato. Les Souliotes de Missolonghi demandèrent- à Byron d’être leur chef. La lutte s’enlisant à Missolonghi, il décida de prendre la ville de Lépante aux mains des turcs. L’expédition de Lépante fut une catastrophe, les Souliotes l’accusèrent même d’être un espion turc. première attaque de Byron, convulsions, épilepsie? Missolonghi tourne au cauchemard, les Souliotes assassinent un Britannique, menaces de peste, discordes en tous genres. Pour toute aide la Grande Bretagne expédie des bibles en grec moderne. Quelques jours après Pâques, très affaibli, Byron meurt.

 

 

 

Les romantiques et le voyage en Orient(1) : Byron

CHALLENGE ROMANTIQUE

Byron en tenue albanaise (wiki)

Je me suis inscrite au challenge de Claudialucia pour le Voyage en Orient. N’étant guère romantique,  mais voyageuse, j’ai saisi cette opportunité pour un voyage dans le temps.

J’ai commencé avec Byron et Childe Harold, et j’avoue que l’embarquement a été laborieux. D’abord, j’ai téléchargé le poème sur mon ordinateur et cette lecture  électronique n’était pas une bonne idée : un court poème qui tient entier sur l’écran, accompagné ou non d’un tableau, comme sur le blog de Claudialucia, c’est un enchantement. Des centaines de vers défilent, sans le repère de la page, c’est très fatigant et peu satisfaisant. Je cherchais le combattant de  l’indépendance grecque et les envolées lyriques d’une Grèce antique imaginaire m’ont un peu déçue.

 

J’avais découvert Byron dans l’anthologie de Duchêne : LE VOYAGE EN GRECE (coll. BOUQUINS) que j’emporte régulièrement. Son  journal de Céphalonie, ses lettres d’Athènes et de Missolonghi – où il est mort – m’avaient enchantée. Sa rencontre avec Ali Pacha à Tépelen – le Bonaparte mahométan – les costumes pittoresques des Albanais – les paysages de montagne:

Ali pacha de Ioannina (via blog de Thierry Jamard)Ali pacha (blog de Thierry Jamard)

… »Je n’oublierai jamais l’étrange spectacle de Tépelen à notre arrivée ; il était cinq heures du soir, le soleil déclinait ; cela m’a fiat penser (avec néanmoins quelque modification de costume) à la description que fait Scott du château de Branksome dans son lai et au système féodal/ Les albanais dans leur costume( le plus magnifique du monde : long kilt blanc, manteau brodé d’or, veste et gilet en velours cramoisi à brandebourgs dorés, pistolets et poignards incrustés d’argent), les Tartares en bonnets pointus, les turcs vêtus de pelisses et enturbannés…. »

Dans une lettre de Patras, malade, il ironise sur son sort. En vers, c’est léger et drôle

le siège de tripolizza par Zografos Makriyannis (via Wiki)

Byron raconte aussi les guerres d’indépendances auxquelles il s’est associé, fait ses comptes quand il engage ses Souliotes.  Le personnage est fascinant. Dans  le même ouvrage par Edward John Trelawny, cite les intrigues entre les factions, Hydriotes, Maniotes, Klephtes…des luttes de la toute jeune Grèce.

 

 

Byron en Grèce – Childe Harold

CHALLENGE ROMANTISME

ULYSSE ET CALYPSO

Ulysse et Calypso - Arnold Böklin - Wiki trouvé dans http://art-magique.blogspot.fr/2011/05/lodyssee-la-nymphe-calypso.html

Des îles Calypso saluons les délices:

 Au sein de l ‘Océan, le groupe fraternel

Au voyageur encore offre des bois propices;

 Mais là n’est plus la nymphe à pleurer un mortel;

 Ces rochers ne sont plus témoins de son attente,

Quand ,pour une autre épouse  ,il put la délaisser;

 Ici ,le fils d’Ulysse échappe à cette amante,

C’est de là que Mentor à fuir vint le presser:

 L a nymphe-reine ,aux pleurs dut encor s’abaisser

Le Vampire d’après Lord Byron – Le Giaour de Lord Byron

CHALLENGE ROMANTISME

Eugène Delacroix jeune fille dans un cimetière

1816, Villa Diodati, sur les bords du Léman, quelques amis se proposèrent une gageure: écrire en une journée une histoire de fantômes. Parmi eux, Mary Shelley qui écrivit Frankenstein et Lord Byron qui ébaucha une nouvelle : Le Vampire.

Polidori, le secrétaire particulier de Byron termina la nouvelle que ce dernier avait abandonnée.

Ce court texte d’une trentaine de pages est, à double titre, une curiosité. Le fantastique n’est pas un genre que j’apprécie particulièrement mais cette lecture a excité mon imagination. Quelle est la part de Byron? quelle est celle de Polidori?

Mais surtout la ressemblance entre Lord Ruthven et Lord Byron est étonnante. Polidori détestait son maître. Comme l’écrivain, Lord Ruthven  est reçu dans la meilleure société, il voyage, il s’arrête en Italie et poursuit vers la Grèce. C’est d’ailleurs en Grèce que le vampirisme se déclare.En prologue, l’odieux Ruthven  se contente de séduire des femmes vertueuses qu’il entraine dans le vice. Son regard est étrange mais rien ne permet de supposer que le séducteur serait autre chose qu’un Don Juan et un pique-assiette.C’est donc dans un décor de ruines antiques qu’Aubrey découvre Ianthe, la jeune vierge grecque dont il est amoureux, le « ...cou et le sein couverts de sang et sa gorge présentait des marques de dents qui avaient ouvert sa veine… »

Delacroix combat entre le Giaour et le Pacha

C’est dans le Giaour (1813) que j’ai trouvé les prémisses du Vampire. Ce poème d’après un Conte Turc contient les ingrédients du Vampire. Grèce ou Turquie?  en 1813, c’était toujours l’Empire Ottoman sauf dans les 7 Iles qui furent vénitiennes jusqu’à ce que Napoléon les fasse françaises et révolutionnaires. Dans le Giaour on trouve encore une jeune fille pure au destin tragique, un jeune homme amoureux malheureux et des allusions au vampirisme.

Frémis! Nouveau vampire envoyé sur Terre

En vain, lorsque la mort fermera la paupière

A pourrir dans la tombe, on t’aura condamné

tu quittera la nuit cet asile étonné

Alors pour ranimer ton cadavre livide

C’est du sang des vivants que ta bouche est avide.

Souvent d’un pas furtif, à l’heure de minuit

Vers ton ancien manoir tu retournes sans bruit

Du logis à la main déjà cède la grille

Et tu viens t’abreuver du sang de ta famille

L’enfer m^me, à goûter de cet horrible mets

Malgré la répugnance oblige ton palais

Tes victimes sauront à leur heure dernière

Qu’elles ont pour bourreau leur époux et leur père

Et pleurant une vie éteinte avant le temps

Maudiront à jamais l’auteur de leurs tourments

mais non, l’une plus douce, et plus jeune et plus belle

De l’apour filial, le plus parfait modèle

Celle de tes enfants que tu chéris le mieux

quand tu t’abreuveras de son sang précieux

reconnaîtra son père au sein de l’agonie…..

Le Giaour est un précurseur du vampire, c’est pour cela que j’ai choisi cet extrait. J’y ai trouvé d’autres analogies,  le poignard, le décor…Mais pas seulement! C’est aussi un joli conte oriental .

(A Fragment

Romantiques philhellènes : l’Enfant grec – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTIQUES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le massacre de Chios (avril 1822) a horrifié l’opinion européenne et a été à l’origine du poème de Victor Hugo et de la toile de Delacroix

L’Enfant

Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

8-10 juillet 1828

     Victor Hugo – Les Orientales


Paris – Bucarest, sans retour…Ulysse de Marsillac 1821-1877 et une surprise: Nerval!

PARIS/BUCAREST

De Bucarest, un  fidèle  correspondant m’a fait parvenir ce texte :
J’ai seulement ajouté des accents
Il nous présente un personnage marquant de la francophilie en Roumanie: Ulysse de Marsillac
Paris – Bucarest, sans retour…
carte postale ancienne de Bucarest

 

 
France, 1821: C’est l’année de naissance de Ulysse de Marsillac, journaliste français.
 1852, à cause du son désir pour connaitre “L’Orient sauvage”, il quitte Paris pour toujours et arrive à Bucarest. Ici il a travaillé comme professeur de français au “Collège National Sf.Sava” (actuellement “Lycée Sf.Sava”(près du parc Cismigiu) – le plus fameux lycée de Bucarest et de Roumanie,  ou seulement les meilleurs élèves peuvent entrer et étudier. En même temps, le lycée où on trouve la plupart des  enfants des “nouveaux riches” c’est : “Jean Monet”, qui est plus au nord, près de la zone résidentielle(et du parc Herastrau) des ceux qui ont contrôlé la Roumanie avant 1989. La presse a écrit récemment qu’un deuxième « lycée français » sera ouvert a Bucarest.
 
Ulysse de Marsillac a travaille aussi à “L’École Militaire”  de Bucarest et à l’ université de Bucarest.
 
Il a fondé les journaux:
 
–  La Voix de Roumanie (il aidé par un autre français, Frédéric Dame, qui avait une épouse roumaine).
–    Le Moniteur Roumain;
–    Le Journal de Bucarest;
–    Indépendance Roumaine;
 
Il a écrit les livres :
 
–    Guide du Voyageur a Bucarest;
–    Histoire de l’Armée Roumaine
–    De Pest à Bucarest. Notes de voyage
 
Un jour, Ulysse de Marsillac, allant  au “Sf.Sava” , s’égare dans les rues de Bucarest…Il trouve un bonhomme  assis sur un banc, devant une porte, le regard perdu dans le néant de son destin roumain… Ulysse de Marsillac s’approche et demande:
–  “Ou est-ce que je me trouve?”
Le vieil  homme  secoue la tête comme s’il s’éveillait d’un rêve profond et répondit :
– « dans le pays le plus malheureux de l’Europe! »
Ulysse de Marsillac fut surpris par une telle réponse: il voulait seulement savoir dans quelle rue il s’était perdu mais il découvrit dans quel pays il se trouvait.
 
Le réponse du bonhomme est valable encore aujourd’hui pour la Roumanie et les Roumains…
 
Un autre jour, il monte la colline de Filaret(à la première gare de Bucarest), accompagné par un ami, pour admirer la panorama de Bucarest couvert par le vert des arbres et parcs…et il demande:
–   ”Quelle est la distance entre Bucarest et Paris?”
Son ami répond “immédiatement”:
–   “Trois cent ans, monsieur!!”
 
 
En 1871, le « Grand Théâtre de Bucarest » a donné une “Représentation extraordinaire en faveur des paysans et des ouvriers français, victimes de la guerre”. C’est le moment quand Ulysse de Marsillac a interprété le rôle de “M.Jadis” dans la comédie: “Le Bonhomme Jadis”.
(Il s’agit de la guerre franco-allemand de 1871: à Bucarest, tout le monde était “anti-allemand” et  même dans les quartiers les plus éloignées et dans tous les “boîtes” tout le monde, y compris les “lautari” tziganes au violon, chantait “La Marseillaise” .  Une foule de manifestants « très en colère » ont même attaqué avec pierres les fenêtres de “la salle de banquet” où l’ambassadeur allemand (Joseph Maria Von Radowitz) et  les allemands résidant àBucarest avaient  décidé de fêter la jour de naissance de l’empereur allemand Wilhelm I.)
 
A Bucarest, les journaux et les « représentations » de théâtre étaient seulement en français (a partir des années 1840). La “haute société” et la “bourgeoisie” roumaine parlait seulement en français.
 
Ulysse de Marsillac n’est jamais retourné en France. Il est décédé en 1877, a cause de sa souffrance profonde, générée par la mort d’ Élise, son épouse…
 
Sur: www.memoria.ro, vous pouvez lire(en français) l’article: “Bucarest ou le corps retrouve” écrit par Marianne Mesnil, où elle parle de Ulysse de Marsillac.
 
J’aimerais savoir que vous pouvez trouver et lire les livres écrits par Ulysse de Marsillac, car ici je n’ai pas été capable de les trouver.
Cherchant sur Internet les écrits d’Ulysse de Marsillac,  et des renseignements, je découvre par hasard un article sur….Gérard de Nerval :
Je ne résiste pas au plaisir de partager un poème. Et me voici revenue au Romantisme! Juste après avoir lu l’excellent billet de claudialucia ICI où Nerval était comparé à une « hirondelle apode » par son ami Théophile Gauthier.
El Desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Emaux et Camées – Nostalgies d’obelisque

CHALLENGE ROMANTISME

Thèbes

L’obélisque de Paris

Sur cette place je m’ennuie,
Obélisque dépareillé ;
Neige, givre, bruine et pluie
Glacent mon flanc déjà rouillé ;

Et ma vieille aiguille, rougie
Aux fournaises d’un ciel de feu,
Prend des pâleurs de nostalgie
Dans cet air qui n’est jamais bleu.

Devant les colosses moroses
Et les pylônes de Luxor,
Près de mon frère aux teintes roses,
Que ne suis-je debout encor,

Plongeant dans l’azur immuable,
Mon pyramidion vermeil
Et de mon ombre, sur le sable,
Écrivant les pas du soleil !

Rhamsès, un jour mon bloc superbe,
Où l’éternité s’ébréchait,
Roula fauché comme un brin d’herbe,
Et Paris s’en fit un hochet.

La sentinelle granitique,
Gardienne des énormités,
Se dresse entre un faux temple antique
Et la chambre des députés.

Sur l’échafaud de Louis seize,
Monolithe au sens aboli,
On a mis mon secret, qui pèse
Le poids de cinq mille ans d’oubli.

Les moineaux francs souillent ma tête,
Où s’abattaient dans leur essor
L’ibis rose et le gypaète
Au blanc plumage, aux serres d’or.

La Seine, noir égout des rues,
Fleuve immonde fait de ruisseaux,
Salit mon pied, que dans ses crues
Baisait le Nil, père des eaux,

Le Nil, géant à barbe blanche
Coiffé de lotus et de joncs,
Versant de son urne qui penche
Des crocodiles pour goujons !

Les chars d’or étoiles de nacre
Des grands pharaons d’autrefois
Rasaient mon bloc heurté du fiacre
Emportant le dernier des rois.

Jadis, devant ma pierre antique,
Le pschent au front, les prêtres saints
Promenaient la bari mystique
Aux emblèmes dorés et peints ;

Mais aujourd’hui, pilier profane
Entre deux fontaines campé,
Je vois passer la courtisane
Se renversant dans son coupé.

Je vois, de janvier à décembre,
La procession des bourgeois,
Les Solons qui vont à la chambre,
Et les Arthurs qui vont au bois.

Oh ! dans cent ans quels laids squelettes
Fera ce peuple impie et fou,
Qui se couche sans bandelettes
Dans des cercueils que ferme un clou,

Et n’a pas même d’hypogées
A l’abri des corruptions,
Dortoirs où, par siècles rangées,
Plongent les générations !

Sol sacré des hiéroglyphes
Et des secrets sacerdotaux,
Où les sphinx s’aiguisent les griffes
Sur les angles des piédestaux ;

Où sous le pied sonne la crypte,
Où l’épervier couve son nid,
Je te pleure, ô ma vieille Egypte,
Avec des larmes de granit !

Théophile Gautier

Quand l’automne grisaille, il me vient des envies d’Égypte, de déserts, et comme l’obélisque de la Concorde je me languis des aiguilles de Karnak des allées de sphinx ou de béliers…

Les élections qui se déroulent  nous permettrons peut être de retourner les voir….