Romantiques philhellènes : l’Enfant grec – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTIQUES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le massacre de Chios (avril 1822) a horrifié l’opinion européenne et a été à l’origine du poème de Victor Hugo et de la toile de Delacroix

L’Enfant

Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

8-10 juillet 1828

     Victor Hugo – Les Orientales


Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « Romantiques philhellènes : l’Enfant grec – Victor Hugo »

  1. faute d’une adresse où vous envoyer plus discrètement une mini éponge pour une mini coquille dans la légende des siècles (1822 et non 1922),

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  2. Je ris de la mini éponge, 1922 cela prouve que Hugo n’avait pas pris une seule ride 🙂
    j’ai adoré ce poème toute jeune ado, j’aime moins aujourd’hui le côté un peu emphatique, encore que ….

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  3. C’est vrai que les poètes romantiques se sont emparés en rêve de la Grèce et de ses combats. Une vision d’Orient qui me laisse une impression mélangée j’avoue.

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  4. Tombée par hasard sur votre blog. C’est la Grèce qui m’intéresse. Prof de Lettres classiques à la retraite je me suis mise au grec moderne voilà huit ans, j’ai passé tous les diplômes possibles et je voyage en Grèce plusieurs semaines par an en l’explorant dans ses moindres recoins. Parallèlement, je fais de la traduction littéraire et viens de publier « Femmes de Grèce », nouvelles de Galatée Kazantzaki, la première femme de Nikos, à l’opposé de lui sur le plan personnel et littéraire. Elle illustre l’oppression des femmes dans cette société patriarcale dans un style très moderne.
    S. Taillefer

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