Les Travailleurs de la Mer – Victor Hugo – fantastique?

LECTURE COMMUNE

 

victor hugo vagues

 

Encore une Lecture commune avec Claudialucia et d’autres.

Au mois d’ Août 2013, j’ai lu l’Homme qui rit . Je crois que je vais pérenniser cette habitude : Le Victor Hugo d’août !

« Un triple ananké pèse sur nous, l’ananké des dogmes, l’ananké des lois, l’ananké des choses »

1864, Guernesey inspire à Hugo ce roman, à l’échelle de cette petite île Anglo-normande.

« Dans les îles comme Guernesey, la population est composée d’hommes qui ont passé leur vie à faire le tour de leur champ et d’hommes qui ont passé leur vie à faire le tour du  monde. Ce sont deux sortes de laboureurs, ceux-ci de la terre, ceux-ci des mers. »

Sauf un voyage à saint Malo, le récit se déroule exclusivement dans l’île et les roches qui affleurent autour du littoral.

Les personnages :

Economie de personnages ?

 Gilliatt, barbare antique, « en somme ce n’était qu’un pauvre homme sachant lire et écrire. Il est probable qui’l était sur la limite qui sépare le songeur du penseur, » , Giliatt le malin, le presque sorcier.

Deruchette « un oiseau qui a la forme d’une fille, quoi de plus exquis ».

Son oncle, Mess Lethierry, marin, devenu  notable

Rantaine et Clubin, les associés De Mess Lethierry,

le révérend Ebenezer.

Doit-on compter pour personnage La Durande, le bateau de Mess Lethierry ?

L’intrigue

victor hugo la chaise

L’intrigue aussi est simple, par comparaison avec celle des romans-fleuves de Victor Hugo.

Mess Lethierry construisit un bateau à  vapeur faisant la navette entre l’île et le continent : la Durande. Il en retira richesse et notoriété malgré l’hostilité des Guernesiais.

« Dans cet archipel puritain, où la reine d’Angleterre a été blâmée de violer la bible en accouchant par le chloroforme, le bateau à vapeur eut pour premier succès d’être baptisé le bateau-Diable (Devil-Boat) »

Lethierry fut deux fois floué par ses associés. Rantaine s’est sauvé avec une partie de la fortune.  Clubin, ayant récupéré le trésor de Rantaine, fit échouer la Durande sur un écueil pour emporter cette richesse au Nouveau Monde. Gilliatt, le solitaire, va sauver la machine à vapeur de la Durande, espérant à son retour, épouser Deruchette.

Dans une première moitié du livre, L’auteur expose les personnages, situe les lieux, la maison hantée – visionnée – de Gilliatt, le Bû de la Rue, celle de Lethierry, les Bravées avec son joli jardin fleuri, le piano de Deruchette,  il raconte  l’arrivée du progrès moderne avec le Devil-boat. Il détaille mentalités et croyances de Guernesey.

Une lutte fantastique

victor hugo pieuvre

La seconde partie, après le naufrage de la Durande, raconte la lutte épique de Gilliatt contre les éléments, contre la mer, pour sauver la machine encore intacte et la rapporter dans la panse, son embarcation. Gilliatt – travailleur de la mer – marin, mais aussi charpentier, acrobate, entreprend seul dans les éléments hostiles un chantier titanesque dans les deux piliers – les Douvres –

« Debout et droites comme deux colonnes noires. Elles étaient jusqu’à une certaine hauteur toutes velues de varech. Leurs hanches escarpées avaient des reflets d’armures.[ ….]Une sorte de toute-puissance tragique s’en dégageait »

Deux mois, Gilliatt va survivre en se nourrissant de coquillages, de crabes  trouvés sur les rochers. Il va ramasser toutes les matières premières utiles au chantier, construire une forge… et n’aura pour seuls compagnons que les oiseaux, mouettes et goélands. Victor Hugo raconte par le détail tous les progrès de l’évasion de la machine il empruntera les techniques de nombreux métiers. Et quand l’œuvre sera réalisée, il lui faudra encore vaincre la tempête ! Luxe de détails techniques, de termes de marine, d’astronomie, et aussi, et surtout fantastique découverte de la caverne extraordinaire, la première fois merveille

« La lumière était une énigme : on eût dit la lueur glauque de la prunelle d’un sphinx. Cette cave figurait le dedans d’une tête de mort énorme et splendide […] Cette bouche, avalant et rendant le flux et le reflux, béante au plein midi extérieur buvait de la lumière et vomissait l’amertume [le rayon de soleil, en traversant ce porche obstrué d’une épaisseur vitreuse d’eau de mer, devenait vert comme un rayon d’Albaran  ». je recopierais avec plaisir tout le chapitre décrivant la cave.

« On pouvait, devant cette sculpture où il y avait un nuage, rêver de Prométhée ébauchant pour Michel Ange »

Dans cette cave – comme dans la tempête – je découvre un Hugo fantastique qui me fait penser à ses dessins.

Gilliatt reviendra dans la cave qui prendra une dimension effrayante, il y découvrira le squelette de Clubin mangé par les crabes, et c’est aussi là qu’il combattra la pieuvre.

Gilliatt était une espèce de Job de l’océan. Un Job Prométhée.

De retour à Guernesey, la machine dans la panse, il croit trouver la gloire et surtout épouser Deruchette. Un happy end n’aurait pas  cadré avec ce roman fantastique.

 

La Fille du Capitaine – Pouchkine

CHALLENGE ROMANTISME

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Lecture commune avec Claudialucia

La semaine dernière, la lecture commune m’a entraînée avec Lermontov dans les montagnes du Caucase. Pouchkine m’emmène dans la steppe kirghize, aux frontières de l’Europe et de l’Asie centrale,, dans les années 1773 lors de l’insurrection paysanne de Pougatchev.

La Fille du Capitaine commence comme un roman d’apprentissage: Piotr Andréitch, âgé de 17ans seulement, est envoyé par son père à Orenburg faire son service militaire, chaperonné par son fidèle précepteur Saveliitch. A sa première rencontre il apprend à jouer au billard:

« c’est, dit-il, indispensable pour des soldats comme nous. je suppose qu’on arrive dans une petite bourgade ; que veux-tu qu’on y fasse? On ne peut pas toujours rosser les juifs. il faut bien, en définitive, aller à l’auberge et jouer au billard… »

Expérience qui lui coûtera cent roubles..

Neige kibitka

 

Nouvelle aventure pendant le voyage dans la neige, le bourane qui peut engloutir des caravanes entières. Rencontre avec un vagabond, cosaque ou brigand, qui les guide à l’auberge. L’enfant, de bon cœur, lui laisse son touloup en peau de lièvre.

A Orenburg, chez l’ancien camarade de son père, Piotr Andreitch découvre les instruction de son père « le tenir avec des gants de porc-épic » et il est envoyé « dans un fort abandonné sur la frontière des steppes kirghizes-kaïsaks ».

C’est dans ce fort que le roman d’amour va naître.  Chez le capitaine débonnaire et de sa femme,  une dame très brave, il est reçu familièrement. Il semble que rien ne peut arriver dans ce petit fort:

« Les Bachkirs sont un peuple intimidé, et les Kirghizes aussi ont reçu de bonnes leçons »

Amour contrarié :  Piotr Andréitch rencontre un rival, le perfide Chvabrine – duel.

« comme les hommes sont étranges! pour une parole qu’ils oublieraient la semaine ensuite, ils sont prêts à s’entr’égorger, et à sacrifier non seulement leur vie mais encore l’honneur et le bonheur de ceux qui.… »

Ses parents ne veulent rien entendre des projets de mariage du très jeune homme.

Arrive Pougatchev et le roman historique, roman de cap et d’épée: 

« On avait élevé des forteresses dans les lieux favorables, et dans la plupart, on avait établi à demeure fixe, des Cosaques, anciens possesseurs des rives du Iaïk. mais ces Cosaques qui auraient dû garantir le calme et la sécurité des contrées, étaient devenus depuis quelques temps des sujets inquiets et dangereux pour le gouvernement impérial »

Pougatchev, se faisait passer pour le défunt empereur Pierre III. Le capitaine, sa vaillante femme et leur unique canon, ne résisteront pas longtemps aux cosaques….

Retournement de situation :  Pougatchev est justement le bandit rencontré dans la tempête de neige, homme d’honneur, ce n’est pas un ingrat….et le roman d’aventures se complique.

Je me laisse prendre à tous les rebondissements….je me suis laissé entraîner dans toutes les péripéties avec un plaisir d’enfant.

J’ai beaucoup aimé certains personnages secondaires, Vassilissa Iegorovna, vaillante combattante qui meurt du sabre d’un  cosaque, Saveliitch sage mais trop conscient de sa place de serviteur. Si un  certain manichéisme noircit Chvebrine, le traître ou au contraire pare de toutes les qualités Maria Ivanovna, Pouchkine sait aussi créer des personnages plus complexes et plus ambigus comme Pougatchev ou Zorine.

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Je me suis aussi régalée à l’exotisme russe de certaines expressions intraduisibles sans lesquelles on ne se sentirait pas transporté si loin, les touloups, et le bourane.. les proverbes aussi dont les hommes simples abusent »comment vont les nôtres? répliqua l’hôtelier en continuant à parler proverbialement. on commençait à sonner les vêpres mais la femme du pope l’a défendu : le pope est allé en visite et les diable sont au cimetière… »

…. »tant qu’il y aura de la pluie, il y aura des champignons, et quand il y aura des champignons, il y aura une corbeille pour les mettre…. »

Dur monde aussi où on torturait, où on coupait les narines…où les forçats avaient la tête rasée et étaient défigurés par les tenailles des bourreaux!

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Un héros de notre temps – Lermontov

CHALLENGE ROMANTISME

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Lecture commune initiée par Claudialucia

A la découverte du romantisme russe?

 

 

 

 

 

 

 

 

Le héros de « notre » temps est Petchorin

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« J’ai une âme gâtée par le monde, une imagination sans repos et un cœur insatiable. Tout me paraît petit; je m’habitue facilement à la souffrance comme au plaisir et mon existence devient de plus en plus monotone de jour en jour. il ne me reste plus qu’une ressource : c’est de voyager »

déclare-t-il alors que Béla, la jeune caucasienne, se consumait d’amour à l’attendre lorsqu’il partait à la chasse.

Le roman ressemble plutôt à un recueil de nouvelles ou de contes. J’ai beaucoup aimé les premiers récits qui se déroulent dans les montagnes du Caucase, monts inaccessibles chemins improbables, Géorgiens, Circassiens, Tatars, peuples exotiques dont on ne sait s’ils sont soumis ou hostiles. Pris dans la neige dans un refuge, l’attente rapproche les voyageurs et pousse aux confidences.

L’histoire de Béla, avec noce, chevaux,cosaques, enlèvements et bien sûr une histoire d’amour, est très touchante. Petchorin, jeune officier, ne laisse pas transparaître sa nature cynique tout de suite.

Au cours des retrouvailles de Maxime et de Petchorin, on se rend compte que ce dernier, oublieux de son ancien ami, presque méprisant est un personnage singulier et plutôt antipathique.

« ne vous est-il jamais arrivé de remarquer cette chose étrange chez quelques hommes? C’est l’indice d’un caractère méchant ou d’un chagrin profond et permanent A travers ses paupières à demi-baissées, ils brillaient d’une certaine clarté phosphorescente sil’on peut s’exprimer ainsi. »

Taman, un autre récit exotique nous conduit chez des contrebandiers, onirique et étrange

« quelle bizarre aventure, gaie et triste en même temps »

Lermontov_russe_herosEn revanche la suite se déroule dans une ville d’eaux Piatigorsk. Que peut-il se passer dans une ville d’eaux?Mondanités et ragots.

 

 

 

 

Nous retrouvons Petchorin en compagnie d’un jeune officier noble

 

 

« Son arrivée au Caucase a été la conséquence de son exaltation romanesque. Je suis sûr que la veille de son départ du village paternel, il a dû dire avec tristesse à ses jolies voisines, non pas qu’il entrait tout simplement au servie mais qu’il allait à la mort »

Les manœuvres de séduction des deux officiers m’ont bien agacées. le mépris dont il tiennent les femmes n’a d’égal que la vacuité de leurs propos:

« – Tu parles de jolies femmes comme de chevaux anglais, m’a dit avec indignation Groutchnitski

-mon cher? lui ai-je répondu, m’efforçant de copier sa manière, je méprise les femmes pour en pas les aimer, car autrement la vie serait un mélodrame trop ridicule. »

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duel

Qui séduira la princesse, de Petchorin ou de Groutchniski? Petchorin retrouvera-t-il son ancienne maîtresse ou préférera-t-il la jeune princesse riche? Ou peut être jouera-t-il sur les deux tableaux.

Rivalités, cabales, duels, j’ai plutôt décroché. Ce romantisme-là, même avec références à Byron m’agace plutôt.

 

Mireille de Mistral

CARNET PROVENÇAL

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Mon dos est coincé. Je serais bien incapable de visiter le Petit Palais d’Avignon comme prévu. J’ai donc lu Mireille avec grand plaisir.

« Je chante une fille de Provence. Dans les amours de sa jeunesse. A travers la Crau, vers la mer dans les blés. Humble écolier du grand Homère, je veux la suivre ; Comme c’était seulement une fille de la glèbe. En dehors de la Crau il s’en est peu parlé. »

Mireille, c’est un peu Roméo et Juliette dans le pays d’Arles. Mireille est la fille d’un riche agriculteur, le Maître, pater familias dans la tradition romaine. Vincent, d’un vannier qui va de ferme en ferme vendre ses paniers, va-nu-pieds. Amours contrariées qui ne peut que se terminer tragiquement.

Mireille est un poème épique douze chants écrits en provençal.  Frédéric Mistral se réclame d’Homère mais aussi de Virgile. Proximité de la Provence avec l’Antiquité gréco-latine. Mireille a été dédié à Lamartine qui a rédigé la préface :

Frédéric_Mistral_

« Le lendemain, au soleil couchant, je vis entrer Adolphe Dumas, suivi d’un beau et modeste jeune homme vêtu avec une sobre élégance, comme l’amant de Laure quand il brossait sa tunique noire et qu’il peignait sa lisse chevelure dans les rues d’Avignon. C’était Frédéric Mistral, le jeune poète villageois destiné à devenir comme Burns, le laboureur écossais, l’Homère de la Provence. »

Burns, aussi Byron de Childe Harold. Poète romantique ?

C’est le poème du Pays d’Arles décrit  précision et lyrisme. Évocation de son histoire et de ses légendes.

Chant premier : Le Mas des Micocoules , à la veillée, les laboureurs écoutent le vieil Ambroise, chanter ses exploits sur mer. Vincent éveille l’amour de Mireille avec des aventures pourtant simples, pêche aux sangsues ou courses des garçons.

Chant deuxième : La Cueillette : Au cours de la cueillette des feuilles de mûrier Vincent et Mireille se rapprochent, Vincent grimpe avec elle dans le mûrier qui se fend. Ils trouvent un nid Mireille prend les oisillons dans son corsage…

« Chantez, chantez magnanarelles, en défeuillant vos rameaux….. »

La description détaillée des travaux des champs est l’un des charmes les plus prenants de l’œuvre de Mistral.

Chant troisième : Le dépouillement des cocons l’élevage des vers à soie est une occupation féminine. C’est l’occasion de rassembler les générations, de transmettre les contes, de rêver au prince charmant, d’avouer ses amours. J’ai beaucoup aimé ce chant où le fantastique s’invite avec la sorcière Taven.

Chant quatrième : Les Prétendants : occasion de découvrir les pêcheurs de Martigue, Le berger Alari avec une merveilleuse évocation de la transhumance, les chevaux blancs de la Camargue

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« Car à cette race sauvage, son élément c’est la mer. Du char de Neptune échappée sans doute. Elle est encore teinte d’écume. Et quand la mer souffle et s’assombrit, Quand des vaisseaux rompent les câbles, les étalons de Camargue hennissent de bonheur. »

Enfin, le plus terrible, le toucheur de taureaux Ourrias :

« Des bœufs, il avait la structure, et l’œil sauvage et la noirceur, et l’ai revêche, et l’âme dure »

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Par lui, arrive le drame.

Chant cinquième : Le Combat où s’affrontent Vincent et Ourrias ; combat épique où le jeune vannier  s’illustre contre le redoutable adversaire. La morale est sauve, dans la nuit de la Saint Médard Ourrias est englouti dans le Rhône, la barque chavirée sous le poids de l’assassin. Et encore le chant devient fantastique avec la danse des Trèves sur le Pont de Trinquetaille.

Chant sixième : la Sorcière, Taven, aux Baux, invoque les Fées, les Follets, l’Esprit Fantastique, l’Agneau noir et la chèvre d’Or. De la description agreste de la vie des paysans de la Crau, nous sommes transportés en plein merveilleux. D’ordinaire, je suis très peu sensible aux charmes du fantastique, mais je me suis laissé transporter.

Le chant septième Les Vieillards, change de registre Maître Ambroise, le vannier vient au Mas des Micocoules,  demander à Maître Ramon la main de Mireille pour son fils Vincent. De retour au Mas, Mistral va nous décrire une nouvelle coutume agricole : la Moisson, le repas des moissonneurs. Il donne des détails sur leur accoutrement, leurs outils, le travail de la terre.

Chant Huitième : La Crau Mireille désespérée, va aux Saintes-Maries supplier les patronnes de la Provence de fléchir ses parents. Occasion pour le poète de chanter la terre, les lézards, les alouettes huppées, les cigales,  les papillons, la chaleur accablante de l’été, mais aussi d’invoquer un Saint local saint Gent, et la coutume du ramassage des limaçons.

la moisson
la moisson

Chant neuvième : l’Assemblée met en scène  tous les travailleurs du mas, faucheurs, faneuses, glaneuses, bergers ou moissonneurs et bergers. Le Maître les convoque pour retrouver sa fille. Encore une occasion de mieux chanter cette Provence agricole :

« Quarante moissonneurs, quarante, Pareils à des flammes dévorantes, De son vêtement touffu, odorant, gracieux, Dépouillant la terre ; ils allaient Sur la moisson qu’ils moissonnaient, comme des loups ! [ ….]Derrière les hommes, et en longues files comme les crossettes d’une vigne, tombait la javelle avec ordre : dans leurs bras les ardentes lieuses Vite ramassaient les poignées, Et vite,  pressant la gerbe D’un coup de genou, la jetaient derrière elles »

vangogh la sieste

Le ton devient épique quand il convoque l’Histoire de la Provence !

« Cela ressemblait par les champs aux pavillons d’un camp de guerre : comme celui de Beaucaire, autrefois quand Simon et la Croisade française, Et le légat qui les commande, Vinrent impétueux à toue nord  Egorger la Provence et le Comte Raymond »

Chant dixième : la Camargue Mireille traverse la Camargue, elle est frappée d’un coup de soleil et cde chant se termine par les visions. Même si, la veille d’une excursion aux Saintes Marie, ce chapitre m’a intéressée, je ne me suis pas laissé emporter par son délire ni par le discours mystique dont je me sens très éloignée et pas attirée du tout non plus par le Chant onzième  Les Saintes même si j’y apprends qui était Saint Trophime dont j’ai visité l’église et le cloître à Arles, même si l’évocation de la Tarasque est pittoresque, et même si on retrouve le roi René…

Dans le dernier et douzième chant La radieuse mort de Mireille était inévitable, comme celle de Vincent qui arrive juste à temps pour lui toucher la main.

Ce n’est pas tant le roman d’amour qui m’a touchée que l’évocation de la vie rurale dans cette région d’Arles où nous passons une semaine. Pas un village, pas un aspect de la vie Provençale qui ne soit magnifiée et si magnifiquement chantée.

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Le Talisman – Walter Scott

CHALLENGE ROMANTISME

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Lecture commune avec  Nathalie, claudialucia, eegab

J’aime beaucoup Scott, Ivanhoé mais surtout Rob Roy .

J’ai donc téléchargé avec enthousiasme le Talisman(en anglais) sur ma liseuse avec le confort du dictionnaire intégré.

Le début du livre m’a transportée : une curieuse histoire d’anthropophagie, en apéritif, avant que ne s’ouvre le livre, puis une promenade dans les montagnes désertiques de Judée jusqu’à la Mer Morte en compagnie du chevalier du Léopard et d’un Sarrasin très chevaleresque. Chevalerie et conte oriental.
Rencontre avec un ermite à l’allure de saint Jean Baptiste dans les cavernes….reliques et procession de femmes.Un bouton de rose tombe, pas franchement par hasard. et voilà le chevalier (à la rose) qui se dévoue à sa dame.  Amour courtois.
et grand plaisir de lecture.
Malheureusement l’action s’enlise dan le camp des Croisés. Richard Cœur de Lion. le roi anglais est malade,. Pendant la trêve conclue avec Saladin, les Croisés s’ennuient et les intrigues vont bon train. Discours interminables. Rivalités, beuveries…En bon écossais Scott ne peut s’empêcher d’analyser les relations entre Anglais et Écossais. Et moi, je m’ennuie.

Saint Trophime Arles, croisades
Saint Trophime Arles, croisades

Bien sûr il y a quand même de l’action.
La bannière anglaise est volée…l’écossais est condamné. La dame à la rose, Edith Plantagenet, a joué un rôle équivoque…
Heureusement, l’Écossais reprend la route avec une caravane. A nouveau de l’action et les charmes de l’Orient. Chaque fois qu’on en revient à Richard Cœur de Lion, les discours verbeux ralentissent l’intrigue. Certes, il est répété  que Richard est le plus brave, le plus valeureux…mais on ne voit pas en quoi. Il est plutôt colérique et grossier.  Le rôle le plus chevaleresque revient à Saladin qui envoie généreusement son médecin le Hakim, puis un esclave nubien et enfin qui va présider au tournoi qui départagera les intrigues des chrétiens.

Montefiore, dans Jérusalem biographie, donne une toute autre version de la 3ème Croisade (1189-1193) « Richard, toujours vêtu d’écarlate, la couleur de la guerre, brandissait une épée qu’il affirmait être Excalibur. En Sicile, il sauva sa sœur, la reine Jeanne[….]le 8 juin 1191 il toucha terre et rejoignit le roi de France qui participait au siège d’Acre. Au cors des opérations, les combats alternaient avec des périodes de fraternisation. Saladin et ses courtisans assistèrent à l’arrivée du roi d’Angleterre et furent impressionnés par la « grande pompe » de  « ce puissant guerrier » et sa « passion pour la guerre ». {….]le 20 Aout , il (Richard) fit aligner sur la plaine 3000 musulmans entravés, sous les yeux de l’armée de Saladin, et massacra les hommes, les femmes et les enfants. Saladin, horrifié lança sa cavalerie …par la suite il fit décapiter tous les prisonniers francs qui lui tombaient en tre les mains ».

L’épisode du mariage envisagé entre Edith Plantagenet et Saladin n’est pas une fantaisie   imaginée par le  romancier. D’après Montefiore, Jeanne, la sœur de Richard, aurait été promise, non pas à Saladin lui-même mais à son frère Safadin dans « un compromis  où les chrétiens garderaient le contrôle du littoral et auraient accès à Jérusalem ; les musulmans garderaient l’arrière-pays, Jérusalem devenant la capitale du roi Safadin et de la reine Jeanne, sous la suzeraineté de Saladin »

Je m’attendais à des chevauchées et des batailles épiques, à des massacres aux sièges d’Acre et d’Ascalon. J’en serai pour mes frais. La Croisade s’enlise. J’ai été très étonnée du parti pris de Scott de donner le beau rôle à Saladin. Chateaubriand, avait donné une version beaucoup plus brillante et plus partiale des Croisades. Le côté « conte oriental » fait plus penser aux écrits de Nerval.

Edward Said dans l’Orientalisme fait allusion au combat singulier entre le chevalier du Léopard Rampant et Saladin mais il ne tire pas la même conclusion : il accuse Scott de condescendance désinvolte , l’Écossais reconnaissant la valeur individuelle de son adversaire « en particulier » tandis que le peuple « en général » serait méprisable. Cette scène, selon Said, malgré l’exception évidente, témoignerait de l’attitude des orientalistes vis à vis des orientaux.

Le hasard a bien fait les choses en intercalant  la lecture commune, Le Talisman, dans la série de lectures sur Jérusalem de Vincent Lemire et de Montefiore, et celle de lOrientalisme de Edward Said. j’y trouve mon compte. Cependant Le Talisman n’est pas le meilleur Walter Scott

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Les peintres témoins de leur temps : Goya et la modernité – à la Pinacothèque

LE MONDE EN EXPOS

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Je connaissais mal Goya, le tres de Mayo 1808 – souvenir scolaire – Chronos dévorant ses enfants, j’avais  une idée très sombre de ce peintre.

Enfants jouant aux soldats
Enfants jouant aux soldats

Je ne savais pas que c’était un graveur et un portraitiste. Voilà donc cette lacune réparée.

A la Pinacothèque, peu de tableaux, mais de très nombreuses gravures, petit format, formant des collections à thèmes : des Caprices, les Désastres de la Guerre, des jeux d’enfants – car

Enfants jouant à saute-mouton
Enfants jouant à saute-mouton

a attiré les foudres de l’Inquisition. Il montre aussi le Mariage, l’Éducation, ou la prostitution sous les traits d’animaux (ânes le plus souvent) mais aussi vautours ou chauves-souris.

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La série la plus saisissante, la plus journalistique est celle des Désastres de la Guerre.Par ces désastres de la guerre, Goya est vraiment le Témoin de son temps!

Témoin courageux, capable de s’opposer à l’Inquisition, à dénoncer les abus, à prendre la défense des petits, des femmes mariées de force, de peindre les enfants tels qu’ils sont. Aussi peintre de cour, vivant en peignant les portraits des grands d’Espagne.

pour plus d’images cliquer ICI  

encore ICI

Et LA

sur les sites des musées

 

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Galerie David d’Angers –

PROMENADE ANGEVINE

la verrière de la Galerie David d’Angers

De l’abbaye médiévale Toussaint à Angers, il ne restait plus après la Révolution que la ruine romantique de l’église gothique. Pour remplacer la voûte écroulée en 1815, on a construit une haute verrière sur une élégante charpente de bois. La galerie ainsi rénovée fut offerte au sculpteur David d’Angers  (1788-1856) dont les œuvres étaient exposées auparavant au Musée des Beaux Arts d’Angers.

Angevins et Plantagenet

David d’Angers,  prix de Rome en 1811, obtint des commandes dans toute la France  : un Condé monumental et un Gutenberg pour Strasbourg. Il sculpta également le fronton du Panthéon. Fidèle à sa ville natale,  envoya dès 1811 un exemplaire, souvent des plâtres d’atelier à Angers.

 

Gutenberg

Les sculptures sont présentées sous l’éclairage naturel de la belle verrière. C’est un plaisir de détailler les bas reliefs très expressifs et les bustes des hommes célèbres contemporains du sculpteur. Les écrivains romantiques sont tous là : Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo dont il fut l’ami, mais aussi Goethe…..Balzac.

  Fidèle à la République, après la prise de pouvoir de Napoléon III, c’est vers la Grèce qu’il se tourne. On voit donc aussi le buste de Canaris et une sculpture sur le monument à Botzaris à Missolonghi.

Gérard de Nerval :Voyage en Orient

VOYAGE EN ORIENT

David Roberts vue du Caire

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« Je vais au-devant du soleil…Il flamboie à mes yeux dans les brumes colorées de l’Orient…. »

Nerval est parti à l’aventure, sans  aucun plan, aucun programme. Sa relation est une série de récits à un ami dans lequel ajoute des anecdotes et même des contes.

« Tu ne m’as pas encore demandé où je vais : le sais-je moi-même ? je vais tâcher de voir des pays que je n’ai pas vus…. »

 

Nerval n’est pas parti en pèlerin, comme Chateaubriand ou comme Byron, il ne s’est pas chargé d’une bibliothèque comme Lamartine. Nerval pare des charmes de l’Orient, les rives du Lac de Constance dont le nom évoque Constantinople. Nerval est dilettante, il cherche la bonne fortune, s’attarde sous le charme des belles à Vienne qu’il quittera après une rupture sentimentale. Vienne est-elle encore la porte de l’Orient ? Ou seulement une étape agréable ?

 Il embarque à Trieste sur l’Adriatique par un temps épouvantable, fait relâche à Corfou dont nous ne saurons rien, et, après une tempête, aborde à Cythère

« …ma journée a commencé comme un chant d’Homère ! C’était vraiment l’Aurore aux doigts de rose qui m’ouvrait les portes de l’Orient !… »

S’il commence sur le mode lyrique, il ajoute aussitôt :

Embarquement pour Cythère – Watteau

« Pour rentrer dans la prose, il faut avouer Que Cythère n’a conservé de toutes ses beautés que les rocs de porphyre, aussi tristes à voir que de simples rochers de grès. Pas un arbre sur la côte […] pas une rose, hélas ! Pas un coquillage le long de ce bord où les Néréides avaient choisi la conque de Cypris. Je cherchais les bergers et les bergères de Watteau…. »

Mais plutôt que de rester dans un inventaire prosaïque de ses déceptions, il préfère écrire un chapitre s’intitulant : La Messe de Vénus où il raconte les amours de Polyphile et de Polia, deux amants se préparant au pèlerinage de Cythère. Polyphile, c’est-à-dire Francesco Colonna, peintre du 15ème s’éprit d’une princesse italienne…Nerval, le poète s’autorise toute digression anachronique, pour notre plus grand plaisir. Mais il ne nous prive pas de la description de l’île, sous domination anglaise. Il cherche les vestiges du temple de Vénus, découvre une arche portant une inscription qu’il traduit : guérison des cœurs !

Avant de naviguer dans les Cyclades, il passe le Cap Malée « c’est un lieu magnifique en effet pour rêver au bruit des flots comme un moine romantique de Byron ! »

Dans la rade de Syra (Syros ?) : « je vis ce matin dans un ravissement complet. Je voudrais m’arrêter tout à fait chez ce bon peuple hellène, au milieu de ces îles aux noms sonores et d’où s’exhale comme un parfum du Jardin des Racines grecques » et de nous faire une démonstration de ses connaissances « Ah que je remercie à présent mes bons professeurs, tant de fois maudits, de m’avoir appris de quoi déchiffrer à Syra l’enseigne d’un barbier … »

Mais aux moulins de Syra, sa connaissances du Grec lui fait défaut et l’entraîne dans ne sorte de chasse aux jeunes filles, en revanche il est capable de suivre une un drame hellénique  où un Léonidas moderne avec trois cents palikares terminent la pièce par des coups de fusil.

J’aurais volontiers suivi Nerval dans d’autres aventures aussi distrayantes mais il ne s’attarde pas et fait voile vers l’Egypte.

Sa première impression est que « l’Égypte est un vaste tombeau : […] en abordant cette plage d’Alexandrie qui, avec ses ruines et ses monticules offre aux yeux des tombeaux épars sur un terre de cendre. ». En touriste, il va voir la colonne de Pompée, les bains de Cléopâtre et « je ne te parle pas d’une grande place tout européenne formée par les palais des consuls… »

Pierre Narcisse – bonaparte faisant grâce aux révoltés du Caire

Le titre de la partie consacrée au Caire : LES FEMMES DU CAIRE, est instructif. Nerval nous racontera son ascensions aux Pyramides, décrira les marchés, les palais…mais il ne se comporte pas comme les autres visiteurs. Sa première préoccupation est de découvrir les femmes égyptiennes  « Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Saïs. » »L’habit mystérieux des femmes donne à la foule qui remplit les rues l’aspect joyeux d’un bal masqué », écrit-il un peu plus loin. Loin d’épouser les préjugés occidentaux, il imagine que le voile procure aux égyptiennes une liberté que les européennes ne connaîtraient pas.

Son drogman, son interprète Abdallah, essaie de lui faire connaître les mœurs des Européens au Caire, l’entraîne dans les hôtels,  mais « autant voudrait n’être point parti de Marseille. J’aime mieux, pour moi essayer la vie orientale tout à fait. ». Il décide de louer une maison, il doit d’abord acheter du mobilier au bazar, engager du personnel mais ce qu’il n’avait pas prévu c’est qu’il lui faudrait prendre femme. Cette aventure occupe une bonne partie de son séjour au Caire et lui permet d’entrer dans l’intimité de familles coptes ou musulmanes à la recherche d’une épouse convenable.

« Ne vous mariez pas, et surtout ne prenez point le turban ! » lui conseille un peintre français officiant avec un daguerréotype. Abdallah, le drogman est d’un autre avis, il propose des « mariages coptes » qui, avec l’avantage d’être chrétien, ne l’engagerait que pour le temps de son séjour en Egypte – mariage temporaire, en quelque sorte, trouvées par l’intermédiaire d’un wekil – un entremetteur. L’idée du mariage temporaire heurte la sensibilité de Nerval, une dernière solution lui paraît meilleure : acheter  une esclave qu’il libèrerait ainsi…

 Nous voilà bien loin des relations de voyage des pèlerins ou des touristes de Cook ! Nous arrivons en pleines Mille et Unes Nuits, au Besestain – le bazar – dans les jardins de Rosette, dans un bois d’orangers et de mûriers – au Mousky… Nerval nous fait découvrir la vie quotidienne au Caire où il se promène sur des ânes ou à pied. Rencontres insolites avec les anciens compagnons de Bonaparte restés en Égypte. Nerval ne partage pas les préjugés en cours: « je trouve qu’en général ce pauvre peuple d’Égypte est trop méprisé par les Européens ».

Nous suivons ses progrès dans la langue arabe dont il ne connaît au début qu’un seul mot Tayeb bon pour  tous les usages, découvrons la cuisine locale, y compris les sauterelles,

Après huit mois passés au Caire, avec son esclave Zeynab, Nerval s’embarque sur une cange sur le Nil bravant la peste qui sévit dans le delta et poursuit vers Beyrouth sur La Santa-Barbara,   bateau grec en compagnie d’un jeune arménien poéte. La navigation à voile est hasardeuse : 

« Pour peu que les vents nous fussent contraires nous risquions d’aller faire connaissance avec la patrie inhospitalière des Lestrigons ou les rochers porphyreux des Phéaciens. O Ulysse ! Télémaque ! Enée ! Étais-je destiné à vérifier par moi-même votre itinéraire fallacieux ! « 

Contrairement à Chateaubriand et son catholicisme militant, à Lamartine qui se réjouissait d’emboiter les pas de Jésus, Nerval se présente comme « un Parisien nourri d’idées philosophiques, un fils de Voltaire, un impie selon l’opinion des braves gens ! » il est donc dénué de préjugés religieux et admire la tolérance mutuelle pour les religions diverses. C’est cette tolérance qui le différencie de ses prédécesseurs fameux et qui le rend tellement ouvert à toutes les croyances et les traditions. Devant les côtes de Palestine, il n’éprouve aucun enthousiasme mystique, mais décrit les montagnes, l’aspect de la côte et, surtout raconte la quarantaine à laquelle ils sont soumis arrivant d’une zone où sévit la peste.

Au Liban, dans la Montagne,  il est l’hôte des Maronites, mais aussi des Druzes, assiste aux batailles entre ces communautés. Un moment, il pense participer à ces combats :

 « Que je puisse assister, dans ma vie à une lutte un peu grandiose, à une guerre religieuse. Il serait si beau d’y mourir pour la cause que vous défendez »

Mais dans le feu de l’action, le voilà qui reconnaît les druzes qui l’avaient si bien accueilli et que les vengeances, les destructions sans fin ne le concernent pas et il conclue

« Au fond, ces peuples s’estiment entre eux plus qu’on ne croit et ne peuvent oublier les liens qui les unissaient jadis. Tourmentés et excités soit par les missionnaires, soit par les moines, dans l’intérêt des puissances européennes, ils se ménagent à la manière des condottieri d’autrefois, qui livraient de grands combats sans effusion de sang… »

Pour être plus libre de ses mouvements dans la montagne, Nerval a laissé son esclave Zeynab à la pension de madame Carlès. Il y rencontre une jeune Druze dont il tombe amoureux. Il va donc essayer de faire libérer le père de Selma,  emprisonné par les Turcs de demander sa main. Fasciné par cette religion secrète, il tente d’en pénétrer les arcanes et trouve une parenté entre leur dogme et les secrets des Rose-Croix.

Interrompant son journal de bord, il raconte, sur le ton du conte oriental, l’HISTOIRE DU CALIFE HAKEM  en l’an 1000, dans les ruines du Vieux Caire. Hachich, rêves, prodiges… le conte, ou la légende est passionnante.

Encore une fois, Nerval qui a donné l’impression de vouloir se fixer au Liban reprend le voyage pour Constantinople.

Antoine Melling – Constantinople

« ville étrange que Constantinople ! Splendeur et misère, larmes et joie ; l’arbitraire plus qu’ailleurs, et aussi plus de liberté. Turcs, Arméniens, Grecs et Juifs, enfants du même sol et se supportant beaucoup mieux les uns les autres que ne le font, chez nous les gens de diverses provinces ou de divers partis. »

Encore une fois, la tolérance de Nerval est remarquable ! Curiosité de la variété des langues, des journaux, de la cuisine !

Alors qu’au Caire, il fuyait les Européens, à Constantinople, il fréquente Arméniens et européens et les Grecs  qui ne sont pas touristes mais partie prenante de la vie de la ville. Les Mille et Une Nuits ne sont pas loin : un inconnu lui raconte une aventure arrivée au Sérail.

Arrivé au moment du Ramadan, Nerval ne veut pas renoncer aux fêtes nocturnes. Le seul moyen d’y assister est de loger à Stamboul :  « Pensée absurde au premier abord attendu qu’aucun chrétien n’a le droit d’y prendre domicile » « eh bien ! un moyen seul existe ici,c’ est de vous faire passer pour Persan. »

Et voilà Nerval obligé de se déguiser en marchant persan  pour loger dans un caravansérail. Le jour en revanche, il était libre d’aller à Péra  ou ailleurs, visiter ses amis chrétiens ! A nouveau, prétexte à nous raconter un conte : spectacle de Karagueuz !

De tous les voyageurs romantiques que j’ai lus, Nerval m’apparaît le meilleur compagnon avec sa grande tolérance, son absence de préjugés, et sa fantaisie.

Ainsi se termine son voyage :

« J’ai été fort touché à Constantinople en voyant de bons derviches assister à la messe. La parole de Dieu leur paraissait bonne dans toutes les langues. Du reste, ils n’obligent personne à tourner comme un volant au son des flûtes, – ce qui pour eux-mêmes est la plus sublime façon d’honorer le ciel. »

L’Homme qui rit – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTISME – LECTURE COMMUNE

Les lectures communes sont l’occasion de merveilleuses découvertes. Comment suis-je passée à côté d’un tel chef d’œuvre?Sans le défi de Claudialucia d’Aifelle et d’autres, je n’aurais peut être pas choisi un gros pavé. Pavé? J’exagère parce que c’est une lecture numérique sur ma nouvelle liseuse qui a l’avantage de garder en mémoire les passages que j’ai soulignés, et surtout de m’accompagner sans surcharger les bagages…

Que cache ce titre L’Homme qui rit? Pendant un bon tiers du livre, j’ai peu d’indices. pour répondre à ma curiosité

 

Je m’engage donc à l’aveugle à l’aventure dans l’Angleterre de 1680.

 

Roman historique? C’est une lecture possible. J’y apprendrai beaucoup sur la succession des rois :  Stuart,  la Révolution de Cromwell,  Jacques II qui rétablit la royauté, CharlesII, la Reine Ann.

Tout renaissait, tout reprenait sa place. Dryden en haut, Shakespeare en bas, Charles II sur le trône, Cromwell au gibet

Que le lion puisse redevenir baudet, cela étonne, mais cela est . Cela se voyait en Angleterre. On avait repris le bât de l’idolâtrie royaliste

Hugo explique le fonctionnement de la Chambre des Lords, contre-pouvoir de la royauté…. je ne ma plains pas des digressions, elles m’instruisent.

La mer qui, le moment d’avant, avait des écailles avait maintenant une peau. Tel est ce dragon. Ce n’était plus le crocodile, c’était le boa. Cette peau plombée et sale, semblait épaisse et se ridait lourdement

Ce qui caractérise la tempête de neige, c’est qu’elle est noire. l’aspect habituel de la nature dans l’orage, terre ou mer obscure, c’est blême, est renversé ; le ciel est noir, l’océan est blanc

Roman fantastique que cette plongée dans le froid de l’hiver à Portland, embarquement mystérieux sur cette ourque dans une tempête de neige noire, naufrage annoncé, lutte contre les éléments déchaînés, cette cloche qui résonne dans la Manche,….Fantastique, la course de l’enfant qui découvre le gibet, première rencontre avec la mort, deuxième rencontre avec la mendiante morte sous la neige. j’imagine Hugo à Guernesey décrivant la tempête  (je me laisse emporter par mon imagination, je crois que le livre a été composé à Bruxelles). Aucune trace de rire dans ce début de roman.

 

le spectre était là au pillage. Il endurait cette voie de fait horrible, la pourriture en plain vent. Il était hors la loi du cercueil. Il avait l’anéantissement sans la paix. Il tombait en cendre l’été et en boue l’hiver….[….]  il était simulacre. Ayant sur lui les souffles qui ne s’apaisent pas…

 

 

Sont-ils sortis de l’imagination de l’écrivain? Ursus, colporteur apothicaire, guérisseur, philosophe, sur sa charrette? plus fort encore les comprachicos? et plus loin le terrifiant Wapentake? Ont-ils existé? Peu importe, on y croit.

 

Roman politique : la richesse des Lords suppose la pauvreté du peuple. Victor Hugo étale les possessions, les privilèges, les abus des Lords. La longue énumération des propriétés a pour but de nous faire sentir jusqu’à la nausée l’énorme richesse de certains face au dénuement des autres.

Mon garçon, les carrosses existent. Le lord est dedans, le peuple est sous la roue, le sage se range

Roman d’amour:entre Dea, la belle, et Gwynplaine, monstrueux. Amours innocentes mais aussi éveil du désir, de la tentation du sexe….

Etre aveugle et amoureux, c’est être deux fois aveugle

Tu as une chose à faire, aimer Dea. tu es heureux de deux bonheurs : le premier c’est que la foule voit ton museau ; le second c’est que Dea ne le voit pas.

Roman social 

Quand Gwynplaine se trouvait saltimbanque :

Oh! Si j’étais puissant, comme je viendrais en aide aux malheureux! Mais que suis-je? un atome. Que puis-je? rien. Il se trompait. Il pouvait beaucoup pour les malheureux. Il les faisait rire

Quand Gwynplaine se retrouve élevé à la position de lord:

Deux spectres, l’adversité et la prospérité, prenant possession de la même âme, chacun la tirant à soi. partage pathétique d’une intelligence, d’une volonté, d’un cerveau,

Gwynplaine  saisir l’occasion, à la Chambre des lords de plaider pour les pauvres:

Milords, je viens vous apprendre une nouvelle. Le genre humain existe.

Je suis un plongeur, et j’ai rapporté la perle, la vérité. Je parle parce que je sais.Vous m’entendrez, milords. J’ai éprouvé, j’ai vu. La souffrance, non, ce n’est pas un mot, messieurs les heureux. La pauvreté, j’y ai grandi ; l’hiver…

Est-ce que vous ne voyez pas que vous êtes dans une balance et qu’il y a dans un plateau votre puissance, dans l’autre votre responsabilité. Dieu vous pèse. Oh! ne riez pas. Méditez.

Généreux, c’est le mot qui me vient pour qualifier Hugo dans cette œuvre. Dans cette plaidoirie et dans le plaisir jamais compté que l’auteur donne au lecteur qui est parfois submergé d’émotions, de renseignements, richesse de vocabulaire, d’images…

Les Fiancés – Manzoni

CHALLENGE ROMANTISME

Merci avant toute chose à Claudialucia d’avoir proposé les Fiancés comme lecture commune! C’est une vraie découverte que je n’aurais pas faite seule.

 

 

 

 

 

La première surprise fut d’ouvrir le paquet : un gros pavé de plus de 850 pages. Un gros livre peut être promesse d’un plaisir prolongé de lecture mais aussi un long pensum. j’ai vite sauté la préface très savante, et très ennuyeuse pour qui ne connait ni l’auteur ni l’ouvrage. On aurait mieux fait de la mettre en postface. j’y suis retournée.

Cela commence comme du Stendhal dans les Nouvelles Italiennes, un manuscrit ancien… puis une belle description des sommets au dessus du Lac de Côme…puis arrivent les Braves, séides des seigneurs, cap et épée, sicaires… nous quittons Stendhal pour Dumas. Don Rodrigue, tyranneau local, neveu d’un Grand de Milan, a parié avec un de ses cousins qu’il séduirait Lucia, la petite fiancée. Manzoni bataille contre les abus de pouvoir de la noblesse. Un peu plus loin, c’est Diderot et la Religieuse qui a inspiré l’auteur.Chaque épisode introduit un nouveau personnage. Et ces personnages ne sont jamais secondaires, ce sont les véritables héros d’une grosse histoire qui fait oublier les Fiancés Renzo et Lucia, que l’on perd de vue pour les retrouver dans de nouvelles aventures. Si le pouvoir civil est espagnol, le clergé, moines capucins, curés, évêques, cardinaux (et même un quasi-saint Frédéric Borromée) jouent un rôle prépondérant dans la vie du Milanais. On assiste à un presque miracle : la conversion d’un bandit l’Innommé

L’action se déroule dans le Milanais en 1628. L’Espagne règne sur  Milan. Les mauvaises récoltes ont causé la disette puis des émeutes du pain. Casale est assiégée, en France Richelieu fait le siège de la Rochelle, la guerre de succession de Mantoue va voir les troupes étrangères se déverser sur la Lombardie et apporter désolation, pillages et dans leur sillage, la peste. Je lis Les Fiancés comme un roman historique. Manzoni s’est documenté pour raconter les évènements. Il cite ses sources. Les notes (malencontreusement situées à la fin du livre, j’aurais préféré en bas de page) confirment l’authenticité des faits et des personnes. Et surtout Manzoni se livre à une véritable analyse économique quand il explique les effets négatifs de la fixation d’un prix trop bas au pain. C’est un véritable cours d’économie.

Quand il raconte l’épidémie de peste, l’auteur ne nous épargne aucun détail. Il faut se souvenir que la contagion de la peste n’a été découverte que beaucoup plus tard, en 1894, et pourtant il a des intuitions géniales. Il montre l’incurie des services de santé qui nient la réalité de l’épidémie, la laissant s’étendre au lieu de la contenir, les atermoiements, les mesures prises alors, la lâcheté de certains, le courage d’autres, aussi les raisonnements oiseux de Ferrante, l’érudit dans sa tour d’ivoire, qui préfère interpréter la catastrophe par les conjonctions de Jupiter et des planètes,  ou par des sophismes, et négligeant de se protéger, contracte la fatale maladie.

D’autres lectures du gros livre sont possibles, une lecture catholique, dont je suis éloignée…. en V.O. il serait intéressant de suivre l’Italien au moment où le Toscan devient l’Italien alors que l’Italie s’unifie. Lecture sociale : lutte des petits contre la tyrannie des nobles, Manzoni écrit peu de temps après le passage de Napoléon en Italie, popularisant les thèses de la Révolution….Il est remarquable que les héros ne soient pas des princes et princesses mais un ouvrier,  fileur de soie, et une petite paysanne. Là, cependant, j’ai été un peu frustrée : autant l’auteur s’est appliqué pour raconter le quotidien des moniales, des capucins, du curé de campagne, ou celui des seigneurs-bandits, autant il aurait pu nous montrer les ouvriers du textile au travail. Le livre aurait été encore gros!

Véritable découverte!

Avant, l’association Romantisme et Italie était univoque  : Verdi maintenant je penserai à Manzoni!

Et pour le plaisir le Requiem de Verdi!