Les Travailleurs de la Mer – Victor Hugo – fantastique?

LECTURE COMMUNE

 

victor hugo vagues

 

Encore une Lecture commune avec Claudialucia et d’autres.

Au mois d’ Août 2013, j’ai lu l’Homme qui rit . Je crois que je vais pérenniser cette habitude : Le Victor Hugo d’août !

« Un triple ananké pèse sur nous, l’ananké des dogmes, l’ananké des lois, l’ananké des choses »

1864, Guernesey inspire à Hugo ce roman, à l’échelle de cette petite île Anglo-normande.

« Dans les îles comme Guernesey, la population est composée d’hommes qui ont passé leur vie à faire le tour de leur champ et d’hommes qui ont passé leur vie à faire le tour du  monde. Ce sont deux sortes de laboureurs, ceux-ci de la terre, ceux-ci des mers. »

Sauf un voyage à saint Malo, le récit se déroule exclusivement dans l’île et les roches qui affleurent autour du littoral.

Les personnages :

Economie de personnages ?

 Gilliatt, barbare antique, « en somme ce n’était qu’un pauvre homme sachant lire et écrire. Il est probable qui’l était sur la limite qui sépare le songeur du penseur, » , Giliatt le malin, le presque sorcier.

Deruchette « un oiseau qui a la forme d’une fille, quoi de plus exquis ».

Son oncle, Mess Lethierry, marin, devenu  notable

Rantaine et Clubin, les associés De Mess Lethierry,

le révérend Ebenezer.

Doit-on compter pour personnage La Durande, le bateau de Mess Lethierry ?

L’intrigue

victor hugo la chaise

L’intrigue aussi est simple, par comparaison avec celle des romans-fleuves de Victor Hugo.

Mess Lethierry construisit un bateau à  vapeur faisant la navette entre l’île et le continent : la Durande. Il en retira richesse et notoriété malgré l’hostilité des Guernesiais.

« Dans cet archipel puritain, où la reine d’Angleterre a été blâmée de violer la bible en accouchant par le chloroforme, le bateau à vapeur eut pour premier succès d’être baptisé le bateau-Diable (Devil-Boat) »

Lethierry fut deux fois floué par ses associés. Rantaine s’est sauvé avec une partie de la fortune.  Clubin, ayant récupéré le trésor de Rantaine, fit échouer la Durande sur un écueil pour emporter cette richesse au Nouveau Monde. Gilliatt, le solitaire, va sauver la machine à vapeur de la Durande, espérant à son retour, épouser Deruchette.

Dans une première moitié du livre, L’auteur expose les personnages, situe les lieux, la maison hantée – visionnée – de Gilliatt, le Bû de la Rue, celle de Lethierry, les Bravées avec son joli jardin fleuri, le piano de Deruchette,  il raconte  l’arrivée du progrès moderne avec le Devil-boat. Il détaille mentalités et croyances de Guernesey.

Une lutte fantastique

victor hugo pieuvre

La seconde partie, après le naufrage de la Durande, raconte la lutte épique de Gilliatt contre les éléments, contre la mer, pour sauver la machine encore intacte et la rapporter dans la panse, son embarcation. Gilliatt – travailleur de la mer – marin, mais aussi charpentier, acrobate, entreprend seul dans les éléments hostiles un chantier titanesque dans les deux piliers – les Douvres –

« Debout et droites comme deux colonnes noires. Elles étaient jusqu’à une certaine hauteur toutes velues de varech. Leurs hanches escarpées avaient des reflets d’armures.[ ….]Une sorte de toute-puissance tragique s’en dégageait »

Deux mois, Gilliatt va survivre en se nourrissant de coquillages, de crabes  trouvés sur les rochers. Il va ramasser toutes les matières premières utiles au chantier, construire une forge… et n’aura pour seuls compagnons que les oiseaux, mouettes et goélands. Victor Hugo raconte par le détail tous les progrès de l’évasion de la machine il empruntera les techniques de nombreux métiers. Et quand l’œuvre sera réalisée, il lui faudra encore vaincre la tempête ! Luxe de détails techniques, de termes de marine, d’astronomie, et aussi, et surtout fantastique découverte de la caverne extraordinaire, la première fois merveille

« La lumière était une énigme : on eût dit la lueur glauque de la prunelle d’un sphinx. Cette cave figurait le dedans d’une tête de mort énorme et splendide […] Cette bouche, avalant et rendant le flux et le reflux, béante au plein midi extérieur buvait de la lumière et vomissait l’amertume [le rayon de soleil, en traversant ce porche obstrué d’une épaisseur vitreuse d’eau de mer, devenait vert comme un rayon d’Albaran  ». je recopierais avec plaisir tout le chapitre décrivant la cave.

« On pouvait, devant cette sculpture où il y avait un nuage, rêver de Prométhée ébauchant pour Michel Ange »

Dans cette cave – comme dans la tempête – je découvre un Hugo fantastique qui me fait penser à ses dessins.

Gilliatt reviendra dans la cave qui prendra une dimension effrayante, il y découvrira le squelette de Clubin mangé par les crabes, et c’est aussi là qu’il combattra la pieuvre.

Gilliatt était une espèce de Job de l’océan. Un Job Prométhée.

De retour à Guernesey, la machine dans la panse, il croit trouver la gloire et surtout épouser Deruchette. Un happy end n’aurait pas  cadré avec ce roman fantastique.

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

9 réflexions sur « Les Travailleurs de la Mer – Victor Hugo – fantastique? »

  1. Bravo pour ton billet! C’est vrai que l’intrigue est simple par rapport à d’autres romans, ce qui ne l’est pas ce sont les explications et le vocabulaire techniques qu’il nous donne… et pourtant cela ne me lasse pas. Tu as raison aussi de souligner la dimension fantastique; Nathalie parle à propos de Gilliatt et la pieuvre d’une retour au Merveilleux médiéval, l’homme terrassant le dragon.
    C’est d’accord pour une prochaine lecture ou relecture de Hugo. On a lu nesemble L’homme qui rit , 93, les travailleurs… Burg-Jargal, le premier roman de VH écrit à l’âge de 16 ans ou Notre-Dame de Paris.

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  2. Les encres sont magnifiques, encore un talent qu’il avait le grand Victor. Je vous admire ClaudiaLucia et toi de vous lancer dans de telles lectures, je n’oublie pas que « l’homme qui rit » m’attend toujours depuis août 2013 !

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  3. C’est ballot, j’ai loupé la LC de L’Homme qui rit. Y aurait-il une séance de rattrapage ?

    Tu as raison, la première moitié du roman est une simple mise en place : le héros, le contexte, le rocher pour le récit de la lutte de Gilliatt.

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