Le Dieu des Petits Riens – arundhati Roy

LIRE POUR L’INDE

Ayemenem, Kérala, dans les années 60 ou 70, deux jumeaux Estha et Rahel, 7ans assistent aux funérailles de Sophie Mol, 9 ans. Le roman s’ouvre sur ce drame et près de 400pages plus tard, le lecteur pourra enfin comprendre ce qui s’est passé.

Entre temps, l’auteur distille les indices, souvent minuscules, que le lecteur devra collectionner et la tragédie se construira comme un puzzle. Roman-puzzle. Roman impressionniste. Roman pointilliste. Par touches précises ces petits riens(?), l’atmosphère de moiteur, d’humidité, de chaleur envahit le roman. On croit sentir le parfum des mangues, des bananes, des confitures et des pickles des Conserves et Condiments Paradise, l’usine familiale. On voit voler les guêpes jaunes, les papillons blancs, les mouches et les entonnoirs de moucherons qui entourent les personnages. Étonnante précision de tous ces éléments si triviaux et si quotidiens qui nous transportent en Inde.

L’auteur a choisi d’égarer le lecteurs par des retours en arrières, flash back non datés encore que? Un chapitre raconte que la famille va voir la Mélodie du bonheur sorti en 1965, Estha porte une banane comme Elvis Presley Sophie Mol des pantalons pattes d’éléphant….A quelle époque les Naxalistes furent ils actifs au Kérala?

On se perd aussi dans les relation de parenté de la famille et les sauts dans le temps ne sont pas là pour nous aider. Cette saga familiale relate une série d’amours avortés, de couples brisés, quand Ammu, la mère des jumeaux a-t-elle disparu de la maison? Pourquoi cette mère si aimante qui aime pour deux ses jumeaux élevés sans leur père, pourquoi se sépare-t-elle de son fils en le « renvoyant-à- l’envoyeur » (son père) à l’autre bout du sous-continent? pourquoi les deux jumeaux, si proches, ont-ils perdu tout contact?  Aucune explication cohérente n’est offerte directement.

Il faut se contenter de tableaux, d’épisodes décousus et accepter de s’égarer, de prendre son temps pour renifler les odeurs, goûter les plats, faire des siestes prolongées. Essayer de comprendre comment Touchables et Intouchables cohabitent, voir les politiciens et les syndicalistes manifester ou organiser des luttes sociales, voir arriver les touristes…assister à une nuit de danse kathakali.

Qui est donc ce Dieu des Petits Riens , le Dieu du deuil, qui a donné son nom au titre? la famille des jumeaux est chrétienne, ce dieu n’est sans doute pas Karna, du spectacle kathakali, et si c’était Velutha l’Intouchable, à qui rêve Ammu, qu’aiment les enfants?  souvent l’expression revient dans le récit sans éclairer le lecteur. C’est une vraie manie, chez moi, je veux comprendre pourquoi un auteur a choisi le titre. Il me semble qu’en comprenant le titre je saisirai le sens du livre.

Livre de l’ambiguïté: ambigüité de Chacko, le patron marxiste, le lettré qui a étudié à Oxford mais qui met en bocaux des pickles, le libineux des Besoins Masculins qui est fidèle à la seule femme de sa vie. Ambiguïté des rapports sociaux. Le Kerala est communiste mais les naxalistes vont bouleverser l’orthodoxie. Communistes et chrétiens, mais acceptant le système des castes des hindous.

Livre d’amour aussi. Amours contrariées. Recherche de l’amour de leur mère pour les jumeaux, anxiété terrible à l’idée de le perdre.

Trois cent pages, je me suis laissée porter par le récit sans hâte. Vers la fin, la tragédie s’est précisée. Véritable tragédie. Vrai roman d’amour.

J’ai aussi découvert un auteur : Arundhati Roy n’est pas seulement une écrivaine . C’est aussi une activiste. Plusieurs articles du Courrier International témoignent de ses prises de position. A suivre!

 

 

Gandhi ou l’éveil des humiliés – Jacques Attali

SAISON INDIENNE- LECTURES ET CINÉMA

Aux vacances de Février, nous partirons pour Delhi! J’ai déjà les billets et le circuit. L’Inde est un sous-continent, un monde inconnu à explorer.

C’est à Angkor devant les bas-reliefs hindouistes qu’est venu le désir de ce voyage.

Mais comment aborder l’Inde d’aujourd’hui?

Gandhi est apparu comme une évidence : presque  un siècle de l’histoire de l’Inde.  La décolonisation s’est déroulée de façon exceptionnelle : la non-violence à travers la guerre des Boers et deux guerres mondiales. Le personnage de Gandhi est inséparable de la philosophie indienne, de sa culture. Dans le déchaînement de terrorisme et de violences cette démarche non violente est singulière.

Le gros pavé de Jacques Attali est très bien documenté : 190 titres figurent dans la bibliographie. L’auteur a le soin de replacer chaque événement dans son contexte géopolitique éclairant un fait local par une découverte, une œuvre, une référence occidentale. Ce parti pris alourdit parfois le récit mais il donne toujours une perspective  intéressante. C’est donc un  livre d’histoire que cette biographie. Histoire de l’Inde mais pas que. Histoire de l’Empire britannique, puisque la vie de Gandhi s’est déroulée au Gujarat où il est né, à Londres où il a étudié, en Afrique du sud où il a mené ses premières luttes. Les interlocuteurs de Gandhi furent le général Smuts mais aussi Winston Churchill et Mountbatten… En parallèle Attali fait voir la décolonisation d’une autre partie de l’Empire britannique au Moyen Orient et compare la situation de la Palestine avec la partition Inde/Pakistan.

Leçon d’histoire, mais aussi de philosophie. S’appuyant sur la tradition hindouiste et végétarienne, il lit  Tagore, Thoreau, Tolstoï et correspond avec Romain Rolland.  Il a construit sa démarche non-violente avec la certitude que la fin ne justifie pas les moyens. Le silence, le rouet et le dhoti seraient la réponse indienne à la colonisation, luttant ainsi contre l’influence occidentale, le commerce des textiles qui a ruiné l’artisanat indien et la consommation.Attachement à l’Inde dans son entièreté : opposé à ce divise les communautés  hindouiste, musulmane, ou sikhe tout en étant parfaitement religieux. Héritier de l’hindouisme des castes mais défenseur des Intouchables.

Attali évite de tomber dans l’hagiographie. On a alors comparé Gandhi à Jésus, le Mahatma fut révéré comme un saint de son vivant. Il n’hésite pas à soulever les sujets les plus discutables comme son ignorances des luttes des noirs en Afrique du sud, limitant sa lutte à sa communauté, sa visite à Mussolini et son attitude très ambiguë avec sa lettre à Hitler. Scabreuses aussi ces affirmations de chasteté alors qu’il dort avec de très jeunes filles!

La personnalité de Gandhi, sous tous ces aspects, est fascinante. Intelligence politique et même sens de la communication quand il brandit des symboles inattendus : le rouet ou la marche du sel. Charisme inimaginable quand ses jeûnes font plus que manifestations, violences ou bombes.

Cette lecture a été une rude initiation!

 

Elles changent l’Inde – Expo photo au Petit Palais


Quelle expo! quelle pêche! quelles couleurs!

Je suis sortie toute optimiste et ragaillardie de cette merveilleuse exposition au Petit Palais .

Loin de tout misérabilisme, des couturières, des PDG, des agent(es) de sécurité, des politiciennes,  des chauffeur(es) de taxi, une cinéaste,  des paysannes qui irradient de leur regard de braise, de leurs saris chatoyants, de leur énergie qui s’exprime sur les photos grand format.

Des photos de groupe, des portraits, des parcours individuels ou collectifs : ce ne sont pas des icônes, des modèles, ce sont des histoires racontées, dans toute leur complexité.Avec le soin de ne pas oublier les luttes sociales, les plus pauvres. De ne pas oublier une culture millénaire.

« en Occident, ils ont façonné la femme à partir de la côte d’un homme et lui ont attribué un rôle de tentatrice ou de vierge innocente. En Inde nous avons toujours été mieux inspiré. Elle est à l fois Devi, ou Shakti, la part féminine du divin, maîtresse de l’univers ; Durga, protectrice des dieux : Saraswati, déesse de l’art de la culture et de la musique ; Laxmi, la richesse, Kali, la destruction ; Parvati, la création ; Sita la dévotion ; et Radha, l’amour infini.

mais au fil des millénaires, nous l’avons oublié. par la force physique, nous avons écrit une piètre histoire de domination et d’oppression…. »Tarun J. Teipal