IDISS – BD d’après le livre de Robert Badinter -Richard Malka /Fred Bernard

Depuis très longtemps, je projette de lire Idiss de Robert Badinter, livre de souvenirs consacrés à sa grand-mère. Une série de lectures de Richard Malka : Après Dieu,ICI, Passion antisémite ICI et l’écoute d’un podcast ICI  m’ont entrainée à réserver la bande dessinée de Malka à la médiathèque. J’étais curieuse de découvrir l’autre versant de Malka, le bédéiste à côté d l’avocat. 

Dans une BD, il y a le plus souvent deux auteurs, le scénariste Malka et l’illustrateur, Fred Bernard qui s’accordent si bien qu’il est difficile de faire la part de l’un ou de l’autre dans le mérite du livre. Les deux m’ont charmée. Jolies couleurs aquarellées et décors pittoresques (surtout en Bessarabie) . Quant au scénario, il prend son temps pour cerner les ambiances et les personnages. C’est donc un très agréable moment de lecture. mais il faudra quand même que je lise le roman de Badinter!

George Sand – fille du siècle – Séverine Vidal/Kim Consigny – Delcourt

CHALLENGE LES DEUX GEORGE DE LA LITTERATURE AVEC CLAUDIALUCIA

Eimelle m’ donné envie de le lire CLIC 

Comme il se trouve à la médiathèque, je l’ai réservé sans attendre le calendrier que nous avions fixé pour lire une biographie. J’étais trop impatiente. Dernièrement une série-biopic était passée à la télévision et j’avais écouté un podcast de RadioFrance CLIC

334 pages pour toute une vie :  de l’arrivée d’Aurore-bébé à Nohant (1804) jusqu’à son décès à Nohant (1876). Je me suis un peu perdue dans les détails de l’enfance d’Aurore, les rapports entre la grand-mère aristocrate et sa bru plébéienne. Passage au couvent et mariage très jeune avec Casimir Dudevant(1822) avec la naissance de Maurice et de Solange. La vie conjugale se détériore et je m’ennuie un peu dans toutes les péripéties avant que la baronne Dudevant ne se décide à partir à Paris et à devenir George Sand (après plus de 100 pages).

Les pages parisiennes me font croiser écrivains, journalistes.  Ce n’est que p122 que l’écrivaine sort travestie en homme avec un beau haut de forme et des bottes masculines. Je commence à me prendre au jeu, tout en trouvant le récit un peu fouillis avec tant de personnages certains connus d’autres obscurs. Indiana paraît p. 136, son premier chef d’oeuvre reconnu par la critique. Amants et amante se succèdent à un ryhme endiablé. Heureusement  j’ai d’autres sources pour me repérer. Je me prends à cette lecture et embarque avec Musset pour Venise. Gondoles et galères. Musset est plus agréable à l’écrit qu’en chair et en os!

George Sand n’est pas uniquement écrivaine, elle intervient dans la vie politique d’alors. je m’amuse plus, surtout quand elle se dispute avec Lammenais :

« Vous êtes du côté du peuple, dites-vous, mais du côté d’une moitié du peiple seulement! Vous oubliez les femmes et méprisez mes idées sur la liberté sociale »

la BD nous promène entre Nohant et Paris, entre révolutions et salons. mais il faut suivre….Balzac, Liszt et Marie D’Agoult sont des intimes et voici que Chopin occupe le devant de la scène!

1848 : George Sand « la muse de la République » à Paris, « Rouge et dangereuse » elle préfère retrourner à Nohant tandis que Barbès, Leroux et Blanqui sont sous les verrous. Républicaine, socialiste mais bien timorée en ce qui concerne le vote des femmes qu’elle ne revendique pas. 

La fin du roman graphique est plus triste et plus intime, avec les brouilles avec Solange, la  mort de Chopin, ses dernières amours…et finalement je me suis laissé embarquer. J’attendais sans doute trop du roman graphique, j’ai été déçue au début de ne pas m’y retrouver mais j’ai bien suivi, et je suis toute triste qu’il soit déjà fini.

la guerre des os – Benjamin Hoffmann

Deux paléontologues : Edward Cope (1840 – 1897) et Charles Marsh(1831 – 1899) chasseurs de dinosaures dans l’Ouest Américain, se sont livré une guerre sans merci pendant des décennies de la fin des années 1860 jusqu’à leur décès. 

Cette Guerre des Os, guerre pour des territoires fossilifères, guerre des publications, rivalité pour des honneurs et des postes universitaires, s’est déroulée dans le contexte de la Conquête de l’Ouest

« les compagnies (de chemin de fer) rivales accomplissent leur jonction en Utah 10 mai 1869, elles célèbrent une fête mémorable et plantent un clou d’or à la rencontre des derniers rails : l’union géographique du pays est achevée ; déchirés par quatre ans de guerre civile, les États-Unis méritent à nouveau leur nom. »

Les chemins de fer faciliteront le travail des paléontologues qui vont explorer les territoires les plus isolés du Wyoming, Montana ou Colorado

Et le 30 juin 1870, après s’être ébrouée comme un animal énorme, la locomotive les emporte vers ces
contrées dont ils ne se lassent pas de murmurer les noms à mesure que les miles défilent, Utah et Wyoming,
Montana et Colorado

Extermination des bisons, dont les carcasses jonchent le trajet du chemin de fer.

Au long des rails, un cortège funéraire est formé par les dépouilles de bisons que les voyageurs de la voie
transcontinentale ont abattus depuis les fenêtres des wagons en mouvement, comme ça, par jeu, pour le
plaisir, pour voir leur masse se désarticuler et soulever la poussière en tombant.

Guerres et colonisation des territoires autochtones. Charles Marsh  croise Buffalo Bill, Custer avec le désastre de la bataille de Little Bighorn. Les recherches de fossiles se déroulent en territoires indiens. Les paléontogues doivent négocier avec les chefs des tribus. Charles Marsh a donné sa parole à Red Cloud, il ira jusqu’à la Maison Blanche rencontrer Ulysses Grant pour plaider la cause des tribus natives. 

« il offre un banquet aux chefs des principales tribus amérindiennes. Parmi les invités se
trouvent Sitting Bull et Red Cloud, deux interlocuteurpensifs, le front raviné par la sagesse et les chagrins,que Charles s’efforce de convaincre par le truchement d’un interprète. Pour prix de leur assistance, il promet de se rendre à Washington afin d’exiger que l’intégrité de leur territoire soit respectée et que les rations promises par le gouvernement arrivent en temps et en heure. »

C’est cet aspect western qui m’a le plus intéressée. L’aventure des chercheurs d’os, comme des chercheurs d’or.

Tous les coups bas sont permis dans la guerre que se livrent Charles et Edward, y compris le vol de fossiles et pire encore, le dynamitage de gisments pour que le rival ne puisse pas les exploiter. Vandalisme choquant!

 Aux yeux des paléontologues, il s’agit d’un crime trop effroyable pour mériter la rédemption. Anéantir des
spécimens uniques quand on connaît les chances infinitésimales de leur transmission, la durée vertigineuse qu’ils ont dû traverser pour se trouver sous la main d’un homme à même de les interpréter, c’est un acte qui va à l’encontre de toutes les valeurs d’une profession méticuleuse dont les membres passent leur vie à gratter,frotter, analyser les fossiles.

 

Le roman rend compte aussi du travail scientifique et de la reconstitution de l’animal entier à partir du puzzle des ossements, là se trouve la principale erreur d’Edward qui va le discréditer en plaçant la tête à l’emplacement de la queue. Le travail scientifique est aussi un travail d’équipe, il convient de recruter des assistants, de les payer, de ne pas laisser le concurrent les débaucher. Marchandages et traitrises.

Le but est de publier. Là aussi se jouent les rivalités, luttes d’influences et recherche d’alliés. Description des différentes espèces découvertes mais aussi interprétations. Les deux rivaux se situent dans deux courants d’idées de l’époque. Charles, darwinien. Edward suivant Lamarck encore influent.

Surprise, la vie d’un scientifique ne s’arrête pas avec ses recherches, m^me après le décès d’Edward Cope, ses restes vont encore subir un sort rocambolesque.

Août 1877, les hommes de Charles découvrent l’apatosaure : avec ses vingt-trois mètres de long, il remplace le Camarasaurus au sommet des plus grandes espèces terrestres. Avantage Yale. Mais, redoublant d’efforts, l’ équipe d’Edward exhume au mois d’octobre l’Amphicoelias, un membre de la famille des diplodocidés qui mesurait au moins vingt-cinq mètres. Égalité.

Finalement quel est le vainqueur de la guerre des os? Il faut pointer le nombre de publications,Edward serait gagnant,  le nombre de fossiles reconstitués donne Charles vainqueur. Tous les deux ont fait sortir la paléontologie des cabinets de curiosité. Ils ont transformé la démarche scientifique et ce n’est pas forcément à leur avantage :

Dans le domaine scientifique, assènent-ils, Edward et Charles ont témoigné d’un instinct de prédation
responsable du saccage de la planète,

Leur jugement est sans appel : Edward et Charles ont transféré dans la science l’esprit du capitalisme ; ils ne
valent pas mieux que ces milliardaires qui continuent à s’enrichir en ravageant la terre.

Il y avait une lecture commune dans notre galaxie de blogs, j’ai raté la date. keisha ICIInganmic ICI, l’avis de Sandrine ICId’autres dont je ne retrouve plus les articles m’ont donné une furieuse envie de télécharger le livre.

Ménélas Rebetiko Rapsodie – Simon Abkarian au théâtre des Quartiers d’Ivry

TRAGEDIE GRECQUE 

Dans un café enfumé, deux musiciens sont attablés, un bouzoukiste et un guitariste. Un homme entre deux âges, vêtu d’un pardessus : Ménélas nous connaissons l’histoire, Ménélas, roi de Sparte était le mari d’Hélène enlevée par Pâris. Homme trahi, il exprime sa colère, sa soif de vengeance, puis revient sur son passé…Tandis que le bouzoukiste chante le Rébetiko- en Grec, surtitré – Ménélas danse entre les tables vides, il danse pour lui-même, pour Hélène aussi. Spectacle envoûtant. 

Café en Grèce, ou en Anatolie, ou n’importe où au Proche Orient. Simon Abkarian est parfait. Le texte, intemporel, tragique. Son personnage dévasté s’accorde avec le Rebetiko, musique de la Grande Catastrophe, du départ des Grecs d’Anatolie vers la Grèce, après la Guerre de Troie sur les mêmes rivages, génocide des Arméniens réfugié en Europe ou au Liban où a vécu Abkarian. Distinction naturelle de roi de Sparte, ou du migrant dans un café enfumé. 

Le Pavillon des oiseaux – Clélia Renucci

ROME 1571 – 1589

Clélia, fille naturelle du Grand Cardinal, Alessandro Farnèse, nacquit à Parme et fut mariée à 13 ans à un fils de bonne famille Giovan Giorgio Cesarini à peine plus âgé qu’elle. Mariage de convenance, mais union heureuse, les jeunes mariés sont amoureux. Ils s’établissent à Rome où rivalités et médisances se distillent par écrit dans les avvisi rédigés par les menanti les Pasquinade (placards satiriques). Le Petit cardinal, Ferdinando Medicis, ami de Giovan Giorgio amant de Clélia complète un trio scandaleux. 

Le Grand Cardinal Fanèse qui brigue la tiare, éloigne pour un moment Clélia après la naissance d’un héritier Giuliano. 

On se distingue en construisant de fastueux palazzi ou en collectionnant les statues antiques. Farnèse et Medicis rivalisent avec la Farnesina en plus du Palais Farnèse tandisque que Medicis occupe les hauteurs du Pincio. Dans les jardins de la Villa Medicis, le Pavillon des Oiseaux abrite les amours de Ferdinando et de Clelia. 

Très joli roman historique qui nous fait visiter les splendeurs de la Rome de la fin de la Renaissance, voyager à Florence chez les Medicis, assister à un conclave. Fastes et intrigues, assassinats même. vous ne vous ennuierez pas!

La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob – Jean-Philippe Daguerre

Eimelle, Tours et Culture CLIC a vu la pièce tirée du roman de Jean-Philippe Daguerre mise en scène par l’auteur. Comme c’était un coup de cœur pout elle, j’ai téléchargé le livre. 

Justement, Rabbi Jacob de Gérard Oury est devenu un classique du cinéma populaire qui me fait beaucoup rire. J

‘ai toujours plaisir de voir danser Ilan Zaoui et sa compagnie. 

J’ignorais l’histoire vraie sur laquelle s’appuie le roman : le 18 octobre 1973 Danielle Cravenne a détourné le vol Paris-Nice pour empêcher la sortie du film produit par son mari Georges Cravenne. A Marseille, après la libération des passagers pris en otages, elle fut abattue par la police. 

Le 18 octobre 1973, c’était la Guerre de Kippour, et le détournement de l’avion n’était pas arrivé à ma connaissance.

En 165 pages et 39 très courts chapitres, l’auteur, qui est également metteur en scène et acteur, raconte cette histoire.  il met en scène le mari Georges Cravenne, producteur du film, Louis de Funès qu’il est inutile de présenter, Gérard Oury le metteur en scène, Danielle Thomson, scénariste, Danielle Cravenne; et même Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur incarnant le retour à l’ordre après mai 68. La lecture est fluide avec avec un bon rythme et de l’humour (forcémentavec Louis de Funès, on rit). 

« Je ne comprends pas pourquoi ! – Pourquoi ? Mais parce que c’est pas possible ! On ne peut pas rigoler avec ça ! – Avec La Grande Vadrouille, on a bien fait rigoler la France entière avec l’Occupation nazie. – Mais là, c’est pas pareil, c’est pire ! On ne rigole pas avec les religions ! En plus, les juifs et les musulmans, c’est vraiment pas le moment ! D’ailleurs, ce n’est jamais le moment. T’as vu ce qui se passe dans leur bande de Gaza où ils arrêtent pas de se mettre sur la poire ? »

Avant de commencer le livre, j’avais pensé à une censure bien-pensante, surtout que je viens de terminer la lecture de Richard Malka ave le droit au blasphème. Est-ce que dans la conjoncture actuelle on ferait un film rigolant des religions?

Danielle, pourquoi cette obsession furieuse contre ce film ? – Dans le contexte actuel, c’est un film dangereux.
– C’est un film comique et généreux contre l’antisémitisme en particulier et le racisme en général. Gérard veut démystifier la xénophobie à travers un personnage odieux qui fait rire : un Français moyen raciste auquel on peut s’identifier.

Danielle Cravenne veut empêcher la sortie du film  à cause de la situation au Moyen Orient. 

« On doit absolument reporter la sortie du film, attendre que les choses se calment en Israël comme en France.
Ça ne suffit pas à saint Georges pour redescendre de son petit nuage : – C’est parce que la période est sinistre
qu’il faut sortir le film tout de suite. Ça va faire un électrochoc ; ça sert aussi à ça, le cinéma ; à exorciser les
angoisses de nos petites vies. »

En effet épilogue  le 18 octobre 1973!

Un livre distrayant, intelligent.

Seul petit reproche : des anachronismes. Danielle était peut être en avance sur son temps avec ses positions féministes et écologiques, mais en 1973 on ne nommait pas le « glyphosate » par son nom et je ne crois pas qu’on avait identifié les firmes américaines comme responsable de l’empoisonnement de la terre.

Les aventures de Thomas More – (t2) Loin de Salonique – François Sureau – Gallimard

POLAR BALKANIQUE

Le nom de Salonique exerce sur moi une telle fascination que j’ai téléchargé le tome2 de la série, tellement j’étais pressée de m’y rendre en lecture!

L’action se déroule en 1913, Salonique est encore juive, elle n’a été cédée à la Grèce que depuis 1912 . Dans cette ville très cosmopolite se rencontrent des Grecs, des Turcs, Bulgares, Macédoniens et des occidentaux. Orientale et occidentale. Les guerres balkaniques ont laissé des souvenirs douloureux, des comitadjis bulgares et macédoniens fomentent encore des complots…

C’est à Monastir (actuellement Bitola, Macédoine) que commence le roman dans le bureau du consul français, plus passionné par son herbier que par les affaires balkaniques. Nous faisons connaissance avec le détective Thomas More, le héros de la série, polyglotte, pittoresque, mystérieux. 

On l’a appelé à la suite d’une affaire étrange, le corps d’un homme en habillé d’un frac est retrouvé assassiné dans le mausolée de la famille Carasso, au cours de l’enterrement d’un membre de cette famille. Macabre découverte. Comme c’est un professeur de Droit français qui a été tué, les autorités ont fait appel à Thomas More.

Nous voilà plongés dans les affaires balkaniques et sanglantes. Rappel d’un massacre d’Ilinden à Krusevo (Macédoine) en 1903 qui a laissé des souvenirs et des rancunes. Intrigues à Constantinople, et surtout assassinat du roi de Grèce George 1er qui éclipse la mort du professeur français….On croise même David Ben Gourion.

Balade à la Tour Blanche, témoin encore debout de l’ancienne Salonique dans la Thessalonique moderne, l’incendie de 1917 a fait disparaître les quartiers juifs anciens. Terrasses des cafés sur le port. Et même une promenade au Lac Ohrid. Un air de vacances en lisant ce polar. 

Je ne dirai rien de l’enquête, ni des rebondissements pour ne rien divulgâcher. Plus que sa résolution je me suis attachée au mystérieux détectitve que je compte bien retrouver

 

les Maîtres Sonneurs – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

J’ai dévoré ce gros roman de plus de 500 pages en 2 jours et j’ai adoré!

Comme pour la Petite Fadette, le récit est conté par le chanvreur au cours de trente deux veillées :

« soirées de breyage ; c’est ainsi, tu le sais, qu’on appelle les heures assez avancées de la nuit où l’on broie le chanvre »

et toujours dans la langue berrichonne si savoureuse.

L’action se déroule dans le Berry aux alentours de Nohant, au XVIIIème siècle, sous l’Ancien Régime. 

 

Trois enfants, compagnons de catéchisme sont inséparables : Tiennet, le narrateur, sa cousine Brulette, et Joseph, l’ébervigé, le rêveur qu’on pense un peu demeuré. En grandissant Brulette devient une jeune fille très courtisée. Tiennet un paysan travailleur. Joseph part se louer mais ne semble pas s’accomplir au travail de la terre. Les deux jeunes gens sont amoureux de Brulette. Qui sera l’élu? D’autant plus qu’elle a de nombreux galants. 

Joseph, est habité par la musique, il veut cornemuser et, pour cela, se trouve un maître dans le Bourbonnais.

« Il nous fit voir une musette si grande, si grosse, si belle, que c’était, de vrai, une chose merveilleuse et telle que
je n’en avais jamais vue. Elle avait double bourdon, l’un desquels, ajusté de bout en bout, était long de cinq
pieds, et tout le bois de l’instrument, qui était de cerisier noir, crevait les yeux par la quantité d’enjolivures de
plomb, luisant comme de l’argent fin, qui s’incrustaient sur toutes les jointures. Le sac à vent était d’une belle
peau, chaussée d’une taie d’indienne rayée bleu et blanc ; et tout le travail était agencé d’une mode si savante, qu’il ne fallait que bouffer bien petitement pour enfler le tout et envoyer un son pareil à un tonnerre. »

A l’époque, les provinces étaient différentes, exotiques presque, les langues différaient. Auvergnats et Berrichons se comprenaient à peine. George Sand nous fait découvrir de nouvelles contrées, paysages pittoresques et  nouvelles manières de vivre.

« Vous êtes gens de bêche et de pioche, et faiseurs de grandes tâches qui se voient au soleil ; mais il vous faut
ensuite la couette de fin duvet pour vous reposer. Nous autres, gens des forêts, nous serions malades s’il
fallait nous ensevelir vivants dans des draps et des couvertures. Une hutte de branchage, un lit de fougère,
voilà notre mobilier, et même ceux de nous qui voyagent sans cesse et qui ne se soucient pas de payer dans les auberges, ne supportent pas le toit d’une maison sur leurs têtes »

Courbet

Bûcherons ou bûcheux comme George Sand les appelle,  exploitent les forêts denses, ils ont une vie libre et fruste. Les muletiers vont transportent le bois et le charbon entre les chantiers et les paysans. Les muletiers ont mauvaise réputation, comme souvent les nomades parmi les sédentaires. Corporation des Maîtres Sonneurs, dont les règles sont strictes avec concours de musette mais aussi rites secrets. 

Ce roman est très riche. Roman d’amour :

« ne sait-elle point, s’écria Thérence, qu’il y a ici trois garçons qui l’aiment et dont elle se joue ? Joseph qui en
meurt, mon frère qui s’en défend, et vous qui tâchez d’en guérir ? Prétendez-vous me faire accroire qu’elle n’ en sait rien et qu’elle a une préférence pour l’un des trois ? Non ! elle n’en a pour personne ; elle ne plaint pas Joseph, elle n’estime pas mon frère, elle ne vous aime pas. »

Roman d’aventure avec bagarres aux poings et aux bâtons. Buveries et danses des fêtes villageoises. Nombreux personnages. Et surtout des personnage en évolution : Joseph, l’ébervigé, s’avère un musicien très doué, une personnalité originale. Brulette passera par différentes étapes, fillette appliquée, reine du village, amoureuse, nourrice….On s’attache aussi aux personnages secondaires très bien campés.

Superstitions et croyances. Souvent la sorcellerie et le Diable ne sont pas loin.

Théodore rousseau : le massacre des grands chênes

On retrouve aussi l‘amour de George Sand pour les arbres. Elle a défendu la Forêt de Fontainebleau avec Théodore Rousseau et d’autres artistes. écoutez le podcast de RadioFrance : CLIC

« Et puis, je me lasse de couper des arbres. Sais-tu, Tiennet, que je les aime, ces beaux vieux compagnons de ma vie, qui m’ont raconté tant de choses dans les bruits de leurs feuillages et les craquements de leurs branches !
Et moi, plus malsain que le feu du ciel, je les en ai remerciés en leur plantant la hache dans le coeur et en les couchant à mes pieds, comme autant de cadavres mis en pièces
[…]
Ne ris pas de moi, je n’ai jamais vu tomber un vieux chêne, ou seulement un jeune saule, sans trembler de pitié ou de crainte, comme un assassin des oeuvres du bon Dieu. »

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler l’intrigue. Lisez-le!

la Vallée au Loup – Arboretum et Maison de Châteaubriand : Exposition Atala

BALADE EN ILE DE FRANCE 

L’île verte Chatenay-Malabry

Avant d’entrer dans l‘Arboretum, le détour s’impose dans le très joli jardin de L‘Île Verte : une petite pièce d’eau, une maison moussue, des tonnelles et un jardin aromatique. Il faut suivre les toutes petites sentes, monter des marches, découvrir des coins romantiques. 

magnolia

En ce printemps précoce de début mars, magnolias et camélias sont en fleurs. Dans les pelouses des jonquilles et des primevères jaune pâle, roses.

maison de Chateaubriand : camélias

la façade de la Maison de Chateaubriand est ornée d’une rangée de très hauts camélias, certains blancs, certains roses. En semaine la maison est ouverte l’après-midi (sauf lundi) le week-end aussi le matin de 10h à 12h. 

Chateaubriand par Nacéra Kainou

la Maison de Chateaubriand est meublée avec beaucoup de raffinement. Chateaubriand fit l’acquisition de la Vallée au Loup avec sa femme Céleste à la suite du succès d‘Atala. 

L’exposition s’intitule ATALA 1801 Voyage illustré au coeur d’un roman elle est prolongée jusqu’au 29 mars 2026

Edition originale illustrée de gravures

Ecrit à la suite du voyage de Chateaubriand en Amérique Atala a inspiré de nombreux artistes. Dessins, gravures, peintures, sont présentées à l’étage. Des cartels racontent les différents épisodes du roman. 

Horloge et tableau

Papier peint, toile de Jouy, horloge, rien n’échappe à la mode Atala.

maintenant, il ne me reste plus qu’à lire Atala!

La maison mérite une visite même s’il n’y a pas d’exposition, je me souviens bien de la salle à manger, la table dressée avec une très belle vaisselle. Les instruments de musique, le tableau de Madame Récamier…mais j’avais oublié le très bel escalier provenant d’un bateau rappelant les origines bretonnes de Chateaubriand

Escalier de marine

J’espérais trouver l’Arboretum plus fleuri. Il est encore hivernal. En revanche les arbres remarquables en sont encore plus spectaculaires : un châtaignier porte des rejets d’une bonne dizaine de diamètre, un séquoia est énorme (comme tous les séquoias) un cèdre pleureur abrite toute une placette.

Pour la floraison des arbres fruitiers il faudra revenir dans quelques semaines. Quant à la collection de bonsaïs que j’avais très envie de voir, elle n’est visible que l’après-midi.

Passion antisémite – Richard Malka

APRES LE 7 OCTOBRE 

A la suite du dernier dérapage de Mélanchon au sujet de la prononciation du nom « Epstein » dont l’humour m’a rappelé les calembours de Jean-Marie Le Pen. A quelques jours des élections municipales où se pose le vote pour LFI (aux Législatives cela ne m’avait posé aucun souci de voter Guetté (LFI) dans le cadre de la NUPES), j’ai lu en urgence Passion antisémite de Richard Malka. 

Passion antisémite est la publication de la plaidoirie dans le procès opposant Raphaël Enthoven à Manuel Bompard qui a porté plainte pour insulte, à la suite d’un tweet publié suite à l’exfiltration de Raphaël Glucksman, le 1er mai 2024 à Saint Etienne

« Pour justifier la qualification de LFI de « mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément
antisémite, de club de déficients, tellement cons »… il me faut établir que ces propos relèvent d’un débat d’
intérêt général et que nous avons quelques éléments factuels pour considérer que LFI répond à ces
qualificatifs. Commençons notre analyse… »

Richard Malka va analyser d’abord en quoi la diffamation concerne particulièrement Raphaël Enthoven et  non pas tous les autres qui ont dénoncé l’antisémitisme de LFI .Pourquoi lui et  non pas les intellectuels et universitaires qui sont signé une tribune dans le journal Le Monde? Pourquoi pas Robert Hirsch, encore dans une tribune du Monde, pourquoi pas Aurore Bergé? ou Philippe Val, ou même Clémentine Autain….tous ont dénoncé l’antisémitisme. 

C’est un procès monstrueux dont vous êtes saisi. Un procès visant à interdire aux victimes de l’antisémitisme de désigner leur bourreau. Un procès visant à décerner un brevet de non-antisémitisme à un parti politique et à neutraliser toute réponse immunitaire à un cancer qui se répand. Tout cela en évitant tout débat par le recours artificiel à la qualification d’injure plutôt qu’à celle de diffamation et en ne se déplaçant même pas.

Pas à pas, l’avocat va étudier mot à mot les termes de la plainte. Il ne va pas s’étendre sur le qualificatif de « détestable« , que les militants utilisent abondamment « tout le monde déteste le Parti socialiste », ont-ils chanté…

« Violent » est plus intéressant.

-Voilà un parti dont le grand timonier hurle qu’il est « le bruit et la fureur » et il fait un procès quand on fait état de la violence de son mouvement? C’est une farce?

Là, je ris aussi; je ne savais pas qu’une plaidoirie pouvait être aussi drôle. Je n’ai pas l’habitude des prétoires. Malka va donner du « factuel » : énumération de déclarations injurieuses vis à vis de la Presse écrite, entre autres ou des journalistes de télévision. Egarements ou trouble comportemental.

Il démonte rapidement les « complotisme » et « déficient »qui ne relèvent pas de l’outrage.

Plus intéressant, plus fouillé, moins drôle, le volet « passionnément antisémitisme » occupe une bonne partie du livre.

Pourquoi m’être autant impliqué ? Pourquoi publier ? Parce que ce qui se joue dans ce dossier dépasse de loin
le seul cas de mon client. À travers lui, c’est la question de l’antisémitisme de gauche qui est posée et plus
largement le retour de la question juive qui décide en partie de notre avenir politique, éthique, civilisationnel.
Il faut témoigner d’un moment de notre histoire, d’une inquiétude, d’une blessure menaçante,
potentiellement fatale pour notre société. Il faut témoigner parce que je crois à la bonne foi et à l’esprit
critique. Il faut témoigner pour que l’ignorance ne soit pas une force.

L’antisémitisme ne se résume pas à la Droite ou à l’Extrême-Droite. Un antisémitisme de gauche a existé et va chercher les « bases factuelles » justifiant ces termes. Il démonte l’argument du déni de l’antisémitisme par Mélanchon

Contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tout cas totalement absent des rassemblements populaires. » Cette déclaration, devenue fameuse, est un véritable négationnismeles

Il invoque, à ce propos, les crimes de Mohamed Merah, la fillette de 12 ans violée parce que juive, et diverses falsifications de l’histoire. Dès le 19ème siècle l’antisémitisme de gauche s’est exprimé, avec Proudhon et même Marx, Bakounine, Duclos invectivant Mendès France,  pour aboutir à Garaudy, le négationniste.

ce n’est pas grave non plus de publier des affiches de propagande authentiquement nazies s’inspirant du Juif
éternel de Goebbels pour représenter l’animateur Cyril Hanouna

Richard Malka produit des statistiques portant sur l’antisémitisme des jeunes, à l’extrême droite, comme à l’extrême-gauche. Statistiques également de l’explosion de la judéophobie, des agressions contre les juifs. Aussi du concept de double-allégeance opposant les juifs d’un côté et les Français de l’autre.

l’occasion du refoulement de Rima Hassan d’Israël, la « diaspora » se voyait en effet enjoindre par le leader
insoumis de « protester, en solidarité des Français pour les représentants de leur pays quand ils sont
maltraités ». Il oppose ainsi les juifs, réduits à une diaspora, d’un côté, aux Français de l’autre. C’est de l’
antisémitisme à l’état chimiquement pur.

 

En quelques mois seulement, la passion obsessionnelle des Insoumis a transformé des Français en juifs. L’
extrême droite n’y était pas parvenue en plusieurs décennies.

Et comme cela ne suffisait pas. Hier soir, sur Canal+ passait le film « L’Amour c’est surcoté », film de potes de banlieue, comédie de stand-up. Et qu’est ce qui réunit les copains? Ben justement les blagues sur les juifs, ben voyons! Avec les réflexions misogynes et homophobes. Mais les Juifs c’est encore plus rigolo! Bien sûr rien à voir avec LFI, mais quand même l’antisémitisme dans les banlieues,  c’est porteur….