Le Gardien de Téhéran – Stéphanie Perez

IRAN/ART CONTEMPORAIN

Que vient donc faire Marilyn Monroe sur cette couverture? Le Shah et Khomeini on comprend,  la couronne peut être mais Marilyn?

Stéphanie Pérez Journaliste de guerre, dont le visage nous est familier à la télévision, a rapporté de ses reportages une bien jolie histoire. 

Cyrus, le héros de l’histoire n’est pas Gardien de la Révolution que nous voyns aux actualité télévisée, c’est le gardien du Musée d’Art Moderne.

L’histoire commence en juillet 1977, sous le règne de Réza Palahvi. L’argent du pétrole coule à flot. Les souverains voulaient ouvrir l’Iran à la modernité occidentale, Cinéma américain, filles en courtes tenues maquillées, discothèques…

« L’épouse du chah veut doter l’Iran d’un musée d’art contemporain, qui servirait de passerelle entre Est et Ouest, entre oeuvres iraniennes et chefs-d’oeuvre occidentaux. »

Farah Diba, a réuni une collection de tableaux d’une valeur inestimable : Monet, Renoir,Gauguin, Picasso,Pollock, Bacon et Andy Warhol (Marylin!). Elle veut montrer les chefs d’oeuvre de l’Art Occidentalet éblouir la communauté internationale .

Pollock : Mural on indian red Ground

Pour convoyer ces trésors dans la plus grande discrétion, Cyrus, un simple livreur, jeune homme modeste des quartiers deshérités, est embauché comme chauffeur. Alors qu’il ne connait rien à la peinture, il est touché par les tableaux, interrogera les spécialistes et va devenir l’un d’eux.

Renoir Gabrielle

Le 13 octobre 1977, d’inauguration du Musée est un évènement planétaire avec des fastes inouis, caviar et vins fins, ambiance cabaret. Cyrus

« mesure le gouffre entre ces deux mondes qui entrent en collision, de manière forcée, au milieu des tableaux
de l’impératrice, spectateurs muets de ce dangereux bal des vanités. »

L’Iranien moyen n’a jamais assisté à un tel show dans le pays, la collision entre les deux mondes est brutale.
Les souverains ne sont-ils pas déconnectés de la réalité ? Il se demande si tout ne va pas trop vite, et si cet Ouest inaccssible n’est pas une caricature

Tandis que l’élite occidentalisée se précipite pour être de la fête, le peuple iranien ne profite pas de la manne pétrolière scandaleusement dépensée. Pire, la Savak fait règner la terreur en muselant toute velléité de critique. Azadeh la voisine et amie de Cyrus, étudiante photographie la misère pour témoigner. Elle est emprisonnée, torturée pour ses photographies. 

« Une petite musique qui se fait de plus en plus entendre dans le pays, des notes qui deviennent de plus en plus
fortes et qui sont en train de se transformer en partition de la colère. Des envies d’égalité, de démocratie. De
révolution. Tout cet argent dépensé alors que la population a faim le dérange aussi. »

 

Khomeini et les religieux capitalisent sur cette colère. Quand la révolution chasse le Shah dès janvier 1979 dans l’enthousiasme général personne ne voit se profiler la nouvelle dictature. Les étudiants se laissent embrigader.

Suicide (Purple jumping man) Andy Warhole

Cyrus continue à travailler au musée, il veille sur les tableaux auxquels il se sent attaché. Dans la fuite des partisans des Pahlavi, le modeste gardien se voit confier les clés des réserves où sont entreposés tous les chefs d’oeuvres. Il va élaborer une stratégie pour les sauver, mettre à l’abri Renoir(pour la nudité), Bacon (homosexualité) …en revanche Picasso va désarçonner les Gardiens de la révolutions. Dans les temps de guerre et de violence, Cyrus considère les tableaux comme des amis, des confidents. 

En plus de l’aspect historique qui rappelle les circonstances de la révolution islamique, Le Gardien de Téhéran aborde la compréhension, puis l’attachement d’un homme simple pour l’art contemporain en dehors de tout snobisme, et de tout aspect financier. Une belle histoire ! Et pour l’amour de l’art, des explications passionnantes sur certains tableaux, les excentricités d’Andy Warhol…

j’ai dévoré ce livre, un vrai coup de coeur!

Consuelo – George Sand

CHALLENGE DES DEUX GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

 

« Alors, ne pouvant être monarques, nous sommes artistes, et nous régnons encore. Nous chantons la langue du ciel, qui est interdite aux vulgaires mortels ; nous nous habillons en rois et en grands hommes, nous montons sur un théâtre, nous nous asseyons sur un trône postiche, nous jouons une farce, nous sommes des histrions ! »

« quand je suis au théâtre, je vois clair, moi ! L’esprit de la musique me dessille les yeux, et je vois derrière la
rampe une véritable cour, de véritables héros, des inspirations de bon aloi ; tandis que ce sont de véritables histrions »

Les 900 pages ne doivent pas intimider la lectrice! Pavé, certes, mais aussi feuilleton qui se lit très facilement et que j’ai regretté avoir déjà fini.

Pauline Viardot par Maurice Sand

L’histoire commence à Venise. Consuelo est la très jeune fille d’une chanteuse de rue errante, espagnole ou gitane.  Sa voix est exceptionnelle comme son ardeur à étudier la musique. Porpora, son maître  qui a été aussi le professeur de Farinelli et de Cafarelli, la considère comme sa fille adoptive et lui promet une brillante carrière de cantatrice d’opéra. Ses débuts à Venise sont brillants. Anzeloto, son compagnon depuis l’enfance, son fiancé, se dirige aussi vers une carrière d’opéra. Amitié, amours enfantines chastes, dans les rues, les terrasses et les placettes et les gondoles de Venise. Débuts charmants du roman. George Sand est arrivée en 1833 avec Musset à Venise  ; Consuelo  a commencé à paraître en 1842 . On sent l’atmosphère de la ville. 

« vous ne pensez pas au public ? — Non : je pense à la partition, aux intentions du compositeur, à l’esprit du
rôle, à l’orchestre qui a ses qualités et ses défauts, les uns dont il faut tirer parti, les autres qu’il faut couvrir ense surpassant à de certains endroits. J’écoute les choeurs, qui ne sont pas toujours satisfaisants, et qui ontbesoin d’une direction plus sévère ; j’examine les passages où il faut donner tous ses moyens, par conséquentceux auxquels il faudrait se ménager. Vous voyez, monsieur le comte, que j’ai à penser à beaucoup de chosesavant de penser au public, qui ne sait rien de tout cela, et qui ne peut rien m’en apprendre. »

Faire carrière à l’opéra, c’est briller sur scène, plaire au public mais c’est aussi subir jalousies et rivalités, intrigues et cabales, séductions…Consuelo, sûre de son talent n’entre pas dans  ces jeux. Anzoleto, en revanche, y perdra son innocence.

….chaos étrange, à la fois horrible et magnifique, s’agiter les spectres des vieux héros de la Bohême ; elle
entendait le glas funèbre de la cloche des couvents, tandis que les redoutables taborites descendaient du
sommet de leurs monts fortifiés, maigres, demi-nus, sanglants et farouches. Puis elle voyait les anges de la
mort se rassembler sur les nuages, le calice et le glaive à la main. Suspendus en troupe serrée sur la tête des
pontifes prévaricateurs, elle les voyait verser sur la terre maudite la coupe de la colère divine. »

Château dessiné par Victor Hugo

Popora envoit Consuelo, se refugier, incognito, sous le nom de Porporina, maîtresse de musique au Riesenburg (château des Géants) en Bohèmechez les seigneurs de Rudosltadt. Nous quittons le soleil de l’Italie pour des contrées sombres sous l’orage qui foudroie le Chêne des Hussites, qui servit de potence aux Hussites en guerre contre l’Autriche situé sur le Schreckenstein (pierre d’épouvante). Le décor d’opéra fait place au château gothique.

« Si l’ingénieuse et féconde Anne Radcliffe se fût trouvée à la place du candide et maladroit narrateur de cette
très-véridique histoire, elle n’eût pas laissé échapper une si bonne occasion de vous promener, madame la
lectrice, à travers les corridors, les trappes, les escaliers en spirale, les ténèbres et les souterrains pendant une
demi-douzaine de beaux et attachants volumes, pour vous révéler, seulement au septième, tous les arcanes de
son oeuvre savante. »

Le roman change complètement de ton. Albert, le jeune comte, hanté par les anciennes guerres, les anciennes croyances, habité par une folie qui lui confère de curieux pouvoirs de voyance. Figure spectrale. Sans détailler les aventures étranges et gothiques, nous ne sommes pas loin des Carpathes, de Nosfératu et de Frankenstein…Je goûte moins ces extases, passions, terreurs, fantômes, ossements et souterrains…Si nous avons complètement quitté le monde de l’opéra, George Sand n’oublie pas la musique pour autant: elle évoque les musiques populaires et je retourne dans l’univers des Maitres Sonneurs

« Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la
réflexion, mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique
populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent, et meurent chez
eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se renfermer dans la
version absolue d’un thème arrêté ! L’artiste inconnu qui improvise sa rustique ballade en gardant ses
troupeaux, ou en poussant le soc de sa charrue et
communique cette ballade aux autres musiciens, enfants comme lui de la nature, et ceux-ci la colportent dehameau en hameau, de chaumière en chaumière, chacun la modifiant au gré de son génie individuel. « 

L’arrivée de Anzoleto bouleverse Consuelo qui s’enfuit à pied pour rejoindre Le Porpora, son maître, son protecteur à Vienne. Elle rencontre un jeune musicien Joseph Haydn, qui lui prête un déguisement de paysan morave pour se travestir en jeune homme. Cette équipée est toute une aventure qui va changer le ton du livre. Cape et épée, brigands, recruteurs du roi de Prusse Comment arriveront-ils à Vienne? Porporina sera-t-elle démasquée? Pour acheter leur pain, ils font de la musique dans les bals de campagne, à l’orgue pour la messe…. Je me suis bien amusée à les suivre.

Vienne 1853, il faudra des trésors d’imagination à Consuelo pour imposer Haydn à Porpora  ruiné et passablement aigri.  Puisque il ne prend pas d’élève, Joseph deviendra son valet! C’est aussi très amusant. Consuelo va renouer avec sa vocation de cantatrice. 

« je remonte sur les planches, ou que je donne des leçons et des concerts, je suis, je dois être cantatrice. À quoi
serais-je bonne, d’ailleurs ? où trouverais-je de l’indépendance ? à quoi occuperais-je mon esprit rompu au travail, et avide de ce genre d’émotion ? »

Marie-Thérèse règne sur Vienne et une bonne partie de l’Europe Centrale, Frédéric II consolide son pouvoir en Prusse. Géopolitique. Le roman historique nous décrit les équilibres des forces. J’ai aussi apprécié cet aspect. Décidémment, ce roman est très riche et très instructif!

Seul petit bémol : elle est vraiment trop parfaite cette Consuelo : intelligente, douée, fidèle en  amitié, pieuse et indépendante et sans arrogance aucune! Et les gens trop parfaits ont le don de m’agacer. 

Ceux qui pensent que l’univers musical de George Sand se résume à Chopin et Pauline Viardot, vont être surpris de l’étendue  sa culture musicale. Sa grand-mère Marie Aurore de Saxe, dès l’enfance l’a intiée au chant et à la musique. Avec cette fresque historique George Sand nous emporte bien loin du Berry où l’on imagine la « bonne dame de Nohant ». Vivement que je trouve la Comtesse de Rudolstadt qui est la suite de Consuelo!

ma participation acu Challenge des Epais de l’été

Trois fois la colère – Laurine Roux

RENTREE LITTERAIRE

Le Pic de Bure

Le roman commence par une folle chevauchée. Miou porte sur son cheval la tête de son grand-père Hugon de Burequ’elle a décapité . L’histoire se déroule au temps des Croisades dans les montagnes des Hautes Alpes, paysage sauvage avec une forêt enchantée : Benevent.

Laurine Roux, née à Gap, a puisé dans la toponymie locale pour nommer ses personnages.  Un château fort sur un éperon rocheux, un monastère bénédictin, les Crots, un village. 

Quand l’ordre engendre le désordre, l’homme juste désobéit. Abel pantelle, Ici, aucun endroit n’est sûr, c’est
se jeter dans la gueule du loup ! Éphraïm s’avance au-devant de la pente, regard vers l’est. Il existe pourtant
des confins où personne ne les cherchera. Et il désigne les arbres à perte de vue. Abel ne veut y croire. L’oblat
est-il devenu fou ? Ne prêtant oreille au frère, Pietro rejoint Éphraïm, sonde la masse des houppiers peluchés
de blanc. Le gaillard est peut-être fou, mais la folie a du génie. Abel n’a d’autre choix que de capituler. Ses
amis pourront toujours compter sur lui, qu’ils en soient certains. En retour, ils l’adjurent de faire attention – et
de trouver une bonne excuse pour justifier son absence. • Éphraïm dégringole le talus, s’enfonce dans la neige,
pour en jaillir aussitôt dans un panache poudré. Parvenu à la lisière, le jeune homme s’arrête. Ferme les
paupières et inspire. Derrière l’abrasion du froid, il laisse la forêt coloniser son être, isole mille nuances :
spores, résines, sèves, débris de poils, d’écorce. Quand ses poumons sont si lourds qu’il lui semble impossible d’avancer, il ouvre grand les yeux – vert iridescent, marron cuivré. Pietro ne reconnaît pas ce regard. N’y tenant plus, Éphraïm fuse. Allonge ses muscles, grimpe tel ressaut, puis se rétracte, esquive les branches. À la traîne, griffé de partout, le franciscain le supplie, Moins vite, par pitié ! L’impétueux coule sous les ronces – serpent , bondit de pierre en pierre – renard. Les fugitifs atteignent une arche creusée dans la roche. Au-delà, unecascade drape la falaise, figée dans le froid. L’eau a été piégée en méduses bleutées, dont les filaments, tantôt bulbes, tantôt épées, attendent le printemps pour fondre en une bruyante cataracte. Pietro ahane. Il n’ira pas plus loin, foi de Lombard. Le jeune homme observe le rideau de glace, croit apercevoir un orifice et franchit l’arche. De l’autre côté, les trombes ont façonné une vasque dans la pierre. Autour, des blocs épars, des
mélèzes.

L’endroit paraît tiré d’un conte. Autrefois, un voyageur était passé sous la même voûte. Il cherchait
refuge après avoir erré pendant des jours dans la forêt. Le vagabond avait atteint cette clairière, n’en était
plus jamais reparti. Ainsi avait-il vécu en ermite jusqu’à sa mort, baptisant les lieux la Porte sans Retour.

Le châtelain a pour fils Hugon de Bure, une véritable brute, incontrôlable, violent, paillard, la terreur de toute la vallée. Le prieur du monastère, Guillaume, érudit et pieux, travailleur pratique l’hospitalité, il accueille successivement un bébé abandonné, un moine franciscain, puis une famille en fuite, des Vaudois poursuivis par Hugon de Bure. Dans la forêt, Joseph Piot, bûcheron élève sa fille Gala, ils seront aussi victimes du terrible seigneur. Et pourtant personne ne se rebelle devant l’autorité . 

Trois générations vengées d’un coup d’épée, trois fois la colère. Ne sachant que penser, on interroge ses
voisins

Laurine Roux est une conteuse qui entraîne le lecteur dans cette folle saga sur 3 générations avec des personnages bien marqués. Je l’ai suivie avec grand plaisir dans toute ces aventures. J’ai aimé la proximité avec la nature. Certains personnages sont de très belles personnes.

Un beau moment de lecture!

Le Test Elzéard – Laurine Roux

PHOTOVOLTAÏQUE AU PAYS DE GIONO

Reporterre – trouvé sur Internet

Sur mon sentier, j’ai écouté le podcast des Midis de Culture du 29/7/26 CLIC
Laurine Roux, l’invitée y présentait deux ouvrages, son roman Trois fois la colère et cet essai Le Test Elézéard
Eléazard, cela ne vous dit rien? c’est le berger de l’Homme qui plantait des arbres de Giono que j’ai adoré, j’aurais tant aimé que ce fut une histoire vraie. Et puis, Laurine Roux nous parle de sa grand-mère, Madeleine Roux, la maire-adjoint de Veynes dans les années 70-80 qui fit de la petite ville de cheminots, en déclin, une capitale solaire. Comme j’ai passé mes vacances, hiver et été pendant 30 ans dans le Devoluy, cela me parle.

Et hop dans la liseuse!
Le Test Eléazard est un essai, une commande,

« Il s’agissait d’écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photo voltaïques sur la montagne de Lure. »

A Cruis dans la montagne de Lure, le pays de Giono.

Pendant notre été caniculaire, on réalise tous qu’il faut baisser la consommation en combustibles fossiles. Le solaire paraît la solution idéale. Bien sûr, les panneaux ne sont pas jolis, jolis dans le paysage….not in my backyard? l’enquête s’impose.

Pour installer les fameux panneaux, la société Boralex (entreprise canadienne), avec la bénédiction des autorités locales , a choisi de massacrer une forêt où vivent des espèces protégées, reptiles, oiseaux, papillons. Et pourquoi donc détruire la nature? les forêts sont des puits de carbone. Tout simplement parce que le foncier ne coûte rien ; la location de friches industrielles, de parkings ou autres surfaces déjà anthropisées revient bien plus. Et que Boralex qui communique sur le renouvelable, le vert, l’écolo… ne cherche que le profit.

Evidemment, il faut quand même faire des études d’impact, demander des dérogations pour la destruction d’habitat d’espèces protégées, proposer des compensations. Il existe des lois à respecter!
Laurine Roux promène le lecteur sur le terrain, qu’elle connaît fort bien, étant native des Hautes Alpes et qu’elle sait décrire. Elle raconte le contexte, les habitants, les traditions solaires et militantes. Traditions festives aussi. Puis elle se plonge dans les textes, les compte-rendus minicipaux, les plans d’urbanisme PLU.

En 2016, lors des enquêtes d’utilité publique – PLU et permis de construire –, on a compris la bêtise de la
démarche, l’aberration de vouloir sauver la planète en rasant une jeune forêt avec des arbres dont la majorité
avait tout de même atteint six mètres, au moment du défrichement.

Puis elle aborde les textes administratifs dans un chapitre Attention, austère, où l’on constate les failles dans les études préalables et les prises de positions du Prefet « mon rôle c’est de lever les freins pour que les projets se concrétisent » . Bien dans l’air du temps!

« les verrous qui sautent les uns après les autres au profit d’intérêts industriels illustrent le détricotage du droit de l’environnement que les réformes promulguées sous le gouvernement Macron favorisent »

Les habitants de la régions ne se laissent pas imposer ce projet sans réagir : des associations se sont crées, chacune avec ses méthodes.

Plusieurs mouvements se sont coordonnés – Extinction Rebellion, le Groupe national de surveillance des
arbres, Elzéard, Lure en résistance, auxquels se greffent spontanément des membres du Café des libertés de
Forcalquier

Laurine Roux enquête, interroge les acteurs de cette résistance, transcrit dans son ouvrager les interviews, les témoignages. De Claudine septuagénaire et Sylvie qui ont choisi d’empêcher les machines de travailler, et qui se sont retrouvées en garde à vue avec des procès délirants. Ceci est bien aussi dans l’air du temps avec l’invention des « écoterroristes » par Darmanin! Des militants d’Extinction Rebellion qui apparaissent sous pseudonymes et qui se sont fait tabasser par les vigiles de Boralex. Des écureuils progégeant les arbres comme pour l’A69. D’autres, Amilure ont choisi la voie procédurière pour assigner Boralex en justice. On a aussi imaginer de labelliser le paysage de Giono pour le protéger.
Laurine Roux interroge aussi des naturalistes pour les fameuses « compensations » promises par l’industriel. Elle rencontre des bergers et démonte le mythe de l’agrivoltaïsme (greenwashing encore). Ce court essai(286 pages) est d’une grande richesse.

Sur mon étagère virtuelle, j’aimerais ranger Le Test Eléazard tout à côté des romans de Giono, non loin des ouvrage racontant le village de Chaudun , surtout celui de Luc Bronner, à proximité de Anima de Kapka Kassabova pour le pastoralisme. Et puis bien sûr, suivra Trois fois la colère de Laurine Roux que je viens de commencer, la lister n’est pas close.

Le Revenant d’Albanie : les aventures d’Aurel, le consul -Jean-Christophe Rufin – Calmann-Levy Noir

ALBANIE/POLAR

Lecture distrayante, exotique pour retrouver  Aurel l’improbable consul de France avec sa dégaine roumaine du temps de Ceausescu, son goût prononcé pour le vin blanc, sa paresse et son piano.

Pour retrouver nos souvenirs de vacances en Albanie …

Une intrigue plutôt bien ficelée : un Franco-Albanais est abattu à Chamonix. Règlement de compte entre mafieux? vendetta traditionnelle? La victime était déclarée décédée en 1997, s’agit-il d’un revenant? 

Folklore  albanais, clichés ou ironie, avec ce drone pourchassé par un aigle. Et bien sûr, le kanun, les dettes de sang (et les faillites bien réelles à la suite des pyramides de ponzi) . Une excursion dans les montagnes pour découvrir une de ces tours où se refugient les victimes des vendettas. Le logement dans la chambre d’hôtes- dortoir est tout à fait authentique, nous l’avons expérimenté. J’ai aussi reconnu le restaurant folklorique de Shkoder. 

Le patio de l’Hôtel Tradita

Evidemment, tout cela n’a pas la poésie et la cruauté de Kadaré. Pour découvrir le kanun il vaut mieux lire Avril Brisé, mais si on l’a déjà lu Le Revenant d’Albanie est un clin d’oeil facile à lire et plaisant.

On l’appelait Bennie Diamond – Michaël Dichter

Recommandé sur le blog de Keisha, de Luocine et d’autres.

« Bienvenue dans le seul endroit d’Anvers où les diamants ne valent rien et où un falafel peut tout arranger ».

Premier roman de Michaël Dichter qui est également scénariste et réalisateur. Le roman nous entraîne dans le quartier des diamantaires et dans le ghetto d’Anvers ainsi qu’en Pologne, à la veille du désastre.  On découvre un monde étonnant avec des codes très stricts : codes des Juifs orthodoxes mais aussi codes des diamantaires qui forment un monde secret, cosmopolite avec des relais à Bombay comme en Afrique du Sud, mais où chaque vente est célébrée en Yiddisch : « mazal ». Monde fermé où la confiance est obligatoire mais où les coups tordus ne sont pas évitables. 

Être diamantaire, c’est avoir les clés de cette ville, frime Avroumi, visiblement chez lui. Bars, restaurants, clubs,
tout tourne grâce à nous

Roman d’apprentissage : Bennie Goodman, le fils du retoucheur, méprisé par ses camarades fils de diamantaire, livreur maladroit, cherche à se faire un nom : Bennie Diamond, comme tailleur de diamants, puis comme courtier à la Bourse des diamants. 

Roman d’amour et d’amitié mais surtout roman de transmission familiale. On découvre une véritable saga familiale avec une tradition d’hommes pieux dédiés à la prière et à l’étude, et des hommes d’affaire féroces. Traditions, embrouilles mais aussi humour. On ne s’ennuie pas.

« Ce type, il est fiable ? demande Bennie, fébrile. Isaac éclate de rire, secoue la tête. — Fiable ? On parle d’un
contrebandier, Bennie, pas de ton rabbin. Mais il sait ce qu’il fait. Et surtout il veut vendre vite. Bennie serre les
dents.
« 

En 400 pages de lecture addictive, on découvre un monde très riche et une histoire prenante.

les agitées – Camille Zabka – la tribu

RENTREE LITTERAIRE 2026

Camille Claudel : l’implorante

Rapporté du pique-nique de Babélio : pioché à l’aveugle, merci à Babélio pour la surprise!

Olga, la femme d’un psychiâtre travaillant à la Haute-Île, emménage dans un logement de fonction de l’hôpital psychiatrique où Camille Claudel fut internée. Traductrice littéraire, mère d’une petite Bérénice, elle s’installe dans un cadre agréable. Sa vie se complique quand elle donne naissance à Atticus, dépression post-partum tout à fait imprévue. A la crèche du personnel hospitalier, les enfants sont victime de sérieux malaises. La police diligente une enquête. Pour sortir de sa dépression, Olga se lance dans l’étude des archives de l’hôpital pour comprendre les agitées, ces femmes internées sous la contrainte, le plus souvent à la demande de leur famille. 

Au moins quatre thèmes intéressants qui retiennent mon attention. Mais 4 sujets en moins de 300 pages, c’est vite parcouru. Lecture facile, trop facile.J’aurais souhaité en connaître plus sur Camille Claudel, plus sur les agitées.

Je ne suis pas arrivée à m’attacher à Olga. Que son mari psychiatre ne détecte pas la dépression de sa femme m’a paru peu vraisemblable. Je suis un peu passée à côté du livre. Lecture agréable pourtant mais que j’oublierai assez vite.

Madame de Sévigné au Musée Carnavalet

Exposition temporaire jusqu’au 23 aout 2023

A l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), une exposition se tient comme une évidence au Musée Carnavalet. Madame de Sévigné est chez elle dans son hôtel où elle s’est installée en 1677 situé au 23 Rue de Madame de Sévigné

Hôtel Carnavalet vers 1740

Elle est née tout près d’ici, Place Royale, actuellement Place ds Vosges. Elle a grandit dans le Marais, s’y est mariée dans l’église Saint Gervais

 

Madame de Sévigné vers 1645 Jean Nocret

Madame de Sévigné fréquentait les salons littéraires. Des portraits de Ninon de Lenclos, de Madame de Scudéry, de Mademoiselle de Montpensier illsutrent cette vie intellectuelle et politique avec la Fronde

la Grande Mademoiselle

Madame de Sévigné, dans sa correspondance a fait une chronique politique (et mondaine) racontant la vie à la Cour, l’arrestation de Fouquet, le suicide de Vatel et la vie parisienne. C’est donc une vraie leçon d’histoire qui se déroule sous nos yeux. On peut écouter la lecture de certaines de ses lettres. On voit son écriture, si claire et lisible. 

Bains dans la Seine devant le Pont Rouge

Vie de cour, mais aussi vie quotidienne comme ces tableaux des Bains dans la Seine devant le pont rouge et du Marché aux Fleurs

Statuette en argile fin 19ème siècle Allouard

Le Berger d’Alep – Stéphanie Perez – Ed Récamier

SYRIE

Stéphanie Perez est un visage connu du Journal télévisé, Grand reporter pour France Télévision, elle commente les guerres en Ukraine comme au Moyen Orient. Au salon Créteil en Poche, elle a animé une rencontre en compagnie de Delphine Minoui. Les deux journalistes ont raconté leur expérience sur le terrain et comment sont nés ces romans quand la réalité dépasse la fiction. Images de reportages se succèdent dans le poste de télévision, dates, chiffres, écrasent l’impression de l’information précédente.

« des conflits sans issue, pour les guerres qu’on ne savait même plus définir. La leur, en Syrie, était devenue illisible.
Pas de récit clair, pas de héros surgissant drapeaux au vent pour vaincre les méchants. À la place : des milices
désorganisées, des fous de Dieu, des bourreaux en uniforme. Des hommes qui tuaient au nom de l’ordre, d’autres au nom de la foi. Des traîtres et des lâches, la violence partout. Comment résumer ce chaos en deux
minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?« 

J’ai besoin de personnages, d’histoires, d’individus, besoin de me projeter dans leur quotidien même s’il est misérable comme dans la bataille qui a fait rage à Alep dans les années 2016 et suivantes. Un roman pour donner de l’humanité, là ou chiffres de victimes s’additionnent aux  destructions. 

Là où cela se complique, dans cette guerre terrible, c’est que l’humanité va s’incarner dans un personnage inattendu : Zaatar, un chien au nom parfumé. Et sa présence va redonner vie à une petite communauté, à des familles qui ne se seraient pas parlé : des chrétiens, des musulmans, un pianiste, un tailleur…

« Il ne faut pas abandonner. Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous faire sourire : moi, le tailleur, je dirais que la foi, c’est comme un tissu. Parfois, la vie le déchire. Mais on peut toujours le repriser. Même si ce n’ est pas parfait. Maya eut un sourire las. — Et en ce moment les coutures craquent un peu, c’est cela que vous voulez me dire ? »

J’ai pensé à un autre livre très tendre où une chienne consolait  un enfant malheureux : Bel Abime deYamen Manai CLIC

Grande tendresse, grande émotion, sans oublier la réalité douloureuse de la population syrienne coincée entre Daech et les sbires de Bachir El Assad, entre torture et exil. Et pourtant, même sous les bombardements et les snipers, même avec la peur, des habitants vivent, écoutent de la musique, s’entraident.

Badjens – Delphine Minoui – Le Seuil

FEMME,  VIE, LIBERTE – IRAN

J’ai adoré Les Passeurs de Livres de Deraya de Delphine Minoui. 

Quand j’ai lu le programme de Créteil en Poche j’ai choisi la rencontre avec Delphine Minoui et Stéphanie Pérez deux journalistes présentant des ouvrages de la même veine, retour de reportages dans des zones de guerre, romans imaginés à partir de rencontres. Delphine Minoui a présenté Badjens sans trop en dire. Ce qui a excité ma curiosité. 

Badjens seize ans en 2022 quand la mort de Mahsa Amini a déclenché le mouvement Femme, Vie, Liberté. Badjens, veut dire « insolente, effrontée, mauvais genre ». c’est un surnom affectueux que sa mère lui a donné. Mauvais genre, parlons-en, si genre désigne le masculin/féminin, naître fille est vraiment naître dans le mauvais genre. D’ailleurs, Badjens n’aurait pas du naître du tout, dès l’échographie de sa mère, elle n’était pas bienvenue. 

« Je me suis reprogrammée. Il y aura un dedans et un dehors. La vie imposée et la mienne. »

Badjens raconte l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille voilée à l’école et dans l’espace extérieur mais terriblement moderne à la maison. Elle cherche des contacts sur Internet, sait jongler avec les VPN, se maquille et a même une vocation de tatoueuse. On n’imagine pas comme la contrainte aiguise l’imagination et l’habileté de celles qui cherchent la liberté.

Si notre génération n’a aucun pouvoir, elle a au moins l’esprit de contradiction.

 

On pense bien sûr à Persépolis (2003) et à Femme, Vie, Liberté de Marjane Satrapi CLIC . Badjens est un roman de lecture agréable qui se lit très bien. Et sous les missiles et bombes, n’oublions pas les jeunes filles et les femmes iraniennes qui subissent une double oppression!