Victor Hugo : Caricatures à la Une

Exposition temporaire jusqu’au 6 janvier à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, Paris

180 caricatures du Grand Victor Hugo!

3 sections:

  • 1830 – 1848 –  La Forte Tête 

A la suite de la Bataille d’Hernani, Hugo s’impose comme le chef de file du Romantisme . on reconnait Hugo à son très haut front que les caricaturistes exagèrent à plaisir.

Roubaud a dessiné le « Chemin de la Postérité » où Victor Hugo chevauchant Pégase mène le cortège. A sa suite, je reconnais Théophile Gauthier, Eugène Sue et Alexandre Dumas. A cette époque c’est la mode des processions, panthéons (comme celui de Nadar) trombinoscopes. Encore Roubaud (entre 1835 et 1839) à l’occasion de la candidature à l’Académie Française a dessiné Hugo, Balzac et Dumas accueillis par une vieille femme :

 

« vous êtes jeunes et forts et vous demandez les invalides. Vous ne voulez pas voler le pain des vieillards. Allez travailler grands feignants! » 

Daumier exécute aussi des caricatures à cette époque.

les burgraves et leur demi-succès furent aussi beaucoup caricaturés par la Presse.

  • 1848 – 1851 : Détestation générale et caricatures d’opposition

A la suite de la Révolution de 1848, la liberté de la Presse encouragea les dessinateurs de Presse. Hugo fut très critiqué pour ses positions politiques, ses alliances réelles ou supposées. On le juge versatile et opportuniste. Le glissement progressif de Victor Hugo vers la gauche n’est pas pris en compte car le Presse est réduite au silence dès 1850.

vers 1848 Nadar dessine La Rentrée des classes  dans le Journal pour Rire, en 1949 Victor Hugo est en tête d’une « Croisade contre le Socialisme » où la foule fait un Z tout  travers la une en allant contre la révolte des ouvriers. Il fait aussi figurer Hugo dans un Trombinoscope des commerçants

 

Daumier dessine Hugo et Girardin portant Napoléon Bonaparte sur un pavois avec la remarque « Ce n’est pas solide »

En septembre 1849, Victor Hugo est vice Président d’un Congrès pour la Paix présidé par en 1851 l’anglais Cobden. Hugo s’oppose à la majorité de droite au sujet de l’Expédition d’Italie, de la Loi Falloux  au nom de la Liberté de penser(caricature de Nadar) et de la Déportation des opposants politiques.

Quillembois montre Hugo qui s’écarte de la « majorité de Panurge » qui part à droite tandis qu’Hugo 

Victor Hugo s’oppose au coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais il est dangereux pour les journalistes d’évoquer le proscrit

  • 1852 – 1870 La Renommée de l’absent – Caricatures d’Hommage

Ne pouvant dessiner Victor Hugo, politique, les caricaturiste attendent la parution des œuvres écrites en exil qu’ils illustrent avec bienveillance. Le visage de Hugo est moins déformé.

En 1853, quand sort La Légende des siècles, Hugo est dessiné sur son rocher, Les deux tours de Notre Dame font le H de Hugo, pour les Travailleurs de la Mer, les dessinateurs sont très inspirés par le poulpe.

Travailleurs de la Mer : cherchez la Pieuvre!

De nombreux journaux mettent son visage à la une : Le Charivari de Cham, La Lune, le Bouffon, le hanneton, l’Eclipse, le Masque. Je suis impressionnée par le nombre des titres satyriques.

L’homme qui rit
L’homme qui rit
  •  1870 – 1885 Apothéose – Les caricatures de Consécrations

Hugo est représenté barbu, bienveillant. Mais pour le spectateur de l’exposition c’est moins amusant!

Victor Hugo, en Orphée défend les victimes d’un pogrom en Russie

Cette exposition est passionnante, c’est une merveilleuse leçon d’histoire; je révise tout le 19ème siècle, politique et histoire des idées. Chaque illustration est accompagnée d’explication et il y a aussi beaucoup à lire dans la page de journal d’alors.

 

Le Colonel Chabert – Balzac

LECTURE COMMUNE

« j’ai été enterré sous des morts, maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société toute entière, qui veut me faire rentrer sous terre »

Le Colonel Chabert est un personnage familier de notre paysage littéraire. Chacun pense avoir croisé le vieux soldat de l’Empire rentré à la Restauration. Mais a-t-on lu le roman?

la Bataille d’Eylau

Laissé pour mort à la bataille d’Eylau en 1807, Hyacinthe Chabert rentre à Paris dix ans plus tard. Sa femme, veuve, remariée avec le comte Ferraud fidèle aux intérêts de Louis XVIII, ne le reconnaît pas ou plutôt ne veut pas le reconnaître. C’est donc en pauvre vagabond que cet ancien soldat de l’Empire, colonel et homme riche revient et s’adresse à l’étude de l’avoué Derville pour retrouver son identité, sa femme et ses biens.

« Madame Ferraud n’aimait pas seulement son amant dans le jeune homme , elle avait été séduite aussi par l’idée d’entrer dans cette société dédaigneuse qui malgré son abaissement dominait la cour impériale. toute ces vanités étaient flattées autant que ses passions dans ce mariage. Elle allait devenir une femme comme il faut. »

La position sociale de Madame Ferraud n’est pas aussi solide qu’il y paraîtrait. Le comte Ferraud est ambitieux.

« mais si son mariage était cassé, ne pourrait-il pas passer sur sa tête, à la grande satisfaction du Roi, la pairie d’un des vieux sénateurs qui n’ont que des filles? »

Derville, pense pouvoir exploiter cette faille pour faire céder la femme de Chabert et transiger.

Ce court roman est particulièrement dense : on peut considérer l’aspect sentimental et psychologique, comme l’analyse de la société à l’époque de la  Restauration.

L’étude de l’avoué Derville

C’est aussi un roman très divertissant : j’ai adoré la scène d’ouverture dans l’étude de l’avoué avec les railleries des saute-ruisseaux, l’arrivée de Chabert. Quel style! et quelle observateur !

Le roman se termine sur une triste méditation sur la destinées humaine de Derville, personnage sympathique et humain qui n’a pas réussi à éviter les malheurs de Chabert.

« Savez-vous, mon cher, reprit Derville après une pause, qui’l existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l’Homme de justice qui ne peuvent pas estimer le monde? Ils ont des robes noires, peut-être parce qu’ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions. Le plus malheureux des trois est l’avoué. Quand l’homme vient trouver le prêtre, il arrive poussé par le repentir, par le remords, par des croyances qui le rendent intéressant, qui le grandissent et consolent l’âme du médiateur, dont la tâche ne va pas ans une sorte de jouissance l il purifie, il répare, il réconcilie. Mais nous autres avoués, nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu’on ne peut pas curer… »

29Balzac par Nadar

Le temps est assassin – Michel Bussi

LIRE POUR LA CORSE

 

615 pages, le pavé de l’été 2016! A glisser dans le sac de plage entre la serviette et la crème solaire. Michel Bussi, dans une vidéo, sur son site,  le présente un peu comme cela. Il est sorti juste avant l’été pour que les vacanciers en camping lisent un roman qui se déroule dans un camping, que les lecteurs sur la plage lisent une histoire de plage. Et, encore plus chanceux :  les touristes en vacances en Corse qui retrouvent la Corse des touristes et rencontrent des autochtones. Nous avons passé une semaine à Calvi proche de la Pointe de la Revellata : ce livre est pour moi!

 

Sauf que je suis difficile : ma liste de lecture pour la Corse commence par Balzac, Mérimée, Flaubert et Maupassant pour se terminer par Ferrari (du point de vue chronologique) j’en ai oublié entre Maupassant et Ferrari. Pour le style, je me suis régalée. Tandis que Bussi, dans le temps est assassin, ne me gâte pas vraiment. Passe encore que le journal intime de la gamine de 15 ans comporte des tournures adolescentes comme « genre sûr de lui » ou « en mode », j’attendais « du coup », il est arrivé tôt. je ne suis d’ailleurs pas sûre qu’on employait ce vocabulaire « djeun » en 1989… pour le récit 2016 de Clothilde 42 ans, ces négligences sont impardonnables, elle est censée être avocate, que diable! Ce style « tendance »  m’agace prodigieusement.

Un sérieux montage pour raccourcir le récit s’impose. A-t-on vraiment besoin de connaître la marque de chacun des T-shirts et des vêtements, le motif de chaque serviette de toilette? Je sais que les marques importent aux ados ; elles lassent le lecteur adulte.

Clothilde 15 ans, est une « gothique » avec l’attirail noir, les coiffures ad-hoc, on la visualise bien. Inutile le radoter! Clothilde 42 ans, s’est développée harmonieusement physiquement mais elle reste bien midinette.

L’intrigue haletante gagnerait donc à être  resserrée : moins de mièvreries . Les cadavres, les rebondissements, ne manquent pas et c’est tout à l’honneur du thriller  auquel je pardonne les négligences, harponnée par la curiosité. J’avais parié pour un meurtrier, et voilà qu’on l’innocente, et que surgit un personnage qu’on n’avait jamais vu. Bien fait! Il faut reconsidérer le point de vue. Non ! je ne vais pas spoiler! je déteste les critiques qui racontent l’histoire et qui donnent trop d’indices.

Et la Corse?

Elle est comme le touriste l’imagine : splendide, torride, baignée d’une mer toujours bleue avec un maquis parfumé. Ni Clothilde-15ans, ni Clothilde-42 ans ne prennent le temps d’herboriser.Tout juste seront cités le serpolet et la criste marine.

 

Regrets :  j’aurais aimé voir un de ces euproctes.

 

 

 

 

Et les Corses? Ils sont aussi comme on les imagine. Les grands-parents traditionnels dans leur bergerie (j’ai beaucoup aimé le Papé Cassanu qui est une belle figure). Le père travaille sur le continent et « soigne sa corsitude« ; il m’a fait  rire. Evidemment il y a une bombe (sur fond d’immobilier), des clans et des familles puissantes, l’omerta, et même une « justice » corses qui court-circuite celle des tribunaux de la République.

Témoignage ou images d’Épinal? Seuls les Corses pourraient me dire si Bussi n’a pas chargé la caricature ou s’il apporte une image plausible.

En tout cas, ce divertissement  a un succès qui m’étonne :  sur Babélio le nombre de ses lecteurs  (2650) dépasse celui du Goncourt de Ferrari(2309) et les critiques sont élogieuses. Seule explication, je suis snob et les best-sellers ne sont pas ma tasse de thé.

J’ai rencontré Dieu sur Facebook _ Ahmed Madani

THÉÂTRE

A Sevran, une mère et sa fille. Salima, la mère est professeur de Français. Nina, la fille, 14 ans, joue du violon, bonnet de laine, jeans coupés, cheveux longs, c’est un ado assez conventionnelle. La mère et la fille s’entendent bien. Jusqu’à la crise. La mère rentre d’Algérie où a eu lieu l’enterrement de sa mère. Nina arrête le violon, elle cache un gros livre à sa mère et lui tient des propos moralisateurs. Salima ne s’est aperçue de rien. Nina s’est fait embrigadée par des djihadistes sur Facebook à son insu. 

 

Le sujet de la pièce est double :  l’embrigadement des jeunes filles mais aussi les rapports mère/fille.

 

 

La pièce pourrait être une tragédie, le départ de Nina pour la Syrie est déjà organisé. Le drame est désamorcé par l’intervention tout à fait involontaire de sa mère. La fin est tragi-comique. (je ne vous la raconterai pas! Na!)

 

Du même auteur, Ahmed Madani, j’avais préféré la pièce F(l)ammes jouée à la Manufacture des Oeillets à Ivry où dix femmes issues de l’immigration intervenaient avec leur histoire, leur humour, leur énergie en un choeur magnifique. J’ai rencontré Dieu sur facebook n’en a pas la force dramatique, elle est tout à fait intéressante et pédagogique. Comme j’aimerais que mes anciennes élèves la voient pour désamorcer cet « hameçonnage » qui les menace, jeunes idéalistes qui rêvent d’un prince charmant du désert….

Vies de Job – Pierre Assouline

Dominique nous a chaudement recommandé cet essai.

Je me suis lancée dans cette biographie des Vies de Job (c’est l’auteur qui met le titre au pluriel). Pierre Assouline est hanté par Job. Il se lance dans une enquête minutieuse dans les textes bibliques mais aussi dans la littérature, la peinture et même la musique pour traquer le personnage.

« Telle est l’histoire de mon ami Job, symbole du juste confronté au Mal et à la souffrance. C’est l’histoire d’un livre et c’est l’histoire d’un homme. L’histoire d’un livre fait homme. »

Pour enquêter sur l’Histoire d’un livre, Pierre Assouline recherchera la société des écrivains et le soutien de François Nourrissier, de Carlos Fuentes dans le prologue que j’ai un peu de mal à suivre.

Erreur de ma part, j’ai égaré ma Bible, et ne peux pas revenir au texte. D’ailleurs quel texte? quelle traduction? La Thora traduite par Zadoc Kahn? ou Le Livre de Job de Renan? Assouline raconte l’histoire des traductions, de la Septante à la Vulgate, cela plane bien au-dessus de moi, je décroche un peu. La souffrance des traducteurs m’indiffère. mais je croise Artaud, Yeats, Proust et Kafka qui me parlent plus.

La voyageuse voit sa curiosité éveillée quand Assouline arrive à Jérusalem pour approfondir ses recherches. Je l’imaginais en compagnie de talmudistes, je le trouve à l’Ecole Biblique chez les dominicains. Je réprime un ressentiment : les dominicains me renvoient à l’Inquisition, et cela je réprouve! Quelle étroitesse d’esprit de ma part! Cette Ecole biblique renferme une bibliothèque où la convivialité et l’ouverture d’esprit de ce phalanstère sont remarquables. Régis Debray vient de quitter les lieux, Claudel y a travaillé…La première perle que je trouve (et note dans mon pense-bête) est Yossel Rakover s’adresse à Dieu de Zvi Kolitz, récit en date du 28 avril 1943 prétendument trouvé dans une bouteille sous les ruines du ghetto de Varsovie. Il me vient une furieuse envie de trouver ce texte!

Si Assouline a préféré l’Ecole Biblique à l’Université hébraïque, c’est à cause de la langue française. Vies de Job est avant tout littéraire, et la langue importe, comme la littérature.

fresque de doura europos

Parmi toutes les sources, Assouline n’oublie pas  que Job vut aussi en islam  :  Ayoub, pour les Musulmans est aussi un prophète. Il a ses pèlerinages, en Jordanie et même à Boukhara où nous avons visité son « tombeau ».

Digression chez les solitaires de Port-Royal où Sacy a fait une traduction (1688). Nouveau venu chez les traducteurs au 21ème siècle, un médiéviste : Alféri qui m’emmène dans l’univers du Nom de la Rose, et puis seul sur l’île de Groix.La quête de Job transporte Assouline, et ses lecteurs, comme des gobe-trotter à Heidelberg, à Bombay….Job, l’homme souffrant sur son fumier est ubiquiste. Et la voyageuse nomade se régale du périple littéraire. Les chapitres sont divisés en paragraphes numérotés (comme les versets des textes sacrés?) courts qui sautent du coq à l’âne. On voyage dans le temps et dans l’espace.

Occasion de nombreuses rencontres même Eliezer Ben Yehouda ou parfois Woody Allen. On suit même Etherie (ou Egérie) une pérégrine venue de Galice ou d’Aquitaine entre les pâqus 381 et 384, venue à Carnéas, à l’endroit où Job était sur son fumier. Je ne peux pas citer toutes les excursions aussi variées que l’hôpital psychiatrique où l’on accueille les fous de Jérusalem (comme il existe à Florence un syndrome de Stendhal) ou au théâtre de l’Odéon à Paris…Rencontres inattendues : Toni Negri , lui et les gauchistes italiens étaient-ils d’autres Job? Muriel Spark. Et même les Chants de Maldoror.

William Blake

Illustrations : Job raillé par sa femme (sur la couverture) de De La Tour, les fresques de la synagogue de Doura Europos, Job sur ses cendres de Fouquet, mais aussi le Job de notre temps et les peintures de François Szulman et Jean Rustin  que cette lecture m’ont fait découvrir. Depuis que j’ai un smartphone je cherche les illustrations des tableaux .

La partie la plus émouvante, la plus personnelle : le chapitre Les miens. L’auteur nous entraîne au Maroc dans le Sahara, à Figuig d’où sa famille est originaire. De l’ancêtre engagé en 1918 pour obtenir la nationalité française, à Casablanca où l’auteur a passé son enfance. a Paris le Grand-père qui avait réussi…Le roman familial bascule dans la tragédie. Revient Job! Du Livre de Job au Kaddish et aux deuils, il n’y a qu’un pas…Ecrire sur Job, c’est aussi évoquer cette douleur.

Jean rustin

Comment ça va avec la souffrance? La maladie de Job, les ulcères, la lèpre, les maladies de peau diverses. Le sida. Les souffrances de Job – pièce de Khanokh Levin, je note encore. Il faudrait que je revienne à Khanokh Levin, traduit par une amie proche. De la peau malade, on glisse vers le tatouage des déportés. La souffrance culmine avec la Shoah. « Job est rentré de déportation » est la conclusion du chapitre. Mais il y a pire : la mort des enfants. Le dernier chapitre qui l’évoque est presque impossible à lire. Tant de souffrance , et pourquoi? Pourquoi demande Ricoeur. Manitou,   philosophe de haute volée revient sur cette souffrance, s’attachant au scandale de Job. J’ai du mal à comprendre. Après la mort des enfants, j’ai du mal à terminer le livre.

Je quitte à regrets ce livre, j’y reviendrai. J ‘ai téléchargé sur la liseuse la traduction de Renan et celle de Zadoc Kahn. Et toutes ces références des livres que j’ouvrirai avec une autre intention. J’aime les livres qui ouvrent des portes sur d’autres lectures.

 

 

 

 

Les femmes de San Stefano – Marie Ferranti

LIRE POUR LA CORSE

Paru en 1995. Court roman – 111 pages.

Un village corse raconté par une écrivaine. Pas plus rose que quand il est décrit par un écrivain. L’histoire commence par le décès de la femme de Francesco, en couches et  se termine par les funérailles de celui-ci. La boucle est bouclée. On assiste au lent déclin de du personnage respecté et même craint, le rebouteux. Francesco se laisse aller, de chagrin.  Il devient l’ombre de lui-même – Vagabond. Jeux pervers des enfants, entre eux, batailles et humiliations. Francisco devient la risée des enfants, puis  victime des commérages des femmes et des manigances d’Emilienne

Marie Ferranti fait pénétrer le lecteur dans le monde très trouble des femmes. Monde de désirs inassouvis, de non-dits, de séductions et de refus silencieux. Monde de commérages et d’intrigues. Cruauté capable d’anéantir un homme. Cuisine et lessive. La patronne nourrit les ouvriers à la ferme, monde d’odeurs et de sang. Lessive à la cendre rinçage purificateur à la rivière. J’ai aimé la page qui détaille toutes les opérations du blanchissage, rinçage à la rivière….

 

Voyage en Corse de Gustave Flaubert

LIRE POUR LA CORSE

J’aime me laisser guider par les écrivains, Mérimée a été mon premier passeur, puis Maupassant de retour de Corse, et, finalement, Flaubert que je regrette ne pas avoir trouvé avant. J’ai téléchargé le Voyage dans les Pyrénées, Aquitaine, Languedoc Provence et  Corse édité par les Editions des Régionalismes. Je n’ai lu que les textes concernant la Corse.

J’ai beaucoup ri à son récit de la traversée en bateau par mauvaise mer. Probablement mon passage préféré.

« Ajaccio, cette ville si éclairée, si pure de couleur, si ouverte au grand air, où les palmiers poussent sur la place publique et dont la baie vaut, dit-on, celle de Palerme… »

Description  humoristique de la maison Bonaparte : »Il y a à Ajaccio une maisons que les hommes viendront voir en pèlerinage ; on sera heureux d’en toucher les pierres, on en gravira dans dix siècles les marches en ruines, et on recueillera dans des cassolettes le bois pourri des tilleuls qui fleurissent devant sa porte, et, émus de sa grande ombre, comme si nous voyions la maison d’Alexandre, on se dira : c’est pourtant là que l’Empereur est né! »

Comme dans les chroniques de Maupassant, j’ai préféré les évocations de la nature aux histoires de bandits. Après Mérimée cela devient lassant! 

« Vallées pleines d’ombre, maquis de myrtes, sentiers sinueux dans les fougères, golfes aux doux murmures dans les mers bleues, larges horizons de soleil, grandes forêts aux pins décharnés, confidences faites dans le chemin, figure qu’on rencontre, aventures imprévues, longues causeries avec des amis d’hier, tout cela glisse emporté et vite s’oublie pour l’instant, mais bientôt se resserre dans je ne sais quelle synthèse harmonieuse qui ne vous présente plus ensuite qu’un grand mélange suave de sentiments et d’images où la mémoire reporte toujours avec bonheur, vous replace vous-même et vous donne à remâcher, embaumés cette fois de je ne sais quel parfum nouveau qui vous les fait chérir d’une autre manière…. »