Cette nuit différente de toutes les autres….
25
En léger différé, quelques jours après Pessah -étrange Pessah : commémoration de l’Exode alors qu’on est confiné- j’ai lu ce court et sympathique roman (158 pages) du petit format de Zulma.
Avec retours en arrière, le récit du Seder et de ses préparatifs chez Salomon qui a perdu récemment sa femme Sarah. Sarah encore très présente autour de la table familiale – souvenirs d’autres repas familiaux. Une famille ordinaire. Salomon, veuf, a connu les camps et traîne ses blagues concentrationnaires.Les deux filles -Denise et Michelle, les gendres Patrick a des faiblesses intestinales, Pinhas est séfarade expansif et folklorique, les deux petits enfants Tania et Samuel. En plus, Leyla, la correspondante allemande de Tania.
Livre de l’absence, du deuil. Comment Salomon conduira-t -il le Seder sans Sarah?
Traditions, et interprétations familiales. Nous assistons à toutes les étapes de la cérémonie, interrompues par des incidents prévisibles ou non.
Salomon inflige à tous ces blagues des camps, humour très grinçant que seuls les survivants peuvent utiliser sans équivoque. Ma préférée, la plus courte : Salomon et Sarah visitent à Drancy une exposition sur la Déportation, ils rencontrent un ancien déporté :
A mesure que j’approchais, son rire devenait de plus en plus insistant, des gloussements morbides que j’aurais reconnus parmi cent autres. Je me plaçais à côté de lui et m’esclaffai à mon tour. C’était contagieux, il s’adressa à moi sans me regarder : « Struthof? » – « Auschwitz… » – « Prétentieux! »
Il en raconte d’autres, bien pires!
Humour ravageur quand il parodie le texte
Sept ça doit être le nombre de rouleaux de papier toilette que Patrick peut utiliser en une soirée. Avec sept pour essuyer ses angoisses judaïques, les Six histoires de Pinhas qui font sortir Michelle de ses gonds, et mes Cinq doigts que je ne contrôle plus. Je ne suis plus certain d’aller au bout de la soirée, des Quatre coupes et de leur Trois faces affolées, je ne suis pas sûr de protéger mes Deux petits-enfants de ces adultes incontrôlables, alors je n’ose imaginer ce qui se passera dans Une maison où ce petit monde restera dormir après les dîner.
Et termine
Me rassurer en imaginant les voix douces de Tania et Samuel égrénant une autre mélodie cumulative : Had Gadia
Quand tout est fini, Salomon retrouve l’absence, le deuil.
Un livre drôle tout en mélancolie et en tendresse.


LIRE POUR L’ALBANIE?


Roman historique, roman romantique, roman fantastique dans l’inspiration de Walter Scott. Fjords et montagnes de Norvège comparables aux lacs écossais!



Une Ténébreuse Affaire est publié avec Melmoth réconcilié qui était le sujet de la dernière Lecture Commune Balzac. J’ai découvert ce roman par hasard puisque la lecture commune portait sur le deuxième titre. J’aime bien lire (ou découvrir un film) sans aucune idée préconçue, ni conseils, ni critique, ni 4ème de couverture. Cela m’arrive souvent quand je télécharge un ouvrage faisant confiance au nom de l’auteur (avec Balzac, je ne prends pas de risques).
En avançant dans la lecture, je me passionne pour cette Ténébreuse Affaire, ténébreuse et sérieusement embrouillée. Des espions rôdent, pour qui espionnent-ils : Bonaparte ou Fouché et Talleyrand? A moins qu’il ne s’agisse que d’accaparer des terres laissées vacantes par les nobles, émigrés ou décapités par la terreur. Les allégeances sont troublées : Michu est-il fidèle aux idéaux révolutionnaires ou à ses anciens maîtres royalistes? Le lecteur se fait embarquer dans un véritable roman policier, ou d’espionnage, thriller avant la lettre.

Ouvert en 1892, le centre d’accueil d’Ellis Island marque la fin d’une émigration quasi sauvage et l’avènement d’une émigration officialisée, institutionnalisée et, pour dire, industrielle. De 1892 à 1924, près de seize millions de personnes passeront par Ellis Island, à raison de cinq ou dix mille par jour. La plupart n’y séjourneront que quelques heures ; deux à trois pour cent seulement seront refoulés. En somme, Ellis Island ne sera rine d’autre qu’une usine à fabriquer des émigrants en immigrants, une usine à l’américaine, aussi efficace qu’une charcuterie à Chicago : à un bout de la chaîne, on met un Irlandais, un Juif d’Ukraine ou un Italien des Pouilles, à l’autre bout – après inspection des yeux, inspection des poches, vaccination, désinfection – il en sort un Américain.
