Daumier, les Parisiens à la Maison de Balzac

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

A l’intérieur de l’omnibus

Si vous ne connaissez pas la Maison de Balzac, rue Raynouard Paris XVIème, c’est une excellente occasion  d’y faire une visite. Choisissez plutôt une journée ensoleillée pour profiter du jardin et de la vue sur la Seine et la rive Gauche. Si vous êtes familier de la Maison de Balzac, c’est une jolie exposition. Daumier est vraiment chez lui parmi les personnages de la Comédie Humaine 

.

Daumier est chez lui chez Balzac même si rien n’atteste qu’ils se fréquentaient. L’esprit caustique, l’observation acérée, le goût du détail… tout les rapproche. 

Daumier peignait aussi!

La Débâcle – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART (t. 19)

Avec La Débâcle se termine cette Chronique du Second Empire, commencée avec La Fortune des Rougon à Plassans à la suite de la Révolution de 1848. 

Nous retrouvons Jean Macquart, le fils d‘Antoine, le frère de Gervaise, le Caporal de La Terre, jeune apprenti menuisier, puis soldat de Solférino, paysan à Rognes qui a échappé aux tares des Rougon-Macquart, alcoolisme et folie, personnage sympathique et droit. Réengagé dans le 106ème régiment. 

La Débâcle commence près de MulhouseDans l’escouade, Lapoulle, un colosse, Chouteau le peintre , Pache le calotin, Loubet, le cuistot, Gaude le clairon et Maurice Levasseur, un jeune avocat qui détonne un peu parmi ces rustres. Pendant le premier quart du livre, le 106ème marche sans combattre, ordres et contrordres, de Belfort à Mulhouse, d’Altkirch à Reims et finalement à Sedan, pas un Prussien, pas une cartouche tirée, des marches épuisante et souvent pas de ravitaillement. L’optimisme du début s’épuise. La légende napoléonienne, Solférino, ne tiennent plus devant l’organisation des Prussiens. De reculades en défaites, le ventre creux, l’escouade se traîne et la lecture me paraît bien longue. j’ai bien failli les abandonner. 

« Justement, j’en ai assez !… Est-ce que ce n’est pas à pleurer des larmes de sang, ces défaites continuelles, ces
chefs imbéciles, ces soldats qu’on mène stupidement à l’abattoir comme des troupeaux ?… Maintenant, nous
voilà au fond d’une impasse. Vous voyez bien que les Prussiens arrivent de toutes parts ; et nous allons être
écrasés, l’armée est perdue… »

C’est autour de Sedan que se joue la bataille. Dans les villages des environs et dans la ville pour les civils, des relations de Maurice qu’on apprend à connaître : sa sœur jumelle Henriette et son mari Weiss, monsieur Delaherche, le patron d’une fabrique qui abritera avec le carnage une ambulance. C’et aussi à Sedan que l’Empereur va capituler. Le roman prend un rythme nouveau et la lectrice est captivée.

C’est aussi l’histoire d’une amitié, de deux frères d’armes Jean et Maurice qui se soutiennent

« N’était-ce point la fraternité des premiers jours du monde, l’amitié avant toute culture et toutes classes, cette amitié de deux hommes unis et confondus, dans leur commun besoin d’assistance, devant la menace de la nature ennemie »

Et cette amitié soutiendra le cours du roman.

Puis, le lendemain, c’était le 4 septembre, l’effondrement d’un monde, le second Empire emporté dans la débâcle de ses vices et de ses fautes, le peuple entier par les rues, un torrent d’un demi-million d’hommes emplissant la place de la Concorde, au grand soleil de ce beau dimanche, roulant jusqu’aux grilles du Corps législatif que barraient à peine une poignée de soldats, la crosse en l’air, défonçant les portes, envahissant la salle des séances, d’où Jules Favre, Gambetta et d’autres députés de la gauche allaient partir pour proclamer la République à l’Hôtel de Ville, tandis que, sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois, une petite porte du Louvres’entr’ouvrait, donnait passage à l’impératrice régente, 

C’est la fin de l’Empire, l’avènement de la République, le siège de Paris et la Commune. Maurice et Jean se retrouve dans les camps opposés, Maurice qui a passé l’hivers et le printemps à Paris se bat sur les barricades des Communards tandis que Jean est dans l’armée régulière du côté des Versaillais. Ils se retrouvent dans Paris en feu

« Paris brûle, rien ne restera… Ah ! cette flamme qui emporte tout, qui guérit tout, je l’ai voulue, oui ! elle fait la bonne besogne… Laissez-moi descendre, laissez-moi achever l’œuvre d’humanité et de liberté… »

Zola est vraiment un conteur, de ce roman de guerre qui aurait dû me rebuter il a fait un une

L’Argent – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t18

Si je ne m’étais pas lancé le défi de lire tous les livres des Rougon-Macquart dans l’ordre j’aurais abandonné au milieu L’Argent qui n’est pas à la hauteur de La Bête Humaine (t.17) ou de Germinal que j’ai lus récemment. 

Le héros est Saccard, le frère du puissant ministre de Napoléon III (Son Excellence Eugène Rougon).  J’ai assisté à son ascension dans La Curée spéculant sur la construction du Paris haussmannien, maître d’un hôtel particulier au Parc Monceau, mari de Renée qui a pris pour amant son fils Maxime. Je le retrouve ruiné, veuf à nouveau, locataire de la Princesse d’Orviedo, rue Saint Lazare. 

La princesse, dévote, dilapide sa fortune (mal acquise par son mari) en œuvres de charité. Elle loue un appartement à Madame Caroline et son frère, l’ingénieur Hamelin qui reviennent du Proche Orient.

Saccard, à l’affut d’un nouvel élan  pour rebondir, va se saisir des projets de l’ingénieur :  développement des transports (compagnies de paquebots unies dans la Méditerranée, réseau ferroviaire dans l’empire ottoman, exploitation d’une mine d’argent au Carmel. Et pour financer cette entreprise colossale : il fonde une banque La Banque Universelle.

Saccard organise une énorme spéculation boursière. Occasion pour Zola de nous expliquer en détail comment fonctionne la Bourse de Paris, bâtiment, corbeille, coulisse, boursiers, agents de change, remisiers, coursiers, mais aussi toute une faune « pieds humides » récupérant les valeurs déclassées. Le lecteur apprend tous les mécanismes haussiers, baissiers, le « jeu » des spéculateurs. Ce serait passionnant, mais c’est aussi long, répétitif.

 » il avait contre le juif l’antique rancune de race, qu’on trouve surtout dans le midi de la France; et c’était
comme une révolte de sa chair même, une répulsion de peau qui, à l’idée du moindre contact, l’emplissait de
dégoût et de violence, en dehors de tout raisonnement, sans qu’il pût se vaincre. Mais le singulier était que lui, Saccard, ce terrible brasseur d’affaires, ce bourreau d’argent aux mains louches, perdait la conscience de lui-même, dès qu’il s’agissait d’un juif, en parlait avec une âpreté, avec des indignations vengeresses d’honnête homme, vivant du travail de ses bras, pur de tout négoce usuraire. Il dressait le réquisitoire contre la race, cette race maudite qui n’a plus de patrie, plus de prince, qui vit en parasite chez les nations, feignant de reconnaître les lois, mais en réalité n’obéissant qu’à son Dieu de vol, de sang et de colère; et il la montrait remplissant partout la
mission de féroce conquête que ce Dieu lui a donnée, s’établissant chez chaque peuple, comme l’araignée au
centre de sa toile, pour guetter sa proie, sucer le sang de tous, s’engraisser de la vie des autres. Est-ce qu’on a
jamais vu un juif faisant œuvre de ses dix doigts? est-ce qu’il y a des juifs paysans, des juifs ouvriers? Non, le
travail déshonore, leur religion le défend presque, n’exalte que l’exploitation du travail d’autrui. Ah! les gueux!
Saccard semblait pris d’une rage d’autant plus grande, qu’il les admirait, qu’il leur enviait leurs prodigieuses
facultés financières, cette science innée des chiffres, cette aisance

 

Surtout, cédant aux préjugés de l’époque, de longs paragraphes antisémites sont insupportables. Comment, Zola, l’auteur de J’Accuse, le défenseur de Dreyfus a-t-il pu écrire de telles horreurs? Et moi, lectrice du XXIème siècle, même en contextualisant dans l’époque, suis-je obligée de m’infliger de telles lectures? J’hésite à poursuivre la lecture. Mais je veux comprendre.

Chronologie : L’Argent a été publié en 1891, Dreyfus condamné en 1894, J’accuse 1898. Dès Mai 1896 il avait publié un article Pour les juifs.

Zola, écrivain naturaliste, ne met pas de gants quand il raconte une histoire, il fait parler les blanchisseuses crûment ou les ouvriers comme des ouvriers, les prostituées  comme des prostituées, soucieux de vérité. Si l’antisémitisme caractérisait le vocabulaire des contemporains vivant autour de la Bourse il ne va pas édulcorer leurs propos. 

Par ailleurs, l’opposition entre  la « banque juive » la Banque Universelle de Saccard se présentant comme banque catholique, même catholique-ultra quand Saccard s’oppose à son frère est le ressort de l’action, le ressort de la bataille boursière qui va conduire à la spéculation effrénée puis à la faillite de la Banque Universelle. Le dévot et naïf Hamelin voit dans l’entreprise au Proche Orient une sorte de Croisade avec pour but final le couronnement Jérusalem du Pape (rudement secoué à cette période par les guerres italiennes et l’unification de l’Italie) . Pour réunir des actionnaires modestes, Saccard va jouer sur la fibre catholique et l’opposition aux financiers juifs. Les petits porteurs qui seront finalement ruinés croyaient faire acte de dévotion en consacrant leurs économies à la Banque Universelle. 

C’était la nouvelle Croisade, comme elles disaient, la conquête de l’Asie, que les croisés de Pierre l’Ermite et de Saint Louis n’avaient pu faire
,

 

Et la croisade des femmes surtout triomphait, aux petites réunions intimes de cinq heures, aux grandes
réceptions mondaines de minuit, à table et dans les alcôves. Elles l’avaient bien prévu Constantinople était prise, on aurait bientôt Brousse, Angora et Alep, on aurait plus tard Smyrne, Trébizonde, toutes les villes dont l’Universelle faisait le siège, jusqu’au jour où l’on aurait la dernière, la ville sainte, celle qu’on ne nommait pas,

L’histoire, c’est celle de Saccard, personnage odieux, mais c’est surtout celle de l’Argent corrupteur, l’Argent et le « jeu » qui dénature les relations humaines qui fait refuser aux Maugendre de donner à leur fille Marcelle quelques centaines de francs qui empêcheraient la saisie par les huissiers du mobilier du ménage, qui fait rater le mariage de Nathalie par son père espérant un gain plus important…qui fait perdre toute raison critique à des personnes pourtant incorruptibles comme la Princesse Orviedo ou l’ingénieur Hamelin.

Madame Caroline, garde un moment ses distances avec l’Argent corrupteur

« Ah! l’argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur, qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse,
l’amour des autres! Lui seul était le grand coupable, l’entremetteur de toutes les cruautés et de toutes les saletés humaines. A cette minute, elle le maudissait, l’exécrait dans la révolte indignée de sa noblesse et de sa droiture de femme. D’un geste, si elle en avait eu le pouvoir, elle aurait anéanti tout l’argent du monde, comme on écraserait le mal d’un coup de talon, pour sauver la santé de la terre. »

la réponse de Saccard aux objections de Caroline :

« Comprenez donc que la spéculation, le jeu est le rouage central, le cœur même dans une vaste affaire comme la nôtre. Oui! il appelle le sang, il le prend partout par petits ruisseaux, l’amasse, le renvoie en fleuve dans tous els sens, établit une énorme circulation d’argent qui est la vie-même des grandes affaires »

Il compare la spéculation boursière au sexe, nécessaire à la reproduction humaine…

La fin est inéluctable, le lecteur attend que la bulle boursière éclate, il y a peu de suspens, on se demande seulement comment cela arrivera!

La Bête Humaine – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART tome 17

le Pont de l’Europe – Caillebotte

Était-ce donc que la possession physique contentait ce besoin de mort ? Posséder, tuer, cela s’équivalait-il, dans le fond sombre de la bête humaine ?

Sombre, la Bête Humaine ! Le crime ne survient pas au terme de l’intrigue mais on le découvre d’entrée de jeu. Dès les les premières pages, on découvre une petite fille abusée Séverine, un mari jaloux et violent, Roubaud,  qui commence par battre sa femme puis  planifie l’assassinat de l’ amant, Grandmorin. 

Depuis trois semaines, cette affaires faisait un bruit énorme. Elle avait bouleversé Rouen, elle passionnait Paris, et les journaux de l’opposition, dans la violente campagne qu’ils menaient contre l’Empire, venaient de la prendre comme machine de guerre

D’une part, on laissait entendre que la victime, un familier des Tuileries, ancien magistrat, commandeur de la Légion d’honneur, riche à millions, était adonné aux pires débauches ; de l’autre, l’instruction n’ayant pas abouti jusque-là, on commençait à accuser la police et la magistrature de complaisance,

Un roman policier? Le juge d’instruction Denizet va-t-il démasquer le coupable du crime affreux commis dans le train du Havre. Un témoin a vu la scène : Jacques Lantier, le fils de Gervaise, porteur des tares des Rougon-Macquart, lourd héritage de folie et d’alcoolisme. Le motif serait-il l’héritage de Grandmorin, la victime, « ancien magistrat, un familier des Tuileries,  commandeur de la Légion d’Honneur, riche à millions… » ? Les Roubaud, coupables possibles, ont-ils voulu hâter la fin de Grandmorin alors qu’ils savaient que Séverine était couchée sur le testament? On conseille à Denizet de ne pas trop évoquer la vie trouble de Grandmorin. Denizet découvre le coupable idéal : Cabuche, un repris de justice, asocial, incapable de se défendre. Voila qui mettra fin à la campagne de Presse!

Les péripéties de l’enquête tiennent le lecteur en haleine. 

Un roman d’amour? Jacques Lantier s’éprend de Séverine, la jolie Madame Roubaud.

Un reportage passionnant sur les chemins de ferRoubaud est sous-chef de la Gare du Havre, employé consciencieux. Zola détaille la vie de la gare, même les ragots et les jalousies à propos des logements de fonction. Lantier est mécanicien. La locomotive, la Lison joue un rôle de premier plan.

Et, sur la Lison, Jacques, monté à droite, chaudement vêtu d’un pantalon et d’un bourgeron de laine, portant des lunettes à œillères de drap, attachées derrière la tête, sous sa casquette, ne quittait plus la voie des yeux, se penchait à toute seconde, en dehors de la vitre de l’abri, pour mieux voir.

C’est à bord d’un train que le meurtre de Grandmorin a été commis. C’est sur la voie qu’on a retrouvé son corps. On fait la connaissance des garde-barrières. Le couple mécanicien-chauffeur, Lantier-Piqueux est un élément essentiel du roman, tous les deux bichonnent, réparent, servent Lison. On assiste à  une panne dans la neige, puis à une terrible catastrophe ferroviaire.  Cet aspect documentaire  m’a passionnée.

Et c’est sur le départ des soldats en guerre que se termine le livre, folie guerrière que ce voyage!

Qu’importaient les victimes que la machine écrasait en chemin ! N’allait-elle pas quand même à l’avenir,
insoucieuse du sang répandu ? Sans conducteur, au milieu des ténèbres, en bête aveugle et sourde qu’on aurait lâchée parmi la mort, elle roulait, elle roulait, chargée de cette chair à canon, de ces soldats, déjà hébétés de fatigue, et ivres, qui chantaient.

Comme pour Nana.

Du grand Zola.

Le Rêve – Emile Zola

ROUGON-MACQUART Tome 16 

A la suite de La Terre (1887) d’une noirceur extrême, Zola rédige en 1888 un sujet plus léger : un roman d’amour, presque un conte, d’un format plus court (275 p) se déroulant uniquement dans la ville imaginaire de Beaumont dans le nord de Paris. 

Angélique,  enfant trouvée, s’endort épuisée dans la neige sous le porche de la cathédrale. Elle est recueillie par un couple de chasubliers (brodeurs de chasubles et d’articles religieux), sans enfants qui l’adoptent et lui transmettent leur métier. Pour préserve l’ innocence de la jeune fille,  elle grandit à l’intérieur de leur maison, à l’ombre de la cathédrale.

« Elle pratiquait cette opinion ancienne qu’une femme en sait assez long, quand elle met l’orthographe et qu’elle connaît les quatre règles. »

Pour unique lecture , la Légende Dorée de Voragine. Pour uniques sorties, la messe, les visites de bonnes œuvres à ses pauvres et la lessive dans le ruisseau. Exceptionnellement,   une sortie aux ruines du château voisin enflamme son imagination, elle s’enthousiasme pour des histoires de princesses, de chevaliers, de fantômes. 

« Angélique croyait fermement aux miracles. Dans son ignorance, elle vivait entourée de prodiges, le lever des
astres et l’éclosion des simples violettes. »

Arrivée à la puberté, elle rêve du prince charmant qui viendra l’épouser. Ses parents adoptifs tentent de lui expliquer que simple brodeuse, elle devrait être moins ambitieuse:

« Ah ! vaniteuse, ah ! gourmande, tu es donc incorrigible ? Te voilà partie avec ton besoin d’être reine. Ce rêve-là, c’est moins vilain que de voler le sucre et de répondre des insolences. Mais, au fond, va ! le diable est dessous,
c’est la passion, c’est l’orgueil qui parlent. »

Comme dans la Faute de l’Abbé Mouret, Zola va s’intéresser au catholicisme, aux saints et martyrs, à l’exigence de chasteté et à l’innocence supposée des jeunes filles. Point de Paradou ou de jardin enchanté, ici Angélique brode des lys et des roses blanches sur du satin avec des fils de soie et d’or. Le linge blanc d’une pureté virginale entoure la jeune fille. C’est en lavant son linge à l’eau pure du ruisseau qu’elle rencontre Félicien, l’ouvrier verrier commis à la restauration du vitrail de Saint Georges de la cathédrale. 

Le verrier et la brodeuse semble si bien accordés, artisans, artistes dévoués à la Cathédrale. Angélique tombe profondément amoureuse. Le verrier se métamorphose en prince charmant de haute noblesse,  mais promis à un riche mariage.

La petite brodeuse doit se faire une raison . Elle va mourir d’amour. Et c’est là que l’invraisemblable se produit. La petite enfant trouvée fera le riche mariage dont elle rêve.

« Depuis longtemps, il sentait bien qu’il possédait une ombre. La vision, venue de l’invisible, retournait à
l’invisible. Ce n’était qu’une apparence, qui s’effaçait, après avoir créé une illusion. Tout n’est que rêve. Et, au
sommet du bonheur, Angélique avait disparu, dans le petit souffle d’un baiser. »

Même si Zola a fait un grand travail de documentation sur les techniques de broderie. Même s’il nous offre une image détaillée de la cathédrale, de ses statues, ses vitraux. Même s’il nous fait connaître la légende des saintes et des martyres, je me suis ennuyée dans cette bluette qui se rattache de manière très tenue à la saga des Rougon-Macquart : Angélique a été abandonnée à la naissance par Sidonie, l’entremetteuse rencontrée dans La Curée. Contrairement à tous les personnages de la famille, elle ne porte ni la tare de l’alcoolisme ni la folie qui touche tous les Rougon-Macquart comme l’abbé Mouret.

Si le vice est passionnant, l’innocence est ennuyeuse. 

La Terre – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t 15

Van Gogh

« Jean, ce matin-là, un semoir de toile bleue noué sur le ventre, en tenait la poche ouverte de la main gauche, et de la droite, tous les trois pas, il y prenait une poignée de blé, que d’un geste, à la volée, il jetait. « 

[…]
« Sous le ciel vaste, un ciel couvert de la fin d’octobre, dix lieues de cultures étalaient en cette saison les terres
nues, jaunes et fortes, des grands carrés de labour, qui alternaient avec les nappes vertes des luzernes et des
trèfles ; et cela sans un coteau, sans un arbre, à perte de vue, se confondant, s’abaissant, derrière la ligne
d’horizon… »

La Terre s’ouvre sur l’image du semeur. Françoise emmène sa vache au taureau, encore une image de fécondation dans la campagne fertile de la Beauce. 

Zola dépeint les travaux des champs, la vie des paysans en une succession de tableaux bucoliques : au fil des saisons il décrit la fenaison, 

« Jean et ses deux faneuses avaient commencé la première meule. C’était Françoise qui la montait. Au centre, posée sur un mulon, elle disposait et rangeait en cercle les fourchées de foin que lui apportaient le jeune homme et Palmyre. Et, peu à peu, cela grandissait, se haussait, elle toujours au milieu, se remettant des bottes sous les pieds, dans le creux où elle se trouvait, à mesure que le mur, autour d’elle, lui gagnait les genoux. La meule prenait tournure. Déjà, elle était à deux mètres ; Palmyre et Jean devaient tendre leurs fourches ; et la besogne n’allait pas sans de grands rires, à cause de la joie du plein air et des bêtises qu’on se criait, dans la bonne odeur du foin. »

Moissons et battage, épisode brutal quand deux personnages en viennent aux mains. Vendanges et fête où l’on goûte le vin nouveau….Comme il a montré le travail de la mine dans Germinal, il nous fait vivre le travail de la terre.

Unité de lieu : l’ensemble du roman se déroule dans un village de la Beauce : Rognes. Petit village qui n’a même pas de curé.

Rose et Fouan, qui ont atteint l’âge de la retraite vont partager leur domaine entre leurs trois enfants. C’est une belle ferme de dix-neuf setiers (19 ha) que ses ancêtres ont agrandi. Les enfants vont la morceler en divisant chaque champ. La transmission des terres, par mariage ou héritage, est la grande affaire de ces paysans beaucerons. C’est le ressort du roman de Zola.

« Cette Beauce plate, fertile, d’une culture aisée, mais demandant un effort continu, a fait le Beauceron froid et réfléchi, n’ayant d’autre passion que la terre. – Faut tout partager en trois, »

Depuis la Révolution de 1789, les domaines ont été morcelés.  Il y a peu de grands propriétaires à Rognes en dehors de Hourdequin, le maître de la Bourderie. Il donne de l’ouvrage à un valet de ferme, un berger, des charretiers, une servante. Hourdequin passionné de culture veut expérimenter de nouvelles machines, de nouvelles méthodes, des engrais chimiques tandis que les petits propriétaires se contentent de travailler la terre comme leurs pères avant eux. En plus d’introduire cette thématique du progrès, Zola analyse les grandes lignes des échanges économiques : théories protectionnistes en faveur des agriculteurs qui craignent la concurrence des grains américains tandis que commerçants et industriels sont en faveur du Libre-Echange :

Voilà le terrible ! cria-t-il. D’un côté, nous autres, les paysans, qui avons besoin de vendre nos grains à un prixrémunérateur. De l’autre, l’industrie, qui pousse à la baisse, pour diminuer les salaires. C’est la guerre

 […]
l’ouvrier meurt de faim ; si l’ouvrier mange, c’est le paysan qui crève… Alors, quoi ? 

On s’attache aux héros de l’histoire, la famille Fouan ( de Rougon-Macquart, seul Jean, le Caporal, venant de Plassans, l’étranger, jouera un rôle assez marginal) .  Une fois que le père a partagé la terre, les fils vont le dépouiller, l’affamer, chercher un magot caché qui ne serait pas entré dans le partage. Cruauté , avarice et  jalousies. Plus on avance dans la lecture plus ces personnages sont odieux.

Je n’aurais jamais imaginé la tragédie finale. Plus noire encore que l’Assommoir!

Zola – Henri Troyat – Grandes biographies Flammarion

LES ROUGON-MACQUART

 

A la suite du billet de Claudialucia après avoir lu déjà 14 livres de la série des Rougon-Macquart, j’ai trouvé à la bibliothèque cette bibliographie et je n’ai pas eu la patience de lire les 6 tomes qui me manquent dans la série. J’ai été bien inspirée de la commencer à la suite de L’Œuvre, livre dans lequel l’auteur a mis beaucoup de sa vie : sa jeunesse à Aix-en-Provence (Plassans) et ses excursions dans la campagne en compagnie de Cézanne et de Baille qui sont venus le rejoindre à Paris. Claude, le héros est une sorte de mélange entre Manet dont il s’inspire pour le Déjeuner sur l’herbeaccroché au Salon des  Refusés, et de Cézanne comme peintre maudit (alors), Claude c’est aussi Zola lui-même dans la recherche de la théorie du naturalisme. Zola s’incarne également dans son ami écrivain Sandoz avec les relations étroites des amis d’enfance. On y devine Médan dans la maison en bord de Seine.

Zola peint par Manet

 

j’ai été très intéressée par le récit que fait Troyat de la construction de l’œuvre énorme qu’est la série des Rougon-Macquart. J’ai été étonnée du travail de préparation de chaque livre, étonnée qu’une seule semaine ait éré suffisante pour saisir le décor, les conditions de travail, le parler des mineurs de Germinal. Zola était vraiment un esprit vif, un voyage Paris-Mantes dans la locomotive lui suffit pour écrire La Bête-Humaine (bien sûr après lectures et entretien avec des spécialistes).

Troyat montre Zola au travail, à sa table mais aussi montre ses rapports avec les hommes de lettres ses contemporains. Portrait aigre-doux (plutôt aigre de Edmond de Goncourt, peint en faux-jeton) . Admiratif de Flaubert, sympathie pour Maupassant… tous ceux qui comptent dans la littérature du temps y passent  Mirbeau, Anatole France...l’écrivain ne travaille pas dans sa tour d’ivoire mais entouré de nombreux personnages écrivains et journalistes, éditeurs, théâtreux. Jalousies de Goncourt, stratégie-marketing aussi, comment lancer un roman avec un beau scandale qui fait vendre (Nana) ou en feuilleton….

La dernière partie du livre, Les Rougon-Macquart achevés, est consacrée à l‘Affaire Dreyfus. Zola comme nombreux dreyfusards, prend l’affaire en marche, il s’élève contre l’injustice qui condamne au bagne un innocent.  Avec J’accuse se déclencheront les procès contre lui . Zola est condamné, trainé dans la boue, exilé à Londres. La violence de la Droite est inimaginable, attentats à la personne, violences dans la rue, calomnies diverses…Même la mort de Zola est trouble! 

Comme dans toute biographie, on voit l’écrivain en famille avec ses proches, sa femme Alexandrine, sa maîtresse Jeanne, mère de ses enfants. Ses chiens…Je me promets d’aller voir sa maison de Médan qui est aussi un Musée Dreyfus.

A fil des pages, je remarque un nom :  Séverine, journaliste dreyfusarde, féministe. Et je découvre un podcast passionnant sur RadioFrance : Séverine une journaliste debout.  Evocation encore de l’Affaire Dreyfus. Rencontre surprise!

L’Œuvre – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART – t. 14

« Tu sais, mon tableau des Halles, mes deux gamins sur des tas de légumes, eh bien, je l’ai gratté, décidément: ça ne venait pas, je m’étais fichu là dans une sacrée machine, trop lourde encore pour mes épaules. Oh! je reprendrai ça un jour, quand je saurai, et j’en ferai d’autres, oh! »

J’ai retrouvé avec grand plaisir Claude Lantier, un des fils de Gervaise, rencontré une première fois dans Le Ventre de Paris, figure très sympathique qui avait accueilli avec générosité Florent, en fuite, et lui avait fait visiter les Halles colorées, pittoresques.

Claude Lantier est un jeune peintre prometteur, monté à Paris avec une bande d’amis d’enfance, artistes, écrivain, sculpteur, architecte. L’Œuvre traitera donc de peinture, 

Après ça, entends-tu! ils ne sont que deux, Delacroix et Courbet. Le reste, c’est de la fripouille… Hein? le vieux
lion romantique, quelle fière allure! En voilà un décorateur qui faisait flamber les tons! Et quelle poigne! Il aurait couvert les murs de Paris, si on les lui avait donnés: sa palette bouillait et débordait. Je sais bien, ce n’était que de la fantasmagorie; mais, tant pis! ça me gratte, il fallait ça, pour incendier l’École… Puis, l’autre est venu, un rude ouvrier, le plus vraiment peintre du siècle, et d’un métier absolument classique, ce que pas un de ces crétins n’a senti. Ils ont hurlé, parbleu! ils ont crié à la profanation, au réalisme, lorsque ce fameux réalisme n’était guère que dans les sujets; tandis que la vision restait celle des vieux maîtres et que la facture reprenait et continuait les beaux morceaux de nos musées… Tous les deux, Delacroix et Courbet, se sont produits à l’heure voulue. Ils ont fait chacun son pas en avant.

Après ces grands maîtres les jeunes artistes veulent imposer une nouvelle peinture sans céder à l’académisme des Salons.

C’est au Salon des Refusés qu’ils comptent imposer une nouvelle peinture : la Peinture de Plein Air avec un tableau qui fait furieusement penser au Déjeuner sur l’Herbe. 

Seulement, c’est ce monsieur, tout habillé, là, au milieu de ces femmes nues… On n’a jamais vu ça.»

«Le public ne comprendra pas… Le public trouvera ça cochon… Oui, c’est cochon:

Le tableau fait scandale.  Sans les nommer on pense aux Impressionnistes. 

« Dès qu’ils étaient ensemble, le peintre et l’écrivain en arrivaient d’ordinaire à cette exaltation. Ils se fouettaient mutuellement, ils s’affolaient de gloire; et il y avait là une telle envolée de jeunesse, une telle passion du travail, qu’eux-mêmes souriaient ensuite de ces grands rêves d’orgueil, ragaillardis, comme entretenus en souplesse et en force. »

C’est un roman sur la peinture mais aussi sur l’amitié. Amitié entre l’écrivain et le peintre qui se stimulent, se soutiennent indéfectiblement.

Histoire d’amour qui commence comme une amitié. Christine, débarquée de Clermont par une nuit d’orage sur le seuil de l’atelier du peintre, sera d’abord une bonne camarade. Il faudra nombreuses promenades dans Paris pour que les deux camarades deviennent amoureux. Paris est aussi un personnage à part entière du roman.

Christine, pour encourager Claude, va poser pour lui, malgré sa timidité ils deviendront amants et vivront cet amour-fou près de Bonnières, non loin des paysages de Giverny ou de Pontoise. Cet amour restera stérile du point de vue de la peinture. Claude a besoin de la stimulation de Paris tandis que Christine savoure cette vie sans rivale

Et elle, ayant tué la peinture, heureuse d’être sans rivale, prolongeait les noces. Au lit, le matin…

Dès leur retour à Paris, Claude va reprendre son travail sans trouver le succès. un tableau l’obsède : une vue de la Seine au Port Saint Nicolas

Regarde! je me plante sous le pont, j’ai pour premier plan le port Saint-Nicolas, avec sa grue, ses péniches qu’on décharge, son peuple de débardeurs. Hein? tu comprends, c’est Paris qui travaille, ça! des gaillards solides, étalant le nu de leur poitrine et de leurs bras…

et comme dans son tableau du Salon des Refusés, une femme au premier plan va occuper l’image. Il reprend, jours après jours, semaines après semaines, mois après mois, ce même sujet. Christine devient son modèle plutôt que sa femme, elle néglige leur enfant, se néglige elle-même. Et Claude dans sa folie s’acharne

« Est-ce qu’on savait jamais, en art, où était le fou? Tous les ratés le touchaient aux larmes, et plus le tableau ou le livre tombait à l’aberration, à l’effort grotesque et lamentable, plus il frémissait de charité, avec le besoin
d’endormir pieusement dans l’extravagance de leurs rêves ces foudroyés de l’œuvre. Le jour où Sandoz était
monté sans trouver le peintre, il ne s’en alla pas, il insista, en voyant les yeux de Christine rougis de larmes. »

Les sacrifices de Christine, l’amitié indéfectible de Sandoz, le soutien de ses camarades, rien ne sauvera l’Œuvre toujours inachevée. 

Et, bien sûr cela se terminera très mal!

 

Le Café sans Nom – Robert Seethaler -Sabine Wespeiser Ed.

FEUILLES ALLEMANDES 2023

Novembre, retour des feuilles allemandes et c’est avec grand plaisir que j’ai suivi la lecture commune avec Aifelle, Keisha, Eva, et d’autres….

C’est un véritable coup de cœur que ce court roman (246 p).

Vienne, 1966, Simon ouvre son café au coin du marché, sans nom, sans prétention, ce n’est pas un café littéraire ou mondain, de ceux qui sont une institution de Vienne comme ceux que Claudio Magris décrit dans Danube – Café Central -ou le Café Gluck du Bouquiniste Mendel de Zweig. 

Pas de journaux du jours emmanchés sur une baguette de bois, ni de Sachertorte. Seulement de la bière, du vin, du sirop de framboise, des tartines de saindoux et des cornichons. C’est un café populaire que fréquentent les habitués, marchands et clients du marché, ouvrières en route vers l’usine, dames d’un certain âge…

« Il s’agit de mon café au marché des Carmélites. Je dis que c’est un café, bien que personne à part moi ne l’appelle comme ça. Et je dis que c’est le mien, bien que sur le papier il ne m’ait jamais appartenu. Il y a dix ans c’était un trou poussiéreux, maintenant, tous les soirs sauf le mardi, il y vient des gens qui veulent oublier au moins quelques heures tout ce bazar autour d’eux. Il y fait chaud, l’hiver les fenêtres ferment bien, on peut boire quelque chose et surtout on peut parler quand on en a besoin et se taire quand on en a envie. Le monde tourne toujours plus vite, et parmi ceux dont la vie ne pèse pas assez lourd, il y en a parfois qui sont laissés sur le bord de la route. Alors n’est-ce pas une bonne chose qu’il y ait un endroit auquel se raccrocher ? Maintenant vous allez peut-être vous dire : ils n’ont qu’à aller ailleurs, ces pauvres bougres, le changement ça fait mal, rien n’est éternel, etc. Et bien sûr vous avez raison. Mais je connais des gens pour qui le bout de la rue, c’est déjà trop loin.

1966, l’Autriche a perdu son Empire depuis bien longtemps mais les patronymes yougoslaves, hongrois, tchèques ou italiens, les ouvriers turcs qui passent, rappellent que Vienne était aux portes de l’Orient. Allusions à un passé plus récent et plus douloureux. L’heure est à la reconstruction, au percement d’un métro. 

Il ne se passe pas grand-chose, des tranches de vie ordinaire, des gens ordinaires, le boucher, la crémière, un catcheur, la serveuse, deux femmes oisives… qu’on apprend à connaître. Une belle solidarité, entraide entre voisins. Et ce ton, attentif, précis, charmant.

Merci à ceux qui ont organisé la lecture commune!

 

 

 

 

Perspective(s) – Laurent Binet

RENTREE LLITTERAIRE 2023

Quelle plaisir, cette aventure dans Florence, 1557  en compagnie des plus grands. Roman épistolaire où les plus grands correspondent : Cosimo de Medicis le Duc régnant (1537-1569), Catherine de Médicis reine de France et Piero  Strozzi, maréchal de France…pour les politiques mais surtout, Michel-Ange Buenarroti fort occupé à peindre la Chapelle Sixtine mais sollicité, Benvenuto Cellini dont on connaît le Persée, Giorgio Vasari, moins connus, Bronzino , Allori et Bacchiacca (Francesco d’Ubertino). A tous ces artistes illustres s’ajouteront un page, le chef de police du Bargello, un broyeur de couleurs…et d’autres comparses, y compris des religieuses assez retorses…

Enigme policière : Jacopo da  Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques de la chapelle qu’il décorait depuis de nombreuses années dans un secret jaloux. Vasari, dépêché par le Duc et chargé de l’enquête découvre une anomalie, le mur a été repeint. Seul un artiste de talent a pu commettre le meurtre. Florence regorge d’artistes!

A ce meurtre, se mêle une affaire gênante pour les Médicis : Pontormo a peint un portrait de Maria de Medicis, fille du duc, dans une position compromettante. Il s’agit de faire disparaître le tableau.

Les deux affaires s’entremêlent, l’affaire du tableau semble prendre beaucoup plus d’importance que la découverte de l’assassin du vieux peintre.

Et pour compliquer le tout deux religieuses fanatiques, partisanes de Savonarole, mais se piquant de peinture sont mêlées à l’affaire du tableau.

Une révolte des petites mains de la peinture, broyeurs de couleurs, préparateurs des fresques, etc… s’organise. Exclus des corporations, ils tiennent des réunions secrètes….

La lectrice s’y perd un peu, mais s’amuse beaucoup en faisant de nombreuses incursions avec le smartphone dans les tableaux et fresques maniéristes. Quel plaisir de découvrir les œuvres dont il est question dans le livre.

Les péripéties autour du tableau sont rocambolesques, caché dans le cadre du lit de Cosimo, suspendu à une corde pour franchir le poste de garde de la Seigneurie, transporté dans l’inondation de l’Arno…c’est un vrai roman d’aventure.

Et voici que Vasari, pris dans une embuscade qui a mal tourné est forcé de se défendre avec une arbalète et qu’en tendant le carreau, il découvre (re-découvre) …la Perspective (?) et assène à son correspondant – Michel-Ange) toute une leçon d’histoire de l’art, de Masaccio à Uccello en passant par Brunelleschi. Echappant de peu à la mort, menacé par un Scaroncolo (oh Lorenzaccio!), il trouve le temps de faire de la théorie. Jouissif!

« C’est en vain que tu tends ton arc si tu ne sais pas où diriger ta flèche » – et moi je savais à cet instant! je déclenchais mon tir, et le carreau d’arbalète, suivant une trajectoire parfaite que mon esprit avait calculé et qu’une main invisible avait tracée dans l’air vint se ficher exactement entre ces deux yeux. Il bascula en arrière, le coup de feu se perdit dans le vide, et j’eus l’impression que la détonation me réveillait d’un long rêve d’une seconde.

Mais je n’avais pas rêvé. je m’étais souvenu de la perspective. Et voilà de quoi je veux m’entretenir, Messire Michel-Ange, mon cher maître. Dans notre soif de trouver une nouvelle manière de peindre pour surmonter, ou plutôt pour contourner la perfection atteinte nos pères et la vôtre, celle de Raphaël et celle de Léonard…..

Je ne veux quand même pas divulgâcher…et vous laisser le plaisir de vous perdre dans ces aventures et d’apprendre tout sur la peinture maniériste!

les blogueuses et blogueurs ont été nombreuses (x) à donner leur avis : Claudialucia,

Nathalie, 

eimelle

et j’en oublie sûrement que j’invite à se faire connaître….