A l’ombre des jeunes filles en fleur (première partie)

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA (ET D’AUTRES)

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Au fil de mes lectures, mon indice de Proustolâtrie fluctue de façon spectaculaire. Enthousiaste à Combray, agacée dans le salon de Mme Verdurin dans Un amour de Swann, je ne me suis pas découragée et j’ai entamé dans la foulée A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs. Les lectures communes et les défis me motivent. 

A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs est une lecture au long cours, presque 1000 pages en Livre de Poche. Comme je lis sur liseuse, je n’avais pas pris conscience de l’épaisseur du pavé! 

Trois parties composent cet ouvrage : La Première Partie se déroule à Paris. De nouveau personnages apparaissent : Le Marquis de Norpois, Bergotte, le Professeur Cottard….Swann est décrit sous un nouveau jour : c’est le mari d’Odette

« On dira peut-être que cela tenait à ce que la simplicité du Swann élégant n’avait été chez lui qu’une forme plus raffinée de la vanité et que, comme certains israélites, l’ancien ami de mes parents avait pu présenter tour à tour les états successifs par où avaient passé ceux de sa race, depuis le snobisme le plus naïf et la plus grossière goujaterie, jusqu’à la plus fine politesse. »

Le narrateur, n’est plus l’enfant naïf de Combray, c’est sans doute un adolescent, presque un jeune homme qui se préoccupe déjà de sa carrière future, écrivain ou diplomate?, qui est amoureux de Gilberte avec qui il « joue » dans les jardins des Champs Elysées. Ces « jeux » m’ont un peu désorientée, jeux d’enfants ou flirts? Le « temps perdu » est vraiment très flou ici. Le lecteur ne peut pas se référer à la scolarité de Marcel. On n’y fait jamais allusion, et pourtant Bloch semble être un camarade de lycée. Quel lycée? Par ailleurs, la fragilité de la santé de Marcel, les précautions dont il est entouré le confinent dans un état d’enfance attardée qui m’a interrogée. 

La jeune fille en fleur est la fille de Swann, Gilberte qui répond positivement à ses avances et l’invite à ses goûters. Ici encore, je suis étonnée par le mélange de jeux d’enfants, sortes de dinettes, et l’intensité des sentiments du jeune Marcel. Les deux jeunes gens deviennent inséparables et le narrateur, un familier des Swann. Rapidement la jeune fille se lasse, les assiduités de son chevalier servant l’ennuient. Marcel imagine comment la reconquérir…

quand j’étais seul en tête à tête avec ma Gilberte fictive, cherchais quelles pouvaient être ses vraies intentions à
mon égard et l’imaginais ainsi, son attention toujours tournée vers moi.

Bizarrement, Marcel continue à fréquenter la maison et les soirées de Madame Swann alors que Gilberte le fuit. A se demander s’il n’est pas plus fasciné par la mère que par la fille. Aux dîners de Madame Swann, il rencontre Bergotte, l’écrivain qu’il admire depuis l’enfance. Cette rencontre est très gratifiante, le Maître semble l’apprécier. Les conversations mondaines sont savoureuses; les échanges aigres-doux, les ragots  de Monsieur de Norpois m’ont amusée. A propos de Bergotte : 

« Vulgaire par moments, parlant à d’autres comme un livre, et même pas comme un livre de lui, mais comme un livre ennuyeux, ce qu’au moins ne sont pas les siens, tel est ce Bergotte. »

Dans ces dîners mondain, le jeune Marcel est initié à la vie artistique :il raconte sa première représentation théâtrale pour entendre la Berma, « l’artiste sublime, à laquelle Bergotte trouvait du génie » est un bonheur de lecture de finesse d’analyse. Il ne sait pas s’il a été conquis ou déçu. Il attendait tant de cette expérience! 

Dans les conversations, il est aussi question de politique. Monsieur de Norpois et le père de Marcel sont diplomates. Des alliances se forment. mais qui est donc ce Théodose?

« Au moment où j’allai chez Mme Swann, l’affaire Dreyfus n’avait pas encore éclaté, et certains grands Juifs étaient fort puissants. Aucun ne l’était plus que sir Rufus Israels dont la femme, lady Israels, était tante de
Swann. »

En filigrane, même avant que ne se déclenche l’Affaire Dreyfus se profile l’antisémitisme ou, au contraire une société où les Juifs auraient une importance spéciale. Ce thème des Juifs, déjà abordé quand Marcel a invité Bloch à Combray, l’antisémitisme et l’Affaire Dreyfus devient de plus en plus présent.

J’ai aussi aimé voir la modernité faire son apparition dans ce volume, l’électricité dans la nouvelle demeure de Madame Verdurin, le téléphone… Modernité aussi dans l’art

« Sans doute, il est aisé de s’imaginer, dans une illusion analogue à celle qui uniformise toutes choses à l’horizon, que toutes les révolutions qui ont eu lieu jusqu’ici dans la peinture ou la musique respectaient tout de même
certaines règles et que ce qui est immédiatement devant nous, impressionnisme, recherche de la dissonance,
emploi exclusif de la gamme chinoise, cubisme, futurisme, diffère outrageusement de ce qui a précédé. »

A mesure que je rédige mon billet je me rends compte de la richesse de cette partie parisienne qui m’a moins plu que la suite à Balbec .  Je me rends compte qu’il faudrait le relire en fixant un nouvel axe de lecture. Peut être laisser de côté Gilberte, la jeune fille en fleurs et me concentrer sur un point précis.

Ségou t.2 – La Terre en miettes – Maryse Condé

MARYSE CONDE

Ségou la terre en miettes

1863 – Ségou est islamisée mais les intrigues et rivalités s’y trament encore

tous les pays musulmans voisins, des médiateurs s’étaient proposés pour mettre fin à la querelle entre
Toucouleurs et Peuls. En vain. Et Ségou était l’un des enjeux de ce conflit.

les rois Bambaras sont défaits et contraints de quitter la ville .

Le bon peuple de Ségou s’assembla devant le palais d’Ali Diarra pour voir brûler les fétiches. Comme c’était la deuxième ou troisième fois qu’une opération de ce genre se produisait, il n’était guère ému, sachant que les fétiches se rient du feu, même de celui d’Allah.

Les Traoré, musulmans ou fétichistes, ont perdu la proximité avec le pouvoir politique des Diarra mais la concession reste prospère avec ses champs cultivés par des esclaves. Elle reste l’aimant qui va attirer les descendants dispersés des fils de Dousika à travers l’Afrique de l’Ouest : Omar, le fils de Mohamed, à la recherche de son père et Dieudonné, le fils d‘Olubunmi, recueilli sur le fleuve par des français. Fils sans pères, déboussolés accueillis comme des fils prodigues dans la concession des Traoré. De sangs mélangés de Peul, Bozo ou même marocain, l’appartenance au clan Traoré les renvoie à l’identité bambara.

El-Hadj Omar resta seul. Pendant un moment, il lui sembla qu’il ne savait plus pourquoi il combattait. Les
premières années, tout était clair. Il fallait purifier et rénover l’islam, rendre la chaleur et la virulence à une foi qu’affaiblissaient les querelles de clans et les oppositions entre provinces. Il fallait convertir les païens, leur mettre sur les lèvres la phrase sublime : — Il n’y a de Dieu que Dieu ! Mais, à présent, que se passait-il ? Voilà qu’au nom des nationalismes, des résistances s’organisaient ! Les hommes défendaient leurs territoires, leurs dynasties, leurs parentés et n’acceptaient pas qu’à l’est du fleuve Sénégal s’étende un même empire dont le souverain serait Dieu. Beau rêve si difficile à réaliser ! Idéal que rendaient inaccessible la petitesse et la
mesquinerie des esprits ! Mohammed lui-même avait été dans l’incapacité de comprendre cela !

Dans ce livre les conflits nationaux divisent l’unité illusoire que la croyance commune en l’Islam aurait fédéré.

Sur la côte, à Saint Louis du Sénégal, la colonisation française s’organise

Alors que Saint-Louis, avec l’abolition de l’esclavage, périclitait, un gouverneur énergique débarquait, animé du grand dessein de doter la France d’un empire colonial en Afrique de l’Ouest, qui avait fait ses preuves en Algérie : Faidherbe.

Dieudonné, recueilli avec ses frères par des français va à l’école française. L’armée française recrute des africains dans ses rangs, certains attirés par l’aventure, d’autres par des honneurs illusoires, tous se laissent corrompre par l’alcool abondant dans les cantines militaires.

Si, les premiers temps, les Français étaient partout accueillis avec une curiosité tolérante, la révolte s’était vite déclenchée contre eux. C’est que, après des simulacres d’accord avec les anciens, ils s’appropriaient les terres, forçaient à cultiver des plantes dont on ne voyait pas l’utilité et à tracer des routes qui ne menaient nulle part.

Pour asseoir leur pouvoir, les Français utilisent les rivalités entre les ethnies, arment les uns contre les autres, vendent les fusils efficaces contres lances et arcs traditionnels. Dans leur rivalité contre le pouvoir musulman intégriste Toucouleur, les Bambaras rêvent d’acquérir des armes modernes.

Omar, musulman, rêve d’unité contre les incirconcis français. Il prend même la tête d’une armée qui le prend pour le madhi

Nous sommes un. Un. Qu’il n’y ait plus ni Peul, ni Toucouleur, ni Bambara, ni Sonraï, ni Bozo, ni Somono, ni Sarakolé, ni Malinké, ni Dogon, ni Arma, ni Touareg. Nous sommes un. Ces terres sont nôtres. Et le Blanc, ses
canons, ses canonnières et son cheval de fer est un intrus qui doit partir.

les canonnières auront raison des remparts de Ségou.

Loin de Ségou, les descendants des esclaves brésiliens revenus en Afrique, christianisés,  à Lagos les descendants de Naba (le fils razzié lors d’une chasse au lion). Eucaristus, le pasteur,  a épousée la descendante jamaïcaine des esclaves marrons et eut un fils Samuel. Samuel a rêvé de la révolte des marrons qui n’ont jamais accepté l’esclavage. Il parvient en Jamaïque. Désillusion!

Ma première lecture de Ségou, il y a une vingtaine d’année avait mis la lumière sur les coutumes africaines, les peuplements, le mode de vie. les guerres récentes au Mali qui s’étendent maintenant aux états voisins donnent un intérêt renouvelé à cette histoire.

Challenge Marcel Proust – 1er bilan, il y en aura d’autres…..

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Voici le premier bilan du Challenge.

Certaines ont privilégié le texte : Du côté de chez Swann et Un amour de Swann . 

D’autres blogueuses ont fait un pas de côté pour éclairer l’œuvre avec un regard décalé

Aifelle
Proust,romanfamilial
Claudialucia
Présentation du challenge Marcel Proust de miriam et claudialucia
Les métamorphoses de Françoise ICI
Albert Bloch ICI
Tante Léonie la vieillesse ICI 

L’art, la charité de Giotto, les asperges de Manet, les nymphéas de Monet ICI
Soit que la réalité ne se forme que dans la mémoire ICI :
Le jeudi avec Marcel Proust :  billets sur  Un amour de Swann

Un amour de Swann avec  Marcel Proust ICI

Du côté de chez Swann

Combray I
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann-des.html

Un amour de Swan II

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann_0931643166.html

Des noms propres, le nom III

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann.html

Evelyne Bloch Dano une jeunesse de Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/evelyne-bloch-dano-une-jeunesse-de.html

Céleste Albaret : Monsieur Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/celeste-albaret-monsieur-proust.html

Proust roman famillial

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/laure-murat-proust-roman-familial.html

Dominique

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2013/08/11/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-5138963.html/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2023/07/15/bribes-de-conseils-aux-refractaires-de-proust-6452357.html

Laure Murat, roman familial

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2023/09/11/proust-roman-familial-laure-murat-6460754.html

Fanja

Céleste : Bien sûr, monsieur Proust BD  Chloé Cruchaudet

https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/2024/05/celeste-tomes-1-et-2.html

Keisha

Proust roman familial
https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2023/11/proust-roman-familial.html

Brassaï : Marcel Proust sous l’emprise de la photographie

https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-sous-lemprise-de-la.html

Luocine

Du côté de chez Swann : en famille 

Sandrine

Du côté de chez Swann
https://tetedelecture.com/2024/05/15/du-cote-de-chez-swann-de-marcel-proust/

PODCAST : je vous signale aussi l’excellent podcast France culture La Grande Traversée :Céleste Albaret chez Monsieur Proust où vous aurez le plaisir d’entendre la voix de Céleste Albaret pendant 110 minutes x 5 . C’est un podcast au long cours de presque 6 heures qui s’écoute avec grand plaisir. Céleste Albaret m’accompagne dans mes promenades en foret depuis le début de la semaine. 

Un amour de Swann – Marcel Proust

LECTURE COMMUNE A LA RECHERCHE… AVEC CLAUDIALUCIA

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J’ai suivi allégrement Marcel Proust à Combray. Tout me plaisait : le regard curieux et tendre de l’enfant qui découvrait la campagne, les fleurs, le jardin, les décors de l’église. J’ai découvert avec lui la campagne, les clochers qui s’éloignaient, les épines blanches de Guermantes. 

Je me suis attachée aux personnages, à ses parents, ses tantes, à la tante Léonie et à ses relations fantasques avec Françoise, servante et maîtresse des autres domestiques. J’ai goûté la cuisine de Françoise….

J’ai terminé Un amour de Swann depuis six semaines et je n’ai pas encore écrit mon compte-rendu, cela ne venait pas, il faut bien que je me force aujourd’hui.

Je suis entrée dans le salon de Mme Verdurin avec un certain agacement. Toutes ces conventions prétentieuses pour « ne pas ressembler aux ennuyeux » m’ont paru bien snobs et artificielles. Cette coterie de « fidèles » « d’habitués » m’a déplu. 

J’avais été séduite par Swann à Combray . Son mystère, sa discrétion, son désir de ne pas gêner la famille de Marcel en cachant ses relations mondaines, tout cela témoignait d’une grande délicatesse.

L’esthète qui conseillait les lectures de l’enfant me faisait deviner un personnage intéressant. Swann ami d‘Odette de Crécy est décrit comme un Don Juan blasé

Mais Swann aimait tellement les femmes qu’à partir du jour où il avait connu à peu près toutes celles de l’aristocratie et où elles n’avaient plus rien à lui apprendre, il n’avait plus tenu à ces lettres de naturalisation, presque des titres de noblesse, que lui avait octroyées le faubourg Saint Germain, que comme sorte de valeur d’échange de lettre de crédit dénuée de prix en elle même, mais lui permettant de s’improviser une situation dans tel petit trou de province ou tel milieu obscur de Paris, où la fille de hobereau lui avait paru jolie. Car le désir ou l’amour lui rendait un sentiment de vanité sont il était maintenant exempt dans l’habitude de la vie

Par curiosité (?) Swann s’introduit dans le salon de Mme Verdurin, on ne sent pas vraiment d’amour pour Odette de Crécy, de la curiosité peut-être? Rien ne prouve un amour sincère. Ce Swann –ci me semble peu intéressant et peu sympathique. Il sonnerait presque faux. Les aventures piquantes dont il se vante sont franchement odieuses. 

Odette de Crécy n’est même pas « son genre » de beauté. Cette femme du « demi-monde » se pique d’être intéressée par l’art tandis que Swann allègue des travaux sur Ver Meer de Delft . 

La présence du peintre et du pianiste éveille un peu plus mon intérêt. j’ai bien aimé les pages sur la musique et la sonate de Vinteuil

« Même cet amour pour une phrase musicale sembla un instant amorcer chez Swann la possibilité d’une sorte de rajeunissement. »

Je préférais le Swann de Combray!

Lecture commune Maryse Condé (piqûre de rappel)

LECTURE COMMUNE

Quelle meilleur hommage à la grande écrivaine (Prix Nobel alternatif) que de lire et faire lire son œuvre, la découvrir ou la relire.

La date prévue pour la lecture commune est le 20 Mai . 

Pour faire la récapitulation des liens avant notre départ en Corse les liens sont à déposer ici en commentaire. 

j’ai déjà le retour de Nathalie :qui a lu Victoire

Pour ma part, Miriam :  Le cœur à rire et à pleurer, La Belle Créole, Ségou pour la lecture commune 2024 et à l’occasion de notre voyage en Guadeloupe  Traversée de la Mangrove, Moi, tituba, Sorcière …noire de Salem

Aifelle a lu Le coeur à rire et à pleurer

Claudialucia : Moi, Tituba Sorcière de Salem

J’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à découvrir ses livres et j’attends ici vos retours

Du côté de chez Swann – l’amour de la lecture/écriture?

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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« Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des
incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et
d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous … »

Le jeune narrateur se consacre avec passion à la lecture. Son ami Bloch lui recommande Bergotte et le détourne de Musset?

« persuadé que mes pensées eussent paru pure ineptie à cet esprit parfait, j’avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m’arriva d’en rencontrer, dans tels livres, une que j’avais déjà eu moi-même, mon cœur se gonflait comme si Dieu dans sa bonté me l’avait rendue, l’avait ,déclarée légitime et belle. Il arrivait qu’une page de lui disait les mêmes choses que j’écrivais souvent la nuit à ma grand’mère et à ma mère quand je ne pouvais dormir, si bien que cette page de Bergotte avait l’air d’u  recueil d’épigraphes pour être placées en tête de mes lettres. Même plus tard quand je commençais de composer un livre, certaines phrases dont la qualité ne suffit pas pour décider à la continue, j’en retrouvais l’équivalent dans Bergotte… « 

Le jeune narrateur se met déjà dans la situation de composer un livre, d’écrire.

Swann le conforte dans son admiration de Bergotte. mais qui est donc Bergotte. Quand le rencontrerons-nous? Un écrivain existant ou un idéal?

Lecture et écriture, le jeune est déjà écrivain quand il regarde la nature au cours de ses promenades

Alors, bien en dehors de toutes ces préoccupations littéraires et ne s’y rattachant en rien, tout d’un coup un toit, un reflet de soleil sur une pierre, l’odeur d’un chemin me faisaient arrêter par un plaisir particulier qu’ils me donnaient, et aussi parce qu’ils avaient l’air de cacher au delà de ce que je voyais, quelque chose qu’ils m’invitaient à venir prendre et que malgré mes efforts je n’arrivais pas à découvrir. Comme je sentais que cela se trouvait en eux, je restais là, immobile, à regarder, à respirer, à tâcher d’aller avec ma pensée au delà de l’image ou de l’odeur. Je m’attachais à me rappeler exactement la ligne du toit, la nuance de la pierre qui, sans que je pusse comprendre
pourquoi, m’avaient semblé pleines, prêtes à s’entr’ouvrir, à me livrer ce dont elles n’étaient qu’un couvercle. Certes ce n’était pas des impressions de ce genre qui pouvaient me rendre l’espérance que j’avais perdue de pouvoir être un jour écrivain et poète, car elles étaient toujours liées à un objet particulier dépourvu de valeur intellectuelle

 

La personnalité de l’écrivain s’ébauche dans ces lignes. Pour notre plus grand plaisir! Plaisir de sentir la lumière toucher la pierre… d’imaginer, de se laisser porter. Quand l’écrivain va-t-il s’affirmer? Comment? Suspens! Encore quelques centaines de pages…..

A suivre…

Du côté de chez Swann – Combray, en famille

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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« Tous ces souvenirs ajoutés les uns aux autres ne formaient plus qu’une masse, mais non sans qu’on ne pût distinguer entre eux – entre les plus anciens, et ceux plus récents, nés d’un parfum, puis ceux qui n’étaient que les souvenirs d’une autre personne de qui je les avais appris – sinon des fissures, des failles véritables, du moins ces veinures, ces bigarrures de coloration, qui, dans certaines roches, dans certains marbres, révèlent des différences d’origine, d’âge, de « formation ». »

Du côté de chez Swann est raconté par un narrateur-enfant d’un âge indéfini ou plutôt l’accumulation de souvenirs des beaux jours passés à Combray  avec ses parents, grands-parents, des deux soeurs de la grand-mère dans une belle maison avec un jardin agréable propice à la rêverie et à la lecture.

Affection et tendresse indéfectible (ou presque) de la mère dont le baiser du soir, s’il est empêché par une visite, devient un manque insoutenable. 

Vie bourgeoise qui n’est troublée que d’évènements minuscules,

« Le monde se bornait habituellement à M. Swann, qui, en dehors de quelques étrangers de passage, était à peu près la seule personne qui vînt chez nous à Combray, quelquefois pour dîner en voisin »

qui se présentait en toute simplicité et dont ils ne soupçonnait pas le rang social

un des membres les plus élégants du Jockey-Club, ami préféré du comte de Paris et du prince de Galles, un des
hommes les plus choyés de la haute société du faubourg Saint-Germain.

L’ignorance où nous étions de cette brillante vie mondaine que menait Swann tenait évidemment en partie à la réserve et à la discrétion de son caractère, mais aussi à ce que les bourgeois se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées où chacun, dès sa naissance se trouvait placé dans le rang qu’occupaient ses parents et d’où rien à moins d’un hasard d’une carrière ou d’un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure »

Combray est  un monde clos, immobile où tout le monde connaît tout le monde. Seul, un pêcheur inconnu restera pour l’enfant un mystère insoluble. Un monde étriqué  où le moindre incident, le retard d’une paroissienne à la messe, pourra fournir un sujet de distraction pour la journée entière à la tante Léonie immobilisée dans sa chambre à l’étage. A la frange de cette société figée, conservatrice, l’aristocratie représentée par la Duchesse de Guermantes, fait rêver le narrateur. Les mauvaises fréquentations de la fille du professeur de piano Vintheuil sont sujet de ragots. Un autre défaut rédhibitoire, le snobisme fera exclure Legrandin

« trouvé en un instant lardé et alangui comme un Saint Sébastien du snobisme »

« Et certes cela ne veut pas dire que M. Legrandin ne fût pas sincère quand il tonnait contre les snobs. Il ne
pouvait pas savoir, au moins par lui-même, qu’il le fût, puisque nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre. »

 

Avec une précision d’horloger ou d’entomologiste, les rouages psychologiques sont analysés : les rapports complexes de maîtresse à domestique qui lient la Tante Léonie grabataire à Françoise, cuisinière, dame de compagnie, intendante qui, elle-même entretient des liens pervers avec la fille de cuisine.

Préjugé de cette fin du XIX, l’antisémitisme, pas virulent mais acide : le Grand-père détecte les Juifs dans les fréquentations du narrateur et fredonne des airs connus, allusifs. « Aucun sentiment malveillant » note l’enfant, voire..

Zola, dans mes lectures précédentes, avait brossé, tableau par tableau, une fresque du Second Empire, Proust dessine une esquisse impressionniste de cette bourgeoisie respectable, plutôt bienveillante mais d’une étroitesse d’esprit étouffante.

Du côté de chez Swann – Marcel Proust – lecture gourmande

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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J’avais 15 ou peut être 16 ans, j’avais lu Proust comme un défi, « cap de lire des livres difficiles pour adultes? « . Et voici un nouveau challenge, initié par Claudialucia. Faut-il être motivée par une lecture commune pour s’attaquer à un Everest de la littérature?

Le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de
Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la
figure des pays où j’aimerais vivre, où j’exige avant tout qu’on puisse aller à la pêche, se promener en canot,
voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des blés,

Première surprise, cette lecture m’a emportée dans des promenades délicieuses et fleuries du côté de Guermantes ou de Méséglise, lilas ou épines odorantes dans la campagne de Combray en limite du Perche et de la Beauce où les clochers des églises se voient de loin…et je n’ai rien trouvé de difficile à les suivre.

 » mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outre-mer et de rose et dont l’épi, finement pignoché
de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied – encore souillé pourtant du sol de leur plant – par
des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses
créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair
comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus »

Lecture printanière et gourmande.

Justement la saison des asperges!

Proust m’apprend qu’on « plume » les asperges, j’ai plumé les premières hier matin en me délectant du texte que j’ai copié ci-dessus. J’ai aussi lu avec gourmandise les menus que Françoise confectionnait.

Et bien sûr, le goût de la madeleine trempée dans le tilleul, que chacun reconnaîtra et qui fera resurgir les souvenirs.

Dernière surprise : cette lecture de jeunesse n’était pas enfouie si loin, j’ai retrouvé les pages…inoubliables….

Madame Zola – biographie – Evelyne Bloch-Dano – Grasset

PRINTEMPS DES ARTISTES

C’est à Médan que j’ai eu vraiment envie de connaître Alexandrine qui a laissé son empreinte dans la Maison de Zola  et cette biographie de 475 pages est tout à fait passionnante et détaillée. 

La vie d’Alexandrine Meley commence comme un roman de Zola

« il y a du Cendrillon et du Cosette chez la petite Alexandrine. Elle doit apprendre à ravaler ses larmes et balayer le plancher. »

Elle vit dans le quartier des Halles que Zola décrit dans le Ventre de Paris, Comme Nana elle sera fleuriste, comme Gervaise, lingère…Grisette, elle devient  Gabrielle et pose pour les peintres. Cézanne la présente à Zola son ami aixois. Dans la biographie de  Evelyne  Bloch-Dano, il me semble retrouver l‘Œuvre  et la bande d’artistes impressionnistes, les parties de canotage à Bennecourt

« Gabrielle les connaît presque tous, les peintres qui refont le monde chez le Père Suisse, dans la fumée des pipes et l’odeur de térébenthine : Claude Monet, Édouard Manet, Camille Pissarro, Empéraire l’étrange nain, Oller y Cestero l’Espagnol et tant d’autres. »

J’ai énormément de plaisir à trouver les correspondances avec les différentes œuvres des Rougon-Macquart  que n’ai lues récemment. 

C’est avec  l’Assommoir que les Zola achètent Médan et le décorent. Je me régale des commentaires de certains de leurs amis Daudet et Goncourt (quelle langue de vipère que ce dernier). 

« la vraie naissance d’Alexandrine a lieu le 31 mai 1870, le jour de son mariage : ce jour-là, Alexandrine Zola
vient enfin au monde. »

Après 5 ans de vie commune le mariage va donner une nouvelle identité à Alexandrine qui ne sera plus Gabrielle mais Madame Zola 

« On voit comment les rôles se répartiront entre Alexandrine et Zola, sur le modèle du couple bourgeois : un mari productif qui assure par son travail la subsistance de la famille, une épouse qui prend en charge le foyer. »

Et, comme souvent, dans les couples bourgeois, le mari trompe son épouse. Zola ne fait pas exception.  Il mène un existence bigame, Madame Zola, officiellement récolte les honneurs et les invitations, Jeanne et ses deux enfants mènent une existence discrète dans l’ombre. La colère d’Alexandrine sera violente, puis elle accepte la situation. Tant que Zola travaille à la maison, y prend ses repas, et ne retire rien de leur vie commune, elle lui laissera les après-midi, les goûters. Le grand regret d’Alexandrine est de n’avoir pas pu donner d’héritier à Zola. Elle va donc « adopter » les enfants en leur faisant des cadeaux, des visites, ayant même un droit de regard sur leurs études. A la mort de Zola, les deux veuves établiront des rapports encore plus étroits. Alexandrine versera une rente à sa rivale, et finalement les adoptera officiellement si bien qu’ils porteront le nom Emile-Zola son décès. 

Madame Zola sera reçue officiellement en voyage, en compagnie de son mari, puis souvent seule. Elle voyage des mois entiers en Italie à sa guise.

Tout au long de l’Affaire, Alexandrine sera l’alter ego de Zola, sa correspondante de guerre, son témoin numéro
1. 

Compagne mais aussi collaboratrice, elle jouera un rôle important pendant l’Affaire Dreyfus notamment quand Zola sera contraint de fuir en Angleterre.

elle se retrouve « vibrante comme dans sa jeunesse, accueillant une fois encore « comme de vrais enfants gâtés » » tous ceux qui soutiennent son mari. Les jeudis redeviennent des réunions de combat, où l’on vient aux nouvelles, où l’on commente les derniers événements, où l’on se retrouve entre partisans, où l’on fourbit des armes.

Puis après le décès de l’écrivain, elle mènera un travail important pour mettre de l’ordre dans l’œuvre de son mari. Editions, adaptations au théâtre, il lui faudra gérer les entrées d’argent. Les procès, la fuite en Angleterre ont tari les rentrées d’argent. Et enfin la panthéonisation qu’elle accepte mal. 

Zola n’est pas mort puisqu’elle est Alexandrine Émile Zola.

Une belle personnalité! Et une biographie passionnante qui retrace aussi bien la vie d’Alexandrine que celle de son époux.

 

 

Ségou -t.1 Les Murailles de terre – Maryse Condé

LECTURE COMMUNE EN HOMMAGE A MARYSE CONDE

C’est une relecture. Lu avant le premier voyage au Bénin. J’ai repris ce livre avec les souvenirs de nombreux voyages où se déroulent l’histoire et les développements géopolitiques actuels.

Une saga familiale

Ségou est au Mali sur les bords du Niger appelé ici Joliba. 

La saga de la famille de Dousika Traoré commence à la fin du XVIIIème siècle avec l’arrivée d’un blanc qui ne sera pas admis dans les murs de la ville. Dousika est un noble bambara, fétichiste, bien en cour, père de quatre fils. 

Son aîné, Tiekoro, se convertit à l’Islam et part étudier à Tombouctou. Son père ordonne à son frère Siga, fils d’une esclave, de l’accompagner. A Tombouctou, les deux frères ne sont pas bien accueillis. Tiekoro, musulman et lettré, devra faire ses preuves. Siga, rejeté par son frère, devient  ânier, puis gagne la confiance d’un marchand, qui l’envoie à Marrakech et Fès où il apprend les techniques des tanneurs et des maroquiniers. Il y rencontre Fatima, une mauresque, qu’il enlève pour l’épouser et fonde une famille. Sans rancune, il héberge Tiekoro et sa femme Nadié quand il vivra un revers de fortune

Le troisième fils, Naba, est razzié au cours d’une chasse et vendu comme esclave. Nous le retrouvons à Gorée, jardinier d’une signare, baptisé Jean Baptiste. Il suit une jeune esclave Ayodélé/Romana, au Brésil.  Elle lui donne trois enfants mais il va mourir mêlé à une rébellion. Romana rachète sa liberté et retourne en Afrique au Dahomey. Les Brésiliens (anciens esclaves au Brésil, catholiques ayant pris des noms brésiliens) forment une classe sociale très respectées à Ouidah. C’est là qu’aboutit après une longue errance le plus jeune fils : Malobali. Confondue par sa ressemblance avec Naba, Romana l’épouse….Olubunmi leur fils arrivera à Ségou, et la boucle sera bouclée.

Si vous avez peur de vous égarer dans tous ces personnages et ces noms, un arbre généalogique est prévu! Il n’est pas nécessaire, chacune des histoires se présente presque indépendante, l’une de l’autre. C’est un plaisir de suivre toutes ces aventures.

Géographie et histoire : 

Ségou, la ville et ses palais, est le centre du roman. C’est une ville commerçante, animée. Son roi, le Mansa, est au nœud des alliances et des équilibres politiques entre différentes ethnies, Bambara, mais aussi Peules et plus loin Touaregs, Haoussas. La conquête musulmane est au centre de l’histoire. Au début du roman, les musulmans ont déjà quelques mosquées à Ségou mais ils sont minoritaires. La 5ème partie du livre s’intitule « Les Fétiches ont tremblé » , le roi fait appel à une faction musulmane pour en combattre une autre. On voit plusieurs courants, plusieurs confréries,  certaines rigoristes combattant les plus tièdes. Le Djihad est en marche.

Du côté de la Côte Atlantique, catholiques européens mais aussi Brésiliens et protestants britanniques ou africains se livrent une belle concurrence. Les intérêts marchands et coloniaux sont transparents sous le prétexte religieux.

L’esclavage est aussi un thème fort du roman. Les esclaves sont partout. Pas seulement la Traite Atlantique racontée dans les pérégrinations de Naba et de Romana de Gorée au Brésil puis à Ouidah où on croise un curieux personnage, riche commerçant négrier Chacha. Cependant, les esclaves sont partout, du Maroc à Ségou. Esclave, la mère de Siga et Sira, la Peule, prise de guerre, concubine. A Ségou, des esclaves travaillent dans le champs, dont on ne parle pas. 

Maryse Condé n’a pas oublié les femmes, les mères et la plus majestueuse Nya. Elle n’en fait pas des objets de convoitise et de désir des hommes bien qu’ils se comportent souvent en prédateurs et violeurs. Chacune a sa personnalité, sa fierté même si , deux fois, cela aboutit à la solution affreuse de se jeter dans un puits. 

Maryse Condé est une merveilleuse conteuse qui m’a embarqué sur près de 500 pages qui se tournent toutes seules. Attention, roman d’aventure addictif!

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