Attention : spoiler! Mieux vaut avoir lu les romans de George Eliotavant d’entamer la lecture de cet ouvrage. Il ne s’agit nullement d’une biographie de George Eliotcomme je l’avais cru quand j’ai téléchargé ce livre. C’est plutôt une promenade dans ses oeuvres qui commence avec le Moulin sur la Floss que j’avais déjà lu, puis continue avec Middlemarchque je m’aprêtait à lire. L’analyse deMona Ozoufest passionnante mais suppose qu’on soit familier avec les personnages, et raconte un peu trop pour qui n’a pas terminé le livre. Donc, à ne lire qu’après lecture de George Eliot sous peine de divulgâcher l’histoire. Dans cette logique, j’ai sauté le chapitre concernant Daniel Deronda qui sera au programme du challenge en septembre.
A la suite de cette réserve, L’autre George est très intéressant, d’une lecture fluide. C’est le point de vue d’une historienne qui resitue les livres de George Eliot dans leur contexte historique, social et littéraire. Mona Ozouf met au jour des correspondances, des gemelléités, entre les personnages soit à l’intérieur d’un roman, soit à travers différentes oeuvres. C’est aussi l’interprétation d’une philosophe qui va questionner les questions religieuses et philosophiques ayant cours dans l’Angleterre du XIXème siècle.
Après les études des trois oeuvres citées précédemment, des chapitres transversaux : « La moraliste », « l’artiste », « la femme » vont éclairer les principaux aspects de l’oeuvre de George Eliot.
Ce qui m’a le plus intéressée c’est la question de la place des femmesdans l’oeuvre de George Eliot, et dans la société anglais. George Eliot peut-elle être considérée comme féministe?Pourquoi ne s’est-elle pas engagée avec les suffragettes dans la lutte pour le vote des femmes? (George Sand, non plus, d’ailleurs).
La conclusion du livre est une comparaison entre « Les deux George » sur laquelle je reviendrai sûrement quand nous ferons un bilan du challenge.
ce cousinage le signe le plus voyant était bien sûr l’adoption du nom masculin
Chez elles, de surcroît, le pseudonyme masculin ne venait pas seulement couvrir une œuvre, mais une vie. Et pour l’une comme l’autre, un mode d’existence soustrait à la convention.
Mais toutes deux dénoncent en revanche une société inique qui prive les femmes des droits fondamentaux. Et
l’emblème du malheur féminin leur paraît être le mauvais mariage, que des lois scélérates empêchent de
défaire.
Combien de fois me suis-je interrompue en maugréant « quelle bavarde cette George! » et même « quelle pleurnicheuse! » quand des larmes roulaient sur la joue de Rosemonde ou de Dorothée. L’écrivaine ne nous épargne rien de toutes les hésitations, les remords ou les rougeurs du visage des héroïnes, et l’action n’avance que très lentement.
Si Middlemarch compte 1150 pages, c’est surtout parce que George Eliot a beaucoup à nous raconter : tout un monde dans sa comédie humaine. Difficile de décider qui est le personnage principal : Dorothée, peut-être, la jeune fille qui a le caractère le plus original, qui refuse un bon parti, James, jeune beau, amoureux pour épouser un barbon, qui se révèlera égoïste, tyrannique et jaloux.
» C’était cette oppression écrasante d’une vie de femme riche, où tout se faisait pour elle et où personne ne demandait son aide, où elle devait péniblement garder comme une pure vision intérieure le sentiment d’une existence utile et multipliée, au lieu de recevoir du dehors les appels qui eussent donné un emploi à ses fortes aspirations. »
Célia,soeur cadette de Dorothée, correspond à l’idéal féminin, jolie, soumise, mère de famille.
Une femme, si bonne soit-elle, dit-il, doit, en toutes circonstances, s’accommoder de la vie que lui fait son mari. Il a fallu que votre mère s’accommodât de bien des choses avec moi.
une belle dame peinte par Singer Sargent
Rosemonde,encore une fille à marier, de bonne famille! Elle s’éprend d’un jeune médecin prometteur qui l’épouse. Mary n’est pas d’origine aussi fortunée, elle est obligée de gagner sa vie ; son amoureux d’enfance, Fred, devra faire ses preuves avant qu’il ne soit question de mariage. Donc, 4 jeunes filles à marier.
Les partenaires masculins sont très différents. Causabon est un pasteur écrivain, spécialiste de mythologie, Lydgate un médecin, James, baronnet intéressé par les chevaux et la chasse, et Fred, fils de famille instruit mais velléitaire. Chacun avec ses préoccupations, ses ambitions, ses faiblesses. Chacun de ces personnages est envisagé dans sa vie sociale et professionnelle.
Et comme les 8 acteurs viennent de familles inscrites dans la vie de la ville, l’écrivaine va donc s’attacher à faire vivre les parents sur plusieurs générations et évoquer des secrets de famille. Et tout ce monde mérite bien 1150 pages!
Middlemarchs’annonce comme un roman d’amour. George Eliot analyse très finement les sentiments qui président à la naissance d’un amour.
« Mais, une fois le seuil du mariage franchi, c’est sur le présent que se concentrent l’attente et l’espérance antérieures ; une fois embarqué sur la galère conjugale, vous êtes bien forcé de vous apercevoir que vous n’ avancez pas »
Quatre mariages (deux enterrements). George Eliot paraît très critique vis à vis de cette institution qui infériorise les femmes. Pas de mariage forcé, ou arrangé ni même de convenance dans ce roman. Ce seront des mariages d’amour. Et pourtant rien ne se passe comme prévu. Dorothée qui croyait assister son érudit de Casaubon, naviguer dans les hautes sphères intellectuelles, est reléguée au peu enviable rôle d’épouse. Rosemonde se voyait maîtresse d’une maison brillante,voit ses meubles inventoriés menacés de saisie à cause des dettes de son mari. Dans les deux cas, le désamour succède rapidement. J’ai cru presque jusqu’à la fin que le thème était un procès du mariage. L’épilogue va donc me surprendre, tout fini par s’arranger et des couples heureux vont avoir des enfants et vivre heureux comme dans les contes de fées.
Pourtant, ce n’est pas du tout un conte de fée, plutôt la relation des rapports sociaux à Middlemarch avec tous ses composants :
Caleb Garth de secouer pensivement la tête, en méditant sur la valeur et la puissance indispensable de ce travail aux mille têtes et aux mille bras, qui nourrissait, habillait, logeait, faisait vivre en un mot tout le corps social. Cette idée s’était dès l’enfance emparée de son imagination. Les échos de la grande usine où l’on construit les navires, les cris d’appel des ouvriers, le ronflement des fourneaux, le tonnerre ou les sifflements des machines étaient à son oreille une musique sublime ; l’abattage et le chargement des bois de construction, la grue manoeuvrée sur le quai, les produits de toute espèce entassés dans les entrepôts, la
précision et la variété des efforts musculaires, partout où il y avait un travail déterminé à accomplir, toutes ces
scènes de sa jeunesse avaient agi sur lui comme une poésie sans l’aide des poètes, lui avaient fait une
philosophie sans l’aide des philosophes, une religion sans l’aide de la théologie.
Une foule de personnages inscrits dans la vie d’une ville moyenne dans le début de la Révolution Industrielle. On voit arriver les chemins de fer qui vont amputer les prés et les champs. Un hôpital doit se construire dans la suite hygiéniste des épidémies de choléra. Lydgate, le jeune médecin a étudié en France et apporte des idées nouvelles, il dérange les habitudes des praticiens qui vont lui mener la vie dure.
Le thème de la religion, ou plutôt du rôle social des pasteurs occupe une place importante dans ce roman comme dans nombreux ouvrages de George Eliot. Il est fort peu question de foi, de doctrine, plutôt du rôle social du prêtre. Les actionnaires de l’hôpital doivent se prononcer pourle choix de l’ aumonier de l’hôpital : c’est une décision tout à fait politique. La politique est aussi un des ressorts du livre : l’arrivée de banquiers, d’hommes d’affaires bouscule les pouvoirs aristocratiques des propriétaires terriens.
Middlemarch, la ville du milieu, est une petite cité où le conformisme social règne. La respectabilité est remise en cause par la rumeur. Respectabilité et méfiance pour celui qui vient d’ailleurs, surtout pour celui qui porte un nom étranger. Dorothée, l’anticonformiste, sera seule à se lever pour défendre les victimes de la rumeur. C’est d’ailleurs un des points forts du livre.
C’est donc un livre très riche avec de nombreux personnages complexes qui évoluent au fil de l’histoire. Il faut avoir un peu de temps devant soi, mais il mérite l’effort.
Claudialucia propose un très curieux titre Uscoque de George Sand.
Pour ma part, je vais retourner en Angleterre avec George Eliot et Middlemarch. Et enfin découvrir l’histoire de la vie de George Eliotavec la bio de O’Shaughnessyet continuer l’ouvrage de Mona Ozouf : L’Autre George qui est plutôt une promenade dans ses oeuvres ; j’ai apprécié le premier chapitre sur Le Moulin sur la Flossmais calé sur le second concernant Middlemarch.
Bien sûr vous êtes toutes et tous invités à nous rejoindre avec d’autres propositions !
J’aime beaucoup cette collection Ma nuit au Musée qui m’a fait découvrir Lola Lafon :Quand tu écouteras cette chansondans la maison d’Anne Frank et Richard Malka : Après Dieuau Panthéon, Leila Slimani Le Parfum des fleurs à la Dogana de Venise. je suis prête à suivre mes écrivains favoris dans cette aventure. Cette fois-ci, en route pour Cabourget la Villa du Temps Retrouvé que l’autrice connaît très bien puisqu’elle a participé à la création de ce musée. Evelyne Bloch-Dano est également spécialiste de Proust avec son livre Madame Proust autour de la mère de Marcel Proust.
Excellentes références! Je suis d’autant plus motivée que j’ai visité cette Villa du Temps Retrouvé il y a moins de deux ans.
Cabourg la villa du Temps Retrouvé
A la lecture du Parfum des Années, je me rends compte du contresens de ma visite d’alors. Je venais de terminer La Recherche , encore toute imbibée de Proust, j’ai surtout cherché à le retrouver. Si bien que j’ai négligé la belle exposition dédiée à Jules Verne. Je n’ai pas prêté une attention assez soutenue à la projection dans la première salle illustrant la Belle Epoque où Evelyne Bloch-Dano passe un bon moment. j’étais trop pressée de découvrir les autographes, les dessins de Marcel et les « placards » de Céleste Albaret et les paperolles. Pourtant on m’avait prévenue, Marcel n’a jamais habité dans ce bâtiment, même au Grand Hôtel de Cabourg, il ne reconnaîtrait pas sa chambre (visitée actuellement par des pélerinages touristiques). Les peintures, les portraits je les ai examiné avec les souvenirs de mes lectures : qui était Elstir, Helleu peut être? Whistler? peut être Vuillard? J’ai cherché parmi les belles dames laquelle serait Madame Verdurin…
Suzette Lemaire une inspiratrice de Madame Verdurin
Si, comme l’explique Evelyne Bloch-Dano, la villa est une évocation de la Belle Epoque la visite est très différente. Chercher à définir cette « Belle Epoque » et se rendre compte que ce concept de « Belle Epoque » est beaucoup plus récent que je ne l’imaginais
l’expression « Belle Époque » – un chrononyme – est bien postérieure à la période où elle se déroula. Un premier signe en est donné en 1940 par une émission sur la vichyste Radio-Paris consacrée à la musique des années 1900 et intitulée : Ah ! la Belle Époque ! Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’expression fait vraiment son apparition, produit d’un imaginaire historique qui s’enracine autour du Paris et de l’« esprit français » de 1900.
Et c’est dans cette optique que la salle d’introduction avec ses projections panoramiquesprend tout son sens : costumes, visages, trains, quais….A la Belle Epoque la photographie existait et le cinéma naissait. On dispose donc d’images d’époque.
Et à propos de cinéma, Evelyne Bloch-Dano nous parle d’Alice Guy,la première réalisatrice de fictions, trop méconnue, quoique aujourd’hui on la reconnait.
L’ambivalence d’Alice Guy par rapport au féminisme est typique de certaines femmes exceptionnelles, hors du commun : ni George Sand ni Colette par exemple ne se sont jamais réclamées du féminisme même si elles ont lutté, chacune à sa façon, pour leur propre indépendance.
L’autrice interroge les portraits, souvent autoportraits de toutes les femmes qui l’entourent dans cette galerie : femmes qui ont eu leur place dans les salons et les soirées de Madame de Guermantes ou chez Madame Verdurin. (et me revoilà avec Proust, je suis incorrigible). Célébrités ou militantes féministes? Elle dresse une liste de militantes féministes : Hubertine Auclertqui réclama la parité dans les assemblées dès la fin du XIXèe siècle, Marguerite Durand, Madeleine Pelletier, première médecin aliéniste, Séverine, la journaliste, Louise Breslau, peintre
Il me semble que Louise Breslau incarne à la perfection la femme artiste de la Belle Époque. Une femme qui choisit de venir à Paris pour peindre et vivre indépendante
Femmes artistes ou Femmes de salons peuplent la villa et le livre :
Winnaretta Singer aurait peut-être été cette artiste. Faut-il classer cette extravagante dans la catégorie du «gratin révolté », expression désignant la volonté émancipatrice de certaines des grandes dames
Le Parfum des années s’avère beaucoup moins proustien que je ne croyais, beaucoup plus féministe, l’autrice n’oublie pas les limites de ce féministes. Des personnalités fortes, reconnues dans leur domaine, mais une époque « corsetée« où les droits des femmes étaient loin d’être reconnus et où les maris, même titrés et aristocrates battaient leurs femmes au point de leur casser la jambe ou de les faire avorter. Meetoo, ce sera dans un siècle!
Sarah Bernhardt et Louise Abema tableau vu à l’exposition Sarah Bernhart au Petit Palais
« en tant qu’artistes à part entière, qu’elles soient peintres comme Rosa Bonheur, Louise Abbéma, Madeleine Lemaire et Louise Breslau, actrice comme Sarah Bernhardt ou écrivaines comme Anna de Noailles, Natalie Barney, Renée Vivien ou, bien sûr, Colette. Mais ne nous leurrons pas, la société de leur temps est loin d’ accepter leur mode de vie et leurs préférences sexuelles. L’époque est encore corsetée, au sens propre et figuré. »
Et comme c’est l’usage dans cette collection Une nuit au musée, Evelyne Bloch-Dano nous parle d’elle, du making-of du livre, et j’ai plaisir à la connaître mieux. Je lirai d’autres ouvrages, surtout Madame Proust que je n’ai pas encore lu et d’autres
« Nohant est une thébaïde, qui autorise une existence égalitaire, entre les membres de la famille élargie qui l’
habite, y compris avec les domestiques et les paysans voisins qui « entrent dans la maison comme chez eux ».
Michelle Perrot est une universitaire, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes. Elle fut la directrice de thèse de Marie-Jo Bonnet et j’ai eu le plaisir de la rencontrer lors de la soutenance de thèse de Marie-Jo. George Sand à Nogent est donc un ouvrage très sérieux, bourré de petites notes. Toute affirmation est donc justifiée. On n’est pas forcé d’interrompre la lecture, pour les consulter. Sérieux mais point ennuyeux. C’est une lecture très riche.
Au lieu d’écrire la biographie classique, de la naissance d’Aurore à son décès, suivant l’écrivaine dans ses périgrinations et ses amours, Michelle Perrot a choisi de se concentrer sur Nohant,. Elle décrit par des cercles concentriques la maison, ses habitants , les visiteurs, mais aussi le cadre de vie, maison et jardin et les environs immédiats.
« Nohant vécu par Sand : tel est notre propos. Dans ses dimensons matérielles et symboliques, affectives et politiques, réelles et idéales, côté chambres et côté jardin. Dans sa folle ambition de projet communautaire, d’atelier d’artiste, de lieu de création, de modèle égalitaire. »
George Sand à Nohant comporte trois parties : Les gens, les lieux et les temps.
Parmi « les gens » nous ferons connaissance avec la famille de l’écrivaine, lignée de femmes de Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère à Aurore lauth-Sand, sa petite fille que j’ai eu le privilège de voir à Mezières-en-Brenne. J’avais tout juste 8 ans mais je me souviens de la très vieille dame. Nombreux hommes, de Casimir, le mari butor,Maurice, à Chopin , Manceau l’amant, Clesinger le mari de Solange…nous croiserons les pas des invités illustres ou pas, Litz et Marie d’Agoult, Delacroix, Flaubert, Dumas fils, Eugène Lambert, Théodore Rousseau, Pauline Viardot … artistes célèbres simples invités, ou inspirés par les lieux. (j’en ai oubliés).
Moins connus, les fidèles berrichons, les politiques, journalistes, avocats.
N’oublions pas les nombreuxdomestiquesqui faisaient (ou non) presque partie de la famille. Avec une certains ambiguité comme Marie des Poules dont
« L’histoire de Marie Caillaud, dite des Poules montre les limites de la transgression sociale, la persistance des assignations «
responsable de la basse-cour, elle participe aux soirées lectures, se baigne dans la rivière avec George, fait l’actrice au théâtre de Maurice puis se trouve congédiée « à la Saint Jean » quand elle est enceinte.
Avec les lieux la lectrice découvre les changements, les aménagements que George Sand fait à sa vaste maison, inventant de nouvelles pièces, des ateliers pour les artistes. Si le menuisier confectionne les meubles, c’est George, elle-même qui coud et brode, elle a un goût des travaux d’aiguille que je n’imaginais pas. Amusantes aventures de l’installation du calorifère. Elargissant le champ des lieux, le chapitre du jardin m’a enchantée. Attention particulière portée aux arbres que George Sand interdit d’élaguer. Puis, pour créer des vues, elle élague elle-même, malgré tout.
Elargissant encore le regard, nous découvrons le domaine : George Sand est une propriétaire terrienned’une envergure non négligeable dans le Berry de petites exploitations. Efforts d’agronomie moderne, déboires, essais d’introduction de l’élevage bovin….Michelle Perrotne néglige rien. Souvent je pense à la Cerisaie de Tchekov.
l’éventail des caricatures
Attention prêtée au temps : emploi du temps de l’écrivainequi écrit la nuit pour consacrer la journée aux enfants et aux invités. Mais aussi temps qui passe, de l’enfance de la petite Aurore avec sa grand-mère à son décès.
D’autres sujets m’ont passionnée : le théâtre et le Théâtre de marionnettes. Et bien sûr les idées politiques de George Sand au cours des périodes révolutionnaires et son rôle de journaliste. Le retranchement dans son domaine pendant le Second Empire, qui lui a été parfois reproché. Ses idées féministes et leurs limites. Il me faudrait sans doute une deuxième lecture plus attentive pour développer ces idées.
Et finalement l’attention à la nature, la défense des arbres :
« Laisser verdure » seront ses derniers mots. Et la défense de la forêt de Fontainebeau, une de ses dernièes actions »
A mesure que j’écris, je me rends compte qu’il faudrait que je relise cet ouvrage bien trop riche pour une seule lecture.
Encore une fois, je suis surprise par George Sand qui a trouvé un style original dans ce « roman dialogué », pièce de théâtre à représenter? pas forcément. A lire silencieusement, c’est une lecture très agréable. Bien que Sand ait beaucoup écrit pour le théâtre, possédait deux théâtres à Nohant, Gabriel est cité « roman » dans la liste de ses oeuvres par Wikipédia.
Gabriel (Hetzel) ici mentionné « théâtre »
L’intrigue se déroule à la Renaissanceen Italie. En 1839, parution de Gabriel, le voyage en Italie avec Musset (1833) est encore récent.
Dans le Prologue, le Prince de Bramante échange avec l’abbé qui est le précepteur de Gabriel. Un lourd secret de famille doit lui être révélé. Secret rapidement éventé (j’avais deviné dès le début) Gabriel est né fille mais élevé garçon dans le plus grand mépris des femmes
« Dès sa plus tendre enfance (votre altesse avait donné elle-même à son imagination cette première impulsion), il a été pénétré de la grandeur du rôle masculin, et de l’abjection du rôle féminin dans la nature et dans la société. Les premiers tableaux qui ont frappé ses regards, les premiers traits de l’histoire qui ont éveillé ses idées, lui ont montré la faiblesse et l’asservissement d’un sexe, la liberté et la puissance de l’autre. Vous pouvez voir sur ces panneaux les fresques que j’ai fait exécuter par vos ordres: ici l’enlèvement des Sabines, sur cet autre la trahison de Tarpéia; puis le crime et le châtiment des filles de Danaüs; là une vente de femmes esclaves en Orient; ailleurs, ce sont des reines répudiées, des amantes méprisées ou trahies, des veuves indoues immolées sur les bûchers de leurs époux; partout la femme esclave, propriété, conquête, »
A part moi, je me demande comment Gabriel n’a rien soupçonné, il/elle n’a donc pas ses règles?
Le Prince de Bramante a un héritier mâle qui pourrait lui succéder, Astolphe. Mais ce dernier est le fils d’un fils honni. De plus, Astolphe mène une vie dépravée, a dilapidé son héritage, boit, se bat…Gabriel se rapproche de son cousin, le tire d’un mauvais pas. Une amitié nait. Jusqu’au moment où Astolphe demande à Gabriel de se travestir en femme. Et tombe amoureux de Gabrielle.
« toi qui n’es pas à moitié homme et à moitié femme comme tu le crois, mais un ange sous la forme humaine. »
Il est donc question de la condition des femmes, question de travestissement. Gabrielle est elle George ou son miroir? Quel choix Gabriel/Gabrielle fera-t-elle/il? Il est aussi question d’amour. Par amour pour Astolphe, Gabrielle renonce a nombreux privilèges masculins, mais cela ne suffit pas…(je ne vais pas spoiler plus loin). Le roman dont la trame paraissait simple est plus complexe que je ne l’imaginais au début.
Eh bien, qu’avez-vous découvert? Qu’une femme pouvait acquérir par l’éducation autant de logique, de
science et de courage qu’un homme. Mais vous n’avez pas réussi à empêcher qu’elle eût un coeur plus tendre,
et que l’amour ne l’emportât chez elle sur les chimères de l’ambition. Le coeur vous a échappé, monsieur
l’abbé, vous n’avez façonné que la tête.
Nos lectures sur les deux George de la littérature continuent avec toujours autant de plaisir.
Ce mois de Mai nous avons découvert Les beaux Messieurs du Bois-Doré, un roman de George Sandqui se situe au début du XVII siècle au moment de la Fronde et des querelles larvées des guerres de religion.
Pour George Eliot,nous avons lu Adam Bede, son premier roman après les trois nouvelles qu’elle avait d’abord publiées, une peinture réaliste et réussie de la vie rurale en Angleterre au début du XIX siècle avec les destins personnels et parfois tragiques de ses personnages.
Nous attirons votre attention sur les romans de George Eliot que Nathalie, admiratrice de l’écrivaine, a lus au cours de ces dernières années.
Pour le mois de Juin vous pouvez nous rejoindre pour une des lectures suivantes :
Lectures avec Miriam et Claudialucia :
George Sand : un court roman intitulé Gabriel sur un sujet étonnamment contemporain que je vous laisse découvrir.
Avec Miriam :
George Eliot : Middlemarch et George Sand : Biographie de Michelle Perrot
Avec Claudialucia :
George Sand : Histoires de ma vie
George Eliot : Biographie de Kathy Oshaugnessy : Une passion pour George Eliot
Immersion dans la campagne anglaise : village d’Hayslope dans les Middlands, de juin1799 à juin 1807. George Eliot décrit avec minutie et vivacité la vie de cette communauté rurale.
George Eliot présente les personnages dans leur milieu de vie : l’atelier des frères Adam et Seth, charpentiers. La ferme du Manoir, vieille demeure tenue par les Poyser, fermiers prospères avec leurs petits enfants, deux nièces Hetty et Dinah, les servantes, les ouvriers agricoles et bien sûr les animaux. La laiterie de Mrs Poyser est particulièrement prisée et la jolie Hetty écrème le lait et baratte un beurre réputé. Au presbytère, nous ferons la connaissance du pasteur Irwine, de sa mère très distinguée et de ses soeurs. Le seigneur du village est le vieux chevalier, son petit-fils, le capitaine Arthur qui va fêter ses 21 ans, s’aprête à prendre la succession et à donner une nouvelle impulsion aux domaines. Au cours des evènements, nous rencontrerons le vieux maître de l’école du soir, Bartle Massey, exigeant et consciencieux,plutôt bougon et mysogine. Sans oublier le jardinier écossais, Mr Craig, et différents villageois…
La vie quotidienne se déroule dans un décor précis, qui changera avec les saisons. Les travaux agricoles rythment la vie du village avec les foins qui doivent être récoltés secs, les fêtes des moissons qui rassemblent tous les ouvriers agricoles.
Des évènements vont rassembler la communauté villageoise, l’enterrement du père d’Adam et Seth, la fête qu’offrira le capitaine Arthur pour tous les fermiers de son domaine. Les réjouissances sont décrites avec une abondance de détails.
L’action avance peu. L’ intrigue est simple : qui va conquérir le coeur de la jolie Hetty? Adam Bede, timide n’ose pas se déclarer. Il va découvrir qu’Hetty a cédé à la cour que lui a fait Arthur…. Autour de cette histoire d’amour George Eliot nous livre une analyse psychologique très fouillée. A quoi rêve une jeune fille ravissante, que l’autrice compare à une petite chatte? Le destin des trop jolies filles n’est pas simple, (attention spoiler!) je ne vais pas vous priver des surprises ….
Un autre sujet abordé concerne la religion. A côté de l’Eglise Anglicane officielle qui assure la cohésion sociale plutôt qu’une vie spirituelle, se réunissent des dissidents. Méthodistes ou Quakers, avec des prédicateurs inspirés, drainent des foules souvent deshéritées. Dinah, la nièce des Poyser, les fermiers du Manoir, est une prédicatrice convaincue. Malgré sa tenue austère, son chapeau ridicule, elle a beaucoup de charme et même lepasteur anglican, Irwine l’apprécie. Cet aspect de prédication et les références bibliques m’ont un peu ennuyée, il me manque les références culturelles!
J’ai donc découvert avec grand plaisir ce roman villageois. Par de longs plans-séquences, la lectrice partage la vie de Hayslope sous tous ses aspects. Il faut prendre du temps, se laisser emporter, par un voyage à petite vitesse.
Quelle bonne idée de la part de Claudialucia que de proposer cette lecture commune d’un ouvrage moins connu de George Sand ! Avec une nouvelle facette de l’oeuvre de la Bonne dame de Nohant qui s’aventure dans le roman historique, de cape et d’épée.
Pavé de plus de 700 pages avec de l’action, de l’amour, des personnages nombreux, très pittoresques et attachants.
Le roman se déroule en Berry, dans trois manoirs voisins, pendant le règne de Louis XIII. Les guerres de religion font encore rage. A Bourges, Condé et les Jésuites tentent de s’imposer. L’arrivée d’un noble espagnol, Sciarra d’Alvimar venu se cacher en Province après un duel à Paris qui a mal tourné, chez un châtelain berrichon va provoquer les premières péripéties.
Il a un grand malheur en la tête, qui est d’être trop Espagnol. Ces gens sublimes méprisent tout ce qui n’est pas eux; mais je crois qu’ils se sont rompu les reins en martyrisant et en exterminant ces pauvres Morisques. Ils s’en mangeront les mains, un jour ou l’autre.
Alvimar est reçu à la Motte-Seuilly chez M. De Beuvre et sa fille Lauriane, qui avait « embrassé le parti de la Réforme »sans être « exalté en fait de religion ». Alvimarest ensuite invité à Briantes, chez le beau Marquis de Bois-Doré, vieil original emperruqué et fardé, toqué de l’Astrée au point d’avoir construit un jardin sur le modèle du roman et de nommer ses serviteurs aux noms de ses personnages.
« la monomanie de M. de Bois-Doré était assez répandue de son temps pour n’être pas une excentricité. Henri IV et sa cour avaient dévoré l’Astrée, et, dans les petites cours d’Allemagne, les princes et princesses prenaient encore ces noms redondants que le marquis imposait à ses gens et à ses bêtes. La vogue passionnée du roman de M. d’Urfé a duré deux siècles; il a encore ému et charmé Jean-Jacques Rousseau »
Chevaleresque, cultivé, admirateur du bon roi Henri IV, Bois-Doré est débonnaire, tolérant et aimé de tous.
« il me faut pratiquer ici l’hospitalité à la mode antique, respecter les secrets de mon hôte et lui faire bon visage, comme à un ancien ami dont on croit tout le plus honorable du monde. Mais cela ne m’oblige point à
lui donner la confiance qu’il me refuse, et c’est pourquoi vous avez vu que, devant lui, je vous ai laissé en un
coin comme un pauvre musicien à gages. »
En revanche, Alvimar, peu respectueux de l’hospitalité généreuse de Bois-Doré, cherche un allié auprès du curé Poulain.
« —Si cet ecclésiastique est zélé pour la bonne cause, pensait-il, il peut m’être utile de l’avoir pour ami; car ce de Beuvre est un huguenot, et le Bois-Doré, avec sa tolérance, ne vaut pas mieux. Qui sait si je pourrai vivre en bonne intelligence avec de pareilles gens? »
Surgissent une troupe de Bohémiens, accompagnés d’une Morisque et d’un jeune enfant. Une gitane fait d’étranges prédictions qui vont se révéler exactes….mais je ne veux pas tout dévoiler!
Alvimar et Bois-Doré se retrouvent tous les deux prétendants à la main de Lauriane. Lequel aura la préférence de la jeune veuve de 16 ans? Cette rivalité va tourner très mal pour l’un d’entre eux….
Mais, au fait, pourquoi les Beaux-Messieurs de Bois Doré? Pourquoi ce pluriel? C’est que le Marquis a retrouvé son neveu qu’il a adopté, le petit Comte de Bois-Doré, aussi beau que son père adoptif, aussi valeureux et amoureux de Lauriane, à 11 ans est-ce raisonnable de demander sa main?
Elle me dira peut-être, pour me remettre le coeur au ventre que je ne suis point un bâtier de paysan, ni un méchant batteur d’estrade, ni un valet grenier à coups de bâton, car il est dit des valets qu’ils sont comme les noyers, lesquels tant plus ils sont battus, tant plus ils rapportent. Elle me dira encore que je ne suis ni un escogriffe, ni un tire-laine, ni un damoiseau, ni un fier-à-bras, ni un olibrius, ni un godelureau, ni un pourfendeur, ni un ostrogoth, ni un escargot; que j’ai assez bonne mine, nonobstant une physionomie un peu subalterne; mais, devant un mérite comme celui de la dame que je vois (on n’estropie pas une déesse pour la regarder), et devant une réunion de seigneurs qui ressemblent plus à une assemblée de monarques qu’à une charretée de veaux en foire, le plus vaillant homme du monde perd la tramontane et n’est plus qu’un égout d’ignorance, une sentine de stupidités et le bassin de toutes les impertinences…
Assaut du chateau de Briantes par des brigands, les reîtres du lieutenant Saccage et du Capitaine Macabre.
Condé et le curé Poulain organisent les persécutions des Huguenots…Lauriane se voit exilée dans un couvent tandis que son père est parti combattre (et faire des affaires ) avec les Protestants.
Tout un feuilleton, batailles…un vrai roman d’aventure! doublé d’un roman d’amour. Sans parler de l’attention portée aux personnages secondaires, aux valets et aux servantes, au vaillant Adamas
« Adamas, n’ayant jamais manié d’autre arme que le peigne et le fer à papillotes, remplissait évidemment le rôle de la mouche du coche, rôle qu’il savait rendre utile, et que savent bien nécessaire, parfois, ceux qui
connaissent la lenteur et l’apathie berrichonnes.
Sans oublier le colossal carrosseux, Aristandre, si dévoué!
Et toujours ce style inimitable de George Sand si savoureux avec le souci du détail, de la vie quotidienne comme ces descriptions de l’auberge
On sait qu’en ce temps-là encore, les auberges se distinguaient en hostelleries, gîtes et repues. Les gîtes étaient particulièrement affectés pour la nuit, et les repues pour le dîner des voyageurs; ces dernières étaient de méchantes auberges où les gens de bien ne s’arrêtaient que faute de mieux, du corbeau, de l’âne et de l’anguille de Sancerre, c’est-à-dire de la couleuvre. Les gîtes, au contraire, étaient souvent très-luxueux. Les hôtelleries se divisaient encore en auberges pour les gens à pied et en auberges pour les gens à cheval. On y pouvait prendre deux repas.
je pourrais recopier tant de passages amusants! Découvrez les!
Après la lecture de La Ville Noire de George Sand, roman social écrit en 1860 nous continuons le Challenge avec Felix Holt, paru en 1866. Deux oeuvres tout à fait contemporaines, se situant dans des villes de province (Thiers pour la Ville Noire et la ville fictive de Treby Magna dans les Middlands. Ici, s’arrête la correspondance entre les deux livres.
Felix Holt est un très gros pavé de plus de 800 pages dont la lecture a été laborieuse.
Mon ignorance de l’histoire anglaise, de ses rois et leaders politiques m’a génée. Heureusement le traducteur nous fournit des notes en fin de volume, et cela ralentit la lecture. Whigs et Tories, c’est encore à ma portée mais que sont ces « radicals« ? D’autant plus qu’il semble y avoir deux acceptations pour ce concept, celle de Harold Transome,politicien un peu plus à gauche que les whigs et ceux qui sont vraiment radicaux comme Felix Holt. Autre lacune : la religion, les différents courants, entre Anglicans, Non-conformistes (?) et catholiques, je manque de références. Toujours au chapitre religion, les citations bibliques s’incrustent dans les arguments du pasteur et des femmes pieuses. Là encore, les notes vont bien m’aider, et me retarder. Comme tout sujet de Victoria est censé connaître Shakespeare, les allusions sont nombreuses et me laissent perplexe. Et je parle pas de la mythologie! Tout cela est bien intéressant mais cela ne fait pas avancer l’intrigue!
L’action est assez ramassée dans le temps, en 1832, juste avant et après une campagne électorale.
Trois volumes :
Le volume I présente les personnages, plante le décor. Les propriétaires terriens, les Transome, en leur manoir, l’avocat Jermyn qui a géré les domaines et les démélés judiciaires. Comme dans le Moulin sur la Floss, les affaires embrouillées et les procès semblent peser sur les finances. D’un autre côté : la petite congrégation non-conformiste autour du Pasteur Lyon, sa fille, Esther, et Felix Holt, idéaliste qui a abandonné les études de médecine pour s’établir horloger et qui veut éduquer les ouvriers.
Le volume II se déroule pendant la campagne électorale. Une réforme récente a créé de nouvelles circonscriptions, de nouvelles candidatures se déclarent. Etrangement, Harold Transome, de bonne famille de tradition tory se présente comme Radical . Il va faire appel à Jermyn comme agent électoral, qui lui-même délègue ses pouvoirs à un personnage trouble, Johnson. En 1832, le suffrage universel n’existe pas. Etrangement, un même électeur peut avoir plusieurs voix, qu’il peut même offrir à deux concurrents. Les votes s’achètent par des faveurs quelconques. Les ouvriers, évidemment, ne votent pas mais ils peuvent influencer la campagne, acclamant ou conspuant tel ou tel candidat. On peut gagner leur faveur en payant des tournées de bière dans les pubs. Evidemment, les ouvriers alcoolisés peuvent causer des troubles…. Felix Holt se trouve mêlé à ces agissements .
Le volume III commence après les élections. Harold Transomea été battu par le tory Debarry. Felix Holt accusé d’être le meneur d’une émeute est emprisonné. Harold Transome veut se débarrasser de Jermyn dont il n’a plus besoin. Ce dernier, détenteur de secrets de famille, va le faire chanter. Et se trame une histoire d’amour entre Esther dont le secret de la naissance a été révélé, et Harold Transome. Quel amoureux Esther va-t-elle choisir : l’intègre Felix Holt, emprisonné injustement ou Harold, le gentleman qui lui procurera une vie agréable au manoir? Estherjoue le rôle principal dans ce volume. Le roman s’éloigne de la politique pour prendre la tournure d’un roman d’amour, presque une série télévisée.
Ce roman très dense, très riche, très varié m’a beaucoup intéressée malgré les écueils qui ont retardé ma lecture. Les personnages très variés et très nombreux sont complexes et évoluent au cours de l’histoire. Si les hommes sont les protagonistes de la campagne électorale, les femmes jouent un rôle important et leur personnalité n’est pas négligée. Elles ne votent pas (les ouvriers non plus) mais elles ont des opinions souvent tranchées et n’hésitent pas à agir quand elles en ont l’occasion. Les citations (que je n’ai pas beaucoup appréciées à cause de mon manque de culture) sont parfois des éléments humoristiques puissants. Il faut être britannique pour en goûter pleinement la saveur.
Me voilà donc un peu moins ignorante en ce qui concerne l’Angleterre du XIXème siècle! Et prête à de nouvelles aventures de la George anglaise!