« C’est ce qui te prouve, dit Sept-Épées, qu’il y a deux partis à prendre : ou rester pauvre avec le cœur content,
ou se rendre malheureux pour devenir riche. »
La Ville Noireest une ville imaginaire partagée en deux parties : la ville haute bourgeoise et la ville basse industrieuse avec de nombreux ateliers métallurgiques. Pourquoi ville noire? George Sand ne l’explique pas, l’industrie utilise surtout la force de l’eau, des cascades et de la rivière. Peut être inspirée par Thiers à cause de la coutellerie.
La Ville Noire est un roman social. Le héros du roman, Sept-Epées, est un jeune ouvrier, doué, intelligent, beau -ce qui ne gâche rien. Ambitieux, il songe à s’élever dans l’échelle sociale, travailler dur, épargner, devenir patron et peut-être atteindre la ville haute. Il est amoureux de Tonine mais hésite à la demander en mariage par peur de s’engager.
Tonine a une forte personnalité, elle aussi , aime Sept-Epées, maisle trouve trop tiède. Elle n’épousera qu’un prétendant qui l’aimera vraiment.
« courage de nous mettre en ménage, n’est-ce pas ? reprit Tonine, qui se vit forcée d’achever la phrase. Eh bien ! non, mon cher camarade, je n’aurai jamais le courage de me marier par courage. J’ai la fantaisie de me marier joyeusement, par amitié et avec toute confiance dans mon sort. Voilà pourquoi, ne voyant pas en vous cette confiance-là, je n’ai pas eu de dépit contre vous. »
C’est un roman d’amour qui glorifie plutôt l’amitié et la camaraderie que la passion romantique. C’est aussi un roman qui donne le beau rôle à des femmes indépendantes et généreuses.
Les personnages secondaires sont intéressants, Gaucher, l’ami fidèle, qui a choisi une vie simple d’ouvrier, trouvant son bonheur dans sa famille avec Liseet leurs enfants. Ce foyer chaleureux pratique la solidarité, toujours prêts à rendre service. Audebert s’est rêvé en bienfaiteur de l’humanité, il a essayé, échoué, brouillon, mais poète. Anthime et son fils le médecin, tous des gens de bonne volonté. Le seul salaud se rachète. Décidement chez George Sand, il y a bien de braves gens!
George Sandse penche sur la condition ouvrière alors que la Révolution Industrielle est à peine en marche : la limite entre artisan et ouvrier est floue. L’ouvrier peut encore s’établir patron. Les idéaux saint-simoniens ne sont pas loin des délires d‘Audebert. On est loin du pessimisme de Zola. La fin du roman fait penser à un conte comme La Petite Fadette.
Comme il se trouve à la médiathèque, je l’ai réservé sans attendre le calendrier que nous avions fixé pour lire une biographie. J’étais trop impatiente. Dernièrement une série-biopic était passée à la télévision et j’avais écouté un podcast de RadioFrance CLIC
334 pages pour toute une vie : de l’arrivée d’Aurore-bébé à Nohant(1804) jusqu’à son décès à Nohant (1876). Je me suis un peu perdue dans les détails de l’enfance d’Aurore, les rapports entre la grand-mère aristocrate et sa bru plébéienne. Passage au couvent et mariage très jeune avec Casimir Dudevant(1822) avec la naissance de Maurice et de Solange. La vie conjugale se détériore et je m’ennuie un peu dans toutes les péripéties avant que la baronne Dudevant ne se décide à partir à Paris et à devenir George Sand (après plus de 100 pages).
Les pages parisiennes me font croiser écrivains, journalistes. Ce n’est que p122 que l’écrivaine sort travestie en homme avec un beau haut de forme et des bottes masculines. Je commence à me prendre au jeu, tout en trouvant le récit un peu fouillis avec tant de personnages certains connus d’autres obscurs. Indiana paraît p. 136, son premier chef d’oeuvre reconnu par la critique. Amants et amante se succèdent à un ryhme endiablé. Heureusement j’ai d’autres sources pour me repérer. Je me prends à cette lecture et embarque avec Musset pour Venise. Gondoles et galères. Musset est plus agréable à l’écrit qu’en chair et en os!
George Sand n’est pas uniquement écrivaine, elle intervient dans la vie politique d’alors. je m’amuse plus, surtout quand elle se dispute avec Lammenais :
« Vous êtes du côté du peuple, dites-vous, mais du côté d’une moitié du peiple seulement! Vous oubliez les femmes et méprisez mes idées sur la liberté sociale »
la BD nous promène entre Nohant et Paris, entre révolutions et salons. mais il faut suivre….Balzac, Liszt et Marie D’Agoult sont des intimes et voici que Chopin occupe le devant de la scène!
1848 : George Sand « la muse de la République » à Paris, « Rouge et dangereuse »elle préfère retrourner à Nohant tandis que Barbès, Leroux et Blanqui sont sous les verrous. Républicaine, socialiste mais bien timorée en ce qui concerne le vote des femmes qu’elle ne revendique pas.
La fin du roman graphique est plus triste et plus intime, avec les brouilles avec Solange, la mort de Chopin, ses dernières amours…et finalement je me suis laissé embarquer. J’attendais sans doute trop du roman graphique, j’ai été déçue au début de ne pas m’y retrouver mais j’ai bien suivi, et je suis toute triste qu’il soit déjà fini.
J’ai dévoré ce gros roman de plus de 500 pages en 2 jours et j’ai adoré!
Comme pour la Petite Fadette, le récit est conté par le chanvreur au cours de trente deux veillées :
« soirées de breyage ; c’est ainsi, tu le sais, qu’on appelle les heures assez avancées de la nuit où l’on broie le chanvre »
et toujours dans la langue berrichonne si savoureuse.
L’action se déroule dans le Berry aux alentours de Nohant, au XVIIIème siècle, sous l’Ancien Régime.
Trois enfants, compagnons de catéchisme sont inséparables : Tiennet, le narrateur, sa cousine Brulette, et Joseph,l’ébervigé, le rêveur qu’on pense un peu demeuré. En grandissant Brulette devient une jeune fille très courtisée. Tiennet un paysan travailleur. Joseph part se louer mais ne semble pas s’accomplir au travail de la terre. Les deux jeunes gens sont amoureux de Brulette. Qui sera l’élu? D’autant plus qu’elle a de nombreux galants.
Joseph, est habité par la musique, il veut cornemuseret, pour cela, se trouve un maître dans le Bourbonnais.
« Il nous fit voir une musette si grande, si grosse, si belle, que c’était, de vrai, une chose merveilleuse et telle que
je n’en avais jamais vue. Elle avait double bourdon, l’un desquels, ajusté de bout en bout, était long de cinq
pieds, et tout le bois de l’instrument, qui était de cerisier noir, crevait les yeux par la quantité d’enjolivures de
plomb, luisant comme de l’argent fin, qui s’incrustaient sur toutes les jointures. Le sac à vent était d’une belle
peau, chaussée d’une taie d’indienne rayée bleu et blanc ; et tout le travail était agencé d’une mode si savante, qu’il ne fallait que bouffer bien petitement pour enfler le tout et envoyer un son pareil à un tonnerre. »
A l’époque, les provinces étaient différentes, exotiques presque, les langues différaient. Auvergnats et Berrichons se comprenaient à peine. George Sand nous fait découvrir de nouvelles contrées, paysages pittoresques et nouvelles manières de vivre.
« Vous êtes gens de bêche et de pioche, et faiseurs de grandes tâches qui se voient au soleil ; mais il vous faut
ensuite la couette de fin duvet pour vous reposer. Nous autres, gens des forêts, nous serions malades s’il
fallait nous ensevelir vivants dans des draps et des couvertures. Une hutte de branchage, un lit de fougère,
voilà notre mobilier, et même ceux de nous qui voyagent sans cesse et qui ne se soucient pas de payer dans les auberges, ne supportent pas le toit d’une maison sur leurs têtes »
Courbet
Bûcherons ou bûcheuxcomme George Sand les appelle, exploitent les forêts denses, ils ont une vie libre et fruste. Les muletiers vont transportent le bois et le charbon entre les chantiers et les paysans. Les muletiers ont mauvaise réputation, comme souvent les nomades parmi les sédentaires. Corporation des Maîtres Sonneurs, dont les règles sont strictes avec concours de musette mais aussi rites secrets.
Ce roman est très riche. Roman d’amour :
« ne sait-elle point, s’écria Thérence, qu’il y a ici trois garçons qui l’aiment et dont elle se joue ? Joseph qui en meurt, mon frère qui s’en défend, et vous qui tâchez d’en guérir ? Prétendez-vous me faire accroire qu’elle n’ en sait rien et qu’elle a une préférence pour l’un des trois ? Non ! elle n’en a pour personne ; elle ne plaint pas Joseph, elle n’estime pas mon frère, elle ne vous aime pas. »
Roman d’aventureavec bagarres aux poings et aux bâtons. Buveries et danses des fêtes villageoises. Nombreux personnages. Et surtout des personnage en évolution : Joseph, l’ébervigé, s’avère un musicien très doué, une personnalité originale. Brulette passera par différentes étapes, fillette appliquée, reine du village, amoureuse, nourrice….On s’attache aussi aux personnages secondaires très bien campés.
Superstitions et croyances. Souvent la sorcellerie et le Diable ne sont pas loin.
Théodore rousseau : le massacre des grands chênes
On retrouve aussi l‘amour de George Sand pour les arbres. Elle a défendu la Forêt de Fontainebleau avec Théodore Rousseau et d’autres artistes. écoutez le podcast de RadioFrance : CLIC
« Et puis, je me lasse de couper des arbres. Sais-tu, Tiennet, que je les aime, ces beaux vieux compagnons de ma vie, qui m’ont raconté tant de choses dans les bruits de leurs feuillages et les craquements de leurs branches ! Et moi, plus malsain que le feu du ciel, je les en ai remerciés en leur plantant la hache dans le coeur et en les couchant à mes pieds, comme autant de cadavres mis en pièces
[…] Ne ris pas de moi, je n’ai jamais vu tomber un vieux chêne, ou seulement un jeune saule, sans trembler de pitié ou de crainte, comme un assassin des oeuvresdu bon Dieu. »
Ne comptez pas sur moi pour dévoiler l’intrigue. Lisez-le!
Silas Marner est tisserand dans un village des Middlands.Seize heures par jours, comme une araignée, il tisse dans sa maisonnette isolée. Etranger au village, de physique peu séduisant avec ses yeux proéminents, c’est un personnage marginal, un peu craint, suspect aux habitants de Raveloe. Avant d’arriver au village, il vivait dans une communauté religieuse d’où il a été banni, accusé à tort de vol. Il s’est refermé sur lui-même. Tisser du lin, rapporte bien; Avec son travail acharné, Sileas Marner a accumulé un trésor. Sa seule satisfaction est de contempler les piles de pièces d’or.
Le début du roman est sombre. Le personnage étrange, peu attirant. Les villageois ne sont pas plus gais. Le squire Cass, le personnage le plus important du village, et ses fils, ne sont pas plus sympathiques. Dunsey, exerce un chantage auprès de son aîné, Godfrey qui cache un sombre secret. Le roman s’enfonce dans le mystère des sentiers creux, des bois touffus où les nobles chassent.
Silas découvre le vol de son trésor. Désespéré, il va à l’auberge chercher son voleur. Paradoxalement, cet évènement lui gagne la sympathie des villageois.
Conte de Noël? Pendant le Réveillon, dans la campagne couverte de neige, une pauvre femme meurt de froid à proximité de la maison du tisserand. La petite fille qu’elle portait trouve refuge devant l’âtre de Sileas Marner. Les boucles blondes de l’enfant se confonde avec l’or perdu. La petite fille devient le trésor du tisserand qui l’adopte. Elle éclaire littéralement le récit.
J’ai été charmée par ce roman, dans la même veine que La Petite Fadette mêlant la description de la vie rurale, juste avant que l’industrialisation ne s’installe. L’usine qui s’installe dans l’ancienne ville de Silas montre que la modernité bouscule l’ancien monde. Cette campagne anglaise est encore imprégnée de mystère comme dans un conte.
Avant d’entrer dans l‘Arboretum, le détour s’impose dans le très joli jardin de L‘Île Verte : une petite pièce d’eau, une maison moussue, des tonnelles et un jardin aromatique. Il faut suivre les toutes petites sentes, monter des marches, découvrir des coins romantiques.
magnolia
En ce printemps précoce de début mars, magnolias et camélias sont en fleurs. Dans les pelouses des jonquilles et des primevères jaune pâle, roses.
maison de Chateaubriand : camélias
la façade de la Maison de Chateaubriand est ornée d’une rangée de très hauts camélias, certains blancs, certains roses. En semaine la maison est ouverte l’après-midi (sauf lundi) le week-end aussi le matin de 10h à 12h.
Chateaubriand par Nacéra Kainou
la Maison de Chateaubriandest meublée avec beaucoup de raffinement. Chateaubriand fit l’acquisition de la Vallée au Loup avec sa femme Céleste à la suite du succès d‘Atala.
L’exposition s’intitule ATALA 1801 Voyage illustré au coeur d’un roman elle est prolongée jusqu’au 29 mars 2026
Edition originale illustrée de gravures
Ecrit à la suite du voyage deChateaubriand en Amérique Atala a inspiré de nombreux artistes. Dessins, gravures, peintures, sont présentées à l’étage. Des cartels racontent les différents épisodes du roman.
Horloge et tableau
Papier peint, toile de Jouy, horloge, rien n’échappe à la mode Atala.
maintenant, il ne me reste plus qu’à lire Atala!
La maison mérite une visite même s’il n’y a pas d’exposition, je me souviens bien de la salle à manger, la table dressée avec une très belle vaisselle. Les instruments de musique, le tableau de Madame Récamier…mais j’avais oublié le très bel escalier provenant d’un bateau rappelant les origines bretonnes de Chateaubriand
Escalier de marine
J’espérais trouver l’Arboretum plus fleuri. Il est encore hivernal. En revanche les arbres remarquables en sont encore plus spectaculaires : un châtaignier porte des rejets d’une bonne dizaine de diamètre, un séquoia est énorme (comme tous les séquoias) un cèdre pleureur abrite toute une placette.
Pour la floraison des arbres fruitiers il faudra revenir dans quelques semaines. Quant à la collection de bonsaïs que j’avais très envie de voir, elle n’est visible que l’après-midi.
Voici la première récapitulation des lectures autour de La Petite Fadette et Le Moulin d’Angibault pour George Sand et Le Moulin sur la Floss pour George Eliot. Bien sûr, nous n’avons pas été déçues! Chacune a ajouté de son côté une ou plusieurs autres oeuvres.
Pour la prochaine édition, j’espère que d’autres blogueurs et blogueuses nous rejoindront.
Au programme de mars : Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand
Emerveillée par la Petite Fadette, après le Moulin sur la Floss de George Eliot, j’ai pensé confronter le moulin du Lincolnshire et le moulin berrichon. Tous les deux sont des moulins à farine sur un petit cours d’eau. Ils sont à peu près contemporains. Là, s’arrêtent les ressemblances.
Le Moulin sur la Floss se déroule sur une bonne dizaine d’années au sein d’une famille bourgeoise tandis que l’action de Meunier d’Angibault est concentré sur 5 jours. Il confronte différents milieux sociaux : la famille noble des barons propriétaires du château de Blanchemont, les paysans parvenus les Bricolin, Grand-Louis le meunier, honnête travailleur et même le mendiant Cadoche, sans parler du notaire, du curé. Une société très diversifiée où les intérêts s’opposent. C’est justement l’aspect social qui fait l’intérêt principal du roman.
Un homme modeste peut-il espérer épouser une femme riche?
La guerre intellectuelle et morale était déclarée entre les diverses classes, imbues de croyances et de passions contraires, et Marcelle trouvait une sorte d’ennemi irréconciliable dans l’homme qui l’adorait.
Tel est le problème qui se pose doublement : La baronne de Blanchemont se retrouve veuve, jeune avec un petit enfant. Son mari la trompait sans vergogne. Elle est donc libre de vivre avec son amant roturier. Ce dernier prend la fuite peu désireux de s’unir avec une femme plus riche que lui. Grand-Louis, legrand farinier, aime Rose, la fille des fermiers qui, richement dotée, peut prétendre à un parti avantageux. Les amours du meunier sont bien compromises.
Pourquoi, parce que je suis une honnête personne, ne viendriez-vous pas chez moi? —Parce que nous aurions
tort de nous familiariser avec vous, et que vous auriez tort de nous traiter en égaux. Ça vous attirerait, des
désagréments. Vos pareils vous blâmeraient; ils diraient que vous oubliez votre rang
Marcelle, la jeune veuve, décide d’aller sur ses terres, à Blanchemontpour régler les affaires que son mari lui a léguées. Elle est ruinée. Le baron ne s’est pas contenté de la tromper, il a dilapidé sa fortune et la sienne. Au grand étonnement de tous, la baronne est ravie de ne plus rien avoir : elle se trouvera ainsi sur un pied d’égalité avec Henri Lémor!
Moulin de Marie Ravenel ce n’est pas en Berry mais dans le Cotentin
En chemin, elle est hébergée au Moulin d’Angibault et fait connaissance du meunier. La situation est d’une piquante symétrie. Le meunier et la baronne vont s’épauler pour résoudre leurs affaires. Pour Marcelle, il s’agit de vendre le domaine de Blanchemont au meilleur prix possible. Bricolin, le gérant souhaite l’acquérir au meilleur prix, pour lui. Marcelle habite avec Rose, la fille de Bricolin qu’aime Le Grand-Louis. Elle peut aussi servir d’intermédiaire..
Je ne vous raconterai pas les péripéties parce qu’il y en a et que je ‘n’aime pas spoiler
Théodore Rousseau : une rivière dans le Berry
George Sand fait une analyse très fine de tous les ressorts de la société de ce village berrichon, la décadence d’une certaine noblesse, hautaine avec les fermiers, négligente, qui est remplacée par des bourgeois parvenus et âpres au gain. Bricolin est un personnage peut-être caricatural qui fait tout pour arriver, au risque de perdre deux filles en les privant de leurs amoureux. Elle montre aussi le dénuement des paysans qui n’ont rien et vivent dans une masure. Entre les deux, les artisans, ouvriers qui trouvent leur noblesse dans le travail. A cette occasion George Sand cite Fourrieret les Saint-Simoniens sans les encenser pour autant c’est pourtant à eux que j’ai pensé en lisant les efforts de Henri Lemor, l’amant de Marcelle pour abandonner héritages et richesses pour se consacrer au travail manuel. les grands parents, Bricolin comme la meunière représentent un monde ancien plus traditionnel.
Vous avez entendu parler peut-être des saint-simoniens et des fouriéristes. Ce sont là des systèmes encore sans religion et sans amour, des philosophies avortées, à peine ébauchées, où l’esprit du mal semble se cacher sous les dehors de la philanthropie. Je ne les juge pas absolument, mais j’en suis repoussée comme par le pressentiment d’un nouveau piège tendu à la simplicité des homme
Comme dans la Petite Fadette le lecteur se délecte des traditions berrichonnes, des fêtes rurales, de la bourrée, des expressions populaires. J’ai appris ce qu’était un allochon et un patachon
le mot d’alochon réjouit fort l’enfant, qui le répéta en riant et sans le comprendre. —Vous ne connaissez pas ça? dit le meunier; ce sont les petites ailes, les morceaux de bois qui sont à cheval sur la roue et que l’eau pousse pour la faire tourner. Je vous montrerai ça si vous passez jamais par chez nous. […] patachon, c’est-à-dire le conducteur, assis de côté sur le brancard,
En revanche j’ai trouvé la psychologie un peu simpliste : des personnages exemplaires , le meunieret Marcelle, sont affrontés à de très mauvais comme Bricolin et sa femme. Rose est bien fragile et sans consistance, comment Grand-Louis s’en est-il tant entiché? Un personnage secondaire sort du lot : Cadoche. Est-il un gentil ou un mauvais?
C’est en tout cas un très beau moment de lecture que je vous recommande.
Quel enchantement ce conte du chanvreur à la veillée!
Le parler berrichon m’a intriguée. Avoir besoin d’un glossaire m’a transportée. J’ai adoré ces expressions régionales ou désuètes qui m’ont intriguée. Je me suis amusée à deviner et n’ai pas toujours réussi la « retirance« =la ressemblance, ce n’est pas évident! Silvenet est amiteux = affectueux. « detemcer« = faire perdre du temps. Il faut aussi apprendre tous les travaux des champs qui n’ont plus cours » l’aumaille« qui désigne les bêtes à cornes, « l’ouche »= le verger…, « les tailles » , les « saulnées à prendre les oiseaux. ». Nohant et le Berry me semble bien mystérieux. Auriez-vous deviné ce qu’est le capharnion?
« carphanion. Vous me reprendrez peut-être sur ce mot-là, parce que le maître d’école s’en fâche et veut qu’on dise capharnaüm ; mais, s’il connaît le mot, il ne connaît point la chose, car j’ai été obligé de lui apprendre que c’était l’endroit de la grange voisin des étables, où l’on serre les jougs, les chaînes, les ferrages et épelettes de toute espèce qui servent aux bêtes de labour et aux instruments du travail de la terre. »
Rosa Bonheur
Conte de Fées?
« La petite-fille de la mère Fadet, qu’on appelait dans le pays la petite Fadette, autant pour ce que c’était son nom de famille que pour ce qu’on voulait qu’elle fût un peu sorcière aussi. Vous savez tous que le fadet ou le
farfadet, qu’en d’autres endroits on appelle aussi le follet, est un lutin fort gentil, mais un peu malicieux. »
La petite Fadette est-elle une fée, comme son nom le suggère et sa grand-mère, la mère Fadet, une sorcière?
« Elle pansait en secret, c’est comme qui dirait qu’au moyen du secret, elle guérissait les blessures, foulures et autres estropisons »
Fanchon Fadet a un autre surnom, peu flatteur « le grelet » (le grillon) et son petit frère le « sauteriot », les deux enfants sont moqués, rejetés, méprisés. Proche de la nature, et suivant les enseignements de sa grand mère, la Petite Fadette apprend le pouvoir des plantes,. Et l’enseigne à Landry qui soigne les bêtes. parce qu’il n’y a point de sorcellerie ni de pacte avec le diable ou les feux follets.
« Quand j’étais toute petite, j’y croyais, et j’avais peur des maléfices de ma grand’mère. Mais elle se moquait de moi, car l’on a bien raison de dire que si quelqu’un doute de tout, c’est celui qui fait tout croire aux autres, et que personne ne croit moins à Satan que les sorciers qui feignent de l’invoquer à tout propos. Ils savent bien
qu’ils ne l’ont jamais vu et qu’ils n’ont jamais reçu de lui aucune assistance. »
Peut être un conte , plutôt une histoire d’amour. D’un amour improbable entre la petite sauvageonne et Landry le fils d’un propriétaire respecté dans son village, travailleur modèle, bon parti.
c’est vilain qu’une fille ait l’air d’un chevau échappé
parce qu’en Berry on dit un chevau et des chevals.
Théodore Rousseau Fontainebleau
Amours secrètes parce que cette campagne boisée, avec ses taillis, ses ruisseaux se prête aux amours cachées.
En général je suis très mauvaise cliente pour les romans d’amour, mais je me suis laissé charmer, je vous laisse donc découvrir la fin de l’histoire.
Le challengeLes deux George de la littératurevous invite à vous joindre à nous, Miriam et Claudialucia, et à partager nos lectures sur George Sand (1804-1876) et George Eliot ( 1819- 1880).
Vous pouvez lire leurs romans, leurs biographies, ou leur autobiographie, leur correspondance avec les personnalités de leur époque. Le choix est riche et variée
Ces deux écrivaines, française et anglaise, ont beaucoup de points communs, et d’abord le choix du même pseudonyme masculin, George, dans une société qui ne permettait pas aux femmes de s’affirmer comme telles lorsqu’elles écrivaient ou lorsqu’elles cherchaient à sortir du cadre étroit qui leur était assigné, foyer et maternité. Il s’agit donc d’une contestation de cette société dont les lois maintenaient les femmes sous la dépendance masculine tant au niveau juridique qu’intellectuel. Le prénom George ? Courant à l’époque, il permet de se libérer du carcan social.
Toutes deux vivront de leur plume. Toutes deux ont choisi d’être indépendantes, en bravant les interdits de leur société, selon une conduite jugée scandaleuse pour l’époque.
Amantine Aurore Dupin, baronne Dudevant, a secoué « l’affreux joug du mariage » en se séparant de son mari et en vivant de sa plume. Elle affiche ses amants dont Jules Sandeau à qui elle emprunte, par la suite, son pseudonyme Sand.
Mary-Ann Evans a d’abord eu une période de ferveur religieuse. Puritaine, elle observe une vie austère mais dans les années 1840 sa rencontre avec des intellectuels libres-penseurs vont faire évoluer sa pensée. Plus tard, elle vivra avec George Henry Lewes, un homme marié et père de famille, dont elle prendra le prénom pour écrire. Elle aussi connaîtra le succès littéraire.
Mais les différences entre les deux écrivaines sont aussi nettes et le challenge Les deux George nous permettront de les découvrir.
George Sand commence à écrire dans les années 1830 et illustre la seconde génération du romantisme. Son oeuvre est marquée les thèmes propres à ce mouvement, lyrisme, idéalisme, exaltation des passions, sens de la nature. Elle met la littérature au service de ses idées féministes puis de ses idées socialistes. Ses romans du monde rural dans les années 1840 sont réalistes dans la mesure où elle connaît bien ce milieu mais elle ne s’interdit pas l’idéalisme dans les descriptions des personnages. Ses romans sont engagés dans les débats sociaux, elle décrit les conditions de vie des paysans, elle prône l’égalité sociale. Elle est républicaine et socialiste et elle prend position lors de la révolution de 1848.
Dans la préface de la Mare au diable elle écrit : « Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (…) . Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale… »
George Eliot décrit avec réalisme la vie provinciale de l’Angleterre victorienne. Ce qui l’intéresse c’est la justesse de la description psychologique des personnages et elle présente une critique de la société et de ses hypocrisies. Elle critique la condition féminine et les interdits moraux de la société victorienne. Mais elle n’a pas l’engagement politique de George Sand. Elle veut réformer la société par une approche morale et philosophique. Dans un lettre de 1968, elle écrit : « Le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui les lisent soient davantage capables d’imaginer et de ressentir les peines et les joies de ceux qui sont différents d’eux. »
Leurs oeuvres
George Eliot
George Eliot en a écrit 7 romans et des nouvelles :
Adam Bede (1859),
Le Moulin sur la Floss (1860),
Silas Marner (1861),
Romola (1862–1863),
Felix Holt, le radical (1866),
Middlemarch (1871–1872)
Daniel Deronda
Scènes de la vie cléricale : trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil’s Love-Story et Janet’ Repentance paru en 1857
George Sand
Théodore Rousseau intérieur de la forêt du grand dormoir
George Sand a écrit plus de 70 romans et 50 volumes d’oeuvres diverses, nouvelles, contes et légendes, correspondance, pièces de théâtre, essais, articles. Impossible de les citer tous ! Voici les oeuvres principales classées par thème :
Féminisme, amour et mariage
Œuvres qui dénoncent le mariage imposé, l’inégalité entre hommes et femmes et défendent l’émancipation féminine.
• Indiana
• Valentine
• Lélia
• Jacques
• Lucrezia Floriani
Romans champêtres : Nature, ruralité et idéalisme
Inspirés du Berry, ils mettent en valeur les qualités du peuple, leur sagesse, leur dignité.
• La Mare au Diable
• François le Champi
• La Petite Fadette
• Les Maîtres sonneurs
Justice sociale, peuple et politique
Sand prône l’égalité sociale et la valeur des travailleurs.
• Le Compagnon du tour de France
• Le Meunier d’Angibault
• Horace
• La Ville noire
Art, musique et création
Réflexion sur le rôle de l’artiste, la création, la grandeur de l’art en particulier de la la musique.
• Consuelo
• La Comtesse de Rudolstadt
• Les Beaux Messieurs de Bois-Doré
• Les maîtres sonneurs
Philosophie, idéalisme
Œuvres marquées par le romantisme.
• Lélia
• Spiridion
• Gabriel
Autobiographie et écrits personnels
Histoire de ma vie/correspondances
Fantastique, Contes et Légendes
le château de Pictordu
légendes rustiques
Contes de grand-mère
la fée aux gros yeux
la fée poussière
Théâtre dont 31 pièces
Le roi attend (1848)
Claudie (1851)
Le Marquis de Villemer (1864)
**************
Biographies
George Sand
George Sand Martine Reid
Lélia ou la vie de G Sand André Maurois
George Sand ou le scandale de la liberté Joseph Barry
George Sand Audrey Pennel
George Sand Danielle Netter
George Eliot
L’autre George de Mona Ozouf
Une passion pour George Eliot de Kathy o’Shaughnessy
George Eliot Rosemary Ashton Édition en Anglais
Comment participer ?
Le challenge durera un an : Du mois de Février 2026 au mois de Février 2027
Vous pouvez participer en lisant librement un livre de George Sand et/ou de George Eliot de votre choix et en publiant un billet le 30 du mois (pour Février le 27).
Ou /et nous rejoindre dans des Lectures communes.
Pour le 27 Février
George Eliot : le moulin sur la Floss et un livre de Sand soit Le Moulin d’Angibault, soit La Petite Fadette au choix
Pour le 30 mars
Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand au choix
pour le 30 Avril
La ville noire de Sand et Felix Holt le radical d’Eliot
Pour le 30 Juin
Une biographie de George Eliot (en français ou en anglais) et une biographie de George Sand.
Pour le 30 juillet et le 30 août: Liberté de découverte pas de LC.
et l’on verra par la suite pour la reprise des LC.
le Monde de Colette(1873 – 1954) est vaste et varié. On entre dans l’intimité de la famille à Saint- Sauveur- en -Puisaye, on feuillette l’album photos de Willy, et on découvre les maisons de Colette, Rozven , en Bretagne offerte par Missy, découverte de sa collaboration avec le peintre breton Mathurin Méheut
Plus tard, à Saint Tropez à la Treille Muscate avec les gravures de Dunoyer de Segonzac ou la peinture de Camoin
La Treille muscate Dunoyer de Segonzac
Flânerie dans les paysages de Coletteentre photographies, manuscrits, lettres et cartes postales ainsi que beaux livres. On n’est pas à la BnF pour rien.
Série de dessins à la craie de Louise Hervieu
Colette a été très attentive à la nature, aux plantes du jardin, aux chats et même aux plus petits animaux dessinés ici par Louise Hervieu (1878-1954) contemporaine de l’auteur du Dialogue de Bêtes présenté ici. Un herbier (1949) a été illustré par Raoul Dufy
Un mur est consacré à l‘Enfant et les Sortilèges de Ravel dont Colette a composé le livret en 1925, aquarelle des costumes, photographies de scène de cette féérie-ballet et même quelques moments du spectacle dans une mise en scène récente.
Colette ne fut pas seulement écrivaine à succès des Claudine promue par Willy. Quand elle se sépare de son mari elle doit gagner sa vie sur scène dans le Music Hall dans le monde et le demi-monde. L’exposition scénarise l‘Envers du Music Hall toujours avec des photographies d’époque, des affiches de spectacles, des portraits de Polaire,Missy, de la Belle Otero …costume de scène du Faune et un portrait de Matisse, de très beaux dessins et même une lettre.
Portrait de Colette par Matisse
« Etes-vous pour ou contre le second métier de l’écrivain? »interroge Colette à propos de l’ouverture de son institut de beauté.
Colette a pratiqué bien plus que deux métiers: saltimbanque, écrivaine, journaliste. Une section entière de l’exposition montre la journaliste qui écrivit dans le Temps et d’autres journaux plus de 1200 articles. Envoyée spéciale au Maroc, à New York… chroniqueuse judiciaire racontant les procès monstres comme Landru ou Violette Nozière, chroniqueuse sportive (c’est plutôt inattendu!).
la vagabonde
S’écrire , Colette se met en scène et en même temps brouille les pistes. Est-elle Claudine(1900)? ou Renée dans la Vagabonde (1910), Léa dans Chéri (1920) Proust qui se racontait aussi l’admirait.
Une conversation avec Jean Cocteau quand Coletteétait alitée dans son lit-radeau la montre plaisantant, vantant l’oisiveté…
J’aime toujours ces expositions à la BnF où littérature, édition, arts plastique, photographie sont toujours très bien présentées. Expositions dans le calme sans la foule.