Pyramides de Stob

CARNET BULGARE

Pyramides de Stob


Stob est un village-tonnelle. Certains villages italiens sont bordés d’arcades, ici, de la même façon une série de piliers porte une galerie de vignes qui débordent tout le long de la rue principale et également dans les rues adjacentes. Les « pyramides de Stob » se trouvent un peu plus loi n sur le rebord de la montagne. Elles sont situées dans le Parc Naturel du Monastère de Rila. Un éco-sentier d’un  peu plus de deux kilomètres conduit au site. C’est une promenade d’un  peu plus d’une heure aménagée avec des panneaux explicatifs, des bancs et des abris.

Je passe d’abord devant l’emplacement de l’ancienne église saint Procope. Située au dessus des maisons de Bucovetz, les Turcs s’étant plaints que les chrétiens pouvaient voir dans leurs cours pendant les liturgies et diverses cérémonies, le gouvernement ottoman ordonna sa destruction. Pour en construire une autre, trois villageois firent le voyage à Tsarigrad (Constantinople) pour demander la permission du sultan qui leur accorda en 1860.

Deux légendes sont attachées aux demoiselles coiffées de Stob. La première raconte qu’une procession de mariage venant de Kobilite fut pétrifiée. Le fiancé prit pour femme une fille de Stob. La coutume alors était que la mariée était  choisie par les parents du garçon. Le jeune couple ne devait pas se connaître et la jeune fille était voilée. Quand la procession arriva de l’autre côté de la montagne la mariée se dévoila et le meilleur ami du fiancé essaya de l’embrasser. Outragés les parents restèrent pétrifiés avec leurs beaux atours et leurs chapeaux.

Une autre légende raconte l’amour impossible d’une jeune fille bulgare et d’un garçon turc. La jeune fille se jeta d’un rocher et ainsi se forma la pyramide appelée la fiancée.

Le sentier est raide vers la fin, à midi il fait très chaud, j’arrive essoufflée sur l’affleurement et découvre de jolies  demoiselles coiffées oranges.

Eglise peinte de Dobarsko et histoire du village

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6h40, le soleil émerge des montagnes de Rila et illumine les sommets du Pirin. La vallée, Bansko et Banya sont noyés sous une brume bleutée. Maïs, haricots et roses sont ragaillardis de la pluie d’hier. Les lignes de crêtes sont nettes. J’ai enfilé pull et chaussettes pour la première fois depuis ce mois de canicule.

8h : hommes et femmes partent au champ une binette sur l’épaule. La campagne est animée. Partout on voit des gens travailler. Une dame cueille des haricots. Un attelage passe. Il doit y avoir un nid de cigogne dans les parages, j’entends les becs claquer.

banitsa

8h30 : Katia a fait une magnifique banitsa très légère avec du filo enroulé en escargot avec de la confiture de figues vertes.  Chacune de nos hôtesses a une recette personnelle pour la banitza, nous n’en avons pas mangé deux identiques.

9h : chacune balaie devant sa porte au village et ramasse le crottin et la bouse avec une pelle et un seau pour le jardin. Ballet des balais des employées municipales. La rue pavée est très en pente, un pauvre cheval glisse dangereusement

La minuscule église peinte de Dobarsko,  est enclose derrière de hauts murs de galets dans un beau jardin. Elle ouvre à 9h30 seulement. Nous entendons le grincement d’une carriole tirée par un âne, ses roues de bois sont cerclées de fer à l’ancienne. L’excellent livre vendu à l’église raconte l’histoire de Dobarsko.

l'églisse ressemble à une simple maison de village

histoire de Dobarsko d’après Boshidar Dimitrov

Lu sur la brochure de commentaire de l’église peinte

Dobarsko(800 à 1000 habitants) abrite l’église peinte Saint Théodore Tiron et Saint Théodore Stralibate, construite et décorée en 1614. Selon la légende locale, le village aurait été fondé en 1014 par les soldats bulgares aveuglés par les Byzantins lors de la bataille de Klyoutch (Petritch). C’ette légende n’a pas de base logique : difficile pour des aveugles de subvenir à leurs besoins dans les conditions  difficiles. Le fait que les saints patrons étaient des saints militaires suggère que le village fondé environ au 9ème siècle avait un statut militaire. En Bulgarie médiévale et en Byzance, les statiotes(paysans soldats) représentaient un tiers de la population/Affranchis d’impôt, ils étaient obligés d’être à la disposition de l’armée pendant els guerres avec leurs propres armes. L’empire ottoman a gardé cette pratique du 15ème au 17ème siècle. Les soldats bulgares stratiotes forment à Sofia deux corps militaires et 30 000 soldats chrétiens. Les soldats de Dobarsko ont probablement gardé leur statut pendant les trois premiers siècles du Joug ottoman. Cela explique pourquoi l’église élevée en 1614 soit dédiée à deux saints militaires.

Sur la façade de l’église, en plus des deux saits patrons se trouvent  les saints cavaliers saint Georges et Saint Dimitar. Selon plusieurs spécialistes, la galerie des Saints militaires est une démonstration de la force et de la puissance militaire des bulgares au sein de l’empire ottoman musulman. Une partie des soldats spahis cavaliers chrétiens étaient de Dobarsko.
Une petite svastika antique iranienne indiquerait les origines Protobulgare des premières familles militaires. Les khans de PLiska avaient l’habitude d’envoyer dans les territoires nouvellemnt conquis des Protobulgares . Dobarsko, à proximité de la nouvelle frontière de Byzance, sur un col important, avait reçu un effectif de soldats Protobulgares. La pierre de la svastika aurait dû se trouver dans un temple païen puis en remploi dans l première église puis dans celle de 1614.

La réalisation des peintures murales au début du 17ème siècle ont été permises parce que les villages militaires  étaient considérablement plus riches que les villages soumis à l’impôt.  Economisant les frais fiscaux en période de paix et partageant le butin pendant les périodes de guerre. En période de paix, ils vendaient les marchandises locales en Europe et en Asie Mineure, leurs convoi étant  moins vulnérables, possédant légalement des armes et sachant s’en servir.

Les habitants de Dobarsko auraient également participé à la bataille de Lépante au côté des Vénitiens.

Selon la règlementation administrative ottomane, l’église ressemble à une construction d’habitation au toit à deux versants. Son plan est cependant à trois nefs.

L’ayant lu et résumé, J’ai bien dans la tête les scènes et visages que je vais chercher : je suis d’abord étonnée par la petitesse des lieux puis me laisse prendre au charme des scènes et par l’inventivité des peintres. Entrée dans Jérusalem : un étrange personnage se cache dans un palmier. Sacrifice d’Abraham : Isaac porte les bûches comme un paysan bulgare ; je en suis pas assez savante pour identifier es saints dont parle la brochure. Avec un peu de patience ce serait possible, c’est écrit dessus, mais en cyrillique !

Une vieille dame descend la route, binette à l’épaule, son fichu grenat laisse deviner de longues tresses grises. Elle nous demande quelque chose avec insistance mais on ne comprend pas quoi. Voulait-elle qu’on l’emmène un peu plus loin sur la route ? Désolée, elle répète « vous ne comprenez pas ! » puis nous fait un sourire et repart.

Nous avons parcouru la route plusieurs fois, nous guettons le berger qui a poussé son troupeau plus loin dans le pré fauché récemment déjà bleui par les chicorées. Nous aimerions une photo de meule pour l’album. La barrière est baissée au passage à niveau : une locomotive rouge tire trois wagons bleus. Le faible écartement des rails ne laissait pas présager des trains de voyageurs. L’éclairage deu matin souligne les cirques glaciaires. Cette érosion permettrait d’expliquer les énormes quantité dde sables et blocs mêlés comme  une moraine.  (A vérifier toutefois).

La route de Sofia est toujours pleine de camions et de bolides qui ne tiennent compte ni des lignes continues ni des limitations de vitesse ni même de la présence de la police pourtant bien signalée par des appels de phares. Une rocade 2×2 voies évite Blagoevgrad et trouvons peu après la route de Rila.

les ours dansants de Belitsa

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Le lever du soleil est somptueux, les sommets du Pirin, sous la lumière rasante montrent leurs arêtes aux contours précis.

Zakuska : Charcuterie, fromages, confiture.

Le Parc des Ours dansant de Belitsa

Le Parc des Ours se trouve à 11km de Belitsa, dans la vallée voisine de celle de Dobarsko. Belitsa est un gros bourg où église et mosquée coexistent. On nous avait prévenues : la piste des ours est très mauvaise. Les 5 premiers kilomètres sont goudronnés. Des attelages partent au travail, des bergers s’appuient sur leur houlette, matinée tranquille en moyenne montagne. Les nids de poule se font plus nombreux que la normale, l’asphalte a été grignoté de côté, formant parfois une marche. A la fin il n’y a plus qu’une mauvaise piste ravinée avec des rochers qui affleurent. Nous sommes motivées. Nous voulons voir les ours ! Après 6km de cette mauvaise piste, nous touchons au but.

Un restaurant, tables sous un abri de bois, moulin à eau miniature, truite au menu est tentant pour ce midi ! Une jeune ranger du parc blonde nous accueille – visite guidée, mais entrée libre, on laisse une donation à la sortie.

Dans le premier enclos est enfermé un jeune ours venant d’un hôtel. A son arrivée, tout l’effrayait même les feuilles des arbres. Il est donc maintenu seul, on espère pouvoir le mettre dans un enclos avec d’autres. Dans  le 2ème enclos, Dobre et Dien, sont vieux – 35ans –  ours danseurs. Leur museau est mutilé. On l’a percé pour placer L’anneau maintenant des chaînes.Aveugles, ils seraient incapables de subvenir à leurs besoins et resteront sans doute dans cet enclos où ils tournent en rond. La « danse », ils l’ont apprise par un cruel apprentissage : oursons, on les faisait marcher sur des plats métalliques brûlants et cette danse était plutôt un réflexe de fuite . D’ailleurs, l’ours entend mal et n’est donc pas sensible à la musique. Tandis que la jeune femme nous explique, un ours nous montre sa danse d’une patte sur l’autre, il se trémousse. Ours autiste. Ce comportement stéréotypé et répétitif rappelle celui des animaux des zoos qui ont une cage trop petite.

Les autres enclos sont beaucoup plus grands, couverts d’une forêt touffue et très pentue. Plusieurs ours,n semi-liberté,  sont libres de se promener ou de  creuser une tanière. Ceux que nous avons aperçus nous regardent et entament eux aussi, la « danse ». Ils sont enfermés derrière une double clôture électrifiée ; les cheminements piétonniers pour les visiteurs sont stabilisés par des rondins de bois formant des marches très raides. La fourrure des animaux est fournie et luisante. Le dépliant du Parc raconte que certains ours ont recommencé à hiberner; ceci indiquerait un retour à une vie naturelle . En bonne santé, peut être, mais névrosés, malheureux, marqués.

J’avais espéré,  qu’un programme de réhabilitation leur aurait permis de retourner à la vie sauvage. Il n’en est pas question, ni de reproduction d’ailleurs. Le « Paradis pour les Ours » annoncé est sans espoir. L’association Four Paws et la Fondation de Brigitte Bardot ne sont pas à blâmer.

Quelle tristesse ! Nous filmons et photographions sans conviction.

Arrivée à Dobarsko, Kasha Vassil

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vue sur le Pirin au dessus de Bansko

La pluie a cessé.

Une fontaine, une table, des bancs sous un saule, une pierre tombale.

Je découpe la tranche de pastèque achetée au petit marché couvert de Bansko. Pause parfaite dans la montagne avant d’arriver à Dobarsko.

Dobarsko

Dobarsko est le dernier village au bout de la route à 1070m d’altitude. Ses maisons s’étagent sur la pente. Un ruisseau le découpe en deux quartiers. Il est célèbre pour son église peinte et ses grands-mères chantantes.

Cherchant la Maison Vassil (pourtant, très facile à situer ’à l ‘entrée du village),nous demandons notre chemin aux grands-mères qui causent, assises sur leur banc devant leur porte. Bien sûr, elles connaissent! Leurs explications sont confuses. A la troisième tentative, une dame monte dans la voiture et nous y conduit.

La Kasha Vassil est un gros pavillon de trois étages avec une architecture biscornue, des balcons de bois clair, un escalier en hélice. Katia nous accueille en Français et nous conduit dans notre chambre au premier étage. Deux lits, une lourde table carrée au plateau de marbre, une armoire moderne avec une niche pour la télé, en face, sur quelques étagères, des livres. Deux chaises servent de tables de nuit et, luxe rare, deux appliques à la tête de lit. Impression bizarre de ne pas être à l’hôtel, plutôt dans une chambre d’enfants qu’on aurait repeinte après avoir enlevé photos ou posters de vedettes. Katia  nous montre la terrasse et l’évier caché par le bar où nous dînerons. Elle domine le jardin où poussent des haricots géants qui dépassent d’un bon mètre les maïs déjà grands. Panorama à plus de 240°: nous sommes entourées de montagnes : les sommets du Pirin rocheux, dé coupés qui culminent à 2900m (Vihren) et plus loin, Rila vers le nord ouest. A contrejour, on croirait que les sommets qui brillent, sont couverts de neige. Le lendemain matin, avec un meilleur éclairage, je distinguerai les arêtes rocheuses et dénudées des sommets ;

Que faire ici ? demande-t-on à notre hôtesse qui, pour plus de commodité, fait venir sa voisine, une parisienne mariée à un Bulgare . L’église peinte  ferme à 17heures. Les ours de Belitsa , prévus demain Les Grands mères, elles, se déplacent à domicile pour des spectacles mais c’est cher : au moins 100 levas, elles sont 12. Ce n’est pas dans notre budget !

le petit lac de Dobarsko et les montagnes de Rila

A deux pas, il y a un petit lac:  occasion d’observer l’irrigation des jardins par des rigoles qui conduisent l’eau tantôt chez l’un tantôt chez les autres. Le niveau du lac est bas à cause de la sécheresse. La vue est somptueuse.

Dobarsko est un village vivant, pas un village-musée ni une station touristique. A 18h, les hommes rentrent des champs, souvent sur une carriole tirée par un cheval. Hommes et femmes à pied portent à l’épaule, une lourde binette, presque une houe. Les femmes qui étaient assises tout à l’heure dehors, sur les bancs, sont rentrées préparer le repas. Ce sont les hommes maintenant qui occupent les bancs.Trois font bouillir quelque chose qui bouillonne dans une sorte de lessiveuse sur un feu de bois. Comme il y a un couvercle, j’en resterai avec ma curiosité.

Des adolescentes téléphonent, une gamine écoute sa musique (MP3) très fort. Des enfants dévalent la pente sur leur vélo, prenant de l’élan pour remonter de l’autre côté du ruisseau. C’est un village ordinaire. Les maisons ont été crépie au goût de chacun, orange, jaune ou lie de vin, ou pas crépie avec des briques qui s’écaillent ; si l’argent a manqué pour la peinture on  a laissé le ciment gris, coquetterie : une frise en tessons de bouteilles qui fait le tour de la maison. Autre coquetterie : on a pavoisé avec un foulard à fleurs au lieu du drapeau bulgare. J’imagine un code : quand le foulard est sorti l’amoureux peut venir.

Vers le haut du village, il reste des maisons anciennes de bois sur un socle de galets comme celles de Bansko. Ici, elles s’écroulent un peu, mais sont bien vivantes avec leur tas de fumier et le bois pour l’hiver. J’aimerais continuer dans la montagne le sentier mais les aboiements des chiens m’en dissuadent.

le Pirin vu de Kasha Vassil

J’écris sur la terrasse, regardant le soir descendre sur les montagnes qui nous entourent. La voisine doit avoir un cochon enfermé, je l’entends grogner. J’aimerais que la Française réapparaisse pour que je l’interroge sur la vie villageoise.


Le lever du soleil est somptueux, les sommets du Pirin, sous la lumière rasante montrent leurs arêtes aux contours précis.

Zakuska : Charcuterie, fromages, confiture.

Bansko

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les montagnes au dessus de Melnik

9h zakouska : pain perdu confiture de prune et fromage blanc frais. C’est une politesse bulgare que de ne jamais servir deux jours de suite le même petit déjeuner.

Après Melnik, Lazenitsa est pavoisé, les petits drapeaux bulgares sont partout, on ne saura pas pourquoi. Premier arrêt : les crêtes se superposent, la plus proche est celle, hérissée, des pyramides de Melnik. Nous revoyons dans le vignoble, le « château » prétentieux et ridicule, c’est un projet immobilier, il se vend par appartements.

La route de Sofia évite Sandanski. Nous renonçons au jardin botanique et aux sources thermales. Des grandes surfaces annoncent la ville ainsi que d’improbables propylées ; colonnades carrées sur un majestueux jardin public. Cette route qui vient de Grèce est surchargée de gros camions qui foncent;  Du côté droit, le Pirin domine le paysage, à gauche les montagnes macédoniennes de ce pays qui n’a pas de nom sur la carte seulementl’acronyme FYROM. Par ici, on découpe de gros blocs de marbre blanc en fines dalles empilées sur des palettes. Après Kresna, la vallée se rétrécit : il reste tout juste la place pour la route, le torrent et le train. Sur la rivière, on propose du rafting. Les parois rocheuses sont abruptes. De petits buissons et des arbustes s’accrochent sur els pentes. Le cours de la rivière est souligné par une rangé »e de grands platanes.

Smitli, nous quittons la route de Sofia, direction Bansko qui se la joue chic : les publicités de l’immobilier sont en anglais et toutes les affiches utilisent le thème du Golf.

Bansko

la croix et le croissant

On arrive à Bansko par les quartiers modernes de la station de ski, désertés l’été.  Le centre de la ville, piétonnier s’articule de la grande place Vaptsarov à la place Vazrajdanes et aux rues adjacentes. La place Vaptsarov est recouverte d’une grande dalle bordée des bâtiments officiels ennuyeux de style stalinien, avec plusieurs fontaines et des bancs, des sculptures. Un panneau lumineux donne la température et la mesure de radioactivité (pourquoi ?) normale, aujourd’hui. La place se poursuit par une large avenue arborée jusqu’à la Poste. Dans trois jours commence un Festival de Jazz, des baraques provisoires sont en train de s’installer. Cafés chics avec fauteuil en osier (les mêmes que nous avons détestés en Crète), glaciers, vendeurs de souvenirs. Arrivées à la Poste, on se demande où est le charme de la ville ?

Quelques rues plus loin, autour de l’église Sveta Troita (sainte Trinité) de hauts murs de galets cimentés de blanc pour faire ressortir les blocs arrondis, coiffés d’un petit toit de tuiles, cachent les belles maisons Renaissance Bulgare dans leurs jardins. Avec les grands portails de bois massifs, elles sont invisibles. Il faut entrer dans les jardins pour les découvrir. Beaucoup ont été transformées en auberges, Mexana, restaurant ce qui n’est pas très choquant en soi. Bansko était une ville-étape où les caravanes des marchands avec leurs chevaux en route vers la Mer Egée et Constantinople (appelée ici Tsarigrad) pouvaient s’arrêter.

Ces rues pavées tranquilles bordées de murs de galets fleuris de roses trémières ont un charme certain. La tour de l’horloge, campanile de l’église de la Trinité détenait au 19ème siècle le record de hauteur pour la Bulgarie. Actuellement, les cigognes l’ont encore rehaussée ; elles sont trois au nid.

La grande église est –elle aussi – enclose de hauts murs. Elle est également entourée d’une galerie couverte de bois foncé bordée  d’une frise bleue sur un fond blanc. Des bancs courent tout du long. Au dessus du porche sont gravés deux motifs : la croix et deux croissants de lune accompagnés d’une étoile symbolisant d’après le Petit Futé  la coexistence des deux religions, l’église ayant été auparavant une mosquée.

A l’intérieur, tout le faste des églises orthodoxes se déploie : fresques, icônes, plafond peint. Malheureusement l’iconostase est cachée par une bâche plastique (rénovation ?)Cela gâche un peu l’ensemble.

la maison du peintre Veljan Ognev

Juste derrière l’église de la Trinité se trouve la maison natale de Neofites Rilsky, nous avons déjà croisé ce personnage à Koprivishtitsa. Fils du pope de Bansko, né en 1793 il a d’abord étudié la peinture d’icônes. En 1811, il rejoint le monastère de Rila pour prendre part à sa décoration et en 1818 s’y fait moine. En 1821, il part étudier à Melnik. Difficile pour nous d’imaginer un centre culturel attractif dans ce qui est maintenant un petit village. En 1826, il ouvre la première école et en 1835 rédige la première grammaire bulgare. Ce moine est considéré en Bulgarie comme le fondateur de l’école laïque. Moine, pédagogue, c’était aussi un fervent patriote. Sa maison est sur deux niveaux comme toutes les maisons de cette époque, on visite les pièces d’apparat comme les cachettes plus sombres, le four à pain…

A quelques pas de là, la maison du peintre Veljan Ognev est très décorée comme on peut l’imaginer de la part d’un peintre de fresques. La visite est guidée en bulgare, on me donne une feuille en français  que je lis attentivement :

Veljan Ognev vint à Bansko pour peindre les fresques de la Sainte Trinité, la population de Baansko reconnaissante  lui offrit cette maison. Il se maria avec Sofia, sœur de Neofit Rilsky

Maison construite pendant le Renaissance bulgare, en pierre et bois avec une cave à vin profonde et des niches dans le mur< ; il y avait un abri et un tunnel conduisait à la cour de l’Eglise et à la maison voisine. Au rez de chaussée vivaient les animaux et se trouvaient les greniers. Sur la balustrade on remarque l’évier. Quand la femme lavait la vaisselle, les restes tombaient au sol et étaient mangés par els animaux. La salle bleue avec des paysages de Constantinople et de Venise avait été peinte par Vejan Ognev pour sa femme. Dans la pièce des invités fruits et fleurs symbolisaient la prospérité du sol bulgare

Malheureusement, je n’ai trouvé ni les représentations de Constantinople ni l’autoportrait du peintre habillé  en Napoléon !

Faute de temps, je zappe le musée des icônes après ceux de Sofia et de Plovdiv, et les autres….

Il est temps de trouver une taverne pour le déjeuner. Nous prenons place à la terrasse d’une très belle, très tranquille devant la Sainte Trinité. Le serveur apporte les menus. Les prix habituels sont multipliés par 3, nous fuyons pour une terrasse plus modeste place Vapsarov. (Salade shopska et köfte)

Musée Nikola Vapsarov

Poème d’adieu

A ma femme

Je viendrai parfois dans ton sommeil –
Tel un visiteur lointain et inattendu.
Ne me laisse pas dehors, sur ton seuil –
Ne bâcle pas les portes, veux-tu?

J’entrerai sans bruit. Je m’assiérai doucement,
Les yeux scrutant les ténèbres pour te voir.
Quand je t’aurai regardée à satiété –
Je te donnerai un baiser et m’en irai.

Comment visiter un musée d’un poète inconnu qui écrit en Bulgare ? D’abord on me prête, un gros livre de poèmes traduits en français (belle édition Seghers), ensuite on m’installe devant une vidéo où des hommes en tenue traditionnelle (toque sur la tête, moustaches, jambières) chantent dans une forêt automnale embrumée. Chant répétitif. Qui sont ces hommes ? Des paysans ? Des bergers ? des combattants ?

J’ouvre le livre : étranges poèmes. Le Printemps à l’Usine me plaît bien.(j’ai trouvé sa traduction en anglais sur Internet mais pas en français)

Spring In The Factory

Spring In The Factory

in Bulgarian

She tried to get in with the morning shift,
the motor grumbled,
		Looking stern and grim:
"You can't do that!
		I must account for it.
Go ask the porter,
		if he'll let you in!"

But somehow she was full of willfulness
and didn't ask the porter,
			just slipped through;
a dormer opened wide behind a press,
then stuck her tongue out
			at the motor crew.

And all at once an engine started humming,
the workers seemed
		so clumsy and so slow,
the motor, what the motor was,
				soon seeing,
cried out in anger:
		"She has got to go!"

"Oh, no!" a ladle of cast-iron cried
with an ironic smile on his kind face.
"You silly, blatterring fathead, just you try it!
We'll go on strike for her, if that's the case."

The motor hushed. The breeze brought
					on its wings
the teasing smell of earth
			from far away.
A distant hum about the engine rings,
and steps
	of plodding feet
			along the way.

And all, who once the soil with joy
				   had ploughed,
like horses snorted, with their nostrils spread;
the others flung the windows wide and laughed
and looked up
		at the blue sky
				overhead.

Behind an engine someone
				rudely swore,
a girl stuck up a merry tune and hushed.
A young man shot at her
				a dart of fire,
she looked away and blushed.

The porter opened quietly the door,
said: "Who's got in? Will have to go,
				   he will!"
But saw, smiled guiltily down at the floor,
the scratched his head
			and whistled
					and was still.




Sur les murs on a peint une fresque moderne avec des hommes, des femmes, des soldats, des popes….dans la pièce suivante sont exposés des portraits du poète. Sur l’un d’eux, des traces de balles figurant sans doute son exécution le 23 avril 1942. Dans une vitrine se trouve le Prix d’Honneur de la Paix signé par Frédéric  Joliot Curie et Pietro Nenni.

Cette visite a excité ma curiosité sans m’apprendre beaucoup sur le poète.

L’orage a éclaté pendant que je regardais la vidéo. Il était temps de reprendre la route en laissant le GPS nous guider ; Nous traversons la station thermale de Banya et des villages.

 

De Rojen à Melnik par le sentier

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Sentier de Rojen à Melnik

sentier de crètes de Rojen à Melnik

De la pelouse, il faut monter vers la colline. Je domine les pyramides. Ce sentier en crête est quelque peu vertigineux mais sécurisé par une rambarde aux passages délicats. Je peux ainsi toucher à cette roche que l’érosion a façonnée de manière si spectaculaire. Ce n’est pas du grès comme je l’ai lu. Les éléments ne sont pas assez cimentés ; C’est une roche hétérogène assez cohérente pour qu’on puisse sans danger marcher au bord de la falaise. Comment cette masse de sable, galets, rochers est elle arrivée là ? Alluvions d’un fleuve géant ou moraine ? Les glaciations sont elles recouvert les Balkans et le Pirin ? Je photographie et filme, non  plus pour le pittoresque mais pour préparer un exercice de contrôle à mes 5èmes qui ont une leçon complète sur les cheminées de fées dans leur manuel avec un TP-manipulation à faire en classe. Je pourrais faire une courte séquence, un diaporama. Maintenant que ma salle va être équipée avec un vidéoprojecteur, il faut que je m’en serve ! Je me promène ravie dans  ce paysage extraordinaire, songeant aux paysages de Cappadoce, ou aux mines d’or romaines de Medullas en Espagne. La descente aurait pu être glissante après la pluie du matin. Le sol est tellement sec et chaud que l’eu de pluie a eu vite fait de s’enfoncer ou de s’évaporer à la chaleur. Le sentier est équipé de marches soutenues par des traverses de bois. Le ruisseau est à sec, je marche dans son lit sur du sable blanc, à l’ombre d’arbres qui suivent le cours d’eau. Il fait presque frais, c’est une promenade très agréable. J’ai mis 1h10 pour rejoindre Melnik. En montée, plus assurée, j’aurais sans doute mis le même temps.

Je retrouve D à l’ombre de l’immense platane sur la placette près d’une fontaine de pierre très simple. Il y a deux terrasses de café-restaurants ; endroit idéal pour le Café frappé et la Mastiha bulgare qui a remplacé l’Ouzo, moins chère, qui fait un précipité trouble quand on la dilue (certains la boivent sec). Le frappé est bien mousseux. je suis bien installée pour dessiner. Très bonne conclusion pour une matinée réussie.

melnik vu de la terrasse du café

Déjeuner au Complexe Rojena après une rapide baignade. La salade Shopska est meilleure qu’ihier, ils ont ajouté des oignons et le fromage râpé est plus abondant. 4 kebabs, nous avons éliminé la garniture de légumes décevante (conserve).

Toute l’après midi se déroule à la piscine. Comptant les carreaux on a mesuré la longueur : 17.5m. Je nage par paquets de 5 allers et retours. A la fin de l’après midi j’aurais dépassé mon Graal, le kilomètre – atteint assez rarement – la dernière fois à Budapest aux bains Szechenyi dans le grand bassin de 50m. A Créteil il y a trop de monde et je me décourage. Vers 15h, phénomène surprenant : les ciel est parfaitement bleu, le soleil tape dur et pourtant il tombe de grosses gouttes. L’orage éclate peu de temps après. Mouillée pour mouillée, aux premières gouttes, je retourne dans le bassin et nage dix longueurs sous la pluie battante dans le grondement du tonnerre. C’est amusant de voir les grosses gouttes creuser la surface de l’eau et rebondir.

A peine installées sur la balancelle du balcon, l’orage se déchaîne à nouveau, plus proche, plus violent. Des éclairs zèbrent le ciel, un déluge s’abat. Le vent s’en mêle et entraine une chaise dans la piscine puis un parasol.

18h le beau temps est revenu ; je recommence mes longueurs. A nouveau le ciel s’obscurcit.

Au dîner : soupe aux haricots et crêpe (crème fouettée, pastèque et melon en décoration)

Monastère de Rojen

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Rojen : le lavabo des moines

6h30, Au petit matin, je m’installe sur la balancelle pour lire Rumiz. La température est délicieuse, les nuages dessinent des écharpes grises au dessus des sommets.

9h ,Zakuska : assiette froide, œuf dur, charcuterie, fromage

9h30 : à l’entrée du Monastère de Rojen. Des petits arbres sont décorés de rubans rouges et blancs. A  regarder de plus près, ce ne sont pas de simples rubans mais toutes sortes de décorations : des pompons, une petite chaussette tricotée en Jaccard, de petits personnages…

De l’extérieur, le monastère ne paie pas de mine : ses constructions sont crépies de neuf en ciment blanc, les toitures sont modernes ? Il est précédé par une pelouse avec des thuyas et des arbustes taillés en boule sans imagination.

Le portail blanc est surmonté d’une très belle fresque. On arrive ensuite dans une cour pavée de galets,  un peu bizarre, dont l’église occupe une grande partie. Les galeries de bois construites sur deux étages, soutenues par d’épais piliers de bois. Il règne un calme extraordinaire. Le moine assis sous le porche de l’église nous ignore.

Deux panneaux content l’histoire du « Monastère de la Naissance de la Sainte Vierge » je les traduis et les résume ici :

Les objets les plus anciens retrouvés datent du 13ème siècle : des monnaies de Michel VIII Paléologue (1250-1285) ainsi qu’une frise de marbre 13ème 14ème.

Entre 1662 et 1679, un incendie ravagea le monastère, détruisant ls archives et une partie de la bibliothèque contenant des manuscrits enluminés précieux< ;

Au 18ème siècle, on restaura le monastère, ajoutant en 1715 des vitraux fleuris évoquant le Paradis. En 1732, un peintre venu d’Epire peignit l’iconostase.

On signale également les intéressants lavabos (kaplasti) des moines. Les eaux sales étaient récupérées dans le caniveau de la cour.

Histoire de l’Icône miraculeuse de la Vierge : en 1762, le Monastère de Rojen passe sous l’autorité du Monastère Iviron du Mont Athos où se maintenait la tradition de copie d’icônes miraculeuses. 1790, copie de la Vierge portaitissa (gardienne de la porte) peinte par Saint Luc. Au 9ème siècle, l’empereur iconoclaste Theophitos ordonna la destruction des icones. Une veuve de Nicée sauva l’icône et l’apporta à la mer et elle dériva  jusqu’au Mont Athos.

L'echelle que gravissent les moines

L’église est peinte à l’extérieur avec le Jugement Dernier et l’Echelle que gravissent les moines à gauche, les démons tentent de les faire tomber tandis qu’à droite les anges aident les moines. Nous avons vu pour la première fois cette représentation en Bucovine à Sucevitsa. Les visages des saints et des moines sont très expressifs et tous différents. L’église est parfaitement recouverte de peintures du plafond au sol sur 5 registres. Au sol : une frise géométrique rouge et noir sur fond blanc, imitant une grille de ferronnerie. Au dessus, grandeur nature, la rangée des saints debout. De chaque côté de la porte les archanges Michel et Gabriel, à côté Constantin et Hélène. Troisième rangée : une frise avec des médaillons des têtes des saints. Le 4ème et 5ème registres sont formés de vignettes rectangulaires , le 4ème vie de Jésus avec la Crucifixion au dessus de la Porte, au 5ème celle de la Vierge avec la Dormition au dessus de la Crucifixion. Des commentaires écrits en  Grec facilitent la compréhension. L’iconostase est très dorée, entre les icônes, grappes et feuilles de vigne et oiseaux. En bas une rangée de bouquets de fleurs d’inspiration très orientale.

Dans le cloître, à l’étage, visite du réfectoire des moines. Très peu de peintures subsistent sauf la Cène. La longue table qui réunissait les moines, n’est pas plate mais  creusée.

la vigne vieille de 300 ans

Le fond de la cour est entièrement couvert par une treille extraordinaire qui a 300ans d’âge et dont les grappes allongées mesurent au moins 30cm de long. De l’autre côté la pelouse a envahi les galets. Je serais bien restée des heures dans la paix du cloitre à écrie et à dessine mais une famille de Français montés à pied de Melnik par le sentier doivent me montrer le départ de la promenade que je n’aurais pas trouvé seule.