La Rumeur d’Orleans – Edgar Morin

Le meilleur hommage à un écrivain qui vient de disparaître est de le lire!

j’ai donc repris La Rumeur d’Orléans à la suite de la lecture de Une rumeur dans le vent, un roman italien de Ilaria Gaspari qui se base sur une histoire analogue survenue à Rome en 1983 CLIC

Les deux livres sont différents :  l’un est une fiction romancée, avec pour héroïne, une jeune vendeuse du magasin de confection. L’autre est un essai rédigé par une équipe de sociologues, résultat d’une enquête commandée par les institutions juives. Enquête menée par 5 sociologues. C’est un travail rigoureux qui rend compte des méthodes de travail, interviews sur le terrain, recherches dans la Presse. Des concepts très précis ont été forgés pour l’analyse : Mythe, anti-Mythe, conducteurs, anticorps…

Les schémas que Morin et ses collègues ont mis en évidence collent parfaitement au récit romain d’Ilaria Gaspari (peut-être s’en est elle inpirée?

le jumelage mythologique entre deux thématiques distinctes, l’une de traite des Blanches, l’autre concernant le juif ; celles-ci, aussitôt associées se combinent pour constituer un mythe à deux faces

Les sociologues vont explorer les deux pistes : celle de la traite des Blanches et les fantasmes des adolescentes qui ont été à l’origine de la rumeur, celle de l’antisémitisme dans la ville d’Orléans. 

 le foyer originaire est féminin, et particulièrement adolescent et juvénile

Diverses versions de l’antisémitisme sont abordées, antisémitisme nazi – on y pense tout de suite – mais aussi médiéval et les formes que la rumeur ont prises y font aussi penser avec la légende d’oubliettes, de souterrains connectés aboutissant à la Loire. Rejet des Juifs en tant qu’autres? pas forcément les 6 commerçants visés étaient particulièrement bien intégrés, sans accent étranger ni signes distinctifs. Jalousie, concurrence? Et déjà du côté de la Gauche un rejet du Sionisme après la Guerre des Six Jours, et une confusion antisémitisme, antisionisme. Déjà!

La lecture d’un texte scientifique n’est pas aussi fluide que celle d’un roman. Les auteurs discutent de chaque détail, reviennent à de nombreuses reprises sur des faits qu’ils examinent en tout sens. Mais c’est passionnant de voir la science en progrès. Les auteurs mettent en scène leurs doutes, pas d’affirmations peremptoires.

Ici on peut se poser la question de l’agent enzymatique initial : Qui a inventé ou lancé le mythe orléanais ?
Comment ? Pourquoi ? Y a-t-il eu à l’origine canular, autosuggestion, volonté de nuire, provocation antisémite?
L’hypothèse de la malveillance d’un concurrent et celle, plus plausible,

et cette dernière étonnante :

Orléans vivrait-elle encore à l’heure de Madame Bovary?

Aurait-on  pu écrire cette phrase à propos de Rome?

Un  texte encore actuel, à relire.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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