A la suite de l’écoute du podcast des Midis de Culture CLIC j’ai filé au Mahj. Attention, l’exposition se tient dans les caves du sous-sol. les planches sont nombreuses mais ce sont de petits formats.
Bruxelles 1938 : les Juifs manifestent
Cette bande-dessinée est l’oeuvre de ChaÏm Kaliski d’Etterbeek, de la commune de Bruxelles (1929 – 2015). Il a réalisé des centaines de dessins à la soixantaine ayant gardé une mémoire très fidèle des évènements qui ont marqué son enfance, caché de l’occupant allemand à la suite de l’arrestation et de la déportation de son père.
l’étoile jaune
Il raconte le quotidien des Juifs belges, on voit jouer aux cartes, travailler la maroquinerie, on les « entend » discuter entre eux, en Français comme en Yiddisch
arrestation 10 mai 1940
Il témoigne avec une précision étonnante des arrestations et des raffles avec la date, le nom de la rue, les circonstances
On a réuni ces dessins dans une bande dessinée éditée disponible au Musée.
Témoignage, « memory book »oeuvre d’art émouvante tout à la fois alors que la mémoire s’efface et laisse place à une politique qu’on veut appeler « décomplexée ».
Depuis le 7 Octobre je suis aux aguets des écrits des écrivains israéliens, tribunes dans les journaux, déclarations de Shalom Archav, j’avais hâte de lire Grossman.
le Coeur pensant est un recueil de 6 articles parus dans Libération, Le Nouvel Obs publiés en 2022 – 2023, de deux discours encadrés par un prologue « Un cauchemar à nul autre pareil- 10 octobre 2023 », « un hommage aux victimes du 7 octobre – 16 novembre 2023 »
Articles de fond analysant la situation intérieure avec l’arrivée de l’extreme-droite mais aussi les mouvements de protestations, les manifestations monstres dans les années 2022-2023. Le 27 aout 2023, retrospectivement juste avant le 7 octobre il écrivait « Mon pays est un corps malade »
« Aujourd’hui, c’est un processus de déstabilisation et de désintégration qui est à l’œuvre, une mise à mal du
contrat social et une détérioration de l’armée comme de l’économie. Non seulement le progrès est à l’arrêt,
mais la régression s’accélère : attitudes réactionnaires de discrimination et de racisme ; exclusion des femmes,
des LGBTQ+ et des Arabes ; ignorance et muflerie érigées en valeurs positives. »
[…]
« Pour la première fois depuis des années, les Israéliens commencent à sentir ce que signifie la faiblesse. Pour la
première fois peut-être depuis la guerre du Kippour, nous entendons résonner dans nos têtes la petite
musique de la peur existentielle. »
il se termine par un texte publié dans le Courrier International « Aujourd’hui, Israël est plus une forteresse qu’un foyer- 1er mars 2024″.
Scholem a dit un jour : « Tout le sang afflue vers la blessure. » Aujourd’hui, près de cinq mois après le
massacre, c’est ce que ressent Israël. La peur, le choc, la fureur, la peine, l’humiliation et l’esprit de vengeance,
les énergies mentales d’une nation entière – tout cela n’arrête pas d’affluer vers cette blessure, vers l’abîme
dans lequel nous sommes encore en train de tomber.
[…]
Aujourd’hui, je crains qu’Israël soit plus une forteresse qu’un foyer.
Depuis mars 2024, la guerre s’est intensifiée, a élargi son champ. Qu’aura écrit Grossman?
Eimelle, Tours et Culture CLICa vu la pièce tirée du roman de Jean-Philippe Daguerre mise en scène par l’auteur. Comme c’était un coup de cœur pout elle, j’ai téléchargé le livre.
Justement, Rabbi Jacobde Gérard Oury est devenu un classique du cinéma populaire qui me fait beaucoup rire. J
‘ai toujours plaisir de voir danser Ilan Zaoui et sa compagnie.
J’ignorais l’histoire vraie sur laquelle s’appuie le roman : le 18 octobre 1973 Danielle Cravenne a détourné le vol Paris-Nice pour empêcher la sortie du film produit par son mari Georges Cravenne. A Marseille, après la libération des passagers pris en otages, elle fut abattue par la police.
Le 18 octobre 1973, c’était la Guerre de Kippour, et le détournement de l’avion n’était pas arrivé à ma connaissance.
En 165 pages et 39 très courts chapitres, l’auteur, qui est également metteur en scène et acteur, raconte cette histoire. il met en scène le mari Georges Cravenne, producteur du film, Louis de Funès qu’il est inutile de présenter, Gérard Oury le metteur en scène, Danielle Thomson, scénariste, Danielle Cravenne; et même Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur incarnant le retour à l’ordre après mai 68. La lecture est fluide avec avec un bon rythme et de l’humour (forcémentavec Louis de Funès, on rit).
« Je ne comprends pas pourquoi ! – Pourquoi ? Mais parce que c’est pas possible ! On ne peut pas rigoler avec ça ! – Avec La Grande Vadrouille, on a bien fait rigoler la France entière avec l’Occupation nazie. – Mais là, c’est pas pareil, c’est pire ! On ne rigole pas avec les religions ! En plus, les juifs et les musulmans, c’est vraiment pas le moment ! D’ailleurs, ce n’est jamais le moment. T’as vu ce qui se passe dans leur bande de Gaza où ils arrêtent pas de se mettre sur la poire ? »
Avant de commencer le livre, j’avais pensé à une censure bien-pensante, surtout que je viens de terminer la lecture de Richard Malka ave le droit au blasphème. Est-ce que dans la conjoncture actuelle on ferait un film rigolant des religions?
Danielle, pourquoi cette obsession furieuse contre ce film ? – Dans le contexte actuel, c’est un film dangereux. – C’est un film comique et généreux contre l’antisémitisme en particulier et le racisme en général. Gérard veut démystifier la xénophobie à travers un personnage odieux qui fait rire : un Français moyen raciste auquel on peut s’identifier.
Danielle Cravenne veut empêcher la sortie du film à cause de la situation au Moyen Orient.
« On doit absolument reporter la sortie du film, attendre que les choses se calment en Israël comme en France. Ça ne suffit pas à saint Georges pour redescendre de son petit nuage : – C’est parce que la période est sinistre qu’il faut sortir le film tout de suite. Ça va faire un électrochoc ; ça sert aussi à ça, le cinéma ; à exorciser les angoisses de nos petites vies. »
En effet épilogue le 18 octobre 1973!
Un livre distrayant, intelligent.
Seul petit reproche : des anachronismes. Danielle était peut être en avance sur son temps avec ses positions féministes et écologiques, mais en 1973 on ne nommait pas le « glyphosate » par son nom et je ne crois pas qu’on avait identifié les firmes américaines comme responsable de l’empoisonnement de la terre.
Enquête familiale sur trois générations, sur trois continents et près d’un siècle.
L’ancêtre David Jochelman (1869-1941) arrive à Londres dans les années 1910 et s’investit dans le mouvement sioniste aux côtés d‘Israël Zangwill (1864 -1926)écrivain britannique, très célèbre l’auteur des Enfants du Ghetto.
Son fils Emmanuel Jochelman, (1898- 1939)sous le nom de plume de Emjo Basshe fut un dramaturge Newyorkais qui s’impliqua dans le théâtre expressionniste expérimental en compagnie de Dos Passos et d’Hemingway, entre autres. Ses demi-sœurs Fanny et Sonia vivaient à Londres dans la belle maison de 22 Mapesbury Road, qui a donné le titre du livre.
La troisième génération, née dans les années 1930-1940, ont vécu la Seconde Guerre Mondiale à Londres, puis certains s’installèrent en Israël à la création de l’Etat d’Israël.
Ce n’est pas tout à fait une saga familiale que Rachel Cockerell mais plutôt une enquête très documentée sur le mouvement sioniste, du Congrès de Bâle fondateur à la Création de l’Etat hébreu, en passant par différentes péripéties dans la recherche d’une Terre Promise qui ne fut pas obligatoirement située en Palestine et qui passa par Galveston (Texas).
La forme du livre m’a déroutée. De grandes marges, pourquoi ces marges? Et puis des liens qui nous renvoient à des articles de Presse ou à des essais. L’autrice a mené son enquête et construit un texte comme une mosaïque ou un patchwork de citations. Elle présente les différents acteurs du mouvement sioniste par la plume de témoins, ou de critiques.
Première partie Vienne, Bâle, Galveston
Le chapitre 1er fait le portrait de Théodor Herzl, quelques lignes, parfois plus de journalistes ou de Schnitzler, Stefan Zweig, Chaïm Weizmann, Zangwill…
Le chapitre 2 nous fait connaitre Zangwill avec des témoignages de presse et d’écrivains
Chapitre 3 : récit du Congrès de Bâle selon le même procédé.
Chapitre 4 : le pogrom de Kichinev. Ch. les réactions des politiques : Winston Churchill, Chamberlain. l’urgence d’offrir un refuge aux Juifs de Russie est reconnue. . Le territoire n’est pas forcément la Palestine : les britanniques proposent une colonisation en Afrique de l’Ouest. A Bâle, le congrès se divise sur ses objectifs. la Terre Promise sera-t-elle l’Ouganda? Ch. 8 : 1904, décès de Herzl. le mouvement sioniste a perdu son leader charismatique .
Selon Chaïm Weizmann, au VIIème Congrès le projet Ouganda est liquidé. Une nouvelle organisation pour un « sionisme sans Sion » va se mettre en quête d’un territoire : en Cyrénaïque, en Mésopotamie en Australie, en Angola etc…mais aucun ne convient, aucun n’est vraiment dénué de peuplement.
Jacob Schiff : « il me semble que la terre promise des juifs c’est l’Amérique »
Ainsi Schiffet Zangwill mettent sur pied le Mouvement de Galveston organisant l’émigration de milliers de Juifs Russes vers le Texas et le Sud Ouest des Etats Unis. La conclusion théâtrale serait-elle la pièce de Théâtre The Melting Pot de Zangwill?
Deuxième partie : New York
Selon le même principe, l’autrice retrace la vie et l’œuvre du fils ainé de David Jochelmann à New York. On y découvre la vie des Juifs américains et le théâtre newyorkais et le théâtre. Le livre prend une tournure plus personnelle quand la narratrice, Emjo, la fille d’Emjo Basshe, le dramaturge, prend la parole. il n’est plus question de sionisme.
Troisième partie : Londres
La famille est installée à 22 Mapesbury. On assiste de Londres à la montée du nazisme. Le 20 juillet 1933, une manifestation monstre des Juifs traverse la ville contre l’hitlérisme. Un nouveau personnage se présente : Jabotinsky qui ramène le sionisme au cœur du livre. Avec les persécutions en Allemagne, la guerre et l’Holocauste, la question d’un Etat Juif redevient urgente.
Témoignage de la vie sous leBlitz à Londres. Comme dans la deuxième partie, la saga familiale prend le dessus sur l’Histoire. La cousine américaine vient en visite. Le lecteur suit avec plaisir la famille de l’autrice.
L’Histoire n’est pas bien loin : émigration d’une partie de la famille à Jérusalem. Churchill entre dans le débat. Occasion pour nous d’assister à la création de l’Etat d’Israël et de suivre Ben Gourion dans sa déclaration de l’établissement de l’Etat Juif.. Liesse mais aussi début de la catastrophe pour les Palestiniens, qui n’est pas occultée.
London Daily News: « C’est une des ironies les plus tragiques de l’époque moderne que l’établissement d’un foyer pour les Juifs, qui ont tant souffert, doive impliquer un si grand malheur pour autant d’Arabes
impuissants. Victor Gollancz, The Times Mieux que quiconque, les Juifs devraient comprendre ce qu’être un
réfugié veut dire. Qu’ils restent passifs face à cette tragédie est simplement impensable »
A la suite du dernier dérapage de Mélanchon au sujet de la prononciation du nom « Epstein » dont l’humour m’a rappelé les calembours de Jean-Marie Le Pen. A quelques jours des élections municipales où se pose le vote pour LFI (aux Législatives cela ne m’avait posé aucun souci de voter Guetté (LFI) dans le cadre de la NUPES), j’ai lu en urgence Passion antisémite de RichardMalka.
Passion antisémite est la publication de la plaidoirie dans le procès opposant Raphaël Enthoven à Manuel Bompardqui a porté plainte pour insulte, à la suite d’un tweet publié suite à l’exfiltration de Raphaël Glucksman, le 1er mai 2024 à Saint Etienne
« Pour justifier la qualification de LFI de « mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément
antisémite, de club de déficients, tellement cons »… il me faut établir que ces propos relèvent d’un débat d’
intérêt général et que nous avons quelques éléments factuels pour considérer que LFI répond à ces
qualificatifs. Commençons notre analyse… »
Richard Malka va analyser d’abord en quoi la diffamation concerne particulièrement Raphaël Enthoven et non pas tous les autres qui ont dénoncé l’antisémitisme de LFI .Pourquoi lui et non pas les intellectuels et universitaires qui sont signé une tribune dans le journal Le Monde? Pourquoi pas Robert Hirsch, encore dans une tribune du Monde, pourquoi pas Aurore Bergé? ou Philippe Val, ou même Clémentine Autain….tous ont dénoncé l’antisémitisme.
C’est un procès monstrueux dont vous êtes saisi. Un procès visant à interdire aux victimes de l’antisémitisme de désigner leur bourreau. Un procès visant à décerner un brevet de non-antisémitisme à un parti politique et à neutraliser toute réponse immunitaire à un cancer qui se répand. Tout cela en évitant tout débat par le recours artificiel à la qualification d’injure plutôt qu’à celle de diffamation et en ne se déplaçant même pas.
Pas à pas, l’avocat va étudier mot à mot les termes de la plainte. Il ne va pas s’étendre sur le qualificatif de « détestable« , que les militants utilisent abondamment « tout le monde déteste le Parti socialiste », ont-ils chanté…
« Violent » est plus intéressant.
-Voilà un parti dont le grand timonier hurle qu’il est « le bruit et la fureur » et il fait un procès quand on fait état de la violence de son mouvement? C’est une farce?
Là, je ris aussi; je ne savais pas qu’une plaidoirie pouvait être aussi drôle. Je n’ai pas l’habitude des prétoires. Malka va donner du « factuel » : énumération de déclarations injurieuses vis à vis de la Presse écrite, entre autres ou des journalistes de télévision. Egarements ou trouble comportemental.
Il démonte rapidement les « complotisme » et « déficient »qui ne relèvent pas de l’outrage.
Plus intéressant, plus fouillé, moins drôle, le volet « passionnément antisémitisme » occupe une bonne partie du livre.
Pourquoi m’être autant impliqué ? Pourquoi publier ? Parce que ce qui se joue dans ce dossier dépasse de loin
le seul cas de mon client. À travers lui, c’est la question de l’antisémitisme de gauche qui est posée et plus
largement le retour de la question juive qui décide en partie de notre avenir politique, éthique, civilisationnel.
Il faut témoigner d’un moment de notre histoire, d’une inquiétude, d’une blessure menaçante,
potentiellement fatale pour notre société. Il faut témoigner parce que je crois à la bonne foi et à l’esprit
critique. Il faut témoigner pour que l’ignorance ne soit pas une force.
L’antisémitisme ne se résume pas à la Droite ou à l’Extrême-Droite. Un antisémitisme de gauche a existé et va chercher les « bases factuelles » justifiant ces termes. Il démonte l’argument du déni de l’antisémitisme par Mélanchon
Contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tout cas totalement absent des rassemblements populaires. » Cette déclaration, devenue fameuse, est un véritable négationnismeles
Il invoque, à ce propos, les crimes de Mohamed Merah, la fillette de 12 ans violée parce que juive, et diverses falsifications de l’histoire. Dès le 19ème siècle l’antisémitisme de gauche s’est exprimé, avec Proudhon et même Marx, Bakounine, Duclos invectivant Mendès France, pour aboutir à Garaudy, le négationniste.
ce n’est pas grave non plus de publier des affiches de propagande authentiquement nazies s’inspirant du Juif
éternel de Goebbels pour représenter l’animateur Cyril Hanouna
Richard Malka produit des statistiques portant sur l’antisémitisme des jeunes, à l’extrême droite, comme à l’extrême-gauche. Statistiques également de l’explosion de la judéophobie, des agressions contre les juifs. Aussi du concept de double-allégeance opposant les juifs d’un côté et les Français de l’autre.
l’occasion du refoulement de Rima Hassan d’Israël, la « diaspora » se voyait en effet enjoindre par le leader
insoumis de « protester, en solidarité des Français pour les représentants de leur pays quand ils sont
maltraités ». Il oppose ainsi les juifs, réduits à une diaspora, d’un côté, aux Français de l’autre. C’est de l’
antisémitisme à l’état chimiquement pur.
En quelques mois seulement, la passion obsessionnelle des Insoumis a transformé des Français en juifs. L’
extrême droite n’y était pas parvenue en plusieurs décennies.
Et comme cela ne suffisait pas. Hier soir, sur Canal+ passait le film « L’Amour c’est surcoté », film de potes de banlieue, comédie de stand-up. Et qu’est ce qui réunit les copains? Ben justement les blagues sur les juifs, ben voyons! Avec les réflexions misogynes et homophobes. Mais les Juifs c’est encore plus rigolo! Bien sûr rien à voir avec LFI, mais quand même l’antisémitisme dans les banlieues, c’est porteur….
sI vous aimez lire en musique téléchargez Enta Omri, Oum Kalthoum sera la bande-son d’une partie du livre….(51 minutes quand même)
J’ai écouté Agnès Desarthe sur le podcast de France Inter Totémic CLIC qui m’a incitée à lire ce livre. Mais attention, spoilers! Après Le Château des Rentiers, et sa famille ashkenaze, elle nous fait connaître la branche paternelle, de sa famille. Sa grand mère, Bouba, libyenne, passée par l’Algérie, analphabète et arabophone, est un personnage !
Le roman est écrit à hauteur de petite fille de 9 ans qui découvre son identité le soir de Kippour, le 6 octobre 1973.
« Oui, c’est la guerre. Mon estomac se noue aussitôt. Je comprends les traits tirés. Je comprends les larmes qui à
présent débordent des paupières. – La guerre avec les Allemands ? dis-je avec un frisson d’horreur. Je pense
au père de ma mère, mort à Auschwitz, je pense à Hitler, aux nazis, aux trains de la déportation. – Non, me répond-on. Avec les arabes. En moi-même, je réplique : Avec les arabes ? Mais voyons, c’est impossible. Les arabes, c’est nous »
En effet, chez la grand-mère les adultes s’expriment en Arabe. On écoute Oum Kalthoum …. la guerre a rattrapé la fête, même après le jeûne, personne ne songe à dîner
« Tu vas manger un petit peu, mais ça n’a pas d’importance. Ce soir, personne ne fera attention aux assiettes. –
Pourquoi ? – Parce que c’est la guerre. – La guerre entre les arabes et les arabes ? – Non, la guerre entre les
arabes et les juifs. – Et nous, on est les juifs, soupire-t-elle tristement. Comme si elle venait de perdre quelque
chose, un morceau de son identité. – Tu viens de perdre un morceau de ton identité, lui dis-je, afin de confirmer sa sensation, pour que les mots se posent comme une compresse sur son tourment »
Il sera aussi question d’identité française
Tu es française parce que tes deux parents sont français. Mais ça remonte plus loin. J’ai longtemps cru que ton
père et sa famille étaient devenus français grâce au décret Crémieux.
[…]
Crémieux quand même, dis-je et ça la fait rire. Un décret, c’est un genre de loi qui est appliqué sans vote. C’est par ce dispositif que les juifs d’Algérie, à l’époque où ce pays était une colonie française, sont tous devenus
français.
Pourquoi seulement les juifs d’Algérie ? Pourquoi pas les musulmans d’Algérie ? ». Saurais-je lui répondre ? Qu’a cru faire M. Crémieux en accordant cette faveur inéquitable
Histoire du père, de son arrivée en France. Agnès Desarthe raconte bien, ses personnages sont vivants, attachants.
Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci ont choisi un témoin pour angle d’attaque et non des moindres : Primo Levi. Pour s’adresser aux ados, il a choisi de présenter la visite de Primo Levi dans une classe de collège. Point de vue acceptable même pour une lectrice susceptible.
« Vous savez les enfants quand j’avais votre âge j’aimais beaucoup les chiffres. Mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais en porter six sur le bras pendant toute ma vie »
Lecture jeunesse, donc. S’adresse à un public très ignorant de l’histoire.
115 pages , annexes comprises
Noir et blanc, j’ai bien aimé le graphisme, le propos très humain.
Il m’a donné envie de revenir aux livres de l’écrivain.
C’est au camp de concentration de femmes de Ravensbrück que nous nous sommes rencontrées. Milena avait entendu parler de mes mésaventures par une allemande arrivée au camp par le même transport qu’elle. La journaliste Milena Jesenskà voulait donc me parler. elle voulait savoir s’il était vrai qu’ l’Union soviétique avait livré à Hitler des militants antifascistes qui avaient émigré en URSS »
Depuis leur rencontre le 21 octobre 1940, jusqu’à la mort de Milena le 17 mai 1944, une remarquable amitié a lié ces deux femmes. Margarete Buber-Neumann, a écrit seule le livre qu’elles devaient publier ensemble. Elle y raconte la vie de Milena et la vie à Ravensbrück.
Ce livre était depuis longtemps sur mes étagères. Pour l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier, il m’a semblé opportun de l’en sortir.
Milena est surtout connue pour sa liaison avec Kafka et le livre Lettres à Milena. D’ailleurs Buber Neumann donne à de nombreux chapitres une citation de Kafka. Cependant Milena est beaucoup plus que l’amante d’un écrivain célèbre et leur relation date de 1920 – 1922 .
Le récit de la vie de Milena nous fait rencontrer tous les cercles intellectuels de Prague et accessoirement de Vienne où elle a vécu avec son premier mari Ernst Polak, vie intellectuelle intense, vie de cafés. Vie militante aussi quand Milena en compagnie de Xaver Schaffgotsch vit en Allemagne à Buchholz et à Dresde. Débats sur le marxisme. De retour à , Prague elle rencontre, puis épouse en 1927 l’ architecte Jaromir Krejcar (dans la mouvance de Le Corbusier, Gropius, Perret…). la lecture de cette biographie est très instructive pour tous ces aspects.
Milena avait un caractère bien trempé et surtout un don pour l’écriture. C’est par le journalisme qu’elle s’est affirmée. Journalisme de mode, traductions, livres pour enfants, billets d’humeur mais aussi publications politiques dans la presse communiste. Elle entra au Parti communiste en 1931 pour s’en faire exclure en 1936, alors que son mari était parti en URSS.
Après 1937, journaliste politique, elle perçoit le danger nazi aux portes de la Tchécoslovaquie avec les minorités des Sudètes. la lecture des prémisses de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme, les compromissions des alliés français et britannique a un goût très amer quand on les lit aujourd’hui avec les échos de la Guerre en Ukraine et l’affaire du Groenland. L’histoire begaye-t-elle? Assez rapidement, elle réalise le danger que courent les Juifs tchèques et s’organise avec d’autres compagnons à les exfiltrer avant l’invasion nazie. Son appartement devient un véritable centre d’émigration et de résistance. Elle multiplie les provocations ironiques dans ses articles. Humour extraordinaire quand elle fait passer un texte de Brecht de l’Opéra de 4 sous pour une chanson de soldats allemands.
la Gestapo finit par l’arrêter et la déporter à Ravensbruck. la deuxième partie du livre raconte la vie des deux amies déportées. Prisonnières, affamées, mais toujours dignes et extraordinairement libres malgré les privations et les règlements. Pendant les 4 années, elles trouvent toujours le temps de préserver leur intimité, et aussi de se consacrer à soulager les autres déportées plus démunies qu’elles. Elles inspirent le respect même des allemands. Curiosité de la journaliste qui analyse les différentes attitudes des prisonnières. Envie aussi d’écrire un livre pour témoigner
« je retrouvai la liberté et exécutai le testament de Milena. j’écrivis notre livre sur le camp de concentration. Peu avant sa mort, elle m’avait dit un jour: »je sais que toi au moins, tu ne m’oublieras pas. Grâce à toi, je peux continuer à vivre… »
Et comme je voulais connaître sa voix (ou plutôt sa plume) j’ai téléchargé ce livre sur ma liseuse. Dans les lettres à Willi Schlamm, journaliste juif exilé ayant pris la fuite devant l’entrée des Allemands en Tchécoslovaquie, elle témoigne de ses activités de Presse, traductrice vers le Tchèque des articles de Schlamm (germanophone) journaliste et même éditrice, tentant de motiver le journaliste en exil à envoyer encore des articles pour la revue de Prague. On lit son style épistolaire vif, plein d’humour et d’affection.
D’ailleurs, je ne peux écrire en allemand que quand je suis de bonne humeur, mais vu de Bruxelles, je suis
méchante. Comment résoudre ce problème ? En allemand, je suis posée, mordante, de bonne humeur.
Čechiš, je suis sentimentale et « abominablement éprise de vérité ». Qu’est-ce que tu préfères ?
Jérusalem, 1947. Les britanniques s’apprêtent à quitter leur mandat. L’ONU n’a pas encore décidé du partage de la Palestine.
3 nouvelles, ou trois parties, dans ce court roman (253 pages) qui se déroule dans un même quartier de Jérusalem. Dans la dernière partie Nostalgie les personnages des deux premières se retrouvent.
Tous les voisins sortirent pour accompagner du regard le docteur Kipnis et sa femme qui se rendaient au bal de la Nuit de Mai donné par le haut-commissaire, sur la colline du Mauvais-Conseil.
La Colline du Mauvais Conseil a pour héros, Hillel, jeune fils d’un couple assez modeste : le père est vétérinaire qui a l’occasion d’être invité au bal du gouverneur anglais, sur la colline du Mauvais Conseil. Un honneur, peut- être mais pas partagé par leur fils qui écoute plutôt Mythia, le locataire russe qui est très anti-britannique.
Ce roi-là, je ne l’envie pas. Il sera bientôt puni par le Bon Dieu ; Oncle Mythia l’appelle Kedorlaomer1, roi du pays d’Albion, et dit que l’armée secrète l’attrapera et le fera exécuter pour tout ce qu’il a fait aux rescapés des camps. »
La seconde nouvelle, M. Levy, a aussi une enfant narrateur, Uri, fils d’un imprimeur. Uri, ses proches, ses voisins sont impliqués dans la lutte pour bouter les Anglais de Palestine.
La dernière nouvelle, Nostalgie. est rédigée sous forme de roman épistolaire. Emmanuel Nissenbaum, médecin, écrit à sa bienaimée, une psychanalyste, partie aux Etats Unis. Il va mourir. Ses lettres racontent sa vie à Vienne et plus tard à Jérusalem. Il donne des nouvelles de la situation en Palestine à la veille de la guerre d’Indépendance qui se profile.
Mina, nous devons nous préparer à la guerre. Quelle tristesse, Mina, quelle tristesse. Et quel affront pour
un homme paisible comme moi. J’ai pourtant essayé d’empêcher cette guerre. Au début de l’été, j’ai eu de
longues conversations avec un collègue arabe, le docteur Mahadi. Je me demandais comment un abîme
pouvait soudain séparer deux hommes tels que nous, modérés et pacifiques. Nous avons échangé tous
les arguments possibles : historiques, moraux, objectifs et subjectifs. Mahadi était convaincu, je doutais
On retrouve Uri qui prend soin du malade et que ce dernier « adopte » comme un fils de substitution. Il compare l’enfant à l’enfant de la Diaspora
Ils ont peut-être le sentiment qu’une fois bronzés ces enfants de Juifs deviennent des Hébreux. Une race nouvelle croîtrait ainsi au soleil, ignorante de toute peur et de l’obligation de fuir. Une race audacieuse, qui n’aurait plus dans la bouche des dents gâtées serties d’or et d’argent, les mains moites, et les yeux fous derrière des lunettes aux verres épais. Le hâle du soleil les endurcirait et ils ne seraient plus jamais un peuple aux abois. En bronzant, ne deviennent-ils pas de bronze ?
Dans ce contexte nostalgique, on peut se permettre de douter que le médecin n’adhère complètement à cette théorie.
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui décrit cette période d’expectative avant l’Indépendance, et la guerre qui a suivi le départ des Anglais. Avec beaucoup de nuances et d’appréhension.
Par ces temps mauvais, l’actualité me déprime, Guerre au Moyen Orient, Guerre en Ukraine, 7 Octobre, Anéantissement de Gaza, pogrom en Australie
les chevaliers de l’Apocalypse, Galerie Martel , Art Spiegelman et Jo Sacco signent leurs livres
Toujours la même interrogation : est-ce le retour du fascisme?
Le RN de Marine Le Pen et Bardella est-il fasciste? les attaques contre l’Etat de Droit et les juges de la part de Retailleau, est-ce du fascisme? Trump est-il fasciste? Et l’accusation de fascisme de Poutine quand il fait la guerre à l’Ukraine, c’est le monde à l’envers. Et Netanyahou et son gouvernement? Sans parler du retour de l’antisémitisme de plus en plus inquiétant.
Il me semble urgent de revenir à une définition du fascisme, et à étudier son histoire et ses racines. Sternhell a consacré toute sa carrière d’historien à cette question. Il était donc urgent de lire ce livre.
…contre le fascisme sous toutes ses formes, dont la définition qui est retenue dans ces pages est celle, matricielle, de Marie-Anne Matard-Bonucci : le fascisme est un mouvement ou système politique ultranationaliste, opposé à la philosophie des Lumières (libéralisme et communisme) qui vise à transformer la société et l’individu sur la base d’une conception holistique de la société, c’est-à dire qui ne laisse rien de côté, soit au moyen de la dictature d’un parti unique, soit de l’État et au moyen de la violence. (p. 12)
dans la présentation de Pierre Serna.
Ce sont donc près de 50 ans d’histoire de l’extrême droite et des fascismes qui marquent la longue carrière de Sternhell entre 1972 et 2020. (p. 12)
Cet ouvrage n’est pas un biographie de Sternhell ni un résumé de son oeuvre. C’est une compilation d’articles de spécialistes de l’histoire des idées politiques listées dans le sommaire ci-dessous :
DU SOLDAT CITOYEN A L’HISTORIEN HUMANISTE-Pierre Serna
ENTRE GUERRES DICIBLES ET GUERRES INDICIBLES – de Annette Becker
SIONISTE FACE AU SIONISME – Philippe Gumplowicz
LA QUESTION DES FASCISMES FRANCAIS -LE NATIONALISME BARRESIEN ET SES ECHOS DANS LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS D’AUJOURDHUI – Philip Nord
NI DROITE NI GAUCHE ENTRE 1983 ET 2020 LES FONDEMENTS D’UNE CONTROVERSE HISTORIOGRAPHIQUE -Olivier Forlin
STERNHELL ET LA THESE IMMUNITAIRE – Kevin Passmore
UN IMAGINAIRE HISTORIQUE OU LA CONTRE-REVOLUTION REFOULEE – de Baptiste Roger-Lacan
PLUTÔT HITLER QUE BLUM LE NAZISME COMME TENTATION DES « ELITES OCCIDENTALES » DANS LES ANNEES 30 -Johann Chapoutot
LES ANTI-LUMIERES DE VICO A CROCE – Frédéric Attal
FLEURIR LA TOMBE DU DICTATEUR (1936-2024) Pierre Salmon
VU D’ITALIE : UN DEBAT D’HISTORIENS – Valeria Galimi
EN ALGERIE AUSSI LA DROITE REVOLUTIONNAIRE – Benjamin Stora;
CONCLUSION D’UNE RENCONTRE – Henry Rousso
C’est donc un ouvrage de spécialiste, destiné à un public averti de l’histoire des idées politiques. Les sujets traités sont plus ou moins abordables pour la lectrice lambda que je suis.
Dans ce système, l’Autre, c’est-à-dire le Juif, l’étranger, l’indigène, le communiste, l’humaniste, la femme
ou l’homme des Lumières, est pensé comme un être à détruire, au point de rendre possible la culture
politique de la violence, voire de justifier la provocation à la guerre civile et la conquête du pouvoir par la
force, en négation totale avec les principes des républiques démocratiques,
Page 20
J’ai été très intéressée par l’histoire sur le temps long, qui fait remonter le débat aux Idées des Lumières, à la Révolution de 1789 et au cheminement des idées s’opposant aux Lumières au cours du XIXème siècle, à travers le Boulangisme, l’Affaire Dreyfus, Barrès… L’idée reçue que le fascisme découlerait des suites de la Grande Guerre, aussi bien en Italie et en Allemagne se trouve battue en brèche par l’analyse au long cours de Sternhell. qui remonte plus loin dans les origines :
Avec le boulangisme et l’antidreyfusisme, le rejet des Lumières passe ensuite des sphères intellectuelles
à l’espace public. Cette fois, la politique des anti-Lumières « est un phénomène de masse »
Autre idée que Sternhell apporte : le concept de Droite révolutionnaire, droite qui ne cadre pas avec la classification habituelle faite par René Rémondde trois Droites : bonapartiste, légitimiste, orléaniste. Opposition aussi de Sternhellà l’idée que la France serait immunisée au fascisme, idée répandue chez les intellectuels français qui éviterait de penser Vichy comme fasciste mais comme un épisode passager de l’Histoire de France.
J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les réactions violentes des historiens de Science Po (J’ai moi-même eu Touchard et René Rémond comme professeurs à Science Po).
Encore plus de mal à comprendre les implications italiennes de Vicoet Croce dans l’Histoire du Fascisme. En revanche, le culte que certains vouent encore à Franco est plus facile à saisir. Le chapitre consacré à l’Algérie par Benjamin Stora est limpide. On comprend très bien comment les lois excluant les Juifs pendant la Guerre se sont si bien appliquées dans des régions pourtant éloignées de Vichy et encore plus de l’Allemagne.
Tel que je le conçois, le sionisme était avant tout le retour du Juif à la normalité. Les Juifs ne devraient
plus être à la merci du bon vouloir d’autres peuples, mais fixeraient eux-mêmes leur destin. En ce sens, j’
ai été “archi-sioniste” et je le suis aujourd’hui encore.
Le chapitre Sionisme face au sionisme m’a particulièrement interpellée. Il est tout à fait d’actualité même si Sternhell est décédé en 2020.qu’il aurait dit pour le 7 Octobre, puis la Guerre à Gaza m’aurait intéressée. Sternhell se définit comme israélien, il a combattu pendant 4 guerres mais il a adopté une position très critique vis à vis de la politique de colonisation. A tel point qu’il a subi un attentat : une bombe déposée en 2008. Sa critique dépasse celle du gouvernement de droite : la gauche sioniste aussi est caractérisée par le nationalisme
la synthèse entre socialisme et idée nationale était revendiquée par le courant central du travaillisme —
« De la classe à la nation », tel était le slogan asséné par David Ben Gourion dans maintes tribunes de
congrès —, la dissolution du socialisme dans le nationalisme prôné par la droite sioniste ne pouvait qu’
irriter la gauche israélienne.
primat de la nation commandait tous les autres. Le drapeau rouge du socialisme des défilés du 1er Mai
dans les rues de Tel-Aviv n’était qu’un leurre. Le corpus idéologique des fondateurs d’Israël était bien
moins marxiste qu’inspiré par « le nationalisme organique, le nationalisme historique et culturel(p.72)
Ce recueil est difficile à lire quand on ne dispose pas de la culture historique suffisante. A relire! Je n’ai toujours pas de réponse à mes interrogations initiales mais l’Histoire des idées se précise.
Pour mieux connaître Sternhell le podcast de RadioFrance: L’Histoire à Bras le corpsinterview par Philippe Gumplowicz CLICest passionnant et surtout très éclairant . 5 épisodes de 28 minutes permettent un abord chronologique plus méthodique. Parcours de vie de l’enfant de Galicie occupée par les nazis, caché par des Justes polonais, orphelin qui arrive en Avignon, à 16 ans s’engage en Israël . L’étudiant à Sciences Po, élève de Touchard qui fait une thèse sur Barrès (pas du tout à la mode) . L’universitaire qui disserte sur les Lumières et les Anti-Lumières, explique Herder et Kant, Rousseau. Le polémiste dont les travaux ont été contestés jusque dans les tribunaux quand il a écrit que Jouvenel avait collaboré sous Vichy.
Sternhell a accompagné mes promenades en forêt, compagnon de route. Quelle merveille ces podcasts qui permettent de faire entendre la voix de telles personnalités!